Matthieu 14, 13-21 – « La multiplication des pains – Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Dimanche 28 avril 2013 – par Simone Bernard

 

Quand Jésus entendit cette nouvelle, il partit de là en barque pour se rendre seul dans un endroit isolé. Mais les foules l’apprirent ; elles sortirent des localités voisines et suivirent Jésus en marchant au bord de l’eau. Lorsque Jésus sortit de la barque, il vit une grande foule ; il eut le coeur rempli de pitié pour ces gens et il se mit à guérir leurs malades. Quand le soir fut venu, les disciples de Jésus s’approchèrent de lui et dirent : « Il est déjà tard et cet endroit est isolé. Renvoie tous ces gens pour qu’ils aillent dans les villages s’acheter des vivres. » Jésus leur répondit : « Il n’est pas nécessaire qu’ils s’en aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger ! » Mais ils lui dirent : « Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. » – « Apportez-les-moi », leur dit Jésus. Ensuite, il ordonna à la foule de s’asseoir sur l’herbe ; puis il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux vers le ciel et remercia Dieu. Il rompit les pains et les donna aux disciples, et ceux-ci les distribuèrent à la foule. Chacun mangea à sa faim. Les disciples emportèrent douze corbeilles pleines des morceaux qui restaient. Ceux qui avaient mangé étaient au nombre d’environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.

Le récit de la multiplication des pains est rapporté dans les 4 évangiles de façon semblable. Le maître cherche à s’isoler. Dans l’évangile de Matthieu, cet épisode succède à l’annonce de la mort de Jean-Baptiste. On peut supposer que Jésus, bouleversé, veut se recueillir devant cet événement tragique, prémisse de sa propre fin.

Sa notoriété est grande et les foules se pressent à sa suite, avides d’écouter son enseignement, de le voir opérer des guérisons. L’évangéliste Jean va plus loin encore et précise : « Mais Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. »

Toutefois, la foule le rattrape, innombrable, avide de l’entendre. Et le temps passe, le soir arrive. Les disciples prennent conscience du problème qui va se poser : comment nourrir cette multitude alors qu’elle se trouve en un lieu isolé, loin de tout village où l’on pourrait se procurer des vivres. Ils ont compassion de tous ces gens, mais ils se sentent impuissants à résoudre le problème d’intendance. Ils font part au Maître de leur inquiétude, et celui-ci a cette réponse surprenante : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Imaginons la foule – 5000 hommes plus les femmes et les enfants – et là, devant eux, un linge sur lequel sont posés 5 pains et 2 poissons. C’est dérisoire, disproportionné.

Et pourtant Jésus vient de dire : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Est-ce à dire que les disciples vont eux-mêmes opérer un miracle ?

Rien de tel ne se produit. Jésus reprend le premier rôle, organise, installe les convives, prononce la bénédiction. Et les disciples distribuent à la foule les morceaux de pain. Chacun reçoit assez pour être rassasié, le stock semble inépuisable. A la fin, il reste douze paniers pleins de nourriture, précieuse réserve pour quelques affamés rencontrés par la suite.

Penchons-nous sur quelques détails. Dans le récit de Matthieu nous remarquons que la distribution ne concerne que les pains. Que sont devenus les poissons ? Dans les autres évangiles, pains et poissons sont distribués de la même façon. Les restes sont recueillis dans douze paniers. Douze, chiffre symbolique : les douze tribus d’Israël, les douze apôtres.

Les évangélistes Matthieu (15, 32-39) et Marc (8, 1-10) relatent d’autres multiplications des pains, et il y a toujours surabondance. Je précise que dans l’évangile de Jean, c’est Jésus qui, le premier, aborde la question « nourriture », disant à Philippe : « Où achèterons-nous des pains pour qu’ils aient de quoi manger ? » Mais si le problème est posé différemment, la suite est la même. La foule rassasiée peut repartir, en toute sérénité, illuminée par ce miracle.

En lisant ce récit, il me revient en mémoire un spectacle organisé, voici quelques décennies, par Robert Hossein et Alain Decaux. Je n’en sais plus le titre exact : Jésus – l’Homme de Nazareth…. Certains d’entre-vous s’en souviennent peut-être. Au moment où était évoquée la multiplication des pains et tandis que les artistes évoluaient sur la scène, des jeunes gens circulaient le long des gradins et faisaient passer de main en main des corbeilles remplies de morceaux de pain. Et cela créait une ambiance très chaleureuse.

Revenons à notre récit et à l’injonction de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il me semble que l’essentiel réside dans cet ordre. Que Jésus fasse un miracle, il n’y a là rien d’étonnant, ce n’est pas la première fois. L’eau changée en vin lors des noces de Cana constitue le premier maillon d’une longue suite d’actes miraculeux. En général, c’est le Maître qui agit, qui relève le malade, qui impose les mains, qui prononce les paroles décisives pour chasser les démons ou proclamer le pardon. Dans le récit de Matthieu, les propos changent et les disciples se trouvent investis d’une mission bien lourde. « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Toutefois, c’est Jésus qui joue le maître de maison, mais pas seulement. L’ébangéliste précise : « levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction. » Autrement dit, il s’adresse à Dieu pour le remercier avant de partager les provisions. Quelle leçon ! Savons-nous remercier le Seigneur lorsque nous lui présentons nos demandes ? C’est à peine si nous remercions quand elles sont exaucées. N’oublions pas la leçon que nous donne Jésus.

Revenons à l’injonction du Maître : Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Aujourd’hui, cette parole ne doit-elle pas résonner sans cesse à nos oreilles ? Comment pouvons-nous y répondre ? Dans notre monde agité où se rencontrent de plus en plus de gens en difficultés, mal nourris, mal logés, quel rôle pouvons-nous jouer afin de mettre en pratique la consigne du Maître. Nous sommes sollicités par des associations multiples : DIESE par exemple, ou le CASP. Bien d’autres aussi, l’actualité en fait état tous les jours. Sachons accueillir ces demandes de façon généreuse, dans la mesure de nos moyens.

A ce moment du culte, je dois vous expliquer pourquoi j’ai choisi d’appuyer la méditation sur ce texte de la multiplication des pains. C’est qu’aujourd’hui, à l’issue du culte, nous recevons un groupe d’invités envoyés par le C.A.S.P. (Centre d’Action Sociale Protestant). Ces déjeuners sont organisés par diverses paroisses parisiennes et sont l’occasion de rencontrer des personnes en grande difficulté qui apprécient, outre le repas préparé avec soin, un accueil amical et l’occasion de parler de leurs soucis. Prions pour que Dieu nous inspire l’attitude et les mots qu’ils attendent d’une communauté fraternelle.

Quelquefois, nous serions tentés de rester entre nous, partageant les mêmes joies et les mêmes soucis. Sans doute les disciples avaient-il la même envie de rester ainsi groupés autour de Jésus pour profiter de son enseignement, se laissant porter par sa chaleureuse présence. Or ils se trouvent noyés dans une foule immense, exigeante, et – c’est le comble – le Maître leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Comme en écho, entendons les paroles du prophète Esaïe que nous lisions tout à l’heure : « O vous tous qui êtes assoiffés, venez vers les eaux, même celui qui n’a pas d’argent, venez ! Demandez du grain et mangez ; venez et buvez – sans argent, sans paiement – du vin et du lait. » Je vois dans ces textes les deux faces d’un même diptyque : d’un côté, l’invitation du prophète : « venez et mangez » ; en vis-à-vis la multiplication des pains. Et au-delà des pains préparés par les hommes, le pain de la Parole ; et encore au-delà, le corps du Christ. « Ceci est mon corps qui est donné pour vous », est-il rappelé lors de la Cène.

Nourris de la parole, sachons la partager. C’est la base de l’évangélisation. Les missionnaires qui ont autrefois sillonné les contrées lointaines ont su apporter la Bonne Nouvelle en même temps que l’instruction, l’amélioration des méthodes de culture, les soins médicaux. Ayons une pensée pour le docteur Schweitzer et son hôpital de Lambaréné. Il ne fut pas le seul.

