Matthieu 6, 24-34 – Ne soyez pas inquiets !

Prédication du pasteur Samuel Amédro, le dimanche 25 février 2018

Il est étrange ce passage du Sermon sur la Montagne. Est-ce qu’il nous faut véritablement entendre un appel à nous comporter comme les oiseaux du ciel et les lys des champs et à ne rien faire en nous contentant d’attendre que « cela nous tombe tout cuit dans le bec » ? Est-ce que vraiment Jésus dit quelque chose comme : « Si tu me suis, tu verras, tous tes problèmes seront réglés ? » Une sorte de théologie de la prospérité : « Si tu pries bien comme il faut en quantité et en sincérité, Dieu exaucera tous tes besoins et tu n’auras plus aucun souci à te faire ? » Est-ce bien ce que dit Jésus ce jour-là à ses disciples dans sa première prédication ? Chers amis, lequel d’entre nous croit cela sincèrement et réellement ?

Et pourtant, à ses disciples qui l’écoutent, Jésus dit 5 fois de suite « Ne soyez pas inquiets ! » Il ne dit pas : « Ne faites rien parce que je vais tout faire à votre place. » Non, il dit et il répète « Ne soyez pas inquiets ! » J’ai tendance à penser que si Jésus insiste autant c’est que le problème doit être vraiment important. Il faut prendre conscience que l’inquiétude dont parle Jésus, ce n’est pas la peur. Non. Jésus parle ici du souci, du tracas, de l’angoisse, du tourment intérieur. Ce qui nous empêche de dormir et qui provoque notre agitation, ce qui nous trouble l’esprit et l’âme et provoque notre anxiété. Il paraît que c’est le premier médicament consommé en Europe : l’anxiolytique, ce qui va détruire ou essayer de maîtriser l’angoisse, l’inquiétude. Bref, en un mot, l’absence de paix intérieure.

Immédiatement, le Seigneur pointe droit au but, sans détour, sans faux-semblant : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent » Nul ne peut servir deux maîtres. Autrement dit, l’inquiétude que je ressens est toujours un symptôme d’un trouble spirituel. D’un seul coup, on sort de la psychologie pour entrer immédiatement dans la profondeur : le malaise (mal-être) caractéristique de l’inquiétude est toujours un problème spirituel : c’est le signe que quelqu’un essaie de prendre la place de Dieu dans notre cœur et cela crée en nous trouble et agitation. C’est le signe d’un combat intérieur qui crée de la souffrance, un combat spirituel en nous entre Dieu et quelqu’un ou quelque chose qui veut prendre sa place (l’argent, le sexe, le pouvoir, la réussite, la reconnaissance, le savoir, la puissance spirituelle… etc.)

Alors, Jésus va nous aider à mener ce combat spirituel pour m’amener à la paix intérieure : « Voilà pourquoi je vous dis : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? »

La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, le corps plus que le vêtement ? Une question de bon sens, purement rhétorique. La réponse est évidente : bien sûr que oui ! Jésus nous invite à faire appel à notre intelligence pour évaluer, soupeser, apprécier la valeur des choses et des enjeux. Autrement dit, en vérité, notre inquiétude relève d’une erreur de jugement et d’appréciation. Nous regardons seulement l’emballage (la nourriture et le vêtement) et nous négligeons l’enjeu véritable (la vie et le corps) ; nous sommes impressionnés par l’apparence, la superficialité des choses, l’écume des jours. Ce qui est secondaire prendre le dessus. Une fois de plus, Jésus fait mouche : combien de fois il nous arrive de regretter une parole malheureuse prononcée sans faire attention, un email écrit dans la précipitation pour répondre à un agacement, une écoute trop superficielle, malheureusement à chaque fois trop tard !

Apprendre à discerner, à soupeser, à évaluer la valeur des choses et l’importance des événements nécessite d’abord que nous soyons à notre place et que Dieu soit à sa place de Dieu. C’est aussi ce que Paul met en avant dans l’épître aux Romains : « Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait. » (Romains 12,2). Si Jésus est notre Seigneur et notre Dieu, alors RIEN d’autre ne peut-être absolu dans notre vie : ni le travail, ni les études, ni la famille, ni ma réussite, ni mon argent, ni mon image sociale… Et si nous ratons quelque chose dans notre vie, nous savons que nous ne perdons rien d’absolu, rien d’essentiel à notre vie parce que le seul absolu et la seule personne essentielle à notre vie c’est le Christ et rien d’autre. Le salut de notre vie est en Christ et nulle part ailleurs. Tout le reste est relatif, même nos échecs, même nos erreurs, même nos difficultés, même notre bonheur, même notre inquiétude, même notre bien-être… Vanité des vanités, dit Qohéleth, tout est vanité et poursuite du vent. Le mot que l’Ecclésiaste utilise pour évoquer la superficialité des choses, c’est le mot qui a donné le nom de ABEL, la buée, ce qui n’a pas de consistance, ce qui part en fumée, comme « l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu. » Il nous faut donc apprendre humblement à ne pas nous arrêter à ce qui est superficiel pour rechercher l’essentiel, le fondamental, le plus important, ce qui est solide et qui a du poids, de la valeur. En hébreu, le mot employé pour évoquer ce qui est lourd et important, c’est KAVOD, qui signifie la Gloire de Dieu. Chers amis, voici une chose importante pour notre vie : quand nous sentons l’inquiétude et le souci nous ronger de l’intérieur, il nous faut essayer de retrouver la gloire de Dieu, autrement dit rechercher sa présence, et nous demander ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas vraiment. C’est pour nous un véritable enjeu de liberté que de ne pas se laisser envahir par ce qui est relatif, conditionné, contingent. Quand la Réforme affirme « A Dieu seul soit la Gloire ! » elle ne dit pas autre chose.

Mais Jésus ne s’arrête pas là :

« Et qui d’entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? 28 Et du vêtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lis des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent, 29 et je vous le dis, Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été vêtu comme l’un d’eux ! 30 Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! »

Qui d’entre nous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? Nouvelle question rhétorique dont la réponse est évidente : personne en effet, personne. Non seulement l’inquiétude est une erreur de jugement et d’appréciation qui fait confondre le superficiel et l’essentiel, le relatif et l’absolu, le mortel et l’éternel mais en plus, dit Jésus, l’inquiétude s’avère totalement inefficace et improductive. Je pense ici aux managers qui utilisent la pression et le stress pour essayer d’augmenter la productivité de leurs équipes et qui n’hésitent pas à humilier, à rabaisser, à détruire en public en pensant ainsi atteindre les objectifs qui ont été fixés par leurs N+1. Mais la réalité des chiffres prouve que la souffrance au travail n’engendre qu’une baisse de productivité et de l’absentéisme. Je pense aussi à tous ceux qui pensent évangéliser par la dénonciation du péché et la peur de l’enfer. Je suis absolument convaincu que toute conversion obtenue par la peur, la force, la contrainte, l’angoisse de la mort ou l’inquiétude est une conversion forcée qui ne vaut rien. Parce qu’au fond, en ce qu’il force les consciences, le prosélytisme s’apparente à de la torture : il en partage les modalités et les principes. Chacun sait que des aveux ou des informations obtenus par la torture, que la souffrance soit physique ou psychologique, n’ont strictement aucune valeur ni aucune réalité tout simplement parce qu’une personne qui souffre perd toute capacité d’autonomie et de volonté propre.

