Jean 20, 19-23 – Pentecôte, souffle de Dieu, souffle du Christ

Prédication du dimanche 4 juin 2017 par le pasteur Evert Veldhuizen

Jean 20 : 19-23 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes
de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout
au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! Quand il eut dit cela, il leur montra ses
mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. Jésus leur dit à nouveau : Que la
paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après avoir dit cela, il
souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont
pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.


Pour ce culte de Pentecôte au temple du Saint-Esprit nous est proposé de méditer ce
passage de l’Évangile selon Jean. Restant près du récit, nous ferons chemin faisant des allusions à
l’actualité.

Les disciples se cachent, ils ont peur. Facile de comprendre, car on les cherche pour les
forcer à se taire. Ils avaient déclaré que Jésus est ressuscité, mais les pouvoirs n’en veulent pas
entendre parler. Il n’est hélas pas rare que la liberté d’expression se trouve en péril. Dictateurs et
autres oppresseurs ont mis hors état de nuire des propos qui leur déplaisaient – et certains le font
encore aujourd’hui. Violemment ou subtilement ils musellent les voix ou manipulent les témoins à
l’autocensure. Voyons le cas des disciples. Lorsqu’ils se cachent leur voix n’est plus entendue.
L’Évangile est alors inaudible. Ce peut être une image de la société faite de circonstances injustes
qui finissent par se banaliser. Les maux nous envahissent tant que nous nous y habituons comme si
c’était normal. Eh oui, c’est la vie. Mais c’est a-normal que nos repères comprennent les maux, que
nous nous habituons à un univers trompé qui, avec ses menaces, perversement nous sert comme
l’ensemble de nos repères.

Or, c’est dans de telles circonstances que Jésus apparaît. Brisant la fatalité qui retenait les
humains, il fait irruption dans l’Histoire qui semblait figée. Le Christ crée l’Événement et il change
la donne.
Que la paix soit avec vous, dit-il. Jésus n’apparaît pas pour ajouter une peur à celle qui
les hante déjà. Il vient pour les rassurer à son sujet, et par là à leur propre état au sein-même des
circonstances.
Il montre son corps, non, il n’est pas un fantôme. Reconnaissant le Seigneur, les
disciples sont remplis de joie. Voyez, l’auteur emploie ici un verbe-clef pour marquer Pentecôte,
c’est le verbe « remplir ».

Sont-ils remplis d’une joie excitante ? Non, car Jésus répète : Que la paix soit avec vous. La
résurrection de Jésus-Christ est plus qu’ excitante, elle est une source profonde d’où jaillissent joie
et paix. Cette paix éclaire autrement la violence de la Croix. Elle inspire en nous une sérénité qui
nous arme face aux circonstances. Elle est un composant de l’espérance chrétienne qui émane de
la résurrection.
Les disciples n’ont pas le temps pour s’y habituer. L’événement les lance aussitôt
dans une aventure de la foi.
Je vous envoie dit Jésus. Ils vont dans le monde pour témoigner de la
résurrection du Christ. Mais ils n’y vont pas seuls, le Saint-Esprit leur sera donné pour les
accompagner. En effet, Jésus souffle sur eux, à l’image du Créateur insufflant vie en la matière
inanimée. La création est régénérée.

Et Jésus dit : Recevez le Saint-Esprit. Parole étonnante, qui nous invite à une réflexion
théologique priante. Que signifie de recevoir le Saint-Esprit ? La théologie du Saint-Esprit est chère
à mon cœur. A la première Pentecôte, l’Esprit descendit sur les disciples et ils furent dès lors
capables d’annoncer l’Évangile de Jésus-Christ avec puissance dans le monde. L’Esprit donné et
reçu inspire et envoie. Mais le Saint-Esprit ne s’enferme pas dans une définition unique, ni dans un
seul événement. Déjà selon la seconde phrase du récit de la Création, le Saint-Esprit volait audessus la terre encore informe. Où était l’Esprit entre-temps ? Absent jusqu’au Jour de Pentecôte ?

Certainement pas, parce que les Écritures font état de sa présence et de son œuvre parmi les
Israélites, chez leurs rois et prophètes. Que signifie alors cette Pentecôte ? C’est un événement qui
marque un nouveau départ. La venue du Saint-Esprit déclenche l’expansion chrétienne. C’est une
première qui implique de nombreuses suites.

Encore de nos jours des pentecôtes succèdent à l’initiale. Tenant à cœur d’en être témoin,
je me intéresse en Amérique latine, où les églises de type pentecôtistes se multiplient de façon
exponentielle. J’en parle avec émotion ici dans ce temple du Saint-Esprit. Car pour moi l’œuvre de
Dieu n’est pas réduite à la seule forme qui nous soit familière. Il est avec nous, comme il peut être
aussi avec d’autres. Le souffle de Dieu anima la matière qui se mit debout et se lança dans une
aventure de la vie avec Dieu sur terre. Comme le souffle de Jésus sur ses apôtres anime leur foi et
les lance dans le monde. Mais on s’habitue à tout, même à ces phénomènes. C’est le problème des
seconde et troisième générations. Cependant, ce problème peut être salutaire, car il prépare le
terrain au pentecôte suivant…

Que ce culte soit une célébration d’action de grâces et de louanges. Recevons et pratiquons
l’espérance jaillissant de la résurrection de Jésus-Christ notre Seigneur. Et louons Dieu en Esprit et
en Vérité…
Amen !

Jean 20, 19 – Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et leur dit : LA PAIX SOIT AVEC VOUS

Prédication du Dimanche 23 avril 2017, par le pasteur Michel Leplay

Lectures : Jean 20, 19-23
                    Actes 2, 42-47
                    I Pierre 2, 13-17

 

Frères et sœurs, et chers amis,

Je suis ici ce matin, et de bon cœur, sinon pour subvenir à l’absence de mon collègue Vincens Hubac, retenu par la maladie. Qu’il soit assuré de notre prière fraternelle et de nos vœux les plus cordiaux.

La date de ce dimanche 23 avril est celle du premier tour de scrutin démocratique pour l’élection du Président de notre Royaume de France, la République française. Et l’année en cours, 2017, est celle du 500e anniversaire de l’inauguration de la Réforme protestante du XVIe siècle par Martin Luther.

Double programme pour le prédicateur qui pourrait soit se réfugier dans un commentaire biblique et religieux hors du temps, soit se livrer à une harangue politicienne comme nous en avons tant entendu.  Je ne céderai à aucun de ces extrêmes, essayant au contraire de les conjuguer avec  le difficile exercice qui consiste, comme le disait Karl Barth, dans l’articulation théologique entre la « communauté chrétienne et la communauté civile ». Ou bien, pour reprendre un titre du cher André Dumas : « Théologies politiques (au pluriel) et vie de l’Eglise ».
Ayant bien moins de compétence que ces Maîtres, je me contenterai d’un parcours en deux temps.
Comme l’indiquent nos lectionnaires chrétiens, chaque dimanche comporte une lecture de l’évangile et une lecture de l’Épitre. Aujourd’hui l’Évangile selon St Jean et la 1ère Épitre de Saint-Pierre. Et d’une certaine manière, j’y vois les deux temps et de ma prédication pastorale, et de notre vie citoyenne. On pourrait dire que l’Évangile proclame le Royaume de Dieu alors que l’Épitre médite sur la vie de l’Église du Christ. Finalement, mais je simplifie, autant Luther a inauguré un retour à l’Évangile, autant Calvin dans la suite a préfiguré une Église réformée sans cesse à réformer. Luther religieux et mystique, Calvin, juriste et politique. Cette dualité complémentaire me va très bien.

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De même que dans le dernier numéro de REFORME vous trouverez des extraits de la déclaration de la Fédération Protestante puis de notre Église unie. La première rappelle que « nous croyons à a noblesse et à la grandeur du politique… Redonner tout son sens à la politique ne peut se réussir que dans le retour à l’éthique ». Et l’autre de conclure : « Plutôt que de laisser le dégoût, la colère et la peur nous enfermer dans le ressentiment, ayons le courage de la fraternité d’abord et la ténacité de faire et de refaire société ensemble » (op. Cit.14)

Mais j’en viens à l’Évangile de ce dimanche, relire Jean 20, 19 : « Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que par crainte des Juifs les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, se tint au milieu d’eux et leur dit : « LA PAIX SOIT AVEC VOUS… » ».

Saint Jean, qu’on a parfois qualifié d’évangéliste antisémite, précise : « par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées ». Tant il est vrai que nous avons toujours peur des autres, juifs ou pas, ceux de notre évangile ne représentent pas toute la race temporelle des Juifs, mais la poignée de ceux qui étaient-là, comme des parisiens rassemblés place de la République ne désignent pas une race parisienne et française éternelle. Ils ont peur. Comme nous. Devant l’inconnu, quand l’avenir est fermé, à double tour, à deux tours en quelque sorte. Nous sommes bien aujourd’hui, dimanche d’élection, enfermés dans le secret de l’isoloir, et les urnes sont fermées à clé, par crainte des fraudeurs. Et dans cette urne de la chambre où sont réfugiés les disciples, il y a la crainte devant l’incertitude. Ils ont bien donné leur voix à Jésus de Nazareth, car ils avaient entendu la Sienne. Mais nul ne sait maintenant ce qui va se passer et comment cette histoire d’élection vas se terminer. Le Grand Électeur lui-même est mort. Isolé dans l’isoloir…

Mais je cesse de filer cette métaphore de circonstance, pour écouter avec vous ce que raconte si sobrement l’évangéliste : « ALORS JÉSUS VINT. »

Malgré nos précautions,

Les portes verrouillées,

La turne fortifiée,

Les urnes sécurisées,

 

Par crainte des moqueurs de notre religion, ou des contestataires, avec tous les fantasmes de la persécution, les Juifs de Jean, les catholiques, les musulmans, ou les laïcs, nous fermons nos portes par crainte des extrêmes dont tous les publicistes font des arguments de serrurier. Les portes sont fermées. Les précautions prises. La sécurité qu’on assure soi-même remplace l’unique assurance en Dieu.

Au milieu de ces tracas, malgré les portes et nos cœurs comme elles fermés, transgressant les barrières, les verrous et les serrures, JÉSUS VINT

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Dans nos cœurs fermés

Nos églises repliées

Nos sociétés bloquées

Dans nos territoires barricadés et nos frontières barbelées,

 

il vient, étrange étranger si familier qui se tenait  à la porte et nous n’avons pas ouvert. Alors il est entré, traversant la mort, et il est là. Il est là comme quelqu’un de vivant qui va parler,  « là ou deux ou trois (et même un peu plus) sont réunis en son nom ». Il ne va pas leur faire un petit ou grand catéchisme, à la manière de Luther, ni leur dicter une confession de foi comme Calvin, mais leur dire deux mots. Vous entendez : deux mots : EIRENE UMIN. Paix avec vous, sur vous, au milieu de vous. Cette parole fera le tour du monde dans toutes les langues et au cœur de toutes les religions : SCHALOM ALENOU, PAX VOBISCUM, SALAM ALEK, etc. Mais cette paix biblique n’est jamais sans la justice, nous rappellent les psaumes où « justice et paix s’embrassent ». La Paix n’est pas mollesse, la justice n’est pas rudesse. Il faut les conjuguer l’une à l’autre. Vaste programme.

