Matthieu 16, v. 13-19

Dimanche 29 juin 2008 – par Serge Gligoric

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Aujourd’hui, selon le calendrier ecclésial, est la journée de Pierre et Paul. Ce n’est pas par hasard, dans ce cas précis, que nous parlons du témoignage de Pierre selon lequel Jésus est le Christ. Trop souvent on dit Jésus-Christ comme s’il s’agissait d’un nom. C’est important de clarifier cet aspect. Jésus est un personnage historique. Christ est un titre ou une fonction qui était désignée par ses disciples. Selon la tradition hébraïque, le mot Messie était utilisé. Christ est un mot grec qui représente le Fils de Dieu, la nature divine de Jésus. Par contre, est-ce cette appellation aurait été acceptée par Jésus lui-même ? Le plus souvent, il a dit Fils de l’homme, qui désigne tout simplement l’être humain en araméen. La référence au livre de Daniel dans cet usage est écartée parce que trop apocalyptique pour incarner le message de Jésus. Il faut ajouter qu’après le témoignage de Pierre, Jésus rabroua les disciples, et pas recommanda comme dans la version de Matthieu, qu’ils ne disent rien à personne à son sujet. Luc tente d’expliquer cette attitude, mais la question demeure autour de ce que Jésus aurait répondu.

Appelé Jésus, le Christ, est, selon Paul, un blasphème pour les Juifs et une honte pour les Grecs. Dans ce sens, les disciples ont voulu valoriser le message de Jésus pour les Juifs comme pour les Grecs. La confusion semblerait être autour de qui était Jésus. Pour les uns, c’était Elie, le grand prophète d’Israël dont les Juifs attendaient le retour. Pour d’autres, c’était Jean-Baptiste, considéré comme le précurseur de Jésus et qui se serait incarné en lui. Matthieu mentionne même Jérémie, un autre grand prophète d’Israël. Cependant, toutes ces réponses n’ont pas été suffisantes. Regardons de plus près ce que Pierre répond. Dans Matthieu, il dit : « Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » ; dans Marc, « Toi, tu es le Christ » ; dans Luc, « Le Christ de Dieu » ; et dans Jean, « le Saint de Dieu ». D’ailleurs, dans Jean, il est également confirmé que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. Toutefois, certaines inconsistances apparaissent. Marc, étant écrit le plus tôt selon la majorité des experts, est le plus simple. En disant que Jésus est le Christ, il admet que Jésus est l’aboutissement de la foi en Dieu et sa Parole. Matthieu ajoute « le Fils du Dieu vivant », qui est déjà l’interprétation de la communauté chrétienne naissante. C’est le même cas avec Luc et Jean : pas Christ seulement, mais Christ de Dieu et Fils ou Saint de Dieu. Quoi qu’il en soit, nous devons nous demander qu’est-ce que cela veut dire le Christ pour nous et cela pas forcement à travers notre intelligence, mais surtout avec notre foi. Nous avons tous et toutes une idée, mais la définition change selon chaque époque. Les Juifs ont attendu un Messie, les Grecs l’ont fait Christ. De nos jours, on parle plutôt de la présence transformatrice de Dieu et en définissant l’apparition de Jésus comme le kairos, le moment décisif, où la tension était assumée entre l’absolument concret et l’absolument universel. C’est tout simplement la méthode de corrélation. Pour chaque époque, le message du christianisme est adapté.

Matthieu nous montre dans un autre chapitre, à travers une attaque brutale contre les scribes et les pharisiens, que les tensions entre les premiers chrétiens et les Juifs ont été très vives et souvent violentes. Pour les Juifs du premier siècle, appeler Jésus, le Christ, était insensé, une pure folie. Comment un homme peut incarner la Parole de Dieu ? Un homme d’un petit village, pauvre, sans distinction. Même aujourd’hui, l’argument est tiré de Luc chapitre 13, verset 33, indiquant que Jésus s’est vu comme un prophète et rien de plus. Dans ce sens, le livre d’Esaïe montre également que le Messie n’aurait pas été crucifié. Le christianisme était vu tout simplement comme une secte apocalyptique. Matthieu nous montre le résultat de cette confrontation. Cependant, nous pouvons appliquer ses critiques envers nous. Par exemple, ne pas être un hypocrite, être vrai devant soi-même et devant Dieu, ne pas exiger quelque chose pour les autres qu’on ne peut pas faire soi-même sont autant de leçons à apprendre et à appliquer. Il faut dire que la barre est placée très haut. Souvent, nous ne pouvons pas y arriver, mais cela ne nous empêche pas d’essayer afin de progresser spirituellement et personnellement. Cette ouverture entraîne également le fait que Dieu est venu nous libérer.

En effet, le livre des Actes nous parle de cette libération à travers la sortie de Pierre de sa prison. Oui, nous proclamons la bonne nouvelle de Jésus le Christ et la Parole de Dieu qui s’est incarnée en lui. Nous proclamons la liberté physique comme spirituelle de nos corps et âmes. Jésus n’est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver et l’aimer. Sa vie toute entière, et pas seulement ses enseignements et ses paraboles, était imprégnée par le message salvateur de notre Dieu et notre Seigneur. Si nous sommes dans une prison quelconque, Dieu vient nous libérer. Il fait le premier pas, ouvre grand les portes et nous invite vers son Royaume dont la présence est ici et maintenant parmi nous. En Jésus le Christ, cette volonté s’est manifestée d’une manière fulgurante. En lui, il n’y a ni Grec ni Juif car nous sommes tous un.

Dans la version de Matthieu, Jésus proclame également, en jouant avec les mots, que Pierre était la fondation même de l’Eglise grâce à sa déclaration. C’est l’affirmation des premiers chrétiens qui, dans ce cas, ont suivi l’école de Pierre. Plusieurs écoles ont existé : celle de Thomas, de Marie-Madeleine, de Jacques ou de Paul. Cela dévoile également une diversité florissante dans le développement du christianisme dès son début. Au-delà des débats historiques et textuels, c’est l’amour de Dieu qui compte. Au-delà des clivages doctrinales et théologiques, c’est la compassion de Dieu envers le monde. En Jésus le Christ, sa Parole est venue pour nous montrer un exemple et nous donner l’espérance dans l’avenir de l’humanité. Des trois valeurs exprimées par Paul, la foi, l’espérance et l’amour, c’est l’amour qui est jugé le plus grand. C’est le Seigneur, à travers cet amour, qui assiste et qui rend puissant pour que, par nous, la proclamation soit pleinement assurée et que toutes les nations l’entendent. A lui la gloire à tout jamais !

Amen.

