Jean 3, 1-18 – la révélation centrale de l’Evangile

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 8 avril 2018

« Dieu a telle­ment aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. »

Un concentré d’Evangile pour tous les Nicodèmes de la terre. Si vous faites partie de ces chrétiens qui croient en Jésus maître de vie et de sagesse dont l’enseignement fait autorité pour leur vie parce qu’il parle au nom de Dieu alors écoutez cette histoire. Elle est pour vous. Si vous vous sentez de ces chrétiens qui croient à la puissance de Jésus parce que ses paroles et ses actes témoignent que Dieu est avec lui, alors écoutez cette histoire. Elle est pour vous. L’Evangile de Jean a quelque chose à vous dire qui risque de vous bousculer, de vous déranger. En vérité, en vérité, dit Jésus, vous êtes encore dans la nuit. Non pas parce que vous seriez en train de vous cacher par peur ou par prudence mais tout simplement parce que vous seriez passé à côté de l’essentiel. Et l’essentiel tient en quelques mots. Tout est là, en quelques mots simples d’une limpidité totale. « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu’il ait la vie éternelle » A apprendre par cœur de toute urgence et à proclamer sur tous les toits sans retenue aucune. Dieu aime le monde. Tout commence donc par une déclaration d’amour. C’est le point de départ de toute vie. Dieu aime le monde. Mais il est vrai qu’il y a beaucoup d’obstacles qui s’interposent entre nous et l’amour de Dieu : la peur de la mort, l’injustice sociale, la maladie, le chômage, l’indifférence, la haine et la violence, parfois même la religion… Il y a tant d’incompréhension entre Dieu et nous, tant de difficultés dans nos vies quotidiennes que nous en arrivons à oublier que nous vivons sous cette grâce infinie. Alors Dieu décide de s’interposer. Dieu refuse que la mort et le mal viennent mettre une limite à son amour. Dieu nous aime tellement qu’il ne veut pas nous voir mourir. Il veut que cette relation entre lui et le monde soit une relation infinie, sans limite. Voilà la vérité : le monde doit être sauvé, arraché au mal et non jugé et condamné pour le mal qu’il subit avant de le perpétuer. Comment va-t-il faire pour détruire la mort ? Pour passer de la promesse aux actes, il a donné son Fils Unique. Dieu lui-même est venu mener la bataille par son Fils. Il n’a laissé le travail à personne d’autre : il est allé jusqu’à la Croix, descendre aux enfers chercher ce qui était perdu. Quelque soit l’enfer où l’homme est enfermé, il n’y a pas de lieu où Dieu ne puisse le rejoindre pour le sauver. Le plus étonnant sans doute est que pour en bénéficier, il suffit d’y croire : le juste vivra par la foi (Rom 1,17), point final. Le reste sera donné en plus. Un concentré d’Evangile à partager d’urgence, avec nos enfants, avec ceux qui viennent pour la première fois, avec ceux qui ne le connaissent pas encore

Ce verset contient 7 mots-clés comme 7 points essentiels à garder. Ces sept mots sont du reste souvent répétés dans l’évangile de Jean et en sont comme les sept notes dominantes. Aimer, Monde, Donner, Fils unique, Quiconque, Croire, Vie éternelle

Le premier de ces mots est : Aimer. Y a-t-il chose plus précieuse que l’amour que Dieu nous porte ? Dieu aime, c’est sa nature même : Dieu est amour (1 Jean 4,8). C’est la seule vérité que nous ayons besoin de connaître sur Dieu : Dieu n’est pas un juge ou un tyran, il est Amour. Ce n’est pas un attribut, une manière d’être ou encore une posture ou un acte de volonté, c’est la définition-même de son être. Dieu n’a pas d’autre volonté que celle de sauver quiconque fait appel à lui. Dieu n’a pas d’autres projets que de nous offrir la vie, la vie en abondance, ici bas, et la vie sans fin pour toujours. Mais il ne suffit pas de dire que Dieu est amour ! Comment puis-je le savoir, en faire l’expérience ? Tu es maître en Israël et tu ne connais pas ces choses Nicodème ? En vérité, en vérité je te le dis, l’amour de Dieu s’expérimente dans la justice qui redonne le pouvoir à ceux qui en ont été dépossédés pour leur permettre d’affronter épreuves et difficultés. Parce que Dieu est amour, il entend les cris de son peuple et cela lui est insupportable…

Les cris de son peuple dites-vous ? Serait-ce réservé aux élus, aux croyants, aux bons chrétiens, à ceux qui sont dans la bonne confession ? C’est ici qu’il faut recevoir le 2d mot de notre verset : Dieu aime le monde. Qui oserait mettre une limite à l’amour de Dieu ? Son amour n’est pas réservé à une élite, à une secte de bien-pensants ou de bien-croyants. Son amour baigne la création toute entière : les humains autant que le règne animal, le végétal autant que les éventuels habitants des étoiles. Dieu aime le monde. Quel cœur que le cœur de Dieu ! Il embrasse et il embrase le monde entier. Il n’est pas question, ici, d’un peuple particulier, comme pour le peuple juif autrefois, ni d’une classe spéciale de personnes, de bonnes gens, de gens aimables, de gens qui se repentent, de gens qui prennent de bonnes résolutions ; non, c’est le monde entier toute la planète Terre, et tout l’univers qui a été l’objet de tout l’amour de Dieu, tous les hommes, sans exceptions, mais aussi le cosmos, c’est d’ailleurs le mot utilisé en grec. L’amour de Dieu n’a pas de limite, personne n’est excepté, pas une seule poussière de lune, pas un seul galet, pas un seul radeau de boat-people qui essaie de passer à Lampedusa, pas un seul peuple, pas un seul pays ! C’est vous, c’est moi, les exceptions ne sont pas du côté de Dieu, mais elles ne viennent que de l’incrédulité de nos cœurs. Qui que nous soyons, méditons ce mot, le monde. Le monde est aimé de ce Dieu d’amour. Le monde entier, son merveilleux ouvrage.

Alors Dieu intervient dans l’histoire. L’espérance des victimes se fonde sur la certitude que Dieu est fidèle et qu’il intervient, qu’il n’est pas indifférent, lointain, oublieux d’une créature qu’il aurait laissé entre les mains aveugles des forces de la nature, jouet de la fatalité et des épreuves de la vie comme on dit d’un air désabusé, sur un ton résigné « C’est la vie… » Non, ce n’est pas la vie. La souffrance, le malheur, l’injustice, la guerre, la maladie, la mort… tout cela n’appartient pas à la vie. Tout cela s’oppose à la vie. Alors Dieu intervient. C’est ce que dit le 3ème mot de notre verset : Il a donné. Dieu n’est pas d’abord un Dieu qui demande, qui exige soumission, obéissance, conversion, offrande, que sais-je encore ! Non, c’est un Dieu qui donne le premier. Sans condition, sans restriction. Du reste, que pourrions-nous Lui donner ? N’est-il pas celui qui nous a donné notre vie ? notre famille ? notre foi ? notre argent ? Que voulons-nous donner à celui qui a tout ? Et d’ailleurs, il ne donne pas quelque chose (l’argent, la santé, le pouvoir, la réussite, le travail… ou autres objets transitionnels pour lesquels les hommes se battent tous les jours). Ce ne sont pas ces choses qui pourraient nous consoler parce qu’aucun objet n’est susceptible de nous aider à ressentir l’amour de Dieu et sa justice. Dieu ne donne pas quelque chose d’extérieur à lui. Il SE DONNE.

Ce don pourrait-il être plus grand, puisque c’est le don de son Fils unique… Voilà le quatrième mot sur lequel doit être fixée notre attention dans la méditation de notre précieux verset. Un homme sacrifierait tout avant de sacrifier son fils, surtout si c’est son Fils unique, mais Dieu a donné son Fils unique pour des méchants, des parias, des pécheurs et des prostituées. Par amour pour ses ennemis… Quel accueil ce Fils unique a-t-Il reçu en venant dans le monde ? Regardez à la croix, là vous le verrez aimer et affronter le mal en prenant sur lui tout le péché du monde. Pour nous et malgré nous, Dieu a voulu mourir d’amour. Pour mettre un terme à la souffrance de ses créatures. Par la mort et la résurrection de Jésus, Dieu vient nous donner la capacité de lutter contre tout ce qui fait péché dans la vie des hommes, tout ce qui les blesse et les humilie, tout ce qui les avilit et les éloigne les uns des autres. En lui et par lui, nous avons la possibilité de résister au mal, de ne plus collaborer avec lui par notre indifférence, notre impuissance, notre complicité implicite. Désormais nous sommes mandatés par Dieu pour résister au mal.  Il nous envoie, nous ses messagers, dans tout le monde entier, prêcher cet Evangile-là et aucun autre, annoncer cette Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités de la création. En cela, nous devenons une bénédiction pour toutes les familles de la terre, selon la promesse faite à Abram. Son évangile, Il le fait annoncer à tous les hommes afin que tous puissent trouver leurs délices dans ce fils bien-aimé qui réjouit son cœur de toute éternité.

Cela nous amène au cinquième mot, à la cinquième vérité de notre verset : Quiconque : « Afin que quiconque ». Personne n’est excepté, pas même un brigand sur une croix, une Marie de Magdala qui avait sept démons et une trop longue chevelure, ou un Saul de Tarse fanatique religieux aveuglé par son zèle purificateur ou aveuglé par l’éclair surgi sur son chemin de Damas. Tous ceux qui se sentent victimes ou laissés pour compte s’interrogent pour savoir si Dieu ne commet pas une injustice terrible en laissant entendre qu’il aime tellement le monde qu’il aime aussi, par la force des choses, les importuns, les égoïstes, les violents. Pourquoi Dieu aime-t-il tous ces aventuriers du monde qui rendent la vie impossible aux autres ? La réponse est simple, c’est que tous sans exception sont en quête de la même chose : la vie ! Ceux qui dominent et écrasent les autres sont également demandeurs de vie. Ils en ont tellement besoin, qu’ils accaparent la vie des autres au point qu’ils cherchent à la leur enlever. Ils croient alors qu’ils amélioreront leur propre vie ou qu’ils auront des suppléments de vie en se concentrant sur leurs privilèges. Ils croient que tels le pouvoir, l’argent, le savoir, la science, qu’ils s’attribuent sont porteurs d’avenir au regard du monde. Au regard de Dieu tout ce qui permet de dominer les autres, est porteur de mort. Voilà pourquoi la fin recherchée ne peut pas être autre chose que la réconciliation et la rédemption de tous et en aucun cas la défaite de son adversaire, de celui qui s’oppose, du méchant. Il n’y a pas d’autre voie que la réconciliation et l’amour des ennemis. Ce n’est pas une question éthique qui nous ferait dire que c’est bien d’aimer nos ennemis mais bien une question de principe : nous sommes mandatés pour résister au mal et non pour collaborer avec lui. Seule la conversion de notre ennemi dévoile le Royaume qui vient. Il ne s’agit pas de faire perdre nos adversaires mais bien de changer leur cœur, de gagner leur amour, de transformer leur vie. Nous sommes appelés à construire la Communauté des Bien-Aimés. C’est à cause de ce repli sur soi qui est la racine de l’égoïsme, que les hommes ne sont pas capables d’aimer vraiment quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes et qu’ils commencent à détester ce qui leur est étranger (xénophobie = l’amour de soi jusqu’à la haine de l’autre). La seule chose qui peut les transformer c’est de découvrir qu’ils sont aimés eux aussi gratuitement par Dieu sans tenir compte de leurs situations privilégiées. Dieu nous confie la mission de le leur faire connaître. Il faut que ceux dont le comportement est le plus éloigné de ce que Dieu souhaite arrivent à prendre conscience du fait que malgré tout Dieu les aime et les supplie de changer de comportement pour croire au don gratuit de sa grâce. Evangéliser par l’Amour. Cette grâce est à la portée de Quiconque : vous, moi, ceux qui viendront, n’importe qui à la seule condition de ne pas faire Dieu menteur.

C’est ce qui nous est enseigné par le sixième mot : Croire. « Quiconque croit », voilà la seule condition à la possession de l’objet que Dieu donne ; c’est la seule chose que Dieu demande à l’homme : Ce n’est pas celui qui se repent, celui qui a pleuré sur ses péchés, qui a amélioré sa conduite, mais, notons-le bien, celui qui croit. Dieu donne, le coupable croit, et, croyant, il reçoit le don inexprimable de Dieu ; et ; le possédant, il a la vie éternelle. Le monde est appelé à changer car il est aimé par Dieu, mais c’est à nous, qui avons le privilège de le savoir de le lui dire car comment le monde le saurait-il ? Et s’il ne le sait pas, comment changerait-il ? Comment retrouverait-il le goût de vivre ?

C’est là la septième grande vérité La Vie, la vraie. Comment définir la vie éternelle ? Ce qui est fini pourrait-il expliquer ce qui est infini et parler de ce qui ne sera connu dans sa plénitude que durant l’éternité ? Cette vie offerte ne peut finir, elle ne peut se perdre, celui qui la possède jouit d’un bonheur qui ne peut être connu que de ceux qui l’ont goûté. Cette vie c’est une vie en Christ lui-même, puisqu’Il est le Dieu véritable et la vie éternelle, c’est l’infini de Dieu lui-même. C’est ce que dit l’apôtre Paul aux Ephésiens (3,17s) :  Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi et que vous soyez enraciné et fondés dans l’amour, pour être capable de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.