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Encore un point sur l’Évangile, si vous permettez.

La parole si performante soit-elle, ne suffit pas. Ce qu’on entend est confirmé par ce que l’on voit. Car, comme Thomas dans la suite du récit, c’est aux blessures de la crucifixion qu’ils le reconnaissent. Les traces des cicatrices des mains percées et du flanc transpercé. Le trou des clous et les coups d’épée.  Alors, vous avez compris. Si le sacrement de l’eucharistie avec son pain partagé et la coupe qui circule, nous rappellent la passion de notre Seigneur, a combien plus forte raison ne nous rappellent-elles pas les souffrances de notre prochain. « Le sacrement du frère », dit la théologie orthodoxe. Aussi  bien aujourd’hui encore accueillir le Christ et recevoir sa paix est – tout autant – accueillir notre prochain, même s’il vient de loin, dans la géographie, la société ou la culture. Alors, on comprendrait mieux la fin de l’épisode quand il leur est dit : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis,  etc. … » Ne nous laissons pas enfermer dans une interprétation ecclésiastique et sacerdotale de cette sentence. Il s’agit des péchés comme souffrances causées ou reçues, du mal fait ou subi comme insulte ou maladie, enfin vous avez le pouvoir de remettre les vivants en ordre de marche, de prendre soin, de prendre à cœur, de prendre en charge les plus petits de vos frères qui sont les grands dans le Royaume de Dieu. Alors justice et paix s’embrassent et il y a sur la terre des hommes, un peu moins de malheur, et un peu plus de bonheur. Pour que faute d’être au paradis, nous ne soyons pas en enfer. Là, c’est aussi l’affaire du politique.

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Notre étude biblique de l’Évangile va se conclure par une réflexion citoyenne sur l’actualité politique et sociale de la France et du Monde. Si nous tournons la page du dernier chapitre de l’évangile de Jean, nous arrivons aux Actes de Apôtres, leurs actions engagées dans la communauté chrétienne et la communauté civile, puis aux Épitres apostoliques et leur enseignement doctrinal et moral pour la conduite des chrétiens en communauté et dans la cité.
J’en finis avec le rappel d’un enseignement et une brève exhortation. Voici donc quelques avis et conseils des écritures apostoliques puis des écrits des Réformateurs. Un rappel scolaire dont je m’excuse auprès des plus instruits tout en sachant que nous avons toujours à apprendre.

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PIERRE dira deux choses en apparence contradictoires : « soyez soumis aux institutions humaines » (1 Pierre 2, 13) et d’autre part : « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5, 29). Nos ancêtres et nos contemporains ont fait la douloureuse expérience de cette tension entre soumission et résistance,  de Marie-Durand à Dietrich Bonhoeffer. L’Apôtre PAUL sera tout aussi affirmatif : « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir » (Romains 13, 1). A cette époque l’État Romain est censé protéger et au moins tolérer le christianisme naissant.
Lecteur de la même lettre aux Romains, LUTHER commentera familièrement la demande de pain quotidien : « Il s’agit de la nourriture de l’entretien de cette vie, aliment et boisson, vêtements et chaussures, champs et bétail, un bon gouvernement, la paix, la santé, l’ordre et l’honneur… » Avouez que pour le XVIe siècle c’est un programme politique et social très actuel ! Quant à CALVIN, il savait comme nous aussi combien c’est difficile, et pour que nous ne vivions pas « comme des rats dans la paille », il faut l’office des magistrats et les services de la police pour garantir le bien public et  l’épanouissement de l’Église. Enfin, soit dit en passant, Calvin envisage aussi le cas des « magistrats infidèles à leur vocation » (IC/IV. XX, 24). On pourra en reparler à la sortie…du culte de ce matin ou des urnes de ce soir…

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Je n’en dirai pas plus, à chacune, à chacun de faire son devoir en donnant sa voix en toute conscience mais en gardant la parole en toute circonstance. Confier une responsabilité à autrui, c’est aussi en garantir son bon usage.
Enfin, mais c’est de l’humour, comme si notre Seigneur avait voulu nous donner une indication sur le mode d’emploi électoral du scrutin uninominal à deux tours : « QUE VOTRE OUI SOIT OUI QUE VOTRE NON SOIT NON CE QU’ON AJOUTE VIENT DU MALIN » (Matthieu 5, 37). La TOB traduit : « Quand vous parlez, dites OUI ou NON ». Alors dites oui à la confiance et à la vigilance, non à la panique et à la vengeance. Dites OUI à l’espérance et NON à la nostalgie. Dites OUI à la justice et NON au désordre. Comme le cévenol André Chamson, dites OUI « aux hommes de la route » et non aux sirènes de la déroute.

Mais faisons silence, j’ai trop parlé.

Le Christ seul peut entrer et se tenir au milieu de nous, et nous redire, et nous donner l’essentiel :

LA PAIX SOIT AVEC VOUS.

Ainsi soit-il.

Jean 9, 1-12 et 35-38 – un aveugle-né reçoit la vue

Prédication du dimanche 26 mars 2017, par le pasteur  Evert Veldhuizen

Jésus passe par l’endroit où l’aveugle-né se tient pour mendier. Il crache par terre et fait de
la boue avec sa salive qu’il applique sur les yeux de l’aveugle. Il l’envoie à se laver. L’aveugle se lave
et il voit clair. Plus tard, Jésus va à sa rencontre. L’homme le voit. Et suite à la parole de Jésus, il voit
en lui le Fils de Dieu. L’homme croit la parole de celui qu’il… voit !

Après ce résumé nous tentons maintenant d’esquisser un portrait des protagonistes,
commençant avec le non-voyant. Privé de la vue, il n’a rien vu dans sa vie, étant né aveugle. Il n’a
jamais vu les visages de ses parents, de ses frères et sœurs. Il n’a jamais vu les paysages naturels et
urbains. Il n’a jamais vu la lumière, les couleurs, les nuances, la lune, les étoiles. Sans métier et
sans emploi, il mendie au bord de la route. Un abîme le sépare des autres qui voient. Par l’absence
de vision chez lui, bien sûr, mais aussi, et plus encore par l’absence de compréhension chez les
autres. Car les aveugles ne sont pas condamnés à l’exclusion, et cela grâce au développent
supérieur de leurs autres sens, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût. Ils peuvent se déplacer, exercer
des métiers, créer des œuvres d’art. Nous nous souvenons de la voix de Ray Charles qui a bercé
notre enfance. Et celle du ténor italien Andrea Bocelli qui éblouit de millions par sa pureté. Ou
encore le chanteur et activiste français Gilbert Montagné – et bien d’autres aveugles remarquables
par leur talents et leur détermination.

Beaucoup dépend des ressources mentales de la personne elle-même, mais aussi de la
compréhension et la solidarité inventive de l’entourage. L’aveugle-né dans ce récit de l’Évangile de
Jean n’est pas seulement privé de la vue, il est aussi démuni mentalement. On ignore pourquoi,
peut-être parce qu’il est incompris, mal-aimé et exclu de la société dite « normale ».

Cette histoire se situe dans un contexte particulier. L’Évangile raconte que Jésus est en train
d’expliquer le sens de sa mission à ses disciples et aux foules. Mais eux ne comprennent pas, ils ne
voient pas de quoi il parle. Jésus utilise des métaphores pour éclairer ses propos : « Je suis la
lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. La vie est la lumière des
êtres humains, lumière qui brille dans les ténèbres. » Lumière et ténèbres, deux antagonistes mis
en exergue par l’Évangile. Les Réformateurs s’en sont inspirés avec la locution
post tenebras lux,
lumière après les ténèbres. Un usage propice pour qualifier le passage merveilleux des ténèbres de
l’ignorance médiévale à la lumière salutaire des Écritures. L’histoire de l’aveugle-né qui reçoit la
vue est insérée dans une réflexion sur le sens de la mission messianique. Le fait que leurs chemins
se croisent n’est pas du hasard, mais un signe servant à éclairer les propos de Jésus.

Jésus parle, mais son audience ne saisit pas le sens de son discours. Parler c’est décrire.
Mais la description d’une chose n’est pas la chose elle-même. Une description sollicite les
différents imaginaires, de celui qui parle et de ceux qui écoutent. Mais l’imaginaire est subjective
et pas toujours éclairé. L’audience qui ne comprend pas paraît… aveugle… Il s’agit d’un motif clef
dans l’Évangile selon Jean. Jésus voit le sens de sa mission, mais il est le seul qui le voit, les autres
qui ne comprennent pas sont comme aveugles.

L’aveugle-né n’est donc pas le protagoniste principal de cette histoire. Il est une représentation d’autres aveugles. L’Évangile les identifie, il s’agit de toute l’humanité qui, aveugle, demeure dans les ténèbres de l’ignorance. Oui, le protagoniste principal de cette histoire est l’humanité, représentée par l’aveugle-né. Son agnosie visuelle est un image de la cécité spirituelle de l’humanité ignorante. En lui donnant la vue, Jésus montre qu’il est venu dans le monde pour donner de la
vue spirituelle aux humains. Le fait qu’il s’agit d’un aveugle-né nourrit la théologie de l’apôtre Paul,
des Pères de l’Église et des Réformateurs. Comme l’homme était né avec une absence de la vue,
chacun naît avec un besoin de lumière. Force est de constater qu’aucun être humain n’échappe à
l’obscurité du mal. Paul n’y va pas par quatre chemins. Toute l’humanité est perdue, dit-il, point !
Jésus ne le dit pas de façon si brutale, mais l’idée est très présente dans l’Évangile. Or, qui dit
évangile, dit bonne nouvelle. L’histoire de l’aveugle-né à qui la vue est donnée prend tout son
ampleur merveilleux ! La narration met en scène un message qui la transcende. Jésus donnant la
vue physique à un homme est un image du Christ donnant lumière spirituelle à l’humanité.

Comment voir cette lumière pour soi-même et comment la faire éclairer notre
monde d’aujourd’hui ? Eh bien, ces questions sont abordées en particulier lors du Carême.
Cheminant dans le temps vers Pâques, nous méditons les conditions humaines afin de mesurer
leur état misérable. Nous constatons des errements et des échecs. Nous subissons les conflits dans
les familles, les voisinages, partout. Nous déplorons les guerres, les inégalités, les hostilités, et les
faits divers qui font la une des journaux. La stabilité des institutions semble menacée. L’affluence
de réfugiés divise les citoyens. Beaucoup de contemporains s’inquiètent. L’avenir s’annonce moins
prometteur aux jeunes d’aujourd’hui qu’il parut à notre génération.