Malheureusement les nouvelles formes de vie se sont accompagnées de nouveautés plus pernicieuses : l’introduction de l’alcool, les méthodes commerciales douteuses… Dommage…. Que cela n’arrête pas nos élans. Nous aimerions voir nos temples remplis de foules attentives et joyeuses ; nous aimerions que nombreuses soient les bonnes volontés qui viennent épauler les équipes en place pour l’enseignement des enfants ou la préparation des repas. Prions pour que chacun se sente concerné et réponde à l’ordre du Maître : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Amen

Luc 16, 19-31 – Parabole de l’homme riche et Lazare

Dimanche 17 mars 2013, Simone Bernard

 

Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. Un pauvre couvert d’ulcères, du nom de Lazare, était couché à son portail ; il aurait désiré se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; même les chiens venaient lécher ses ulcères. Le pauvre mourut et fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et fut enseveli. Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, en proie aux tourments, il vit de loin Abraham et Lazare dans son sein. Il s’écria : Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue ; car je souffre dans cette flamme. Abraham répondit : (Mon) enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et que de même Lazare a eu les maux, maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. En plus de tout cela entre nous et vous se trouve un grand abîme afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne puissent le faire, et qu’on ne parvienne pas non plus de là vers nous. Le riche dit : Je te demande donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père ; car j’ai cinq frères. Qu’il leur apporte son témoignage, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourment. Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. Et il dit : Non, père Abraham mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront. Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts.

Ce texte s’inscrit dans une série de paraboles : La brebis retrouvée – la pièce retrouvée – le fils retrouvé, passage intitulé quelquefois parabole du fils prodigue. Jésus a expliqué à ses disciples pourquoi il s’exprimait sous forme de parabole. Relisez dans Matthieu 13 les versets 10 0 17 d’où j’extrais ces lignes : « Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre… »

Saurons-nous entendre, saurons-nous comprendre ce que nous dit Jésus à travers la parabole proposée ce matin à notre méditations ?
Nous nous trouvons devant deux personnages : un homme riche vivant dans l’opulence – qui n’est pas nommé – et un homme pauvre du nom de Lazare, ou Eléazar, ce qui signifie « Dieu aide ». L’homme riche n’a aucune pitié pour Lazare et ne lui octroie aucune aumône. Connaît-il seulement son existence ? La suite du récit nous prouvera le contraire. La mort vient faucher et Lazare et le riche, mais leur sort est bien différent. Le pauvre Lazare est désormais dans le sein d’Abraham, vivant une félicité. Il en va tout autrement de l’homme riche qui se retrouve dans ce que l’on peut nommer les flammes de l’enfer. Nous pourrions lui rappeler les paroles du Seigneur rapportées par le prophète Esaïe : « Je procure en plein désert de l’eau, des fleuves dans la lande, pour abreuver mon peuple, mon élu… » Mais le riche ne pense pas à Dieu. Plus prosaïquement, c’est à Lazare qu’il pense ; il suggère à Abraham de le lui envoyer afin de le rafraîchir. A ses yeux, Lazare reste un inférieur qui peut encore être à son service, même dans l’au-delà. La mort ne lui a pas ouvert les yeux sur les rapports entre les êtres. Abraham va remettre les choses en place : Abraham, qui a connu le malheur sur terre, est maintenant dans la félicité, et le riche qui a été dans l’opulence, connaît maintenant la souffrance. Et il n’existe pas de solution pour rétablir l’équilibre : les relations sont impassibles entre les deux mondes, celui des bienheureux et celui des damnés.

Le récit nous montre alors une facette plus sympathique de l’homme riche : il demande que ses frères soient mis au courant de sa situation afin d’échapper au même sort. Une fois encore il suggère que Lazare aille bers ses frères. Abraham explique alors à l’homme riche qu’il est impossible de passer du royaume des morts à celui des humains ; l’enseignement qui est dispensé ici-bas doit suffire pour ouvrir la voie du ciel. Faisons un détour par l’épître aux Philippiens. L’apôtre Paul s’exprime ainsi : « Il s’agit de le connaître, lui – le Christ – et la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, de devenir semblable à lui dans la mort. » La parabole ne fait pas mention du Christ – c’est lui qui s’exprime, bien vivant, avant Gethsémané et l’évènement de Pâques. L’homme riche qui ne s’est soucié que de son bien-être et de sa renommée est tombé au plus bas. Il se trouve en enfer.
L’enfer joue un grand rôle dans cette parabole, mais il n’en est pas le cœur. Si le centre du récit était la prédication de l’enfer, la parabole voudrait dire qu’il suffit d’être pauvre pour aller au paradis et que tous les riches sont damnés. Je ne crois pas que les membres des associations caritatives s’appuient sur la parabole du riche et de Lazare pour venir en aide à tous les démunis, leur redonner espoir en un monde meilleur. Suffirait-il de dire à un S.D.F. rencontré dans la rue qu’il a un avenir radieux pour que son visage s’illumine et qu’il se voie déjà dans le paradis – sans lui donner la moindre pièce ni lui adresser le moindre mot de réconfort…

L’enseignement central de ce récit est la relation riche / pauvre et l’importance de la vérité de Moïse et des prophètes. La parabole est un appel à la justice sociale et au partage. Il n’est pas besoin d’une révélation spéciale pour entendre cet appel, il suffit d’être à l’écoute des Ecritures. Jésus utilise ainsi la parabole pour dire aux Pharisiens qui aimaient l’argent qu’il ne suffit pas d’appliquer la Loi pour être quitte avec l’Ecriture : il faut être capable de voir le pauvre qui est à sa porte.
Ce texte qui parle de damnation, de châtiments éternels peut nous choquer. Nous avons des difficultés à le relier à l’affirmation centrale de l’Ecriture selon laquelle Dieu est amour.
Tout au long de son ministère, Jésus s’est tourné vers les plus défavorisés : malades, infirmes, indigents, apportant guérisons et réconfort. A chacun de relire cette parabole en l’actualisant. Nous sommes submergés par des appels en faveur d’œuvres multiples qui ont toutes leur raison d’être : appels en direction des enfants malheureux, des personnes âgées, des handicapés, des malades atteints de maux divers… Comment répondre à toutes ces détresses ? C’est ce qui s’efforce de faire l’association DIESE qui nous sollicite chaque dimanche. Que l’Esprit nous éclaire dans les choix que nous avons à faire et que toute action concoure à l’annonce de l’Evangile.

Souvenons-nous de la déclaration du prophète Esaïe : « Je procure en plein désert de l’eau, des fleuves dans la lande, pour abreuver mon peuple, mon élu. »
Cette eau, sachons la partager avec ceux qui ont soif, soif d’espoir, soif d’amour.

Amen

Marc 7, 1 – 23 – « Que puis-je faire pour répondre à Jésus qui me dit Viens et suis-moi »

Dimanche 2 Septembre 2012, par Simone Bernard

 

Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem s’assemblèrent autour de Jésus. Ils virent quelques-uns de ses disciples prendre leur pain avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. Or les Pharisiens et tous les Juifs ne mangent pas sans s’être soigneusement lavé les mains, parce qu’ils tiennent à la tradition des anciens. Et, quand ils reviennent de la place publique, ils ne mangent qu’après avoir fait les aspersions (rituelles) . Ils ont encore beaucoup d’autres observances traditionnelles, comme le lavage des coupes, des cruches et des vases de bronze. Les Pharisiens et les scribes lui demandèrent : Pourquoi tes disciples ne marchent-ils pas selon la tradition des anciens, mais prennent-ils leur pain avec des mains impures ? Jésus leur répondit : Ésaïe a bien prophétisé sur vous, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, Mais son cœur est très éloigné de moi ; C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; En enseignant des doctrines Qui ne sont que préceptes humains. Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous tenez à la tradition des hommes. Il poursuivit : Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère, et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est qorbân, c’est-à-dire une oblation (à Dieu), vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère ; vous annulez ainsi la parole de Dieu par votre tradition que vous vous êtes donnée. Et vous faites bien d’autres choses semblables. Il appela de nouveau la foule et lui dit : Écoutez-moi tous et comprenez. Il n’est rien qui du dehors entre dans l’homme qui puisse le rendre impur ; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende. Lorsqu’il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogèrent sur cette parabole. Il leur dit : Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne saisissez-vous pas que rien de ce qui, du dehors, entre dans l’homme ne peut le rendre impur ? Car cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis est évacué à l’écart. Il déclarait purs tous les aliments. Il disait : Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur. Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées, prostitutions, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchanceté, ruse, dérèglement, regard envieux, blasphème, orgueil, folie. Toutes ces choses mauvaises sortent du dedans et rendent l’homme impur.