Jean 10, v. 1-10 : « Le Bon Berger »

Dimanche 13 avril 2008 – par Serge Gligoric

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Jésus, avant l’Ascension, a partagé son temps avec les disciples. Il est vu dans Jean comme le berger qui est au devant de sa troupe de moutons. Il s’agit d’un symbole pour les membres de l’Eglise qui, au lieu de rester dans son bercail, sont guidés en dehors de l’enclos pour rayonner leur message à tout le monde. Pourtant, un autre thème tout aussi important se dessine. Il s’agit de l’amour ou, autrement dit, d’agapè et sa relation avec l’autorité et le pouvoir. Agapè est dit dans un sens où l’on exprime cette affection fraternelle qui partage, qui aide, qui soulage, mais qui ne blesse pas et qui n’inspire pas l’intolérance envers les autres. L’Evangile selon Jean invoque le message que Jésus est le Christ, le Messie selon la tradition hébraïque, le bon berger qui est venu nous sauver. Comme nous avons constaté dans les autres lectures bibliques, Pierre a appelé tout le monde, Juifs et non Juifs, à se convertir et à se changer radicalement. Il a parlé de la culpabilité envers Jésus à travers deux idées : tout d’abord parce qu’il n’a pas été reconnu et, deuxièmement, parce qu’il a été crucifié. La réponse de Pierre est de se baptiser et de transformer sa vie d’une manière décisive. On voit d’ailleurs dans le texte qui suit sa déclaration que la première communauté chrétienne était organisée selon les principes du partage et de la mise en commun de tout (Actes 2.42-47).

Le mur qui sépare les moutons peut être utilisé comme symbole des murs d’une ville qui séparent les citoyens d’un pays des autres qui ne sont pas forcement des citoyens et qui peuvent même être considérés, surtout à l’époque, comme des barbares. Marcher en dehors de l’enclos a un double sens : le fait de confronter les inconnus avec un message d’espérance et d’amour, mais aussi de franchir finalement ce mur de division qui guette tout rapprochement entre les peuples. L’amour porte ici le sens de couper contre les attentes sociales, de franchir le mur de l’indifférence et de haine pour investir le monde tout entier par une autre façon de vivre.

Au début, quand les communautés chrétiennes étaient en train de se former, l’image artistique de Jésus était celle d’un jeune homme sans barbe qui portait un mouton égaré sur ses épaules. Cette image parlait de la proximité de Jésus avec ses disciples et de l’amour fraternel entre eux. Plusieurs siècles plus tard, au sixième notamment, on peut constater à Ravenne une mosaïque de Jésus au milieu d’un champ avec de nombreux moutons autour de lui. Cette fois-ci, il porte la barbe et est vêtu d’un costume riche, réservé à l’aristocratie et même à la royauté. Sa main va vers le premier mouton avec un air d’une indifférence totale. Ces exemples sont donnés pour vous décrire l’étonnant changement dans la représentation de Jésus par rapport à ses disciples. D’un bon berger qui évoque la proximité au roi distant et intouchable.

La marque du temps, qui a débattu le dogme de la trinité et a vu plus tard la venue du code de Justinien, a incorporé la notion de Dieu, provenant d’Aristote, comme « moteur immobile ». « Le code et la théologie de Justinien sont deux oeuvres exprimant un seul et même mouvement de l’esprit humain. La brève lueur d’humilité venue de Galilée traverse les siècles, vacillante et incertaine. Dans la formulation officielle de la religion, elle se réduit à l’insignifiante accusation adressée aux Juifs de s’être attachés à une fausse conception de leur Messie. Mais l’idolâtrie plus profonde, consistant à façonner Dieu à l’image des chefs d’empire égyptiens, perses et romains demeure : l’Eglise attribue à Dieu ce qui appartient exclusivement à César. [1] »

Malgré la richesse de la pensée grecque, cette interprétation aristotelienne, mais aussi néo-platonique, fut comme le voleur qui n’entre pas par la porte, mais par un autre côté. Suivi par de nombreux pères de l’Eglise, incluant Augustin, elle a égaré des chrétiens en utilisant les mêmes mots, les mêmes types de phrases, mais avec un autre message que celui de l’Evangile. La simplicité d’un amour envers son prochain, sans violence ni envie, a été transformée dans un amour plus spirituel que terrestre, plus théorique que réel où tout pouvait être justifié si nécessaire. D’un amour sans frontière, sans distinction était substitué un amour hiérarchisé, avec des degrés où le spirituel, bien entendu, avait la première place. Ce n’était pas seulement l’amour qui subissait ces changements, mais la vie sexuelle elle-même où la virginité était supérieure au mariage.

Cette conception de la hiérarchie a déjà été établie dans les paroisses dès la fin du premier siècle, l’exemple étant les épîtres à Timothée, qui témoignent, certes, de l’adaptation social du christianisme, mais aussi de la perte, dans ce compromis, du message de l’Evangile. Quelle similarité entre le système où tout était mis en commun, comme le livre des Actes l’indique, et celui d’évêques ? Quelle association y a-t-il entre aimez vos ennemis et la guerre justifiée d’Augustin ? D’un berger qui s’occupe de ses moutons à un être froid qui ne les touche même pas, ce n’est pas seulement l’image de Jésus qui a traversé une révolution. Dieu lui-même était vu à l’instar des empereurs, une éternelle puissance qui ne change pas, mais reste immobile dans les cieux. Ainsi est dit, « Jésus leur tint ce discours figuré, mais eux ne surent pas ce qu’il leur disait. »

Au contraire, comme Bonhoeffer a expliqué, « Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide. Le Christ ne nous aide pas par sa toute-puissance, mais par sa faiblesse et ses souffrances. La Bible le renvoie à la souffrance et la faiblesse de Dieu ; seul le Dieu souffrant peut aider. Dans ce sens on peut dire que l’évolution du monde vers l’âge adulte, faisant table rase d’une fausse image de Dieu, libère le regard de l’homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui acquiert sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance. [2] »

C’est dans l’origine galiléenne du christianisme qu’on trouve une autre suggestion qui ne met pas en avant le César souverain, le moraliste impitoyable ou le moteur immobile. Elle insiste, au contraire, sur les éléments de tendresse du monde qui lentement et en silence opèrent par amour ; et elle trouve sa raison d’être dans l’immédiateté présente d’un royaume qui n’est pas de ce monde. L’amour ne régente pas, il n’est pas immobile et, de surcroît, il a tendance à oublier la morale. Il ne se préoccupe pas de l’avenir, car il trouve sa récompense dans le présent immédiat. [3]

Amen.


[1] Op. cit., p. 526-528 (traduction modifiée) ; p. 342-343 dans l’édition américaine établie par D. R. Griffin et D. W. Sherburne d’un œuvre écrit par Alfred North Whitehead, Process and Reality. An Essay in Cosmology, New York, The Free Press, 1978.

[2] Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission, trad. de l’allemand par Lore Jeanneret, Eberhard Bethge, éd., Genève, Labor et Fides, 1973, p. 367.

