1 Corinthiens 6, v.12-20 : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile »

Dimanche 18 janvier 2009 – par Giovanni Musi, Etudiant en théologie

 

Que s’est-il passé à Corinthe, ville richissime, véritable carrefour entre les provinces orientales et occidentales de l’Empire ?

Que s’est-il passé à Corinthe, dans cette ville où toutes les divinités de l’époque étaient représentées, spécialement celles qui se consacraient à des cultes à mystère, comme ceux en faveur d’Isis, de Sérapis et de Cybèle ?

Que s’est-il passé à Corinthe, dans cette ville universellement connue pour la « dolce vita » qu’on y menait, à tel point qu’il existait un verbe – korinthiazein (vivre à la manière de Corinthe) qui évoquait les délices libertines promises aux voyageurs qui s’y rendaient ?

Il s’était passé que les Chrétiens de cette ville vivaient une situation de crise. Le catalogue des leurs difficultés et de leurs égarements est bien fourni : dissensions, querelles, procès entre frères, inceste, ascétisme et j’en passe. Il s’était passé, en particulier, que les chrétiens (ou bon nombre d’entre eux), pensaient qu’une adhésion au message de l’Evangile sur le plan purement intellectuel ou spirituel était plus que suffisante. Ils n’avaient pas compris, ou ils avaient oublié, que la foi chrétienne est pleine rupture avec le paganisme et ses rites. Aussi, étaient-ils des chrétiens seulement dans la « tête », comme si l’Evangile n’était qu’une nouvelle philosophie, une croyance quelconque, une SOPHIA, c’est-à-dire une connaissance.

Pour le reste, ils continuaient à mener la vie de tous les jours, ce qui comportait :

1) La participation aux sacrifices rituels du temple. Une bonne occasion pour manger gratuitement la viande des animaux immolés sur les autels et pour pratiquer l’ivresse sacrée et se sentir ainsi plus près des dieux païens ;

2) La pratique de la prostitution sacrée en hommage à la déesse Aphrodite, (Vénus en latin), la déesse de la germination, de la fécondité, de la beauté, dont à Corinthe existait un temple réputé par sa richesse.

Aussi, ces chrétiens pensaient-ils avoir trouvé un compromis acceptable entre la foi en Christ et les et vieilles habitudes de leur vie antérieure, celles qu’ils avaient héritées du paganisme et qui leur permettaient, grâce à la participation aux rites propitiatoires consacrés aux dieux de la ville, de maintenir des liens d’appartenance, à la fois familiers et culturels, avec le milieu d’origine.

Pour eux, la « résurrection » attendue, devait se résumer en un « dépouillement » du corps lors de la mort. Aussi, libéré de ce corps dont il était prisonnier, l’esprit incorruptible aurait-il pu s’envoler dans les sphères célestes, le siège d’un nouvel Olympe chrétien. C’est ainsi qu’ils pensaient d’entrer dans la vie promise, la résurrection de la chair n’étant qu’une sottise ou une extravagance. Et c’est bien cette conception du corps, ressenti comme un obstacle ou une menace, qui explique les débordements sexuels des uns – dont il est question en cette lecture – alors que s’autres refusaient « de toucher une femme », comme nous pouvons lire au chapitre suivant de cette même épître. Probablement, les corinthiens pensaient d’être dans la droite ligne de l’enseignement paulinien sur la liberté, se croyant déliés des lois morales ordinaires d’une part et des différents tabous alimentaires, d’autre part.

Voici Paul prendre la parole pour mettre les choses au point. Il s’écrie : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais moi, je ne permettrai à rien d’avoir autorité sur moi. »

Frères et sœurs, vous remarquerez qu’en cette invitation l’apôtre Paul raisonne et non pas fulmine ses interlocuteurs, ni même les condamne avec violence, mais il RAISONNE. Il ne fait pas non plus recours à une série d’interdits ou de permissions. Paul lui-même s’est affranchi d’un certain judaïsme rabbinique et de toute sa casuistique légaliste, qui comptait 613 commandements (Mitsvot) dont 248 positifs (fais-ceci !) et 365 négatifs (ne fais pas cela !). Paul fait appel à la liberté. Il fait appel à la liberté des enfants de Dieu, il fait appel à la liberté de tout un chacun, qui est celle d’être maître de soi-même. C’est au fond un appel à ne pas pervertir l’ordre de la création, à ne cas faire en sorte que le Tohu-bohu , le chaos, le néant d’avant, reprennent leur place. C’est un appel à ne pas se placer sous une autre autorité que celle du Dieu, révélée en Jésus-Christ. A partir de cette exhortation, plusieurs conséquences en découlent. Libre, bien sûr, mais libre surtout de ne plus aller voir ces prostituées païennes. Ce serait s’unir et communier à d’autres déesses ; ce serait rendre un culte aux dieux païens, un culte contraire à celui de Jésus-Christ. Or le Seigneur a uni à lui ses enfants pour qu’ils ne soient qu’à lui.

