Ps 40, Jean 1 v29-34, Cor I 1, v1-3 – Heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur

Prédication et confession de foi du Pasteur Marc Schaeffer, le dimanche 15 janvier 2017

Trois textes bibliques, ce matin, riches qui disent et témoignent de la foi. La foi du psalmiste qui remet son espérance, sa reconnaissance en ce Seigneur en qui il peut pleinement placer sans risque sa confiance pour se mettre simplement, toujours et encore, à sa suite, même au temps de la faiblesse, de l’épreuve. Le psalmiste nous offre ainsi des paroles pour que nous sachions en toute humilité nous adresser nous aussi à Dieu, pour que nous trouvions les mots afin d’exprimer cette assurance que le Seigneur, en toute circonstance, continue de penser à nous, d’être à nos côtés.

Dieu l’a témoigné en envoyant son fils, Jésus-Christ suivi par ses apôtres et cette longue chaine de témoins qui peuvent comme nous encore aujourd’hui invoquer le Seigneur Jésus-Christ et mettre toujours et encore leur confiance en lui.

Il me semble donc important d’entendre ce matin comme l’auteur de ce psaume et celui de l’Evangile de Jean que : croire au Seigneur ce n’est pas prendre une assurance tout risque mais c’est savoir que dans tous les risques que je prends, que dans les chemins sur lequel nous sommes emmenés de grès ou de force, au final, nous ne sommes pas seul, le Seigneur est avec nous. Et c’est déjà là comme une forte espérance dans nos parcours de vie qui réservent, nous le savons tous, joie et douleurs.

Oui, quelque soit notre chemin, Dieu s’incline toujours vers nous, il écoute nos cris de joies, nos cris de colères et même, il y répond. Mais pour cela, il faut oser se mettre en chemin, en quête, en quête de Dieu, en quête de soi. « L’homme dans sa simple existence, est une expérience. […] l’homme doit aller jusqu’à la limite de ses possibilités, et encore au-delà, pour se trouver lui-même. Espérer ne veut pas dire avoir des espérances, aussi nombreuses soient –elles, mais être ouvert à l’espérance. […] Etre dans l’espérance signifie se trouver dans un état de disponibilité, ne pas être déterminé par un passé ni par des rêves nostalgiques et donner son assentiment à l’expérience que l’on est pour soi-même. En ce sens, l’espérance n’est pas une chose que l’un a et que l’autre n’a pas, mais [bien] une disposition fondamentale, l’élément constitutif le plus important de la vie humaine. Tant qu’il vit, l’homme espère et, inversement, il ne vit, dans l’ordre de vitalité qui lui est propre, qu’aussi longtemps qu’il espère. […] L’espérance est le souffle de la vie. »[1]

Il est ainsi important dans chacune de nos vies de savoir que nous pouvons nous confier au Seigneur. Oui, comme le dit le psalmiste : « heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur et ne s’est pas tourné vers les hommes de Rahav, ni vers les suppôts du mensonge » (v.5).

Méfions-nous encore aujourd’hui des faux prophètes et menteurs de ce monde qui peuvent prendre diverses formes mais mettons, plaçons notre confiance non en des hommes ou des femmes mais prioritairement en Dieu. Dieu attend de chacun et chacune d’entre nous que nous lui fassions réellement confiance, que nous fassions confiance à son Fils Jésus Christ en écoutant ses paroles et en appliquant ses enseignements. Et lui faire confiance va au-delà de ce qui me semble finalement possible. Lui faire confiance va au-delà de ce qui me paraît clair. Lui faire confiance conduit bien au-delà de tout ça. Lui faire confiance, se fier totalement à lui, c’est bien souvent, changer, changer vraiment, être un homme nouveau, une femme nouvelle.[2]

Placer ainsi sa confiance, ce n’est pas entrer dans un temps, dans une vie de sacrifice, d’offrande, de demande, d’holocauste. C’est plutôt ouvrir nos oreilles et notre cœur pour nous mettre à l’écoute de la volonté de Dieu, nous mettre à sa suite en ne nous taisant plus, en agissant dans ce monde. Le verset 11 du psaume que nous avons relu ce matin ne semble pas dire autre chose : « Je n’ai pas caché ta justice au fond de mon cœur, j’ai parlé de ta loyauté et de ton salut, je n’ai pas dissimulé ta fidélité et ta vérité à la grande assemblée. » Il ne nous faut pas retenir personnellement la justice mais il faut savoir rendre public la vérité, ce salut, cette bonté et cette fidélité de Dieu. C’est alors entrer dans le sens des réalités, c’est reconnaître qu’il y a logiquement un sens des possibilités.[3]

