Jean 3, 1-18 – la révélation centrale de l’Evangile

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 8 avril 2018

« Dieu a telle­ment aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Un concentré d’Evangile pour tous les Nicodèmes de la terre. Si vous faites partie de ces chrétiens qui croient en Jésus maître de vie et de sagesse dont l’enseignement fait autorité pour leur vie parce qu’il parle au nom de Dieu alors écoutez cette histoire. Elle est pour vous. Si vous vous sentez de ces chrétiens qui croient à la puissance de Jésus parce que ses paroles et ses actes témoignent que Dieu est avec lui, alors écoutez cette histoire. Elle est pour vous. L’Evangile de Jean a quelque chose à vous dire qui risque de vous bousculer, de vous déranger. En vérité, en vérité, dit Jésus, vous êtes encore dans la nuit. Non pas parce que vous seriez en train de vous cacher par peur ou par prudence mais tout simplement parce que vous seriez passé à côté de l’essentiel. Et l’essentiel tient en quelques mots. Tout est là, en quelques mots simples d’une limpidité totale. « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » A apprendre par cœur de toute urgence et à proclamer sur tous les toits sans retenue aucune. Dieu aime le monde. Tout commence donc par une déclaration d’amour. C’est le point de départ de toute vie. Dieu aime le monde. Mais il est vrai qu’il y a beaucoup d’obstacles qui s’interposent entre nous et l’amour de Dieu : la peur de la mort, l’injustice sociale, la maladie, le chômage, l’indifférence, la haine et la violence, parfois même la religion… Il y a tant d’incompréhension entre Dieu et nous, tant de difficultés dans nos vies quotidiennes que nous en arrivons à oublier que nous vivons sous cette grâce infinie. Alors Dieu décide de s’interposer. Dieu refuse que la mort et le mal viennent mettre une limite à son amour. Dieu nous aime tellement qu’il ne veut pas nous voir mourir. Il veut que cette relation entre lui et le monde soit une relation infinie, sans limite. Voilà la vérité : le monde doit être sauvé, arraché au mal et non jugé et condamné pour le mal qu’il subit avant de le perpétuer. Comment va-t-il faire pour détruire la mort ? Pour passer de la promesse aux actes, il a donné son Fils Unique. Dieu lui-même est venu mener la bataille par son Fils. Il n’a laissé le travail à personne d’autre : il est allé jusqu’à la Croix, descendre aux enfers chercher ce qui était perdu. Quelque soit l’enfer où l’homme est enfermé, il n’y a pas de lieu où Dieu ne puisse le rejoindre pour le sauver. Le plus étonnant sans doute est que pour en bénéficier, il suffit d’y croire : le juste vivra par la foi (Rom 1,17), point final. Le reste sera donné en plus. Un concentré d’Evangile à partager d’urgence, avec nos enfants, avec ceux qui viennent pour la première fois, avec ceux qui ne le connaissent pas encore

Ce verset contient 7 mots-clés comme 7 points essentiels à garder. Ces sept mots sont du reste souvent répétés dans l’évangile de Jean et en sont comme les sept notes dominantes. Aimer, Monde, Donner, Fils unique, Quiconque, Croire, Vie éternelle

Le premier de ces mots est : Aimer. Y a-t-il chose plus précieuse que l’amour que Dieu nous porte ? Dieu aime, c’est sa nature même : Dieu est amour (1 Jean 4,8). C’est la seule vérité que nous ayons besoin de connaître sur Dieu : Dieu n’est pas un juge ou un tyran, il est Amour. Ce n’est pas un attribut, une manière d’être ou encore une posture ou un acte de volonté, c’est la définition-même de son être. Dieu n’a pas d’autre volonté que celle de sauver quiconque fait appel à lui. Dieu n’a pas d’autres projets que de nous offrir la vie, la vie en abondance, ici bas, et la vie sans fin pour toujours. Mais il ne suffit pas de dire que Dieu est amour ! Comment puis-je le savoir, en faire l’expérience ? Tu es maître en Israël et tu ne connais pas ces choses Nicodème ? En vérité, en vérité je te le dis, l’amour de Dieu s’expérimente dans la justice qui redonne le pouvoir à ceux qui en ont été dépossédés pour leur permettre d’affronter épreuves et difficultés. Parce que Dieu est amour, il entend les cris de son peuple et cela lui est insupportable…