[3] Whitehead, p. 526-528 (traduction modifiée) ; p. 342-343

Jean 11, v.1-45 : « La victoire sur la mort ! »

Dimanche 9 mars 2008 – par Serge Gligoric

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Nous sommes à une semaine des Rameaux. La Pâque est presque là. Il est donc approprié que nous parlions de la résurrection de Lazare, cette victoire de la vie sur la mort. Ezéchiel nous offre une image de ce Dieu puissant prêt à utiliser son souffle pour ranimer les corps sortant de leurs tombes. Une autre puissance, cette fois manifestée dans le récit de l’Evangile selon Jean, où Jésus réveille Lazare d’entre les morts, est le dernier des sept signes qui témoigne que Jésus est vraiment le Christ, le Seigneur qui est venu nous aimer et nous sauver. Justement, lorsqu’un épisode lui paraît signifiant, l’évangéliste l’exploite pour sa catéchèse, comme un tableau vivant, comme une leçon doctrinale. Cette dramatisation qui est au service d’un enseignement offre ici une culmination qui décrit Jésus comme la lumière de ce monde, donnée par Dieu pour que nous ne nous perdions pas dans les ténèbres.

Si l’on cherche en effet quelle résonance ce récit pouvait évoquer dans la communauté chrétienne, il faut se rappeler les questions aiguës qu’avait posées la mort des premiers chrétiens à ceux qui les aimaient (1 Th 4.13-14). Sans doute aussi dans la communauté johannique, confrontée à la gnose, circulaient des courants d’idées qui, méprisant le corps et la matière, niaient la résurrection des morts – comme autrefois à Corinthe (cf. 1 Co 15.12). Face à la détresse de familles en deuil, le récit évangélique allait montrer deux sœurs qui perdaient leur frère (et en lui leur appui). La désolation des sœurs et leur demi-reproche (un reproche qui supposait cependant la foi) : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jn 11.21, 32), ce cri si naturel (« Seigneur, où étais-tu ? Pourquoi n’as-tu rien fait ? ») pouvait être celui de bien des chrétiens. Mais dans la foi des deux sœurs, les chrétiens trouvaient un modèle. Ils confessaient, eux aussi, que Jésus est la résurrection.

Gloire de Dieu et gloire du Fils sont équivalentes. Or en quoi consiste cette « gloire » ? C’est que les disciples « croient ». Jésus dira : « Je me réjouis de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez » (Jn 11.15) ; dans sa prière au tombeau, il englobera la foule entière dans le même désir : « Père, je te rends grâce de ce que tu m’as entendu. Quant à moi, je savais que tu m’entends toujours, mais j’ai parlé à cause de la foule qui se tient ici, pour qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé » (Jn 11.42). Ainsi Jésus donne dès le début le sens de l’épisode et l’oriente vers le Signe qui sera posé. La gloire de Dieu, c’est que les hommes croient que Jésus est l’Envoyé du Père : dans ce « croire » ils trouvent la vie et la délivrance.

Lazare est dans la tombe depuis déjà quatre jours. Ces quatre jours sont importants. On les explique par la croyance, attestée chez des rabbins de la fin du second siècle, que l’âme (principe de vie qui anime le corps) tourne trois jours autour du cadavre, le temps qu’elle le reconnaisse. Mais lorsque le visage se décompose, alors elle quitte pour toujours les alentours de la tombe. Marthe dit : « Seigneur, il sent déjà : c’est le quatrième jour ! » (Jn 11.39), parole qui confirme le lien entre la décomposition et le quatrième jour. Lazare aura connu, comme tous les morts, la pourriture de la tombe ; cela est essentiel pour signifier la puissance de résurrection de Jésus. Ici, il ne s’agit pas seulement de croire – comme beaucoup de juifs – à la résurrection des justes au dernier jour. C’est Jésus lui-même qui est dès maintenant la résurrection et la vie. « C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui met sa foi en moi, même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et met sa foi en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11.25-26). La question posée à Marthe l’est à tous les chrétiens. Croient-ils que dès maintenant ils ont la Vie en adhérant à Jésus ? Par la bouche de Marthe, la communauté confesse sa foi : « Oui, Seigneur, moi, je suis convaincue que c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde » (Jn 11.27). A cet acte de foi, Jésus répondra par un signe visible aux yeux de la chair, un signe « dans la chair », qu’il est Résurrection et Vie. Ni la mort, ni la corruption du tombeau ne peuvent entamer cette certitude. Dans le Christ, le mort est un vivant.

L’esprit de Jésus s’emporta, il frémit (embrimaomai), devant quelques-uns parmi les juifs qui disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas aussi faire en sorte que cet homme ne meure pas ? ». L’indignation de Jésus est ici interprétée de deux façons : indignation contre l’incrédulité de ceux qui se lamentent et désespèrent et indignation contre la condition humaine soumise à Satan et à la mort. Une explication n’exclut pas l’autre, elles peuvent être en continuité. Mais Jésus s’indigne-t-il contre Marie et les juifs qui l’accompagnent ? A travers ces manifestations de désespoir et au-delà d’elles, Jésus voit la condition humaine d’aveuglement et de désespérance, la cécité qui empêche de croire qu’il y a un Sauveur, cécité qui vient du mystère des ténèbres qui entourent l’homme, ténèbres qui le tiennent asservi et qui s’apparentent au mal et à la mort. Jésus est le contestataire du Mal fondamental.

« Il se trouble » (tarattein) va dans le même sens. Jésus se trouble en esprit à la pensée de celui qui le trahit, Judas qui a formé le projet de le livrer à l’instigation de Satan… C’est toujours le même mystère du Mal dont Jésus discerne ici l’emprise et dont la manifestation visible est l’empire de la mort. Jésus pleure en marchant vers la tombe de Lazare ; il pleure devant cette mort qui le touche en sa chair. Il ne se lamente pas, mais la mort de Lazare exprime pour lui toute la détresse humaine. Jésus se rend donc au tombeau pour affronter et vaincre la Mort.

En criant d’une voix forte, « Lazare, sors ! », Jésus préfigure la résurrection des derniers jours, mais il donne aussi le signe que, en lui, cette résurrection est déjà là. Lazare est apparu « ligoté » par ses bandelettes. Ses liens figurent les liens de la mort dont il est si souvent question dans la Bible (cf. Ps 18.6 ; 116.3 ; Jonas 2.6-7). Jésus a brisé les entraves de la mort.

Lazare est vivant. Jésus va mourir. Cependant, la mention du ressuscité oriente aussi vers la résurrection de Jésus. Lazare portait avec lui dans sa tombe, l’odeur de la mort qui avait triomphé de lui. Au contraire, dans la scène de l’onction de Béthanie, qui est, dans sa version johannique, colorée toute entière de la présence du ressuscité Lazare (Jn 12.1-8 ; cf. Mt 26.6- 13 et Mc 14.3-9), c’est Marie qui prend « une livre d’un parfum de nard pur de grand prix » (Jn 12.3) et le verse sur les pieds de Jésus. La maison est alors remplie de sa merveilleuse odeur, qui est interprétée par lui comme préludant à son ensevelissement. Autrement dit, le corps de Jésus échappera à l’empire de la mort, à la corruption du tombeau (cf. Ac 2.24, 27, 31).