Nous avons fréquemment vu Jésus prodiguant ses enseignements à la foule, ensemble d’auditeurs plus ou moins avertis, qu’il n’a aucun mal à persuader. Ils sont déjà acquis à ses idées, émerveillés devant les miracles accomplis par le Maître : guérisons diverses, retours à la vie, et cette nourriture suscitée de presque rien et qui sera repas partagé pour une multitude. Mais quand les interlocuteurs de Jésus sont des scribes, des docteurs de la Loi, il en va tout autrement. Ceux-ci sont sur le qui-vive. Ils cherchent à le prendre en défaut, à l’accuser de blasphème. « Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul » disent-ils lorsque Jésus s’adresse au paralysé de Capharnaüm en lui déclarant « Mon fils, tes péchés sont pardonnés ».

Il est souvent en contradiction avec les règlements si étroits des autorités religieuses. Les commandements multiples – au nombre de 613 – régissent toute la vie des Juifs, dans les circonstances les plus variées, en particulier le jouir du Sabbat. Relisons le livre du Lévitique qui détaille tous les actes auxquels doit se soumettre le croyant. Entraînés par leur Maître, les disciples oublient les prescriptions rituelles. Ainsi, il leur est reproché de se mettre à table sans se laver les mains. Nous dirions volontiers aujourd’hui qu’il s’agit d’une mesure d’hygiène. Pourtant, aux yeux des pharisiens, c’est une désobéissance à la Loi, à la tradition. Et c’est bien ce que Jésus reproche aux pharisiens : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu et vous vous attachez à la tradition des hommes.

Il oppose la tradition aux préceptes divins, aux commandements que Moïse rappelait au peuple d’Israël : nous les avons lus tout à l’heure dans le livre du Deutéronome. Il semble que Jésus ne se fasse plus guère d’illusions à propos des pharisiens. Ceux-ci sont trop liés par leurs règlements. Aussi s’adresse-t-il de nouveau à la foule. Peut-être se trouvera-t-il en son sein des hommes plus réceptifs à son enseignement. Et plus tard, il s’explique plus précisément en présence des seuls disciples.

Il ressort de ses propos que tous les aliments sont purs. A quoi bon faire un tri ? L’essentiel est de se bien conduire, car c’est su cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises. Il s’agit donc pour l’homme de changer ses pensées, de se conformer aux préceptes du Maître. Le pasteur Nouïs écrit : Jésus fait exploser la conception pharisienne des commandements. La Loi de Dieu n’est pas un catalogue de prescriptions à suivre, elle appelle une conversion de notre cœur, de notre intelligence et de notre pratique. » Et Jésus poursuit son propos par l’aide aux parents. En fait, les pharisiens détournent la parole de Dieu au nom de leurs coutumes. Jésus fait exploser la conception pharisienne des commandements. La Loi n’est plus un règlement, elle redevient une grâce et une promesse.

Et Jésus explique à ses disciples que les pensées impures sont dans le cœur de l’homme et qu’il faut les chasser avec l’aide de Celui qui peut tout. Ainsi la grâce aura envahi notre cœur. L’apôtre Paul, dans ses épîtres, revient fréquemment sur la Loi. Il utilise des mots très violents et va jusqu’à la traiter de « malédiction » (Galates 3, 13). L’apôtre s’appuie sur la vie nouvelle que le croyant est appelé à découvrir dans la vie et la mort du Christ. Jésus, par son enseignement, apporte sa propre lecture des commandements de l’Ancien Testament et nous pouvons entendre ce qu’il dit au jeune homme riche : « Vends ce que tu as, puis viens et suis-moi. »

Comment nous situer, chrétiens de notre temps, devant les engagements à prendre pour suivre le Christ ?

Revenons à l’épître de Jacques, lue tout à l’heure ; écoutons-le : « Accueillez avec douceur la parole plantée en vous et capable de vous sauver la vie. Mais soyez les réalisateurs de la parole et pas seulement des auditeurs qui s’abuseraient eux-mêmes. » Notre culte d’aujourd’hui est en quelque sorte un culte de rentrée, même si la véritable reprise se fera le 30 septembre. Nous avons retrouvé le temple et le confort de ses bancs ; nous avons retrouvé l’orgue et le récital mensuel.

Nous sommes au seuil d’une nouvelle année pour tous ceux qui s’inscrivent dans le cadre scolaire : enfants, adolescents, parents, enseignants. Chacun prend de bonnes résolutions ; c’est toujours ainsi d’une nouvelle année. Et vis-à-vis de l’Eglise et de notre paroisse en particulier, n’avons-nous pas des engagements à prendre ? Prochainement, nous recevrons la plaquette détaillant les activités de notre communauté ; lisons-la soigneusement et posons-nous la question : « Que puis-je faire pour répondre à Jésus qui me dit « Viens et suis-moi ».

Amen.

Jean 6, 24 – 35 – « L’œuvre de Dieu c’est de croire en celui qu’il a envoyé »

Dimanche 5 août 2012 par Simone Bernard

 

Quand les gens de la foule virent que ni Jésus, ni ses disciples n’étaient là, ils montèrent eux-mêmes dans ces barques et allèrent à Capernaüm, à la recherche de Jésus. Ils le trouvèrent de l’autre côté de la mer et lui dirent : Rabbi, quand es-tu venu ici ? Jésus répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés. Travaillez, non en vue de la nourriture qui périt mais en vue de la nourriture qui subsiste pour la vie éternelle, celle que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père – Dieu – a marqué de son sceau. Ils lui dirent : Que ferons-nous afin de travailler pour les œuvres de Dieu ? Jésus leur répondit : Ce qui est l’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. Quel miracle fais-tu donc, lui dirent-ils, afin que nous le voyions et que nous te croyions ? Quelle œuvre fais-tu ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, selon ce qui est écrit : Il leur donna à manger le pain venu du ciel. Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain venu du ciel ; car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. Ils lui dirent : Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là. Jésus leur dit : Moi, je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

Dimanche dernier, nous avons lu le récit de la multiplication des pains. A partir de quelques provisions – 5 pains d’orge et deux petits poissons – Jésus a nourri une foule immense. Ils étaient 5000, plus les femmes et les enfants, précise l’évangéliste. Et il y eut des restes. La foule veut retrouver Jésus. Mais, après le miracle des pains, celui-ci s’est retiré, seul, dans la montagne. Cela lui arrive ; est-ce pour prier ? Pour établir un lien avec son Père, se « ressourcer » en quelque sorte. Lors de la Transfiguration, il s’était ainsi isolé.

Les disciples, eux, ont pris une barque pour traverser le lac, se dirigeant vers Capharnaüm. L’évangéliste Jean situe à ce moment-là l’épisode de Jésus marchant sur les eaux. Mais il ne s’attarde pas sur ce nouveau miracle, contrairement à Matthieu et Marc qui le narrent plus longuement. Jésus est à nouveau entouré d’un auditoire avide de signes et d’enseignement. Il n’entre pas totalement dans son jeu. Il comprend que la foule est d’abord touchée par le miracle « matériel », cette nourriture suscitée de presque rien et qui suffit à apaiser la faim de la multitude. Le Seigneur veut aller au-delà ; il veut donner conscience à chacun que son œuvre n’est pas uniquement d’apporter de la nourriture matérielle à ceux qui l’ont suivi. Il a un message à délivrer ; il est venu pour leur parler de son Père et de la raison de sa présence parmi les hommes.

