Romains 5, 1-11 Matthieu 22, 34-40 – Être rendus juste devant Dieu à cause de notre foi

Prédication de Clotaire d’Engremont, le dimanche 29 octobre 2017, dimanche de la « Réformation »

 

  1. Être rendus juste devant Dieu à cause de notre foi
  2. Avoir accès à la Grâce de Dieu
  3. Espérer participer à la gloire de Dieu
  4. Être en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ.
  5. Croire que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pêcheurs. (je souligne ici le mot encore !)

Ces expressions tirées du chapitre 5 de l’épître de Paul aux Romains qui nous ramènent au début de l’ère chrétienne constituent, grâce à Paul, une sorte de quintessence du Christianisme par leur profondeur et par leur densité, au point que certains commentateurs se sont demandé ce que serait devenue la foi chrétienne si Paul n’avait pas existé.
Nous pouvons penser, en toute sérénité, que le plan de Dieu aurait permis l’intervention d’une autre personne… de la même trempe que Paul… ! Toujours est-il qu’en ce dernier dimanche d’octobre où nous faisons mémoire, dans les églises protestantes, du geste de Martin Luther qui placarda le 31 octobre 1517 ses 95 thèses contre les indulgences et pour la gratuité du salut, il est évidemment symbolique de consacrer un temps de réflexion sur des mots à forte teneur théologique tels que la foi et la grâce.

La foi, tout d’abord, pour le chrétien c’est plus que la croyance, c’est la totale confiance en Dieu et en son fils, Christ Sauveur et Ressuscité. N’attendez-pas de moi une autre explication que celle-ci car la foi n’est pas une fin en soi ; elle est certes mystérieuse mais est surtout primordiale pour comprendre le message que constitue la Grâce.

La Grâce, et c’est là où je voulais en venir plus longuement, est le maître mot qui a permis à Martin Luther de sortir de son désespoir qui l’avait envahi dans sa cellule monacale où il s’adonnait à toutes sortes de mortifications et de pénitences issues du Moyen-âge. Moyen-âge qui voyait les feux de l’enfer brûlant des cohortes de damnés éloignés du Salut.
Lorsque Paul nous parle de la grâce, et c’est ce qu’a saisi et a expliqué Martin Luther, il est patent qu’il se réfère au don surnaturel – donc gratuit – que Dieu veut bien accorder en vue du Salut. La Grâce, c’est la gratuité. Fonder la relation à Dieu sur cette gratuité, sans condition, sans demande de rétribution, peut paraître même encore aujourd’hui difficile à admettre par certains, dans un monde où tout se paie, en monnaie sonnante et trébuchante, au sens propre comme au sens figuré !…
« Dieu est Dieu parce qu’il ne réclame rien pour lui mais ne fait que donner et se donner » rappelle Martin Luther après d’autres penseurs chrétiens qui le disaient avant lui depuis très longtemps, mais qui étaient moins entendus… (Jean Huss, un des derniers, ne disait pas autrement mais fut brûlé 100 ans avant la venue de Martin Luther). Pour reprendre ceci dans une forme encore plus précise et que j’emprunte à Georges Casalis(1)Martin Luther et l’église confessante, éditions du Seuil 1966 un pasteur et théologien du XXe siècle (1917-1987) je cite : « en somme, au Dieu JUGE qui condamne sans rémission, Martin Luther en est arrivé au PÈRE qui communique sa justice à ses enfants : la justice dont parle l’écriture n’est pas celle que Dieu exige de l’homme ni la condamnation que subit le pêcheur, mais celle qu’il donne gratuitement au pêcheur qui vient à lui dans l’humble repentance portée par la Foi »

Il est clair ajoute Georges Casalis que « l’essentiel de l’illumination de Martin Luther reste le cœur de toute authentique spiritualité évangélique, l’essence même du message chrétien : les formules peuvent changer mais deux points constituent les piliers de la foi des Églises issues de la Réforme :

1er point : c’est la primauté de l’amour souverain de Dieu sur toute décision ou attitude de l’Homme.

2ème point : c’est le mystérieux échange en vertu de quoi le CHRIST, en qui DIEU s’est abaissé jusqu’à prendre rang dans l’Humanité, ce qui permet ainsi aux pêcheurs d’appeler DIEU « NOTRE PÈRE » ».