Lazare avait été ligoté par la mort. Jésus se laissera ligoter par les hommes (Jn 18.12, 24) mais il se libérera lui-même des liens de la mort : les bandes et le suaire du visage ont été calmement rangés dans sa tombe vide (Jn 20.5-7). Lazare est une figure. La réalité sera donnée en Jésus qui pour toujours a vaincu la Mort, lui qui ne reviendra pas à une vie mortelle mais sera glorifié dans l’Esprit. « Et si l’Esprit de celui qui a réveillé Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a réveillé le Christ d’entre les morts fera aussi vivre vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8.11).

Amen.

 

Matthieu 12, v. 22-37

Dimanche 3 février 2008 – par Serge Gligoric

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Une partie du texte de Matthieu est liée intimement à la question de la justice. Ce lien est montré à travers l’accueil que réserve Jésus à ceux et celles qui ont besoin d’un exorcisme et la façon dont il répond aux provocations et gère le conflit avec les pharisiens.

La justice, surtout pour les humbles, les faibles et les pauvres, résonne à travers les lectures bibliques entendues ici aujourd’hui. « Chercher la justice, cherchez l’humilité ! » proclame le livre de Sophonie. Paul nous dit comme aux corinthiens, « Dieu a choisi ce qui est faible dans le monde pour faire honte à ce qui est fort…de sorte que personne ne puisse faire le fier devant Dieu. » Justice de Dieu, des croyants, pour des marginaux et contre les puissants. Dans tout cela, un paradoxe existe. Matthieu dit que ceux qui ont faim et soif de justice seront rassasiés. Une allusion qui peut être liée aux pauvres, ou pauvres en esprit, qui hériteront le royaume des cieux. Comment les pauvres peuvent-ils espérer obtenir justice ? Comment les faibles peuvent-ils être valorisés contre les forts ? A notre époque, nous cherchons toujours le sens de la justice et les bonnes réponses aux conflits humains.

Dans le texte de Matthieu qui concerne cette prédication, Jésus guérit un démoniaque aveugle et muet de sorte qu’il parle et voit. Il s’agit probablement plus d’un aveuglement spirituel que littéral. Jésus était proche des marginaux, littéralement ou symboliquement. Bien entendu, on ne doit pas être nécessairement pauvre pour être marginalisé, les Romains, regardés comme des envahisseurs, n’était pas appréciés non plus. Peu importe, donc, s’ils étaient lépreux, prostituées, collecteurs de taxes ou même officiers romains, il les a accueillis tous et toutes. Les adversaires de Jésus, dans ce cas des pharisiens, l’accusent d’avoir fait un exorcisme par le pouvoir de Satan. Jésus réagit en disant que si c’est par le pouvoir de Satan qu’il chasse les démons, c’est le Satan qui chasse le Satan et, donc, il est divisé contre lui-même. Cette réponse peut être comprise soit comme une sagesse commune et populaire (les divisions produisent les défaites) soit comme un exemple de l’ironie. Jésus utilise la logique de ses adversaires (vous assertez que je chasse les démons au nom du chef des démons), puis utilise cette logique contre eux (le chef des démons chasse ses propres démons). Ses adversaires sont alors forcés de dire quelque chose qu’ils n’ont jamais voulu dire. Cela nous présente un exemple de l’ironie que Jésus a probablement employé ici.

Dans la prochaine partie de ce discours, Jésus concède que même si son pouvoir vient de Béelzéboul, car ses adversaires ont reconnu qu’il procède à des exorcismes, par quel pouvoir et à quel nom leurs fils chassent-ils les démons (le terme « fils » désigne leurs disciples) ? Sachant qu’ils concèdent chasser les démons par l’esprit de Dieu, Jésus conclut que, lui aussi, chasse les démons par l’esprit de Dieu. De plus, ses guérisons et exorcismes deviennent la preuve que le règne de Dieu est arrivé. En démasquant ces provocateurs pour l’inconsistance de leurs critiques, les mots de Jésus sont pleins d’humour et les attentes de ses auditeurs sont frustrées. Ce qui est visée est la transformation de leurs esprits pour modifier leur façon de penser qui va produire une autre attitude. La prochaine fois, ces personnes ne seront pas, s’ils ont appris quelque chose, si agressives et accusatrices. Ici, l’accent n’est pas sur la justice comme valorisation de la pauvreté et le dénigrement de la richesse, mais sur la justice en tant que transformation. Se transformer soi-même et ses adversaires, mais pas d’une manière quelconque, surtout pas en suivant la sagesse commune et peu originale. A la provocation, un ton plus léger est utilisé qui frustre les attentes et proclame un message au-delà d’une simple dispute. Il vise le bouleversement des cœurs de ses auditeurs.

Jésus utilise souvent des analogies et des personnages qui viennent de la vie quotidienne. A son époque, le banditisme était une réalité et peut être lié avec l’image dans le prochain verset d’une personne qui vient piller la maison d’un homme fort. Parce que ceci est surprenant, surtout provenant d’un sage comme Jésus qui encourageait des réponses non-violentes aux nombreuses provocations, cette histoire retient notre attention. Une image violente similaire est préservée dans les Evangiles selon Marc (3.27), Luc (11.21-22) et Thomas (35.1-2), dont la première copie est jugée par certaines autorités bibliques d’avoir été conçue dans les années 50 ou 60. Que veut dire cette image ? Dans le contexte des exorcismes, surtout avec l’exemple de Luc, l’analogie est sur un voleur puissant qui suggère que quelqu’un qui peut chasser les forces du mal doit être exceptionnellement fort. Cela peut aussi dire que les marginaux, les exclus ont assez subi l’injustice sociale, qu’ils vivent presque quotidiennement, et qu’ils vont prendre par la force ce qui est leur droit, surtout le droit de survivre dans la dignité. Paul nous dit, « Dieu a choisi ce qui est vil dans le monde, ce qu’on méprise, ce qui n’est pas, pour réduire à rien ce qui est… » (1 Corinthiens 1.28-29).

Oui, la justice peut avoir cet aspect destructeur où les victimes ne peuvent pas gérer leur quotidien et explosent dans une frustration et une colère violentes. Peut-être, le péché contre le Saint-Esprit, qui ne se pardonne pas, n’est pas tant de parler contre Dieu que contre tous et toutes qui voudrait développer le mal au mépris de la dignité humaine. Nos yeux seront-ils ouverts, si ce n’est pas déjà le cas, comme cet homme possédé ou resteront-ils fermer à l’instar des pharisiens ? Les questions sur la justice, les disputes, les marginaux sont plus que pertinentes pour notre époque. N’oublions pas les mots du livre de la Sophonie. « Je laisserai en ton sein un peuple pauvre et faible, qui trouvera un abri dans le nom du Seigneur » (Sophonie 3.12). « Un peuple pauvre et faible… » Jésus est venu comme l’un d’eux. Il n’a pas choisi les palais ni les châteaux. Il est allé dans la rue pour parler avec des gens ordinaires comme vous et moi. Il les a accueillis, tous et toutes, mais il les a surtout acceptés comme ils étaient. C’est peut-être ça la réponse : la justice se trouve dans le fait d’être enfin accepté comme nous sommes, socialement, physiquement, spirituellement et personnellement. Comment les pauvres peuvent-ils avoir de l’espoir en la justice ? En étant acceptés par les autres, sinon la société toute entière, tels qu’ils sont. Comment les faibles peuvent-ils être valorisés contre les forts ? En utilisant l’humour et l’ironie comme contre balanciers face à la force et l’agression. Comme dans le prêche de Jean-Baptiste, ce qui est visé est le changement radical, pas seulement de nos points de vue, mais surtout de nos vies. Il s’agit d’une transformation de soi-même et de ses adversaires qui frustre les attentes et proclame un message au-delà d’une simple dispute. Il vise le bouleversement des cœurs. « On connaît l’arbre à son fruit… car c’est de l’abondance du cœur que la bouche parle. » De cette manière, le sens de notre justice, particulièrement de notre justice sociale, cessant d’être un idéal que les privilégiés discutent, va évoluer vers une réalité que chacun d’entre nous pourra vivre. Amen.