Chers amis dire, vivre sa foi, c’est oser dire, c’est oser témoigner en vivant cette parole de vie, en partageant une parole d’amour qui engage, qui bouleverse parce qu’elle construit et non parce qu’elle divise ou oppose. Comme en témoigne la salutation de Paul aux Corinthiens : « à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ». Cet amour de Dieu inconditionnel, cette grâce première qui est si cher à ce réformateur Luther dont nous nous réclamons en ce 500ième anniversaire de la Réforme, nous nous devons de l’attester. Que serait un amour sans expression vivante, sans parole et sans signe ? Dieu a manifesté son amour en Jésus-Christ, celui qui enlève le péché du monde. C’est sur lui qu’un signe fort s’est manifesté à travers cet Esprit Saint qui telle une colombe est descendu du ciel pour demeurer sur lui. Que serait notre foi si nous n’osions, dans le secret ou avec tout le peuple des croyants partager nos certitudes et affirmer, ouvertement, notre joie ? Vivre et exprimer sa foi au cœur de nos tranquillités et même surtout intranquillités, c’est laisser Dieu travailler notre cœur et accepter d’être emportés par le désir d’aller à la rencontre de Celui qui nous aime de toute éternité[4] quel que soit nos choix.

Il y a déjà quarante ans de cela dans une conférence sur l’espérance, France Quéré rappelait les tâches qui attendent chaque chrétien et qui restent me semble-t-il, si j’ose dire, malheureusement bien d’actualité :

« Rendre corps à des idées qui, dans le langage politique, s’enferment dans l’abstraction et la rhétorique des modes. Ainsi, le mot de justice est une parole en l’air si elle n’est portée par une foi ardente en l’unité de l’humanité. Sans cette conviction nous n’aurons jamais assez d’énergie pour traiter des problèmes mondiaux tels que la faim, l’aide au tiers-monde, l’armement nucléaire. Le chrétien doit dénoncer sans trêve tous les mouvements qui atténueraient cette conscience universelle. Or, ils ne manquent pas : les nationalismes exacerbés de petits peuples, les jeux féroces des grands pour accroître leur aire d’influence. […] Comment vivre avec les autres ? […] Aujourd’hui, mon prochain est devenu insupportablement trop proche et trop nombreux. […] Une réaction naturelle nous porte [même malheureusement] à l’isolement. Nous cherchons à oublier l’autre, dans l’importance accrue de la vie privée, ou à l’évincer dans le jeu d’une concurrence violente. Je vois donc tracé un projet très net à l’espérance : que l’autre redevienne celui qui m’attire et que je sois disposé à connaître et aimer. »[5]

Oui, soyons, continuons donc d’être tous ensemble à la recherche de cette espérance en Dieu qui est une espérance sans déception et qui ne limite pas l’homme dans sa liberté, mais qui ouvre l’homme à son avenir, à des horizons nouveaux. Soyons à la recherche avec chacun des membres de nos communautés, de la grande famille chrétienne ici dans votre arrondissement, dans la ville de Paris, dans la région parisienne mais aussi sur l’ensemble du territoire français, en Europe et dans le monde, soyons à la recherche d’une espérance qui permette d’envisager notre avenir dans la joie, d’avoir le courage d’être libre et de se passionner pour toutes nos possibilités de et du vivre ensemble. Ainsi nous pourrons triompher par cette espérance au cœur parfois de la tristesse et du désenchantement devant l’état présent de la vie et de la société où nous nous trouvons parfois.

Notre action, à vous comme à moi, n’est que seconde, secondaire par rapport à ce qui est capital, primordial et qui est l’amour de Dieu pour nous et pour tous les hommes que justement nos actions, nos vies ne doivent cesser d’essayer de refléter.[6] Et cela nous rappelle qu’effectivement toute notre vie n’est pas toujours une partie de plaisir, elle a ses petites et ses grandes épreuves. Mais le Psalmiste nous l’a dit et redit ce matin : « Toi Seigneur, tu ne retiendras pas loin de moi ta miséricorde, ta fidélité et ta vérité me préserveront toujours. » (v.12)

Alors en ce début d’année nouvelle où il est d’usage, de tradition dans notre société de nous souhaiter de bons vœux, souhaitons-nous simplement de savoir ainsi mettre notre espérance en l’Eternel, de savoir placer notre confiance et de pouvoir vivre un jour cette merveilleuse « passion pour le possible »[7].

Ayons tous le courage d’espérer, cette espérance qui est finalement une affirmation de la vie, même face aux épreuves, face à la mort. Et « les Eglises en tant que communautés de résurrection doivent devenir des sanctuaires de vie pour [toute] la communauté humaine. »[8] Pour cela, chacun doit y trouver sa place quel qu’en soit le lieu ou la fréquence des rendez-vous, de son âge, de ses origines ecclésiales, ethniques ou sociales.

Oui, Seigneur que tous ceux qui te cherchent soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi. Nous sommes tous pauvres et humiliés nous dit notre psaume ce matin mais le Seigneur pense toujours et encore à nous. Il est notre aide, notre libérateur, il croit en nous comme personne. (v.18) Le Seigneur est peut-être finalement le meilleur des coachs pour chacun et chacune d’entre nous mais faudrait-il encore que nous sachions nous mettre même modestement à son écoute.

 

Amen


 

Confession de foi

D’après des affirmations partagées par des jeunes de 15 à 20 ans lors d’un rassemblement régional[9] :

 

La foi, ma foi c’est savoir lire entre les lignes, savoir pardonner.