Ses interlocuteurs le comprennent, quoi posent la question : « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Je suppose que se trouvent là, près de Jésus, des hommes déjà engagés dans la réflexion et qui l’écoutent avec intérêt. Ils connaissent les récits de l’Ancien Testament. Ils savent comment leurs ancêtres ont été nourris pendant leur longue errance dans le désert : ils ont reçu les cailles et la manne, grâce à Moïse, pensent-ils. Mais Jésus les détrompe : ce n’est pas Moïse qui a suscité la nourriture, c’est l’Eternel. Il s’agit encore de la nourriture terrestre, matérielle. Et Jésus passe à la notion principale : le pain du ciel. Car la manne était plus qu’une nourriture terrestre permettant aux Hébreux de continuer à vivre, en dépit des fatigues et des dangers de la longue marche. Elle était la base de vie ; véritable pain du ciel. Les interlocuteurs de Jésus ont compris : il s’agit bien du pain donné par Dieu, la nourriture essentielle à leur survie, maintenant comme autrefois. Alors ils disent : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain-là ». Ont-ils vraiment compris qui était Jésus ? Ils voient bien qu’un lien très fort existe entre Dieu et ce rabbi qui accomplit des miracles. Mais sans doute n’ont-ils pas tut compris puisque Jésus doit ajouter : « C’est moi qui suis le pain de vie, celui qui vient à moi n’aura pas faim ; celui qui croit en moi jamais n’aura soif. » Le Maître vient de dévoiler sa véritable identité : il est bien l’envoyé de l’Eternel, le Messie qu’annonçaient les prophètes.

Jésus prolonge son enseignement, mais le premier élan passé, ses auditeurs retombent dans de vaines discussions. « Quelle est ton œuvre » demandent-ils. Les divers miracles, les guérisons, l’enseignement de Jésus ne représentent donc rien à leurs yeux ? Des clans se forment. Certains disciples se retirent ; seuls restent les Douze, confiants dans leur Maître. Nous savons ce qu’il adviendra par la suite. Des factions s’établiront ; les autorités religieuses auront le dernier mot. Le prophète attendu, entrera porté en triomphe au jour des Rameaux, sera en définitive rejeté, accusé, mis à mort. Même ses disciples les plus proches l’abandonneront. Pensons au reniement de Pierre. Nous sommes tentés de dire : « Comment les interlocuteurs de Jésus ont-ils pu le rejeter après les révélations qu’il leur a faites ? Il vient de leur affirmer qu’il est l’envoyé de Dieu, que par lui le salut leur est offert. Et tout cela pour rien ? Parfois, relisant les Evangiles, ne sommes-nous pas tentés de nous glisser parmi les auditeurs de Jésus, prêts à crier notre foi, notre admiration ? Ah ! Si nous avions été là, nous aurions empêché son arrestation, nous l’aurions fait relâcher. Il n’y aurait pas eu de Croix….. Quel stupide orgueil, qui se veut plus fort que les prophéties d’autrefois.

Reprenons le texte de Jean en fixant notre attention sur le mot « œuvre ». Jésus dit à son auditoire : « Il faut vous mettre à l’œuvre pour obtenir la vie éternelle ». Ses interlocuteurs répondent : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Réponse de Jésus : « L’œuvre de Dieu, c’est de croire en celui qu’il a envoyé ». « Quelle est ton œuvre ? » demandent-ils. Les répliques s’entrechoquent ; le mot « œuvre » a-t-il le même sens selon qu’il est prononcé par le Maître ou par ses auditeurs ? L’essentiel me semble-t-il, est contenu dans la parole de Jésus : « L’œuvre de Dieu c’est de croire en celui qu’il a envoyé ». Vingt siècles se sont écoulés depuis la venue de Jésus et au travers des âges, son enseignement a été étudié, « décortiqué », « mâché » comme le dit le pasteur Dumas.

Où en sommes-nous aujourd’hui ? Nourris de la Parole, savons-nous toujours la mettre en pratique et la faire connaître ? Ecoutons l’apôtre Paul invitant les Ephésiens « à revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité ». Dans un moment nous partagerons le pain et le vin de la Cène. Il s’agit bien du pain de vie donné pour nous sur la Croix, qui nous est offert avec toujours le même amour. Il s’agit bien du sang du Christ, versé pour la rémission des péchés. Sachons les recevoir avec reconnaissance, dans un esprit de partage et d’amour fraternel.

Amen.

Jean 6, 1 – 15 – La multiplication des pains

Dimanche 29 Juillet 2012, par Simone Bernard

 

Après cela, Jésus s’en alla de l’autre côté de la mer de Galilée (ou) de Tibériade. Une foule nombreuse le suivait, parce qu’elle voyait les miracles qu’il opérait sur les malades. 3Jésus monta sur la montagne et là, il s’assit avec ses disciples. Or la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Jésus leva les yeux, vit qu’une foule nombreuse venait à lui et dit à Philippe : Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? Il disait cela pour l’éprouver, car il savait ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : Les pains qu’on aurait pour deux cents deniers ne suffiraient pas pour que chacun en reçoive un peu. Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons ; mais qu’est-ce que cela pour tant de personnes ? Jésus dit : Faites asseoir ces gens. Il y avait à cet endroit beaucoup d’herbe. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Jésus prit les pains, rendit grâces et les distribua à ceux qui étaient là ; il fit de même des poissons, autant qu’ils en voulurent. Lorsqu’ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : Ramassez les morceaux qui restent, afin que rien ne se perde. Ils les ramassèrent donc, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, qui restaient à ceux qui avaient mangé. Ces gens, à la vue du miracle que Jésus avait fait, disaient : Vraiment c’est lui le prophète qui vient dans le monde. Jésus, sachant qu’ils allaient venir l’enlever pour le faire roi, se retira de nouveau sur la montagne, lui seul.

L’an dernier, à pareille époque – c’était le dimanche 31 juillet 2011 – le même épisode était proposé à notre méditation. Le même, ou presque. Car ce récit de la multiplication des pains se retrouve à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament : deux fois dans l’évangile de Matthieu (Matthieu 14 et Matthieu 15), deux fois également dans l’évangile de Marc (Marc 6 et Marc 8). Luc ne mentionne qu’une fois ce miracle (Luc 9), de même que Jean (6). C’est ce dernier récit qui nous occupe ce matin.

L’an passé, je m’étais arrêtée sur le propos de Jésus à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ce matin j’aimerais axer nos réflexions sur un personnage qui est nommément désigné dans le seul évangile de Jean : « Il y a là un garçon qui possède cinq pains d’orge et deux petits poissons ». Certes les autres évangélistes mentionnent la présence des pains et des poissons qui servirent de base pour nourrir la multitude. Mais nous ne savons pas comment ces précieuses denrées arrivent entre les mains du Seigneur.

Jean est plus précis et nous parle d’un jeune garçon. Qui est-il ce jeune homme ? On peut supposer qu’il s’agit d’un adolescent qui rapporte des provisions pour nourrir sa famille. On peut imaginer qu’il est le fils ainé d’une mère veuve élevant avec grande difficulté des enfants jeunes. C’est tout à fait vraisemblable puisqu’en ce temps-là et en ces lieux, les hommes épousaient de très jeunes femmes et à la mort du chef de famille, celles-ci se retrouvaient seules pour élever leurs enfants. Le fils ainé auquel nous nous intéressons essaye de remplacer son père. Ce matin, très tôt, il est allé pêcher. Il n’a pas pris seulement les deux petits poissons qu’il a dans son sac. Sans doute a-t-il pris d’autres poissons qu’il a vendus afin d’acheter les pains d’orge. Le repas familial est assuré.