Matthieu 8, v. 1-17

Dimanche 13 janvier 2008 – par Serge Gligoric

 

Chers amis,

Le soleil est chaud dans le ciel bleu qui couvre les personnages en bas. Ils descendent, Jésus à la tête de cette foule. Les petites et grandes pierres ne facilitent guère le passage et la descente est rude : il s’agit d’une montagne. Ils semblent avoir tous et toutes la foi et, bien sûr, ils discutent, s’énervent parfois, crient, rient, posent des questions et surtout sollicitent l’attention du Maître, du Rabbin, de ce que nous appelons le Christ. Soudain, un lépreux, couvert par les signes de sa maladie, survient et se prosterne devant lui. La foule s’arrête. Qui est cet homme ? Comment ose-t-il se présenter dans cet état devant notre Rabbin ? Tous et toutes se tournent naturellement vers Jésus. Même s’il pouvait être étonné, on constate qu’il reste calme. Il attend. « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. » Les autres réagissent fortement. Certains reculent, d’autres sont animés soit par le mépris, soit par la compassion. Etre lépreux est le signe du mécontentement de Dieu. Ces personnes sont intouchables, impures. L’odeur de l’air frais s’est déjà mélangée avec la sueur et la mauvaise haleine des nombreux hommes et femmes qui se pressent pour voir la scène. Avec le lépreux, qui ne s’est pas lavé depuis un moment, comme certaines personnes dans la foule, l’air devient de plus en plus nauséabond. Puis, la main de Jésus se tend vers l’homme lépreux et le touche. « Je le veux, sois pur. » Aussitôt il fut pur de sa lèpre.

Bon nombre de personnes n’ont pas été pour autant bouleversées. « Je ne vois rien de spécial ! », l’un d’entre eux crie. « Quelle guérison ? Il a toujours sa maladie. On peut le voir sur sa peau ! », répond un autre. Puis, une troisième voix se lève, « Mais non, vous avez tort. Il l’a guéri. Vous ne le voyez pas ? Cet homme a été traité d’une façon misérable sous notre loi juive. Il n’avait aucun mérite. Mais, aujourd’hui, il était rendu pur par la grâce de Dieu. Sa foi, son courage lui ont été reconnus par Dieu, notre Seigneur. » En entendant ces mots, la foule s’agitait violemment. « De quoi tu parles, femme ! ». « Tu ne connais rien de nos lois ! » Pendant ce temps, Jésus, écoutant ce qui était dit et regardant les réactions autour de lui, se tourne vers l’homme lépreux et dit : « Garde-toi d’en parler à personne, mais va te montrer au prêtre et présente l’offrande que Moïse a prescrite ; ce sera pour eux un témoignage. »

Pendant que certains continuaient de s’agiter, les autres, plus proches de Jésus et pouvant entendre sa parole, se taisaient. Puis, les réactions commencent à se faire entendre : « Il va se présenter dans cet état devant les prêtres ? » « Qu’a-t-il dit ? Quel est son témoignage ? Je ne pense pas qu’il puisse entrer et présenter l’offrande. Il va être tué ! » « Vous êtes vraiment obstinés ! Vous n’avez rien compris ! Sa foi lui a rendu sa pureté. Dieu l’accepte comme il est ! Il a pardonné ses péchés et sa maladie. Malgré la loi, il est jugé acceptable par Dieu. » « Comment pourrait-il être acceptable dans cet état ? Tu ne vois pas son nez ni ses mains ? Il est en train de perdre ce que Dieu lui a donné ! Il faut une raison à tout cela. Dieu ne réagit pas pour rien. » Pendant ce temps, ils entrent à Capharnaüm.

Un centurion, voyant la foule et Jésus à sa tête, s’engage dans sa direction. Certaines personnes réagissaient en voyant le centurion, une ou deux veulent fuir, d’autres demeurent sur place, mais craignent sa réaction. Une fois devant lui, il le supplie : « Seigneur, mon serviteur est couché à la maison, paralysé et violemment tourmenté. » Jésus lui répond : « Moi, je viendrai le guérir. » Ce à quoi, le centurion répond : « Seigneur, ce serait trop d’honneur pour moi que tu entres sous mon toit ; dit seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ! Car je suis moi-même sous l’autorité de mes supérieurs et j’ai des soldats sous mes ordres ; je dis à l’un : ‘Va !’ et il va, à l’autre ‘Viens !’ et il vient, et à mon esclave : ‘Fais ceci !’ et il le fait. »

Tout le monde est étonné. D’abord, c’est un centurion qui parle, non pas un juif, non pas un samaritain quelconque, mais un officier romain, un païen, qui est venu supplier Jésus. Il n’y avait peu de réactions car la situation était inédite. Jamais personne n’avait vu un tel spectacle. Jésus, lui-même étonné, se tourne vers la foule et dit : « Amen, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. Je vous le dis, beaucoup viendront de l’est et de l’ouest pour s’installer à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux. Mais les fils du Royaume seront chassés dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Cela était plus qu’assez pour bon nombre de ceux et celles qui suivaient Jésus. D’abord, ce fut l’incompréhension. Tout le monde n’a pas bien entendu ni bien compris de quoi il s’agissait. Pourtant, d’une personne à l’autre, le message était passé. Puis, plus cette compréhension s’est installée dans les esprits de la foule, plus sa réaction fut violente.