La foi, c’est un chemin de vie qui nous accompagne et qui nous soutient, c’est un trésor fragile et précieux dont la valeur est inestimable.

Dieu est toujours là pour toi, pour moi, pour nous.

Si les hommes s’arrêtent aux apparences, Dieu, lui voit jusqu’au fond des cœurs.

Il est amour et avec son fils Jésus-Christ, nous pouvons à notre tour être lumière du monde, invité à être en paix, patient et bienveillant, témoin renouvelé de son amour.

Jésus est pour nous « le chemin, la vérité et la vie » que nous nous devons de crier, de partager au monde.

A travers son Esprit, Dieu nous accompagne dans chacun des pas du chemin de notre vie pour nous montrer la liberté.

En ouvrant les yeux, en regardant le monde tel qu’il est et en imaginant tel qu’il pourrait être, la communauté chrétienne, l’Eglise, aime, répand la joie autour d’elle et peux faire la différence pour ce monde.

Voilà, en quoi nous croyons.

 

Amen

 


 

[1] Jürgen Moltmann,  la religion de l’espérance, article paru dans ETR ?, p.389s.

[2] d’après Pierre Haag, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.302.

[3] D’après une expression de Jurgen Moltmann.

[4] D’après Christine Reinbolt, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.67.

[5] France Quéré, article paru dans ETR, Aujourd’hui l’espérance, conférence donnée au centre de rencontre et de recherche de Pau, en décembre 1974, p. 12 et 13.

[6] D’après Isabelle Grellier, Action sociale et reconnaissance, Oberlin, 2003, p.26.

[7] D’après Kierkegaard.

[8] Konrad Raiser, avant-propos in Samuel Kobia, Le courage de l’espérance, Cerf, 2006, p.9.

[9] Rassemblement Car Aimant KIFF de la région Centre Alpes Rhône, 29 – 31 octobre 2016.

Psaume 139 – Penser l’horreur

Dimanche 22 Novembre 2015, par le pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France

Frères et sœurs, chers amis,

Au milieu du jardin d’Eden, c’était un cobra. Un cobra ou un scorpion mais non pas un serpent ordinaire au verbe fleuri, discutant avec ruse et intelligence les questions du bien et du mal comme de questions théoriques. Un assassin, finalement, dont le discours contenait comme un venin mortel produisant par un effet à retardement, les pires exactions à venir et dont nous sommes maintenant les témoins.

Il nous faut donc aujourd’hui penser l’horreur en plus de penser le mal.

Nous avions en effet bien des mots pour parler de la souffrance et du mal, pour parler de la mort auprès de ceux qui se trouvaient en deuil, ou dans la souffrance de la maladie, lors de nos visites familiales, pastorales et amicales, dans nos maisons de retraites, dans les chambres où nos aînés s’éteignent, à l’hôpital, dans les services de soins palliatifs, et le pire, peut-être, dans les services des enfants malades. Nous avions bien réfléchi à toutes sortes de théologies, à cet effet, pour soigner nos propres angoisses et remplir le vide de nos cœurs, à défaut de dire les mots jutes à ceux à qui nous rendions visite. Nous avions la théologie de la rétribution, un peu simpliste, qui promettait des récompenses et même un paradis à ceux qui auraient fait de bonnes œuvres sur la terre avant de mourir. Nous avions la théologie de la grâce, plus radicale, qui acceptait tout péché pourvu qu’il soit reconnu, confessé et absout, afin qu’alors la grâce surabonde. Et même, le fin du fin, nous avions la théologie du silence, théologie apophatique, reconnaissant dans la méditation et par une spiritualité faite d’une humilité presque bouddhiste, une présence indicible mais réelle parmi nous de celui qui nous sauve.

Il nous faut désormais aller plus loin. Il nous faut penser l’horreur et l’effroi d’un monde très dangereux où les hommes eux-mêmes peuvent être des cobras, rapides, violents et imprévisibles.

Il nous faut penser un monde qui a traversé deux millénaires de ces théologies dont il s’est finalement émancipé ; un monde non plus seulement moderne – c’est-à-dire qui croirait encore que le progrès des idées et la raison feraient faire en sorte que demain sera meilleur qu’aujourd’hui – mais un monde post-moderne où rien de ce qui advient n’est mieux qu’hier ni moins bien ;où tout ce qui s’éboule en termes de valeur, de certitudes et de repères, cause du mal et produit de l’horreur auprès de tous.

Comment penser ce qui vient demain dans l’effroi quand on s’est éloigné, quand toute la société s’est éloignée et s’est même passé à ce point, du cadre ou du moule judéo-chrétien, et quand nos forces spirituelles ne sont relayées par rien d’autres que nos pauvres prédications et nos pauvres prières ?