Les cris de son peuple dites-vous ? Serait-ce réservé aux élus, aux croyants, aux bons chrétiens, à ceux qui sont dans la bonne confession ? C’est ici qu’il faut recevoir le 2d mot de notre verset : Dieu aime le monde. Qui oserait mettre une limite à l’amour de Dieu ? Son amour n’est pas réservé à une élite, à une secte de bien-pensants ou de bien-croyants. Son amour baigne la création toute entière : les humains autant que le règne animal, le végétal autant que les éventuels habitants des étoiles. Dieu aime le monde. Quel cœur que le cœur de Dieu ! Il embrasse et il embrase le monde entier. Il n’est pas question, ici, d’un peuple particulier, comme pour le peuple juif autrefois, ni d’une classe spéciale de personnes, de bonnes gens, de gens aimables, de gens qui se repentent, de gens qui prennent de bonnes résolutions ; non, c’est le monde entier toute la planète Terre, et tout l’univers qui a été l’objet de tout l’amour de Dieu, tous les hommes, sans exceptions, mais aussi le cosmos, c’est d’ailleurs le mot utilisé en grec. L’amour de Dieu n’a pas de limite, personne n’est excepté, pas une seule poussière de lune, pas un seul galet, pas un seul radeau de boat-people qui essaie de passer à Lampedusa, pas un seul peuple, pas un seul pays ! C’est vous, c’est moi, les exceptions ne sont pas du côté de Dieu, mais elles ne viennent que de l’incrédulité de nos cœurs. Qui que nous soyons, méditons ce mot, le monde. Le monde est aimé de ce Dieu d’amour. Le monde entier, son merveilleux ouvrage.

Alors Dieu intervient dans l’histoire. L’espérance des victimes se fonde sur la certitude que Dieu est fidèle et qu’il intervient, qu’il n’est pas indifférent, lointain, oublieux d’une créature qu’il aurait laissé entre les mains aveugles des forces de la nature, jouet de la fatalité et des épreuves de la vie comme on dit d’un air désabusé, sur un ton résigné « C’est la vie… » Non, ce n’est pas la vie. La souffrance, le malheur, l’injustice, la guerre, la maladie, la mort… tout cela n’appartient pas à la vie. Tout cela s’oppose à la vie. Alors Dieu intervient. C’est ce que dit le 3ème mot de notre verset : Il a donné. Dieu n’est pas d’abord un Dieu qui demande, qui exige soumission, obéissance, conversion, offrande, que sais-je encore ! Non, c’est un Dieu qui donne le premier. Sans condition, sans restriction. Du reste, que pourrions-nous Lui donner ? N’est-il pas celui qui nous a donné notre vie ? notre famille ? notre foi ? notre argent ? Que voulons-nous donner à celui qui a tout ? Et d’ailleurs, il ne donne pas quelque chose (l’argent, la santé, le pouvoir, la réussite, le travail… ou autres objets transitionnels pour lesquels les hommes se battent tous les jours). Ce ne sont pas ces choses qui pourraient nous consoler parce qu’aucun objet n’est susceptible de nous aider à ressentir l’amour de Dieu et sa justice. Dieu ne donne pas quelque chose d’extérieur à lui. Il SE DONNE.

Ce don pourrait-il être plus grand, puisque c’est le don de son Fils unique… Voilà le quatrième mot sur lequel doit être fixée notre attention dans la méditation de notre précieux verset. Un homme sacrifierait tout avant de sacrifier son fils, surtout si c’est son Fils unique, mais Dieu a donné son Fils unique pour des méchants, des parias, des pécheurs et des prostituées. Par amour pour ses ennemis… Quel accueil ce Fils unique a-t-Il reçu en venant dans le monde ? Regardez à la croix, là vous le verrez aimer et affronter le mal en prenant sur lui tout le péché du monde. Pour nous et malgré nous, Dieu a voulu mourir d’amour. Pour mettre un terme à la souffrance de ses créatures. Par la mort et la résurrection de Jésus, Dieu vient nous donner la capacité de lutter contre tout ce qui fait péché dans la vie des hommes, tout ce qui les blesse et les humilie, tout ce qui les avilit et les éloigne les uns des autres. En lui et par lui, nous avons la possibilité de résister au mal, de ne plus collaborer avec lui par notre indifférence, notre impuissance, notre complicité implicite. Désormais nous sommes mandatés par Dieu pour résister au mal.  Il nous envoie, nous ses messagers, dans tout le monde entier, prêcher cet Evangile-là et aucun autre, annoncer cette Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités de la création. En cela, nous devenons une bénédiction pour toutes les familles de la terre, selon la promesse faite à Abram. Son évangile, Il le fait annoncer à tous les hommes afin que tous puissent trouver leurs délices dans ce fils bien-aimé qui réjouit son cœur de toute éternité.