Jésus réaffirme clairement que l’inquiétude ne sert à rien. Elle ne produit rien, elle ne crée rien, elle ne donne la vie à rien. L’inquiétude est stérile. C’est une énergie perdue, gaspillée. Aucun fruit n’en sort. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle est centrée sur nous. Celui qui est rongé par l’inquiétude ne produit rien de bon parce qu’il est préoccupé par ce qu’il ressent, obnubilé par ses émotions, son humeur, sa souffrance. Incurvatus in se comme disait Martin Luther. Le ressenti émotionnel est pris comme norme, c’est le degré zéro de l’analyse, de la compréhension, de l’intelligence et du discernement. Et du coup, il détourne son regard du danger réel et il ne voit pas l’ennemi qui vient l’attaquer par derrière pour prendre la place de Dieu dans son cœur. On peut prendre ici l’image du lapin qui est pris dans les phares de la voiture la nuit sur la route et qui reste là pétrifié face au danger qui approche, incapable de faire le moindre mouvement, de bouger une oreille. Voilà la vérité, l’inquiet est comme un lapin qui reste pétrifié face au danger qui fonce tout droit sur lui et qui reste là, incapable de bouger.

Alors il est temps d’arrêter cet engrenage infernal : en laissant l’inquiétude dominer ton cœur, tu te comportes comme un païen, pointe Jésus : « Tout cela, les païens le recherchent sans répit » Arrête de t’angoisser. Ne te laisse pas envahir par l’inquiétude, l’agitation, l’angoisse et la colère. En faisant cela, tu laisses la place dans ton cœur à l’ennemi. Il te vole ton énergie vitale et tu ne produis plus rien de bon. Ce que le Seigneur pour nous, c’est la paix intérieure, la quiétude, l’assurance et la sérénité. Voici le chemin :

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »

  • CHERCHE : Lève-toi et marche ! Il s’agit de faire un effort. Il y a comme un arrachement, un combat à mener, une quête à entreprendre. Lève-toi et marche… Mets-toi en route, je vais te montrer la direction, l’orientation, ce sera ton moteur intérieur, ton espérance
  • D’ABORD: Va et ne pèche plus ! Il s’agit ici de déterminer ses priorités, d’établir une hiérarchie entre ce qui est essentiel et secondaire, absolu et relatif, fini et infini, entre toi et Dieu. Il y a là un choix à poser, un « oui » et un « non », un discernement, un jugement. Tu dois prendre position : J’en prends aujourd’hui le ciel et la terre à témoin contre vous : c’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui. (Deut 30,19)
  • LE ROYAUME de DIEU et SA JUSTICE : Souvenez-vous de Jean-Baptiste prêchant dans le désert : Le Royaume des cieux s’est approché. Et dès qu’il fut baptisé, Jésus sortit de l’eau. Voici que les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu’une voix venant des cieux disaient : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie. (Matt 3,16) Voilà le Royaume de Dieu et sa justice. Jésus le rend présent et par lui le ciel s’ouvre et l’Esprit de Dieu descend sur nos vies. Par lui arrive la joie de Dieu.
  • ET TOUT LE RESTE VOUS SERA DONNE EN PLUS : Tout le reste reprend alors naturellement sa place seconde dans notre vie, une place normale qui ne provoque plus d’angoisse insurmontable. Je peux de nouveau agir, travailler, faire mes études, mon travail de pasteur. Je suis désormais dans la paix pour aujourd’hui : « Ne vous inquiétez donc pas pour le lendemain : le lendemain s’inquiétera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. »

 

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. » (Jean 14,27) Je ne sais pas si vous vous sentez concernés ou non ! A vous de voir… Moi je suis en paix. Amen !

Matthieu 3, 13-17 et Matthieu 18, 8-10 – Faire obstacle à Dieu ?

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 18 février 2018

Il est terrible de se rendre compte combien, parfois, l’Eglise peut avoir un comportement suicidaire. Un collègue d’une paroisse voisine me partageait cette semaine son inquiétude et son agacement devant l’attitude de notre église – la nôtre, mais pas seulement : toutes les églises peuvent se sentir concernée ! – faisant office de centre de vaccination anti-foi, anti-christianisme, laissant parfois des traces indélébiles de rejet et fabricant en masse des agnostiques voire des « laïcards » quasi intégristes… Bien souvent, ce n’est là qu’un retour de flamme : combien de personnes se déclarent athées à cause de ce qu’ils ont vu, entendu, constaté dans les églises ? J’ai en mémoire le récit d’un ami me racontant comment son épouse était devenue elle-même athée et refusait obstinément de faire baptiser leur fils bien qu’elle ait grandi dans l’Eglise : ses mauvais souvenirs d’enfance l’ont marquée de manière indélébile, marquée au fer rouge d’un souvenir amer et désormais, rien n’y fait, la blessure semble irréparable… Et n’allez surtout pas croire que j’adopte une position de dénonciation en me mettant hors de cause, comme si j’étais en position de surplomb ! Quand je pense à tous les enfants de pasteur qui ont claqué la porte de l’Eglise… Cela me remplit d’appréhension pour l’avenir de mes enfants…

A l’aube de son ministère, quand Jésus se présente devant Jean Baptiste, il ne se présente ni comme le Messie, ni comme Dieu incarné, ni même comme le Fils de Dieu. Non, aussi étonnant que cela puisse paraître, Jésus vient vers Jean Baptiste comme un homme. Rien d’autre. Un homme en attente de Dieu. Bien plus tard, après sa mort et sa résurrection, l’Eglise trouvera étonnant que celui qu’elle reconnaît comme le Fils de Dieu, le Seigneur et Sauveur, entièrement pur et sans tâche puisse ressentir le besoin de demander le baptême de Jean-Baptiste, puisse ressentir la nécessité de demander d’être purifié par l’eau du Jourdain. Lui Dieu le Fils qui n’a jamais péché, pourquoi vient-il demander le baptême ? De fait, la question se pose mais force est de constater que l’homme qui se présente devant Jean-Baptiste, ne se présente pas comme Dieu le Fils, ni comme le Fils de Dieu, ni comme le Messie attendu, ni comme le Seigneur et Sauveur, il se présente comme un homme qui a soif de Dieu, un homme en quête de Dieu. Et sa demande de baptême auprès de JB signifie cela : moi, Jésus du village de Nazareth, Fils de Joseph et de Marie, je souhaite être proche de mon Dieu. Que l’Eternel, Dieu de mes pères, me purifie et me lave, qu’il me rende pur. Je veux être en communion avec Lui… Un homme en attente de Dieu.