« Il osent nous parler de cette manière à nous ! » Puis, un autre, « Il se prend pour qui, celui-là ! » Une troisième voix se lève : « C’est comme ça qu’il traite un romain, un païen, l’envahisseur de notre pays, le destructeur de nos terres et de nos synagogues !? » Puis une quatrième : « Ce n’est pas possible ! J’en ai assez ! J’arrête de suivre ce démagogue, ce faux prophète. J’ai rien vu qui m’ait convaincu de la véracité de ses paroles et de ses actes. » « Pauvre fou ! Tu ne vois pas qu’il est en train de nous enseigner l’amour envers nos ennemies. As-tu oublié le sermon sur la montagne ? Aime tes ennemies. » « Oui, j’ai bien entendu, mais j’ai pensé que c’était une blague. Si j’aime mes ennemies, ils vont alors devenir mes amis ! » « Justement, c’est ce qui est en train de se passer ici. Ce centurion a montré sa foi en Dieu et sa reconnaissance envers notre Rabbin. Peu importe qu’il soit romain. Les romains ne peuvent pas être sauvés ? » « Bien sûr que non. Je suis un juif, il est un apostate, un païen, un envahisseur. Comment peut-il être sauvé ? Seul les juifs ont été choisis comme le peuple de Dieu. » « Cette croyance ne peut-elle pas intégrer plus d’un peuple ? Moi aussi, je suis un juif et moi je crois que le peuple de Dieu est justement le monde entier, peu importe sa nationalité. » « Arrête ! Tu blasphèmes ! Je ne veux rien à voir avec toi. » Pendant ce temps, Jésus s’est déjà tourné vers le centurion et s’adresse à lui : « Va, qu’il t’advienne selon ta foi. »

Jésus a déjà quitté la foule. Ou, plutôt, il s’est évadé. Il se rendit chez Pierre, l’un des douze disciples. Sur le chemin, Jésus pense : « S’il ne comprend pas mes paraboles mieux que le public, au moins il a sa foi en Dieu et dans ma parole. De plus, je peux trouver un peu de paix chez lui, malgré cette odeur de poisson omniprésente. » En entrant, il vit la belle-mère de Pierre couchée avec la fièvre. Il toucha sa main, lui donna une caresse rassurante, posant un regard apaisant sur elle. Il constata que la fièvre n’était pas trop sérieuse et qu’elle était en train de guérir. Peu après, elle se leva et se mit à le servir. Pierre, bouleversé, demanda : « Qu’as-tu donc fait ? » et Jésus répondit : « Rien. Elle va déjà mieux. Elle a sa foi. »

Amen.

Matthieu 1, v. 18 à 25

Dimanche 23 décembre 2007 – par Serge Gligoric

 

Chers amis,

C’est la dernière semaine de l’Avent avant Noël. La naissance de notre Seigneur Jésus le Christ vient comme la lumière dans ce monde, pleine de vie et d’espérance. Matthieu raconte que Marie était déjà enceinte de Jésus par le Saint-Esprit avant même que Joseph l’ait touchée. Il nous dit aussi que Joseph était juste avant sa naissance. On peut légitiment demander pourquoi ? Qu’a-t-il fait pour mériter ce titre, surtout avant de rencontrer Marie ? Beaucoup de choses ont été écrites sur elle, mais beaucoup moins sur lui. Il était peut-être charpentier, nul ne peut le confirmer. Marie, de son côté, était pauvre. Justement, selon Luc, quand Jésus se présentait dans le temple, uniquement une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes étaient sacrifiées. Elle était fiancée à Joseph. Le terme employé dans Matthieu suggère que, selon les coutumes de l’époque, ils étaient déjà considérés comme légalement mariés mais ne vivaient pas encore sous le même toit. Selon la tradition catholique, Jésus n’avait pas de frère et de sœur biologiques. Une tradition que les protestants contestent. En effet, Jacques, qui est bien connu, est devenu ensuite l’un des grands chefs de l’Eglise chrétienne à Jérusalem. Quand Marie a-t-elle eu tous ses enfants ? Dans quelles circonstances ? Jésus, en tout cas, a considéré ses disciples davantage comme sa famille et Jacques était étrangement absent des récits évangéliques.

Joseph ne voulait pas dénoncer Marie publiquement, mais décida de la répudier en secret, une raison pour laquelle il était appelé juste. C’est là où l’ange du Seigneur intervient. Mais, restons sur la répudiation. C’était quelque chose de grave à l’époque. Et inhabituel. Que s’est-il passé ? L’histoire peut sortir de l’imaginaire, c’est vrai, mais il y a toujours des éléments factuels pour inspirer la structure ou la progression de ce qui est présenté. Il y a même un livre, Jésus et les Manuscrits de la Mer Morte, qui a argumenté que Jésus était le fils illégitime d’un officier romain. Comme ce début ne convenait pas aux disciples, ils ont parlé de Dieu. Sans tomber dans l’absurdité, la question sur la paternité de Jésus est pourtant posée. La réponse de l’évangéliste est claire : Dieu à travers le Saint-Esprit. Pourtant, il est difficile pour le public d’aujourd’hui d’élucider ce que cela veut dire exactement. Nous sommes plus enclins à croire, car c’est plus compréhensible, que Matthieu a voulu présenter à tout prix l’origine divine du fondateur de l’Eglise chrétienne, surtout dans un contexte où elle a lutté pour survivre. Cela donne une autre raison : la légitimité de Jésus devant les juifs.

Esaïe est cité, en particulier dans le chapitre 7, verset 14 : la vierge sera enceinte…C’est la traduction grecque de la Bible hébraïque car dans la version originale on trouve la « jeune fille » au lieu de la « vierge ». Cela change tout. C’est incroyable comment un mot peut bousculer toute une tradition. Marie ne doit pas être une vierge. Elle peut être n’importe quelle jeune femme, vierge ou non. Autrement dit, parce que Matthieu a utilisé la version grecque, il a fait de Marie une vierge. Il semble que tout était mis en scène. Joseph veut répudier Marie, mais l’ange l’arrête au dernier moment, comme, d’ailleurs, il a arrêté Abraham avant de sacrifier Isaac. Joseph apprend ensuite que Jésus n’a pas seulement été conçu par le Saint-Esprit (cela aurait suffit à être extraordinaire !), mais qu’il sauvera son peuple de ses péchés afin que la parole de Dieu s’accomplisse. On peut imaginer la tête de Joseph. Il aurait pu perdre connaissance ! Pourtant, dans les autres versets, il continue à suivre les instructions de l’ange comme si de rien n’était. Après tout, quant on a un Fils de Dieu dans son foyer, on prend l’habitude de ses anges !

Le fait que Matthieu cite la Bible hébraïque, surtout Esaïe, et parle d’un accomplissement divin, montre à quel point il a voulu légitimer les croyances chrétiennes aux communautés juives. Cette légitimité aurait incorporé le christianisme dans le judaïsme et créé une nouvelle religion syncrétique. C’était le souhait des juifs chrétiens qui ont désiré suivre les lois juives tout en croyant que Jésus était le Christ. Cependant, ce groupe ne pouvait pas résister aux deux autres développements : le judaïsme a refusé d’incorporer ou de croire aux valeurs chrétiennes et l’ouverture de l’évangélisation par Paul aux peuples non juifs. D’ailleurs, cette ouverture a exacerbé les relations judéo-chrétiennes et a mit fin au rêve d’une éventuelle alliance entre les deux communautés.

Tout cela pour vous dire que la naissance de Jésus a vraiment changé le monde. Il est difficile de comprendre aujourd’hui comment il aurait évolué sans cet événement. La venue d’un bébé, en soi, est un miracle. Quel miracle cela fut lorsque notre Seigneur est venu ! Issu de la descendance de David selon la chair, institué Fils de Dieu avec puissance, c’est par lui que nous avons reçu la grâce et l’apostolat afin de susciter, pour son nom, l’obéissance de la foi dans toutes les nations.