Cela nous amène au cinquième mot, à la cinquième vérité de notre verset : Quiconque : « Afin que quiconque ». Personne n’est excepté, pas même un brigand sur une croix, une Marie de Magdala qui avait sept démons et une trop longue chevelure, ou un Saul de Tarse fanatique religieux aveuglé par son zèle purificateur ou aveuglé par l’éclair surgi sur son chemin de Damas. Tous ceux qui se sentent victimes ou laissés pour compte s’interrogent pour savoir si Dieu ne commet pas une injustice terrible en laissant entendre qu’il aime tellement le monde qu’il aime aussi, par la force des choses, les importuns, les égoïstes, les violents. Pourquoi Dieu aime-t-il tous ces aventuriers du monde qui rendent la vie impossible aux autres ? La réponse est simple, c’est que tous sans exception sont en quête de la même chose : la vie ! Ceux qui dominent et écrasent les autres sont également demandeurs de vie. Ils en ont tellement besoin, qu’ils accaparent la vie des autres au point qu’ils cherchent à la leur enlever. Ils croient alors qu’ils amélioreront leur propre vie ou qu’ils auront des suppléments de vie en se concentrant sur leurs privilèges. Ils croient que tels le pouvoir, l’argent, le savoir, la science, qu’ils s’attribuent sont porteurs d’avenir au regard du monde. Au regard de Dieu tout ce qui permet de dominer les autres, est porteur de mort. Voilà pourquoi la fin recherchée ne peut pas être autre chose que la réconciliation et la rédemption de tous et en aucun cas la défaite de son adversaire, de celui qui s’oppose, du méchant. Il n’y a pas d’autre voie que la réconciliation et l’amour des ennemis. Ce n’est pas une question éthique qui nous ferait dire que c’est bien d’aimer nos ennemis mais bien une question de principe : nous sommes mandatés pour résister au mal et non pour collaborer avec lui. Seule la conversion de notre ennemi dévoile le Royaume qui vient. Il ne s’agit pas de faire perdre nos adversaires mais bien de changer leur cœur, de gagner leur amour, de transformer leur vie. Nous sommes appelés à construire la Communauté des Bien-Aimés. C’est à cause de ce repli sur soi qui est la racine de l’égoïsme, que les hommes ne sont pas capables d’aimer vraiment quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes et qu’ils commencent à détester ce qui leur est étranger (xénophobie = l’amour de soi jusqu’à la haine de l’autre). La seule chose qui peut les transformer c’est de découvrir qu’ils sont aimés eux aussi gratuitement par Dieu sans tenir compte de leurs situations privilégiées. Dieu nous confie la mission de le leur faire connaître. Il faut que ceux dont le comportement est le plus éloigné de ce que Dieu souhaite arrivent à prendre conscience du fait que malgré tout Dieu les aime et les supplie de changer de comportement pour croire au don gratuit de sa grâce. Evangéliser par l’Amour. Cette grâce est à la portée de Quiconque : vous, moi, ceux qui viendront, n’importe qui à la seule condition de ne pas faire Dieu menteur.

C’est ce qui nous est enseigné par le sixième mot : Croire. « Quiconque croit », voilà la seule condition à la possession de l’objet que Dieu donne ; c’est la seule chose que Dieu demande à l’homme : Ce n’est pas celui qui se repent, celui qui a pleuré sur ses péchés, qui a amélioré sa conduite, mais, notons-le bien, celui qui croit. Dieu donne, le coupable croit, et, croyant, il reçoit le don inexprimable de Dieu ; et ; le possédant, il a la vie éternelle. Le monde est appelé à changer car il est aimé par Dieu, mais c’est à nous, qui avons le privilège de le savoir de le lui dire car comment le monde le saurait-il ? Et s’il ne le sait pas, comment changerait-il ? Comment retrouverait-il le goût de vivre ?

C’est là la septième grande vérité La Vie, la vraie. Comment définir la vie éternelle ? Ce qui est fini pourrait-il expliquer ce qui est infini et parler de ce qui ne sera connu dans sa plénitude que durant l’éternité ? Cette vie offerte ne peut finir, elle ne peut se perdre, celui qui la possède jouit d’un bonheur qui ne peut être connu que de ceux qui l’ont goûté. Cette vie c’est une vie en Christ lui-même, puisqu’Il est le Dieu véritable et la vie éternelle, c’est l’infini de Dieu lui-même. C’est ce que dit l’apôtre Paul aux Ephésiens (3,17s) :  Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi et que vous soyez enraciné et fondés dans l’amour, pour être capable de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.