Et, de manière tout à fait étonnante, il s’ensuit une altercation entre JB et Jésus. Et cette altercation, l’Evangile de Matthieu est le seul à nous la raconter : JB refuse de baptiser Jésus. Il veut l’en empêcher, lui faire obstacle. Le prophète, l’homme de Dieu vient ici s’opposer au désir, à l’attente de l’homme et ce faisant, refusant d’entendre la demande, l’homme de Dieu s’oppose à Dieu, fait obstacle à la volonté de Dieu, ce que Matthieu appelle « toute justice ». JB refuse et fait obstacle à Jésus.

Imaginez l’enchaînement du scénario catastrophe : pas de baptême de Jésus, pas de St Esprit qui descend, pas de « Celui-ci est mon Fils bien-aimé »… le ministère de Jésus bloqué dès le démarrage ? Et c’est là que cette histoire de l’Evangile de Matthieu rejoint la réalité de notre Eglise tout comme elle rejoint l’histoire de mon ami et de son épouse rejetant l’Eglise. C’est là, précisément, que l’Evangile de Matthieu et ce récit de l’altercation entre JB et Jésus rejoint tous ces gens qui ont déserté nos temples, déserté l’Eglise et la foi chrétienne – à commencer par nos propres enfants et petits enfants. Parce qu’un jour ou l’autre, l’Eglise, certains hommes et certaines femmes de Dieu, leur ont fait obstacle.

Il faut se rendre à l’évidence : bien souvent nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis : il arrive que l’Eglise, chacun d’entre nous, fasse obstacle, comme JB, à celles et ceux qui sont en recherche, en attente de Dieu.

Le récit de l’Evangile de Matthieu nous permet de décrypter le mécanisme de cette situation ubuesque où celui qui devrait être porteur d’une Bonne Nouvelle devient, bien malgré lui, obstacle, barrage, occasion de chute ou de scandale comme dit l’Evangile. Que dit JB exactement ? Quel est cet obstacle que JB met devant l’homme en attente de Dieu ? « C’est moi qui ai besoin… d’être baptisé par toi ! »  C’est moi qui ai besoin… On pourrait penser que c’est là une grande marque de modestie, d’humilité, de celui qui reconnaît qu’il n’est pas parfait… Mais voilà, c’est précisément cela qui fait obstacle, qui vient empêcher que Dieu accomplisse sa volonté. C’est précisément cela qui empêche que s’accomplisse toute justice comme le dit l’Évangile de Matthieu. Le problème de JB, voyez-vous, c’est qu’il n’écoute pas l’homme Jésus et sa demande. Non, il n’écoute pas : son propre besoin fait obstacle à la rencontre entre Dieu et l’homme en attente de Dieu. C’est moi qui ai besoin d’être

Au nom de ses propres besoins qui le fascinent, JB s’intercale, s’interpose entre Dieu et l’homme. Voilà le problème. Voilà notre problème, chronique dans notre Eglise… Et cette fascination que nous avons tous sur nos propres besoins nous fait immanquablement basculer sur l’Envie.  L’envie, c’est la fascination que j’ai de mes propres manques, de mes propres faiblesses, de mes propres besoins. Et ceci est tout à fait insidieux, pervers parce que le plus souvent paré du voile de la vertu, de l’humilité, de la modestie et de l’admiration. Parce que l’envie, cette fascination que j’ai de mes propres besoins. Pour décrire ce phénomène étrange de l’homme obnubilé, fasciné par ses besoins et de ses manques, Martin Luther utilisait une expression très parlante : l’homme pécheur, disait-il, est incurvatus in se, replié sur lui-même, dans la position de l’escargot qui s’enroule sur lui-même, incurvatus in se, centré sur son nombril, à ausculter son âme, inquiet de son salut, soucieux de ne pas tomber, de ne pas se tromper, de traquer ses fautes, de changer son comportement pour correspondre aux exigences de pureté. Incurvatus in se, comme le serpent qui se mord la queue. Voilà une magnifique description du péché qui me paraît particulièrement parlante : l’homme qui a le souci de lui-même et replié sur lui-même, centré sur lui-même. Et l’envie qu’il a de réussir sa vie lui fait croire que l’autre, son voisin, son frère, son prochain, est en possession de ce qui me fait défaut. « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi et c’est toi qui vient vers moi » dit JB. Fasciné par ses besoins, par ce qui lui manque, le pécheur que je suis ne vit plus en lui-même. Il sort de lui-même et va regarder l’assiette du voisin, dans la vie du voisin, pour aller chercher chez les autres ce qui lui fait défaut. Ne connaissons-nous pas la même démarche, la même fascination quand nous allons lorgner chez nos voisins, dans les Eglises voisines, les Eglises sœurs pour trouver ce qui nous manque : des jeunes, de la musique qui attire, de la chaleur humaine… que sais-je encore ?  Bref, à nous ausculter sans cesse le nombril, incurvatus in se, fascinés par nos faiblesses et nos manques, nous nous trompons sur nous-mêmes. A regarder chez les autres pour tenter de les imiter, chercher chez eux ce qui comblerait nos manques, nous nous trompons sur les autres et nous les idéalisons. Et comme Jean-Baptiste, nous faisons obstacle à Dieu et à l’homme en attente de Dieu, nous nous interposons entre Dieu et l’homme qui cherche Dieu en mettant en avant nos manques et nos faiblesses : c’est moi qui ai besoin… Et puisque c’est l’autre qui est sensé avoir ce que je n’ai pas, ce dont j’ai besoin, je l’admire.