L’apôtre semble ensuite consacrer un statut à part au péché qu’on dit sexuel. Il n’est plus question de la prostitution sacrée, mais, si j’ose dire, de la prostitution tout court. Non pas parce qu’elle rendrait Dieu plus furieux que tout autre péché (le rapport perverti entre l’homme et l’argent est aussi destructeur de la relation avec Dieu et que Jésus fustige en rappelant que nul ne peut esclave de deux maîtres) mais parce que plus que tout autre, elle détruit psychologiquement et corporellement celui qui le commet. Pécher sexuellement, c’est d’abord pécher contre soi-même : il entraîne la perte de la maîtrise de soi.

Voilà pourquoi, d’après Paul, faut-il fuir la débauche. Parce qu’elle introduit une séparation entre l’esprit et la sexualité, le corps étant le lieu où un lien se construit entre le visible de l’homme et l’invisible de la présence de Dieu en lui. C’est en ce sens qu’il faut comprendre l’affirmation de Paul : LE CORPS EST LE SANCTUAIRE DE L’ESPRIT. Paul rappelle le fondement christologique de l’homme. De part sa mort et sa Résurrection, le Christ a scellé une relation filiale, charnelle, entre l’homme et Dieu. Ce que Paul met en cause en ce passage, ce n’est pas la sexualité comme telle, (ce n’est pas un traité sur les bons mœurs dont il est question en cette lettre), mais une sexualité instrumentalisée, séparée de l’ordre de la rencontre entre Dieu et l’homme.

Certes, les choses n’ont pas été toujours aussi évidentes pour l’Eglise. Quelques siècles plus tard, Ambroise, l’évêque de Milan et l’un des grands docteurs de l’Eglise Ancienne, exprime dans son commentaire de l’Evangile de Luc la position de bien des chrétiens à cet égard : « Il vaut mieux pour l’homme de se détacher du corps pour s’attacher à Dieu … »

Paul conteste énergiquement cette manière de refuser ce qui relève du corps. Dans la querelle entre les deux conceptions : celle qui veut hisser la vie spirituelle bien au-dessus du corps et celle qui exige toute liberté pour « les choses du corps », il prône le principe : « Glorifiez donc Dieu avec votre corps » (1 Cor 6, 20) par lequel notre lecture d’aujourd’hui se clôt. Selon Paul, le vrai culte ne peut être que celui rendu à Dieu, et cela dans l’unité du corps et de l’esprit (ou de l’âme si vous aimez mieux). D’ailleurs, qui peut se tourner vers l’autre, si ce n’est à l’aide du corps ? Paul se sert largement et librement des images tirées du sport professionnel de l’époque pour exprimer l’engagement exemplaire dont devra témoigner le chrétien dans sa vie de foi. Ainsi écrit il : « Tous les athlètes s’imposent une ascèse rigoureuse ; eux c’est pour une couronne périssable, nous pour une couronne impérissable » (1 Cor. 9, 25).

Pour l’apôtre, les choses ne sont pas pures ou impures en elles-mêmes, mais tout dépend si et comment elles servent à l’édification de la vie chrétienne et de la communauté chrétienne.

Frères et sœurs, deux mille ans nous séparent de cet écrit de Paul, mais il ne semple pas que la situation a véritablement évolué.

« VOICI MON CORPS » : C’était le titre du numéro de l’été dernier du mensuel de l’économie « Les Echos », montrant un magnifique corps de jeune femme, nue. Dans notre société, le fait de monter des corps nus, jeunes et beaux, est désormais un fait banal. Dans le langage de la publicité et de la communication en général, le corps humain devient le vecteur d’une image de performance, de beauté, de jeunesse. Il évoque l’été, le sport, le mouvement, me fait d’être désinhibé et sans complexes, et donc LIBRES. Nous assistons de plus en plus à une esthétisation, voire une sacralisation du corps, ce qui explique l’utilisation d’un langage rituel, presque sacramentel, dans le domaine de la communication. Cette phrase « voici mon corps », collée devant l’image d’un corps féminin dans toute sa splendeur, synthétise à merveille cette nouvelle sacralité (ou idolâtrie) et, pour que ce message soit attrayant, percutant ou choquant, on n’hésite pas à faire recours à un message fort symbolique, comme celui de la Cène.