La fête de Noël, dans ce cas-là, s’enracine doublement dans l’histoire des humains. Premièrement l’histoire indique qu’il existait une fête de la lumière, dans le monde romain au solstice d’hiver, le 25 décembre. Jésus étant la lumière du monde, les chrétiens décidèrent de célébrer sa venue ce jour-là. La fête devint alors Noël. Deuxièmement, selon la Bible, l’envoyé de Dieu est attendu dès l’Ancien Testament. Les premiers chrétiens ne se considérèrent pas comme une toute nouvelle communauté religieuse, mais comme les continuateurs d’une foi qui les avait précédés.

Le succès de Noël repose, entre autre, sur cette double profondeur : historique et théologique. Reprendre chaque année les rites ancestraux, c’est admettre que nous sommes membres d’une chaîne humaine. Soyons modestes : nous ne sommes que des héritiers. Et soyons fiers : nous deviendrons également des légataires.

Amen.

Matthieu 3, v. 1-12 : « Jean le baptiseur »

Dimanche 9 décembre 2007 – par Serge Gligoric

 

Chers amis,

En ce temps de l’Avent, qui précède et prépare la naissance de notre Seigneur Jésus le Christ, le texte porte sur le message de Jean le Baptiseur et le changement radical. Comment comprendre ce changement ? La parole de Jean est adressée à tous et à toutes, mais elle n’est pas pour tout le monde. Il faut d’abord produire un fruit digne et surtout ne pas se reposer sur la piété ou ses générations précédentes pour être accepté. Nous pouvons imaginer cet homme qui a refusé, selon Luc, de suivre le chemin de son père, de répondre, au contraire, à un autre appel difficile d’un prophète qui délivre un message inédit sur la présence de Dieu dans le monde. Harcelé par ses opposants, vêtu d’un vêtement en poil de chameau, ne mangeant que des criquets et du miel sauvage, il était une voix criante dans le désert. Ce n’est pas surprenant que Jean ait condamné ceux et celles qui voulaient se reposer sur les acquis de leurs générations, de leur famille et de leur réseau. Souvent, aujourd’hui comme hier, nous oublions que tout cela ne vaut rien devant Dieu. Ni la richesse, ni la gloire, ni la famille illustre. Nous ne pouvons avoir aucun mérite devant Dieu. Ni lui faire du chantage. Quand nous nous transformons intimement, personne ne peut nous aider ou prendre notre place. C’est là où, comme nous l’avons entendu, Paul raconte qu’à travers la persévérance et l’encouragement des Ecritures, nous trouvons l’espérance. La foi alors reste avec nous, cette foi dans la promesse de Dieu qu’il va nous pardonner et nous délivrer à travers sa grâce. Le changement radical est, dans ce cas, accueillant, bienveillant, ouvert, mais il impose une vigilance constante.

Le commentaire sur les saducéens et les pharisiens est direct et sans ambiguïté, un témoignage sur les conflits entre la communauté chrétienne naissante et les diverses écoles juives. Ces deux groupes, rencontrés plus ou moins souvent, n’ont pas été choisis par hasard, probablement parce que l’un représentait l’autorité religieuse de l’époque et l’autre incarnait la loi, avec sa sagesse, mais aussi avec ses pratiques scrupuleuses. Pour ceux et celles qui n’écoutent pas, l’image du feu est évoquée, surtout où brûle la paille, où le châtiment divin se prononce. En France, tout le monde se souvient encore de la canicule de 2003 et la souffrance qu’elle a entraînée. Dans ce coin du désert, ce genre de chaleur, surtout la brûlure du soleil, est fréquent. Tout devient alors exacerbé plus facilement, on est étouffé par la pollution, brûlé par les flammes solaires, irrité, fâché, la journée peut paraître sans fin. Ce n’est pas par hasard que le feu, dans ce cas, est utilisé comme un symbole pour évoquer des tourments. Cependant, le feu était aussi invoqué comme un moyen possible du baptême, insinuant que du bien comme du mal proviennent du même élément. Peut-être, l’influence zoroastrienne, qui trouve le feu sacré, a ici trouvé un écho modifié.

Pour éteindre ce feu et nous ouvrir à la grâce divine, Jean-Baptiste utilisait l’eau, devenue ensuite un symbole du baptême et de l’initiation dans la communauté chrétienne. L’eau est la source de vie. Quand les scientifiques veulent savoir s’il y a une vie sur une planète inconnue, ils se demandent si l’eau y est présente dans le sol. L’eau est le seul élément qui peut être dur comme un iceberg et fluide comme un liquide. De plus, l’eau, comme vapeur, est proche de l’un de ses constituants et une autre source de vie, l’oxygène. Pour être en bonne santé, il faut se laver, pour se laver, il faut de l’eau. Nous somme nous-mêmes constitué à 70% d’eau et en avons besoin pour survivre beaucoup plus que la nourriture. Ce n’est pas par hasard que l’eau est devenue un symbole de l’initiation mais également de la création.

En acceptant cette initiation, les disciples de Jean le Baptiseur acceptaient aussi ce qu’il appelait le règne des cieux, le royaume de Dieu. Cette espérance tant convoitée par les juifs comme par les chrétiens quand la justice, l’amour et la paix se manifesteraient parmi nous. Pour de nombreux juifs, surtout les zélotes, cela voudrait dire la libération du joug romain. Pour Jean, il s’agissait de se transformer de l’intérieur et poursuivre sa vie d’une nouvelle façon inattendue. Ces exemples sont exprimés dans un langage apocalyptique qui rend certes le changement radical exigeant et difficile, mais pas impossible.

Enfin, rendre droits les sentiers du Seigneur suggère une éthique pleine de justice, mais aussi de compassion. C’est dans Luc que cette éthique est plus détaillée. Les collecteurs des taxes ne doivent rien exiger au-delà de ce qui est ordonné et les soldats ne doivent pas se montrer violents, ne doivent pas accuser à tort et doivent être satisfaits de leur solde. Tout le monde doit partager ce qu’il a, y compris les vêtements et la nourriture. Un paradoxe réside, par contre, dans l’exemple du soldat qui ne commet pas d’actes de violence. Même si la violence gratuite et exagérée est tout à fait condamnable, quoi dire de la violence elle-même, surtout pour un soldat pendant l’époque romaine ? Il vaut mieux qu’il change de métier ! Autrement dit, nous entendons une manière originale de communiquer. Tout en restant dans la continuité de la tradition juive, ces paroles veulent bouleverser les croyances des auditeurs et changer la façon dont ils peuvent concevoir leurs convictions. Ce langage anticipe celui de Jésus. Le changement radical devient alors une éthique pour transformer le monde où, comme Esaïe l’a décrit, le loup peut séjourner avec le mouton et la paix peut enfin régner sur terre.