Comment notre jeune garçon se retrouve-t-il au milieu d’une foule immense dans l’entourage de Jésus ? Connait-il déjà ce « rabbi » qui accomplit des guérisons multiples, qui galvanise les foules par ses paroles d’espérance et d’amour ; au bien se trouve-t-il là par hasard ? Il entend le Maître ordonner à ses disciples de nourrir eux-mêmes la multitude réunie en ce lieu ? Quelle pensée agite le jeune garçon ? Lui est en possession de quelques victuailles : 5 pains et 2 poissons.Mais que représentent-ils devant la foule immense ? C’est disproportionné, dérisoire même. Le jeune homme hésite : ces provisions sont attendues par sa mère pour nourrir la famille. Quelle déception lorsque son fils rentrera les mains vides…. A-t-il longuement hésité, le jeune garçon ? Ou bien, mû par un élan irrépressible, a-t-il ouvert son sac et tendu aux disciples les pains et les poissons ? Il ne se pose plus de question : il agit en toute simplicité, j’allais dire en toute ingénuité.

Et voilà, ce peu qui était « tout » pour lui va nourrir une foule immense. IL est témoin et même participant du miracle : la foule est nourrie et il y a même des restes. On peut penser que notre jeune ami va pouvoir emporter de quoi nourrir sa famille. Pourtant lui, dans son élan, n’a pas fait un tel calcul : il a tout donné à Jésus. Nous avons beaucoup à apprendre de ce garçon. Sachons donner spontanément, généreusement, même si notre offrande nous parait légère.

Ceci me rappelle une dame qui me disait – c’était dans ma paroisse de jeunesse -« Je ne peux pas donner une cotisation importante, car je n’ai qu’une petite retraite, alors je préfère ne rien donner. Quelle erreur ! Rappelez-vous ce récit des évangiles : l’offrande de la veuve (Marc 12 ; Luc 21). Jésus voyant une veuve pauvre mettre quelques piécettes dans le tronc destiné à recueillir les offrandes fait remarquer que ce don est plus précieux que les sommes importantes déposées par ailleurs, car elle a donné de son nécessaire.

De même, le jeune garçon a su se dépouiller de tout ce qu’il avait pour l’offrir à Jésus, et il a contribué à un miracle. Si petite que soit notre offrande – ou notre action – le Seigneur saura la transformer, l’amplifier pour le bien de tous. Devant la foule assemblée, Jésus a dit à ses disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Le jeune garçon a répondu au Maître dans un grand élan d’amour et de générosité, agissant en « disciple ».

Qu’en est-il devenu ensuite ? Il est rentré chez lui, les bras chargés de nourriture : l’un des douze paniers de restes, peut-être ; cela est important pour la famille. Mais surtout il a le cœur rempli d’images, de paroles : il a assisté et a participé à un miracle de Jésus. L’évangéliste ne dit rien de plus sur le garçon, mais il n’a pu sortir indemne d’une telle aventure. Par la suite, il aura peut-être envie de le suivre. Nous ne le saurons pas. Contentons-nous de saisir la leçon qu’il nous dispense : donner généreusement au Maître, donner tout. Prions pour que les jeunes filles et les garçons de nos églises entendent eux aussi l’appel du Seigneur et mettent à son service les dons qu’ils ont reçus.

Et je ne saurais terminer cette méditation sans revenir au texte que nous avons lu tout à l’heure dans le livre des Rois ; il s’agit également d’une multiplication des pains. La quantité disponible parait, là aussi ; dérisoire vis-à-vis des besoins. Et cependant « les gens mangèrent et il y eut des restes » selon la parole du Seigneur. Dans la confiance et dans l’obéissance, sachons donner : de notre argent, de notre temps, de notre amitié ; et avant tout partageons ce qui est le plus précieux : la Parole de Dieu.

Amen

Marc 6, 30-34 – « L’Eglise c’est l’affaire de tous »

Dimanche 2 Juillet 2012,par Simone Bernard

 

Les apôtres se rassemblèrent auprès de Jésus et lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : Venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. Car beaucoup de personnes allaient et venaient, et ils n’avaient pas même le temps de manger. Ils partirent donc dans la barque, pour aller à l’écart dans un lieu désert. Plusieurs les virent s’en aller et les reconnurent, et de toutes les villes on accourut à pied et on les devança là (où ils se rendaient) . Quand il sortit de la barque, Jésus vit une grande foule et en eut compassion, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger ; et il se mit à les enseigner longuement

Jésus poursuit son ministère, délivrant son message à des foules de plus en plus nombreuses et enthousiastes. De leur côté, les disciples ont entamé leur ministère, conformément à ce que rapporte Marc (chapitre 3) : « Il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher afin de pouvoir chasser les démons ».. Ils rapportent au Seigneur comment ils ont suivi ses directives. Jésus les emmène à l’écart et leur enjoint de se reposer. Quelle sollicitude de la part du Maître ! Il sait quelle a été la charge matérielle et psychique qu’ont supportée les disciples. De la sollicitude, il en a aussi vis-à-vis de la foule. Celle-ci le suit, s’accroche à lui, avide d’une direction.

L’évangéliste Marc écrit : « Ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger ». Nous avons ici l’écho des paroles du prophète Jérémie lues tout à l’heure. Dans l’Ancien testament, il est question de pasteurs qui abandonnent leur troupeau. Mais Dieu s’exprime ainsi : « Moi, je rassemble ceux qui restent de mon troupeau, de tous les pays où je les ai dispersés, et je les ramène dans leur enclos où ils prolifèreront abondamment ».

Plusieurs enseignements peuvent être dégagés de ces textes.

Nous sommes tour à tour les brebis qui ont besoin d’être guidées et protégées et les bergers qui doivent veiller sur les troupeaux. A chacun de trouver en son temps la place qui lui est assignée. Tout d’abord, plaçons-nous du côté des brebis. Vulnérables, nous avons besoin de bergers solides capables d’assurer la sécurité du troupeau et de le faire prospérer. Prions pour que Dieu suscite des vocations nombreuses, en particulier parmi les générations nouvelles. Sachons soutenir et encourager les étudiants en théologie.

Sachons aussi apporter notre concours à nos pasteurs souvent surchargés par des tâches multiples. Aidons-les de notre mieux selon nos possibilités et nos compétences. Comme les apôtres ; qui sur injonction du Christ, sont allés enseigner, allons, nous aussi partager la Parole qui nous est donnée à travers la Bible.

Dans le document qui nous est distribué chaque année – il est actuellement en cours d’élaboration – vous constatez que les activités paroissiales sont multiples. Des responsables sont nommés dans les différentes branches. Mais à la tête il y a le pasteur. A nous de faciliter son travail. Prions pour que de nombreuses bonnes volontés se déclarent.

La paroisse, c’est l’affaire de tous. L’Eglise c’est l’affaire de tous. Nous sommes l’Eglise dont la tête est le Christ, et l’apôtre Paul dit de lui : « C’est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons l’accès auprès du Père ».

Amen

Jean 15, 1 à 8 – « je suis le cep ; vous, les sarments »

Dimanche 6 mai 2012, par Simone Bernard

 

Moi, je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde afin qu’il porte encore plus de fruit. Déjà, vous êtes émondés, à cause de la parole que je vous ai annoncée. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit, s’il ne demeure sur le cep, de même vous non plus, si vous ne demeurez en moi. Moi, je suis le cep ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, porte beaucoup de fruit, car sans moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment, et il sèche ; puis l’on ramasse les sarments, on les jette au feu et ils brûlent. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera accordé. Mon Père est glorifié en ceci : que vous portiez beaucoup de fruit, et vous serez mes disciples.

Avant sa crucifixion, maintenant proche, Jésus s’entretient avec ses disciples, délivrant un certain nombre d’enseignements. Il ne s’agit pas de paraboles, mais de directives, de mises en garde. Il affirme, nettement, sa filiation. Tout ce qu’il dit vient de Dieu et lui, Jésus, vient vers nous, les hommes, pour qu’à notre tour nous ayons part à son œuvre.

Sous la plume de l’évangéliste Jean, l’image se dessine. Imaginons un vignoble : des alignements de ceps, soigneusement rangés, s’étagent sur des coteaux comme en Champagne, ou s’étalent à perte de vue dans les plaines méridionales.