L’envie, dit Soeren Kierkegaard le grand philosophe théologien danois dans son Traité du Désespoir de 1849, « L’envie est une admiration qui se dissimule. Celui qui admire sent l’impossibilité du bonheur parce qu’il n’a pas ce que l’autre est sensé avoir. » L’autre est transformé en rival potentiellement menaçant. C’est moi qui ai besoin et tu viens vers moi ?  Finalement, Kierkegaard a raison quand il affirme que « L’envie est une revendication malheureuse du moi » qui idéalise l’autre au détriment de tout le reste. Au fond, je suis persuadé que cette envie qui se pare du visage de l’admiration fait écho à un sentiment de non-estime de soi, d’auto-dévaluation qui est qualifiée, en trompe l’œil, de modestie et d’humilité. En fait, ce n’est là que le cache-misère vertueux qui essaie de masquer une dépression et une humiliation…

F & S, une église qui serait centrée sur ses besoins, obnubilée par sa propre faiblesse, ses manques, ses fragilités, ses infidélités, ses petitesses est une église qui fait obstacle à sa mission en faisant comme Jean-Baptiste qui refuse de baptiser Jésus au nom de ses propres manques : C’est moi qui ai besoin… et c’est toi qui viens ? Et ça, nous savons faire, nous autre, protestants réformés, habitués que nous sommes à nous auto-dévaluer, incapables d’une parole publique sans ambiguïté parce que nous ne sommes pas Dieu – mais, sincèrement, disons le : qui croit vraiment que nous sommes Dieu ou même que nous parlons au nom de Dieu ?? Quand notre Eglise pleure sur elle-même, sur nos temples vides, le manque de jeunes, notre propre indignité devant Dieu, notre manque d’argent et nos difficultés à atteindre la cible, elle se centre sur elle-même et fait obstacle à Dieu parce qu’elle n’entend plus l’appel de l’homme qui a soif de Dieu, soif de sens, soif d’une parole vraie qui purifie, qui soulage, qui accueille sans condition. Ne sommes-nous pas tous des JB ?

A tous les JB, Jésus répond : « Laisse faire maintenant car il nous faut accomplir toute justice » Laisse faire maintenant. Le terme grec que Matthieu emploie dit à la fois : laisse faire, laisse tomber, renonce, abandonne, pardonne, délie… Accepte de renoncer, de quitter la fascination mortifère de tes propres besoins, manquements, faiblesse, sentiment d’indignité et autres besoins de perfection et de pureté. Laisse tomber tout ça !! Mets-le derrière toi.

« Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel. Tout ce que vous lâcherez sur la terre, sera lâché au ciel » dit Matthieu 18. C’est pour cela que j’ai choisi ce 2ème texte que nous avons lu : « Si ta main ou ton pied te font tomber dans le péché, coupe-les et jette-les loin de toi. Pour toi, il vaut mieux entrer dans la vraie vie avec une seule main ou un seul pied. C’est mieux que de garder tes deux mains et tes deux pieds et d’être jeté là où la souffrance brûle toujours comme un feu. 18:9 Si ton œil te fait tomber dans le péché, arrache-le et jette-le loin de toi. Pour toi, il vaut mieux entrer dans la vraie vie avec un seul œil. C’est mieux que de garder tes deux yeux, et d’être jeté dans le feu du lieu de souffrance. »

Voilà le chemin de vie que le Seigneur nous propose : c’est un chemin spirituel qui s’ouvre devant nous et qui nous invite à couper, arracher, extraire, extirper pour jeter loin de nous ce qui nous fait tomber, ce qui nous faire faire obstacle à notre mission. Notre fragilité est notre force si nous l’acceptons et si nous arrêtons de l’utiliser pour faire obstacle, pour ne pas écouter les besoins de ceux qui cherchent Dieu. Laisse tomber tout cela, dit le Seigneur, tu es à toi-même ta propre occasion de chute, tu te fais tomber toi-même.

Entrer avec Dieu dans un projet commun, d’accomplissement nécessite d’accepter de renoncer à notre besoin de perfection pour simplement laisser advenir le Christ en tant que Messie, laisser Dieu faire son travail. Sinon, il est condamné à rester un homme comme les autres. Accepter de perdre pour accomplir notre mission, voilà le paradoxe de l’Eglise et de la foi. En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle (Jean 12, 24-25)

Alors et alors seulement, au moment où nous lâchons prise, « Les cieux s’ouvrent, l’Esprit peut descendre et Dieu proclamer à tous : celui-ci est mon Fils en qui je mets toute ma joie. » Alors et alors seulement, peut advenir la joie de Dieu, qui est aussi la nôtre. Et dans cette advenue du Christ à lui-même et au monde, il faut déjà entendre le récit de la croix qui lui est parallèle : ­— ici les cieux s’ouvrent, l’Esprit descend et Dieu déclare : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toute ma joie », — là, au pied de la croix, Jésus remet l’Esprit, les tombeaux s’ouvrent et le centurion romain déclare : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu » (Marc 15,39) Autrement dit, à qui s’engage sur ce chemin de la non-fascination de ses propres besoins pour laisser advenir le Christ, à celui-là la résurrection est déjà offerte.

Alors, F&S je nous invite à cesser de faire obstacle au Christ en quittant la fascination de nos tombeaux, de nos besoins, de nos manques et de nos faiblesses. Alors nous pourrons accueillir ceux qui viendront comme Jésus, en quête de Dieu, en quête de sens, en quête d’amour. Nous pourrons nous mettre à leur écoute, en accueillant leurs demandes, leurs besoins, leur quête. Alors les cieux s’ouvriront et le Saint Esprit comme une colombe pourra descendre sur leur vie et ils pourront entendre cette fabuleuse déclaration d’amour : « Tu es mon Fils, ma Fille, en toi je mets toute ma joie ! » C’est là notre vocation et notre joie.

1 Corinthiens 10,31 – 11,1 et Marc 1, 40-45 – Le joyeux échange !

Prédication du pasteur Samuel Amédro, le dimanche 11 février 2018

Le lépreux atteint par le mal aura les vêtements déchirés et les cheveux défaits ; il se couvrira la bouche et criera : Impur ! Impur ! Aussi longtemps que le mal sera sur lui, il sera impur. Etant impur, il habitera seul ; son lieu d’habitation sera hors du camp.

Vous venez de l’entendre, le livre du Lévitique est parfaitement clair : le lépreux est un paria, figure parfaite de l’exclu qui a interdiction totale d’entrer en contact (même visuel ! notez qu’il doit se couvrir le visage et prévenir de loin) avec qui que ce soit. Quiconque viendrait à toucher un lépreux même par inadvertance serait immédiatement contaminé, impur, à son tour exclu de la ville, retranché de la communauté des vivants.

Vous pensez sans doute que cette histoire fait partie du passé lointain du temps de Jésus ? Détrompez-vous : j’ai pu moi-même constater très concrètement la réalité de ce que dit le Lévitique. En 2000 j’ai organisé un camp en Egypte pour les jeunes de ma paroisse de l’époque et nous avions décidé d’aller travailler dans une léproserie de la grande banlieue du Caire, à Abu Zaabel. Vous pouvez faire une recherche de photos sur Google si cela vous intéresse de vous rendre compte par vous-mêmes. J’ai pu à ce moment-là me rendre compte de la réalité de ce que signifie être considéré comme un paria, exclu de manière radicale et définitive du reste de la population, sans que personne ne vienne jamais soigner, nettoyer, donner à manger à ces gens qui vivent là sans aucun espoir de sortir un jour de cette prison à ciel ouvert. J’ai compris ce jour-là que la maladie était considérée comme une punition divine, comme une marque du péché qui affecte non seulement le malade mais aussi toute sa famille qui se trouve contrainte d’aller vivre dans le village des lépreux, juste à côté de la léproserie, même s’ils ne portent pas la maladie. Et c’est là aussi que j’ai ressenti le dégoût instinctif et irraisonné, la peur totalement infondée d’être contaminé à mon tour, le jour où un des lépreux m’a pris dans ses bras pour m’embrasser parce que nous avions nettoyé la chambre collective et repeint l’ensemble du bâtiment avec nos jeunes.