Jean 2, 13-22 – Apprendre à lire les signes

Méditation du pasteur Samuel Amédro, le dimanche 11 mars 2018, au culte précédant l’Assemblée Générale de la Paroisse

Il faut apprendre à lire les signes. Toutes les diseuses de bonne aventure, les journalistes comme les économistes les plus chevronnés vous le diront : par eux-mêmes, les événements n’ont aucun sens. Seule compte l’interprétation qu’on en donne. L’interprétation d’un événement, d’une rumeur comme d’un texte biblique relève toujours d’un acte de la volonté. C’est un choix de celui qui cherche à comprendre et non une procédure scientifique de l’ordre de la connaissance ou d’un savoir démontrable et opposable. Interpréter les événements consiste à choisir de leur donner du sens.

L’Evangile de Jean relève qu’en changeant l’eau en vin « ce fut le commencement des signes de Jésus… Ce qu’il fit à Cana manifesta sa Gloire et ses disciples crurent en lui » L’événement vécu par tous les convives de la noce ne fut interprété comme un signe que par les seuls disciples. Pour eux, aucun doute possible : ce à quoi ils ont assisté ne pouvait être qu’une manifestation de la Gloire de Dieu. Qu’en est-il des autres convives ? Nous n’en savons rien. Par contre, la foi des disciples, elle, est née comme le fruit d’une relecture existentielle d’un événement compris comme un « signe », ou même mieux, comme la « signature », la trace du passage de Dieu dans leur vie.

Alors, quand Jésus chasse les marchands du temple en pleine fête juive de la Pâque, il crée l’événement qui va faire sensation. Comme on dit aujourd’hui, ça fait le buzz. Trace vraisemblable d’un fait historique avéré, il est rapporté par les quatre évangiles qui l’interprètent chacun à leur manière. L’Evangile de Jean, lui, met en scène deux groupes, « les disciples » et « les juifs » qui, chacun leur tour, cherchent à interpréter ce qui s’est passé. En citant le Psaume 69 : « La passion jalouse de ta maison me dévorera ! », Jean nous montre des disciples qui décident d’y voir une conséquence d’un zèle débordant qui brûle Jésus. Cherchent-ils à atténuer le scandale qui s’annonce ? En tout cas, en réagissant à chaud, ils y voient le signe que Jésus n’est après tout qu’un humain, tout comme eux, pétri de passion et capable de violence. Ils lui trouvent une excuse pour justifier ce comportement difficile à comprendre : « il a le feu sacré, comme on dit, il faut l’excuser… » Etonnamment, les juifs, eux, n’ont pas immédiatement une interprétation à donner. Mais plutôt que de se précipiter à accuser, à l’image de ces disciples qui se sont précipités pour excuser, ils commencent par questionner : Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte ?

La réponse de Jésus servira de point de bascule, ridicule pour les uns, mystérieuse pour les autres : Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai !  Ceux qui reçoivent ces mots au pied de la lettre ne peuvent y voir autre chose qu’une nouvelle provocation de Jésus qui se discrédite totalement à leurs yeux : il a fallu quarante-six ans pour construire ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèveras ? Qui peut affirmer des choses aussi grotesques, aussi manifestement contraires aux connaissances scientifiques ? Et les disciples ? En fait, il leur faudra attendre : Quand il se fut réveillé d’entre les morts, ses disciples se souvinrent qu’il disait cela et ils crurent l’Ecriture. Comme toujours, sur le moment les choses restent mystérieuses : impossible de donner du sens en restant collés aux événements, dans l’immédiateté, comme ces chaînes d’info continue. Apprendre à lire les signes demande du temps et de la distance. Ce n’est que dans l’après-coup, quand il est possible d’avoir un regard d’ensemble, que le signe se donne et que la vérité se dévoile.

C’est sans doute là l’enjeu majeur d’une Assemblée Générale et peut-être plus particulièrement de la nôtre aujourd’hui : un temps de bilan, de prise de distance, de discernement et de mise en perspective. Pour ma part, après 6 mois de présence en tant que pasteur du St Esprit, il était important de vérifier avec vous (et avec le CP) que nous étions dans la bonne direction. Pour comprendre la situation en finesse, il me fallait bien prendre 6 mois pour écouter, rendre visite et rencontrer les uns et les autres, prendre le temps de ne rien dire. Bon, je sais que j’ai un peu de mal à ne rien dire… mais j’ai écouté ! Je sais aussi que je prêche trop longtemps, c’est vrai et j’espère vraiment que vous ne vous ennuyez pas trop… mais surtout, j’ai la conviction profonde que l’essentiel n’est pas là : quels sont les événements significatifs que nous allons choisir pour faire sens ? Il faut relire notre histoire par-delà l’écume des jours. Qu’allez-vous choisir pour interpréter l’histoire de la paroisse du Saint Esprit ?

  • La croix recouverte de peinture bleue piscine (ou bleu marial selon les goûts) ?
  • Les repas paroissiaux nombreux et caractéristiques de l’ADN de notre Eglise (avec en point d’orgue le magnifique banquet Luther du mois de novembre)
  • L’exigence intellectuelle forte et le classicisme revendiqué pour les cultes et la musique, le tout dans une identité réformée voir calviniste assumée (l’année Luther c’est bien, mais Calvin c’est pas mal non plus !)
  • La perte lente mais, semble-t-il, inexorable des membres de l’Eglise qui constate le vieillissement de ses membres et les décès marquants qui laissent des trous béants dans la communauté (Simone Bernard, Françoise Alexandre, Liliane Bonvallet, Alexandre Peugeot…)
  • La sonorisation et l’éclairage défaillants du temple (on entend mal et on voit mal !) ?
  • L’absence de jeunes et notamment de jeunes couples avec enfants et poussettes ?
  • Le rayonnement indéniable du Cercle du Mardi depuis plus de 50 ans (un peu vieillissant lui aussi mais ô combien passionnant sur le fond et important pour l’Eglise)
  • Le conflit majeur avec le pasteur précédent qui a littéralement déchiré la communauté, provoquant des paroles dures, des jugements réciproques, des départs et surtout un traumatisme psychologique et spirituel majeur ?
  • Faut-il relever les absences étonnantes dans notre vie paroissiale ?
    • Absence de projet diaconal au service des plus vulnérables
    • Absence de vision pour la croissance numérique de l’Eglise qui ne touche plus l’extérieur mais reste centrée sur le petit troupeau de ses membres
    • Absence de temps/réunion de prière, médication, recueillement qui permettrait à l’Eglise de se ressourcer spirituellement…

L’Assemblée Générale c’est un temps nécessaire de retour sur soi pour prendre distance vis-à-vis de la vie courante, se donner un recul nécessaire et choisir les événements significatifs pour les relier et donner du sens à la vie de l’Eglise. Là réside la mission principale du Conseil Presbytéral et de son pasteur : donner une vision, une direction, tracer des perspectives en fonction d’une interprétation de l’histoire. Nous allons faire cela ensemble juste après notre culte. Mais si, justement, nous commençons par un culte, c’est bien parce qu’il est essentiel de laisser à Dieu la première parole à ce sujet, qu’il puisse intervenir et peut-être orienter, ré-orienter nos discussions, préoccupations, décisions… Et si nous mettons notre AG sous le regard de la Parole de Dieu, il me semble qu’il y a dans le texte biblique que nous avons lu dans l’Evangile de Jean pas mal de résonnance qui font écho à notre situation. J’y entends, moi, la proximité avec la fête de la Pâque, un épisode de colère et de violence qui secoue le Temple, la demande d’un signe de la part des responsables du Temple… et puis une parole mystérieuse qui doit faire sens : « Détruisez ce sanctuaire et je le relèverai en 3 jours ! »…

La première réaction consiste à résister : il a fallu 150 ans pour le construire et toi tu prétends le reconstruire en 3 jours ? Quel orgueil, quelle folie…

C’est ici que l’Evangile de Jean décide de sortir de son récit pour nous donner la clé. Ce n’est pas moi, le nouveau pasteur qui vais reconstruire le temple d’un coup de baguette magique. Non, il y aurait erreur sur la personne, usurpation d’identité et ce serait par trop orgueilleux de ma part de vouloir me mettre à la place de Jésus. L’Evangile de Jean rassure les inquiets et rabaisse les orgueilleux : Le sanctuaire dont il parlait, lui, c’était son corps. Il y a là un point déterminant, fondamental qui doit nous réorienter entièrement dans notre inquiétude et notre souci (légitime) de reconstruire l’Eglise. En fait, tous ces différents éléments que j’ai relevés, écoutés, analysés depuis 6 mois ne doivent pas nous masquer, nous cacher, s’interposer et faire écran devant l’essentiel : le Corps du Christ. Le sanctuaire dont il parlait, lui, c’était son corps et non le bâtiment de notre Eglise et encore moins ses institutions, projets, difficultés, sociologie et autres questions qui nous préoccupent. Tout cela n’appartient pas à l’essentiel, tout cela ne doit pas nous préoccuper plus que de raison. Ce qui doit tomber, tombera et ce qui doit vivre vivra. Mais le plus important c’est ce que le Christ nous dit aujourd’hui : en trois jours, je le relèverai. Voilà l’essentiel : le Seigneur va ressusciter, le Corps du Christ va ressusciter. Voilà la clé.

Chers amis, j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : vous êtes / nous sommes le Corps du Christ et le Corps du Christ c’est vous (1 Corinthiens 12,27) ! Autrement dit, ne vous inquiétez pas de ce que demain sera, de ce que vous allez manger ou de quoi vous allez vous vêtir (Matthieu 6, 25-34). Ne soyez pas soucieux pour demain : le Corps du Christ va ressusciter. Notre Eglise du Saint Esprit va ressusciter, elle va se relever, c’est une certitude ! Oui elle a souffert, ou elle a perdu, oui elle a traversé le désert et l’angoisse du lendemain financièrement, numériquement, spirituellement… Tout cela est vrai et j’allais dire, tant mieux ! Pour connaître la résurrection, il faut apprendre à mourir. Et c’est ce que vous avez fait.

Ainsi parle le Seigneur : Tout pouvoir m’a été donné, dans le ciel et sur la terre. Allez, de toutes les nations faites des disciples, enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai enseigné et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ! (Matthieu 28,16-20) Seigneur, au nom de toute la communauté, je veux te dire que le moment est venu de tenir ta promesse, puisque tu as promis d’être avec nous jusqu’à la fin du monde…

L’heure vient, et elle est là, dit Jésus (Jean 4,23) Détruisez ce sanctuaire et je le relèverai en trois jours. Le sanctuaire dont il parle, c’est son corps, c’est vous, les membres de son corps. Alors, debout peuple de Dieu, Corps du Christ, la résurrection est là et elle t’attend ! Et quand vous le constaterez alors vous pourrez reprendre à votre compte les derniers versets de notre passage que nous avons lu dans l’Evangile de Jean : vous vous souviendrez de mes paroles, vous croirez en l’Ecriture et dans la Parole que Jésus a dite (Jean 2,22) !

Corinthiens I 15, 1-11 et Jean 20, 30-31 – Foi et réalité : la résurrection

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 28 janvier 2018

Christ est mort pour nos péchés – Il est ressuscité le 3ème jour – Il est apparu aux apôtres.

En 3 phrases, l’apôtre Paul expose le cœur de la foi chrétienne : voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous avez cru. Point barre. Il va même beaucoup plus loin et on sent poindre la menace, presque un chantage qui révèle une situation conflictuelle grave : Je vous rappelle, frères, l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés, et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement vous auriez cru en vain !  Si vous ne restez pas attachés exactement à cet Evangile que je vous ai annoncé, si vous y changez quoi que ce soit pour ajouter ou pour retrancher, vous ne serez pas sauvés… Rien de moins. C’est la loi du tout ou rien. A prendre ou à laisser. Pas de nuance, pas de discussion. La violence du propos choque nos oreilles peu habituées à recevoir ce genre d’injonctions autoritaires. On se dit à tout le moins que l’apôtre exagère, qu’il outrepasse ses prérogatives. Alors, pour essayer d’expliquer cette tension dramatique dans son discours, on le replacera dans le contexte d’une toute jeune communauté chrétienne de Corinthe où l’autorité du père fondateur était très contestée par les charismatiques arrivés après son départ. Mais ce serait se tromper de cible que de réduire la question à un conflit de personnes ou de pouvoir. C’est justement pour éviter les faux débats que Paul entreprend un travail d’élagage de tout ce qui lui semble superflu dans la proclamation de la foi chrétienne, tout ce qui selon lui pourrait parasiter la proclamation de l’Evangile. La vie de Jésus ? Pas un mot. Ni sur la naissance virginale si sur l’ascension. Le message de Jésus ? Pas un mot. Ni sur la proximité du Royaume des cieux ou ni sur les paraboles. Les actes de Jésus ? Rien sur les miracles, les exorcismes ou les guérisons. J’ai décidé, dit-il dès les premiers mots de sa lettre aux Corinthiens, de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus Christ crucifié. (1 Co 2,2). Christ est mort pour nos péchés – Il est ressuscité le 3ème jour – Il est apparu aux apôtres. Il a enlevé tout le reste pour ne garder que le cœur de la foi chrétienne : la foi en la résurrection de Jésus. Le salut en dépend. C’est à proprement parler une question de vie ou de mort. Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi, dira-t-il quelques phrases plus loin (1 Co 15,14). Au fond, on ne perdrait rien à la vérité de la foi chrétienne si on enlevait la virginité de Marie ou le récit de l’Ascension. Cela ne mettrait pas en danger la foi chrétienne que de ne plus raconter telle ou telle parabole, tel ou tel miracle. Rien de tout cela n’est essentiel à la foi chrétienne. Mais si vous touchez à la mort et la résurrection de Jésus le Christ, tout ce qui fonde le christianisme s’évanouit et disparaît. Point barre. Il n’est pas question ici d’un quelconque conflit de personnes. Nous sommes au cœur de la foi chrétienne.