En attendant la saison des vendanges, les ceps réclament des soins attentifs. Dans la vigne, il existe des plants différents : certains poussent mieux que d’autres ; certaines branches s’étiolent et il est nécessaire d’émonder. Ce verbe signifie « nettoyer ». Le viticulteur ôte les sarments desséchés qui gênent les bonnes branches. Le cep respire, reprend vigueur. La vigne sera belle, la récolte abondante. L’image de la vigne c’est celle de l’Eglise. L’Eglise ne peut vivre que si elle reste attachée au cep – le Christ – recevant de lui son amour et sa force. Elle doit être soignée, émondée, débarrassée des rameaux inutiles, afin qu’ils ne polluent pas le cep. Ainsi nettoyée, la vigne portera du fruit en abondance.

Nous sommes les disciples – les sarments – de Celui qui est le cep – Jésus – et ne veut rien, sinon ce que veut le Père – le vigneron – qui l’a envoyé. Jésus s’annonce comme la vraie vigne dont nous sommes les sarments. Comme le cep n’est rien sans le dessein du vigneron, le sarment n’est rien s’il n’est greffé au cep. Réjouissons-nous d’être ainsi reliés au cep, sarments pleins de vigueur, fortifiés par la parole du Maître. Mais recevons aussi la consigne du Christ : « de même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même porter du fruit, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez en moi ».

Le sarment doit demeurer attaché au cep pour en recevoir sa nourriture. De même le disciple doit rester à l’écoute du Maître, recevant sa parole et la mettant en pratique, l’annonçant et la pratiquant. Quelquefois, un sarment que l’on pourrait croire inutile, bon à jeter et à brûler, va se révéler un rameau plein d’avenir. Je pense au texte qui a été lu tout à l’heure, au chapitre 9 du livre des Actes, concernant l’apôtre Paul. Celui-ci n’a-t-il pas été un rameau sans valeur pour la nouvelle communauté des croyants ? Sans valeur et même nuisible puisqu’il a combattu la communauté installée par les apôtres. Oui, un sarment sans valeur, tout juste bon à jeter au feu. Or de ce rameau, Dieu a fait naître un homme nouveau, un disciple zélé qui a été à l’origine de toutes ces communautés dont il a pris souci : Ephèse, Corinthe, dont nous avons parlé vendredi et d’autres encore.

Nous pouvons en déduire que l’émondage doit être pratiqué avec précaution, avec discernement. Ne rejetons pas d’autorité les personnes qui ne nous semblent pas conformes à nos règles de vie, à nos coutumes paroissiales. Peut-être y a-t-il parmi elles des sarments remplis de promesses. Ici, la communauté des croyants est comparée à une vigne. Ailleurs dans les Ecritures, elle est comparée à une maison (évangile de Matthieu). L’apôtre Paul la compare à un corps dont chaque membre a un rôle à jouer.

Il s’agit toujours de l’Eglise qui doit rester à l’écoute de Celui qui a dit : « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » et encore « Soyez pour moi des disciples ». Essayons de faire de notre église une communauté accueillante, chaleureuse, sachant s’ouvrir aux autres, puisant ses forces auprès de Celui qui a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ».

Ecoutons sa promesse : « Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, vous demanderez ce que vous voudrez et cela vous arrivera ». Merveilleuse promesse que nous pouvons partager aujourd’hui et toujours.

Amen

Matthieu 23, 1-12 – « qu’est-ce que la repentance ? »

Dimanche 30 octobre 2011, dimanche de la Réformation, par Simone Bernard

 

Ce dernier dimanche d’octobre est traditionnellement consacré à la Réformation. Qu’entend-on par ce mot ? Il s’agit de l’anniversaire d’un évènement qui a eu lieu le 30 octobre 1517 à Wittenberg, en Allemagne. Un moine, Martin Luther affichait 95 thèses pour inviter au renouvellement de l’Eglise. Etudiant la Bible – il était exégète, professeur d’université – il va se trouver engagé avec un cercle d’autres enseignants, dans une série de débats, de recherches, de déclarations visant à rejeter les pratiques de l’Eglise.

Les textes bibliques seront alors valorisés à la mesure du salut offert gratuitement qu’ils annoncent et retrouveront l’autorité sur le lecteur et sur toute instance – y compris l’Eglise empêtrée dans des dogmes et des traditions. Au nombre de celles-ci, nous trouvons les indulgences. Cette pratique existait depuis le XI siècle. Primitivement, elles se rapportaient aux peines imposées par l’Eglise ici-bas, puis avaient été étendues à celles du Purgatoire, y compris à celles touchant des personnes déjà décédées.

L’attribution des indulgences n’était pas gratuite et constituait un apport pour le clergé, notamment pour la papauté.

L’indulgence contre laquelle s’éleva Luther avait été promulguée en 1506 et renouvelée en 1517. Les sommes recueillies devaient servir à financer la construction de la basilique Saint Pierre à Rome.

Où se situe alors la vraie repentance prêchée par Jésus ? Luther affirme que « n’importe quel chrétien vraiment repentant a pleine rémission de la peine et de la faute ; elle lui est due même sans indulgence ». Et encore : « Le pape ne peut remettre aucune faute, si ce n’est en déclarant et en affirmant qu’elle a été remise par Dieu ».

Nous pourrions croire que la pratique des indulgences fait partie du passé de l’Eglise. Or aujourd’hui, le catéchisme romain ne renie pas cette pratique moyenâgeuse, dont l’assise non seulement biblique, mais aussi théologique, apparaît plus que fragile. En 2007 – c’est tout récent – le pape Benoit XVI a accordé ne indulgence plénière du parcours de la croix des JJMJ en Australie.

Cette compréhension du rôle de l’Eglise, ni les orthodoxes, ni les anglicans, ni les protestants de toutes les confessions ne la considèrent comme valide. Le pardon appartient à Dieu seul en Jésus-Christ, la rémission des péchés est accordée par grâce et l’Eglise et l’humble servante du Christ, son Seigneur. Sa mission est principalement de témoigner par la prédication et les sacrements.

Luther n’imaginait sans doute pas que son action allait rencontrer une diffusion aussi rapide et un retentissement aussi énorme. La Réforme était en marche. Le message est simple, bref, mais puissant : « Le salut vient de Dieu en Jésus-Christ ». Il y a bientôt 500 ans qu’a eu lieu l’évènement que nous évoquons, et l’Eglise a toujours besoin de se remettre en question, l’Eglise dans son ensemble et chacun de ses fidèles en particulier. Redonner à la Parole de Dieu non seulement tous ses droits, mais aussi toute sa saveur, faite de joie et de liberté. Elle veut replacer au cœur de son message l’Evangile de Jésus-Christ, qui donne sens à chacune de nos vies et fait découvrir à quiconque croit en lui le salut et l’attente du royaume.

Le texte de l’Evangile de Matthieu proposé pour ce jour évoque le rappel fait par Jésus de la mission des maîtres de la loi et des pharisiens, qui est celle d’enseigner et d’instruire le mieux possible le peuple d’Israël. Toutefois, Jésus met aussi en garde ses auditeurs : l’enseignement qu’ils ont à dispenser ne doit pas s’accompagner d’obligations trop lourdes à porter, qu’eux-mêmes ne veulent pas assumer. Le Christ n’a-t-il pas lancé cet appel : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger » Matthieu 11, 28-30. Souvenons-nous de ces paroles lorsque les difficultés apparaissent et sachons nous placer sous le regard de Dieu, confiants en sa Parole.

Cette Parole nous appelle à l’humilité. Jésus condamne les chefs religieux de son époque qui tiennent à occuper les premières places, à étaler les signes de leur puissance. Un seul est grand, c’est Dieu. Disons avec le psalmiste : « Seigneur, mon cœur est sans prétentions : mes yeux n’ont pas visé trop haut ».

A Dieu seul la gloire !

Amen.

Matthieu 16, v 21-27 – « Tu as promis, j’ai promis et je tiendrai »

Dimanche 28 août 2011, par Simone Bernard

 

Les évangiles synoptiques relatent de façon presque identique l’épisode que nous venons de lire dans Matthieu.

