Esaïe 40, 1-11 et Marc 1, 1-8 – A la recherche du péché perdu

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 10 décembre 2017

Dimanche dernier, en sortant du culte spécial Luther, un membre éminent de notre communauté m’interpellait fraternellement en me disant : j’ai beaucoup aimé ce culte mais quand même, vous n’avez pas parlé de la Grâce ! Quelle surprise pour moi qui avais le sentiment et la ferme intention de ne parler que de cela. Visiblement, je n’avais pas été suffisamment explicite. Alors dans sa grande bonté, le Seigneur m’a donné l’occasion rêvée de me rattraper, une seconde chance en quelque sorte en nous donnant de partager autour des tout-premiers mots de l’Evangile de Marc : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu.

Une Bonne Nouvelle… Permettez-moi de vous raconter cette petite histoire d’une mère qui rentre dans la chambre de sa fille qu’elle trouve vide. Sur le lit une lettre, qu’elle ouvre, fébrile, imaginant le pire :

« Maman chérie, Je suis désolée de devoir te dire que j’ai quitté la maison pour aller vivre avec mon copain. Il est l’amour de ma vie. Tu devrais le voir, il est tellement mignon avec tous ses tatouages et son piercing et sa super moto. Mais ce n’est pas tout ma petite maman chérie. Je suis enfin enceinte et Abdoul dit que nous aurons une vie superbe dans sa caravane en plein milieu des bois. Il veut beaucoup d’enfants avec moi, c’est mon rêve aussi. Je me suis enfin rendu compte que la marijuana est bonne pour la santé et soulage les maux. Nous allons en cultiver et en donner à nos copains lorsqu’ils seront à court d’héroïne et de cocaïne pour qu’ils ne souffrent pas. Entre-temps, j’espère que la science trouvera un remède contre le sida pour qu’Abdoul aille mieux. Il le mérite vraiment tu sais. Ne te fais pas de soucis pour moi maman, j’ai déjà 13 ans, je peux faire attention à moi toute seule. Et le peu d’expérience  qui me manque, Abdoul peut le compenser avec ses 44 ans. J’espère pouvoir te rendre visite très bientôt pour que tu puisses faire la connaissance de tes petits enfants. Mais d’abord je vais avec Abdoul chez ses parents pour que nous puissions nous marier. Comme ça ce sera plus facile pour lui pour son permis de séjour. Ta fille qui t’aime.

Post Scriptum : J’ai une bonne nouvelle pour toi, ma petite maman chérie, je te raconte des bêtises, je suis chez les voisins ! Je voulais juste te dire qu’il y a des choses bien pires dans la vie que le bulletin scolaire que tu trouveras sur ta table de nuit. Je t’aime. »

J’ai une bonne nouvelle pour toi, ma petite maman chérie… Je veux bien la croire ! Au fond, qu’est ce que c’est qu’une « Bonne Nouvelle » ? Spontanément, on aurait tendance à dire que c’est une information qui nous fait du bien, comme dans le cas du Post Scriptum de la lettre qui soulage grandement la mère qui le lit. Une bonne nouvelle vient combler un manque, un besoin, une attente, un espoir. Elle vient ouvrir une porte, indiquer une direction nouvelle, créer un chemin par-delà les obstacles qui paraissent parfois insurmontables. Elle procure soulagement, joie et bonheur pour son bénéficiaire. Et bien l’évangile de Marc commence en affirmant que cette histoire qui va être racontée de ce Jésus est une Bonne Nouvelle. Mais en quoi l’existe de Jésus est une bonne nouvelle ? Qui est concerné par cette bonne nouvelle ? C’est une question importante : En quoi Jésus est-il une bonne nouvelle pour nous ?

Posée de manière abrupte, la réponse est loin d’être évidente. Elle demande un temps de réflexion et de préparation. C’est là toute la fonction du messager annoncé par Esaïe : Voici j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin… Malgré le fait qu’on nous présente un prédicateur mal fagoté, vêtu de poil de chameau comme les prophètes, qui parle dans le désert de nos vies, la mission de Jean-Baptiste consiste justement à faire en sorte que la venue de Jésus Christ Fils de Dieu soit une bonne nouvelle.

Que fait-il pour remplir sa mission ? Il offre ce que le Temple de Jérusalem n’est plus en mesure d’offrir ­— et étant donné la récente déclaration du président des Etats Unis d’Amérique, ce n’est pas près de s’arranger ! Remettons-nous dans le contexte de l’époque. Pour Jean-Baptiste et les esséniens chez qui il a suivi sa formation, le Temple de Jérusalem est souillé depuis que le Grand Prêtre n’est plus un descendant d’Aaron mais une marionnette entre les mains des Romains. Les sacrifices ne sont donc plus en mesure d’accomplir leur double fonction de nettoyer le péché et de rétablir la communion avec Dieu. Les esséniens se sont donc retirés dans le désert, créant des communautés coupées du reste du monde, offrant par la prière des sacrifices des lèvres, se plongeant chaque jour dans l’eau pour y être baptisés, purifiés avant d’entrer dans la Salle du Royaume, comme ils l’appellent, et manger à la table du Maître de Justice. Mais Jean-Baptiste ne se satisfait pas de cette attitude sectaire. Il va quitter la communauté pour offrir à tous la possibilité de changer de vie, d’être nettoyé du péché pour que chacun soit en mesure d’entrer en communion avec Dieu. Et Marc nous raconte que Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser dans le Jourdain en confessant leurs péchés. Visiblement ils avaient reçu le message comme une bonne nouvelle… Qu’en est-il de nous ? Sommes-nous sensibles au message de Jean-Baptiste ? Il semble que non. Pour en avoir discuté longuement ce mercredi à la réunion du groupe des jeunes actifs, confesser son péché, se purifier, changer de vie, se convertir… tous ces mots sont devenus, soit totalement incompréhensibles et étrangers à leurs préoccupations, soit même un obstacle, une réticence forte devant ce qu’ils estiment même potentiellement dangereux… Je ne leur jette pas la pierre : je pense sincèrement qu’ils sont parfaitement représentatifs de nos contemporains qui refusent désormais pour la plupart cette notion de péché.

Et c’est là notre problème : pourquoi diable voulez-vous que je puisse avoir besoin de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ si je ne sais pas que je suis pécheur ? A quoi sert d’annoncer la grâce à quelqu’un qui ne se sent pas fautif et qui n’a pas le sentiment d’avoir besoin de Dieu. Pas besoin d’être sauvé si je ne me sens pas perdu ! Sans la conscience du péché, je peux vivre tranquillement ma vie en faisant abstraction de l’hypothèse Dieu. Jésus Christ est sans doute une Bonne Nouvelle mais pas « pour moi », je ne me sens pas concerné…

En fait, la situation est sans doute plus subtile que celle que je caricature. A dire vrai, j’entends dans les églises, y compris dans la nôtre, deux manières opposées, presque en miroir, de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.  D’un côté, j’entends un vibrant appel à la liberté, à la tolérance pour tous et à l’accueil inconditionnel, un message humaniste, plein de bons sentiments et d’intelligence, mais dont on peut légitimement se demander ce qu’il a de spécifiquement chrétien. Ne serions-nous pas en train de confondre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ avec ce que tous les hommes de bonne volonté peuvent dire sans avoir nul besoin de la foi chrétienne ? En fin de compte, ne sommes-nous pas en train de rendre le christianisme inutile et superflu par dilution dans le monde ? De l’autre côté, en miroir disais-je, nous entendons parfois une violente dénonciation du monde, qui serait sous la colère de Dieu, une colère contre un monde totalement perdu parce que sous l’emprise du péché et qui nécessiterait de s’en séparer au plus vite. Cette fois, ne sommes-nous pas en train de provoquer une attitude sectaire de l’Eglise ? En fin de compte, ne sommes-nous pas, ici aussi, en train de rendre le christianisme inutile et superflu puisqu’il aurait renoncé à changer le monde ? Faut-il rappeler que Dieu aime le monde et que, si nous suivons le Christ, il n’a pas décidé de sortir du monde mais bien d’y naître pour le transformer et le sauver ? Faut-il rappeler que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (Jean 3,17)

En fait, il faut comprendre que ce que Jean-Baptiste nous propose n’est pas une culpabilisation et encore moins un chantage qui utiliserait la peur pour nous faire changer de vie. Jean-Baptiste ne fait que désigner l’Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde (Jean 1,29) en nous rappelant que c’est précisément à l’endroit où le péché est à l’œuvre pour nous blesser et nous détruire que Dieu décide d’agir et de faire grâce. Autrement dit, la grâce de Dieu est toujours exactement ciblée et adaptée à la forme prise par le péché au cours de l’histoire des hommes. Et toute la vie de Jésus, ses paroles, ses actes, sa mort et sa résurrection, dévoile les différentes modalités de la Grâce. Comme le dit l’apôtre Paul : Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.

  • Si le péché est vécu comme une maladie (mal-être), la grâce de Dieu intervient par Jésus le médecin qui guérit toute maladie et toute infirmité. Les chrétiens d’Orient parlent du salut comme une guérison, une restauration.
  • Si le péché est vécu comme une peur de l’enfer et une culpabilité comme au temps de la Réforme, la grâce de Dieu agit comme un pardon immérité donné aux hommes sur la Croix (Pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font. Luc 23,34) et le salut est reçu comme une justification gratuite (déclaré juste).
  • Si le péché prend la forme d’un conflit, d’une déchirure avec Dieu, avec les autres ou avec nous-mêmes, la grâce de Dieu se dévoile à la croix comme un amour qui nous réconcilie avec Lui (En ceci Dieu prouve son amour pour nous (…) Quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils. Romans 5,10 Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! Jean 13,34) et le salut se vit comme un apaisement : Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. (Jean 14,27).
  • Si le péché est vécu comme une aliénation, un emprisonnement, une possession, la grâce de Dieu est vécue comme une libération (Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi. Galates 3,13 – Cf. les théologies de la libération).
  • Si le péché est vécu une vie marquée par l’absurde et le non-sens, la grâce de Dieu retentit comme un appel à suivre le Christ (Viens, suis-moi ! Mc 10,21) et le salut est vécu comme une vocation, un appel à entrer dans le plan de Dieu.
  • Si le péché est vécu comme une puissance de mort (Cf. Lazare. Jean 11), la grâce de Dieu s’expérimente comme un amour plus fort que la mort (Jean 3,16) et le salut reçu comme une résurrection (Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. Romains 6,5)

Si à chaque forme particulière du péché correspond une forme particulière de grâce, le fait qu’aujourd’hui la grâce soit devenue incompréhensible et inutile n’est que le symptôme que nous sommes devenus aveugles et sourds au péché qui structure le monde d’aujourd’hui. De fait, il semble que nous ne parvenons plus à discerner l’emprise du péché sur le monde et sur notre vie. Moi je crois que l’Eglise est contaminée par un aveuglement, une cécité de l’âme qui la rend incapable de discerner la souffrance du monde et la forme prise par le péché aujourd’hui. Ce constat explique pour partie la perte d’intérêt de nos contemporains et de nos enfants pour les Eglises et leur message. Pourquoi venir au culte si on ne dit rien de pertinent sur la réalité du monde d’aujourd’hui, si ça ne change pas nos vies, si ce n’est pas une véritable Bonne Nouvelle ? Les temples vides ne seraient alors que les symptômes de la vacuité de la prédication qui n’aurait plus rien à dire sur le monde tel qu’il va. Devenus aveugles et incapables de discerner la réalité du péché aujourd’hui, les chrétiens en sont venus, à leur corps défendant, à collaborer avec lui puisque c’est une structure qui façonne d’autant plus le monde qu’il n’y a personne pour dévoiler son emprise. C’est le principe du refoulement et de la dénégation décrit par la psychanalyse : l’inconscient est d’autant plus puissant qu’il est justement inconscient et donc qu’il échappe à toute maîtrise.

Je crois que l’Eglise devrait essayer d’ouvrir les yeux si elle veut retrouver sa pertinence et sa vocation dans le monde. Elle devrait cesser de dispenser une grâce à bon marché dont elle se croit propriétaire pour retrouver sa vocation prophétique de discernement, de dévoilement, de mise en lumière, de décryptage du réel et du monde d’aujourd’hui. Pour cela, les chrétiens doivent commencer à balayer devant leur porte : prendre le temps de l’Avent, du Carême, du jeûne, d’une retraite spirituelle, c’est mettre sa propre vie sous la lumière de Dieu pour y dévoiler l’emprise du péché qui nous éloigne de lui. Commencer par nos propres vies pour être en mesure de regarder le monde avec lucidité et amour comme Jean-Baptiste qui, par amour, est sorti du confort de la communauté retirée pour offrir au monde une Bonne Nouvelle susceptible de changer leur vie. Alors et alors seulement, quand nous aurons retrouvé la clairvoyance sur notre vie et sur le monde, nous redécouvrirons l’impérieuse nécessité de la grâce de Dieu pour aujourd’hui. Alors, le Salut par Grâce ne sera plus une doctrine du passé, creuse et superflue mais une Bonne Nouvelle pour nos vies. Amen !