Vous percevez immédiatement la difficulté soulevée par une affirmation aussi massive : comment être certain que c’est bien réel et pas seulement une affirmation incantatoire invérifiable, infalsifiable comme disent les scientifiques depuis Karl Popper ? En quoi ma foi chrétienne est-elle bien réelle et pas seulement une illusion idéologique, une simple émotion ressentie, une humeur pieuse un peu vague ou encore un pur concept englobant dans un système théologique bien élaboré ? Gerhard Ebeling n’hésite pas à le reconnaître clairement : « On ne prend pas la foi au sérieux tant qu’elle demeure quelque chose de séparé du reste de la réalité.[1] » Cette question doit être, je pense, la question centrale des catéchumènes qui préparent leur confirmation. Accepter un divorce entre la foi et la réalité dans une sorte de juxtaposition incohérente nous entraînerait du côté de la schizophrénie, du dédoublement de la personnalité entre d’une côté la vie quotidienne (familiale, professionnelle, affective, économique, politique, éthique…) et de l’autre les représentations religieuses du dimanche (avec son folklore, ses rites et ses mythes, ses traditions et sa culture propre). En escamotant le problème de l’expérience et du rapport à la vie réelle, on fait de la foi une question théorique et non pratique, un concept intellectuel et rationnel et non une expérience personnelle et intime, un choix de la volonté et non un vécu. En faisant de la foi chrétienne un choix personnel et non une réalité éprouvée, on pose l’homme comme le seul maître de la vérité. L’homme ne décide pas de la réalité, elle s’impose à lui. Il ne fait que la constater et la recevoir comme vraie. C’est tout le combat de St Augustin contre Pélage que de refuser que la foi puisse être choisie, dérivée de l’homme comme si le salut pouvait être un acte de la volonté libre, choisi, décidé par l’homme. C’est tout le combat de la Réforme et particulièrement de Jean Calvin que de retirer ce pouvoir d’entre les mains de l’homme pour qu’il reconnaisse l’absolue souveraineté de Dieu qui donne la foi à qui il veut (doctrine de la double prédestination).

Tout le propos de Paul dans ce passage que nous avons lu consiste donc à affronter cette redoutable question de la réalité de la foi chrétienne… Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais reçu moi-même, dit-il. Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. Il a été enseveli, il est ressuscité le 3ème jour, selon les Ecritures.  Première instance de validation du croire, premier lieu d’autorité qui valide, selon l’apôtre Paul, la réalité de ce qu’il a transmis : l’autorité des Ecritures. Ce qui est arrivé était annoncé, prévu dans les Ecritures. Faut-il rappeler ici que, quand Paul parle des Ecritures, il évoque ce que nous appelons de manière très impropre l’Ancien Testament ? A priori, l’argument avancé par l’apôtre peut sembler particulièrement fragile si on l’entend comme une pétition de principe un peu circulaire, du genre : « C’est vrai parce que c’est écrit dans la Bible. » Mais ce n’est pas le fond de l’argument de Paul : la réalité de la mort et de la résurrection se vérifie et s’éprouve, dit-il, dans le fait que ces textes écrits que tous connaissent préexistent à la venue de Jésus, à sa mort et à sa résurrection. On ne peut donc pas soupçonner un arrangement des faits a posteriori, après coup. C’est très exactement ce genre d’arguments qui sont soulevés par les experts du GIEC à propos du réchauffement climatique annoncé et prévu avant même d’en constater les effets dans le réel. On pourrait paraphraser l’apôtre Paul en disant : La montée du niveau des eaux a été constatée comme il avait été annoncé dans le rapport du GIEC de telle année. Le réchauffement de la planète a été de 2°C comme annoncé dans le rapport de la COP21.

Mais comme vous avez pu le constater, l’apôtre Paul n’insiste pas. Il ne décrit ni la mort ni la résurrection. Il se contente de réaffirmer ce que tous les Corinthiens savent déjà. C’est alors qu’il donne ce qui constitue à ses yeux le véritable élément décisif qui permet de vérifier la réalité de la foi chrétienne et ainsi de poser celle-ci sur des bases solides éprouvées dans la réalité : ce sont les apparitions dans le réel qui font la solidité de la foi en la résurrection. Et Paul insiste 6 fois de suite sur ce terme de l’apparition.  Il est apparu à Céphas (l’autorité incontestable du chef), puis aux 12 (l’autorité de ceux qui ont vécu avec Jésus). Ensuite il est apparu à plus de 500 frères à la fois (l’autorité du nombre) ; la plupart sont encore vivants (vous pouvez aller leur demander pour vérifier par vous-mêmes) et quelques-uns sont morts. Ensuite il est apparu à Jacques (l’autorité de la famille de Jésus), puis à tous les apôtres. En tout dernier lieu, il m’est apparu à moi l’avorton. Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Eglise. En dernier lieu, et c’est à ses yeux l’argument décisif ultime incontestable, Paul met en avant le fait que Jésus ressuscité lui soit apparu à lui qui était son ennemi, persécuteur de l’Eglise. Jésus est apparu à Paul AVANT qu’il devienne chrétien et en cela son témoignage est bien plus fort que tous les autres réunis ! On pourrait en effet penser que tous les autres ont voulu croire par une sorte d’autosuggestion pour ne pas perdre leur maître mais il n’est pas possible d’accuser Paul d’autosuggestion ! C’est la rencontre avec le ressuscité qui fonde sa foi dans le réel. Et c’est en cela que son témoignage est décisif parce qu’il ancre la résurrection dans la réalité éprouvée.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là, j’allais dire à mi-chemin. Pour être tout à fait honnête, nous est-il possible à notre tour de vérifier la réalité de la foi chrétienne d’une manière indiscutable, factuelle, réelle et donc également constatable par des non-croyants ? Une réalité qui ne serait visible qu’avec les yeux de la foi serait soupçonnable, entachée d’illégitimité…

Il y a une chose que tout le monde peut constater qu’il soit chrétien ou non. C’est que le surgissement de la foi chrétienne a changé le monde avec « des conséquences significatives et irréversibles pour l’histoire du monde » comme le dit G. Ebeling (p.138), d’un point de vue politique, culturel, artistique, moral, scientifique, philosophique… Il n’y a pas un champ de la réalité humaine qui n’ait été touché par la réalité de la foi chrétienne. Ce n’est pas un jugement moral qui affirmerait que l’humanité serait devenue meilleure grâce au christianisme. Ce n’est pas non plus une manière de le rendre responsable de tous les maux ou de tous les développements catastrophiques de l’histoire. C’est juste une manière de constater l’impact de la foi chrétienne sur le monde. Cette réalité de l’impact constaté permet de « préserver » la réalité de la foi d’une méprise très contemporaine qui ferait de la foi en la résurrection un phénomène spirituel strictement privé parce que purement et uniquement intérieur : comme je le signifiais en début de semaine aux vœux de notre maire, contre les tenants d’une laïcité conflictuelle nous devons continuer d’affirmer l’importance de l’impact de la foi chrétienne dans l’espace public.

Mais en même temps, il est évident qu’il n’est pas possible de constater la réalité de la foi chrétienne dans la résurrection en restant purement objectif et factuel : cela lui ôterait toute signification en détruisant ce qu’il y a d’humain en elle. Malgré ce qu’affirment les chantres du transhumanisme et de l’intelligence artificielle, il n’est pas possible de réduire l’humain au biologique. Si vous lisez les best-sellers de Yuval Noah Harari (historien de Tel Aviv – Homo Sapiens et Homo Deus), vous verrez qu’il définit l’être humain comme un ensemble d’algorithmes biochimiques. L’amour, la joie, le désir… ne sont que des processus biochimiques qui permettent à l’homme de rester en haut de la sélection naturelle théorisée par Darwin. La seule chose qu’il renonce à définir de la sorte parce qu’il ne comprend pas son utilité biochimique, c’est ce qui constitue justement le propre de l’humain : la conscience et le langage symbolique. Et pourtant l’humain n’existe que dans l’échange du sens de la vie, sa signification, sa direction, sa valeur. C’est ce qui lui permet de raconter son histoire. Les animaux n’ont pas d’histoire autre que leur évolution biologique en forme de sélection naturelle. Les minéraux n’ont pas d’histoire autre que d’avoir subi des transformations chimiques et physiques. Les robots n’ont pas d’histoire parce qu’il n’y aura jamais de communauté de cyborg, de langage symbolique, de conscience de soi ni de récit à raconter. Les robots de l’Intelligence Artificielle n’ont ni passé, ni avenir, ils ne vieillissent pas, ils ne meurent pas, ils ne se reproduisent pas. Ils ne seront jamais rien d’autre que des 0 et de 1 dans un gigantesque calcul de probabilité à base de données collectées, d’algorithmes, de calculs de prévision. Seul l’humain a une histoire et un récit et donc un avenir. Voilà la vérité : n’est réel que ce qui a un avenir. Le passé n’est réel que si on le ressuscite en lui donnant un récit et un avenir. Tant qu’il y a un avenir possible, il y a humanité. Voilà le cœur de la foi chrétienne dévoilé dans sa réalité la plus intime et la plus objective à la fois :

  • Le Christ est mort pour nos péchés. Comme le dit notre Déclaration de Foi : « Nous croyons qu’en Jésus, le Christ crucifié et ressuscité, Dieu a pris sur lui le mal. »
  • Il a été enseveli et le 3ème jour il est ressuscité. Comme le dit notre Déclaration de Foi : « Une brèche s’est ouverte avec Jésus. (…) il brise ainsi la puissance de la mort. Il fait toutes choses nouvelles ! » Par la résurrection, Dieu a donc décidé de rouvrir l’avenir et donc de donner un avenir à l’humanité : l’histoire n’est pas terminée. « Il nous relève sans cesse : de la peur à la confiance, de la résignation à la résistance, du désespoir à l’espérance. »
  • Il m’est apparu à moi l’avorton. Pour reprendre les mots de notre Déclaration de Foi : « l’Esprit saint nous rend libres et responsables par la promesse d’une vie plus forte que la mort. » Voilà ma vie touchée de manière visible et concrète, constatable par tous, croyants et incroyants. La résurrection n’est pas un point de doctrine auquel il faudrait adhérer pour obtenir sa carte de membre du club privé des chrétiens, c’est au contraire la seule chose qui me permette d’avoir une existence libre et responsable, déliée de l’emprise de la mort. Voilà pourquoi l’essence de la foi chrétienne ne réside pas dans une foi pensée, réfléchie, rationnelle, mais dans une foi vécue, non pas dans une idée mais dans un événement situé dans le temps et dans l’espace, non pas un arrière-monde ni un au-delà post-mortem mais une réalité vécue dans ce monde, ici et maintenant.

Je crois en la résurrection. Cela veut dire je crois en l’humanité. Je crois en l’histoire. Je crois en demain. Je crois qu’un futur est possible et qu’on pourra le raconter à nos enfants et petits-enfants. Malgré toutes les prophéties de malheur et de destruction totale, je crois en demain. Amen !

[1] Gerhard Ebeling, L’essence de la foi chrétienne, Paris, Seuil, 1971, p.133.

1 Jean 4, 14-16 et Marc 8, 27-33 – Témoins de l’Evangile aujourd’hui – Déclaration de foi EPUDF 2017

Prédication du pasteur Samuel Amédro, le dimanche 14 janvier 2018

Sans doute avez-vous remarqué l’affiche à l’entrée de notre temple ? Pour ceux qui entreraient ici pour la première fois, voici notre souhait, notre vocation, notre prétention : « Etre témoin de l’Evangile aujourd’hui. » Quel défi n’est-ce pas ? Il est possible que cela paraisse quelque peu prétentieux que d’affirmer que, dans notre Eglise, nous revendiquons de témoigner de l’Evangile avec les mots d’aujourd’hui, pour la société contemporaine, avec les outils d’aujourd’hui… Sans doute avons-nous quelques progrès à faire pour être à la hauteur de cette affiche mais nous ne voulons pas renoncer : être témoin de l’Evangile aujourd’hui, c’est là notre raison d’être.