En d’autres termes, la mort du Christ suivie de la résurrection est notre seule et unique justification. C’est grâce à cela que nous sommes pardonnés et appelés à une vie totalement nouvelle. Nous sommes alors portés par la « glorieuse liberté des enfants de Dieu » comme aiment à le répéter les réformateurs depuis le XVIe siècle.

Si nous restons à l’écoute de ce que nous venons de méditer à grands traits grâce aux versets extraits de l’Épitre aux Romains, si nous gardons à l’esprit que la grâce est gratuitement un don de Dieu, nous pouvons mieux comprendre encore le double commandement de Jésus qui figure aux versets 37 à 40 du chapitre 22 de l’évangile de Matthieu que je relis : « Tu aimeras le Seigneur, ton DIEU, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence, c’est là le grand commandement, le premier. » Un second cependant lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». De ces deux commandements dépendent toute la loi et tous les prophètes. Dans ce passage cité, Jésus ne se laisse pas enfermer dans le piège que veulent lui tendre les pharisiens, c’est-à-dire les très légalistes Docteurs de la loi. Comme Dieu aime sans conditions, gratuitement, le fils de Dieu invite l’Humanité à aimer Dieu aussi sans condition non plus, sinon d’avoir un cœur, une âme et de l’intelligence. Il se contente de dire que le double commandement est la seule loi qui compte… Dieu aime en premier, mais Dieu est aussi celui qui est aimé, rappelle Matthieu. Dieu est donc la quintessence de l’Amour c’est-à-dire la plénitude de la vie. C’est pourquoi, nos œuvre terrestres, même si elles sont louables, ne complètent pas à proprement parler, la Grâce de Dieu. Pour citer un ami pasteur à la foi bon théologien et excellent pédagogue, nos œuvres ne sont pas les « infirmières » de la Grâce ; nos œuvres sont en fait elles-mêmes le fruit de la Grâce divine. Amour et Foi sont alors deux piliers d’une même vocation… Autrement dit et je cite encore Georges Casalis : « Si donc le don gratuit de Dieu a pu répondre à l’angoisse du cœur de  Martin Luther, il ne faudra pas moins du don de ce même cœur pour répondre à la paix que Dieu donne ». D’ailleurs dans son petit traité sur « La liberté du chrétien » datant de 1520, trois ans après l’affaire des 95 thèses, Martin Luther développe deux propositions qui peuvent précisément apparaitre comme contradictoires :

  1. Le chrétien est en toutes choses Seigneur et n’est soumis à personne ;
  2. Le chrétien est, en toutes choses, Serviteur, et est soumis à tout le monde.

Mais du fait du don gratuit de la Grâce, aucune œuvre n’est vraiment nécessaire pour mériter le SALUT. Certains disent même que toute volonté intempestive de s’en approcher en éloigne en vérité. Et pourtant la liberté chrétienne lie l’homme à celui qui lui a donné la dite liberté. C’est bien sûr Jésus-Christ. C’est pourquoi les œuvres, de ce point de vue, sont nécessaires non pas pour rendre l’homme meilleur, mais parce que l’homme est destiné à être meilleur grâce à la justice de Dieu.

Chers amis, comment essayer d’être meilleur ? Le chrétien est tenu, me semble-t-il, de s’engager là où il est, pour un monde que l’on voudrait plus juste en paroles comme en actes car sans progression continue pour plus de justice dans ce monde, l’Amour demandé par Jésus devient une notion quelque peu éthérée qui peut même friser l’imposture !!

 

Il est temps de conclure.
Au-delà du dernier repas, dont nous allons faire mémoire dans quelques instants, il y a la croix, quintessence de l’amour de Dieu qui nous demande, dans l’espérance, de rester debout et libéré de nos peurs, afin d’essayer de venir à bout des situations les plus difficiles, en toute lucidité.
La liberté chrétienne, chères sœurs, chers frères, n’a rien à voir avec la recherche forcenée de la richesse, de la puissance ou même de la réussite dite sociale. La vraie liberté c’est de se laisser envahir par une transcendance qui, grâce au Dieu de Jésus-Christ, nous rend à la fois objet et sujet de la dite GRÂCE.
Dans l’ordre, l’Homme est alors, selon le triptyque qui ressort de l’épître aux Romains :

  • justifié,
  • réconcilié,
  • et sauvé

A cet instant, GRÂCE et AMOUR deviennent un seul et même mot.

Amen

Notes   [ + ]

1. Martin Luther et l’église confessante, éditions du Seuil 1966