Deutéronome 6, 1-9 ; Marc 3, 20-21 ; 31-35 ; Romains 8, 12-17 – Identité et Patrimoine

Prédication du Pasteur Samuel Amédro, le dimanche 17 septembre 2017

Je ne me lasse pas de constater l’engouement toujours croissant autour de ces journées du Patrimoine. N’y voyez aucune critique de ma part : il me semble qu’il y a là un signe des temps d’une identité qui se sent fragilisée et qui part à la recherche d’elle-même. Quand on se sent sûr de soi, nul besoin d’aller visiter la galerie de portraits de ses ancêtres ! Et c’est bien ce que nous démontrent ces personnes adoptées qui partent en quête de leurs géniteurs jusqu’à le revendiquer comme ce qu’ils appellent un « droit à l’origine ». Quel drôle d’expression…

Signe des temps, disais-je, il semble que nous soyons en quête de nous-mêmes contre l’éparpillement schizophrénique, fruit amère de la mondialisation (je ne suis personne quand je suis multiple), contre l’amnésie de notre propre histoire (je ne suis personne quand je n’ai pas de mémoire, pas de passé, et que je reste prisonnier de ce que j’ai appelé la tyrannie de l’immédiateté). Bref, dans ces journées du Patrimoine, nous cherchons une permanence dans le temps, une unité de soi, une continuité, une cohérence dans notre vie. On visite des Monuments Historiques. On s’identifie à des habitudes de vie qu’on appelle « Tradition » (chez nous, on a toujours fait comme ça). On se cramponne à nos croyances prises comme des idéaux ou des normes universelles. Et on affronte (moi le premier) avec angoisse et parfois avec un sentiment de culpabilité la question de la transmission à nos enfants. Avons-nous réussi à transmettre à nos enfants ? « Voici le commandement, les lois et les coutumes que le SEIGNEUR votre Dieu a ordonné de vous apprendre à mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession, afin que tu craignes le SEIGNEUR ton Dieu, toi, ton fils et ton petit-fils, en gardant tous les jours de ta vie toutes ses lois et ses commandements que je te donne, pour que tes jours se prolongent. Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à les mettre en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. » L’avertissement du Deutéronome nous fait lever les sourcils vers le ciel en signe d’impuissance et presque de résignation… Tu seras heureux et vous deviendrez très nombreux ? Force est de constater que nous avons raté quelque chose… Quel est donc ce pays ruisselant et de miel qui nous a été donné en héritage par le Dieu de nos pères ? Notre pays à nous s’appelle la tradition réformée. Voilà ce que nous avons reçu en héritage par nos pères (et nos mères la plupart du temps d’ailleurs). Certes aujourd’hui nous avons changé de nom puisque nous sommes l’Eglise Protestante Unie de France… mais nous nous inscrivons dans la tradition réformée (c’est d’ailleurs le nom qui est encore à l’entrée sur la plaque de marbre dont on m’a dit il y a quelques jours qu’elle ressemblait un peu à une pierre tombale). Nous sommes issus de l’Eglise Réformée voire calvinistes puisqu’en faisant communion avec les luthériens, nous avons réactivé notre fibre calviniste qui était en train de s’éteindre. Bref : c’est notre famille. C’est là que nous sommes nés. C’est une anecdote que me racontait mon ami le pasteur Jean-Pierre Nizet qui avait été nommé au cœur des Cévennes à Ste Croix Vallée Française et à qui une vieille paroissienne avait demandé le plus sérieusement du monde : « Monsieur le pasteur, est-ce que vous êtes né ? » N’allez pas croire qu’elle lui demandait s’il était né de nouveau, non ! Il a mis un très long moment avant de comprendre qu’elle voulait savoir s’il était né protestant réformé, autrement dit, est-ce qu’il faisait vraiment partie de la famille… Il est vrai que puisque nous fêtons en 2017 les 500 ans de la Réforme, il faudrait raconter notre histoire en commençant par Luther… mais chez nous, c’est Calvin et Théodore de Bèze qui font figure de pères fondateurs et Noyon ou Genève nous sont beaucoup plus familiers que Wittenberg ou Worms. Notre histoire de famille s’articule autour du principe fondateur de l’absolue souveraineté de Dieu (Soli Deo Gloria !) qui arrache à l’homme toute prétention à vouloir interférer sur son salut (Sola fide et Sola gratia jusqu’à la prédestination !) et qui construit l’Eglise de manière quasi démocratique sur la seule autorité de la Parole (Sola Scriptura et sacerdoce universel des croyants). Mais il faut avouer également que notre identité de réformés français s’est construite dans le conflit dur qui nous a opposé au catholicisme : dans chaque protestant français (ce qui ne se vérifie pas à l’étranger) sommeille la mémoire de la persécution, des dragonnades, de la guerre des camisards, de la résistance de Marie Durand ou de Pierre Laporte. Le Désert pour ceux qui subissaient la persécution. Le Refuge pour ceux qui réussissaient à fuir à l’étranger. Notre mémoire huguenote reste vivace des siècles après. C’est là une des racines probables de l’attachement viscéral de notre protestantisme réformé à liberté reçue par l’instruction publique gratuite et obligatoire ainsi qu’à la laïcité en tant que séparation des Eglises et de l’Etat : ce furent là pour nous des combats auxquels nous avons pris part pour assurer notre survie. Mais c’est également à cette source qu’il faut aller rechercher l’engagement constant de nos pères auprès des réfugiés et des persécutés quels qu’ils soient (au Chambon ou par la Cimade). C’est là notre histoire. Du moins celle que nous nous racontons de générations en générations… Parce qu’il faut avouer que cette histoire qui raconte notre identité réformée est, comme toutes les histoires d’ailleurs, une histoire mythique où l’on sélectionne les faits pour les agencer dans une intrigue. Mais il faut immédiatement ajouter qu’un mythe dit toujours la vérité en ce qu’il explique une identité par un récit. Ce récit dit ce que nous sommes et pourquoi nous sommes comme ça. Comme quand on essaie de se définir par ses traits de caractères : je n’y peux rien, je suis comme ça, c’est mon caractère. C’est notre identité, c’est notre caractère, nous sommes comme ça et parfois même, nous en sommes fiers. Nous revendiquons notre exigence intellectuelle dans les cultes (parfois avec une pointe d’élitisme), une certaine droiture morale (il arrive que ce soit jusqu’à la rigidité), une piété pudique et intériorisée (qui confine souvent à la froideur et la méfiance envers les émotions trop fortement exprimées), un accueil inconditionnel de quiconque s’approche au nom de la Grâce première (jusqu’à accepter de ne pas savoir qui est vraiment membre de l’Eglise) et une liberté imprescriptible (qui laisse bien souvent les gens se débrouiller avec leurs responsabilités). Et pour paraphraser ce que Dieu dit à Moïse devant le buisson ardent, nous pourrions conclure par un : Je suis qui je suis !  C’est comme ça… Désolé ! Et c’est cette identité-là que nous aimerions tant transmettre à nos enfants et petits-enfants… Malheureusement, il semble bien souvent qu’ils n’en veulent pas ! Ou tout au moins qu’ils restent à distance… Et pourtant, nous savons que notre avenir en dépend. Nous avons bien intégré ce que dit le Deutéronome : Les paroles des commandements que je te donne aujourd’hui seront présentes à ton cœur (nous les avons à cœur) ; tu les répéteras à tes fils (on a bien essayé, encore faudrait-il qu’ils écoutassent) ; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route (à la maison comme dans l’espace public), quand tu seras couché et quand tu seras debout (au travail comme en vacances) ; tu en feras un signe attaché à ta main (pour t’en souvenir quand tu travailles avec tes mains), une marque placée entre tes yeux (pour t’en souvenir quand tu réfléchis) ; tu les inscriras sur les montants de porte de ta maison et à l’entrée de ta ville (ce sera écrit partout où tu vis)Tous ceux qui connaissent le judaïsme connaissent les mezzouza, les téfilines et les phylactères, prenant ce commandement du Deutéronome très au sérieux voire au pied de la lettre pour transmettre ce qui est essentiel. Il y a là, pour eux comme pour nous, un enjeu de survie. Il y a même un proverbe juif qui dit qu’on ne peut se dire juif que quand ses enfants le sont devenus. Autrement dit, le judaïsme ne se reçoit pas en héritage de sa mère mais par la responsabilité assumée de transmission à ses enfants. Et pour eux comme pour nous, le message à transmettre est simple. Il tient en quelques mots : Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est UN. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Et Jésus ajoute à la suite du Lévitique (19,18) : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.  Afin que tu craignes le Seigneur ton Dieu, toi, ton fils et ton petit-fils… L’enjeu est là : quoi que tu fasses, qui que tu sois, n’oublie jamais la présence de Dieu dans ta vie. N’oublie pas Dieu. Garde-lui toujours une place dans ta vie, dans la famille, à la maison, au travail, en vacances, dans l’espace public comme dans l’espace privé, que tu sois manuel ou intellectuel, garde toujours une place pour Dieu dans ta vie. Pour Dieu et pour ton prochain. Voilà ce que je rêve de transmettre à mes enfants. Souviens-toi. Fais ce que tu veux de ta vie, mais souviens-toi. C’est une entreprise contre l’oubli, contre la mémoire courte, contre la tyrannie de l’immédiat, du présent instantané. N’oublie pas que Dieu t’aime ! N’oublie pas ton prochain ! C’est une part essentielle de ton identité, de ton histoire, de qui tu es au plus profond de toi.

Mais il arrive (j’allais dire malheureusement) que les enfants décident de résister à leurs parents. C’est exactement ce que raconte le récit que j’ai lu dans l’Evangile de Marc quand Jésus essaie d’échapper à l’emprise de sa famille qui vient pour s’emparer de lui dit l’Evangile. Il arrive que l’identité et la tradition soient vécues comme des prisons, des enfermements, des héritages trop lourds à porter. Jésus se révolte contre sa famille qui tente de l’assigner à résidence. C’est bien ce qui arrive parfois avec notre jeunesse qui refuse de reproduire ce que nous aimerions lui transmettre du simple fait qu’on a toujours fait comme ça. Si la transmission de la tradition consiste simplement à rester dans la famille et à reproduire toujours la même chose, la même musique, la même manière de prier, la même manière de construire l’Eglise, alors l’identité se transforme en une prison, à une histoire subie, un héritage non choisi. Il ne faut jamais oublier que l’identité ce n’est pas seulement une histoire reçue en héritage. C’est aussi être soi, se reconnaître soi, exister par soi-même, dire « JE », apprendre à faire ses choix et à les assumer en toute responsabilité. L’histoire reçue en héritage doit pouvoir s’articuler avec une histoire encore à inventer. Le passé doit pouvoir se conjuguer au futur. Alors Jésus sort de sa prison et nous invite à faire de même. Il ne s’agit pas de s’imaginer vivre une vie solitaire, sans passé, sans histoire, sans famille, sans lien, dans une solitude magnifique à se laisser vivre au gré de ses pulsions et de ses envies ! En parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. » Il s’agit donc d’entrer dans une nouvelle histoire familiale avec une nouvelle famille, un futur qui est devant soi mais avec des frères et des sœurs. Je retrouve un écho de cette même méfiance vis-à-vis de l’héritage subi dans le texte de l’épître aux Romains : Ainsi donc, frères, nous avons une dette… mais pas envers la chair pour devoir vivre de façon charnelle. Car si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez ! Au fond, dit l’apôtre Paul, notre dette, cette identité de protestants réformés que nous avons reçue en héritage, ne peut pas rester attachée à ce qui est charnel, c’est à dire ce qui est voué à disparaître, ce qui est destiné à mourir. Si nous voulons transmettre notre identité à nos enfants uniquement pour essayer de ne pas mourir ou parce que nous avons peur de disparaître, alors nous nous trompons et nous les trompons parce que si nous vivons de façon charnelle, nous mourrons. Mais Paul nous invite à retrouver l’essence spirituelle de cette transmission. Mais si par l’Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez. En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l’Esprit de Dieu. Vous n’avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père. Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire.

Dans l’identité de fils adoptifs de Dieu, nous héritons d’une liberté que rien ni personne ne peut nous arracher parce qu’elle n’est plus du tout motivée par la peur de mourir. Libérés de l’esclavage de la peur de disparaître, elle fait de nous des enfants de la promesse et elle nous ouvre les portes d’une aventure nouvelle, d’un avenir possible. En nous permettant de mettre une distance entre cette histoire que nous avons reçue en héritage et notre vie devant Dieu, Paul nous ouvre les portes d’un chemin de liberté : désormais, je sais que je ne me résume pas à mon histoire. Je peux alors librement prendre la décision de m’inscrire dans cette tradition que j’ai reçue de mes pères tout en sachant que je suis libre de la transformer pour en faire quelque chose de neuf. Je peux décider de choisir cette famille comme étant la mienne, cette paroisse, ce lieu de culte et je suis libre de les transformer, les habiter à ma façon, les faire vivre autrement. Cette identité qui fait de moi ce que je suis n’est plus seulement reçue en héritage mais elle devient aussi choisie et assumée : elle m’appartient en propre. Elle fait que je suis capable de faire des choix, d’assumer des responsabilités, de faire une promesse, de prendre des engagements et de les tenir. Désormais mon « oui » est un vrai « oui », mon « non » est un vrai « non ».