Le lépreux atteint par le mal aura les vêtements déchirés et les cheveux défaits, en signe de repentir pour le péché, dit le Lévitique. Sans doute serez-vous scandalisé par cette connexion ignominieuse entre la maladie et le péché comme si l’une était la conséquence de l’autre. Mais ne vous débarrassez pas trop rapidement de cette image encombrante parce qu’elle peut vous aider à comprendre que le péché fonctionne effectivement comme une maladie infectieuse terriblement contagieuse, comme la violence qui se propage de l’un à l’autre jusqu’à saisir toute une communauté, comme la panique qui se propage comme une trainée de poudre dans une foule compacte inquiétée par un bruit inhabituel, comme la grippe aviaire qui se communique d’un élevage à l’autre portée par le vent… En pensant à ce mode de propagation qui échappe à tout contrôle, je ne peux pas m’empêcher de penser aux rumeurs, « fake news », théories du complot les plus folles qui circulent sur le net via les réseaux sociaux sans que rien ni personne ne puisse rien arrêter jusqu’au lynchage médiatique sans autre forme de procès de cette gamine qui vient de se faire virer du concours de chant ‘The Voice’ par la foule des anonymes qui réclame sa tête.

Alors, est-il possible de nous reconnaître dans cette histoire du lépreux qui se jette aux pieds de Jésus pour le supplier de le purifier ? En fait, cela va peut-être vous faire sourire mais en entendant la demande pressante du lépreux : si tu le veux, tu peux me purifier, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’appel pressant que nous avions lancé à toute la paroisse pour venir nettoyer le temple : Si tu le veux, tu peux me nettoyer ! 40 personnes ont répondu à l’appel pour débarrasser, nettoyer, purifier notre temple, remplissant une benne de 30m3 sans parler du camion rempli par les ferrailleurs arrivés à la rescousse. 50 ans d’encombrants, de déchets de toute sorte, de détritus disséminés ici où là, cachés dans les recoins sombres méconnus de la plupart des membres de l’Eglise. De cette belle journée, les participants de toutes les générations ont gardé un sentiment intense de libération, d’allégement, de purification tellement bénéfique. Et en même temps, un sentiment intense de joie communautaire, d’envie de raconter, de partager, de témoigner de ce qui est devenu un temps fort de partage fraternel et de joie communicative. Il y a donc moyen de recevoir cette petite histoire de lépreux purifié, de la reprendre à notre compte, de nous identifier à ce lépreux qui porte sur lui le péché qui le souille comme une maladie de peau qui met à l’écart de la communauté des vivants, comme un symbole de tous ces détritus encombrants que nous portons en nous bien malgré nous et que nous essayer de masquer au regard des autres.

Matthieu, Marc et Luc racontent tous les 3 la même histoire de lépreux purifié, mais à la différence des deux autres, Marc révèle avec insistance les émotions qui traversent Jésus et le lépreux. Marc nous dit qu’en voyant ce lépreux se jeter à ses pieds, pour le supplier à genoux, Jésus fut touché, ému aux entrailles, pris aux tripes comme il faudrait traduire le terme grec de manière un peu triviale. Marc ne se situe pas dans le champ du rationnel et du raisonnable mais résolument du côté de l’émotionnel. Jésus est bouleversé parce qu’il y a quelque chose dans cette situation qui le révolte, qui l’indigne comme disait Stéphane Hessel. Le moteur intérieur de Jésus c’est celui de l’injustice : il y a là quelque chose d’insupportable, d’intolérable, d’inadmissible dans cette situation d’exclusion radicale, tout à la fois sociale, politique, familiale, religieuse et spirituelle. L’isolement de l’exclu le retranche de l’humanité et Jésus refuse cet état de fait. Je pense ici à la stratégie de l’ACAT qui se bat pour sortir de l’anonymat, du silence, de l’isolement et de l’oubli les prisonniers politiques torturés. Je pense ici à l’isolement en forme de maltraitance que subissent ces personnes âgées dépendantes dans certaines EHPAD qui servent de « vache-à-lait » à certains grands groupes qui ont fait de nos anciens un business très lucratif.  Je pense enfin aux migrants économiques qui n’ont pas la chance d’avoir le statut de réfugié parce qu’ils ne demandent rien d’autre que d’avoir le droit de se construire une vie meilleure par leur travail et qui portent les stigmates de l’exclusion la plus violente. Tout cela le révolte, Jésus est pris aux entrailles. Nous ne sommes pas dans le registre du droit mais celui de l’amour. Nous ne sommes pas en train de calculer la dose de misère que notre pays est capable d’absorber. Jésus ne calcule pas. Il est ému, remué, bousculé, interpelé, revendiqué, convoqué par le visage meurtri, difforme du lépreux qui l’appelle. « Entendez cet appel ! », répétait avec insistance François Clavairoly à notre premier ministre lors de la cérémonie des vœux de la FPF. « Entendez notre appel ! » Si tu le veux, tu peux me purifier !

Si tu le veux… Là est bien le problème : l’enjeu ne se situe pas au niveau de ce que Jésus est capable de faire mais bien de ce qu’il VEUT faire. La question est la même pour nos exclus, l’enjeu n’est pas au niveau de ce que nous pouvons faire mais relève bien de notre « bon vouloir », benevolentiae. Nos voisins allemands ont intégré 1 million de réfugiés pour la plupart musulmans pour un pays de 80 millions d’habitants (1 réfugié pour 80 habitants) quand nous en avons promis 30 000 et accueillis réellement 7 000 (1 réfugié pour 10 000 habitants). Que voulons-nous faire ? Que décidons-nous ? Vous le savez, l’engagement quel qu’il soit repose sur un triptyque : compétence – disponibilité – motivation. Mais le plus important réside dans la motivation, l’envie, la volonté, le désir, le choix : si j’adhère à la décision, j’en accepte par avance la part de contrainte et de pénibilité inévitable. Jésus répond sans hésiter une seconde : Je le veux, sois purifié. Déclaration souveraine de la volonté du Seigneur qui exprime là son plan, sa vision, son projet pour l’humanité souffrante. Je le veux. Y a-t-il là quelque chose qui ne soit pas parfaitement clair, pas tout à fait explicite et qui appelle discussion, création d’une commission de réflexion, négociation, marchandage ou possibilité d’interprétation théologique ? Je le veux, sois purifié, lavé, nettoyé, réparé, réintégré. Je ne veux pas que tu sois seul et abîmé dit le Seigneur !