Encore faut-il nous entendre sur ce que cela signifie ? Quelle sens mettons-nous derrière ces mots ? Sommes-nous vraiment d’accord sur le contenu de ce témoignage ? Et vous, qui dîtes-vous que je suis ? demande Jésus à ses disciples. Notre Eglise a décidé de prendre la parole à son tour pour dire, à sa manière, qui est ce Jésus dont nous prétendons être les disciples, donner un contenu à ce témoignage rendu à l’Evangile aujourd’hui, oser une parole publique qui dise notre compréhension de l’essence de la foi chrétienne… Des théologiens ont été nommés pour organiser et nourrir cette réflexion. Les conseils presbytéraux de toutes les paroisses ont été consultés. Les Synodes des 8 régions de notre Eglise se sont exprimés. Et au bout d’un processus qui a duré deux ans, les délégués au Synode National ont ensemble élaboré, débattu et voté ce qui est désormais, depuis l’Ascension 2017, la Déclaration de Foi de l’Eglise Protestante Unie de France.

Laissez-moi vous lire quelques mots de la lettre d’accompagnement rédigée par la toute nouvelle présidente du Conseil National de notre Eglise, la pasteure Emmanuelle SEYBOLDT :

« C’est un défi de faire parler cent personnes d’une seule voix, non parce qu’on aurait étouffé les oppositions, mais parce que chacun aurait été entendu. Ce défi a été relevé lors du Synode national de Lille.

C’est un défi de dire la foi de l’Eglise en sortant des formulations dogmatiques héritées des temps anciens, non par contestation mais pour rejoindre nos contemporains. Ce défi a été relevé lors du Synode de Lille.

C’est un défi de faire de la théologie en grande assemblée et avec bienveillance. Ce défi a été relevé également lors du Synode de Lille.

Vous comprendrez donc que j’éprouve une grande joie à vous faire parvenir cette Déclaration de foi, élaborée avec sérieux, précision et confiance par les délégués au synode.

Cette Déclaration de foi ne remplace pas le Symbole des Apôtres, ni la Déclaration de foi de 1938 (fondatrice de l’ERF), ni la Confession d’Augsbourg (fondatrice de l’EELF)… ! Chaque époque a besoin de dire avec ses mots la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, mort et ressuscité. Aujourd’hui notre jeune Eglise, héritière d’une longue tradition, porteuse d’un Evangile ancien et pourtant toujours neuf, entre à son tour dans la conversation que les croyants de tous temps ont mené avec les hommes et les femmes de leur époque. »

Mais ce sera un texte de plus qui viendra s’entasser sur la pile des textes inutiles si le peuple de l’Eglise ne se l’approprie pas, ne le reçoit pas, ne le réfléchit pas, ne s’y reconnaît pas. C’est pourquoi, à travers la Déclaration de Foi de notre Eglise, je vous invite ce matin à nous poser la question de l’essence de la foi chrétienne.

Cela implique de notre part, disait dans les années 70 le grand théologien allemand Gerhardt Ebeling, un certain type de participation, c’est à dire avoir un « intérêt » au sens étymologique du terme inter-esse (se trouver parmi, être concerné par, prendre part à). Au fond, je vois 4 manières différentes pour nous de nous « inter-esser » à cette question : 1- par pure curiosité intellectuelle (tiens voilà une occasion qui nous est offerte de nous coucher moins bête) 2- pour nous informer du catéchisme orthodoxe (quelles sont les cases à cocher dans le catalogue de ce qu’il vous faut croire pour pouvoir prétendre être un bon protestant) 3- par passion de la connaissance (pour ceux qui veulent tout savoir de toutes les religions avant de prendre position et d’adhérer au contrat d’assurance-vie éternelle de leur choix) 4- parce que nous percevons qu’il y a dans cette question un enjeu existentiel fort parce qu’il est question ici de choses essentielles, au plus intime, qui concernent le sens de notre vie, notre mort, l’amour… Moi je prétends qu’il y a des questions qu’on ne comprend pas vraiment tant qu’on leur reste extérieur et qu’on refuse ainsi tout engagement personnel, tant qu’on ne prend pas conscience qu’on appartient soi-même au domaine sur lequel portent ces questions. Y réfléchir et en parler c’est au fond réfléchir sur soi, parler de soi, une sorte de « diction de soi-même ». : il est impossible de ne pas prendre parti. C’est la parole qui est attendue des catéchumènes au moment de leur confirmation, qu’ils prennent la parole en public pour répondre à leur tour et en leur nom propre à la question de Jésus : Et vous, qui dîtes-vous que je suis ? En conscience pouvoir prononcer à son tour ces mots de Martin Luther à la Diète de Worms : « Hier stehe ich und kann nicht anders ! »

Tout de suite, il faut préciser qu’il n’y a jamais de réponse définitive parce que ces questions existentielles ne sont jamais résolues définitivement. Tant que je vivrai, tant que je serai impliqué, tant que je continuerai à évoluer alors la réponse ne sera pas définitive, le dernier mot ne sera pas dit. De la même manière, cette Déclaration de Foi n’a pas de prétention à la catholicité, au sens de parole ultime et universelle. Elle se sait partielle et partiale, situé dans le temps et dans l’espace. Ici en France, pour l’Eglise Protestante Unie de France, qui souhaite être témoin de l’Evangile aujourd’hui en 2018. Il y a une certaine humilité à oser prendre la parole en sachant que nous n’avons pas la prétention de parler pour l’ensemble du christianisme. Mais en même temps, dire : « voilà ce que nous croyons », c’est au fond remettre en cause un statuquo, rouvrir une question qui semblait résolue pour tout le monde, remettre en chantier ce qui semblait acquis. Et si on se reposait la question avec d’autres mots, d’autres idées ? Voilà qui est tout sauf facile ou évident : cela demande d’accepter un déplacement, un voyage spirituel qui bouscule. On prend le risque de se dire : « Ah bon ? Je croyais que… » Etes-vous prêts au voyage chers amis ? Il s’agit d’accepter, d’oser abandonner des forteresses inexpugnables, oser partir vers de l’inattendu et de l’inespéré tant il est vrai que Dieu est souverain et qu’il est impossible de l’enclore, comme le disait Jean Calvin.

Il faut également préciser qu’il n’y a pas de réponse simple en 140 caractères qui pourraient tenir dans un tweet ou un sms. Certains trouveront sans doute cette Déclaration trop longue, trop complexe, trop élaborée mais c’est là la contrepartie inévitable d’une pensée complexe assumée parce qu’elle n’a pas d’autre choix que de prendre le temps du détour par la complexité narrative qui donne à penser tout en connaissant l’approximation des mots qu’il faut choisir autant que l’épaisseur de l’âme humaine, de l’inconscient et de l’inavoué. Et pourtant si on a fait le choix de parler aujourd’hui, il fallait faire l’effort de traduire et donc de trahir. Chasser autant que possible ce qu’on a appelé « le patois de Canaan » pour parler de ce langage codé, interne, accessible aux seuls initiés, aux membres du club : péché, salut, conversion, eschatologie, parousie, etc. tous ces gros mots affectionnés par les prétendus spécialistes, de la même manière que mon garagiste adore employer des mots techniques pour me faire avaler la lourdeur de sa facture. Il est vrai que dire l’essence de la foi chrétienne pour nous peut aussi prendre la force d’une phrase choc, d’un verset qui nous a marqué par sa précision et son effet percutant : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, répond Pierre à la question de Jésus. Dieu a tellement aimé le monde (Jean 3,16) Maintenant 3 choses demeurent, la foi, l’espérance et l’amour (1 Corinthiens 13,13) Ma grâce te suffit car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (2 Corinthiens 12,19) L’Eternel est mon berger (Psaume 23). Chacun trouvera le sien et le gardera sans doute toute sa vie. Mais nous n’avons là qu’un témoignage personnel et non une confession de foi et encore moins une déclaration de foi qui engage toute l’Eglise

Parce qu’il faut aussi garder à l’esprit que, même si nous sommes appelés à prendre la parole et nous impliquer personnellement, il n’y a pas non plus que des réponses isolées et solitaires à cette question. Dire l’essence de la foi chrétienne, c’est toujours quelque part une parole qui dit « nous », une parole qui tisse plusieurs histoires, plusieurs générations, plusieurs fidélités, une parole collective qui vient faire corps, qui fonde une communauté avec une certaine fierté d’y prendre part (nous sommes protestants et fiers de l’être), une parole qui fonde une famille à la fois dans la filiation et la transmission par la verticalité du témoignage reçu par ceux qui nous ont précédés mais aussi dans la fratrie et la confrontation par l’horizontalité de la parole partagée et de la construction commune dans le débat et la discussion par forcément consensuelle. Notre Déclaration de Foi se trouve donc être un texte de compromis entre les mots reçus de nos anciens et les mots nouveaux attendus par nos contemporains qui pourra nous décevoir parce qu’on ne s’y reconnaît pas pleinement tout en comprenant qu’il tente de parler de nous. C’est un texte de compromis qui retrace des débats parfois vifs mais où chacun a choisi de faire un pas vers l’autre : entre ceux qui se reconnaissent dans le courant libéral et rationnel cherchant des mots intelligibles pour dire leur foi, ceux qui attestent faire partie du courant confessant de notre Eglise insistant sur la relation personnelle du croyant avec son Seigneur et Sauveur et ceux qui se sentent convoqués par le monde à mettre en œuvre leur foi chrétienne dans un engagement social, diaconal et politique. Alors, en rédigeant cette Déclaration de Foi qui nous permet de témoigner de notre foi à plusieurs voix, notre Eglise a fait le choix de se situer à contre-courant de l’idéologie humaniste dominante qui, elle, idéalise et sacralise l’individu et son ressenti en posant comme norme ultime le désir du client-roi, le beau dans l’œil du spectateur et la vérité ultime cachée en chacun. En faisant nôtre cette Déclaration de Foi, nous osons affirmer que l’individu ne décide pas de tout et n’a pas en lui-même le critère ultime de la vérité.

Certains d’entre nous regretteront certainement qu’une parole qui pose les fondements de la maison commune puisse paraître aussi fragile, aussi vulnérable qu’un « nous croyons » balbutié à plusieurs. Ne faudrait-il pas oser affirmer un peu plus franchement et laisser un peu moins de place aux points d’interrogation ? Ne faudra-t-il pas poser le pied sur la terre ferme, construire ailleurs que sur le sable ? Ainsi, dit l’apôtre Paul dans l’Epître aux Ephésiens, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine, joués par les hommes et leur astuce à fourvoyer dans l’erreur. Mais, confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, le Christ. (Ephésiens 4,14s). N’y a-t-il pas là un enjeu essentiel pour la transmission et la catéchèse de nos enfants ? Il semble bien que nous soyons appelés à sortir d’un relativisme paresseux et lâche (tout le monde a raison, tout le monde a gagné). Il y a une forme de courage nécessaire à poser une parole qui dit certes humblement mais non moins sereinement et clairement : voilà ce que nous croyons.

Je vais donc vous inviter tout à l’heure à recevoir cette Déclaration de Foi de notre Eglise comme confession de foi. Je la lirai sans commentaire, vous invitant à la recevoir simplement à la lumière de tout ce que nous venons de partager : une parole de foi qui nous implique parce qu’elle parle de questions existentielles essentielles pour notre vie, une parole de foi qui nous invite à un voyage spirituel sans nous fixer sur ce qui nous semblerait aller de soi, une parole de foi qui nous donne à croire et à penser pour aujourd’hui en évitant le langage ésotérique réservé aux seuls initiés, une parole de foi à plusieurs voix qui tisse nos différences au sein du protestantisme luthéro-réformé qui est notre famille spirituelle, une parole de foi qui assume d’affirmer clairement à la face du monde ce que nous croyons dans notre Eglise.

Pour le moment, je tiens à terminer mon message à rendant grâce ; dire ma reconnaissance à celui qui est amour au-delà de tout ce que nous pouvons exprimer et imaginer. Comme le dit le Psaume 118 qui termine notre nouvelle Déclaration de Foi, « Célébrez Dieu, car il est bon et sa fidélité dure pour toujours. » Amen !

Jean 20, 19-23 – Pentecôte, souffle de Dieu, souffle du Christ

Prédication du dimanche 4 juin 2017 par le pasteur Evert Veldhuizen

Jean 20 : 19-23 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes
de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout
au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! Quand il eut dit cela, il leur montra ses
mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. Jésus leur dit à nouveau : Que la
paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après avoir dit cela, il
souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont
pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.


Pour ce culte de Pentecôte au temple du Saint-Esprit nous est proposé de méditer ce
passage de l’Évangile selon Jean. Restant près du récit, nous ferons chemin faisant des allusions à
l’actualité.

Les disciples se cachent, ils ont peur. Facile de comprendre, car on les cherche pour les
forcer à se taire. Ils avaient déclaré que Jésus est ressuscité, mais les pouvoirs n’en veulent pas
entendre parler. Il n’est hélas pas rare que la liberté d’expression se trouve en péril. Dictateurs et
autres oppresseurs ont mis hors état de nuire des propos qui leur déplaisaient – et certains le font
encore aujourd’hui. Violemment ou subtilement ils musellent les voix ou manipulent les témoins à
l’autocensure. Voyons le cas des disciples. Lorsqu’ils se cachent leur voix n’est plus entendue.
L’Évangile est alors inaudible. Ce peut être une image de la société faite de circonstances injustes
qui finissent par se banaliser. Les maux nous envahissent tant que nous nous y habituons comme si
c’était normal. Eh oui, c’est la vie. Mais c’est a-normal que nos repères comprennent les maux, que
nous nous habituons à un univers trompé qui, avec ses menaces, perversement nous sert comme
l’ensemble de nos repères.