L’Evangile que je reçois aujourd’hui me permet d’articuler ce que je reçois de mes pères et ce que je choisis de faire de ma vie. J’y reçois une identité qui n’est pas seulement figée dans le passé mais souple et dynamique, enracinée dans un héritage que j’assume et résolument tournée vers l’avenir.

Et pour reprendre ce que Dieu disait à Moïse devant le buisson ardent, on peut tout aussi bien le traduire à la forme inaccomplie, en train d’être, en plein devenir. Non plus seulement Je suis qui je suis… Mais cette fois : Je serai qui je serai !  C’est comme ça… Grâce à Dieu, nous sommes en devenir. Et c’est heureux. Amen !

Marc 2 – Ce qui est au centre, c’est la question de la foi

Prédication de Sylvie Franchet D’Esperey, le dimanche 26 février 2017

Je me suis souvent demandé comment j’aurais perçu Jésus, si j’avais vécu en Palestine au temps où il en parcourait les chemins. Est-ce que j’aurais vu en lui le Christ, le fils de Dieu, le sauveur du monde ? Ce n’est pas sûr du tout et, du reste, il est impossible de le savoir. Mais une chose me semble probable, presque certaine : j’aurais été frappée, comme les disciples et comme tous ceux qui ont croisé Jésus sur leur route, par son rayonnement, par son charisme, par ce que l’évangile appelle son « autorité » (exousia). Et cette autorité peut être à l’origine d’une véritable conversion. Peut-être – je l’espère – que je me serais laissée convertir. En tout cas, c’est ce qui s’est passé pour bien des personnages des récits de l’Évangile. Tout le début de l’évangile de Marc, par exemple, met en scène un Jésus qui prêche et qui guérit. Et c’est cela qui fonde son autorité, c’est cela qui provoque des conversions. Mais attention, il n’y a pas d’un côté la prédication pour les intellectuels et de l’autre les miracles pour le peuple ; non, les deux vont ensemble, et les deux viennent de Dieu. En fait, ce qui est au centre, c’est la question de la foi.

*

Voyons justement le cas du paralytique. Nous sommes à Capernaum, dans la maison où Jésus loge, probablement celle de Pierre. La foule est venue là en masse, pour l’écouter : « Il leur annonçait la parole » est-il dit. Mais elle est venue aussi, sûrement, pour demander des guérisons, car le paralytique n’est pas le seul à vouloir s’approcher pour être guéri. Tous attendent quelque chose de Jésus : c’est le premier pas de la foi. À l’autorité de Jésus, à ce charisme où l’on sent qu’il y a plus que la personnalité d’un homme, répond la foi des Galiléens, une foi qui peut nous paraître naïve, mais que Jésus reconnaît comme telle. S’agissant des quatre hommes qui portent le paralytique, Jésus ne s’y trompe pas : « Jésus, voyant leur foi… », est-il écrit. Comment peut-il la voir ? Eh bien, je  pense – c’est mon hypothèse – qu’il la voit à leur détermination.

Ils sont quatre, quatre amis du paralytique qui le portent jusqu’à Jésus. Qu’est-ce qui les a poussés jusque là ? Il y a d’abord sûrement l’amitié, une amitié forte, profonde. Les quatre hommes, pour répondre à la détresse de leur ami, intercèdent pour lui auprès de Jésus : on a ici, au sens propre une intercession (s’avancer pour servir d’intermédiaire), et c’est une intercession active. Mais il y a autre chose : ils le font parce qu’ils croient que Jésus peut le guérir. Poussés en même temps par l’amitié et par la foi, ils ne se laissent pas décourager par la foule qui bloque l’entrée de la maison. Ils contournent l’obstacle : ils montent sur le toit – un toit en terrasse – et ils y font un trou pour faire passer le brancard. C’est à ce moment là que Jésus, dit l’évangéliste, « voit leur foi ». Et en réponse à la foi des quatre amis, il guérit le malade handicapé.

Rien n’est dit de sa foi à lui, et Jésus ne lui demande rien. La foi des quatre contribue à guérir le mal du cinquième. La foi des quatre suffit, parce qu’elle est portée par l’amitié, par l’amour fraternel. Au fond, on a ici l’illustration de ce que l’apôtre Paul a conceptualisé en associant les trois grandes vertus que sont la foi, l’espérance et l’amour. Les quatre amis sont liés par l’amour, qui les fait agir les uns pour les autres et pour leur ami malade ; ils sont poussés par leur foi en Jésus, en sa puissance, qui leur fait espérer la guérison pour leur ami, d’une espérance qui vainc tous les obstacles. L’amour les porte, la foi les pousse, l’espérance les entraîne.

Et nous ? Qu’en est-il de notre propre foi ? Est-ce que Jésus l’aurait vue ? Si la foi se voit, ce n’est pas par l’affichage d’un visage radieux ; non, la foi se voit à des gestes, gestes d’amour, mais aussi gestes d’espérance, qui témoignent d’une confiance totale. Ces hommes sont poussés par quelque chose de plus fort qu’eux, quelque chose qui leur fait faire ce qui ne se fait pas. Car enfin, pénétrer par effraction dans une maison, en commettant en outre des dégradations, cela ne se fait pas, même en Palestine et même au premier siècle. Connaissons-nous cette foi-là, la foi qui perce les toits, la foi qui renverse les murailles ? Sans doute nous est-il arrivé, à vous comme à moi, lorsqu’il y a en jeu quelque chose de vital, de transgresser les codes qu’habituellement nous respectons, de faire voler en éclats nos principes, même les plus sacrés ; par exemple en tant que mère ou que père, lorsqu’il fallait sauver ou protéger notre enfant ; ou dans telle ou telle situation d’injustice profonde, où nous nous sommes soudain levés pour dire ce qui devait être dit, faire ce qui devait être fait, dépassant la gêne et la peur. Il y a alors comme une pulsion qui vient du plus profond de nous. Avons-nous alors regardé à Jésus ? Peut-être pas, probablement pas ; mais, je le crois profondément, dans cette force même qui nous a poussés, qui nous a fait sortir de nous-mêmes, de nos cadres et de nos sécurités, il était présent. La foi peut se trouver même là où nous ne la percevons pas clairement. Et Jésus, lui, la voit.

*

Mais Jésus voit aussi le manque de foi. Écoutons ce qui se passe avec les scribes : « Ils raisonnaient en eux-mêmes (…) mais Jésus connut aussitôt par son esprit leur raisonnement intérieur ». Là encore, Jésus perçoit la vérité profonde des êtres, même dans le silence. Les quatre hommes et le paralytique sont pris dans un élan : c’est la foi et Jésus la voit, il y répond ; les scribes, eux, gardent leurs distances, contrôlent leurs pensées : c’est le manque de foi, ou plutôt le refus de la foi, et Jésus le voit aussi. À la confiance des amis s’oppose la défiance des scribes.

Pourquoi cette défiance ? Parce qu’ils n’ont pas besoin de Jésus, ou plutôt parce qu’ils croient qu’ils n’ont pas besoin de lui. Ils sont des professionnels de Dieu, ils savent. Ils n’ont pas besoin de cet étrange rabbi. En outre, ils sont en position de rivalité avec lui. Jésus, en quelque sorte, leur vole leur place, les foules lui reconnaissent une autorité qui normalement n’appartient qu’à eux. En bloquant ainsi tout accès à Jésus, par suffisance ou par jalousie, les scribes ne perçoivent pas le souffle de Dieu, la puissance de vie qui anime Jésus.

Il y a peut-être aussi chez eux une déformation professionnelle : à force de scruter le texte de l’Écriture, ils ont sacralisé mots, ils les interprètent et les surinterprètent, mais ils ne savent plus écouter ce que dit l’Écriture avec cette simplicité de cœur qui est nécessaire à la foi. De la même façon, lorsque Jésus parle, au lieu de recevoir pour eux ses paroles, ils les jaugent et ils les jugent. « Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés »  avait dit Jésus. « Comment celui-là parle-t-il ainsi ? se disent les scribes, il blasphème. Qui peut pardonner les péchés si ce n’est Dieu seul ? » Ils ont leurs références, ils savent de quoi ils parlent, ils tranchent. Pas un instant ils ne s’interrogent sincèrement, sans a priori sur ce Jésus, si surprenant. Ils passent à côté de lui, à côté de la grâce.

*

Voyons maintenant  les paroles de Jésus, les paroles le la guérison. Au paralytique, il dit : « Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés ». C’est sa réponse à leur démarche de foi, et elle est suffisante, car avec elle tout est donné. Et tout pourrait s’arrêter là. Mais à ce moment-là, Jésus perçoit la réticence des scribes. Du coup, dans un second temps il précise : « Lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison ». Cette phrase, si elle est adressée au paralytique, est en fait destinée aux scribes, pour répondre à leur défiance. Elle a pour seul but de manifester devant eux que « le fils de l’homme a le pouvoir de pardonner les péchés », c’est-à-dire que la parole de Jésus est efficace, que son autorité vient de Dieu. On notera que le mot traduit ici par « pouvoir » (exousia) est le même qui est traduit plus haut par « autorité ». Il ne s’agit donc pas d’un pouvoir magique, mais toujours de cette puissance de vie qui vient de Dieu et qui anime Jésus.

Le plus étonnant pour nous, peut-être, c’est l’équivalence que pose Jésus : il considère que dire « Tes péchés te sont pardonnés » et dire : « Lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison », c’est la même chose. Dans les deux cas – celui de la déclaration du pardon et celui de la guérison –  la parole de Jésus est efficace, elle agit et elle agit pour le bien d’un homme. Mais lorsque, à la fin, le paralytique se lève et retourne chez lui, cela se voit, et nous appelons cela un miracle. Or ce que nous fait comprendre Jésus ici, c’est que le miracle, c’est aussi et peut-être d’abord ce qui ne se voit pas : le miracle, c’est le pardon. Un homme pardonné est comme neuf, il peut repartir à zéro ; un handicapé qui remarche voit aussi sa vie repartir à zéro ; les deux sont parallèles, la guérison physique étant le signe de la guérison de l’âme.

Il y a dans la liturgie du culte un moment consacré à la déclaration du pardon. À ce moment-là le pasteur énonce une parole efficace, on dit en linguistique « performative », c’est-à-dire une parole qui réalise par elle-même ce qu’elle dit. Cette parole atteste que Dieu pardonne à ce moment précis et en ce lieu précis (hic et nunc) ceux qui se repentent. Pour cela elle reçoit de Dieu une puissance qui correspond à cette autorité qu’avait Jésus, afin que chacun dans l’assemblée puisse être renouvelé intérieurement. Évidemment, cela ne nous guérit pas de nos maladies physiques, car tel n’est pas le but du culte. Mais qui sait ?  cela n’est pas non plus exclu.

Avant cette déclaration du pardon, il y a dans le culte la confession des péchés, car pour être pardonné, il faut reconnaître qu’on a commis des fautes, des fautes concrètes, qui ont fait du mal à d’autres et qui nous coupent de Dieu. Était-ce le cas du paralytique ? Rien n’est dit sur lui, il n’est défini dans cette histoire que par son handicap. On ne sait pas s’il vient dans un état d’esprit de repentance ; mais ce qui est sûr, c’est qu’il vient dans le dénuement, porté par d’autres, dans une complète dépendance ; et cela, ce manque, cette dépendance, c’est un point de départ pour recevoir le pardon et la grâce.

Jésus, donc, s’attaque à la fois au mal qui pèse sur l’âme (les péchés) et au mal qui pèse sur le corps (le handicap). C’est tout un. Mais attention, ne nous y trompons pas. Jésus ne dit pas au paralytique : « Tu as péché, tu as commis des fautes et c’est pour cela que tu es handicapé ». Ce serait horrible et il lui est arrivé de répondre vertement à ceux qui raisonnaient ainsi, à propos d’un aveugle de naissance. Il ne dit pas non plus au paralytique : « C’est injuste, ce qui t’arrive ; je vais réparer cette injustice ». Ce serait se mettre à la place de Dieu et Jésus ne le fait jamais ; il ne résout pas le problème du mal. Jésus dit au paralytique : « Tu es là, devant moi, avec ton mal ; je suis le fils de l’homme, je suis le fils de Dieu ; mon Père m’a donné toute puissance sur la terre ; je vais, en son nom, effacer tes fautes et guérir ton âme ».

Alors le paralytique se lève, pardonné et guéri. Et, en recevant ce pardon, en se laissant guérir, il est, je le crois, entré du même coup dans la foi. Car il y a tour à tour la foi qui agit – celle des amis – et la foi qui reçoit – celle du paralytique. Tout est là, frères et sœurs : se laisser guérir.

*

Ce texte de l’évangile, dans sa brièveté et sa simplicité nous a montré Jésus en relation avec trois groupes d’hommes : avec les quatre amis du paralytique : il a vu leur foi ; avec les scribes : il a vu leur défiance ; avec le paralytique lui-même : il a vu son mal, son mal physique et son mal moral et, sans que cet homme ait rien dit ni fait, il a guéri ce mal par le pardon. Lequel de ces trois hommes ou groupes d’hommes sommes-nous ? Sans doute tour à tour l’un ou l’autre. Mais pour ce matin et pour chacun de nous, retenons cette parole adressée au paralytique : « Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. Lève-toi ! » Amen !