Que faire ? Beaucoup de solutions sont proposées en ce temps d’élections, c’est normal.
Mais aucune véritable solution est proposée comme remède au mal en tant que tel. Cela aussi est
normal, parce que ce problème-là dépasse les hommes. Nous sommes comme aveugles dans ce
domaine. Mais le Christ donne la vue. Et ce n’est pas tout. Jésus va à la rencontre de l’homme qui
ne le connaissait pas. Partant se laver, il n’avait pas encore vu le visage de Jésus. L’Évangile relate
une seconde rencontre, la véritable, car c’est alors que l’homme voit et reconnaît en son bienfaiteur le Fils de Dieu. Aveugle, il entendait Jésus parler, désormais il le voit et reconnaît le Christ.

Ceux qui entendaient Jésus parler restaient encore aveugles sur le sens de sa parole. Puis le
Christ leur donne la vue spirituelle dans une rencontre – d’où émane la merveilleuse confession de
foi que Jésus est Seigneur !
Amen.

Ps 40, Jean 1 v29-34, Cor I 1, v1-3 – Heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur

Prédication et confession de foi du Pasteur Marc Schaeffer, le dimanche 15 janvier 2017

Trois textes bibliques, ce matin, riches qui disent et témoignent de la foi. La foi du psalmiste qui remet son espérance, sa reconnaissance en ce Seigneur en qui il peut pleinement placer sans risque sa confiance pour se mettre simplement, toujours et encore, à sa suite, même au temps de la faiblesse, de l’épreuve. Le psalmiste nous offre ainsi des paroles pour que nous sachions en toute humilité nous adresser nous aussi à Dieu, pour que nous trouvions les mots afin d’exprimer cette assurance que le Seigneur, en toute circonstance, continue de penser à nous, d’être à nos côtés.

Dieu l’a témoigné en envoyant son fils, Jésus-Christ suivi par ses apôtres et cette longue chaine de témoins qui peuvent comme nous encore aujourd’hui invoquer le Seigneur Jésus-Christ et mettre toujours et encore leur confiance en lui.

Il me semble donc important d’entendre ce matin comme l’auteur de ce psaume et celui de l’Evangile de Jean que : croire au Seigneur ce n’est pas prendre une assurance tout risque mais c’est savoir que dans tous les risques que je prends, que dans les chemins sur lequel nous sommes emmenés de grès ou de force, au final, nous ne sommes pas seul, le Seigneur est avec nous. Et c’est déjà là comme une forte espérance dans nos parcours de vie qui réservent, nous le savons tous, joie et douleurs.

Oui, quelque soit notre chemin, Dieu s’incline toujours vers nous, il écoute nos cris de joies, nos cris de colères et même, il y répond. Mais pour cela, il faut oser se mettre en chemin, en quête, en quête de Dieu, en quête de soi. « L’homme dans sa simple existence, est une expérience. […] l’homme doit aller jusqu’à la limite de ses possibilités, et encore au-delà, pour se trouver lui-même. Espérer ne veut pas dire avoir des espérances, aussi nombreuses soient –elles, mais être ouvert à l’espérance. […] Etre dans l’espérance signifie se trouver dans un état de disponibilité, ne pas être déterminé par un passé ni par des rêves nostalgiques et donner son assentiment à l’expérience que l’on est pour soi-même. En ce sens, l’espérance n’est pas une chose que l’un a et que l’autre n’a pas, mais [bien] une disposition fondamentale, l’élément constitutif le plus important de la vie humaine. Tant qu’il vit, l’homme espère et, inversement, il ne vit, dans l’ordre de vitalité qui lui est propre, qu’aussi longtemps qu’il espère. […] L’espérance est le souffle de la vie. »[1]

Il est ainsi important dans chacune de nos vies de savoir que nous pouvons nous confier au Seigneur. Oui, comme le dit le psalmiste : « heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur et ne s’est pas tourné vers les hommes de Rahav, ni vers les suppôts du mensonge » (v.5).

Méfions-nous encore aujourd’hui des faux prophètes et menteurs de ce monde qui peuvent prendre diverses formes mais mettons, plaçons notre confiance non en des hommes ou des femmes mais prioritairement en Dieu. Dieu attend de chacun et chacune d’entre nous que nous lui fassions réellement confiance, que nous fassions confiance à son Fils Jésus Christ en écoutant ses paroles et en appliquant ses enseignements. Et lui faire confiance va au-delà de ce qui me semble finalement possible. Lui faire confiance va au-delà de ce qui me paraît clair. Lui faire confiance conduit bien au-delà de tout ça. Lui faire confiance, se fier totalement à lui, c’est bien souvent, changer, changer vraiment, être un homme nouveau, une femme nouvelle.[2]

Placer ainsi sa confiance, ce n’est pas entrer dans un temps, dans une vie de sacrifice, d’offrande, de demande, d’holocauste. C’est plutôt ouvrir nos oreilles et notre cœur pour nous mettre à l’écoute de la volonté de Dieu, nous mettre à sa suite en ne nous taisant plus, en agissant dans ce monde. Le verset 11 du psaume que nous avons relu ce matin ne semble pas dire autre chose : « Je n’ai pas caché ta justice au fond de mon cœur, j’ai parlé de ta loyauté et de ton salut, je n’ai pas dissimulé ta fidélité et ta vérité à la grande assemblée. » Il ne nous faut pas retenir personnellement la justice mais il faut savoir rendre public la vérité, ce salut, cette bonté et cette fidélité de Dieu. C’est alors entrer dans le sens des réalités, c’est reconnaître qu’il y a logiquement un sens des possibilités.[3]

Chers amis dire, vivre sa foi, c’est oser dire, c’est oser témoigner en vivant cette parole de vie, en partageant une parole d’amour qui engage, qui bouleverse parce qu’elle construit et non parce qu’elle divise ou oppose. Comme en témoigne la salutation de Paul aux Corinthiens : « à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ». Cet amour de Dieu inconditionnel, cette grâce première qui est si cher à ce réformateur Luther dont nous nous réclamons en ce 500ième anniversaire de la Réforme, nous nous devons de l’attester. Que serait un amour sans expression vivante, sans parole et sans signe ? Dieu a manifesté son amour en Jésus-Christ, celui qui enlève le péché du monde. C’est sur lui qu’un signe fort s’est manifesté à travers cet Esprit Saint qui telle une colombe est descendu du ciel pour demeurer sur lui. Que serait notre foi si nous n’osions, dans le secret ou avec tout le peuple des croyants partager nos certitudes et affirmer, ouvertement, notre joie ? Vivre et exprimer sa foi au cœur de nos tranquillités et même surtout intranquillités, c’est laisser Dieu travailler notre cœur et accepter d’être emportés par le désir d’aller à la rencontre de Celui qui nous aime de toute éternité[4] quel que soit nos choix.

Il y a déjà quarante ans de cela dans une conférence sur l’espérance, France Quéré rappelait les tâches qui attendent chaque chrétien et qui restent me semble-t-il, si j’ose dire, malheureusement bien d’actualité :

« Rendre corps à des idées qui, dans le langage politique, s’enferment dans l’abstraction et la rhétorique des modes. Ainsi, le mot de justice est une parole en l’air si elle n’est portée par une foi ardente en l’unité de l’humanité. Sans cette conviction nous n’aurons jamais assez d’énergie pour traiter des problèmes mondiaux tels que la faim, l’aide au tiers-monde, l’armement nucléaire. Le chrétien doit dénoncer sans trêve tous les mouvements qui atténueraient cette conscience universelle. Or, ils ne manquent pas : les nationalismes exacerbés de petits peuples, les jeux féroces des grands pour accroître leur aire d’influence. […] Comment vivre avec les autres ? […] Aujourd’hui, mon prochain est devenu insupportablement trop proche et trop nombreux. […] Une réaction naturelle nous porte [même malheureusement] à l’isolement. Nous cherchons à oublier l’autre, dans l’importance accrue de la vie privée, ou à l’évincer dans le jeu d’une concurrence violente. Je vois donc tracé un projet très net à l’espérance : que l’autre redevienne celui qui m’attire et que je sois disposé à connaître et aimer. »[5]

Oui, soyons, continuons donc d’être tous ensemble à la recherche de cette espérance en Dieu qui est une espérance sans déception et qui ne limite pas l’homme dans sa liberté, mais qui ouvre l’homme à son avenir, à des horizons nouveaux. Soyons à la recherche avec chacun des membres de nos communautés, de la grande famille chrétienne ici dans votre arrondissement, dans la ville de Paris, dans la région parisienne mais aussi sur l’ensemble du territoire français, en Europe et dans le monde, soyons à la recherche d’une espérance qui permette d’envisager notre avenir dans la joie, d’avoir le courage d’être libre et de se passionner pour toutes nos possibilités de et du vivre ensemble. Ainsi nous pourrons triompher par cette espérance au cœur parfois de la tristesse et du désenchantement devant l’état présent de la vie et de la société où nous nous trouvons parfois.

Notre action, à vous comme à moi, n’est que seconde, secondaire par rapport à ce qui est capital, primordial et qui est l’amour de Dieu pour nous et pour tous les hommes que justement nos actions, nos vies ne doivent cesser d’essayer de refléter.[6] Et cela nous rappelle qu’effectivement toute notre vie n’est pas toujours une partie de plaisir, elle a ses petites et ses grandes épreuves. Mais le Psalmiste nous l’a dit et redit ce matin : « Toi Seigneur, tu ne retiendras pas loin de moi ta miséricorde, ta fidélité et ta vérité me préserveront toujours. » (v.12)

Alors en ce début d’année nouvelle où il est d’usage, de tradition dans notre société de nous souhaiter de bons vœux, souhaitons-nous simplement de savoir ainsi mettre notre espérance en l’Eternel, de savoir placer notre confiance et de pouvoir vivre un jour cette merveilleuse « passion pour le possible »[7].

Ayons tous le courage d’espérer, cette espérance qui est finalement une affirmation de la vie, même face aux épreuves, face à la mort. Et « les Eglises en tant que communautés de résurrection doivent devenir des sanctuaires de vie pour [toute] la communauté humaine. »[8] Pour cela, chacun doit y trouver sa place quel qu’en soit le lieu ou la fréquence des rendez-vous, de son âge, de ses origines ecclésiales, ethniques ou sociales.

Oui, Seigneur que tous ceux qui te cherchent soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi. Nous sommes tous pauvres et humiliés nous dit notre psaume ce matin mais le Seigneur pense toujours et encore à nous. Il est notre aide, notre libérateur, il croit en nous comme personne. (v.18) Le Seigneur est peut-être finalement le meilleur des coachs pour chacun et chacune d’entre nous mais faudrait-il encore que nous sachions nous mettre même modestement à son écoute.

 

Amen


 

Confession de foi

D’après des affirmations partagées par des jeunes de 15 à 20 ans lors d’un rassemblement régional[9] :

 

La foi, ma foi c’est savoir lire entre les lignes, savoir pardonner.