Or, c’est dans de telles circonstances que Jésus apparaît. Brisant la fatalité qui retenait les
humains, il fait irruption dans l’Histoire qui semblait figée. Le Christ crée l’Événement et il change
la donne.
Que la paix soit avec vous, dit-il. Jésus n’apparaît pas pour ajouter une peur à celle qui
les hante déjà. Il vient pour les rassurer à son sujet, et par là à leur propre état au sein-même des
circonstances.
Il montre son corps, non, il n’est pas un fantôme. Reconnaissant le Seigneur, les
disciples sont remplis de joie. Voyez, l’auteur emploie ici un verbe-clef pour marquer Pentecôte,
c’est le verbe « remplir ».

Sont-ils remplis d’une joie excitante ? Non, car Jésus répète : Que la paix soit avec vous. La
résurrection de Jésus-Christ est plus qu’ excitante, elle est une source profonde d’où jaillissent joie
et paix. Cette paix éclaire autrement la violence de la Croix. Elle inspire en nous une sérénité qui
nous arme face aux circonstances. Elle est un composant de l’espérance chrétienne qui émane de
la résurrection.
Les disciples n’ont pas le temps pour s’y habituer. L’événement les lance aussitôt
dans une aventure de la foi.
Je vous envoie dit Jésus. Ils vont dans le monde pour témoigner de la
résurrection du Christ. Mais ils n’y vont pas seuls, le Saint-Esprit leur sera donné pour les
accompagner. En effet, Jésus souffle sur eux, à l’image du Créateur insufflant vie en la matière
inanimée. La création est régénérée.

Et Jésus dit : Recevez le Saint-Esprit. Parole étonnante, qui nous invite à une réflexion
théologique priante. Que signifie de recevoir le Saint-Esprit ? La théologie du Saint-Esprit est chère
à mon cœur. A la première Pentecôte, l’Esprit descendit sur les disciples et ils furent dès lors
capables d’annoncer l’Évangile de Jésus-Christ avec puissance dans le monde. L’Esprit donné et
reçu inspire et envoie. Mais le Saint-Esprit ne s’enferme pas dans une définition unique, ni dans un
seul événement. Déjà selon la seconde phrase du récit de la Création, le Saint-Esprit volait audessus la terre encore informe. Où était l’Esprit entre-temps ? Absent jusqu’au Jour de Pentecôte ?

Certainement pas, parce que les Écritures font état de sa présence et de son œuvre parmi les
Israélites, chez leurs rois et prophètes. Que signifie alors cette Pentecôte ? C’est un événement qui
marque un nouveau départ. La venue du Saint-Esprit déclenche l’expansion chrétienne. C’est une
première qui implique de nombreuses suites.

Encore de nos jours des pentecôtes succèdent à l’initiale. Tenant à cœur d’en être témoin,
je me intéresse en Amérique latine, où les églises de type pentecôtistes se multiplient de façon
exponentielle. J’en parle avec émotion ici dans ce temple du Saint-Esprit. Car pour moi l’œuvre de
Dieu n’est pas réduite à la seule forme qui nous soit familière. Il est avec nous, comme il peut être
aussi avec d’autres. Le souffle de Dieu anima la matière qui se mit debout et se lança dans une
aventure de la vie avec Dieu sur terre. Comme le souffle de Jésus sur ses apôtres anime leur foi et
les lance dans le monde. Mais on s’habitue à tout, même à ces phénomènes. C’est le problème des
seconde et troisième générations. Cependant, ce problème peut être salutaire, car il prépare le
terrain au pentecôte suivant…

Que ce culte soit une célébration d’action de grâces et de louanges. Recevons et pratiquons
l’espérance jaillissant de la résurrection de Jésus-Christ notre Seigneur. Et louons Dieu en Esprit et
en Vérité…
Amen !

Jean 20, 19 – Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et leur dit : LA PAIX SOIT AVEC VOUS

Prédication du Dimanche 23 avril 2017, par le pasteur Michel Leplay

Lectures : Jean 20, 19-23
                    Actes 2, 42-47
                    I Pierre 2, 13-17

 

Frères et sœurs, et chers amis,

Je suis ici ce matin, et de bon cœur, sinon pour subvenir à l’absence de mon collègue Vincens Hubac, retenu par la maladie. Qu’il soit assuré de notre prière fraternelle et de nos vœux les plus cordiaux.

La date de ce dimanche 23 avril est celle du premier tour de scrutin démocratique pour l’élection du Président de notre Royaume de France, la République française. Et l’année en cours, 2017, est celle du 500e anniversaire de l’inauguration de la Réforme protestante du XVIe siècle par Martin Luther.

Double programme pour le prédicateur qui pourrait soit se réfugier dans un commentaire biblique et religieux hors du temps, soit se livrer à une harangue politicienne comme nous en avons tant entendu.  Je ne céderai à aucun de ces extrêmes, essayant au contraire de les conjuguer avec  le difficile exercice qui consiste, comme le disait Karl Barth, dans l’articulation théologique entre la « communauté chrétienne et la communauté civile ». Ou bien, pour reprendre un titre du cher André Dumas : « Théologies politiques (au pluriel) et vie de l’Eglise ».
Ayant bien moins de compétence que ces Maîtres, je me contenterai d’un parcours en deux temps.
Comme l’indiquent nos lectionnaires chrétiens, chaque dimanche comporte une lecture de l’évangile et une lecture de l’Épitre. Aujourd’hui l’Évangile selon St Jean et la 1ère Épitre de Saint-Pierre. Et d’une certaine manière, j’y vois les deux temps et de ma prédication pastorale, et de notre vie citoyenne. On pourrait dire que l’Évangile proclame le Royaume de Dieu alors que l’Épitre médite sur la vie de l’Église du Christ. Finalement, mais je simplifie, autant Luther a inauguré un retour à l’Évangile, autant Calvin dans la suite a préfiguré une Église réformée sans cesse à réformer. Luther religieux et mystique, Calvin, juriste et politique. Cette dualité complémentaire me va très bien.

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De même que dans le dernier numéro de REFORME vous trouverez des extraits de la déclaration de la Fédération Protestante puis de notre Église unie. La première rappelle que « nous croyons à a noblesse et à la grandeur du politique… Redonner tout son sens à la politique ne peut se réussir que dans le retour à l’éthique ». Et l’autre de conclure : « Plutôt que de laisser le dégoût, la colère et la peur nous enfermer dans le ressentiment, ayons le courage de la fraternité d’abord et la ténacité de faire et de refaire société ensemble » (op. Cit.14)

Mais j’en viens à l’Évangile de ce dimanche, relire Jean 20, 19 : « Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que par crainte des Juifs les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, se tint au milieu d’eux et leur dit : « LA PAIX SOIT AVEC VOUS… » ».

Saint Jean, qu’on a parfois qualifié d’évangéliste antisémite, précise : « par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées ». Tant il est vrai que nous avons toujours peur des autres, juifs ou pas, ceux de notre évangile ne représentent pas toute la race temporelle des Juifs, mais la poignée de ceux qui étaient-là, comme des parisiens rassemblés place de la République ne désignent pas une race parisienne et française éternelle. Ils ont peur. Comme nous. Devant l’inconnu, quand l’avenir est fermé, à double tour, à deux tours en quelque sorte. Nous sommes bien aujourd’hui, dimanche d’élection, enfermés dans le secret de l’isoloir, et les urnes sont fermées à clé, par crainte des fraudeurs. Et dans cette urne de la chambre où sont réfugiés les disciples, il y a la crainte devant l’incertitude. Ils ont bien donné leur voix à Jésus de Nazareth, car ils avaient entendu la Sienne. Mais nul ne sait maintenant ce qui va se passer et comment cette histoire d’élection vas se terminer. Le Grand Électeur lui-même est mort. Isolé dans l’isoloir…

Mais je cesse de filer cette métaphore de circonstance, pour écouter avec vous ce que raconte si sobrement l’évangéliste : « ALORS JÉSUS VINT. »

Malgré nos précautions,

Les portes verrouillées,

La turne fortifiée,

Les urnes sécurisées,

 

Par crainte des moqueurs de notre religion, ou des contestataires, avec tous les fantasmes de la persécution, les Juifs de Jean, les catholiques, les musulmans, ou les laïcs, nous fermons nos portes par crainte des extrêmes dont tous les publicistes font des arguments de serrurier. Les portes sont fermées. Les précautions prises. La sécurité qu’on assure soi-même remplace l’unique assurance en Dieu.

Au milieu de ces tracas, malgré les portes et nos cœurs comme elles fermés, transgressant les barrières, les verrous et les serrures, JÉSUS VINT

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Dans nos cœurs fermés

Nos églises repliées

Nos sociétés bloquées

Dans nos territoires barricadés et nos frontières barbelées,

 

il vient, étrange étranger si familier qui se tenait  à la porte et nous n’avons pas ouvert. Alors il est entré, traversant la mort, et il est là. Il est là comme quelqu’un de vivant qui va parler,  « là ou deux ou trois (et même un peu plus) sont réunis en son nom ». Il ne va pas leur faire un petit ou grand catéchisme, à la manière de Luther, ni leur dicter une confession de foi comme Calvin, mais leur dire deux mots. Vous entendez : deux mots : EIRENE UMIN. Paix avec vous, sur vous, au milieu de vous. Cette parole fera le tour du monde dans toutes les langues et au cœur de toutes les religions : SCHALOM ALENOU, PAX VOBISCUM, SALAM ALEK, etc. Mais cette paix biblique n’est jamais sans la justice, nous rappellent les psaumes où « justice et paix s’embrassent ». La Paix n’est pas mollesse, la justice n’est pas rudesse. Il faut les conjuguer l’une à l’autre. Vaste programme.

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Encore un point sur l’Évangile, si vous permettez.

La parole si performante soit-elle, ne suffit pas. Ce qu’on entend est confirmé par ce que l’on voit. Car, comme Thomas dans la suite du récit, c’est aux blessures de la crucifixion qu’ils le reconnaissent. Les traces des cicatrices des mains percées et du flanc transpercé. Le trou des clous et les coups d’épée.  Alors, vous avez compris. Si le sacrement de l’eucharistie avec son pain partagé et la coupe qui circule, nous rappellent la passion de notre Seigneur, a combien plus forte raison ne nous rappellent-elles pas les souffrances de notre prochain. « Le sacrement du frère », dit la théologie orthodoxe. Aussi  bien aujourd’hui encore accueillir le Christ et recevoir sa paix est – tout autant – accueillir notre prochain, même s’il vient de loin, dans la géographie, la société ou la culture. Alors, on comprendrait mieux la fin de l’épisode quand il leur est dit : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis,  etc. … » Ne nous laissons pas enfermer dans une interprétation ecclésiastique et sacerdotale de cette sentence. Il s’agit des péchés comme souffrances causées ou reçues, du mal fait ou subi comme insulte ou maladie, enfin vous avez le pouvoir de remettre les vivants en ordre de marche, de prendre soin, de prendre à cœur, de prendre en charge les plus petits de vos frères qui sont les grands dans le Royaume de Dieu. Alors justice et paix s’embrassent et il y a sur la terre des hommes, un peu moins de malheur, et un peu plus de bonheur. Pour que faute d’être au paradis, nous ne soyons pas en enfer. Là, c’est aussi l’affaire du politique.

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Notre étude biblique de l’Évangile va se conclure par une réflexion citoyenne sur l’actualité politique et sociale de la France et du Monde. Si nous tournons la page du dernier chapitre de l’évangile de Jean, nous arrivons aux Actes de Apôtres, leurs actions engagées dans la communauté chrétienne et la communauté civile, puis aux Épitres apostoliques et leur enseignement doctrinal et moral pour la conduite des chrétiens en communauté et dans la cité.
J’en finis avec le rappel d’un enseignement et une brève exhortation. Voici donc quelques avis et conseils des écritures apostoliques puis des écrits des Réformateurs. Un rappel scolaire dont je m’excuse auprès des plus instruits tout en sachant que nous avons toujours à apprendre.