Marc 13, v 24-32 – Il ne restera pas pierre sur pierre

Dimanche 15 novembre 2015, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

Au tout début du chapitre 13 de l’Evangile de Marc, et servant en quelque sorte de portique aux développements apocalyptiques de ce chapitre, figure un échange entre Jésus et ses disciples. Ils sortent du Temple – j’ai failli dire du Saint-Esprit mais il s’agit de celui de Jérusalem – et l’un des disciples s’émerveille devant une si belle construction, comme nous qui fêtons les 150 ans de celui-ci. Et Jésus lui dit : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici une seule pierre posée sur une autre ; tout sera renversé. » Ainsi le ton est donné pour tout ce chapitre 13, et j’ose dire, pour nos commémorations. Le ton et peut-être le contexte. Il est possible que ces enseignements de Jésus sur la fin des temps aient été rassemblés par celui qu’on appelle l’Evangéliste Marc, sous le coup du choc qu’ont représenté effectivement l’incendie et la destruction du Temple de Jérusalem en août 70. Nous ne sommes donc pas dans un chapitre joyeux. Nous n’allons pas ce matin commémorer l’œuvre du Baron Haussmann et de l’architecte Balu, ni même les riches heures de l’Eglises réformée du Saint-Esprit récemment transformée en Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit. Nous sommes plutôt orientés vers les signes de détresse que nous donne le monde autour de nous.

Ces temps de détresse… Je n’ai pas choisi ce texte. C’est le texte du jour.  Mais il résonne de manière dramatique avec ce que nous venons de vivre à Paris et en Ile de France. Comment ne pas penser à ces dizaines d’hommes et de femmes venues pour écouter de la musique, ou pour assister à un match de foot ou pour boire un verre avec des amis, et qui ont été abattus de sang-froid par des hommes méprisant la vie humaine et cela au soit disant nom de Dieu. Et  comment ne pas penser simultanément à notre monde d’aujourd’hui où des pays entiers sont effectivement dans la détresse. Si des centaines de milliers de réfugiés affluent vers l’Europe en provenance de Syrie, d’Erythrée, de Somalie, de Lybie, c’est bien parce que ces pays, lorsqu’on y lit l’Evangile de Marc, se reconnaissent en celui que notre chapitre (un peu plus haut que dans les versets que nous avons lus) voit à l’œuvre et désigne comme  ‘Celui qu’on appelle l’horreur abominable’. Ainsi, je cite Marc, ‘celui qui sera sur la terrasse de sa maison ne devra pas descendre pour aller prendre quelque chose à l’intérieur ; et celui qui sera dans les champs ne devra pas retourner chez lui pour emporter son manteau. Quel malheur ce sera (c’est), en ces jours-là, pour les femmes enceintes et pour celles qui allaitent’. (Vt. 15-17). J’ai entendu dans ces versets l’écho de ce qu’en Centrafrique depuis bientôt deux ans nos amis nous relatent. J’y entends ce qui menace aujourd’hui le Burundi.  Mais aussi l’Inde ravagée par une vraie guerre de religion… et je vois ces hommes et ces femmes qui, il y a 24 heures étaient réunis pour le plaisir et ont connu l’horreur. Mais j’arrête là pour revenir au texte évangélique.

Or celui-ci nous engage dans deux directions : l’espérance et la vigilance.

L’espérance d’abord.

Le texte nous dit qu’après ces temps de détresse ‘le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme arriver parmi les nuages avec beaucoup de puissance et de gloire’. Ces paroles sont largement inspirées de l’Ancien Testament, de textes prophétiques divers, et bien sûr du livre de Daniel. Elles sont l’expression culturelle de visions apocalyptiques. Je ne vous demande pas de les reprendre littéralement à votre compte. Vos connaissances du soleil, de la lune, des étoiles  peuvent être bien différentes. Mais ce qui importe c’est l’affirmation théologique et spirituelle que le monde et son avenir restent entre les mains de Dieu, qu’il aura une fin dans le retour du Christ.

Alors que ce que nous entendons et voyons de ce monde ressemble à un effondrement, la parole de Jésus nous appelle à garder espérance. Elle peut sembler bien incertaine, bien faible face aux déchainements de violence, bien silencieuse face au crépitement des balles de fusils mitrailleurs, mais l’espérance est de la nature même du Dieu de Jésus-Christ. Il ne nous abandonnera pas, il reste le Dieu de la promesse, le Dieu qui de la mort a fait surgir la vie.

Et les ‘anges qui rassemblent ceux qu’il a choisis’ sont ceux-là même qui nous rassemblent ce matin en ce Temple, dont peut-être un jour il ne restera pas pierre sur pierre mais ces anges ne cesseront de nous rassembler des extrémités de la terre dans son Royaume. Et le repas que nous partagerons tout à l’heure sera là pour nous redire cette espérance et cette réalité du rassemblement malgré tout ce qui pourrait advenir.

Dès lors nous devons lire ce texte comme un appel à chacun d’entre nous, et ensemble,  pour que nous soyons témoins de cette espérance. Il ne nous demande pas de nier la réalité, la cruauté de ce monde, sa propension à gâcher tout ce qui lui est donné de bon et de beau ; ni, ce qui serait presque pire de nous fermer les yeux, les oreilles et la bouche devant cette cruauté. Il nous appelle à témoigner par notre capacité à accueillir, à réparer, à pacifier, à exhorter et à prier ; à dire de toutes manières que cette réalité violente n’est pas et ne peut être la réalité ultime de ce monde. Et qu’imperceptiblement peut-être, les forces d’amour et de paix, que la Parole de Dieu instille en chacun de nous, sont chemin, vérité et vie. Comme la flamme d’une bougie au milieu d’une profonde obscurité dit que la lumière est possible.

Notre communauté réunit ce matin, reliée à toutes celles et tous ceux que le Christ a mis en route, porte cette responsabilité d’être lumière dans l’obscurité.

 

La parabole du figuier vient renforcer cette conviction. Elle appelle à la vigilance.

Le figuier a ceci de particulier comme l’amandier – je parle de la Palestine – d’être un arbre qui perd ses feuilles en hiver et qui donc lorsqu’elles repoussent, annonce le printemps, les fleurs, les fruits à venir. Ce qui nous est demandé ‘est précisément d’avoir ce regard prospectif sur le monde qui nous entoure. Non seulement, comme nous l’avons fait tout à l’heure de regarder sa réalité violente, mais aussi de savoir discerner les jeunes feuilles qui poussent et annoncent, je devrais dire attestent d’une autre réalité tout aussi tangible, la venue du règne de Dieu. Notre foi n’est pas aveugle. Elle décrypte la réalité de ce monde et y découvre des perles d’amour et de justice. Et nous avons à en rendre compte, dans une vigilance active qui a le courage de s’exprimer.

Je ne pense pas seulement au Pape François, à sœur Emmanuelle en son temps, ou à d’autres célébrités de l’amour et de la justice comme Martin Luther King ou Nelson Mandela. Je pense aux petits témoignages d’amour et de justice que nous connaissons autour de nous et qui disent le refus d’une fatalité de la violence. Cet homme qui brave les lois pour tenter d’arracher une fillette à la Jungle de Calais ; ces Eglises pauvres comme le reste de la population touchée par la crise centrafricaine et qui accueillent dans leurs voisinages des milliers de déplacés à Bangui ; ces communautés qui vont à la rencontre des marginaux de nos villes… Je pourrais multiplier les exemples. Il faudrait le faire, le dire, le publier. C’est notre rôle de chrétiens vigilants. Le témoignage évangélique auquel nous appelle notre texte ne consiste pas à dire ‘Jésus… Jésus’ ;  mais à tourner les yeux de nos contemporains vers ces petites feuilles qui poussent autour de nous et qui annoncent le printemps du règne de Dieu. Et si cela nous est possible à être de ces feuilles.

Jusqu’à quand ? Seul le Père le sait. Comme l’indique le passage qui conclut le chapitre 13 : Nul ne sait ni le jour ni l’heure où ce témoignage, notre témoignage, n’aura plus lieu d’être parce que le Royaume sera pleinement manifesté. Mais dès maintenant, appuyés sur les paroles du Christ qui ‘ne disparaitront jamais’ nous avons cette grâce qui nous accompagne, nous permet de dépasser nos craintes, nous donnent d’être témoins : ‘Voici, dit Jésus, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde’  et la bonne nouvelle c’est que ce monde aura une fin dans la gloire du Père Eternel.

Marc 1, v17-31 – Pêcheur d’hommes

Le dimanche 11 october 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

 

Amis frères et sœurs, qu’est-ce qu’être « Pêcheurs d’hommes » ?
C’est l’une des plus belles expressions de la Bible. Elle est attribuée à Jésus, dans un passage de l’Evangile de Marc. Il trace aux disciples la voie de sa suivance.
Jésus cheminait le long de la mer de Galilée et quand il vit ses disciples pêcheurs, Simon et André, Jacques et Jean fils de Zébédée, en train de jeter leur filets dans la mer.
Il les invita à laisser leurs filets, à le suivre, et à devenir pécheur d’hommes.

Alors, qu’est-ce qu’un pêcheur d’homme ?
Certains exégètes disent qu’il faut se référer aux deux premières pêches miraculeuses pour comprendre cette métaphore évoquée par Jésus.
Une action miraculeuse que le disciple serait susceptible faire aussi.

Un Pape, en s’adressant aux évêques, précise que le terme « pêcheur d’hommes » désigne le fait que les disciples doivent jeter les filets de l’Évangile afin que les humains puissent ensemble adhérer au Christ,

Un autre Pape quelques siècles plus tôt, précise qu’après la conversion, après avoir été pris soi-même dans des filets, il ne faut pas revenir aux péchés, et Être pêcheur d’hommes consisterait alors produire une vie meilleure, à son prochain.

Il y a beaucoup d’explications qui jaillissent de cette métaphore. En tout cas toutes évoquent le lien à l’Evangile, et des filets pour attraper les chrétiens. Cela vaut la peine de s’y plonger, y compris sur le texte qui suit, qui est un récit de guérison qui l’éclaire. En effet ‘pêcheur d’hommes’ semble une vocation importante à revisiter aujourd’hui.

Alors il me semble comme le dit ce dernier Pape que dans cette expression pêcheurs d’hommes, une insistance particulière est portée sur le mot HOMME. Je crois, que les pêcheurs auraient été cultivateurs, Jésus les auraient appelés peut être cultivateurs d’hommes, architectes d’hommes. Pour suivre Jésus, ne faut-il pas une conversion radicale à l’Evangile, mais ayant comme but ultime l’homme ?

En tout cas, ‘pêcheur d’hommes’, c’est ‘LE’ ministère vécu à l’extrême par Jésus, venu pour sauver l’homme ; il est venu affirmer que l’homme est au-dessus de toute valeur, y compris la loi, et même le bien (c’est pour cela qu’il mange avec les péagers et les prostituées…)

Mais qu’est-ce que concrètement inviter des disciples à devenir pêcheur d’hommes ?
Un renoncement à soi ? Le suivre, laisser son filet et renoncer à la vie pour l’homme?
Non, si Jésus est l’archétype du pêcheur d’hommes, et vit sa Passion, c’est pour la VIE.

Alors qu’est-ce que pêcheur d’hommes ? Si ce n’est pas vivre la PASSION, est-ce vivre la COMPASSION ? C’est vrai que la compassion est un sentiment très souvent vécu par Jésus auprès de personne qu’il rencontre : il est ‘ému aux entrailles’. Mais justement, ce verbe n’existe dans la Bible que pour Jésus, et c’est peut-être n’est pas pour rien…

Est-ce que l’homme dont l’amour est limité, arrive à la vraie compassion ?

J.J. Rousseau (protestant) justement dit que non. Il a remis en cause les capacités de l’homme à être compatissant. Il récuse le côté altruiste de sa compassion. Le souci de l’autre serait en fait une partie prenante du souci de soi. ‘C’est pour ne pas souffrir moi-même que je ne veux pas que l’autre souffre. Je m’intéresse à lui, par amour de moi.’

Il voit dans la compassion plutôt assez souvent une passion égoïste, et s’interroge même sur le sentiment d’humanité naturel qui nous fait reconnaître l’autre comme semblable. La pitié, la compassion serait une sorte de disposition naturelle, qui fonderait la règle d’or qui existe dans toutes les religions, y compris dans le confucianisme : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l’étends pas aux autres. »

Annah Harendt va encore plus loin en ce qui concerne la compassion. Elle écrit que pour des êtres dans la vraie souffrance, même la compassion n’enlève pas la perte du monde. La compassion l’aggrave parfois, car elle renvoie encore plus à une fausse égalité.

Alors qu’est-ce que pêcheur d’hommes ? Sur quelle voie de suivance le disciple doit aller ?

Le 2ème récit qui suit pourrait donner une piste.

Jésus, archétype du pécheur d’homme va pêcher l’homme et le guérir.