Les prédicateurs, les théologiens, et finalement nous tous vont donc devoir faire face, dans les réflexions et dans les prises de parole, dans les conférences, dans les débats, à cette réalité qu’est le terrorisme. Peut-être même qu’il va falloir se demander comment nos prières, nos liturgies et notre catéchèse adressée aux enfants vont devoir refuser d’être dans le déni de ce qui nous attend. Soudain, nous le réalisons aujourd’hui, alors que nous le savions depuis longtemps, la foi est sans arme. Et elle est exposée. Comme chacun de nos corps, dans la ville, dans la vie de tous les jours, la foi est vulnérable, et la fraternité fragile. Le terrorisme, à l’inverse, est une réalité avec laquelle notre jeunesse et nous-mêmes apprenons d’ores et déjà à vivre et à mourir. Il est le geste violent et glacé d’une foi grimaçante et haineuse, le geste d’un simulacre de fraternité assassine.

Qui aurait imaginé il y a quelques années que nos pensées seraient à ce point marquées par cette réalité ?

Nous nous obsédions, en effet, dans des querelles de toutes sortes, enflammés, pour certains d’entre nous au feu d’une agressivité ridicule, par des questions sociétales qui occupaient tant nos esprits que nous ne voyions même pas le serpent au milieu du jardin, le méchant, l’ennemi comme dit le psalmiste des temps anciens, comme l’écrit précisément le psaume 139 qui résonne étonnement ce matin. Et je veux ici citer ce psaume que j’avais choisi pour faire écho au concert de Per Cantum de demain, mais sans jamais m’imaginer qu’une actualité aussi cruelle allait en révéler la force. Ce sont les versets 20 à 22 :

« Dieu, si tu voulais tuer le méchant ! Hommes sanguinaires, éloignez-vous de moi. Seigneur, tes adversaires disent ton nom pour tromper, ils le prononcent pour nuire. Seigneur comment ne pas haïr ceux qui te haïssent, ne pas être écœuré par ceux qui te combattent ? Je les hais comme haine parfaite, ils sont devenus mes propres ennemis. »

Ce psaume 139 est sans doute l’un des plus beaux du psautier : il n’est ni une plainte ni une complainte. Il ne se veut pas non plus un chant de triomphe, il n’appelle pas au secours ni ne confesse des péchés. Il redit avec foi, seulement, avec foi, combien le Seigneur est présent dans notre vie et combien cette présence suffit. Et il se termine par ce souhait que chacune de nos prières pourrait reprendre à son compte : « Conduis-moi sur le chemin de la plénitude ». Ce psaume est le psaume de la plénitude et de la présence de Dieu, de la shékina, de la providence, de la permanence de la miséricorde. Ecoutez à nouveau ces quelques phrases qui disent cette présence bienveillante :

« Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, tu pénètres de loin ma pensée ;
tu sais quand je marche et quand je me couche, et tu pénètres toutes mes voies.
…La parole n’est pas sur ma langue, que déjà, ô Éternel ! tu la connais entièrement.

Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà ;
Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer,
Là aussi ta main me conduira, et ta droite me saisira.
Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière. »

Peut-être alors y-a-t-il là une piste pour nous, au temps de la terreur et du bonheur, au temps de l’abondance et de la détresse de tant d’êtres humains : C’est qu’en relisant le psaume, en méditant ces mots, nous y trouvions enfin, et vraiment, la paix, et voici pourquoi :

Il ne s’agit pas ici d’un enseignement théorique et spéculatif sur la présence de Dieu dans nos vies et dans le monde, ni sur son omniscience ou son omnipotence comme au temps des théologies du moyen âge qui voulaient parfaitement rendre compte de Dieu par la raison. Le psalmiste, sans doute un calviniste avant l’heure, c’est-à-dire un humaniste en même temps qu’un croyant, veut tout simplement partager sa confiance, sa profonde confiance, et l’humilité exceptionnelle de tous ceux qui reconnaissent, (même si nous ne le savons pas, et nous ne pourrons jamais le savoir), que tout par avance a été préparé comme le redira l’apôtre Paul bien plus tard, dans son épître aux Ephésiens, de sorte que rien ni personne ne peut séparer quiconque de l’amour de Dieu. Le psaume 139 nous assure du compagnonnage de Dieu et sa sollicitude en toute circonstance, et sans condition.

Il ne faut donc pas s’étonner que dans un si beau psaume, nourri d’une telle confiance, un passage tourmenté apparaisse, avec la présence de la figure tragique de l’ennemi. Il nous faut comprendre que la question s’impose au psalmiste, comme elle s’impose à nous aujourd’hui, et notamment après les attentats : Comment se fait-il, en effet, que ce Dieu qui sait tout et qui voit tout, qui va partout, et qui a fait de si grandes choses, tolère l’existence de faux témoins, de méchants et d’horribles meurtriers ? A cette question, le psalmiste répond d’abord d’un souffle mais sans y croire : Ce serait si simple, si tu tuais tous les méchants … Ce serait si simple, si tu étais ce Dieu ou le prince d’un monde merveilleux, qui ferait cesser le mal et la souffrance des hommes. Ce serait si simple, comme nous le pensons secrètement, au soir de nos doutes et de nos questions sans réponses, comme pour nous rassurer.