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PIERRE dira deux choses en apparence contradictoires : « soyez soumis aux institutions humaines » (1 Pierre 2, 13) et d’autre part : « Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Actes 5, 29). Nos ancêtres et nos contemporains ont fait la douloureuse expérience de cette tension entre soumission et résistance,  de Marie-Durand à Dietrich Bonhoeffer. L’Apôtre PAUL sera tout aussi affirmatif : « Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir » (Romains 13, 1). A cette époque l’État Romain est censé protéger et au moins tolérer le christianisme naissant.
Lecteur de la même lettre aux Romains, LUTHER commentera familièrement la demande de pain quotidien : « Il s’agit de la nourriture de l’entretien de cette vie, aliment et boisson, vêtements et chaussures, champs et bétail, un bon gouvernement, la paix, la santé, l’ordre et l’honneur… » Avouez que pour le XVIe siècle c’est un programme politique et social très actuel ! Quant à CALVIN, il savait comme nous aussi combien c’est difficile, et pour que nous ne vivions pas « comme des rats dans la paille », il faut l’office des magistrats et les services de la police pour garantir le bien public et  l’épanouissement de l’Église. Enfin, soit dit en passant, Calvin envisage aussi le cas des « magistrats infidèles à leur vocation » (IC/IV. XX, 24). On pourra en reparler à la sortie…du culte de ce matin ou des urnes de ce soir…

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Je n’en dirai pas plus, à chacune, à chacun de faire son devoir en donnant sa voix en toute conscience mais en gardant la parole en toute circonstance. Confier une responsabilité à autrui, c’est aussi en garantir son bon usage.
Enfin, mais c’est de l’humour, comme si notre Seigneur avait voulu nous donner une indication sur le mode d’emploi électoral du scrutin uninominal à deux tours : « QUE VOTRE OUI SOIT OUI QUE VOTRE NON SOIT NON CE QU’ON AJOUTE VIENT DU MALIN » (Matthieu 5, 37). La TOB traduit : « Quand vous parlez, dites OUI ou NON ». Alors dites oui à la confiance et à la vigilance, non à la panique et à la vengeance. Dites OUI à l’espérance et NON à la nostalgie. Dites OUI à la justice et NON au désordre. Comme le cévenol André Chamson, dites OUI « aux hommes de la route » et non aux sirènes de la déroute.

Mais faisons silence, j’ai trop parlé.

Le Christ seul peut entrer et se tenir au milieu de nous, et nous redire, et nous donner l’essentiel :

LA PAIX SOIT AVEC VOUS.

Ainsi soit-il.

Jean 9, 1-12 et 35-38 – un aveugle-né reçoit la vue

Prédication du dimanche 26 mars 2017, par le pasteur  Evert Veldhuizen

Jésus passe par l’endroit où l’aveugle-né se tient pour mendier. Il crache par terre et fait de
la boue avec sa salive qu’il applique sur les yeux de l’aveugle. Il l’envoie à se laver. L’aveugle se lave
et il voit clair. Plus tard, Jésus va à sa rencontre. L’homme le voit. Et suite à la parole de Jésus, il voit
en lui le Fils de Dieu. L’homme croit la parole de celui qu’il… voit !

Après ce résumé nous tentons maintenant d’esquisser un portrait des protagonistes,
commençant avec le non-voyant. Privé de la vue, il n’a rien vu dans sa vie, étant né aveugle. Il n’a
jamais vu les visages de ses parents, de ses frères et sœurs. Il n’a jamais vu les paysages naturels et
urbains. Il n’a jamais vu la lumière, les couleurs, les nuances, la lune, les étoiles. Sans métier et
sans emploi, il mendie au bord de la route. Un abîme le sépare des autres qui voient. Par l’absence
de vision chez lui, bien sûr, mais aussi, et plus encore par l’absence de compréhension chez les
autres. Car les aveugles ne sont pas condamnés à l’exclusion, et cela grâce au développent
supérieur de leurs autres sens, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût. Ils peuvent se déplacer, exercer
des métiers, créer des œuvres d’art. Nous nous souvenons de la voix de Ray Charles qui a bercé
notre enfance. Et celle du ténor italien Andrea Bocelli qui éblouit de millions par sa pureté. Ou
encore le chanteur et activiste français Gilbert Montagné – et bien d’autres aveugles remarquables
par leur talents et leur détermination.

Beaucoup dépend des ressources mentales de la personne elle-même, mais aussi de la
compréhension et la solidarité inventive de l’entourage. L’aveugle-né dans ce récit de l’Évangile de
Jean n’est pas seulement privé de la vue, il est aussi démuni mentalement. On ignore pourquoi,
peut-être parce qu’il est incompris, mal-aimé et exclu de la société dite « normale ».

Cette histoire se situe dans un contexte particulier. L’Évangile raconte que Jésus est en train
d’expliquer le sens de sa mission à ses disciples et aux foules. Mais eux ne comprennent pas, ils ne
voient pas de quoi il parle. Jésus utilise des métaphores pour éclairer ses propos : « Je suis la
lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. La vie est la lumière des
êtres humains, lumière qui brille dans les ténèbres. » Lumière et ténèbres, deux antagonistes mis
en exergue par l’Évangile. Les Réformateurs s’en sont inspirés avec la locution
post tenebras lux,
lumière après les ténèbres. Un usage propice pour qualifier le passage merveilleux des ténèbres de
l’ignorance médiévale à la lumière salutaire des Écritures. L’histoire de l’aveugle-né qui reçoit la
vue est insérée dans une réflexion sur le sens de la mission messianique. Le fait que leurs chemins
se croisent n’est pas du hasard, mais un signe servant à éclairer les propos de Jésus.

Jésus parle, mais son audience ne saisit pas le sens de son discours. Parler c’est décrire.
Mais la description d’une chose n’est pas la chose elle-même. Une description sollicite les
différents imaginaires, de celui qui parle et de ceux qui écoutent. Mais l’imaginaire est subjective
et pas toujours éclairé. L’audience qui ne comprend pas paraît… aveugle… Il s’agit d’un motif clef
dans l’Évangile selon Jean. Jésus voit le sens de sa mission, mais il est le seul qui le voit, les autres
qui ne comprennent pas sont comme aveugles.

L’aveugle-né n’est donc pas le protagoniste principal de cette histoire. Il est une représentation d’autres aveugles. L’Évangile les identifie, il s’agit de toute l’humanité qui, aveugle, demeure dans les ténèbres de l’ignorance. Oui, le protagoniste principal de cette histoire est l’humanité, représentée par l’aveugle-né. Son agnosie visuelle est un image de la cécité spirituelle de l’humanité ignorante. En lui donnant la vue, Jésus montre qu’il est venu dans le monde pour donner de la
vue spirituelle aux humains. Le fait qu’il s’agit d’un aveugle-né nourrit la théologie de l’apôtre Paul,
des Pères de l’Église et des Réformateurs. Comme l’homme était né avec une absence de la vue,
chacun naît avec un besoin de lumière. Force est de constater qu’aucun être humain n’échappe à
l’obscurité du mal. Paul n’y va pas par quatre chemins. Toute l’humanité est perdue, dit-il, point !
Jésus ne le dit pas de façon si brutale, mais l’idée est très présente dans l’Évangile. Or, qui dit
évangile, dit bonne nouvelle. L’histoire de l’aveugle-né à qui la vue est donnée prend tout son
ampleur merveilleux ! La narration met en scène un message qui la transcende. Jésus donnant la
vue physique à un homme est un image du Christ donnant lumière spirituelle à l’humanité.

Comment voir cette lumière pour soi-même et comment la faire éclairer notre
monde d’aujourd’hui ? Eh bien, ces questions sont abordées en particulier lors du Carême.
Cheminant dans le temps vers Pâques, nous méditons les conditions humaines afin de mesurer
leur état misérable. Nous constatons des errements et des échecs. Nous subissons les conflits dans
les familles, les voisinages, partout. Nous déplorons les guerres, les inégalités, les hostilités, et les
faits divers qui font la une des journaux. La stabilité des institutions semble menacée. L’affluence
de réfugiés divise les citoyens. Beaucoup de contemporains s’inquiètent. L’avenir s’annonce moins
prometteur aux jeunes d’aujourd’hui qu’il parut à notre génération.

Que faire ? Beaucoup de solutions sont proposées en ce temps d’élections, c’est normal.
Mais aucune véritable solution est proposée comme remède au mal en tant que tel. Cela aussi est
normal, parce que ce problème-là dépasse les hommes. Nous sommes comme aveugles dans ce
domaine. Mais le Christ donne la vue. Et ce n’est pas tout. Jésus va à la rencontre de l’homme qui
ne le connaissait pas. Partant se laver, il n’avait pas encore vu le visage de Jésus. L’Évangile relate
une seconde rencontre, la véritable, car c’est alors que l’homme voit et reconnaît en son bienfaiteur le Fils de Dieu. Aveugle, il entendait Jésus parler, désormais il le voit et reconnaît le Christ.

Ceux qui entendaient Jésus parler restaient encore aveugles sur le sens de sa parole. Puis le
Christ leur donne la vue spirituelle dans une rencontre – d’où émane la merveilleuse confession de
foi que Jésus est Seigneur !
Amen.

Ps 40, Jean 1 v29-34, Cor I 1, v1-3 – Heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur

Prédication et confession de foi du Pasteur Marc Schaeffer, le dimanche 15 janvier 2017

Trois textes bibliques, ce matin, riches qui disent et témoignent de la foi. La foi du psalmiste qui remet son espérance, sa reconnaissance en ce Seigneur en qui il peut pleinement placer sans risque sa confiance pour se mettre simplement, toujours et encore, à sa suite, même au temps de la faiblesse, de l’épreuve. Le psalmiste nous offre ainsi des paroles pour que nous sachions en toute humilité nous adresser nous aussi à Dieu, pour que nous trouvions les mots afin d’exprimer cette assurance que le Seigneur, en toute circonstance, continue de penser à nous, d’être à nos côtés.

Dieu l’a témoigné en envoyant son fils, Jésus-Christ suivi par ses apôtres et cette longue chaine de témoins qui peuvent comme nous encore aujourd’hui invoquer le Seigneur Jésus-Christ et mettre toujours et encore leur confiance en lui.

Il me semble donc important d’entendre ce matin comme l’auteur de ce psaume et celui de l’Evangile de Jean que : croire au Seigneur ce n’est pas prendre une assurance tout risque mais c’est savoir que dans tous les risques que je prends, que dans les chemins sur lequel nous sommes emmenés de grès ou de force, au final, nous ne sommes pas seul, le Seigneur est avec nous. Et c’est déjà là comme une forte espérance dans nos parcours de vie qui réservent, nous le savons tous, joie et douleurs.

Oui, quelque soit notre chemin, Dieu s’incline toujours vers nous, il écoute nos cris de joies, nos cris de colères et même, il y répond. Mais pour cela, il faut oser se mettre en chemin, en quête, en quête de Dieu, en quête de soi. « L’homme dans sa simple existence, est une expérience. […] l’homme doit aller jusqu’à la limite de ses possibilités, et encore au-delà, pour se trouver lui-même. Espérer ne veut pas dire avoir des espérances, aussi nombreuses soient –elles, mais être ouvert à l’espérance. […] Etre dans l’espérance signifie se trouver dans un état de disponibilité, ne pas être déterminé par un passé ni par des rêves nostalgiques et donner son assentiment à l’expérience que l’on est pour soi-même. En ce sens, l’espérance n’est pas une chose que l’un a et que l’autre n’a pas, mais [bien] une disposition fondamentale, l’élément constitutif le plus important de la vie humaine. Tant qu’il vit, l’homme espère et, inversement, il ne vit, dans l’ordre de vitalité qui lui est propre, qu’aussi longtemps qu’il espère. […] L’espérance est le souffle de la vie. »[1]

Il est ainsi important dans chacune de nos vies de savoir que nous pouvons nous confier au Seigneur. Oui, comme le dit le psalmiste : « heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur et ne s’est pas tourné vers les hommes de Rahav, ni vers les suppôts du mensonge » (v.5).

Méfions-nous encore aujourd’hui des faux prophètes et menteurs de ce monde qui peuvent prendre diverses formes mais mettons, plaçons notre confiance non en des hommes ou des femmes mais prioritairement en Dieu. Dieu attend de chacun et chacune d’entre nous que nous lui fassions réellement confiance, que nous fassions confiance à son Fils Jésus Christ en écoutant ses paroles et en appliquant ses enseignements. Et lui faire confiance va au-delà de ce qui me semble finalement possible. Lui faire confiance va au-delà de ce qui me paraît clair. Lui faire confiance conduit bien au-delà de tout ça. Lui faire confiance, se fier totalement à lui, c’est bien souvent, changer, changer vraiment, être un homme nouveau, une femme nouvelle.[2]

Placer ainsi sa confiance, ce n’est pas entrer dans un temps, dans une vie de sacrifice, d’offrande, de demande, d’holocauste. C’est plutôt ouvrir nos oreilles et notre cœur pour nous mettre à l’écoute de la volonté de Dieu, nous mettre à sa suite en ne nous taisant plus, en agissant dans ce monde. Le verset 11 du psaume que nous avons relu ce matin ne semble pas dire autre chose : « Je n’ai pas caché ta justice au fond de mon cœur, j’ai parlé de ta loyauté et de ton salut, je n’ai pas dissimulé ta fidélité et ta vérité à la grande assemblée. » Il ne nous faut pas retenir personnellement la justice mais il faut savoir rendre public la vérité, ce salut, cette bonté et cette fidélité de Dieu. C’est alors entrer dans le sens des réalités, c’est reconnaître qu’il y a logiquement un sens des possibilités.[3]

Chers amis dire, vivre sa foi, c’est oser dire, c’est oser témoigner en vivant cette parole de vie, en partageant une parole d’amour qui engage, qui bouleverse parce qu’elle construit et non parce qu’elle divise ou oppose. Comme en témoigne la salutation de Paul aux Corinthiens : « à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ». Cet amour de Dieu inconditionnel, cette grâce première qui est si cher à ce réformateur Luther dont nous nous réclamons en ce 500ième anniversaire de la Réforme, nous nous devons de l’attester. Que serait un amour sans expression vivante, sans parole et sans signe ? Dieu a manifesté son amour en Jésus-Christ, celui qui enlève le péché du monde. C’est sur lui qu’un signe fort s’est manifesté à travers cet Esprit Saint qui telle une colombe est descendu du ciel pour demeurer sur lui. Que serait notre foi si nous n’osions, dans le secret ou avec tout le peuple des croyants partager nos certitudes et affirmer, ouvertement, notre joie ? Vivre et exprimer sa foi au cœur de nos tranquillités et même surtout intranquillités, c’est laisser Dieu travailler notre cœur et accepter d’être emportés par le désir d’aller à la rencontre de Celui qui nous aime de toute éternité[4] quel que soit nos choix.