Dans ce récit de guérison, Jésus enseigne dans une synagogue et là il y a un homme possédé d’un esprit impur qui va parler. L’esprit impur dans ce texte est manifesté par cette phrase qu’il dit : Jésus de Nazareth tu es venu pour nous PERDRE.

L’esprit impur est l’esprit de mort. Et Jésus, va guérir en faisant taire l’esprit de mort, en museler cette parole, la faire périr, et va faire sortir cet esprit négatif

S’il est bien entendu que c’est Dieu qui guérit, qui transforme et apporte la bonne nouvelle de la vie de la grâce, on peut se demander si être pêcheur d’hommes, ce n’est pas pour le disciple, par l’évangile de Dieu, et l’espérance, être missionné pour combattre l’esprit de mort, en toute personne qui ne voit pas la vie ? A dévoiler la grâce.

C’est vrai que l’esprit de mort n’est pas un quelque chose ‘loin des disciples’, ni loin de nous.

Il y en a beaucoup de ses ces paroles de ces pensées qui bloquent, paroles de mort sans espérance, paroles qui dénigrent qui mènent nulle part, en tout cas pas vers le haut… qui ne voient pas de solutions de vie.

Beaucoup de paroles y compris en soi-même sont des paroles qui contrent.

Très souvent lorsqu’on dit quelque chose de positif, immédiatement, son esprit met en place une parole qui contre. Tout homme fait cela. C’est l’impur (le revers de l’Esprit)

Alors comment fait Jésus pour contrer l’esprit de mort ? Il s’adresse à l’autre, il fait taire et musèle la parole de mort, l’impur. Et la parole sort.

Elle est pleine d’autorité dit le texte. L’autorité est ce qui va vers le haut vers la vie. Les gens s’en étonnent.

Etre pêcheur d’hommes ne serait-ce pas, nourri soi-même de la force spirituelle de cette Parole, de vie en Christ : la déployer vers le haut. En redonner sa force, comme dit l’Epitre aux Hébreux, comme un glaive à double tranchant.

Une parole dégagée de soi, libre qui ne sert jamais ses intérêts, elle est au service.
Ce n’est d’ailleurs que comme cela qu’elle est missionnaire.
Une parole pleine de l’Esprit Saint, de vie et de courage : qui risque.
Seule, celle-ci qui fasse avancer le monde, la vie.

Alors je voudrais terminer en disant que être Pêcheur d’hommes est une vocation, solide qui peut nous nous être donnée parce qu’on a été repêché soi-même par la grâce.

Pêcheur d’hommes est bien au-delà de tout le langage compassionnel, qu’on entend d’aujourd’hui, ne sert pas à grand-chose, car souvent il est statique.
Là où un pêcheur d’hommes se situe par sa Parole ou son action, dans un ENGAGEMENT, poussé par une force motrice : l’Esprit.
Si elle s’expose, elle ne met pas en danger, parce que Christ est devant, un appui un abri et qu’il faut le suivre.

Pêcheur d’hommes invite soi-même à se taire et à faire TAIRE, à prendre des risques peut-être à y laisser des plumes, en communion, avec celui qui a été et est le Pêcheur d’hommes, Jésus-Christ.

Les défis familiaux qui existent aujourd’hui compliqués, y compris tous ceux qui existent aujourd’hui dans le monde, l’imposent ; je ne parle pas des migrants sur la mer, du climat, des personnes qui sombrent dans un océan de grisaille ‘où il faut les tirer, hors des eaux salées de la mort et de l’obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas’.

Oui, ces défis imposent d’être pêcheur d’hommes : une Parole, une action qui permet la vie. A toute échelle il est possible et indispensable de le vivre. En tout cas, c’est une question que chacun que peut se poser chaque jour (même à toute petite échelle).

C’est cela se convertir à l’Evangile, sans filet, dans la confiance en Dieu comme le demande Jésus. Alors ce qu’il y a de magnifique c’est qu’en pêchant on est repêché soi-même, l’Esprit de Dieu nous apporte alors la grâce. Pêcher, repêcher sans cesse….

 

Allons voir ce qui est sous l’eau ! Il y a toujours quelqu’un à repêcher …

 

Amen

Marc 6, 30-34 – Jésus est ému par la foule

Dimanche 19 juillet 2015, par le Pasteur B. Hollard-Beau

Lectures

Ephésiens 2, 13-18

Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches, par le sang du Christ.

Car c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait que les deux soient un, en détruisant le mur de séparation, l’hostilité. Il a, dans sa chair, réduit à rien la loi avec ses commandements et leurs prescriptions, pour créer en lui, avec les deux, un seul homme nouveau, en faisant la paix, et pour réconcilier avec Dieu les deux en un seul corps, par la croix, en tuant par elle l’hostilité. Il est venu annoncer, comme une bonne nouvelle, la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches ; par lui, en effet, nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit.

Marc 6, 30-34

Rassemblés auprès de Jésus, les apôtres lui racontèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. Il leur dit : Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu. Car beaucoup venaient et repartaient, et ils n’avaient pas même le temps de manger.

Ils partirent donc dans le bateau pour aller à l’écart, dans un lieu désert.

Beaucoup les virent s’en aller et les reconnurent ; de toutes les villes, à pied, on accourut et on les devança.

Quand il descendit du bateau, il vit une grande foule ; il en fut ému, parce qu’ils étaient comme des moutons qui n’ont pas de berger ; et il se mit à leur enseigner quantité de choses.

 

Prédication

Voici quelques versets du début de  l’évangile de Marc, qui précèdent le fameux récit de la multiplication des pains.(section des pains)

Très émouvants versets qui font partie de ces quelques passages bouleversants de l’Evangile,, car l’on apprend que Jésus est bouleversé également, il est dit : « ému aux entrailles » .

Il faut savoir que Jésus est toujours bouleversé dans l’Evangile pour des situations qui concernent des personnes autour de lui, qui sont dans des situation de détresse ou de mort …. Cette situation le renvoie alors à sa propre mort ; il est alors ému aux entrailles, dit le texte grec ; c’est le mot réel de la ‘compassion’.

Alors pour que Jésus soit bouleversé ainsi, on s’attendrait à ce qu’il pressente un danger terrible. Et qu’apprend-on ?

Que si Jésus ressent ce malaise, c’est que la foule dont les disciples s’occupaient, soignaient,  Jésus la trouve « instable ».

Le rédacteur dit même qu’elle est ‘sans berger’.

Cette foule à l’allure de moutons représente les non-croyants, les païens, ou selon d’autres avis : les premiers chrétiens dans leur Eglise qui se comportaient mal. Ils n’attendaient que des miracles et avaient un comportement personnel et hostile : « l’inimitié » qu’évoque Paul dans l’épitre aux Ephésiens .

En tout cas, ils sont dans le texte, comme des ovins, dira J. Calvin, des moutons de panurge…

Et savez vous ce que sont des moutons de panurge ?

Cette expression vient du Quart Livre de Rabelais, écrit en 1552, temps de J. Calvin, …..

Panurge était le compagnon de Pantagruel, homme assez malin. Il est embarqué sur un bâteau, et il se dispute avec un dénommé Dindenault, pour une affaire de marché.  Pour s se venger, il lui achète sur ce bateau, la plus belle bête de son troupeau ;  une fois achetée il la jette à la mer.  Tout le troupeau va suivre …

C’est exactement la situation que l’évangéliste  Marc va décrire (Matthieu également): cette foule instable courre et va n’importe où : elle « accourait ensemble » (sunedramon ) en grec.

Alors  je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de courir ensemble : ce n’est pas très facile. Cela peut-être  même très dangereux, si l’on hésite, si l’on ne va pas à la même vitesse, ou si l’on tombe, on peut être bousculé, même piétiné, et surtout, dans le même élan, on peut entraîner d’autres, qui n’ont rien demandé.

Dans un mouvement de troupeau  n’y a plus alors de discernement individuel , on peut être entraîné sans le vouloir dans  une situation non contrôlée,  qui peut faire tomber d’autres.

Cette foule sans discernement, instable, qui le dérange touche alors de très près Jésus, et pour cause : c’est cette foule sans berger, qui dans ces mêmes conditions, réclamera à grand cris qu’on crucifie Jésus.

C’est cette foule sans berger, sans foi, qui va être homicide. Son manque de discernement va entrainer la mort de Jésus. Et s’il s’en émeut aux entrailles, c’est que ce manque de discernement peut aussi entraîner avec la mort d’autres personnes.

Alors, il est vrai que ce phénomène grégaire  a toujours existé, existe tout à fait aujourd’hui  également. Il est parfaitement repérée en sociologie :

Il porte un nom précis : « la preuve sociale » .  Cette expression définit l’individu qui ne sait pas quoi « faire ou penser », qui  a une tendance naturelle à adopter le point de vue des autres, il s’agglutine près d’eux.

Un exemple de « preuve sociale «  assez courant consiste en l’attitude de celui qui cherche un restaurant,  une religion, ou un lieu de culte ….. Il ira le plus souvent dans un lieu qu’il n’aurait pas choisi d’emblée, mais où il y aura beaucoup de monde..

La preuve sociale, c’est par conséquent, le fait d’aller dans le sens du troupeau, sans se consulter soi-même avec discernement … Pour le choix d’un restaurant, ce n’est pas grave, mais cela peut être dangereux dans d’autres situations où il faut réfléchir en son âme et conscience et non en troupeau, avec « preuve sociale ». L’actualité nous le rappelle lorsque nous voyons des situations de populisme,  ou de radicalisme terroriste, ou autres …..

 

Alors ce qu’il y a d’extraordinaire dans notre récit, c’est que, si l’on regarde de près, en son  début, Jésus donne un contrepoint à l’attitude du manque de discernement, de cette foule qui courre ensemble sans berger (preuve sociale).

Quel est ce contrepoint ?

Ecoutez -bien,  ce sont les seules paroles de Jésus du texte (qu’il dit aux disciples)  :

Venez-vous vous autres, à l’écart, dans un lieu  désert, et reposez-vous un peu

Ce n’est pas une expression dite à la légère. Chaque mot est important.

-D’abord dans le texte  grec, il y a cette insistance : venez vous-mêmes , ou traduit aussi comme venez  « vous-autres »,  comme s’il fallait ce temps singulier d’interrogation personnelle pour être autre, pour être ‘soi-même’ …

-Et puis, venir à l’écart.. Cela est important. Cette mise à l’écart de la foule, cet écart de soi, est le contraire de la posture grégaire du mouton de panurge….

-Et la plus importante, mais qui va avec : ‘dans un lieu désert’. Le lieu désert, eremia  en grec,

mitbar  ou  en hébreu, vient de Rhema (grec) et de dabar ( hébreu), la Parole :

le désert est un lieu qui se situe à travers la PAROLE DE DIEU.

Alors voilà ce que Jésus invite à faire pour éviter l’instinct grégaire: se retrouver au désert à l’écart et prendre le repos nécessaire pour recevoir la simplicité de la Parole de Dieu.

C’est ainsi qu’on peut retrouver le berger qui est le guide  et qu’on se retrouve  soi-même. C’est ainsi qu’on  retrouve la Parole de Dieu qui mène toujours vers la LIBERTE….

Cette Parole  dont Luther disait dira dans  ‘La liberté du chrétien’, « qu’on a que cela ».

C’est cette Parole de Dieu révélée par les prophètes, que Jésus  a citée au moment de sa tentation dans le désert, et qu’il a pu trouver ; Parole qui est bien plus que la nourriture terrestre, ‘L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu’.

Cette seule Parole sera Christ la Parole. Jésus sera le «  berger » de la Parole , conduisant vers la Parole de Dieu, là où Moise, lui n’a pas su mener le peuple, ( même si Josué qui a le même nom que Jésus,  lui , saura mener le peuple…)

Jésus le Christ sera le berger de cette Parole de Dieu, qui va permettre aux disciples (qui avaient pas de temps de manger ni de boire)  d’enseigner, de guérir, de remettre en vie , de nourrir le peuple. (récit  juste avant la multiplication des pains).

Jésus sera le berger de la Parole pour un  peuple sans berger. Il leur enseignera la vie et la vérité, avant de leur DONNER SA VIE , afin que le peuple ne meure pas….

Jésus sera le berger qui mènera les disciples et le troupeau, leur  indiquant que chacun, comme lui l’a fait au désert,  doit apprendre et à la recevoir en se mettant à l’écart, dans un lieu de l’Esprit ; lieu intime de la rencontre, désert, prière  où l’on retrouve la force de Dieu, rencontre qui nourrit qui donne force, confiance, discernement personnel. La Parole de vie.

 

Alors  mes amis,  au moment de l’été, j’ai confiance en cette possibilité pour chacun de trouver la Parole. Le désert pour retrouver le Sens, retrouver le Berger, le seul vrai Pasteur, et après se retrouver soi-même.  Certains vont se disperser, d’autres resteront, là. Certains se déplaceront géographiquement,  d’autres  non. Peu importe, le déplacement géographique, pour la mise à l’écart et se remettre à la Parole, ce n’est pas l’essentiel .

Une  mise au désert de soi en revanche, est bénéfique, pour aller vers « soi-même », être  « nous autres », en prenant le temps de l’écoute, du recueillement, du repos.