La foi, c’est un chemin de vie qui nous accompagne et qui nous soutient, c’est un trésor fragile et précieux dont la valeur est inestimable.

Dieu est toujours là pour toi, pour moi, pour nous.

Si les hommes s’arrêtent aux apparences, Dieu, lui voit jusqu’au fond des cœurs.

Il est amour et avec son fils Jésus-Christ, nous pouvons à notre tour être lumière du monde, invité à être en paix, patient et bienveillant, témoin renouvelé de son amour.

Jésus est pour nous « le chemin, la vérité et la vie » que nous nous devons de crier, de partager au monde.

A travers son Esprit, Dieu nous accompagne dans chacun des pas du chemin de notre vie pour nous montrer la liberté.

En ouvrant les yeux, en regardant le monde tel qu’il est et en imaginant tel qu’il pourrait être, la communauté chrétienne, l’Eglise, aime, répand la joie autour d’elle et peux faire la différence pour ce monde.

Voilà, en quoi nous croyons.

 

Amen

 


 

[1] Jürgen Moltmann,  la religion de l’espérance, article paru dans ETR ?, p.389s.

[2] d’après Pierre Haag, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.302.

[3] D’après une expression de Jurgen Moltmann.

[4] D’après Christine Reinbolt, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.67.

[5] France Quéré, article paru dans ETR, Aujourd’hui l’espérance, conférence donnée au centre de rencontre et de recherche de Pau, en décembre 1974, p. 12 et 13.

[6] D’après Isabelle Grellier, Action sociale et reconnaissance, Oberlin, 2003, p.26.

[7] D’après Kierkegaard.

[8] Konrad Raiser, avant-propos in Samuel Kobia, Le courage de l’espérance, Cerf, 2006, p.9.

[9] Rassemblement Car Aimant KIFF de la région Centre Alpes Rhône, 29 – 31 octobre 2016.

Jean 13, 31-35 – Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres

Prédication de Clotaire d’Engremont – Dimanche 24 avril 2016

 

Chères sœurs, chers frères,

Comme vous le savez certainement, le quatrième évangile, celui de Jean, s’écarte notablement des trois premiers évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc sur les derniers moments de l’existence terrestre de Jésus. En effet, Jean ne relate pas le récit qui, en gestes et en paroles, constitue l’institution eucharistique. Jean parle simplement d’un dernier repas pris en commun avec ses disciples auxquels Jésus souhaite donner ses dernières recommandations. Ces recommandations sont données après l’épisode du lavement des pieds de ses disciples par Jésus qui, malgré les protestations de Pierre, fait fi de toute préséance. Le récit du lavement des pieds qui lui, en revanche, ne se trouve que dans le quatrième évangile de Jean, revêt ainsi une haute valeur symbolique, en mettant en relief la sublime humilité de Jésus qui sait, comme le rappelle le verset 3 du chapitre 13 : « Que de Dieu il est sorti et que vers Dieu il s’en va ».

Je ne peux m’empêcher de relier cet épisode du lavement des pieds, qu’il vous faudra relire dans votre particulier, avec la recommandation concernant l’Amour, cet acte suprême de Jésus pour ses disciples et l’humanité toute entière, avant la crucifixion qui est proche compte-tenu de la trahison de Juda qui vient d’intervenir.
Dans ce contexte pré-pascal intense, tout incite à être particulièrement attentif aux termes employés par Jésus dans ce discours d’adieux et que je me propose de méditer avec vous : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (verset 34).

L’Amour, pour le chrétien, est une vertu primordiale, essentielle, incontournable. On pourrait même dire que c’est la première vertu née de la Foi, puisqu’elle se rapporte à l’essence même de Dieu et à la cause première de l’action des femmes et des hommes …

Évitons d’abord tout malentendu : l’Amour dont il s’agit c’est l’Agapé au sens employé par la langue grecque, c’est-à-dire l’Amour-charité à l’infini et non pas l’Amour-désir au sens de l’Eros… Je n’insiste pas sur ce que vous savez déjà ! Pour autant, l’Amour-charité est-il spécifiquement chrétien ? Non ! Il figure dans les préceptes de l’Ancien Testament. On cite souvent à ce sujet le verset 18 du chapitre 19 du Lévitique : « Tu ne garderas point de rancune… Tu aimeras ton prochain comme toi-même… ». On cite aussi le verset 34 du même chapitre qui prend aujourd’hui une résonnance toute particulière dans le contexte des réfugiés qui cherchent la paix en venant dans nos pays européens : « Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mêmes… »
Au-delà même de la loi de Moïse, l’Amour-charité est aussi répandu dans beaucoup de sociétés humaines. Pensons par exemple à la compassion chère aux adeptes de la religion bouddhique. Mais vous savez tout cela, n’insistons pas plus avant. Venons-en à la pointe du texte de ce jour : En quoi donc le commandement de Jésus est nouveau ?

Ce qui est nouveau et pour tout dire radicalement définitif, c’est que l’Amour du Fils de Dieu est à la fois exemple et source, ou si on veut le dire autrement l’Amour du Fils de Dieu est fondement et norme à la fois. Jésus se réfère ainsi au don de sa vie. C’est pourquoi l’Amour, s’il peut entrainer un don total de soi, est d’abord un état, une façon de s’intégrer totalement en esprit au Fils. Cet amour est par ailleurs à considérer comme bien autre chose qu’une exigence fondée sur la simple morale. C’est en fait un don reçu et, pour les croyants qui partagent la même conviction en Christ, c’est la communion avec Dieu dont l’Amour est inouï, mystérieux, incommensurable !
C’est certainement cette approche qui permet de comprendre pourquoi par ailleurs Matthieu est allé plus avant dans sa façon de rapporter un récit apparemment plus exigeant puisqu’il demande d’aimer ses ennemis : Matthieu 5, 44 « Aimez vos ennemis, ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ».

Mais malgré les apparences, il ne me semble pas qu’il faille opposer trop fortement Matthieu et Jean sur l’Amour comme certains exégètes essaient de le faire …
En effet, Jean dit bien, pour introduire le récit du lavement des pieds au verset 1 du chapitre 13, que Jésus aima ses disciples jusqu’à l’extrême (version TOB), jusqu’à son comble (dans la version Segond). « Aimer jusqu’à l’extrême », dans le contexte du repas d’adieux relaté par Jean, ne fait pas seulement référence à la mort et à l’élévation du fils vers le père, car le don de l’Esprit saint ne devait intervenir qu’ultérieurement au moment de la glorification. En fait les expressions « aimer à l’extrême » au point de laver les pieds des disciples comme le rapporte Jean ou « aimer ses ennemis » selon la demande de Matthieu, procèdent de la même volonté de Jésus de faire partager de la façon la plus intime son union radicale avec le Père.
Toujours est-il que pour les chrétiens – et les Réformateurs ont très justement insisté là-dessus – Dieu est celui qui aime en premier, sans condition, sans marchandage, gratuitement. Dieu est aussi celui qui est aimé. Il est la quintessence de l’Amour, c’est-à-dire la plénitude de la vie, si bien que nos œuvres terrestres, aussi louables soient-elles, ne complètent pas la Grâce de Dieu. Nos œuvres, pour reprendre une expression imagée glanée il y a longtemps chez un ami pasteur, les œuvres ne sont pas les infirmières de la grâce ; elles sont elles-mêmes le fruit de la grâce divine. Amour et Foi sont donc les deux piliers d’une même vocation. Le chrétien est en conséquence tenu de s’engager là où il est, et chaque jour, pour un monde plus juste, en actes comme en paroles ; car, sans développement continu pour plus de justice dans ce monde, l’Amour devient une notion abstraite, une sorte d’imposture.

Bien entendu, au-delà du dernier repas il y a la crucifixion, quintessence de l’Amour de Dieu qui nous demande, dans l’espérance, de rester debout et libéré, afin de venir à bout des situations les plus difficiles en toute lucidité. Pour cela, chères sœurs, chers frères, il ne faut pas chercher d’abord à tout prix le prétendu bonheur dans la consommation quelque peu effrénée de notre aujourd’hui. Sans vouloir porter un doigt trop critique sur notre époque qui a ses beautés mais ou l’Amour est souvent confondu avec la recherche du bonheur terrestre, il convient de ne pas se laisser balloter par les fatalités du temps qui peuplent notre destin ( le fatum romain !…)
Pensons notamment à la consommation à tout prix dont je viens de parler certes mais aussi, aux volontés de puissance, aux routines, aux individualismes forcenés au point de perdre le sens du plus élémentaire civisme. A cela, il faut opposer la grâce donnée par Dieu. La grâce, ce don gratuit de Dieu comme disent les théologiens, est une aurore perpétuelle ; elle permet d’oublier, de surmonter les malentendus, les erreurs, les regrets, les solitudes, ou plus gravement les souffrances, les deuils. La Grâce est là, toujours inattendue mais surgissant, comme l’Esprit, n’importe quand, n’importe où, même quand nos cœurs paraissent assoupis.

Face au destin qui voudrait nous faire croire que la vie se résume à la beauté mortifère des tragédies grecques noyées dans la fatalité, la Grâce nous permet d’affronter, en toute liberté et en toute lucidité, les épreuves liées à la condition humaine.
La Grâce, chères sœurs, chers frères, c’est par exemple la confiance infinie de l’enfant endormi dans les bras de sa mère elle-même assoupie sur un banc du métro, la Grâce c’est aussi la stupéfiante beauté du tableau de Rembrandt qui –au musée de l’Ermitage- relate le retour au père du fils prodigue, la Grâce c’est encore la légèreté de la rosée d’un beau matin de printemps, sur les arbres bordant la Seine.
A ces instants partagés, Grâce et Amour deviennent un seul et même mot.

Amen

Jean 14 v 1-14 – Trouver la vie en sa demeure

Dimanche 13 septembre 2015 (culte du Cent-Cinquantenaire) – par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

 Sur Esaie 50, 4-8, 2ème Ep. Timothée 3, 14-17. Jean 14, 1-14

 

Amis frères et sœurs, nous fêtons les 150 ans de l’élévation du temple du Saint –Esprit, et devant nous, une des deux épigraphes, (l’autre, nous parlerons pour le culte de clôture…), issues de l’Evangile de Jean que nous venons de lire : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne vient au Père, que par moi ».

Quel beau verset inscrit ici, devant nous, choisi par le consistoire de l’époque, en 1865.

Beau verset à méditer ensemble en ces 150 ans, parce que, si comme les disciples, nous allons au Père par le Christ, et que Christ est le Chemin, la Vérité et la VIE, la Révélation magnifique qu’il faut entendre ce jour, c’est que nous sommes DESTINES à la VIE, et déjà pleins de vie. Et alors, il nous faut, plus que jamais, la trouver cette VIE SPIRITUELLE en nous et ce, dès maintenant et chaque jour. Alors comment ?

