Psaume 23 – « L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien»

dimanche 9 octobre 2011 – Confirmation des catéchumènes – par François Clavairoly

 

Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me met au repos dans des prés d’herbe fraîche, il me conduit au calme près de l’eau . Il ranime mes forces, il me guide sur la bonne voie, parce qu’il est le berger d’Israël. Même si je passe par la vallée obscure, je ne redoute aucun mal, Seigneur, car tu m’accompagnes. Tu me conduis, tu me défends, voilà ce qui me rassure. Face à ceux qui me veulent du mal, tu prépares un banquet pour moi. Tu m’accueilles en versant sur ma tête un peu d’huile parfumée. Tu remplis ma coupe jusqu’au bord. Oui, tous les jours de ma vie, ta bonté, ta générosité me suivront pas à pas. Seigneur, je reviendrai dans ta maison aussi longtemps que je vivrai.

De même que la figure d’Abraham dont la bible raconte l’itinéraire, est figure bien connue d’un départ et d’une longue marche nomade dans le désert et jusqu’à une terre improbable, de même la mise en récit de ce psaume est une histoire qui nous enseigne mille choses sur le sens du départ, sur le sens d’une marche, sur ses risques et ses joies, sur ses rencontres inévitables, bonnes ou périlleuses. Cette figure d’Abraham nous enseigne aussi, et peut-être surtout, sur les transformations et les métamorphoses des personnes qui partent, qu’un voyage au long cours aussi riche promet des trésors à tous ceux qui acceptent de se laisser embarquer dans un pèlerinage dont il ne connaissent à l’avance ni le terme ni le réel motif : le psaume 23 raconte le départ d’un homme qui après avoir vécu de grandes choses à Jérusalem, lors de cultes et de cérémonies religieuses, lors de fêtes liturgiques magnifiques, repart. Mais le texte ne dit pas vers où ni chez qui il rentre, ni même s’il rentre quelque part. Mais le voici riche de son séjour, de ses rencontres, et de la parole qu’il a reçue et chantée au Temple, pendant quelques jours, le voici mis en route pour des siècles de louanges !

psaume

A la différence d’Ulysse aux mille ruses, roi d’Ithaque, et dont l’odyssée est un interminable retour marqué par le sentiment de la nostalgie, lors d’un voyage initiatique merveilleux mais dont l’enjeu est de reprendre enfin sa place dans la maison, dans l’ordre des choses, et telle qu’il l’avait quittée, avec sa femme qui l’attend et son fils, Abram, lui, ne rentre pas vers « chez soi », il part. Et comme le pèlerin du psaume qui part, lui aussi, après avoir salué Jérusalem, de loin, se retournant une dernière fois, après avoir dit : « un jour je reviendrai », il part, exactement comme vous, chers catéchumènes, qui partez pour un voyage au long cours, celui de votre vie, celui votre existence d’adultes, adultes dans la foi sinon selon la loi, résidant encore un peu chez vos parents, certes, mais un jour sans doute, très loin d’eux, et loin de vos bases, de vos souvenirs et de vos nostalgies ou de vos chambres d’enfants.

Catéchumènes, vous êtes pèlerins de vos vies désormais, jamais assurés de ce que le destin vous réserve, mais pleinement confiants dans la bénédiction de Dieu.

Vous êtes incertains, comme beaucoup de nos contemporains dans un monde mouvant et fluide, dont l’avenir n’est absolument pas tracé, celui de troubles et de guerres ou celui de paix à conquérir, mais un monde dont le signe est celui, jadis posé sur Caïn, d’une bénédiction secrète, bien réelle, et pérenne. Le modèle de votre foi est donc celui d’Abraham ou, ce qui revient au même, du pèlerin du psaume 23 : une foi en marche et en peine peut-être, et peinte aux couleurs tristes du doute et de l’épreuve, de la maladie, de la tristesse intime, de la douleur, de la souffrance, mais toujours découvrant au détour des chemins, l’inattendu de Dieu, exactement comme d’autres pèlerins, plus tard, ceux d’Emmaüs qui ont pris la Cène avec celui qu’ils croyaient pourtant mort et enterré, alors qu’il se tenait mystérieusement auprès d’eux et leur parlaient et leur brûlait le coeur de sa parole aimante, sans même qu’ils le sachent et avant même qu’il ne le confessent.

Catéchumènes, votre foi aussi fragile soit elle est la foi des amis de Dieu. Et Dieu n’abandonne pas ses amis.