Oui, c’est dans ce REPOS  de soi, donné,  demandé par Dieu, cette pause en Dieu en son repos, que nous pouvons retrouver la force  de ne pas COURIR ensemble, mais de CONSTRUIRE  ensemble, menés par le Seigneur, qui nous enseigne non pas ‘l’inimitié’, mais l’amour, la vérité  et la VIE. LA vérité est toujours vivante.(et non la preuve sociale).

Du  repos pour se refonder, se nourrir, avant de nourrir d’autres, qui n’attendent que ce geste .

Jésus va dire aux disciples juste après : donner vous mêmes à manger. Mais pour cela ne faut –il pas s’être nourri soi-même par le Berger ? Ne pas se tromper de Berger.…

Alors oui, allons nous mettre à l’écart au désert, avant de nous retrouvrer…

Théodore Monod nous disait souvent en famille : Vous parler du désert , mais pour parler du désert,  ne faut –il pas d’abord commencer par se taire pour entendre la Parole, Jésus– Christ .

 

Amen

Marc 5, 21-43 – « Ma fille, ta foi t’a sauvée, va en paix »

Dimanche 28 juin 2015, par Clotaire d’Engremont

Il faut d’emblée se l’avouer, le dire le plus simplement possible : les miracles tels qu’ils figurent dans les évangiles sont gênants et même souvent nous ennuient car ils nous placent devant un double et inconfortable écueil, dont il est difficile parfois de sortir, tant il est effectivement compliqué de sortir de l’un tout en évitant de se fracasser sur l’autre.

Le premier écueil singulièrement présent dans le monde de l’ouest européen contemporain, et bien sûr en France, consiste à défendre à tout prix le « raisonnable », car ces récits dits miraculeux se heurtent à notre rationalité. C’est proprement impossible  disent les auteurs « raisonnables » !
Les plus rationalistes ricanent et en dignes successeurs de l’Esprit des Lumières du XVIIIe siècle, repris par Ernest Renan au XIXe siècle, s’ingénient à démontrer l’impossibilité de telle ou telle guérison tout en concevant malgré tout (même Ernest Renan l’a admis !) que le Christ a dû avoir des qualités de thaumaturge.

Le deuxième écueil est, à l’inverse, de considérer que les récits de guérisons dites miraculeuses doivent être regardés comme des preuves intangibles de la toute puissance de Dieu et déclencher chez le croyant ébahi l’émerveillement béat. Dans le sud de la France on parle des « ravis de la crèche »…Cette expression populaire me parait bien appropriée.

Pris entre ces deux écueils, nous risquons soit de croire en Christ malgré les prétendus miracles auxquels on ne peut pas croire, soit au contraire de croire en Christ parce qu’il aurait accompli de nombreux miracles, prouvant en cela qu’il est bien le fils de Dieu tout puissant et dominateur, donc toujours lointain et inaccessible.

Les deux récits que nous venons de lire au chapitre 5 de l’évangile de Marc participent aussi à cette gêne lancinante dont je viens de parler. Pensez-donc ! Une jeune femme qui arrête brusquement de perdre son sang, ou une jeune fille apparemment morte qui sort de son coma profond après un simple geste.
Commençons par cette jeune femme dont le récit, comme enchâssé dans le récit de la fille de Jaïrus, nous est raconté de façon très alerte et dynamique. La jeune femme est forcément impure puisqu’elle perd son sang depuis douze ans. Elle s’enhardit devant l’échec des médecins, à toucher les vêtements de Jésus, brusquement, par derrière, car elle avait entendu parler de ce Rabbi et était dans la certitude que simplement toucher ses vêtements pourrait la guérir ! Je cite le verset 28 «  si je touche, ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée !  » Cette jeune femme qui est impure et qui le sait, arrive par l’arrière, presque à l’improviste. Elle est habitée par une telle foi qu’elle ose le tout pour le tout ; et avec courage elle transgresse les tabous qui à cette époque faisaient croire à toutes les sortes de contaminations par simple toucher. Cette femme s’inscrit dans une démarche de confiance absolue ; c’est elle qui a fait le premier pas… Le récit donne l’impression que Jésus accepte tout de suite la démarche, et quand il se retourne, il sait déjà à qui il pose la question « Qui a touché mes vêtements » (verset 31). Le sang ne coule plus et Jésus sut « qu’une force était sortie de lui » (verset 29). Nous sommes clairement tenus de constater que la guérison de cette femme a engendré chez Jésus une déperdition de puissance ! Nous sommes loin, à ce moment de notre méditation, des thèses apologétiques de certains exégètes fondamentalistes. Ce qui est là remarquable et même en définitive proprement sidérant, c’est la découverte de deux évènements simultanés : la guérison de la femme et la perte de puissance de Jésus mises en parallèle, sur le même plan. Entre Jésus et la femme qui ne perd plus son sang, c’est une vraie rencontre… En se jetant à ses pieds et en clamant la vérité malgré sa peur, la femme enfin guérie retrouve sa dignité d’être humain. Elle est réintégrée dans la communauté humaine et le Christ peut dire alors cette phrase conclusive « Va ma fille, ta foi t’a sauvée ».

Le récit de la femme qui touche les vêtements de Jésus est comme enchâssé dans le récit de la fille de Jaïrus… En effet, avant même de rencontrer cette femme, Jésus est apostrophé par Jaïrus, un des chefs de la synagogue, qui lui demande de se rendre d’urgence au chevet de sa fille mourante… Jaïrus qui souhaite voir grandir sa fille – cela apparait comme un désir compréhensible – a appris qu’un certain Jésus « imposait les mains » sur la tête des malades… Et pourtant Jésus, malgré l’urgence apparente et l’insistance de Jaïrus, trouvera le temps avant de se rendre au domicile de celui-ci, de rendre à la normale la femme ensanglantée… Avant de répondre à la demande d’un notable, chef de la synagogue, Jésus s’est occupé d’un être plus petit, ici une femme. Cela a , me semble t-il, une signification toujours essentielle dans la vie de Jésus. Pensons à la samaritaine, la femme adultère ou le soldat romain. Jésus s’intéresse aussi et souvent d’abord aux plus petits. Mais là, il est question d’espérance et de foi. Jésus ne cherche pas à expliquer son retard à suivre le chef de la synagogue. Il ne cherche pas à remettre en cause en chemin la parole de ceux qui annoncent que la mort a fait son œuvre et qu’il est trop tard… Avant même d’arriver au domicile du notable affligé, il lui dit, en écartant au passage les importuns : « N’aie pas peur, crois seulement ». Puis ensuite devant la mère et le père stupéfaits, il fait en sorte que la jeune fille se réveille ! Par sa démarche pressante au début de la première partie du récit, et en ne désespérant pas jusqu’au bout, le chef de la synagogue a démontré à Jésus qu’il avait confiance en sa parole et qu’en définitive la Foi peut, là encore « soulever des montagnes » et même faire sortir de la léthargie un être apparemment en sommeil profond. Certains exégètes ont rapproché ce sommeil de celui dans lequel est tombé Jésus avant d’être réveillé par les disciples pour apaiser la tempête sur le lac. Nous ne chercherons pas ce qu’il en était avec certitude. Certains croyaient la jeune fille morte ! Jésus fait en sorte qu’elle se réveille ; cela signifie que le chef de la synagogue a fait confiance à Jésus et réciproquement. C’est là l’essentiel de la Foi : une affaire de confiance ! Et cela doit nous suffire, chères sœurs, chers frères !

 

En quoi le récit de ces deux miracles doit encore nous intéresser, nous, femmes et hommes du XXIe siècle ? La portée de ces deux récits réside dans l’imbrication de la rencontre et de la réponse apportée. Ces miracles sont signes de la présence de Dieu et, en actes, permettent à Jésus de nous transporter, en une sorte de métaphore, vers la libération, le pardon et l’amour. « Va ta foi t’a sauvée » dit-il à la femme qui a recouvré sa dignité ! Nous sommes loin d’une pensée que les esprits forts contemporains voudraient seulement magique et digne des temps anciens révolus. Comme si devenus obsolètes, nous n’aurions rien à apprendre des temps anciens ! Comme si l’évangile de Marc était devenu obsolète ! Ces deux récits ne vont pas évidemment jusqu’à la Résurrection, mais par la confiance inébranlable de deux êtres envers Jésus, ils racontent l’accès à une vie nouvelle sur le chemin de la foi qui sauve et qui dépasse les frontières.
En outre, depuis lors, vous et moi, nous savons depuis la crucifixion que Jésus Christ est le Sauveur et qu’il nous a donné gratuitement sa grâce en ressuscitant d’entre les morts ; ou, en des termes plus poétiques, que j’emprunte à Charles Peguy : nous savons que « la Foi, c’est l’espérance d’un amour possible »

Amen

 

Marc 1, 40-45 – Jésus guérit un lépreux

Un lépreux vient à lui et, se mettant à genoux, il le supplie : Si tu le veux, tu peux me rendre pur. Emu, il tendit la main, le toucha et dit : Je le veux, sois pur. Aussitôt la lèpre le quitta ; il était pur. Jésus, s’emportant contre lui, le chassa aussitôt en disant : Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour eux un témoignage. Mais lui, une fois parti, se mit à proclamer la chose haut et fort et à répandre la Parole, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et on venait à lui de toutes parts.

Amis frères et sœurs, nous poursuivons notre Evangile de Marc,Jésus qui inaugure son ministère en Galilée, en annonçant le Royaume Dieu et en guérissant des personnes malades, dites impures. Aujourd’hui dans notre Evangile du jour, Jésus va guérir un lépreux : guérison très humaine, mais qui dit humaine, ne dit pas sans mystère

En effet, le questionnement  que ce récit  soulève, interroge encore aujourd’hui.

On se demande pourquoi après avoir guéri un lépreux, Jésus se met en colère contre lui et le menace. Cette attitude de Jésus trop humaine fait couler beaucoup d’encre parmi les exégètes, avec des suppositions qui vont de l’idée que Jésus n’aurait pas voulu guérir le lépreux, qu’on lui aurait forcé la main,jusqu’à l’idée qu’il s’offusque contre la loi, ce qui est plus probable.

En tout cas, cette attitude de Jésus témoigne de son humanité. Elle  soulève une question existentielle très spirituelle : l’impuissance morale.

Cette impuissance morale, certains philosophes l’appellent l’empêchement de faire. Elle existe dans la vie courante matérielle et spirituelle ; elle est un problème récurrent de notre temps. On verra comment Jésus s’en libère.

Et ce sera frères et soeurs le thème de notre méditation.

Alors voyons ce que décrit ce récit : Le personnage principal est un lépreux qui s’approche de Jésus. Le lépreux, on l’a entendu tout a l’heure, représente dans le judaïsme, l’impureté par excellence. Elle dépasse le médical, et le symbolique, la peau frontière du dedans et du dehors, pour toucher le domaine du social et même du religieux. Ce qui est grave c’est qu’elle  coupe le malade de la RELATION avec la communauté́ et avec la synagogue.

Une personne malade pour appliquer les prescriptions de pureté́ de la Loi du Lévitique doit donc s’éloigner. La fin de sa maladie et de son état d’impureté n’est pas sa guérison physique, mais sa réhabilitation sociale et religieuse dans la communauté.

Alors notre lépreux malgré ces dispositions va enfreindre la loi mosaïque et s’approcher de Jésus au risque de le rendre impur, lui disant, si tu le veux (revêtir le péché)  tu le peux. Jésus le veut et le touche, car en le voyant ainsi, il est ‘ému aux entrailles’.

Ce verbe n’est  utilisé que pour Jésus lorsqu’ il est ému humainement devant la mort possible d’un homme. Sa mort lui rappelle la sienne. Avec l’énergie de la résurrection. Il le guérit. Mais en touchant ce lépreux, Jésus devient impur aux yeux de la loi

Alors pourquoi après la guérison Jésus se met-il  en colère ? Qu’est ce que sa colère ?

SA colère est la PROLONGATION de son EMOTIONHUMAINE. De même qu’il est ému aux entrailles, de même qu’il est impur, il est en colère : on est dans la même émotion.

La colère, si vous regardez le dictionnaire est une émotion humaine du  type « humeurs », qui crée de la bile, des influx nerveux et autre ». Ce mot a donné même le mot  choléra que l’on peut  rapprocher de la peste de cet homme. Dans sa colère, Jésus  est humain comme le lépreux. Impur il revet en plus de l’impureté, une sorte de « péché  d’humanité ».

Pourquoi  se met-il en colère alors qu’il a guéri le lépreux ?

Est-ce parce qu’il a pris des risques terribles vis a vis du Judaïsme et que la LOI est injuste

Est-ce parce que cette guérison sera incomprise va  le conduire à la mort ?

Est ce que parce que personne ne peut comprendre la guérison spirituelle, avant sa Croix et sa Résurrection : (le secret messianique) et il pressent qu’après la Résurrection ce sera pareil.

En fait toutes ces raisons sont englobées : cela touche l’INCOMPREHENSION.

Jésus est en colère par  impuissance  humaine;  il sent et pressent en SON HUMANITE qu’on  on ne comprend pas la GRACE, la vie en Dieu, et que la guérison  spirituelle n’est pas comprise. GUERISON qui est VIE.