Nous pouvons distinguer deux parties ; la première concerne l’annonce des événements qui vont se dérouler très prochainement et dont Jésus est le centre ; la seconde constitue une règle de conduite pour ceux qui veulent suivre le Maître.

Le ministère de Jésus de poursuit : enseignement aux disciples comme aux foules, guérisons, discussions, j’allais dire « la routine » presque. Les disciples s’installent dans cette vie d’errance, mais aussi de rencontres : des malades, des malheureux, des gens tout simples comme eux, mais également des personnages plus importants qui incarnent l’autorité religieuse et administrative. Que leur réserve l’avenir ? Au fond d’eux-mêmes, ils espèrent toujours que leur Maître bien-aimé va se proclamer roi et que la vie va changer. Il imposera sa loi, la loi de Dieu, avec ses promesses de bonheur.

Mais Jésus est parfois bien déconcertant. Il ne veut pas que les disciples dévoilent qui il est. Il insiste, par contre, pour savoir si eux-mêmes ont bien compris qui est ce Maître auquel ils consacrent leur vie. Il est venu les chercher, les a soustraits à leurs occupations habituelles. Ils étaient pécheurs, artisans, fonctionnaires. Que sont-ils devenus ? Des vagabonds qui arpentent les routes de Palestine à la suite d’un homme dont ils ne comprennent pas toujours l’attitude ni les discours. Il leur parle du Royaume des Cieux ; il leur dit qu’eux aussi sont investis du pouvoir de guérison. Il sait être si proche des malheureux, des malades, des humbles ; mais il entre parfois dans de grandes colères, en particulier contre les scribes et les docteurs de la loi. Il bouscule les traditions, scandalise les pharisiens tellement attachés à la doctrine. Tout cela se retournera contre lui et les disciples tremblent à l’idée des représailles possibles ; c’est pour leur Maître qu’ils s’inquiètent.

Celui-ci aborde la grande question de son avenir. Certes, ceux-ci doivent se rendre à l’évidence : si des foules de plus en plus nombreuses se pressent pour écouter Jésus, les chefs religieux eux, sont de plus en plus hostiles et l’étau se resserre autour de leur proie. Ils attendent le moment propice pour prendre Jésus en faute vis-à-vis de l’autorité romaine puisqu’ils ne parviennent pas à le « contrer » dans le domaine des écritures. Et nous savons qu’ils parviendront à leur fin.

C’est tout cela qu’annonce Jésus aux disciples : ses souffrances, son procès, sa mort, mais aussi sa résurrection.

Les apôtres comprennent-ils vraiment ce discours ? Pas Pierre, en tout cas, qui s’insurge violemment. Pauvre Pierre, toujours prompt à réagir, en disciple dévoué, humainement dévoué.

Alors Jésus l’apostrophe durement : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

Nous sommes tristes pour Pierre, lui qui aime son Maître et refuse d’entendre qu’il va souffrir et mourir. Et pourtant, certains échanges entre Jésus et Pierre sont empreints d’une plus grande chaleur. Rappelez-vous : Simon affirme : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », et Jésus déclare : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». Pierre fait-il partie de ceux que vise le verset 28 : « En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Fils de l’homme venir comme roi. » ?

Pierre et ses compagnons ont-ils vraiment entendu le message de Jésus dans sa totalité ? Je me le demande : car il est bien écrit que Jésus va souffrir, être mis à mort et « le troisième jour, ressusciter ». Bien sûr, nous nous connaissons la suite et nous sommes, 20 siècles plus tard, au bénéfice de la résurrection.

Pour les amis du Maître, il semble que seul compte le présent, le prochain départ de celui qu’ils suivent sur les routes de Judée et de Galilée, qui a changé totalement leur vie. Que sera leur existence si le Maître leur est enlevé ? Leur projet de voir instauré un monde meilleur va-t-il s’effondrer ?

Or, Jésus, loin de les rassurer, leur trace un programme encore plus sombre. « En effet, dit-il, quiconque veut sauver sa vie la perdra. » Mais, ajoute-t-il : « quiconque perd sa vie à cause de moi, l’assurera. » Voilà qui rassure. Les perspectives qu’énoncent les derniers versets de notre texte sont bien austères. La vie n’est-elle qu’une suite de sacrifices ?

Le Pasteur Antoine Nouis écrit : « Prendre sa croix, c’est assumer sa fragilité, ses limites, c’est renoncer aux illusions d’une protection absolue, c’est marcher avec le Christ dans un monde habité par le mal. »

Mais accrochons-nous à cette promesse : « Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; et alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

Comme en écho, Paul dans l’épître aux Romains, écrit : « Je vous exhorte donc frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel. »

Nous voilà devant un programme de vie, devant des choix à faire. Saurons-nous discerner la route qui mène à Dieu ? Seuls, ce serait sans doute impossible ; avec l’aide du Maître, aucun obstacle ne peut tenir.

Et pour illustrer ce propos, je voudrais vous lire un texte que je garde depuis 65 ans et relis fréquemment.

Tu as promis. J’ai promis et je tiendrai – Ps 119/106

Tu as promis.

Ce n’a pas été difficile. Tu arrivais à ce matin de ta confirmation porté par tant de prières, enveloppé par tant d’amour ! Il se peut cependant que tu aies hésité à promettre. Mais ce dont je suis sûr, c’est que le bel élan de ta jeunesse, alors, a balayé tous les obstacles devant toi.

Ce n’a pas été difficile. Tu ne t’engageais pas à ne jamais tomber, mais simplement à faire de ton mieux. Une invisible présence était là, près de toi, celle du guide qui dirige, de l’Ami qui aime, du Sauveur qui relève, la présence du Christ qui jamais, jamais ne rejette ceux qui viennent à lui. Les yeux fixés sur Jésus, tu as promis. Tiendras-tu ?

La promesse est une force.

Tu es plus fort que tu n’étais, rien que pour l’avoir faite. Parce qu’elle t’a lié, ne crois pas qu’elle t’affaiblit. Seuls sont forts ceux qui se sont donné, un jour, quelque vaillante discipline, et tâchent à y conformer leurs vies. Et de tous, parmi eux, les plus forts sont encore ceux-là qui se sont librement donnés au Christ victorieux. Le même homme qui signait se lettres de ce titre : esclave de Christ, avait le droit de s’écrier : je suis tout.

La promesse est une force.

Tu ne seras pas toujours aussi bien disposé qu’aujourd’hui. Il est des heures grises. Il en est de cruellement sombres. La joie de l’enfant que tu fus et de qui chaque jour t’éloigne, sa confiance inaltérable, sa magnifique pureté, tous ces trésors, tu auras en ces heures-là l’impression qu’ils vont t’échapper tous ensemble. Tu murmureras : A quoi bon ? Alors, tu te souviendras. Tu reverras ce jour où, devant l’Eglise, entouré de tous ceux qui furent tes aînés, -sous le regard de Dieu et du fond de ton âme- tu as promis… Ce sera suffisant. Au lieu de t’abandonner à la dérive, tu maintiendras hardiment la barre de ton esquif vers la seule étoile qui brille dans toutes les obscurités, et qui y brille d’autant plus que les obscurités, sont plus grandes, Jésus, l’Etoile du matin.

La promesse est une force.

D’autres l’ont faite avant toi. D’autres, après toi, la feront. Et c’est toujours la même chose, la même discipline qu’on s’impose librement, la même obéissance, le même service. Tu as pris place dans nos rangs. Te voici un soldat sous le drapeau de notre chef. Et toute son œuvre t’est ordonnée sans doute, mais sache aussi que toute sa force t’est donnée.

Tu as promis. Tu tiendras.

(inspiré par une page du « livre de Lézard »)

Ce texte nous a été remis le jour de notre confirmation. Pentecôte 1946. Je dis « nous » car tu étais là, toi aussi, ma Jacqueline. J’ai voulu le partager avec vous, ce matin. Il s’adressait à des adolescents, mais je lui trouve toujours la même actualité, même après tant d’années. Pierre pourrait le faire sien : il voulait suivre Jésus. Il a promis, il a tenu en dépit des obstacles.