Votre foi est celle qui se dit en quelques mots et qui se vit au quotidien de l’hésitation et de l’engagement. On vous demandera des comptes, un jour, avec ironie ou avec agressivité, avec humour : « êtes-vous chrétiens ? Croyez-vous en Dieu ? ». On vous moquera, même, en disant : « Mais à quoi bon la foi et à quoi bon votre bon Dieu ! Et tout ce mal sur cette terre, qu’en fait-il donc ? Est-il aveugle ? Est impotent ? Est-il même pervers ? ». Et vous répondrez alors comme ceux qui vous ont précédés, sans sagesse inutile et sans tergiverser : « oui, nous croyons, et même nous signons », comme jadis on se signait, et vous affirmerez que Dieu enrage comme vous devant le mal et la mort qui semblent l’emporter. Et vous affirmerez qu’il s’insurge et s’indigne même, quand ses créatures sont humiliées. Et vous relirez la résurrection, dans les récits de l’Evangile comme une insurrection de Dieu devant la mort absurde et triste.

Pèlerins nous voulons bien l’être tous ensemble, donc, mais pèlerins d’espérance et de joie.

Et dommage pour les sérieux et les pisse-froid de l’incroyance : l’espérance l’emporte, même lorsqu’elle est victime de la dérision et du mépris. Et dans le doute, dans l’angoisse, comme dans la mort la plus atroce, nous dirons, nous maintiendrons ceci : Il est là. Présent. Solidaire. Ne se dérobant pas. Avec nous. Il est dans le doute, comme à Gethsémané. Il est dans l’angoisse, comme sur la croix. Il est dans la mort, comme au Golgotha. Comme à Auschwitz. Pendu. Crucifié. Pantelant et dérisoire mais présent.

Dieu meurt, avec nous. Tel est le sens de votre baptême, catéchumènes : Dieu meurt avec nous. C’est à dire que vous ne mourrez pas seul. Il sera là. Il vous accompagnera dans toutes vos épreuves, jusque là et même au delà !

Vous n’aurez pas, comme dans les croyances d’hier, à payer un passage vers l’au delà, de peur que sans payer les dieux vous laissent sur les rives de l’Hadès, et que votre âme se lamente à l’infini des temps. Vous n’aurez pas non plus à vous demander sans fin ce qu’il y a après, après la mort, comme s’il fallait s’en angoisser. Non, celui qui vous accompagne aujourd’hui vous accompagne chaque jour de votre vie et ne vous lâche pas. Jamais.

Il est avec vous. Il est même descendu aux enfers comme disent les anciens credo, c’est à dire qu’il a visité les lieux de nos pires craintes et de nos pires cauchemars, qu’il a nettoyé nos imaginaires les plus angoissés et redonné joie et confiance à nos esprits effrayés. « Même si je passe par la vallée obscure, je ne crains aucun mal, Seigneur…tu es là, ton bâton me rassure », signe de ta royauté, signe de ta présence et de ton salut. Catéchumènes, (ce mot étonnant tiré d’un vieux mot grec désignant l’écho entendu d’une voix énoncée) recevez l’écho de cette parole ancienne : jusqu’au plus profond, jusqu’au plus secret de vos existences troublées, Dieu se rend présent et entend votre cri inarticulé, votre sanglot retenu, votre requête inexprimée.

Et au long de votre pèlerinage, il ne vous quitte pas. Et c’est alors que cette annonce prend tout son sens et questionne : Que faire de cette certitude ? Que dire de cette bénédiction qui nous accompagne ? Dire simplement merci : dans les liturgies, « leitourgia », de nos cultes, dimanche après dimanche où il vous attend et vous accueille. Témoigner par le martyre, « marturia », autrement dit par l’engagement et le service des plus fragiles et des plus pauvres.

Vivre enfin la communion « koinonia », avec d’autres que ceux qui sont ici, d’autres chrétiens dans le monde entier, porteurs de la même espérance et de la même joie, et avec tous les hommes.

Catéchumènes, pèlerins fils et filles d’Abraham, marcheurs à la mémoire vive du psaume 23, vous avancez, vous ne revenez pas en arrière, vous ne vous retournez pas, vous avancez dans le monde avec le signe de Dieu sur vos vies, sa bénédiction pour toujours, et à l’étonnement heureux et sans cesse renouvelé de ceux qui vous croisent et vous rencontrent chaque jour,

Amen