On s’arrête à l’EXTERIEUR  de la peau et non à la vie

En se disant cela c’est toute sa prédication qui tombe : le Royaume de Dieu qui approche, que  la grâce de Dieu sauve et guérit.

Non seulement le visible est incompris mais a fortiori, l’INVISIBLE don de vie est rarement compris, la GRACE est incomprise. Pas de guérison de l’âme. impuissance

A transmettre. C’est pour cela que Jésus veut que le lépreux taise sa guérison

Parce que même le lépreux n’a même pas compris sa guérison. Trop tard il parle….

Alors qu’est ce que  fait Jésus pour sortir de sa colère de cette impuissance que pourrait avoir toute personne.

Jésus va faire les 3 choses que les psychanalystes de la Gestalt recommandent (Anne Ginger) pour sortir de l’impuissance morale ..(ce texte est très moderne) mais dont la dernière a une grande profondeur spirituelle qui vraiment appartient à Jésus.

-1/ Exprimer son émotion. Lorsqu’on  se sent  impuissant,  il faut exprimer sa colère et  mettre des mots dessus. C’est ce que fait Jésus : il se met en colère et menace avec des mots

-2/ Lâcher prise. C’est ce que Jésus  fait puisqu’après sa colère, il va changer d’attitude, et va être dans le conseil vis à vis de l’homme qu’il a sauvé.

3/ Mais surtout : Retrouver le fil de l’agir : l’actionc’est prendre l’énergie de vie que donne Dieu et CREER malgré sa révolte.  Il va le guérir, mais il va envoyer cet homme le lépreux, vers le domaine qui provoque sa colère, la loi, en le réinsérant dans le monde.En faisant valider sa guérison. Il dit au lépreux va te montrer au prêtre  et offre un sacrifice pour ta purification.

Au lieu de continuer à être en rupture avec la LOI , Jésus VA ROMPRE LA RUPTURE Plonger dans ce qui fait le plus mal. Il va  rapprocher le lépreux de la loi.

Rompre la rupture, c’est sortir du péché. Le péché est la RUPTURE.

Cette façon de faire ressemble à l’idée de tendre sa joue gauche , d’aimer ses ennemis et autre.

Au fond, il le pousse vers la RELATION vers les prêtres .Mais lui demandant de ne pas parler de la grâce  qu’on ne  comprend paspour le moment et qui sera tout entière récapitulée en la Croix et la Résurrection dans le don de sa personne, Chris, grâce qui délivre du péché..Le lépreux n’a pas compris la guérison spirituelle, il  alla lerépéter ce secret avec beaucoup de paroles. Il a échoué

Alors qu’est ce que cette belle parabole peut nous dire. ?

La vie spirituelle est difficile. Dès qu’il y a humanité, il y a non vision du spirituel.

Non clairvoyance de la foi, de l’amour, de la VIE.

Chaque homme a affaire avec une impuissance spirituelle.Il ne se sent pas guéri spirituellement.Il y a un empêchement de faire, de communiquer la FOI, et  l’amour, dans les liens familiaux, et autre.Le don de la  grâce, se comprend difficilement,

De même ’homme ne comprend pas son ultime ni l’ultime de l’autre, ni la vie en Christ,

 

C’est la conséquence du péché  (non clairvoyance de la foi) Nicolas Berdiaev, dans de la destination de l’homme, éthique de l’impossible » en parle magnifiquement.(Toute la Bible en parle, tout l’art émane de cet empêchement ,commele dit Saura, Tapies, Bram Van Velde).

-Pour sortir de l’impuissance morale,comme le fait Jésusterrassé par son humanité quand il a  été touché par le lépreux, impur, il est possible qu’il faille d’abord faire sortir ses émotions. Et après lâcher priseet retrouver le fil de l’agir avec la force de l’Esprit que Dieu donne C’est lorsque je suis faible que je suis fort.

Et là se demander ce qui nous donne cette impuissance.  L’impuissance morale a souvent affaire avec une RUPTURE. Il faut la trouver.Et là essayer de  ROMPRE avec cette  RUPTURE : aller ou cela fait mal, comme Jésus qui retourne vers l’homme de la loi.

Jésus Touche l’impur, ne l’oublions pas.

L’Esprit Saint transfigure. C’est l’Esprit de Résurrection.

Il est possible de transfigurer sa blessure.C’est possible. Que là où cela faisait mal, un bien extrême en ressorte. Combien j’ai vu de réconciliation, dans les familles dans les couples ainsi.De là ou il y a du mal : résurrection. Rompre cette rupture ; Retrouver la RELATION.

Il faut retrouver  laRELATION . C’est cela sortir du péché. C’est recevoir la vie.C’est comme la lèpre  et le judaïsme,  on est guéri quand on revient en relation….C’est je crois mon message.

Christ se trouve au milieu des autresdans la RELATION,.On y perçoit la Grace.

La RELATIONà l’autre inverse la non-vision de la GRACE, elle en TEMOIGNE ,

elle témoigne du Christ.  (Là où 2 ou 3 sont réunis en mon nom je suis au milieu d’eux.)

On y trouve de quoi sortir de l’empêchement de voir et de faire..C’est le travail de notre Eglise. C’est le miracle de la vie. Je crois que quand on le comprend on est guéri.

Amen

 

 

 

Marc 1, 21-28 – L’homme possédé d’un esprit impur

dimanche 1er Février 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

Ils entrent dans Capharnaüm. S’étant rendu à la synagogue le jour du sabbat, il se mit à enseigner. Ils étaient ébahis de son enseignement ; car il enseignait comme quelqu’un qui a de l’autorité, et non pas comme les scribes.Il se trouvait justement dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur, qui s’écria : Pourquoi te mêles-tu de nos affaires, Jésus le Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais bien qui tu es : le Saint de Dieu ! Jésus le rabroua, en disant : Tais-toi et sors de cet homme. L’esprit impur sortit de lui en le secouant violemment et en poussant un grand cri. Tous furent effrayés ; ils débattaient entre eux : Qu’est-ce donc ? Un enseignement nouveau, et quelle autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent ! Et sa renommée se répandit aussitôt dans toute la Galilée.

Amis frères et sœurs, la question de l’autorité est souvent au centre des débats aujourd’hui. Qu’est ce qui fait autorité ? Autorité dans les religions, l’autorité parentale qui est remise en cause, celle de l’enseignant, du maitre d’école, l’autorité des institutions, et même l’autorité des Ecritures, (au dernier synode, il a été demandé d’y consacrer un synode entier).

Si l’autorité est questionnée aujourd’hui, il faut le dire franchement, c’est qu’elle est

contestée de tout bord. Selon l’avis des sociologues, l’autorité verticale du chef, ou d’une institution, est souvent remise en cause par une autorité horizontale et diffuse des réseaux sociaux via internet, qui lorsqu’ils s’accordent avec la première, permet une vraie culture du vivre ensemble, et si non, mène à situations complexes, voire parfois totalitaires…

Alors, notre texte de l’Evangile de Marc ce matin va faire état aussi d’autorité : l’autorité de Jésus, ou plutôt de son enseignement , devant la quelle toute la synagogue s’incline.

Il est dit ce verset : il enseignait en homme qui a autorité …(intéressant le mot homme !)

Cette autorité de Jésus est intéressante à analyser car elle complète cette question de l’autorité , tant pour une personne ayant une fonction qui demande de l’autorité, que tout un chacun pour faire face et avoir autorité sur sa vie.

Alors déjà, l’autorité vient de auctoritas ou exousia qui veut dire qui faire croitre.

Si l’on prend les 3 catégories avec lesquelles Max Weber défini l’autorité est ce qu’on reconnaît l’autorité de Jésus ?

MW attribue à l’autorité 3 possibilités :

– L’autorité par tradition, qui serait le fruit d’un l’héritage. Par exemple, le père dans une société patriarcale, le roi dans un régime monarchique.. .. Là ce n’est pas le cas pour Jésus.

– L’autorité par charisme, légitimée par les qualités exceptionnelles d’une personne.

Oui, Jésus avait du charisme, mais n’avait aucune légitimité car il contredisait le pouvoir religieux en place, donc le charisme était remis en question.

– L’autorité par raison. L’autorité du chef fondée sur la rationalité d’un propos connu;

Pour Jésus ce serait plutôt le contraire : Il est dit dans notre récit que jésus enseigne contrairement aux scribes. Ces derniers étaient rationalistes, légalistes et accablaient plutôt que de libérer ;

la PAROLE DE JESUS n’était pas rationaliste , elle était INSPIREE par L’ESPRIT, faisait AUTORITE par ce que l’Esprit fait AUTORITE . Elle était agissante.

Alors n’y a-t-il pas autre chose dans ce texte qui permette de comprendre l’autorité de Jésus? Si ! Il y a des traits de l’action de Jésus passionnants dans le texte parce que très HUMAINS, et qui apportent à la compréhension de l’autorité :

-D’abord dans le récit, Jésus est attaqué par un homme, qui l’appelle Jésus de Nazareth, ce qui veut dire Jésus de rien du tout. Cet homme dit que Jésus est venu pour les détruire. Cet homme, appelé possédé, serait appelé aujourd’hui plutôt paranoïaque, ou skysophrène ; il a un syndrome de persécution c’est la définition du paranoïaque.

Et là, alors que l’homme décompense sur Jésus, Jésus au lieu de sur-réagir vis à vis de sa

propre dignité, Jésus prend sur lui. Il ne s’occupe que de libérer l’homme de son poids.

Et comment ?

– Sa PAROLE a autorité sur l’esprit impur, l’esprit est vaincu ; mais aussi, plus pratiquement et de manière humaine, au lieu de se vexer et d’écarter cet homme de lui, ce qui est frappant c’est que Jésus ne s’attaque qu’à ‘l’impureté’ de ce mal, de cet Esprit . Il ne le fait pas en enfermant l’homme comme cela se faisait à l’époque, mais en SEPARANT l’homme de son mal impur.(il le fait taire). Jésus ne confond pas le mal et son sujet l’homme. Il montre une grande LIBERTE dans ce comportement. Façon NOUVELLE d’enseigner, qui a autorité.

Au fond si Jésus ne se laisse pas attaquer, et ne se pose pas en victime attaqué, c’est qu’il a le charisme et la LIBERTE de guérir et ceci parce que Jésus agit en se référant à PLUS HAUT que lui : Dieu, l’Esprit. SA PAROLE (comme il est dit quelques versets plus haut) émane de sa FOI en le royaume de Dieu qui approche

Son autorité est liée au fait que sa FINALITE n’est pas lui même . SA PAROLE, émane de cette FOI en L’ESPRIT . Il y puise la LIBERTE qui lui permet que sa Parole guérisse.

Alors IL LIBERE en séparant l’homme de l’esprit impur, comme s’il le remettait en état pour que cet homme aussi libre puisse vivre par l’Esprit. (comme Christ)

Alors cette façon de faire de Jésus est importante à entendre dans notre vie de chaque jour.

Autant pour l’homme qui un une fonction qui demande autorité, que chacun pour sa vie.

Bien sûr on peut avoir en tête les classifications de l’autorité que décline Max Weber : tradition, charisme, et rationalité. On peut également se fier à un ouvrage plus récent : celui de Michel Serres, Petite Poussette , qui dit que seule la COMPETENCE aujourd’hui fait autorité puisque les gens sont tellement surinformés, parce qu’ils contrôlent tout avec la petite poussette d’internet.

Mais cette compétence est-elle autorité, dure-t-elle, est-ce qu’elle LIBERE, est-ce qu’elle fait croitre. Est-ce qu’elle est forcément respectée ?

Si la personne compétente est asphyxiée par les problèmes ou les autres , par une réputation, un ego surdimensionné, a –t-elle de l’autorité ? NON je ne crois pas.

Comment faire ? L’exemple Jésus est intéressant. (Outre sa Parole qui fait autorité) . Est-ce que la CLE de l’autorité d’une personne, celle qui fait croitre, n’est pas de faire comme Jésus s’en remettant à plus HAUT que soi. Servir autre chose, pas soi-même, ne pas avoir comme une fin en soi, son propos, mais sa MISSION (envoyé par quelqu’un) . Quand on voit élus dont la mission est plus de se servir, qu’à servir , ou plus leur réélection, que d’ être service de leur institution , ou du ‘bien commun’.

Etre envoyé par PLUS HAUT QUE SOI, permet de SERVIR et d’avoir autorité. C’est

avoir un au-delà, un idéal, c’est cela honorer une MISSION.

Cela donne une liberté qui permet de libérer l’autre , qui seule de fait croitre, qui permet de relativiser et de ne pas tout jeter. Ecarter le bon du mauvais, le pur de l’impur, discerner, relativiser.

Jésus est animé par l’Esprit Saint dans sa MISSION . Il se réfère à Dieu, à l’Esprit .

Il est même dans la SOUS-MISSION. L’obéissance . (parakuo, au dessous de l’écoute)

Pas au sous-mission au sens autoritaire et aveugle, mais au sens d’un service.