Il ne veut pas, alors il joint immédiatement le geste à la parole, d’une manière totalement inattendue, inouïe. Il aurait pu/dû se contenter d’un geste à distance comme on peut le faire en ouvrant son chéquier pour donner pour le téléthon, la recherche pour le cancer ou le sidaction. Il aurait pu/dû se contenter d’une parole à distance pour le guérir d’un mot, d’une parole d’autorité comme il l’a déjà fait pour le démon dans la synagogue de Capharnaüm. Mais il a voulu aller au bout de son engagement. Comme je le notais déjà la semaine dernière, quand le Seigneur donne, il SE donne, totalement, sans calcul. Il tendit la main et le toucha. (…) Aussitôt la fièvre le quitte et il fut purifié. Et aussitôt il s’exaspère contre lui et il le chasse. Quel étrange renversement de situation…

Le lépreux est purifié à l’instant-même et lui, il devient impur à la place du lépreux. En touchant le lépreux, il se rend impur pour que l’autre soit pur. En touchant le lépreux, il prend sur lui cette maladie pour que l’autre soit guéri. En touchant le lépreux, il devient le paria, l’exclu, le rejeté pour que l’autre soit renvoyé vers les prêtres, qu’il puisse prouver sa guérison et réintégrer la communauté. Comme le dit l’Evangile de Marc, en touchant le lépreux, Jésus savait qu’il ne pourrait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il serait contraint de rester dehors dans des endroits déserts, à la lisière des vivants et des morts. En touchant le lépreux, Jésus a même pris sur lui la colère, l’indignation du réprouvé et l’Evangile de Marc note ce changement brutal dans l’émotion de Jésus. Lui qui était ému, bouleversé par la souffrance change radicalement pour une attitude strictement inverse : Et aussitôt il s’exaspère contre lui et il le chasse. En touchant le lépreux, il devient pécheur pour que l’autre soit sauvé. Et cet échange de situation va se répéter inlassablement à chaque rencontre de Jésus avec l’humanité souffrante : un démon ici dans la synagogue de Capharnaüm, la belle-mère de Pierre à la maison, des malades et des démoniaques à la porte de la ville, Tout le monde te cherche ! dit Simon à Jésus qui cherche à reprendre des forces dans la prière. Et pour cause ! Tout le monde le cherche pour ce que Luther appelait un « joyeux échange ». Je cite le réformateur : « Christ est plénitude de grâce, de vie et de salut : l’âme ne possède que ses péchés, la mort et la condamnation. Qu’intervienne la foi, et voici, Christ prend à lui les péchés, la mort et l’enfer ; à l’âme, en revanche [sont donnés] la grâce, la vie et le salut. Car il faut bien que le Christ, s’il est l’époux, accepte tout ce qui appartient à l’épouse et, tout à la fois, qu’il fasse part à l’épouse de tout ce qu’il possède lui-même. »[1] C’est exactement ce que dit l’apôtre Paul partout dans ses épîtres : par exemple dans l’épître aux Romains 5,8 : « Or voici comment Dieu met en évidence son amour pour nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. » ou dans l’épître aux Galates 3,13 « Le Christ nous a racheté de la malédiction de la loi en devenant malédiction pour nous – car il est écrit : Maudit soit quiconque est pendu au bois. » Au moment où nous allons entrer dans le temps de Carême, souvenons-nous que la Croix est le résultat de l’accumulation de tout ce que le Christ a voulu porter à notre place. La Déclaration de Foi de notre Eglise confirme cette manière de comprendre ce que c’est que le salut : « Nous croyons qu’en Jésus, le Christ crucifié et ressuscité, Dieu a pris sur lui le mal. » Dieu a pris sur lui le mal. Il a pris sur lui ce poids que je porte depuis si longtemps et qui me fait une boule au ventre ; ce pardon que je n’ai jamais réussi à donner et qui m’empoisonne par la rancœur qui sommeille en moi ; cette culpabilité que j’essaie désespérément de masquer devant les autres ; ces détritus que j’accumule un peu plus chaque jour, qui me pourrissent la vie et que je ne peux plus jeter ; cette blessure que je trimbale en moi depuis si longtemps sans pouvoir cicatriser ; cette lassitude intense qui m’envahit parfois jusqu’à me donner envie de laisser tomber. Tout cela l’Evangile nous affirme qu’il VEUT le porter. Venez à moi vous qui êtes chargés et fatigués et je vous donnerai du repos. dit-il (Matthieu 11, 28-30). Voici venu le temps de poser ce fardeau trop lourd et de le lui remettre puisqu’il veut le porter pour nous. Voici venu le temps d’arrêter de nous faire du mal. Voici venu le temps de nous tourner vers lui en le suppliant : Si tu le veux, tu peux me purifier. J’aimerais que chacun sorte de ce temple en ayant déposé ses détritus et puisse repartir chez lui avec le cœur léger, la conscience en paix, la vie plus douce. J’aimerais que chacun sorte de ce temple aujourd’hui comme ce lépreux qui, une fois parti, se mit à proclamer bien haut et à propager la Parole, de sorte que l’on venait à lui de toute part, comme le dit l’Evangile de Marc à la fin de notre petite histoire… Propager la Parole… Il ne faudrait pas prendre pour fausse excuse que Jésus a exigé le silence du lépreux pour se taire et rester tapis dans l’ombre ! Je veux ici lancer un appel solennel à la désobéissance évangélique, comme le lépreux qui n’a pas pu s’empêcher de propager la Parole. Malheur à moi si je n’annonce pas la Bonne Nouvelle, dit l’apôtre Paul (1 Co 9,16). Si vous-mêmes vous avez reçu quelque chose de l’Evangile pendant ce culte, alors vous aurez à cœur de désobéir à l’injonction au silence pour répandre la Parole à votre tour. Ce que vous avez reçu, partagez-le ! propagez-le ! Et alors, comme dans l’Evangile de Marc, on viendra de toute part. Pour la plus grande gloire de Dieu ! Amen.

[1] WA 7, 54, 39-55, 6; MLO 2, 282.

 

Corinthiens I – 9, 16-23 et Marc 1, 29-39 – De la nécessité de s’extraire

Prédication du pasteur Samuel Amedro, le dimanche 4 février 2017

C’est un constat classique pour tous les personnages publics, ils se doivent à leur fonction et n’échappent jamais à leurs obligations. Qu’on me pardonne l’audace du rapprochement mais Jésus, Johnny ou Emmanuel Macron ont pu faire, chacun à leur manière, le difficile constat qu’ils ne s’appartenaient plus vraiment : la possibilité même d’un domaine réservé, d’une vie privée, d’un jardin secret, d’un moment de pause et de retrait leur est contestée. Tous te cherchent ! dit Simon à Jésus.