Penser l’horreur et l’effroi, ce n’est toutefois pas s’arrêter à des pensées magiques ou à des soupirs dans la nuit en attendant le miracle ou la fin des temps. C’est au contraire affronter le mal en le nommant et rester dans le présent en espérant.

Ce n’est pas se rassurer à bon compte mais se lever, se relever, se tenir debout en soi-même, c’est être ressuscité et se tenir debout, puisqu’en grec, dans l’évangile, le mot choisi est le même, malgré la peine et malgré la brûlure de tant de larmes intérieures, malgré les cicatrices encore ouvertes et malgré les désirs de vengeance. Malgré tout.

C’est se tenir humblement debout en soi-même et recevoir le message de ce psaume comme on reçoit l’évangile. Ce psaume est l’évangile, en effet : la bonne nouvelle selon laquelle, écrit le dernier verset, quelqu’un nous conduit sur nos chemins.

Penser l’horreur et l’effroi, c’est dire que le mal est à l’œuvre dans ce monde mais c’est espérer qu’il n’aura pas le dernier mot.

Alors, avec cette espérance et cette bonne nouvelle, fortifié par cette espérance qui donne du souffle, il revient à chacun d’ouvrir les yeux et de regarder autour de soi, de voir les frères et les sœurs, de voir les humains, et de comprendre qu’une promesse encore inaccomplie est en train d’être tenue, la promesse d’une fraternité réconciliée, celle que le Christ désigne en choisissant ses disciples et en vous choisissant, frères et sœurs en Christ, pour en être les témoins. Une fraternité aux frontières débordant la famille, la ville, la nation et la religion, une fraternité à bâtir chaque jour, avec celles et ceux qui vous sont confiés.

Dans un monde qui oublie peu à peu la tradition du psalmiste, dans une société qui s’éloigne de la tradition chrétienne et qui est menacé par toutes sortes de périls, la foi si fragile, demeure, et la fraternité, toujours à naitre et à renaitre aura raison du serpent. Tel est l’horizon, telle est la destinée, tel est le chemin, telle est la promesse.

C’est donc une théologie de la promesse que je vous offre ce matin, une promesse fondée sur une espérance imprenable.

Et je vous invite à méditer pour finir ces derniers mots du psaume 139 que j’aurai lu pour vous comme un texte d’évangile qu’il est depuis toujours : Vois donc, Seigneur, si je prends le chemin de l’épreuve, et conduis- moi sur le chemin de plénitude. » Ce mot de plénitude que je prends la liberté de traduire ainsi évoque en hébreu l’éternité ou l’infini et se rend parfois par le mot de « toujours » (mle). Ce toujours résonne pour moi, désormais, et pour vous je l’espère, comme l’annonce d’une promesse, celle de la vie en plénitude offerte par celui qui n’abandonne jamais aucune de ses créatures,

Amen

Culte d’action de grâce pour Pierre-Vladimir Lobadowsky et Mathilde Forissier

Par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau,

 

Psaume 6, Psaume 8, Jean 14 v 25-29

 

Amis frères et sœurs, où est le ciel, où ? Il y a des jours et des temps de la vie, où l’on est bien loin de vouloir s’adresser à Dieu, comme le fait le Roi David, proclamant que le Seigneur est ‘magnifique’. Ce sont plutôt des paroles de révolte qui nous traversent: Et toi Eternel, jusques à quand ?

Où est le ciel où ? Le poète juif Paul Celan, après avoir perdu les siens en1946 se posait cette question ; il continuait en disant : je regarde autour de moi, cela ne peut être le ciel, les heures passent et je ne trouve rien… Nul besoin de connaitre ce poète pour deviner la résonnance de ces mots et pour comprendre qu’en évoquant le ciel, c’était de Dieu dont il s’agissait.

Où est le ciel où ? Parfois notre ciel intérieur ne s’élève plus, ne nous parle plus… Comment ne pas penser à nos deux amis Pierre-Vladimir et Mathilde nous ont quittés. Même si je ne les ai pas connus, ma peine est forte. J’ai entendu leurs parents, Odile et Paul Boris, Florence et Nicolas. J’ai des enfants aussi. Je n’oublierai jamais ces rencontres. Elles s’imprègnent à jamais.

Où est le ciel, où ? Deux vies qui s’écroulent, avec un tas de pierres. Plus que révoltant, c’est un abime, une incompréhension, une blessure aigue pour vous tous, ses proches et amis, éprouvant pour vos êtres et vos fois… Aucune foi ne peut rester indemne et ne peut se sentir questionnée devant ce vide et ce mystère, en tout cas sans le secours, oui, sans le secours de la parole de Dieu.

Alors vous voyez, mes amis, dans cette parole de Dieu, dans ces psaumes que nous avons lus, le Roi David souffre aussi. C’est pour cela qu’il compose. Mais il y a quelque chose d’étonnant qu’on peut se demander: comment est-ce possible que ce roi David, dans tous ces psaumes, lui qui est détruit par ses ennemis, qui apprend dans un autre temps que son fils malade est mort, qui est brisé au point écrire, jusques à quand, Eternel, lorsque je traverse le chemin de l’ombre de la mort, (au psaume 23). Comment peut-il passer de ces mots de souffrance à : Eternel que ton nom est magnifique ? Comment peut-on vivre un tel renversement ?