Il y a déjà quarante ans de cela dans une conférence sur l’espérance, France Quéré rappelait les tâches qui attendent chaque chrétien et qui restent me semble-t-il, si j’ose dire, malheureusement bien d’actualité :

« Rendre corps à des idées qui, dans le langage politique, s’enferment dans l’abstraction et la rhétorique des modes. Ainsi, le mot de justice est une parole en l’air si elle n’est portée par une foi ardente en l’unité de l’humanité. Sans cette conviction nous n’aurons jamais assez d’énergie pour traiter des problèmes mondiaux tels que la faim, l’aide au tiers-monde, l’armement nucléaire. Le chrétien doit dénoncer sans trêve tous les mouvements qui atténueraient cette conscience universelle. Or, ils ne manquent pas : les nationalismes exacerbés de petits peuples, les jeux féroces des grands pour accroître leur aire d’influence. […] Comment vivre avec les autres ? […] Aujourd’hui, mon prochain est devenu insupportablement trop proche et trop nombreux. […] Une réaction naturelle nous porte [même malheureusement] à l’isolement. Nous cherchons à oublier l’autre, dans l’importance accrue de la vie privée, ou à l’évincer dans le jeu d’une concurrence violente. Je vois donc tracé un projet très net à l’espérance : que l’autre redevienne celui qui m’attire et que je sois disposé à connaître et aimer. »[5]

Oui, soyons, continuons donc d’être tous ensemble à la recherche de cette espérance en Dieu qui est une espérance sans déception et qui ne limite pas l’homme dans sa liberté, mais qui ouvre l’homme à son avenir, à des horizons nouveaux. Soyons à la recherche avec chacun des membres de nos communautés, de la grande famille chrétienne ici dans votre arrondissement, dans la ville de Paris, dans la région parisienne mais aussi sur l’ensemble du territoire français, en Europe et dans le monde, soyons à la recherche d’une espérance qui permette d’envisager notre avenir dans la joie, d’avoir le courage d’être libre et de se passionner pour toutes nos possibilités de et du vivre ensemble. Ainsi nous pourrons triompher par cette espérance au cœur parfois de la tristesse et du désenchantement devant l’état présent de la vie et de la société où nous nous trouvons parfois.

Notre action, à vous comme à moi, n’est que seconde, secondaire par rapport à ce qui est capital, primordial et qui est l’amour de Dieu pour nous et pour tous les hommes que justement nos actions, nos vies ne doivent cesser d’essayer de refléter.[6] Et cela nous rappelle qu’effectivement toute notre vie n’est pas toujours une partie de plaisir, elle a ses petites et ses grandes épreuves. Mais le Psalmiste nous l’a dit et redit ce matin : « Toi Seigneur, tu ne retiendras pas loin de moi ta miséricorde, ta fidélité et ta vérité me préserveront toujours. » (v.12)

Alors en ce début d’année nouvelle où il est d’usage, de tradition dans notre société de nous souhaiter de bons vœux, souhaitons-nous simplement de savoir ainsi mettre notre espérance en l’Eternel, de savoir placer notre confiance et de pouvoir vivre un jour cette merveilleuse « passion pour le possible »[7].

Ayons tous le courage d’espérer, cette espérance qui est finalement une affirmation de la vie, même face aux épreuves, face à la mort. Et « les Eglises en tant que communautés de résurrection doivent devenir des sanctuaires de vie pour [toute] la communauté humaine. »[8] Pour cela, chacun doit y trouver sa place quel qu’en soit le lieu ou la fréquence des rendez-vous, de son âge, de ses origines ecclésiales, ethniques ou sociales.

Oui, Seigneur que tous ceux qui te cherchent soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi. Nous sommes tous pauvres et humiliés nous dit notre psaume ce matin mais le Seigneur pense toujours et encore à nous. Il est notre aide, notre libérateur, il croit en nous comme personne. (v.18) Le Seigneur est peut-être finalement le meilleur des coachs pour chacun et chacune d’entre nous mais faudrait-il encore que nous sachions nous mettre même modestement à son écoute.

 

Amen


 

Confession de foi

D’après des affirmations partagées par des jeunes de 15 à 20 ans lors d’un rassemblement régional[9] :

 

La foi, ma foi c’est savoir lire entre les lignes, savoir pardonner.

La foi, c’est un chemin de vie qui nous accompagne et qui nous soutient, c’est un trésor fragile et précieux dont la valeur est inestimable.

Dieu est toujours là pour toi, pour moi, pour nous.

Si les hommes s’arrêtent aux apparences, Dieu, lui voit jusqu’au fond des cœurs.

Il est amour et avec son fils Jésus-Christ, nous pouvons à notre tour être lumière du monde, invité à être en paix, patient et bienveillant, témoin renouvelé de son amour.

Jésus est pour nous « le chemin, la vérité et la vie » que nous nous devons de crier, de partager au monde.

A travers son Esprit, Dieu nous accompagne dans chacun des pas du chemin de notre vie pour nous montrer la liberté.

En ouvrant les yeux, en regardant le monde tel qu’il est et en imaginant tel qu’il pourrait être, la communauté chrétienne, l’Eglise, aime, répand la joie autour d’elle et peux faire la différence pour ce monde.

Voilà, en quoi nous croyons.

 

Amen

 


 

[1] Jürgen Moltmann,  la religion de l’espérance, article paru dans ETR ?, p.389s.

[2] d’après Pierre Haag, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.302.

[3] D’après une expression de Jurgen Moltmann.

[4] D’après Christine Reinbolt, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.67.

[5] France Quéré, article paru dans ETR, Aujourd’hui l’espérance, conférence donnée au centre de rencontre et de recherche de Pau, en décembre 1974, p. 12 et 13.

[6] D’après Isabelle Grellier, Action sociale et reconnaissance, Oberlin, 2003, p.26.

[7] D’après Kierkegaard.

[8] Konrad Raiser, avant-propos in Samuel Kobia, Le courage de l’espérance, Cerf, 2006, p.9.

[9] Rassemblement Car Aimant KIFF de la région Centre Alpes Rhône, 29 – 31 octobre 2016.

Jean 13, 31-35 – Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres

Prédication de Clotaire d’Engremont – Dimanche 24 avril 2016

 

Chères sœurs, chers frères,

Comme vous le savez certainement, le quatrième évangile, celui de Jean, s’écarte notablement des trois premiers évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc sur les derniers moments de l’existence terrestre de Jésus. En effet, Jean ne relate pas le récit qui, en gestes et en paroles, constitue l’institution eucharistique. Jean parle simplement d’un dernier repas pris en commun avec ses disciples auxquels Jésus souhaite donner ses dernières recommandations. Ces recommandations sont données après l’épisode du lavement des pieds de ses disciples par Jésus qui, malgré les protestations de Pierre, fait fi de toute préséance. Le récit du lavement des pieds qui lui, en revanche, ne se trouve que dans le quatrième évangile de Jean, revêt ainsi une haute valeur symbolique, en mettant en relief la sublime humilité de Jésus qui sait, comme le rappelle le verset 3 du chapitre 13 : « Que de Dieu il est sorti et que vers Dieu il s’en va ».

Je ne peux m’empêcher de relier cet épisode du lavement des pieds, qu’il vous faudra relire dans votre particulier, avec la recommandation concernant l’Amour, cet acte suprême de Jésus pour ses disciples et l’humanité toute entière, avant la crucifixion qui est proche compte-tenu de la trahison de Juda qui vient d’intervenir.
Dans ce contexte pré-pascal intense, tout incite à être particulièrement attentif aux termes employés par Jésus dans ce discours d’adieux et que je me propose de méditer avec vous : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (verset 34).

L’Amour, pour le chrétien, est une vertu primordiale, essentielle, incontournable. On pourrait même dire que c’est la première vertu née de la Foi, puisqu’elle se rapporte à l’essence même de Dieu et à la cause première de l’action des femmes et des hommes …

Évitons d’abord tout malentendu : l’Amour dont il s’agit c’est l’Agapé au sens employé par la langue grecque, c’est-à-dire l’Amour-charité à l’infini et non pas l’Amour-désir au sens de l’Eros… Je n’insiste pas sur ce que vous savez déjà ! Pour autant, l’Amour-charité est-il spécifiquement chrétien ? Non ! Il figure dans les préceptes de l’Ancien Testament. On cite souvent à ce sujet le verset 18 du chapitre 19 du Lévitique : « Tu ne garderas point de rancune… Tu aimeras ton prochain comme toi-même… ». On cite aussi le verset 34 du même chapitre qui prend aujourd’hui une résonnance toute particulière dans le contexte des réfugiés qui cherchent la paix en venant dans nos pays européens : « Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mêmes… »
Au-delà même de la loi de Moïse, l’Amour-charité est aussi répandu dans beaucoup de sociétés humaines. Pensons par exemple à la compassion chère aux adeptes de la religion bouddhique. Mais vous savez tout cela, n’insistons pas plus avant. Venons-en à la pointe du texte de ce jour : En quoi donc le commandement de Jésus est nouveau ?

Ce qui est nouveau et pour tout dire radicalement définitif, c’est que l’Amour du Fils de Dieu est à la fois exemple et source, ou si on veut le dire autrement l’Amour du Fils de Dieu est fondement et norme à la fois. Jésus se réfère ainsi au don de sa vie. C’est pourquoi l’Amour, s’il peut entrainer un don total de soi, est d’abord un état, une façon de s’intégrer totalement en esprit au Fils. Cet amour est par ailleurs à considérer comme bien autre chose qu’une exigence fondée sur la simple morale. C’est en fait un don reçu et, pour les croyants qui partagent la même conviction en Christ, c’est la communion avec Dieu dont l’Amour est inouï, mystérieux, incommensurable !
C’est certainement cette approche qui permet de comprendre pourquoi par ailleurs Matthieu est allé plus avant dans sa façon de rapporter un récit apparemment plus exigeant puisqu’il demande d’aimer ses ennemis : Matthieu 5, 44 « Aimez vos ennemis, ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ».

Mais malgré les apparences, il ne me semble pas qu’il faille opposer trop fortement Matthieu et Jean sur l’Amour comme certains exégètes essaient de le faire …
En effet, Jean dit bien, pour introduire le récit du lavement des pieds au verset 1 du chapitre 13, que Jésus aima ses disciples jusqu’à l’extrême (version TOB), jusqu’à son comble (dans la version Segond). « Aimer jusqu’à l’extrême », dans le contexte du repas d’adieux relaté par Jean, ne fait pas seulement référence à la mort et à l’élévation du fils vers le père, car le don de l’Esprit saint ne devait intervenir qu’ultérieurement au moment de la glorification. En fait les expressions « aimer à l’extrême » au point de laver les pieds des disciples comme le rapporte Jean ou « aimer ses ennemis » selon la demande de Matthieu, procèdent de la même volonté de Jésus de faire partager de la façon la plus intime son union radicale avec le Père.
Toujours est-il que pour les chrétiens – et les Réformateurs ont très justement insisté là-dessus – Dieu est celui qui aime en premier, sans condition, sans marchandage, gratuitement. Dieu est aussi celui qui est aimé. Il est la quintessence de l’Amour, c’est-à-dire la plénitude de la vie, si bien que nos œuvres terrestres, aussi louables soient-elles, ne complètent pas la Grâce de Dieu. Nos œuvres, pour reprendre une expression imagée glanée il y a longtemps chez un ami pasteur, les œuvres ne sont pas les infirmières de la grâce ; elles sont elles-mêmes le fruit de la grâce divine. Amour et Foi sont donc les deux piliers d’une même vocation. Le chrétien est en conséquence tenu de s’engager là où il est, et chaque jour, pour un monde plus juste, en actes comme en paroles ; car, sans développement continu pour plus de justice dans ce monde, l’Amour devient une notion abstraite, une sorte d’imposture.