Combien de fois avons-nous pris des engagements, emportés par un élan irrépressible, à l’occasion d’une réunion de prière, à l’écoute d’une prédication émouvante, à le lecture d’un texte biblique. Quelquefois, le premier mouvement passé, nous avons oublié les bonnes résolutions, accaparés par les tâches journalières. Cependant, au fond de notre cœur, une graine est restée enfouie, prête à germer. La promesse est là. Tu as promis, tu tiendras, demain, plus tard, avec l’aide de celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. »

Amen

Matthieu 5 v1-12 – « Les Béatitudes, une grâce et une promesse »

Dimanche 1er novembre 2009 – par Simone Bernard

 

Nous avons sous les yeux un texte bien connu, souvent mémorisé. Ils est adopté par certaines communautés. Je pense aux sœurs de Pomeyrol, aux Diaconnesses ou à la Fraternité des Veilleurs. Vous connaissez au moins de nom cette fraternité fondée en 1923 par le pasteur Wilfred Monod et son fils Théodore. Les membres décident de vivre par l’Esprit du Christ et acceptent ensemble un minimum de nécessaire discipline spirituelle. A heures fixes, là où ils se trouvent, les membres récitent des prières, en particulier le Notre Père et les Béatitudes. Le pasteur Daniel Bourguet en est actuellement l’animateur.

A quel moment Jésus délivre-t-il cet enseignement ? Il a commencé son ministère et prêche en Galilée. Il a déjà entraîné à sa suite les premiers disciples : Pierre et André, Jacques et Jean. Sa renommée gagne les foules qui le suivent, de Syrie comme de Galilée, de la Décapole et de Jérusalem, comme en Judée.

Mais il semble que les Béatitudes soient adressées uniquement aux disciples. « Ses disciples s’approchèrent de lui. Et prenant la parole, il les enseignait ». Voilà ce que rapporte l’évangéliste Matthieu. Je précise que si Luc en fait une relation un peu différente, ni Marc ni Jean ne relate cet épisode.

Les Béatitudes sont composées de phrases courtes, percutantes, commençant par le même mot « heureux ». A chaque ligne correspond une promesse. Mais en relisant attentivement les versets qui nous sont proposés, nous relevons ce que nous pourrions qualifier d’anomalies, de paradoxes.

« Heureux les pauvres de cœur » « Heureux les doux » « Heureux les cœurs purs »

Voilà qui ne choque pas, d’autant plus que ces affirmations s’accompagnent de promesses.

Mais voyons la suite :

« Heureux ceux qui pleurent » « Heureux ceux qui sont persécutés »

Ce sont là des assertions que nous comprenons beaucoup moins bien à première lecture, même si elles sont assorties de promesses réconfortantes : jouir du royaume des cieux, avoir la terre en partage, être consolés, être rassasiés ; voici des options que l’on accepte aisément.

Arrêtons-nous sur les derniers versets :

« Heureux êtes-vous lorsque l’on vous insulte », que « l’on vous persécute » et que l’on dit faussement « contre vous toute sorte de mal à cause de moi ». « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ».

Toutes ces observations nous plongent dans un réel désarroi.

Faut-il vraiment, pour être heureux, recevoir des injures, être persécutés ?

Nous avons quelque envie de nous rebeller contre ce Dieu qui nous entraîne à sa suite sur un chemin quelquefois semé d’herbe tendre, douce à nos pas ; mais à d’autres endroits, nos pieds rencontrent la pierraille ou les épines. Essayons de voir cela plus en détail.

« Heureux les pauvres de cœur » : ce sont les gens qui se tournent en toute simplicité vers Dieu dont ils attendent tout. Et la réponse est là : le royaume des cieux est à eux.

« Heureux les doux : ils auront la terre en partage ». Dans notre monde de violence qui s’agite en tout sens, où l’actualité nous offre chaque jour son lot d’attentats, de meurtres, voire de suicides, saurons-nous discerner ces « doux » capables de remplir la terre ?

« Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés. » Peut-on prononcer sans frémir de telles paroles devant une famille endeuillée ? Dieu est là, certes, pour apporter soulagement et espérance, mais il y faudra du temps.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés. »

Dès son plus jeune âge, l’enfant s’insurge devant des situations qui l’agacent. « C’est pas juste », s’exclame-t-il devant des interdictions ou des reproches. Et la vie sociale réserve bien des cas d’injustices en nombre de domaines. Même ce que l’on nomme Justice avec une majuscule semble recéler bien des cas d’injustices. En fait, il s’agit plutôt ici de la fidélité à la loi de Dieu qui est la source des relations justes entre les hommes.

Comment comprendre le mot « rassasiés » ? Peut-on faire régner un climat de concorde, de paix autour de soi, en dépit des agitations sociales et politiques ? Certes, nous rêvons tous d’une existence harmonieuse, sans tiraillements, mais savons-nous toujours établir l’harmonie autour de nous ?

« Heureux les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde. » Miséricordieux : voici un terme inusité de nos jours, où l’on parle plus volontiers de pardon. Pardonner n’est pas facile, et demander ne l’est pas plus. Il faut cependant reconnaître les fautes que l’on a pu commettre, afin de recevoir le pardon de la personne offensée. Alors, quand il s’agit de Dieu, le pardon est acquis car Il est tout amour.

« Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu. » La promesse est merveilleuse, mais la condition difficile. Notre pauvre humanité compte-t-elle des cœurs purs, vraiment purs ? L’homme est pécheur notoire sans le secours de Dieu. Au fil du temps, il y eut des âmes qui semblaient vraiment habitées par l’Esprit Saint. On les trouve parmi les saints et les saintes que nos frères catholiques célèbrent aujourd’hui, jour de Toussaint. Mais nous sommes tous appelés la sainteté. Nous lisons dans le Lévitique (19/2) : « L’Eternel dit à Moïse : « Parle à toute la communauté des fils d’Israël ; tu leur diras : soyez saints, car je suis saint, moi le Seigneur, votre Dieu. » »

« Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. » Faire œuvre de paix est un programme ambitieux. Nous savons qu’est décerné chaque année le Prix Nobel de la Paix, récompensant des personnalités issues de milieux divers. Les lauréats, s’ils tendent à instaurer la paix dans leurs pays et dans le monde, parviennent-ils toujours à leurs fins ? Ont-ils présent à l’esprit le texte des Béatitudes quand ils reçoivent leur récompense ? Fils de Dieu est un titre bien plus merveilleux que le prestigieux Prix Nobel.

« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le royaume des cieux est à eux. » Nous trouvons là un changement total. Le lecteur n’est plus l’acteur faisant œuvre de paix, de miséricorde, de justice ; il est confronté aux rudesses du monde, à l’injustice, aux insultes. Comment est-ce possible ? Il est un refuge où règnent la joie et l’amour : c’est le royaume des cieux promis à ceux qui aiment Dieu.

Parvenus à la fin de notre lecture, nous sommes partagés entre joie et crainte, entre confiance et doute. Le programme proposé peut-il vraiment être suivi dans sa totalité ? Non, bien sûr, si nous nous appuyons sur nos propres forces. Mais avec l’aide de Celui qui nous a laissé ces promesses, nous serons capables de suivre le chemin tracé.

Nous pouvons découvrir dans les Béatitudes à la fois une grâce et une promesse.

La grâce, c’est qu’elles sont un portrait, celui de Jésus qui a vécu pauvreté et larmes, douceur, justice et paix. Il est allé jusqu’au sacrifice suprême.

La promesse, c’est que toutes les béatitudes commencent par le même mot « heureux ». Elles sont une aspiration au dépouillement, à la compassion, à la générosité afin de pouvoir habiter la joie de Dieu. La lettre de Jean nous l’atteste : « dès à présent nous sommes enfants de Dieu » et « Quiconque fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui, Jésus, est pur. »

Unis les uns aux autres et unis au Christ, nous pourrons affronter les difficultés de l’existence sans nous laisser abattre, disant avec le psalmiste : « Le Seigneur, le tout-puissant, c’est lui le roi de gloire. »

Amen.