A Thomas, le disciple qui disait à Jésus : Ou vas-tu ? Inquiet de ne pas savoir ou Jésus allait, qui ne trouvait ni le Père, ni la VIE. Jésus répond : Par moi, tu le trouves le Père, la VIE : je suis le Chemin la Vérité et la Vie. La Résurrection allait l’expliquer : Christ, en donnant sa vie, transforme nos morts en VIE.

Mais comment, nous aussi, comprendre que cette vie en Christ existe dès maintenant, dans un monde sécularisé qui propose bien d’autres vies, avec notre foi si fluctuante et toutes les épreuves du monde? Pas facile à comprendre, mais, si Jésus est le Chemin, la Vérité et la vie, il nous faut déjà entendre ce que cela signifie et nous verrons à quoi cela nous engage.

1/En premier lieu, si Jésus est ‘le CHEMIN’ vers la vie, il est possible, comme le dit l’apôtre Paul, que nous devions relativiser ce que nous croyons être nos buts. La vie ici-bas, ne tend pas vers un but connu de nous, celui que nous avons décidé, aussi honorable soit-il.

Sa force vient du fait que notre chemin est mu par Dieu, par une énergie de l’Esprit germinatrice, qui nous amène au-delà de notre sens, qui nous ‘trans-forme’ chaque, jour pour nous révéler la vie en nous laissant absolument libres.

Calvin le dit magnifiquement : « nous nous sanctifions chaque jour, nous sommes ‘re-formés’ (pas réformés !) à l’image de Dieu, en Christ c’est l’oeuvre de Dieu ».Au fond, si Christ est le chemin, en nous existe un chemin de vie glorieux qui nous précède, une existence (hors de soi) préparée d’avance, dit Jésus dans le texte, qui est le vrai sens de notre vie et qui doit nous rendre libres face aux évènements de la vie. On ‘est’ et on ‘a’ beaucoup plus qu’on imagine…

2/ Alors la VERITE ? C’est la vérité de vie. Jésus dit quelques versets après notre texte que L’Esprit Saint est l’Esprit de vérité. Il dévoile la vie éternelle, le Christ absent.

Mais vous pouvez vous dire que c’est abstrait ! Comment concrètement percevoir cette vérité de vie donnée en l’Esprit Saint, dès maintenant ? C’est là où ce texte est très beau !

Ce qu’il y a d’extraordinaire dans notre texte, c’est que la vérité de vie en l’Esprit Saint ne se situe pas dans des mots abstraits, désincarnés. Non, la vérité de l’Esprit qui donne vie, se situe en « des DEMEURES » qui sont des gens. Il y a beaucoup de DEMEURES, dit Jésus, beaucoup de PERSONNES vivantes en Dieu ; elles forment la Vérité de vie : autant de paroles vivantes que l’on reçoit en eux (corruptibles aujourd’hui, plus tard incorruptibles) L’Esprit Saint, comme Christ, est auprès de vous et en vous, dit Jésus ; Il est en nous, en les autres, (comme lui demeure dans le Père) et apporte la vie. L’Esprit Saint souffle en tous. La vie de Christ est en chacun. (superposition).

La créatrice Louise Bourgeois, a crée ces fameuses maisons : ces demeures. Elle étaient liées à la maternité. Toutefois, à la fin de sa vie, elle dit que la vérité divine demeurait en chacune, comme des demeures qui CO-HABITENT ensemble et qui se donnent les unes aux autres.

Cette vérité en ces demeures sont aussi, comme l’écrit aussi le théologien Paul Tillich en COR-RELATION. L’Esprit Saint intérieur est en chacun et lie tous ; LA vérité de Dieu se construit ensemble. Tout le monde a des charismes. La vérité de l’Esprit Saint est comme des visages reliés, tels ces visages de multitude peint par Chagall, le Mime Marceau (Marcel Mengel) … autant de paroles de vie du Christ en nous, qui émanent d’être souffrants, rencontrés par l’Esprit qui (comme la résurrection) et qui donnent la vie aux autres.

Oui, Christ, la vérité de vie, est présent par l’Esprit en nous, en vérité. Vous savez que aletheaia en grec veut dire : ‘le contraire de l’oubli’ : Cette vérité, ce sont aussi ces traces de vie, demeures qui demeurent en des témoins, Eglise de TEMOINS, aime-t-on dire dans l’Eglise Unie. Paroles de Dieu, de vie reçues au milieu de nos misères. Chemin de fraternité que l’on se donne les uns aux autres, sans le savoir, Paroles pleine de liberté, celle de Dieu, et ce, parce à un moment donné, se sentant libre, on a pu comme le dit Esaïe, redresser celui qui est épuisé. C’est l’esprit de Dieu qui œuvre… nous en sommes les vecteurs et serviteurs.

3/ Alors fort de cette vie de Christ que nous avons en nous, quelle serait notre TACHE d’Eglise aujourd’hui?

Notre tache me semble –t-il est de Révéler cette VIE en Christ après la mort, et maintenant en chacun. Cette vie doit enlever la peur, libérer de la crainte en quelque sorte.

Jésus dit : Ayez foi en Dieu, ayez foi en moi ! Que votre cœur ne se trouble pas, répète t’il plusieurs fois. Soyez libre. Il demande de croire en sa Parole.

Mais comment trouver cette grâce, cette Parole, dans monde et ses souffrances, monde dur ? Il nous faut la chercher dans des DEMEURES sûres : dans l’ECRITURE les paroles de témoins. L’Ecriture également, par le témoignage de l’Esprit Saint révèle ce chemin inconnu de vie en Christ ; elle donne les traces de ce que Dieu veut : Toute Ecriture est inspirée de Dieu, dit Paul : elle permet d’éclairer de REFUTER d’enseigner, la justice de Dieu : la VIE. L’Esprit du Christ est dedans : Cette liberté de la Croix est présente, dans une contradiction risquée comme la Croix, (dialectique) chère à la Réforme. Oui, elle donne le sens du vivant à nos vies, à l’actualité, à chaque temps. Dans cette quête inspirée, l’Eglise est d’une grande modernité, car elle DEVANCE le SENS, elle est prophétique. On ne cherche plus assez le sens spirituel, qui rend LIBRE (là où est l’Esprit du Seigneur là est la liberté dit Paul !). Il faut prendre ce temps, c’est du temps gagné.

Mais, est-ce que cela suffit l’Ecriture pour trouver le vivant ? Non. Jésus dit si vous ne croyez pas à ma parole croyez en mes œuvres. On ne croit jamais assez à sa Parole, donc il faut aller chercher en les œuvres. Les œuvres de Dieu ce sont les demeures : les créatures de Dieu œuvre en elles. L’œuvre de Dieu est de libérer. Il faut chercher sa liberté en libérant les autres, les autres demeures.

Comme le disait Daniel Monod, pasteur ici, (un de mes arrière-grand-oncles), il faut donc chercher son chemin en libérant celui de l’autre. Ainsi déceler toutes les situations de fragilité humaine où la liberté de l’homme est menacée. On pense actuellement au destin tragique des exilés sans demeure, migrants Syriens… Là où la vie est menacée par le réchauffement climatique, (merci aux Eglises et la FPF de s’y investir lourdement…) Mais aussi, ne faut-il pas chercher de manière vitale, la perte de LIBERTE de la demeure de l’homme INCOMPRIS, où l’homme il ne mourra pas de CHALEUR, mais de FROID, mis en demeure dans les entreprises, les familles, dans une solitude qui s’aggrave chaque jour, même si l’on parle d’un pseudo vivre ensemble (factice).

Ce ne sont pas « des couches de population », qui sont concernées : c’est près de soi que l’homme est seul : SDS : Sans DEMEURE solitaire. L’homme souffre intérieurement, et a peur, car incompris. Et quand il a peur, il NE CREE plus, sauf des CONFLITS. Quand on monde a peur s’écroule de manque de création et que l’autre n’arrive pas à naître, au milieu, il nait des choses anormales. Il faut libérer l’Esprit. Que votre cœur ne soit pas craintif. N’éteignez pas l’Esprit, dit Paul. Nous sommes tous touchés. Il n’y a pas un endroit exempt : Toutes les institutions. Les entreprises…

L’Eglise doit vraiment être ce lieu de liberté ou le Christ de liberté conduit le chemin, et pour cela, une demeure d’ECOUTE spirituelle de la Vie de l’homme, et pas uniquement de l’éthique, de réflexion sur sa vie, (tous milieux y compris professionnels) où l’on prend le temps à plusieurs, de répondre aux questions de « survie », mais aussi de « vie » (négligée), au milieu de chaque demeure crispée.

4/ Alors je voudrais terminer en disant que l’être est beaucoup plus beau et capable qu’il ne croit. Il contient l’esprit en Christ. Il faut lui rappeler cette vie, c’est aussi fraternité en Christ.

C’est en cherchant la VERITE et la VIE en Christ et en tout l’homme, je crois, que notre temple rayonnera et créera de la vie. Et pour cela il faut créer, innover, interroger ceux qui s’engagent et créent, partout, dans le monde associatif, dans l’art, partout où l’être vit, et interprète sa vie ; comme le montre notre programme des 150 ans, qui n’est pas là pour MONTRER mais pour CHERCHER LE VIVANT, et témoigner de la force du Dieu vivant, qui se dévoile au milieu des demeures et pas uniquement dans les sphères religieuses, L’Esprit vivant souffle en tous.

Pour conclure je souhaiterais redire que Christ est le chemin de la VERITE et de la VIE,

en tout homme. Et il y a quelqu’un qui a bien compris cela, c’est V. Baltard, l’architecte protestant qui a conçu cette grande DEMEURE du temple. Il cherchait, la vie, avec une vie intérieure, comme on a jamais vu pour un laïc ! écrivait à l’époque l’archevêque de Reims, précédemment, curé de St Augustin…

Un des descendants de Baltard présent ici, m’a signalé une chose extraordinaire : que Baltard signait ses plans à droite, avec ces 2 mots inscrits par lui : la VERITE et la VIE.

Sans doute avait-il compris que Si Christ est le Chemin, la vérité et vie, rien n’est trop grand, en tout cas pas le temple du Saint-Esprit, pour venir écouter Sa Parole prophétique vivante. Rien n’est trop grand, en tout cas pas le Saint-Esprit, pour explorer toutes ses demeures et révéler la vie en chacun. Si nous nous engageons tout cela ensemble dans la foi, alors dit Jésus, nous ferons des œuvres encore plus grandes, à la GLOIRE du Père, En Christ et pour Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, et qui DEMEURE en nous.

 

Amen !

Culte d’action de grâce pour Pierre-Vladimir Lobadowsky et Mathilde Forissier

Par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau,

 

Psaume 6, Psaume 8, Jean 14 v 25-29

 

Amis frères et sœurs, où est le ciel, où ? Il y a des jours et des temps de la vie, où l’on est bien loin de vouloir s’adresser à Dieu, comme le fait le Roi David, proclamant que le Seigneur est ‘magnifique’. Ce sont plutôt des paroles de révolte qui nous traversent: Et toi Eternel, jusques à quand ?