(C’est la façon dont les orthodoxes perçoivent l’AUTORITE De la trinité. Le fils est sou-mis au père, le Père au fils, l’Esprit saint au Père. Il y a un partage dans la sous-mission)

Alors Frères et sœurs, si cette question de l’autorité est importante, c’est que l’autorité ne concerne pas uniquement les gens qui ont des responsabilités nationales. Chacun EST FACE à l’autorité de sa vie. Il peut être mutilé par quelqu’un d’autre à côté, par un problème personnel, ou même par soi-même, et là il doit avoir autorité sur sa vie. Avoir autorité sur sa vie, n’est –ce pas aussi s’en remettre à quelque chose de supérieur. Etre envoyé par autre chose ; C’est peut –être cela aussi chercher le SENS : pour certains ce sera chercher spirituellement un idéal, pour d’autres faire la volonté de Dieu. Il faut le chercher ce lien dans la foi.

Quand on a une souffrance, face à l’autre qui vous fait du mal, ou face à soi-même si l’on est mal ou qu’on se sent coupable, il faudrait s’inspirer de ce que Jésus reçoit, cette LIBERTE de l’Esprit : pouvoir écarter le bon du mauvais, ce qui relève de la lettre et de l’Esprit, et ne pas tout rejeter en masse, ou ne pas subir tout en totalité, ne pas prendre en pleine figure, C’est peut –être cela se soumettre à la volonté de Dieu. Faire entrer l’Esprit de Dieu :la VIE.

La Parole du Christ fait autorité. Elle fait ce qu’elle dit. Elle guérit. Mais cela n’exempt pas l’homme de REAGIR AUSSI, de pouvoir utiliser sa liberté pour séparer ce bon du mauvais, au nom d’une Parole qui fait autorité . Cela peut être aussi avoir le sens de D’HUMOUR. Relativiser, être dans la liberté DE CONFIANCE ; cela permet la création.

Parce que au fond si l’on peut avoir autorité sur sa vie, C’est que la Parole de Christ a autorité. C’est LUI qui a pris sur lui le mal , C’est lui qui nous affranchi.. Si l’on peut prendre sur nous c’est que c’est LUI qui nous envoie l’Esprit, c’est lui qui trie le pur et l’impur. C’est lui le PUR, C’est lui le « SAINT de Dieu « dit le possédé, qui nous donne la force de pouvoir être libérer et de libérer et faire croître notre proche.

Ces derniers jours, certains peut –être ont eu la chance d’entendre à la radio ou à la télévision, les témoignages de personnes qui ont pu échapper à des camps de concentration.

C’est impressionnant, certaines personnes ont pu se sortir, du BESTIAL, de l’horreur PAR L’ESPRIT ou par Dieu ou Christ , ou un simple témoin de la PAROLE qui agit. Ils arrivaient tout à coup à séparer le mal du reste. Ils arrivaient à vivre leur MISSION de vie. Dans cette autorité, ils ont entrainé d’autres.

De la Trace de l’Esprit, au Geste de faire croître, Gloire à Dieu, au Christ le SAINT de Dieu qui a pris sur lui, avec sa parole qui a autorité ; il nous permet de vivre ensemble en horizontalité, en communauté. Il nous rend capable de vivre et de croitre. Il nous donne l’autorité d’être en mission pour discerner, aider et témoigner. Au nom de Jésus-Christ.

Amen

Marc 1, 9-11 – Le baptême du Christ

Dimanche 11 janvier 2015 – par le Pasteur Béatrice Hollard Beau

 

En ces jours-là Jésus vint, de Nazareth de Galilée, et il reçut de Jean le baptême dans le Jourdain. Dès qu’il remonta de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre vers lui comme une colombe. Et une voix survint des cieux : Tu es mon Fils bien-aimé ; c’est en toi que j’ai pris plaisir.

 

Amis, frères et soeurs, ne cherchez pas chez les maitres italiens ou flamands de la renaissance,  une peinture du baptême de Jésus, fidèle au récit que nous venons d’entendre.  Vous n’en trouvez pas. Chez Verrochio,  Philippo Lippi ou le Titien, vous serez surpris de la finesse des traits personnages ou de la transparence des eaux baptismales,

 

mais, vous n’y trouverez pas le texte de  Marc, qui ouvre un chemin profond et spirituel à l’homme, CAR pour être fidèle au MESSAGE biblique, il aurait fallu en premier que le peintre méditât sur le récit, et eut ressenti comme expérience spirituelle la force de l’Esprit au baptême,

et cela, pratiquement seul celui qui prie et peint en icône, peut le transmettre. Pas  même les mosaïques de Ravenne du VIème siècle ; elles ne le rendent pas.

Certaines icônes, comme celles du Monastère Sainte-Catherine du Sinaï, en Égypte, témoignent de cette force ultime de l’Esprit, essentielle au baptême, transmise par Dieu à Christ et par Christ au chrétien en son baptême, naissance de sa vie spirituelle .

 

Alors, c’est vraiment gracieux que ce texte,  soit texte du jour, avec cette actualité lourde mais surtout ,jour de 2 baptêmes.

En effet le baptême du Christ est un événement crucial. Plus important qu’une naissance, il est une mise en VIE avec un grand V, vie éternelle qui touche chacun .D’ailleurs il faut savoir que jusqu’au 4ème siècle, dans le christianisme, on ne fêtait pas la naissancede Christ, NOEL, mais son   baptême (1ère théophanie)qui était sa vraie NAISSANCE :Jésus est immergé  dans l’eau, RE-NAITpar l’ESPRIT dans l’eau de la VIE,  et cela préfigure la Croix et la Résurrection. De plus ce récit est l’appellégitimeoù DIEU  appelle Jésus son fils  bien aimé. ill’adopte et lui envoie  l’Esprit.

 

Mais pour le savoir, devant l’arianisme qui affirmait que Christ n’était pas DIEU, seulement adopté, il a fallu, redonner de l’importance au récit de Noël, la naissance qui montrait que Jésus était bien né de l’Esprit, de mère vierge couverte de l’Esprit ;  et on a un peu mis de côté le baptême du Christ . Sauf les orthodoxes c’est vrai le fêtent davantage.

 

Le baptême du Christ est donc très important  pour le chrétien, car il préfigure son propre baptême. Baptême qui le délivre du péché, c’est à dire de sa pauvreté humaine,  loin de Dieu , loin de l’amour et de la foi.  Par l’Esprit Saint le chrétien Reçoit la VIE. Il s’incorpore (ditCalvin) à la vie de Christ.Plongédans l’eau de la mort du Christ  eten ressort VIVANT de la VIE deChrist début de sa vie  éternelle.

Et cette  icône  d’influence byzantine du monastère  Sainte –Catherine montre la force de l’Esprit dans le baptême de Christ, que l’on retrouve dans la vie chrétienne.

 

Elle le montre par3 détails particuliers à elle, qui donnent une belle compréhension du récit.

 

-En tout premier sur cette icône: on voit comme un TRAIT ROUGE qui marque une TRACE qui relie Dieu à CHRIST, c’est l’ESPRIT DIVIN. (en fond, axe du livre de l’AT, et tables de la loi).Ce trait descend du ciel etdéchire ce ciel en 2 parties : L’auteur (chypriote) donne une importance cruciale à ce 1erverset : il vit les cieux se déchirer. C’est le verbe Skizein,  en grec qui a donné, le mot : ciseau, , schisme.  Le TRAIT relie,  mais marque  aussi une DELIMITATION : A partir de ce baptême de Christ, la TRACE de L’ESPRIT (donné à la Pentecôte)  :le temps est scindé , rien  ne sera plus jamais comme avant :  Par l’Esprit,siChrist reçoit la vie, le chrétien reçoit la VIE également .

 

Mais ce qui est important, c’est de voir comment Jésus reçoit cette vie ?

Il reçoit ce Trait rouge de l’Esprit qui RELIE: en REMONTANT  de l’eau ,de la coupe (à l’envers) de la souffrance et de la Croix il reçoit l’Esprit de PAIX  et de  Résurrection.

 

Ceci veut direaussi pour le chrétien qu’il y a une PROMESSE de VIE. On la reçoit, parfois, de REMONTER de l’échec et de la Souffrance. Il y a à ce moment là RENCONTRE  de Dieu et de l’Esprit . Lesévènements de la vie  tendent vers la vie et passent parfois par la Croix. Comme la Résurrection passe par la Croix.

Cela demande d’accepter ce temps de Dieu et d’espérer de la vie .

Les choses commencent parfois à être inanimées avant d’être de la VIE.

 

Le  professeur A. Carpentier fondateur de Carmat, et du  cœur artificiel, (protestant)

écrivait tout début janvier  justement qu’il était très difficile de faire admettre que la VIE réussite venait de l’échec. C’est une question spirituelle de le comprendre .

Il dit aussi que leprincipe de PRECAUTION, qui refuse l’echec, est utile ,maisparfois trop fort en France. Il empêche parfois la vie de la science, et la vie tout court.

 

 

-Le deuxième signe visible sur cette icône est la COLOMBE.  Une colombe qui est peinte de manière particulière : D’abord Christ la regarde, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de peintures, mais surtout , mais surtout, elle figure sur le trait rouge de l’Esprit.

 

SA place  donne sens au texte , Christ ne voit pas une colombe, il voit l’Esprit COMME une colombe. La paix est liée à l’Esprit (au trait rouge).Il voit l’Esprit comme une LIBERTE  au moment où  il ressort de l’eau de la VIE. Et qu’est ce que la liberté, c’estla VIE qui domine sur tout:Sur sa peur, sur sa souffrance, sur la mort, sur ce que l’autre pense sur vous.

Dans ce baptême du Christ, la liberté de l’Esprit lui est donnée par Dieu.

 

Pour le chrétien ,cette force de la LIBERTE, qui fait que la VIE passe au dessus de tout, la souffrance et de la mort, n’est pas une liberté DONNEE par SOI-MËME comme on l’entend aujourd’hui, elle n’est pas un dû, elle est RECUE c’est LA GRACE. Elle est divine.

C’est une LIBERTE reçue à grand prix. C’est le Christ qui s’est donné.

Christ est ce don de la colombe, ce don de la grâce et de la paix, ce don de vie ,et la liberté que chacun peut vivre,  cette force. Il est le « je suis » de la colombe.

Oui, cette colombe posée sur le trait rouge nous le dit n’a pas de limite. La liberté n’a pas de limite . C’est elle qui permet d’avoir la parole franche , la Paressia, de créer d’inventer et d’AFFIRMER  notre liberté, et de ne pas avoir peur de notre monde.

 

La colombe de liberté de l’Esprit  est chère au protestantisme, mais le pense à une sculpture de Chillida (catholique) . Elle est  forme d’ailes Espace pour l’Esprit  (elle est une pièce maitresse du Musée  Gughenheim de Bialbao , ( crée pour son exposition ; existe t-il des limites à l’esprit ). Elle se souvient de la colombe et de la vie de l’Esprit. Chillida dit qu’elle (la liberté )nous dépasse tant, et qu’elle demande d’avoir conviction totale en la Vie, et de ne céder à sa peur.

 

-Enfin le  troisième signe sur cette toile, est peut –être le  plus fort. Sur cette icône, le Christ est NU.  C’est très rare, normalement, il a un pagne.Cette nudité de Christ au baptême, indique que la vie de l’Esprit nous rejoint  dans ce lien de vie du trait rouge et nous RELIE à Christ dans sa pauvreté, il nous donne sa Résurrection.

 

Mais ce n’est pas tout : il est nu avec un corps  androgyne, « homme et femme ».

Et cela c’est extraordinaire, car cela dit que la nudité de Christ est celle de TOUS :  les hommes et des femmes.

Nous somme « LUI », quand nous sommes unisdans notre pauvre humanité,

mais nous sommes ‘LUI » aussi quand nous sommes liés à  SA Vie.

Et comment la reçoit –on cette vie nous aussi ? Quand on fait acte  de nudité, d’HUMILITE , et quelque fois quand on PLONGE.

 

On rejoint la vie de l’Esprit, la GRACE quand on se retrouve devant Dieu en humilité en demandant pardon aussi, DEVANT LUI : CORAM DEO  dit Luther, se disant juste et pécheur . C’est aussi cela vivre son baptême dit Luther.  Ainsi REMONTE-t-ON, reçoit-on la vie de Dieu, ainsi devient on frères et sœurs, dans cette communion vie que Christ a partagé avec nous-mêmes.

(Quand ça ne va pas,  il faut tous aussi vivre son baptême, dans cette nudité.  C’est à partir de cette nudité que nous pouvons recevoir la force de la Création de l’Esprit.). Là est le lieu de toute création.

 

Je souhaiterais terminer en disant, que peut –être que tout cela et même que l’icône pourrait se résuméer en une Parole de Paul : « Le Seigneur est l’Esprit , et là om est l’Esprit , là est la liberté. » 2 Cor, 3 , 17.

 

A nous de nous en saisir, A nous de créer d’accueillir en TOUS l’Esprit du Dieu vivant et de REFUSER tout ce qui refuse la VIE au nomde toute idéologie, au nom de toute religion A nous de refuser toute fausse liberté .

A nous avec la force de l’Esprit et de nous RELIER avec ce fil rouge de l’Esprit en communion entre  frères et sœurs, avec nos baptisés, en Jésus-Christ né de l’Esprit.

Amen