Pour résumer, le changement radical prêché par Jean le Baptiseur est accueillant et ouvert, mais exigeant et difficile. Il impose la vigilance constante d’une éthique pour transformer le monde. Il anticipe, comme l’Avent anticipe le Noël, celui qui baptise dans le Saint-Esprit.

Amen.

Luc 17, v. 11-19 : « Jésus guérit dix lépreux »

Dimanche 14 octobre 2007 – par Serge Gligoric

 

Deux thèmes se dessinent dans ce récit. D’abord, celui du Samaritain, d’un non-accepté, d’un étranger, puis la notion de la pureté et sa signification.

Luc accorde un intérêt particulier à tous les méprisés. Les Samaritains, que les Juifs exécraient, sont mentionnés plus souvent que dans les autres évangiles. Ils sont même donnés en exemple. Ainsi, parmi les dix lépreux purifiés par Jésus, le seul qui revient exprimer sa reconnaissance est un Samaritain ; ainsi encore, parmi tous ceux qui ont vu l’homme dévalisé et blessé sur le bord de la route, le seul à montrer de la compassion est le « Bon Samaritain » (Luc 10.25-37).

Les évangiles, tout comme Flavius Josèphe (un grand historien, né en 37 et mort vers la fin du siècle), se réfèrent souvent à l’hostilité entre Juifs (surtout Judéens, mais aussi pèlerins Galiléens ou de la diaspora se rendant à Jérusalem) et Samaritains (Luc 9.52 ; Jean 4.9 et 8.48). Les Juifs regardent les Samaritains comme des étrangers (Luc 17.18). Déjà le Siracide (50.26), un livre deutérocanonique qu’on trouve dans la Septante grecque, une traduction grecque de la Bible hébraïque, les mettait au même rang que les Edomites et les Philistins en les appelant « le peuple fou qui habite à Sichem ». Sichem est aujourd’hui Naplouse, dans la région montagneuse au centre du pays, au pied des monts Ebal et Garizim. Hormis le récit de Jean chapitre 4, Jésus semble éviter la Samarie (Matthieu 19.1 et Luc 17.11) comme le faisaient habituellement ses contemporains juifs, pour qui elle était effectivement, d’après certaines anecdotes rapportées par Flavius Josèphe, une région peu sûre. Selon Matthieu chapitre 10, verset 5, il ordonne à ses disciples de ne pas entrer dans les villes samaritaines.

Pourtant, dans les évangiles mêmes comme dans les Actes des Apôtres, un autre type de relation se dessine : de Jean chapitre 3, verset 23 on pourrait déduire que le mouvement de Jean le Baptiseur a exercé une influence en Samarie ; selon Jean chapitre 4 certains Samaritains se rallient à Jésus ; à contre-pied des positions judéennes, Jésus cite des Samaritains en exemple (Luc 10.30 et 17.16). Dans les Actes, l’Eglise s’ouvre sans discrimination aux Samaritains (Actes 1.8 et 8.5) : ceux-ci ont part à l’Esprit saint au même titre que les autres croyants juifs (Actes 8.17) ; mais ce sera aussi le cas des non-Juifs (Actes 10-11).

Concernant la pureté, dans le Nouveau Testament grec, elle est surtout exprimée par les mots apparentés à l’adjectif katharos (d’où sera tiré au Moyen Age le nom des « cathares », les « purs »). Celui-ci peut évoquer autant la propreté physique que la pureté rituelle ou morale. C’est par opposition à lui que se définit l’impureté, akatharsia, dont l’emploi comporte souvent une connotation sexuelle. Mais pur traduit aussihagnos, apparenté à hagios, saint ou « sacré », à l’origine réservé au domaine religieux quoique beaucoup plus général à l’époque du Nouveau Testament. Il peut aussi avoir le sens plus restreint de « chaste ». Le terme akéraïos, employé quelquefois dans un sens moral, s’oppose étymologiquement à la notion de mélange ou de duplicité. Quant à la famille du terme koïnos (litt. « commun », apparenté au substantif habituellement traduit par communion), qui sert parfois d’antonyme à katharos, elle peut évoquer la souillure mais aussi le caractère profane, désignant l’usage « commun » par opposition à l’usage cultuel. C’est emploi n’apparaît qu’à partir du premier livre des Maccabées (1 Maccabées 1.47, 62 où il qualifie des sacrifices et des aliments), dans un contexte qui évoque la tentative infructueuse des hellénistes visant à établir une communauté ou une communion entre Juifs et non-Juifs au sein de la culture grecque, perçue comme universelle mais source d’impureté au regard de la loi juive.

Dans les évangiles, Jésus prend ses distances avec les conceptions pharisiennes de la pureté (Marc 2.15 ; 7.1 et Matthieu 23.23). Pourtant son action est décrite comme une purification, notamment quand il guérit les lépreux ou quand il délivre les hommes de l’influence des démons, qui sont appelés esprits impurs dans Marc chapitre 1, verset 23.

A l’époque, le problème de la pureté était particulièrement sensible dans les communautés chrétiennes qui regroupaient Juifs et non-Juifs. C’est en particulier dans le domaine alimentaire qu’il était épineux, puisque les responsables de l’Eglise tenaient à la fois à respecter la conscience des uns et des autres, formée différemment en fonction de leur origine culturelle et religieuse, et à assurer la communauté de table qui est le signe fort de la communion entre tous. Si, chez la plupart des chrétiens, les lois de la pureté rituelle héritées du judaïsme finissent par passer à l’arrière-plan, la notion de pureté spirituelle et morale joue un rôle d’autant plus important dans la confession de foi et l’exhortation. D’une part le commencement de la vie chrétienne signifié par le baptême est compris, autant que comme une justification ou une consécration (sanctification), comme une purification analogue à celles que produisaient les rites sacerdotaux : elle permet au croyant d’accéder à une relation agréée avec Dieu. D’autre part les fidèles sont continuellement appelés à une pureté pratique qui relève, non plus du rituel, mais de l’éthique individuelle et communautaire, et qui tend à s’identifier à la sainteté.

Tant d’idées pour faire réfléchir ! On peut maintenant comprendre pourquoi Jésus est tant surpris de voir ce Samaritain, qui a relié cette guérison à la foi qu’il plaçait dans ce maître, seul devant lui. Il ne vient pas dire Fils de Dieu ni Seigneur, mais seulement merci ! Ainsi, il exprime la vocation d’un disciple par ce mot qui signifie un acte de grâce, de reconnaissance et de l’amour. Malheureusement, les neuf autres sont restés aveugles à la bénédiction de Dieu. D’une manière plus concrète, on peut constater que la méconnaissance persiste même aujourd’hui entre les Juifs et les Samaritains, que la pureté et la guérison sont toujours comprises d’une façon plus physique et alimentaire, y comprit dans des communautés chrétiennes, que morales. Autrement dit, la route est longue, celle de la reconnaissance humaine pour ce Dieu qui place au cœur de nos vies son amour. De cette manière, Jésus entraînera dans son sillage tous ceux qui ont fait cette expérience unique selon laquelle la vie ne prend pleinement son sens que dans la proximité de l’amour de Dieu. Amen.