Où est le ciel où ? Le poète juif Paul Celan, après avoir perdu les siens en1946 se posait cette question ; il continuait en disant : je regarde autour de moi, cela ne peut être le ciel, les heures passent et je ne trouve rien… Nul besoin de connaitre ce poète pour deviner la résonnance de ces mots et pour comprendre qu’en évoquant le ciel, c’était de Dieu dont il s’agissait.

Où est le ciel où ? Parfois notre ciel intérieur ne s’élève plus, ne nous parle plus… Comment ne pas penser à nos deux amis Pierre-Vladimir et Mathilde nous ont quittés. Même si je ne les ai pas connus, ma peine est forte. J’ai entendu leurs parents, Odile et Paul Boris, Florence et Nicolas. J’ai des enfants aussi. Je n’oublierai jamais ces rencontres. Elles s’imprègnent à jamais.

Où est le ciel, où ? Deux vies qui s’écroulent, avec un tas de pierres. Plus que révoltant, c’est un abime, une incompréhension, une blessure aigue pour vous tous, ses proches et amis, éprouvant pour vos êtres et vos fois… Aucune foi ne peut rester indemne et ne peut se sentir questionnée devant ce vide et ce mystère, en tout cas sans le secours, oui, sans le secours de la parole de Dieu.

Alors vous voyez, mes amis, dans cette parole de Dieu, dans ces psaumes que nous avons lus, le Roi David souffre aussi. C’est pour cela qu’il compose. Mais il y a quelque chose d’étonnant qu’on peut se demander: comment est-ce possible que ce roi David, dans tous ces psaumes, lui qui est détruit par ses ennemis, qui apprend dans un autre temps que son fils malade est mort, qui est brisé au point écrire, jusques à quand, Eternel, lorsque je traverse le chemin de l’ombre de la mort, (au psaume 23). Comment peut-il passer de ces mots de souffrance à : Eternel que ton nom est magnifique ? Comment peut-on vivre un tel renversement ?

Eh bien mes amis, c’est qu’il ne dit pas que ‘l’Eternel est magnifique’ Non. Il dit : Eternel que ton ‘nom’ est magnifique. Il perçut comme une révélation que Dieu était plus que Dieu, pas un Dieu abstrait. Que son nom, sa personne portait en lui une promesse. Promesse invisible et invincible, une promesse incompréhensible en ce moment de souffrance : un souffle de vie inexplicable, qui dépasse toutes circonstances, contre vents et marées, une promesse établie. Que ton nom est magnifique : un ‘don’ immédiat de Dieu.

Un nom comme une révélation : Eternel : une promesse qui traverse le temps. C’est peut-être, entre autre, pour cette raison que ce nom Eternel est un mot imprononçable pour un juif. L’Eternel est un acte, l’acte de Dieu, l’Etre, avant, présent, après, qui vous approche. D’ailleurs en hébreu L’Eternel, est constitué de la racine du verbe ‘être’, imprononçable pour un juif car selon les voyelles qu’on pose sur ses 3 consonnes, son nom signifie j’ai été, je suis, ou je serai….

Et le roi David comprit que qui dit promesse de Dieu, dit promesse de vie pour l’homme, dans l’ici et maintenant (pas uniquement dans le futur, dans l’aujourd’hui de la vie). Promesse qui fait dire au roi David : qu’est-ce que l’homme pour que tu t’intéresses à lui ?

Comment ne pas penser alors à cette belle vie qu’ont eue Pierre-Vladimir et Mathilde ? Promesse déjà au cœur de leur vie qui était ‘recherche’ de chaque jour.
– Mathilde : si belle, attentionnée aux autres, courageuse. Si forte et fragile. C’est lorsque cohabitent les deux que réside la vraie beauté, beauté intérieure….
– Pierre Vladimir : si paisible, comme son nom l’indique, si curieux de la vie et de la nature. Si proche des autres. Leur vie était foi ‘en la vie’, en la promesse de Dieu du lendemain. Ils en avaient tellement conscience, qu’ils étaient partis au Népal, pour réfléchir et envisager peut-être une promesse de vie et d’amour ensemble devant Dieu.

Que le nom de Dieu est magnifique, parce que jamais les vraies promesses ne se perdent, et que dans le nom de Dieu, dans sa personne éternelle, se niche une promesse, un mystère qu’on ne voit pas au présent, qu’on ne comprend pas toujours dans le passé, mais qui se révèle quelquefois dans l’au-delà.

C’est vrai que leur vie sur cette terre n’a pas reçu la promesse d’engagement ; quoique, qui sait dans leur intimité, ce qu’il s’est dit. Mais surtout, qui sait si mourir ensemble dans cet amour, n’est pas déjà une promesse, inscrite dans la promesse de Dieu ? Un sens au-delà. Dieu détient le secret de cette promesse donnée ou pas, qui les accompagne dans l’Eternité.

Alors oui, le nom de Dieu est magnifique pour tout cela, mais je vous avoue que je n’aurais peut-être pas choisi ces psaumes, s’ils ne contenaient pas encore autre chose : Qu’est-ce que l’homme pour que tu t’intéresses à lui, et le Fils de l’homme pour que tu prennes garde à lui : Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu. Tu l’as couronné de gloire. Le Fils de l’homme dont parle le psaume, c’est pour les chrétiens, le Christ. Dieu a tellement pris garde à lui, qu’il a transfiguré sa mort en vie. Le Nom de Dieu est magnifique, car de même qu’il a donné la vie à Christ, il la donne à l’homme : Dieu nous a couronné de gloire. Et la gloire, c’est la vie en éternité dit Jean. Il leur a donné la vie en éternité. C’est ‘La Promesse’.

Alors je comprends mes amis qu’elle est difficile à entendre, en ce moment cette promesse : Dieu qui donne la vie en éternité. Mais j’y crois. Combien vois-je de personnes qui disparaissent et qui nous donnent témoignage de cette vie. Ce qui est incroyable et mystérieux, c’est que ceux qui sont proches reçoivent quelque chose de leur éternité, une énergie vivante de l’Esprit. Cela nous accompagne, comme une promesse de vie qui nous bonifie, qui nous transforme, nous vivants. C’est pour cela que je suis devenue pasteur, j’ai reçu cette grâce ainsi.

Alors je voudrais terminer en vous disant qu’au cœur de cette souffrance qui reste là, oui, ces textes nous invitent dans la mémoire de Pierre-Vladimir et de Mathilde, peut-être pas à croire, la foi n’est pas sur commande, mais en tout cas à faire confiance, et à espérer en Dieu, en sa Parole Christ, vivante en chaque homme. Ils nous invitent à tenir ferme cette promesse de vie grâce au Saint Esprit qui nous escorte.

Ils nous invitent à ne pas se laisser culpabiliser devant cette mort. Souvent le deuil fait culpabiliser ; notre for intérieur nous joue ce tour ainsi. Ils nous invitent à ne pas souffrir d’impuissance, ni à craindre ce qu’on a ‘trop dit’, ou ‘pas assez dit’, à ne pas s’enfermer dans une non issue d’un ciel vide. Ils nous invitent à nous confier en Dieu. Le Ciel n’est pas vide.

Il faut s’attendre à recevoir des témoignages de vie par le Saint Esprit, le Consolateur Il est dans l’invisible, au milieu des autres, à travers nos paroles, nos prières, nos projets, autant de lieux de l’Esprit où nous recevrons la force de l’Esprit et l’amour, dans le mystère de ceux qui nous ont quittés et qui nous accompagnent dans la vie spirituelle.

Et je terminerai en vous disant que Oui, je le crois que la promesse se situe au milieu des hommes et des femmes de notre temps, en la communion des saints, où domine la vie intérieure et éternelle. Elle est paix en Christ qui nous la donne.
‘L’Esprit saint que mon Père enverra, en mon nom dit Jésus, vous enseignera toutes ces choses et vous le fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit’. Christ poursuit : ‘Je vous laisse la paix
, je vous donne ma paix.’ Il est là je pense, le ciel. Au nom du Père du Fils et du Saint Esprit,

 

Amen

 

 

Jean 1, 1-18 – « Au commencement était le Verbe… »

Jeudi 25 Décembre 2014 – Noël, par le pasteur Béatrice Hollard Beau

 

Au commencement était le Verbe,

et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu.

2Il était au commencement tourné vers Dieu.

3Tout fut par lui,

et rien de ce qui fut, ne fut sans lui.

4En lui était la vie

et la vie était la lumière des hommes,

5et la lumière brille dans les ténèbres,

et les ténèbres ne l’ont point comprise.

6Il y eut un homme, envoyé de Dieu : son nom était Jean.

7Il vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.

8Il n’était pas la lumière, mais il devait rendre témoignage à la lumière.

9Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme.

10Il était dans le monde,

et le monde fut par lui,

et le monde ne l’a pas reconnu.

11Il est venu dans son propre bien,

et les siens ne l’ont pas accueilli.

12Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. 13Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.

14Et le Verbe s’est fait chair

et il a habité parmi nous

et nous avons vu sa gloire,

cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père.

15Jean lui rend témoignage et proclame :

« Voici celui dont j’ai dit : après moi vient un homme qui m’a devancé, parce que, avant moi, il était. »

16De sa plénitude en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce.

17Si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.

18Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a dévoilé.

 

 

 

Frères et sœurs,

nous fêtons aujourd’hui  en ce jour de Noël , la naissance de Jésus-Christ.

Il se trouve qu’en ce jour de Noël, notre texte de ce jour est aussi une autre naissance : le début de l’Evangile de Jean. Et, comme dans toute naissance, le début de l’Evangile de Marc en est un exemple,   Jean va en exposer ce qui constitue la vie de cet Evangile, son principe, son fondement, axé sur Jésus –Christ, la Parole, et avec des mots qui peuvent être aussi un commencement pour nous.

Il est beau de les redécouvrir en ce jour de Noël, afin qu’ils reprennent naissance Et ce sera frères et sœur le thème de notre méditation.

 

Jean dit : Au commencement était la ¨Parole,

La Parole était auprès de Dieu, la Parole était Dieu. Tout fut par elle.

 

Au commencement, de la vie, au commencement, de toute vie, il y a une  Parole, celle de Dieu. L’inverse est aussi vrai.

Au commencement de toute Parole de Dieu,  il y a aussi la vie. Qui dit Dieu, dit la VIE.

 

Et la vie se manifeste ainsi : Christ qui était auprès de Dieu, va venir auprès des homme.

L’événement de la  naissance de Parole est dans cette proximité, elle n’existe que dans cette relation de proximité.  Christ  est Celui qui par amour  rétablit la proximité de Dieu avec  celle des hommes.

C’est une très belle nouvelle, cette naissance de la Parole, car Christ pour nous unir à Dieu , par amour, `Christ vient s’incarner en nous.

 

Mais ce qu’il y a de plus extraordinaire encore, c’est que sa naissance au monde, va nous FAIRE NAITRE en ESPRIT. Au commencement nait la Parole qui nous fait naître à l’essentiel de la  vie et à l’Esprit , comme une LUMIERE  qui brille dans les ténèbres.