Partout où il passe, que ce soit dans l’intimité supposée de la maison familiale de Simon et André ou à la porte de la ville où grouillent tous ceux qui vivent de l’aumône des passants, tous cherchent Jésus. On attend de lui qu’il prenne sur lui toutes sortes de maux, qu’il chasse les démons et qu’il guérisse les malades… Alors, on comprend qu’il essaie de s’échapper : au petit matin, à la nuit noire, Jésus se leva et s’en alla dans un lieu désert ; là, il priait.  Je me dis, quand même, qu’il ne vole son temps à personne. On se prend à ressentir une pointe de compassion pour celui qui tente de s’extraire un instant à la pesanteur de sa mission : « Il a quand même bien le droit de prendre un petit moment pour lui, n’est-ce pas ? » Il y a pour moi quelque chose de la délicatesse de Jésus qui prend sur son temps de sommeil, se levant avant le lever du jour pour se mettre à l’écart et prier. J’entends aussi une vie spirituelle qui se joue dans la discrétion, bien loin de la foule, à mille lieux de tous ces gourous qui font étalage de leur piété comme pour rassurer leurs adeptes de l’intensité de leur lien avec le divin. Rien de tout cela chez Jésus : je constate, un brin amusé, qu’il aurait été parfaitement à l’aise dans notre Eglise Réformée où on ne fait guère spectacle de nos prières ou de nos chants. Nous avons tous en tête ce fameux conseil de Jésus dans le sermon sur la montagne de l’Evangile de Matthieu : Quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites qui aiment faire leurs prières debout dans les synagogues et les carrefours, afin d’être vus des hommes. En vérité, je vous le déclare : ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre la plus retirée, verrouille ta porte et adresse ta prière à ton père qui est là dans le secret. Et ton Père qui voit sans le secret, te le rendra. (Matthieu 6,5s). Autrement dit, il se joue là quelque chose de l’intime, du personnel, du jardin secret. Remarquez d’ailleurs que l’Evangile de Marc reste très discret sur la question : Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert ; là il priait.  Rien de plus. Extrême pudeur du narrateur. On se dit que c’est bien comme ça : la pudeur doit être respectée et je n’ai aucune envie de me transformer en voyeur, en paparazzi en faisant intrusion dans la vie spirituelle du Seigneur.  Et pourtant, Simon et ceux qui étaient avec lui s’empressèrent de le rechercher. Et quand ils l’eurent trouvé, ils lui disent (et on sent poindre le reproche) : Tous te cherchent !

Tous te cherchent… N’est-ce pas là la maladie de l’homme connecté d’aujourd’hui ? N’y a-t-il pas là une pathologie sociale qui nous affecte presque tous, nous qui sommes en permanence en connexion sur les réseaux sociaux ou par email, repérables par nos GPS, traqués par les cookies que les sites laissent sur nos ordinateurs au gré de nos prérégrinations sur le web, répertoriés, analysés et dataïsés, revendus à des sociétés qui font commerce de nos données personnelles collectées au sein du Big Data ? Salariés connectés en dehors des heures de bureau, réponse à un courriel professionnel en soirée… Afin de mieux respecter les temps de repos et de congé mais aussi la vie personnelle et familiale des salariés, l’article 55 de la loi du 8 août 2016 dite « loi Travail » a introduit un droit à la déconnexion.

Tous te cherchent… Tu dois absolument rester connecté H24 comme on dit. Et pourtant, à prendre dans le métro avec le regard aiguisé d’un provincial amusé et inquiet à la fois, je me retrouve à observer une foule compacte où chacun fait tout pour rester seul. A y regarder de plus près, on prend conscience petit à petit que chaque personne seule met en place une stratégie pour ne pas répondre aux sollicitations des autres, inconnus, étrangers, forcément dérangeants, perturbateurs, presque intrusifs par leur simple présence à nos côtés… Alors un tas d’objets d’interposition sont utilisés comme autant de stratégies d’évitement : écouteurs massifs sur les oreilles, livres ostensiblement dressés, journaux largement dépliés, écrans de smartphone avec réseaux sociaux ou jeux addictifs interposés… Ces objets d’interposition font obstacle à la relation. Telle est leur mission. Mais je crois que ce n’est pas leur seul intérêt, leur unique fonction. J’ai le sentiment qu’ils sont là pour faire écran, certes, mais aussi pour occuper les doigts, mobiliser l’attention, divertir au sens propre du terme c’est à dire détourner le regard, aider à ne pas voir, à ne pas penser, à ne pas se retrouver seul. A les regarder avec un œil distancié, ils apparaissent tous habités par du bruit, de l’image, de la musique, de la lecture… tout sauf rester seul face à soi-même. Il semble impératif de rester connecté, mais au fond avec qui ? L’humain du métro refuse le lien pour ce qu’il a de potentiellement intrusif et refuse la solitude pour ce qu’elle a de potentiellement angoissante. Ces écrans sont là pour aider à rester connecté mais sans avoir à subir la présence dérangeante de la réalité. Rester connecté à du virtuel, comme au bord du vide. L’encombrement du présent masque la peur du vide. On a tous croisé la route de ceux qui semblent ne jamais être présents avec vous, toujours ailleurs quand ils vous serrent la main sans vous regarder, qui baillent quand vous essayez de leur adresser la parole, qui regardent leur téléphone portable en pleine conversation. Ils ne sont pas là avec vous mais ailleurs. Désagréable impression laissée par ceux qui ne vous regardent jamais dans les yeux… Absents d’eux-mêmes, absents de la relation.

A l’inverse, j’ai eu la chance inestimable de côtoyer le seul ermite protestant vivant en France, le pasteur Daniel Bourguet. Je l’ai connu professeur d’Ancien Testament à la faculté de Montpellier, grand savant au savoir inépuisable qui rendait vivant et passionnant chacun de ses cours. C’est devenu un proche à tel point qu’il a prêché à notre mariage. Après être revenu un temps en paroisse, il a décidé de se retirer du monde, pour vivre seul dans la montagne cévenole au-dessus de Saint Jean du Gard, dans le silence le plus complet des Abeillères. Etrange pour un protestant pourrions-nous penser ? Cet homme a fait le choix du silence et du retrait. Et pourtant il est présent au monde d’une manière incroyablement puissante : par l’écoute de celles et ceux qui viennent lui rendre visite, un par un : une qualité d’écoute hors du commun, totalement présent à celui qui est venu le voir mais aussi par la puissance incroyablement apaisante de sa prière. Un homme de paix. Un homme d’écoute. Un homme de douceur. Un homme d’humilité. Un homme de bienveillance. Un homme qui rayonne de lui-même alors qu’il vit seul. Et tout cela il le tient de sa vie nourrie de prière. C’est dans ce dialogue intime avec Dieu qu’il devient cet homme nouveau. Il porte avec lui le monde. Et il le dépose devant Dieu : infiniment présent au monde, infiniment présent à Dieu, infiniment présent à lui-même. Il y a peu de gens que j’admire, il en fait partie. Le ministère de Daniel Bourguet me semble totalement inspiré par ce passage de l’Evangile de Marc qui nous raconte la vie de tous les jours de Jésus, dans sa vie familiale chez Simon et André comme dans l’espace public de la porte de la ville, entièrement consacré à sa vocation de prendre sur lui le mal comme le dit notre Déclaration de Foi. C’est sa manière à lui de proclamer l’Evangile partout où il passe.