Eh bien mes amis, c’est qu’il ne dit pas que ‘l’Eternel est magnifique’ Non. Il dit : Eternel que ton ‘nom’ est magnifique. Il perçut comme une révélation que Dieu était plus que Dieu, pas un Dieu abstrait. Que son nom, sa personne portait en lui une promesse. Promesse invisible et invincible, une promesse incompréhensible en ce moment de souffrance : un souffle de vie inexplicable, qui dépasse toutes circonstances, contre vents et marées, une promesse établie. Que ton nom est magnifique : un ‘don’ immédiat de Dieu.

Un nom comme une révélation : Eternel : une promesse qui traverse le temps. C’est peut-être, entre autre, pour cette raison que ce nom Eternel est un mot imprononçable pour un juif. L’Eternel est un acte, l’acte de Dieu, l’Etre, avant, présent, après, qui vous approche. D’ailleurs en hébreu L’Eternel, est constitué de la racine du verbe ‘être’, imprononçable pour un juif car selon les voyelles qu’on pose sur ses 3 consonnes, son nom signifie j’ai été, je suis, ou je serai….

Et le roi David comprit que qui dit promesse de Dieu, dit promesse de vie pour l’homme, dans l’ici et maintenant (pas uniquement dans le futur, dans l’aujourd’hui de la vie). Promesse qui fait dire au roi David : qu’est-ce que l’homme pour que tu t’intéresses à lui ?

Comment ne pas penser alors à cette belle vie qu’ont eue Pierre-Vladimir et Mathilde ? Promesse déjà au cœur de leur vie qui était ‘recherche’ de chaque jour.
– Mathilde : si belle, attentionnée aux autres, courageuse. Si forte et fragile. C’est lorsque cohabitent les deux que réside la vraie beauté, beauté intérieure….
– Pierre Vladimir : si paisible, comme son nom l’indique, si curieux de la vie et de la nature. Si proche des autres. Leur vie était foi ‘en la vie’, en la promesse de Dieu du lendemain. Ils en avaient tellement conscience, qu’ils étaient partis au Népal, pour réfléchir et envisager peut-être une promesse de vie et d’amour ensemble devant Dieu.

Que le nom de Dieu est magnifique, parce que jamais les vraies promesses ne se perdent, et que dans le nom de Dieu, dans sa personne éternelle, se niche une promesse, un mystère qu’on ne voit pas au présent, qu’on ne comprend pas toujours dans le passé, mais qui se révèle quelquefois dans l’au-delà.

C’est vrai que leur vie sur cette terre n’a pas reçu la promesse d’engagement ; quoique, qui sait dans leur intimité, ce qu’il s’est dit. Mais surtout, qui sait si mourir ensemble dans cet amour, n’est pas déjà une promesse, inscrite dans la promesse de Dieu ? Un sens au-delà. Dieu détient le secret de cette promesse donnée ou pas, qui les accompagne dans l’Eternité.

Alors oui, le nom de Dieu est magnifique pour tout cela, mais je vous avoue que je n’aurais peut-être pas choisi ces psaumes, s’ils ne contenaient pas encore autre chose : Qu’est-ce que l’homme pour que tu t’intéresses à lui, et le Fils de l’homme pour que tu prennes garde à lui : Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu. Tu l’as couronné de gloire. Le Fils de l’homme dont parle le psaume, c’est pour les chrétiens, le Christ. Dieu a tellement pris garde à lui, qu’il a transfiguré sa mort en vie. Le Nom de Dieu est magnifique, car de même qu’il a donné la vie à Christ, il la donne à l’homme : Dieu nous a couronné de gloire. Et la gloire, c’est la vie en éternité dit Jean. Il leur a donné la vie en éternité. C’est ‘La Promesse’.

Alors je comprends mes amis qu’elle est difficile à entendre, en ce moment cette promesse : Dieu qui donne la vie en éternité. Mais j’y crois. Combien vois-je de personnes qui disparaissent et qui nous donnent témoignage de cette vie. Ce qui est incroyable et mystérieux, c’est que ceux qui sont proches reçoivent quelque chose de leur éternité, une énergie vivante de l’Esprit. Cela nous accompagne, comme une promesse de vie qui nous bonifie, qui nous transforme, nous vivants. C’est pour cela que je suis devenue pasteur, j’ai reçu cette grâce ainsi.

Alors je voudrais terminer en vous disant qu’au cœur de cette souffrance qui reste là, oui, ces textes nous invitent dans la mémoire de Pierre-Vladimir et de Mathilde, peut-être pas à croire, la foi n’est pas sur commande, mais en tout cas à faire confiance, et à espérer en Dieu, en sa Parole Christ, vivante en chaque homme. Ils nous invitent à tenir ferme cette promesse de vie grâce au Saint Esprit qui nous escorte.