 

Oui mais voilà, au commencement du monde et de toute personne humaine, CE DON, les ténèbres ne l’ont pas accueilli. Ils n’ont pas accueilli la Parole.

LA PAROLE Christ n’a pas été RECONNUE dans les ténèbres.

 

Nous pouvons nous demander Pourquoi ?

Parce que les ténèbres ne désignent pas un monde indéfini. Les ténébres, définissent  l’espace extérieur au Monde de l’Esprit : La CHAIR, notre pauvre humanité aveugle.

Non pas que nous soyons mauvais. Mais parfois notre pauvre nature d’homme  ne veut pas se libérer et s’enferme sur elle même .

On n’y arrive pas, on ne se comprend pas, je suis frappée de voir  tant de ‘mal-entendus’…

 

Impossible alors de discerner ce qui revient de la chair et de l’Esprit, de la liberté et de l’enfermement.

Même au milieu des siens, Jésus la Parole, n’a pas été accueilli, dit Jean, . C’est pire que ce qu’on peut imaginer. Les proches  n’accueille pas celui qui est leur proximité.

Alors voilà quel est le fondement,  principe de l’Evangile, Principe de « la BONNE NOUVELLE en grec. : La Parole fait naitre l’homme en Esprit, mais elle n’a pas été RECONNUE. Ceci est à l’origine de la CROIX.

 

Mais si l’EVANGILE veut dire BONNE NOUVELLE , n’y a t-il pas autre chose, qui fait qu’on ne peut pas s’arrêter là ?  SI !

Jean dit qu’à ceux qui CROIENT en son nom,  il a donné le pouvoir d’être Fils de Dieu …

.

En face de la non reconnaissance générale,  de la non-vision, Dieu a donné une possibilité de : CROIRE, d’établir une relation de CONFIANCE, C’est le même mot en grec. Il y a la possibilité de croire, d’avoir confiance, c’est un lien. C’est immense.

 

Alors comment  croire ? Jean le dit :

On ne croit pas par hérédité : On ne croit pas par la chair ou par le sang, ni même par sa propre volonté.

Il est donné de croire par le témoignage de l’HOMME en lequel Jésus s’incarne .

C’est ainsiqu’on « contemple  la grâce et la  vérité du FILS UNIQUE ».

Christ se REVELE en L’HOMME .

C’est pour cela que dans ce prologue, alors que Jean évoque la Parole,  le récit est coupé parle TEMOIGNAGE de Jean –Baptiste vis à vis du  Christ .

 

C’est comme si Jean disait :.

On ne reconnaît pas le Christ. Christ se révèle en L’HOMME. Il se DEVOILE dans le témoignage de l’homme,  en la PAROLE d’autres hommes. Ce sont autant de  TEMOINS qui font apparaître le Christ. TOUS :

Lorsqu’on voit grâce et vérité en un homme il y a le Christ. Ce n’est pas l’homme qui détient la vérité. A un moment, la Vérité est révélée, elle donne VIE .

Alors la Parole de Dieu Christ est là .  Elle passe par l’homme nous sommes des passeurs.

 

Ce très beau texte à Noël nous dit qu’à défaut de le CONNAITRE, nous pouvons RECONNAITRE la Parole,  Christ

Reconnaître c’est le faire naitre.  NOËL est une CONVERSION à l’homme.

Reconnaître le Christ c’est grâce à l’Esprit Saint CROIRE en l’HOMME se pencher sur l’autre, c’est le reconnaitre comme TEMOIN du Christ, porteur de sa PAROLE,  coute que coute.

 

Mais on peut se dire finalement : qu’est que ce témoignage ?

 

Le témoignage n’est pas une exemplarité. Le témoignage est une Révélation du Christ.

C’est une question de FOI.

Heureusement , dans notre texte jean parle de ce témoignage. Ce texte est très précieux.

La description du « témoignage » de  Jean –Baptiste en donne la teneur :

 

Littéralement il est dit dans le texte :

«  Jean -Baptiste lui rend témoignage et proclame » Après –moi vient un homme qui est devant moi , parce qu’il est premier par rapport à moi.

 

Jean-Baptiste parle du Christ, mais RECONNAITRE le Christ c’est aussi reconnaître l’homme à côté de soi comme PREMIER  à soi.

Nous sommes appelés à une conversion du regard.

Témoigner de la Parole du Christ , c’est  donc  DELIER SOI-MÊME avant de délier l’autre.

C’est donc, arrêter de s’enfermer sur SOI, et vouloir tout prouver par rapport aux autres.

 

Trouver le Christ et le reconnaître, c’est Reconnaître l’AUTRE comme meilleur et premier et l’accepter sans complexe par ce qu’il est porteur de Christ..

C’est se réjouir de la valeur de l’autre, c’est le SERVIR. SERVIR est une question de foi.

Mais c’est alorsreconnaître que nous formons  unité avec les autres.

C’est se rendre comte qu’à plusieurs nous formons le peuple de Dieu. Etre dans la PAIX

 

RECONNAITRE le Christ, c’est reconnaître alors sa propre place en humilité, c’est reconnaître la Grâce, c’est alors vivre la LIBERTE de la Parole.

Peut –être aussi se trouver en tant que créature et alors vivre la vie de l’Esprit.

 

Je terminerai en citant encore Jean : A celui qui reçoit la plénitude de la Parole dit Jean, il reçoit « grâce sur grâce », c’est à dire en grec ‘grâce POUR grâce’.

Oui,  la naissance de la PAROLE est destinée à la GRACE de l’autre, et ultimement à la grâce de DIEU.

Noël c’est Reconnaître la PAROLE  au service de l’autre,  et au service de Dieu .

 

Christ nait pour nous sauver, nous délier, et ainsi pour rendre grâce à Dieu .

Oui, fêtons  Noël la naissance de Christ dans la RECONNAISSANCE de cette immense grâce. Par Lui le monde est transformé et continuera à se transformer pour Dieu.

Au commencement la Parole était près de Dieu.

 

Amen

Jean 1, 1-4 – « Au commencement de toutes choses, la Parole existait déjà … »

Samedi 11 octobre, par le pasteur Béatrice Hollard Beau

Jean 1, 1-4

Au commencement de toutes choses, la Parole existait déjà ; celui qui est la Parole était avec Dieu, et il était Dieu.

2Il était donc avec Dieu au commencement.

3Dieu a fait toutes choses par lui ; rien n’a été fait sans lui ;

4ce qui a été fait avait la vie en lui. Cette vie était la lumière des hommes.

 

Siracide, chapitre 36, 26- 31

Une femme acceptera n’importe quel homme pour mari,

mais il y a des filles préférables à d’autres.

27La beauté d’une femme rend le visage joyeux

et dépasse tous les désirs de l’homme.

28Si elle a sur sa langue bonté et douceur,

son mari échappe à la condition ordinaire des hommes.

29Celui qui acquiert une femme a le commencement de la fortune,

une aide semblable à lui et une colonne d’appui.

30Là où il n’y a pas de clôture, le domaine est au pillage,

là où il n’y a pas de femme, l’homme erre en se lamentant.

31Qui donc fera confiance à un brigand dégourdi

qui bondit de ville en ville ?

De même à l’homme qui n’a pas de nid,

qui fait halte là où le soir le surprend.

 

 

Prédication

 

 

Amis frères et sœurs, comment est-ce possible de prêcher pour un mariage sur ce texte du Siracide. Texte  dit de ‘sagesse hellénistique’,( écrit en grec de la Septante) , portant d’ailleurs le nom de son auteur, Jésus Ben Sira.

Oui, comment est-ce possible quand on connaît la personnalité d’Anne Sophie ? Un texte qui dit qu’une femme doit  accepter n’importe quel homme pour mari, n’importe quel individu qui se présente, pourvu qu’elle soit mariée, et encore heureux qu’elle soit mariée !

 

Comme si Anne-Sophie était n’importe quelle femme, comme si elle n’était pas  une femme, que la beauté, l’enthousiasme, la sincérité et l’intelligence pouvait rendre difficile et comme si Grégoire était le premier homme croisé en bas d’un cabinet d’osthéopathe et non pas cet homme exquis, intelligent et stable.

 

Et puis surtout, comme si tous deux, vous n’étiez pas des êtres intimement préoccupés par le choix, par la JUSTESSE  de construction d’une  vraie relation,

J’en profite pour dire que dans notre préparation j’ai été touchée de voir  que dans votre vie à deux, tout est fait justement pour ne pas vous approprier de fausses idées sur l’autre, pour ne pas manquer quelque chose pour ne pas perdre l’autre dans sa richesse.

 

Alors oui, quel texte ! La femme n’aurait pas le CHOIX du mari, et  lui, l’homme,   je ne sais pas si vous avez remarqué, lui aurait le choix ! Il est dit « mais il y a des filles préférables à d’autres ».  Donc l’homme  aurait le DEVOIR  de choisir, pas la femme. .

Alors oui, quelle inégalité ! Le contexte de l’époque le voulait, c’est vrai. A moins que.

A moins qu’on n’aie pas compris que le fond du texte ne dit pas cela, qu’au fond il n’y aurait pas de différence entre l’homme et la femme.  Pourquoi dis-je cela ?

 

-Je me suis aperçue de quelque chose d’étonnant :il est dit dans ces versets du Siracide que la femme rend le visage joyeux de l’homme,(comme si par sa nature il n’était pas joyeux ),

-et surtout, il est dit que grâce à  elle, il échapperait à la condition ordinaire des hommes.

Je suis allée voir la traduction ‘d’homme’ en grec, c’était plutôt : « du genre humain ».

 

Qu’est ce à dire ? Déjà que dans ce texte, l’homme et la femme, sont au même niveau, cela est un premier point.  Mais surtout  que l’homme ( et femme aussi) est un être fragile , contrairement aux apparences.

 

Derrière ce propos, je ne suis pas en train de te dire Anne-Sophie attention à Grégoire, il est entrain de craquer …Loin de là. Mais je trouve beau que sous ce texte qui a l’air un peu « matcho », grossier anti féministe, il y ait une vraie préoccupation de l’être humain, qu’il y ait une vraie profondeur.

Comme vous vous êtes profonds d’ailleurs.

Comme si l’auteur interpellait et disait, comme il va le dire dans les versets qui suivent que la vie de l’être humain et à fortiori du couple, est magnifique mais que ce qui en fait sa profondeur est aussi les combats qu’il a à combattre.

 

Si les couples y étaient préparés d’ailleurs,  comme une beauté de la vie,  je pense qu’il y aurait moins de couples qui se déchirent.

 

Alors face à cela, l’auteur va dire quelque chose d’extraordinaire (masqué)  :

En fait il va octroyer un rôle, une place à l’homme ou à la femme, qui a l’air de rien comme cela , mais qui est immensément existentielle et surtout immensément spirituelle.