Jésus ne revendique aucun droit à la déconnexion et ne conteste même pas le « rappel à l’ordre » fraternel de ses disciples mais il n’en demeure pas moins qu’il a décidé de s’extraire un temps du groupe, sortir de la communauté, de la vie publique. Un temps de déconnexion, de retrait, à l’écart. Un temps mis à part, consacré, un temps rien que pour lui.

  1. Un temps mis à part pour se reposer : Il y a pour moi quelque chose d’important à voir Jésus prendre un temps de non-travail. Ne serait-il pas utile à notre vie spirituelle d’apprendre à ne rien faire, se poser, contempler, se laisser aller au vagabondage de l’âme. Eloge de la détente comme contraire de la tension, du stress. Pour la paix intérieure, le calme, la sérénité. Sans doute le plus difficile pour les protestants n’est-ce pas ? Apprendre à ne rien faire, c’est se recentrer sur la grâce de la vie comme cadeau et non comme faire, construction, fabrication, œuvre et maîtrise. Eloge de l’inutilité : celles et ceux qui se trouvent désormais inutiles comme hier lors du chantier travail doivent découvrir combien leur présence est bien plus importante que leur utilité présumée.
  2. Un temps mis à part pour se retrouver : Jésus a décidé de s’arrêter un moment pour ne pas se perdre : contre la tyrannie de l’immédiat et de l’urgence, il s’agit pour lui de prendre du temps pour s’arrêter. Parce qu’il faut du temps pour réfléchir, analyser, comprendre, interpréter et se retrouver. N’y a-t-il pas un intérêt à sortir de la réaction aux événements qui surviennent dans notre vie pour en reprendre possession et devenir (ou redevenir) auteur de sa propre vie. Pour cela il faut prendre du recul, mettre une certaine distance pour ne pas laisser ses émotions ou ses pulsions prendre le dessus. Voilà la vérité : prendre du recul demande du temps.
  3. Un temps mis à part pour se recentrer : Jésus a choisi de s’arrêter un moment pour ne pas se disperser, s’émietter, s’éparpiller « façon puzzle » comme on dit dans les « Tontons flingueurs » par les appels tous azimut de ceux qui revendiquent son aide. Nous avons besoin d’un centre. Le propre de la schizophrénie c’est la dispersion, l’émiettement de soi, le cœur partagé, déchiré (entre ce que je voudrais et ce que je peux, entre mes intentions et mes actes, entre mes pulsions et ma raison, entre mes rêves et mon réel) : Qui ne voit l’urgence de retrouver un temps pour se recentrer, retrouver son centre. Remettre au centre de sa vie ce qui est important, ce qui est essentiel pour que l’urgent ne prenne plus toute la place, il nous faut apprendre à renoncer, à vouloir tout faire, lâcher prise sur le fantasme de tout maîtriser. Enjeu spirituelle de celui qui doit apprendre la confiance.
  4. Un temps mis à part pour se ressourcer : Est-ce un choix ou un besoin ? En tout état de cause, Jésus sortit pour aller dans un lieu désert où il se mit à prier. Un temps donc pour se recentrer et se retrouver devant Dieu, dans la prière, histoire de se reconnecter avec la source. On le comprend aisément lui qui est en permanence absorbé par ce qu’il donne aux autres, l’épuisement n’est pas loin ! Demandez aux infirmières (dans les EHPAD) ou aux professeurs des écoles : ils vous diront l’impérieuse nécessité de se ressourcer tant il est vrai qu’il n’est pas possible de donner sans cesse si on ne recharge pas son énergie vitale à un moment ou à un autre. Comme lorsque la femme qui a des pertes de sang touche son manteau, à chaque rencontre Jésus sent une force sortir de lui (Marc 5,30). Quand il donne, il se donne. Là est l’essence du don. D’où la nécessité impérieuse de se reconstituer auprès de la source. Il paraît que les retraites spirituelles n’ont jamais rencontré autant de succès ? On peut le comprendre…

Au moment où le conseil presbytéral travaille et réfléchit à proposer à l’Assemblée Générale une vision spirituelle pour construire l’avenir de notre Eglise du Saint Esprit, cette petite histoire de Jésus m’inspire beaucoup. Dans un monde où les changements sont tellement rapides, nous devrions être fiers de pouvoir offrir un espace et un lieu qui donne la possibilité de s’arrêter, de se poser et de se reposer. Notre culte doit pouvoir être vécu comme un espace de retraite spirituelle où chacun peut se retirer un temps à l’écart avant de repartir, un lieu de ressourcement personnel. Nous pouvons offrir au monde une oasis de ressourcement, une halte d’apaisement et de silence. Et dans le même temps, le culte doit aussi rester un lieu de sens où l’on prend le temps de réfléchir et de donner à penser : contre l’idée d’une prédication en slogan qui affirme sans donner à questionner, contre l’idée d’une prédication qui ne ferait que questionner sans offrir une parole qui fasse sens parce qu’elle construit une solidité sur laquelle on peut construire sa vie en pleine confiance. Parce qu’il ne faut jamais perdre de vue que la mission de l’Eglise ne sera jamais d’être centrée sur elle-même : quand Simon se mit à sa recherche, ainsi que ses compagnons, et ils le trouvèrent, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » Et il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Evangile car c’est pour ça que je suis sorti. » Voilà l’enjeu véritable : proclamer l’Evangile à celles et ceux qui ne le connaissent pas encore mais qui le cherchent. Tous le cherchent parce qu’il prend sur lui ce qui leur fait du mal. Il a pris sur lui le mal. C’est pour cela qu’il est venu. Voilà l’Evangile que nous proclamons. Amen !

Venez participer au grand débarras !

Nous avons loué une benne de 30 m3 pour vider tous les locaux du temple de ses encombrants, la matinée du samedi 3 février (8h30 -14h30). Le déjeuner est offert !