Bien entendu, au-delà du dernier repas il y a la crucifixion, quintessence de l’Amour de Dieu qui nous demande, dans l’espérance, de rester debout et libéré, afin de venir à bout des situations les plus difficiles en toute lucidité. Pour cela, chères sœurs, chers frères, il ne faut pas chercher d’abord à tout prix le prétendu bonheur dans la consommation quelque peu effrénée de notre aujourd’hui. Sans vouloir porter un doigt trop critique sur notre époque qui a ses beautés mais ou l’Amour est souvent confondu avec la recherche du bonheur terrestre, il convient de ne pas se laisser balloter par les fatalités du temps qui peuplent notre destin ( le fatum romain !…)
Pensons notamment à la consommation à tout prix dont je viens de parler certes mais aussi, aux volontés de puissance, aux routines, aux individualismes forcenés au point de perdre le sens du plus élémentaire civisme. A cela, il faut opposer la grâce donnée par Dieu. La grâce, ce don gratuit de Dieu comme disent les théologiens, est une aurore perpétuelle ; elle permet d’oublier, de surmonter les malentendus, les erreurs, les regrets, les solitudes, ou plus gravement les souffrances, les deuils. La Grâce est là, toujours inattendue mais surgissant, comme l’Esprit, n’importe quand, n’importe où, même quand nos cœurs paraissent assoupis.

Face au destin qui voudrait nous faire croire que la vie se résume à la beauté mortifère des tragédies grecques noyées dans la fatalité, la Grâce nous permet d’affronter, en toute liberté et en toute lucidité, les épreuves liées à la condition humaine.
La Grâce, chères sœurs, chers frères, c’est par exemple la confiance infinie de l’enfant endormi dans les bras de sa mère elle-même assoupie sur un banc du métro, la Grâce c’est aussi la stupéfiante beauté du tableau de Rembrandt qui –au musée de l’Ermitage- relate le retour au père du fils prodigue, la Grâce c’est encore la légèreté de la rosée d’un beau matin de printemps, sur les arbres bordant la Seine.
A ces instants partagés, Grâce et Amour deviennent un seul et même mot.

Amen

Jean 14 v 1-14 – Trouver la vie en sa demeure

Dimanche 13 septembre 2015 (culte du Cent-Cinquantenaire) – par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

 Sur Esaie 50, 4-8, 2ème Ep. Timothée 3, 14-17. Jean 14, 1-14

 

Amis frères et sœurs, nous fêtons les 150 ans de l’élévation du temple du Saint –Esprit, et devant nous, une des deux épigraphes, (l’autre, nous parlerons pour le culte de clôture…), issues de l’Evangile de Jean que nous venons de lire : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, personne ne vient au Père, que par moi ».

Quel beau verset inscrit ici, devant nous, choisi par le consistoire de l’époque, en 1865.

Beau verset à méditer ensemble en ces 150 ans, parce que, si comme les disciples, nous allons au Père par le Christ, et que Christ est le Chemin, la Vérité et la VIE, la Révélation magnifique qu’il faut entendre ce jour, c’est que nous sommes DESTINES à la VIE, et déjà pleins de vie. Et alors, il nous faut, plus que jamais, la trouver cette VIE SPIRITUELLE en nous et ce, dès maintenant et chaque jour. Alors comment ?

A Thomas, le disciple qui disait à Jésus : Ou vas-tu ? Inquiet de ne pas savoir ou Jésus allait, qui ne trouvait ni le Père, ni la VIE. Jésus répond : Par moi, tu le trouves le Père, la VIE : je suis le Chemin la Vérité et la Vie. La Résurrection allait l’expliquer : Christ, en donnant sa vie, transforme nos morts en VIE.

Mais comment, nous aussi, comprendre que cette vie en Christ existe dès maintenant, dans un monde sécularisé qui propose bien d’autres vies, avec notre foi si fluctuante et toutes les épreuves du monde? Pas facile à comprendre, mais, si Jésus est le Chemin, la Vérité et la vie, il nous faut déjà entendre ce que cela signifie et nous verrons à quoi cela nous engage.

1/En premier lieu, si Jésus est ‘le CHEMIN’ vers la vie, il est possible, comme le dit l’apôtre Paul, que nous devions relativiser ce que nous croyons être nos buts. La vie ici-bas, ne tend pas vers un but connu de nous, celui que nous avons décidé, aussi honorable soit-il.

Sa force vient du fait que notre chemin est mu par Dieu, par une énergie de l’Esprit germinatrice, qui nous amène au-delà de notre sens, qui nous ‘trans-forme’ chaque, jour pour nous révéler la vie en nous laissant absolument libres.

Calvin le dit magnifiquement : « nous nous sanctifions chaque jour, nous sommes ‘re-formés’ (pas réformés !) à l’image de Dieu, en Christ c’est l’oeuvre de Dieu ».Au fond, si Christ est le chemin, en nous existe un chemin de vie glorieux qui nous précède, une existence (hors de soi) préparée d’avance, dit Jésus dans le texte, qui est le vrai sens de notre vie et qui doit nous rendre libres face aux évènements de la vie. On ‘est’ et on ‘a’ beaucoup plus qu’on imagine…

2/ Alors la VERITE ? C’est la vérité de vie. Jésus dit quelques versets après notre texte que L’Esprit Saint est l’Esprit de vérité. Il dévoile la vie éternelle, le Christ absent.

Mais vous pouvez vous dire que c’est abstrait ! Comment concrètement percevoir cette vérité de vie donnée en l’Esprit Saint, dès maintenant ? C’est là où ce texte est très beau !

Ce qu’il y a d’extraordinaire dans notre texte, c’est que la vérité de vie en l’Esprit Saint ne se situe pas dans des mots abstraits, désincarnés. Non, la vérité de l’Esprit qui donne vie, se situe en « des DEMEURES » qui sont des gens. Il y a beaucoup de DEMEURES, dit Jésus, beaucoup de PERSONNES vivantes en Dieu ; elles forment la Vérité de vie : autant de paroles vivantes que l’on reçoit en eux (corruptibles aujourd’hui, plus tard incorruptibles) L’Esprit Saint, comme Christ, est auprès de vous et en vous, dit Jésus ; Il est en nous, en les autres, (comme lui demeure dans le Père) et apporte la vie. L’Esprit Saint souffle en tous. La vie de Christ est en chacun. (superposition).

La créatrice Louise Bourgeois, a crée ces fameuses maisons : ces demeures. Elle étaient liées à la maternité. Toutefois, à la fin de sa vie, elle dit que la vérité divine demeurait en chacune, comme des demeures qui CO-HABITENT ensemble et qui se donnent les unes aux autres.

Cette vérité en ces demeures sont aussi, comme l’écrit aussi le théologien Paul Tillich en COR-RELATION. L’Esprit Saint intérieur est en chacun et lie tous ; LA vérité de Dieu se construit ensemble. Tout le monde a des charismes. La vérité de l’Esprit Saint est comme des visages reliés, tels ces visages de multitude peint par Chagall, le Mime Marceau (Marcel Mengel) … autant de paroles de vie du Christ en nous, qui émanent d’être souffrants, rencontrés par l’Esprit qui (comme la résurrection) et qui donnent la vie aux autres.

Oui, Christ, la vérité de vie, est présent par l’Esprit en nous, en vérité. Vous savez que aletheaia en grec veut dire : ‘le contraire de l’oubli’ : Cette vérité, ce sont aussi ces traces de vie, demeures qui demeurent en des témoins, Eglise de TEMOINS, aime-t-on dire dans l’Eglise Unie. Paroles de Dieu, de vie reçues au milieu de nos misères. Chemin de fraternité que l’on se donne les uns aux autres, sans le savoir, Paroles pleine de liberté, celle de Dieu, et ce, parce à un moment donné, se sentant libre, on a pu comme le dit Esaïe, redresser celui qui est épuisé. C’est l’esprit de Dieu qui œuvre… nous en sommes les vecteurs et serviteurs.

3/ Alors fort de cette vie de Christ que nous avons en nous, quelle serait notre TACHE d’Eglise aujourd’hui?

Notre tache me semble –t-il est de Révéler cette VIE en Christ après la mort, et maintenant en chacun. Cette vie doit enlever la peur, libérer de la crainte en quelque sorte.

Jésus dit : Ayez foi en Dieu, ayez foi en moi ! Que votre cœur ne se trouble pas, répète t’il plusieurs fois. Soyez libre. Il demande de croire en sa Parole.

Mais comment trouver cette grâce, cette Parole, dans monde et ses souffrances, monde dur ? Il nous faut la chercher dans des DEMEURES sûres : dans l’ECRITURE les paroles de témoins. L’Ecriture également, par le témoignage de l’Esprit Saint révèle ce chemin inconnu de vie en Christ ; elle donne les traces de ce que Dieu veut : Toute Ecriture est inspirée de Dieu, dit Paul : elle permet d’éclairer de REFUTER d’enseigner, la justice de Dieu : la VIE. L’Esprit du Christ est dedans : Cette liberté de la Croix est présente, dans une contradiction risquée comme la Croix, (dialectique) chère à la Réforme. Oui, elle donne le sens du vivant à nos vies, à l’actualité, à chaque temps. Dans cette quête inspirée, l’Eglise est d’une grande modernité, car elle DEVANCE le SENS, elle est prophétique. On ne cherche plus assez le sens spirituel, qui rend LIBRE (là où est l’Esprit du Seigneur là est la liberté dit Paul !). Il faut prendre ce temps, c’est du temps gagné.

Mais, est-ce que cela suffit l’Ecriture pour trouver le vivant ? Non. Jésus dit si vous ne croyez pas à ma parole croyez en mes œuvres. On ne croit jamais assez à sa Parole, donc il faut aller chercher en les œuvres. Les œuvres de Dieu ce sont les demeures : les créatures de Dieu œuvre en elles. L’œuvre de Dieu est de libérer. Il faut chercher sa liberté en libérant les autres, les autres demeures.

Comme le disait Daniel Monod, pasteur ici, (un de mes arrière-grand-oncles), il faut donc chercher son chemin en libérant celui de l’autre. Ainsi déceler toutes les situations de fragilité humaine où la liberté de l’homme est menacée. On pense actuellement au destin tragique des exilés sans demeure, migrants Syriens… Là où la vie est menacée par le réchauffement climatique, (merci aux Eglises et la FPF de s’y investir lourdement…) Mais aussi, ne faut-il pas chercher de manière vitale, la perte de LIBERTE de la demeure de l’homme INCOMPRIS, où l’homme il ne mourra pas de CHALEUR, mais de FROID, mis en demeure dans les entreprises, les familles, dans une solitude qui s’aggrave chaque jour, même si l’on parle d’un pseudo vivre ensemble (factice).

Ce ne sont pas « des couches de population », qui sont concernées : c’est près de soi que l’homme est seul : SDS : Sans DEMEURE solitaire. L’homme souffre intérieurement, et a peur, car incompris. Et quand il a peur, il NE CREE plus, sauf des CONFLITS. Quand on monde a peur s’écroule de manque de création et que l’autre n’arrive pas à naître, au milieu, il nait des choses anormales. Il faut libérer l’Esprit. Que votre cœur ne soit pas craintif. N’éteignez pas l’Esprit, dit Paul. Nous sommes tous touchés. Il n’y a pas un endroit exempt : Toutes les institutions. Les entreprises…

L’Eglise doit vraiment être ce lieu de liberté ou le Christ de liberté conduit le chemin, et pour cela, une demeure d’ECOUTE spirituelle de la Vie de l’homme, et pas uniquement de l’éthique, de réflexion sur sa vie, (tous milieux y compris professionnels) où l’on prend le temps à plusieurs, de répondre aux questions de « survie », mais aussi de « vie » (négligée), au milieu de chaque demeure crispée.

4/ Alors je voudrais terminer en disant que l’être est beaucoup plus beau et capable qu’il ne croit. Il contient l’esprit en Christ. Il faut lui rappeler cette vie, c’est aussi fraternité en Christ.

C’est en cherchant la VERITE et la VIE en Christ et en tout l’homme, je crois, que notre temple rayonnera et créera de la vie. Et pour cela il faut créer, innover, interroger ceux qui s’engagent et créent, partout, dans le monde associatif, dans l’art, partout où l’être vit, et interprète sa vie ; comme le montre notre programme des 150 ans, qui n’est pas là pour MONTRER mais pour CHERCHER LE VIVANT, et témoigner de la force du Dieu vivant, qui se dévoile au milieu des demeures et pas uniquement dans les sphères religieuses, L’Esprit vivant souffle en tous.

Pour conclure je souhaiterais redire que Christ est le chemin de la VERITE et de la VIE,

en tout homme. Et il y a quelqu’un qui a bien compris cela, c’est V. Baltard, l’architecte protestant qui a conçu cette grande DEMEURE du temple. Il cherchait, la vie, avec une vie intérieure, comme on a jamais vu pour un laïc ! écrivait à l’époque l’archevêque de Reims, précédemment, curé de St Augustin…

Un des descendants de Baltard présent ici, m’a signalé une chose extraordinaire : que Baltard signait ses plans à droite, avec ces 2 mots inscrits par lui : la VERITE et la VIE.

Sans doute avait-il compris que Si Christ est le Chemin, la vérité et vie, rien n’est trop grand, en tout cas pas le temple du Saint-Esprit, pour venir écouter Sa Parole prophétique vivante. Rien n’est trop grand, en tout cas pas le Saint-Esprit, pour explorer toutes ses demeures et révéler la vie en chacun. Si nous nous engageons tout cela ensemble dans la foi, alors dit Jésus, nous ferons des œuvres encore plus grandes, à la GLOIRE du Père, En Christ et pour Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, et qui DEMEURE en nous.

 

Amen !