La femme, ( ou l’homme)  est providentielle dans le couple : elle permet à l’autre, de changer de condition….C’est extraordinaire ? Et comment ?

 

Oui, quand la femme (qui pourrait être l’homme) sur la LANGUE   bonté et douceur.

C’est extraordinaire pourquoi ?

Car  la femme et  l’homme sont porteurs d’une PAROLE. Il est porteur de Christ, quand la parole est douceur et PAIX. C’est cette Parole dont parle notre Evangile de jean : Le Verbe.

Vous savez que l’apôtre Paul, parle de bonté et douceur, pour le caractère accompli.  Celui qui porte  LA PAROLE.

 

Alors oui,  vous voyez , souvent les couples qui cheminent ensemble prennent beaucoup de temps ensemble à dialoguer, à chercher les mots pour se comprendre, mais ils oublient cette VOCATION : être porteur d’une parole de PAIX :  s’apporter. Christ.

 

Alors  vous allez peut être vous dire : comment apporter cette parole de paix ?

Toi Grégoire tu peux te dire : en tant qu’avocat, ma parole n’est pas toujours une parole de paix, mais si, et elle m’a touchée !!!Toi Anne Sophie qui est osthéopathe, tu peux te dire, et moi  je fais plutôt des gestes ? ( FAUX, parole et geste c’est et même mot en hébreu) En tout cas tes paroles sont profondément paix.

Alors voyons dans notre récit, comment Ben Sira, prévoit cette paix.

Il la prévoie avec la LIBERTE , et pourtant avec un MOT qui pourtant ressemble au CONTRAIRE de la liberté : l’ENCLOS !

L’homme ou la femme, est un ENCLOS dit –il, L’enclos permet à  l’autre ne pas se  perdre. Ou là !   un enclos, ce n’est pas évident ! Et pour cause, il est mal traduit.

Ce mot en hébreu et en grec, serait plus juste étant traduit par : ESPACE PRIVATIF.

 

Eh bien je vais vous dire : la liberté de la PAROLE adressée à l’autre en Christ , vient du  fond de cet espace privatif.

C’ est un espace profond et intérieur , absolument intérieur, ou chacun, en son âme, recoit  à sa mesure la vie spirituelle, le Christ, SON INSPIRATION, SON  aspiration.

 

C’est de cet espace, intime personnel, DIFFRENT  l’un de l’autre, C’est de là qu’émane  la PAROLE SPIRITUELLE qui DELIVRE . Mais surtout, et j’insiste :ce n’est que par la prise de conscience de cet enclos différent et propice , que cette  paix peut être vécue en soi et peut passer sur l’autre.

 

Vous, vous l’avez cet espace, C’est une très grande chance. Mais aussi attention : certains couples ne s’en rendent pas compte, plus l’espace d’intériorité est grand, plus la menace ILLUSOIRE de SOLITUDE  ponctuelle peut poindre car les couples veulent souvent veut tout PARTAGER, et même cet espace,  qui ne se PARTAGE que, sur notre terre, par  l’ESPRIT SAINT, dans la prière.

 

je sais que  vous, vous savez que c’est dans cet ENCLOS  que c’est dans cet espace  intérieur,  que SURGIT LA PAROLE, la Parole créatrice, c’est là que se dessine  un véritable paysage un NID, une communauté vivante à deux  dans la liberté et la grâce.  Vous vivez une très belle vie spirituelle.

C’est à ce moment par sa Parole, comme le dit le texte que l’homme ou la femme , sera une colonne d’appui et un aide. (en parenthèse, comme le dit Genèse 1)

 

C’est à ce moment là qu’il y a CREATION, par l’Esprit, corrélation à 3 en Dieu

C’est cela l’AMOUR. Comprendre l’autre par la Parole et avec la Parole. En l’Esprit  dans cet espace de silence et de création. Vous construirez ainsi votre famille je pense.

 

Alors oui, Anne Sophie et Grégoire, vous êtes un couple magnifique, touchant, poignant, exigeant, jamais j’ai vu un couple si passionné par l’intérieur de l’autre,  n’ayez pas peur de vos enclos, rencontre de l’Esprit Saint, de là émanent des paroles de paix en Christ, une intelligence et une cration de couple va se construire   dans votre couple déjà formidable.

 

Vous allez être bénis et vous serez bénédiction de l’un pour l’autre, pour votre famille et vos amis.

DE la va émaner un espace, un NID,

Vous ne serez pas de ceux (comme le dit Siracide) qui n’ont pas de nid, qui font halte là où le soir le surprend, mais au contraire, vous serez de ceux qui ont un nid, dont le nid sert  à chacun , et ou il est bon de faire halte.

 

Amen

Jean 1 v 1-18 – « Une Parole de Dieu bien singulière, où Noël n’est pas loin de Golgotha… »

Dimanche 25 décembre 2005 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs,

Le nom donné à cette introduction à l’évangile de Jean est celui de « Prologue ». Il s’agit en effet de quelques versets d’ouverture qui présentent à la fois les termes du récit qui va suivre, c’est-à-dire l’histoire de celui qu’annonce Jean Baptiste, le prophète du désert, et à la fois les thèmes principaux qui vont être traités au long de la narration. Le Prologue introduit l’évangile, mais il en offre aussi les principales lignes d’interprétation. Nous retenons ici deux de ces lignes, deux de ces idées directrices qui vont traverser l’ensemble du texte.

« La Parole était au commencement », annonce l’auteur. Nous pourrions comprendre tout aussi bien que le principe de création qu’il nomme le « logos » est par conséquent « la Parole », la parole créatrice, la Parole de Dieu. Tout ce qui a été fait, l’a été par elle. Pour l’évangéliste Jean, il existe donc un principe divin organisateur du monde, et qui se trouve être à l’origine de tout : le logos, autrement dit la raison, qui est au principe du monde. Cette première affirmation se veut manifestement à l’adresse des deux principaux interlocuteurs de l’évangéliste : les juifs et les grecs, c’est-à-dire ceux de la torah et ceux de la philosophie. Et cette affirmation est compréhensible et recevable par eux. La notion de logos, en effet, en tant que principe divin organisateur du monde, pouvait être reçue en judaïsme comme renvoyant à la torah elle-même, autre dénomination générique de la Parole de Dieu, force créatrice du monde et réalité divine à l’origine du projet de salut. Ainsi les lecteurs de tradition juive pouvaient entrer en dialogue avec cet évangile qui leur présentait l’origine du monde et du projet de salut à travers la « Dabar YHWH », la Parole de Dieu, la torah, lumière de Dieu révélée aux hommes de son peuple. Cette compréhension du logos était de même recevable par les tenants de la philosophie pour qui le monde n’était pas organisé autrement que selon le principe d’une logique – un logos – d’où Dieu, là encore, ne se trouvait pas absent puisqu’il y avait d’une part l’ordre de la pure réalité, transcendant et éternel, qui est la vraie pensée de Dieu, et d’autre part l’ordre empirique, l’ordre de l’humanité. Et c’est à partir de cette accroche possible, de cette agrafe littéraire religieuse et philosophique des premières phrases du Prologue de Jean, recevables par les uns et par les autres, que l’auteur va poursuivre son développement et avancer vers la présentation de ce qui constituera l’événement par excellence, l’événement singulier et christique qui va produire un effet de sens évangélique par excellence : l’annonce de l’incarnation. Cette Parole, ce logos, ce principe d’organisation du monde tel qu’il est compris par les uns, cette expression de la Parole de Dieu pour les autres, vient maintenant se faire connaître des hommes et se propose de leur être accessible. Cette parole est en effet devenue chair.

Et nous découvrons alors la deuxième idée directrice du Prologue, la deuxième ligne de force, celle-là irrecevable pour beaucoup. Irrecevable pour la raison du philosophe qui peut s’autoriser à « penser Dieu », mais non pas à témoigner d’une rencontre personnelle et humaine avec lui. Et irrecevable pour la pensée juive qui peut « témoigner de Dieu », pour sa part, mais dans le respect et la nécessité incontournables d’une irréductible mise à distance. La Parole s’est incarnée, énonce donc l’évangile chrétien. Ce « principe d’organisation du monde », et cette « Parole de Dieu » se rendent accessibles autrement que par la contemplation ou par l’observance, autrement que par la théorie ou par l’obéissance. Et les hommes peuvent y avoir accès par le fait d’une rencontre personnelle et vivante, dans la foi en Christ. L’étrange actualité de ce Prologue mène donc son lecteur à mieux dire et mieux comprendre ce qu’est exactement l’incarnation, et à mieux raconter cette folie de Dieu qui s’offre à l’humanité à travers la découverte personnelle de Jésus de Nazareth en tant que Christ. Elle exige aussi l’effort incessant qu’il faut savoir accomplir pour traduire cette découverte devant les interlocuteurs d’aujourd’hui, croyants et incroyants, philosophes athées ou confessant d’autres dieux. Le Prologue de Jean devient, après lecture, prologue et prélude à tout dialogue interreligieux qui se veut respectueux et vrai, tolérant et exigeant, sérieux et prometteur. « La Parole est devenue chair, elle a fait sa demeure parmi nous et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique du Père. » La référence à l’incarnation, autrement dit à Noël, est alors l’occasion immanquable, pour tout chrétien, de rappeler la face sombre de cette gloire dont parle Jean, où la naissance du « héros » est humble et sans éclat préfigurant sa mort, humiliante et ténébreuse. La présence de Dieu parmi les hommes, c’est-à-dire celle du Jésus de l’histoire confessé comme Christ dans la foi, sera humble et toute humaine et par conséquent reconnaissable par tous. Point n’est besoin d’être grand philosophe à la manière grecque ou fin théologien, féru de la Torah ou des Pères de l’Eglise. « Nous, en effet, de sa plénitude nous avons tout reçu, et grâce pour grâce, car la Loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » Par la rencontre avec Jésus et par la découverte en lui du Christ, cette « Parole » nous est révélée. Et avec elle la certitude de notre salut compris dans un immense projet inauguré en réalité depuis les origines. L’apôtre Paul qui écrivait quelques années seulement avant l’évangéliste Jean ne disait rien d’autre à cet égard. Il affirmait sa foi dans la même perspective lorsqu’il parlait, lui aussi, à ses interlocuteurs juifs et grecs comme ceux de l’évangéliste, en terme de « logos ». Un logos compris comme Parole de Dieu, mais là encore Parole faite chair, dans l’humilité, et dont la gloire paradoxale s’est révélée dans la mort au Golgotha. Non pas la mort du sage ou celle du héros mais la mort sur la croix. Au moment de parler de Noël, comme au croisement de tous nos dialogues interreligieux, présents et à venir, se trouvera donc évidemment prononcée, évoquée, mise en débat, d’une façon ou d’une autre et dans bien des langages différents, la Parole de Dieu. Mais pour ce qui concerne les chrétiens, elle sera à comprendre en Jésus, et nécessairement en lui et par lui, comme étant la Parole de la croix,

אָמֵן