Ils nous invitent à ne pas se laisser culpabiliser devant cette mort. Souvent le deuil fait culpabiliser ; notre for intérieur nous joue ce tour ainsi. Ils nous invitent à ne pas souffrir d’impuissance, ni à craindre ce qu’on a ‘trop dit’, ou ‘pas assez dit’, à ne pas s’enfermer dans une non issue d’un ciel vide. Ils nous invitent à nous confier en Dieu. Le Ciel n’est pas vide.

Il faut s’attendre à recevoir des témoignages de vie par le Saint Esprit, le Consolateur Il est dans l’invisible, au milieu des autres, à travers nos paroles, nos prières, nos projets, autant de lieux de l’Esprit où nous recevrons la force de l’Esprit et l’amour, dans le mystère de ceux qui nous ont quittés et qui nous accompagnent dans la vie spirituelle.

Et je terminerai en vous disant que Oui, je le crois que la promesse se situe au milieu des hommes et des femmes de notre temps, en la communion des saints, où domine la vie intérieure et éternelle. Elle est paix en Christ qui nous la donne.
‘L’Esprit saint que mon Père enverra, en mon nom dit Jésus, vous enseignera toutes ces choses et vous le fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit’. Christ poursuit : ‘Je vous laisse la paix
, je vous donne ma paix.’ Il est là je pense, le ciel. Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit,

 

Amen

 

 

Psaume 23 – « L’Eternel est mon berger, je ne manquerai de rien»

dimanche 9 octobre 2011 – Confirmation des catéchumènes – par François Clavairoly

 

Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien. Il me met au repos dans des prés d’herbe fraîche, il me conduit au calme près de l’eau . Il ranime mes forces, il me guide sur la bonne voie, parce qu’il est le berger d’Israël. Même si je passe par la vallée obscure, je ne redoute aucun mal, Seigneur, car tu m’accompagnes. Tu me conduis, tu me défends, voilà ce qui me rassure. Face à ceux qui me veulent du mal, tu prépares un banquet pour moi. Tu m’accueilles en versant sur ma tête un peu d’huile parfumée. Tu remplis ma coupe jusqu’au bord. Oui, tous les jours de ma vie, ta bonté, ta générosité me suivront pas à pas. Seigneur, je reviendrai dans ta maison aussi longtemps que je vivrai.

De même que la figure d’Abraham dont la bible raconte l’itinéraire, est figure bien connue d’un départ et d’une longue marche nomade dans le désert et jusqu’à une terre improbable, de même la mise en récit de ce psaume est une histoire qui nous enseigne mille choses sur le sens du départ, sur le sens d’une marche, sur ses risques et ses joies, sur ses rencontres inévitables, bonnes ou périlleuses. Cette figure d’Abraham nous enseigne aussi, et peut-être surtout, sur les transformations et les métamorphoses des personnes qui partent, qu’un voyage au long cours aussi riche promet des trésors à tous ceux qui acceptent de se laisser embarquer dans un pèlerinage dont il ne connaissent à l’avance ni le terme ni le réel motif : le psaume 23 raconte le départ d’un homme qui après avoir vécu de grandes choses à Jérusalem, lors de cultes et de cérémonies religieuses, lors de fêtes liturgiques magnifiques, repart. Mais le texte ne dit pas vers où ni chez qui il rentre, ni même s’il rentre quelque part. Mais le voici riche de son séjour, de ses rencontres, et de la parole qu’il a reçue et chantée au Temple, pendant quelques jours, le voici mis en route pour des siècles de louanges !

psaume

A la différence d’Ulysse aux mille ruses, roi d’Ithaque, et dont l’odyssée est un interminable retour marqué par le sentiment de la nostalgie, lors d’un voyage initiatique merveilleux mais dont l’enjeu est de reprendre enfin sa place dans la maison, dans l’ordre des choses, et telle qu’il l’avait quittée, avec sa femme qui l’attend et son fils, Abram, lui, ne rentre pas vers « chez soi », il part. Et comme le pèlerin du psaume qui part, lui aussi, après avoir salué Jérusalem, de loin, se retournant une dernière fois, après avoir dit : « un jour je reviendrai », il part, exactement comme vous, chers catéchumènes, qui partez pour un voyage au long cours, celui de votre vie, celui votre existence d’adultes, adultes dans la foi sinon selon la loi, résidant encore un peu chez vos parents, certes, mais un jour sans doute, très loin d’eux, et loin de vos bases, de vos souvenirs et de vos nostalgies ou de vos chambres d’enfants.

Catéchumènes, vous êtes pèlerins de vos vies désormais, jamais assurés de ce que le destin vous réserve, mais pleinement confiants dans la bénédiction de Dieu.

Vous êtes incertains, comme beaucoup de nos contemporains dans un monde mouvant et fluide, dont l’avenir n’est absolument pas tracé, celui de troubles et de guerres ou celui de paix à conquérir, mais un monde dont le signe est celui, jadis posé sur Caïn, d’une bénédiction secrète, bien réelle, et pérenne. Le modèle de votre foi est donc celui d’Abraham ou, ce qui revient au même, du pèlerin du psaume 23 : une foi en marche et en peine peut-être, et peinte aux couleurs tristes du doute et de l’épreuve, de la maladie, de la tristesse intime, de la douleur, de la souffrance, mais toujours découvrant au détour des chemins, l’inattendu de Dieu, exactement comme d’autres pèlerins, plus tard, ceux d’Emmaüs qui ont pris la Cène avec celui qu’ils croyaient pourtant mort et enterré, alors qu’il se tenait mystérieusement auprès d’eux et leur parlaient et leur brûlait le coeur de sa parole aimante, sans même qu’ils le sachent et avant même qu’il ne le confessent.

Catéchumènes, votre foi aussi fragile soit elle est la foi des amis de Dieu. Et Dieu n’abandonne pas ses amis.

Votre foi est celle qui se dit en quelques mots et qui se vit au quotidien de l’hésitation et de l’engagement. On vous demandera des comptes, un jour, avec ironie ou avec agressivité, avec humour : « êtes-vous chrétiens ? Croyez-vous en Dieu ? ». On vous moquera, même, en disant : « Mais à quoi bon la foi et à quoi bon votre bon Dieu ! Et tout ce mal sur cette terre, qu’en fait-il donc ? Est-il aveugle ? Est impotent ? Est-il même pervers ? ». Et vous répondrez alors comme ceux qui vous ont précédés, sans sagesse inutile et sans tergiverser : « oui, nous croyons, et même nous signons », comme jadis on se signait, et vous affirmerez que Dieu enrage comme vous devant le mal et la mort qui semblent l’emporter. Et vous affirmerez qu’il s’insurge et s’indigne même, quand ses créatures sont humiliées. Et vous relirez la résurrection, dans les récits de l’Evangile comme une insurrection de Dieu devant la mort absurde et triste.

Pèlerins nous voulons bien l’être tous ensemble, donc, mais pèlerins d’espérance et de joie.

Et dommage pour les sérieux et les pisse-froid de l’incroyance : l’espérance l’emporte, même lorsqu’elle est victime de la dérision et du mépris. Et dans le doute, dans l’angoisse, comme dans la mort la plus atroce, nous dirons, nous maintiendrons ceci : Il est là. Présent. Solidaire. Ne se dérobant pas. Avec nous. Il est dans le doute, comme à Gethsémané. Il est dans l’angoisse, comme sur la croix. Il est dans la mort, comme au Golgotha. Comme à Auschwitz. Pendu. Crucifié. Pantelant et dérisoire mais présent.

Dieu meurt, avec nous. Tel est le sens de votre baptême, catéchumènes : Dieu meurt avec nous. C’est à dire que vous ne mourrez pas seul. Il sera là. Il vous accompagnera dans toutes vos épreuves, jusque là et même au delà !

Vous n’aurez pas, comme dans les croyances d’hier, à payer un passage vers l’au delà, de peur que sans payer les dieux vous laissent sur les rives de l’Hadès, et que votre âme se lamente à l’infini des temps. Vous n’aurez pas non plus à vous demander sans fin ce qu’il y a après, après la mort, comme s’il fallait s’en angoisser. Non, celui qui vous accompagne aujourd’hui vous accompagne chaque jour de votre vie et ne vous lâche pas. Jamais.

Il est avec vous. Il est même descendu aux enfers comme disent les anciens credo, c’est à dire qu’il a visité les lieux de nos pires craintes et de nos pires cauchemars, qu’il a nettoyé nos imaginaires les plus angoissés et redonné joie et confiance à nos esprits effrayés. « Même si je passe par la vallée obscure, je ne crains aucun mal, Seigneur…tu es là, ton bâton me rassure », signe de ta royauté, signe de ta présence et de ton salut. Catéchumènes, (ce mot étonnant tiré d’un vieux mot grec désignant l’écho entendu d’une voix énoncée) recevez l’écho de cette parole ancienne : jusqu’au plus profond, jusqu’au plus secret de vos existences troublées, Dieu se rend présent et entend votre cri inarticulé, votre sanglot retenu, votre requête inexprimée.

Et au long de votre pèlerinage, il ne vous quitte pas. Et c’est alors que cette annonce prend tout son sens et questionne : Que faire de cette certitude ? Que dire de cette bénédiction qui nous accompagne ? Dire simplement merci : dans les liturgies, « leitourgia », de nos cultes, dimanche après dimanche où il vous attend et vous accueille. Témoigner par le martyre, « marturia », autrement dit par l’engagement et le service des plus fragiles et des plus pauvres.

Vivre enfin la communion « koinonia », avec d’autres que ceux qui sont ici, d’autres chrétiens dans le monde entier, porteurs de la même espérance et de la même joie, et avec tous les hommes.

Catéchumènes, pèlerins fils et filles d’Abraham, marcheurs à la mémoire vive du psaume 23, vous avancez, vous ne revenez pas en arrière, vous ne vous retournez pas, vous avancez dans le monde avec le signe de Dieu sur vos vies, sa bénédiction pour toujours, et à l’étonnement heureux et sans cesse renouvelé de ceux qui vous croisent et vous rencontrent chaque jour,

Amen