La nôtre, est donc une société qui, en apparence, et je souligne, en apparence, semble avoir réglé, une fois pour toutes, ses problèmes et ses rapports avec le corps humain. En apparence, disais-je, parce qu’en effet l’état de la question n’est pas si simple que cela.

Si d’un côté les corps jeunes et beaux sont exhibés sans pudeur et sans scrupules, ceux des vieilles personnes, des souffrants ou des mourants, sont cachés, refoulés, non pas pour une forme de respect, loin de là, mais parce que ces images ne sont pas « politiquement correctes » par rapport à la pensée unique d’une société soi-disant heureuse, qui voudrait être satisfaite d’elle-même. Elles sont jugées intenables, insupportables. A moins qu’il n’y ait quelques raisons d’ordre pratique. Voici alors que les images des enfants d’Afrique ou d’ailleurs en train de mourir de dysenterie ou de SIDA, nous sont crachées sur la figure, dans le but de collecter de l’argent pour telle ou telle autre action humanitaire.

Et ce n’est pas encore tout. L’image du corps que notre société reflète, a la tendance à donner une image pervertie de lui-même. Je fais référence à la pornographie qui est devenue de nos jours un secteur du commerce de masse, le sexe pouvant faire recette au même titre que la violence. En alternative à la prostitution, qui implique l’esclavage pour la femme (ou pour l’enfant) et le libertinage pour l’homme, la pornographie présente l’avantage d’offrir un produit qui excite la curiosité et l’imagination, tout en évitant le risque de la relation interpersonnelle. Tous deux, (prostitution et pornographie), partent toutefois du même principe, du même axiome : la réduction du corps humain à sa seule dimension charnelle, physique ou génitale. Comme s’il représentait un objet dont on pourrait disposer à sa propre guise : un produit destiné à produire de l’argent : une vache à lait. Aussi, l’homme devient-il exproprié de lui-même. Comme si une fracture entre la personne et le corps avait eu lieu. Aussi, l’homme, qu’il le veuille ou non, devient-il étranger à lui-même. Il devient l’esclave de lui-même ou d’un autre, mais toujours esclave.

Et nous, Frères et sœurs, réunis en ce dimanche de janvier, au commencement d’une nouvelle année, qu’est ce que nous allons retenir de cette lecture de Paul. Moi, j’en ai retenu trois, au moins :

1) NOUS SOMMES UN CORPS : Jeunes ou vieux, beaux ou laids, hommes ou femmes, malades ou bien-portants, nous sommes aimés de Dieu tels que nous sommes et, de la même manière, nous avons le droit d’aimer Dieu tels que nous sommes, dans notre fragilité et dans notre péché, sachant que nous tous, nous sommes au bénéficie de l’amour de Dieu, notre Père, qui est le père commun de l’humanité : « qui fait lever son soleil sur les mauvais et sur les bons et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes », ainsi que nous lisons dans l’Evangile de Matthieu.

2) NOUS AVONS UN CORPS : Nous pouvons peut être faire référence à l’homme comme une catégorie philosophique totalement abstraite. En revanche, le corps comme réalité abstraite, n’existe pas. Seuls existent des corps : le mien, le vôtre, celui de tous nos conjoints et de tout autre être humain. Le fait qu’il existe une pluralité de corps, présuppose des liens de relation réciproque régis par l’amour fraternel, la compréhension réciproque et le service pour le plus pauvre ou démuni, ce que nous appelons la diaconie : le service. Celle de l’homme avec son corps est une relation fusionnelle qui engage les sens, l’intelligence, le désir, la sexualité et toutes les tentations qui vont avec. Celui qui use son corps comme s’il était un instrument, un outil quelconque, se trompe.

3) LA LIBERTE DANS LE SERVICE AUX AUTRES COMME CRITERE DE CETTE RELATION ET LA RESPONSABILITE COMME LIMITE : Frères et sœurs, j’ai ressenti cette exhortation de Paul : « Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile », comme un cri de liberté, un cri de délivrance et un cri d’engagement aussi. Je l’ai ressentie comme la vraie parole de Dieu : réconfortante, tonique, engageante.

« Tout m’est permis, mais moi, (Paul), je ne permettrai à rien d’avoir autorité sur moi ». Vous vous rendez compte que ce merveilleux passage où tout est fondé sur la liberté chrétienne n’a rien à voir avec cette piété moralisante par laquelle des générations et des générations des chrétiens ont été gavés jusqu’à les étouffer sous une chape de conformisme et de légalisme si peu évangéliques. Il faudra attendre Luther pour voir les choses d’une autre manière. Soin message, au début de la Réforme, a été précisément un message de liberté et de joie, oui de joie. « Sola gratia », c’est le cœur de la Réforme et de l’Evangile ; par la seule grâce de Dieu.

C’est l’intuition centrale de la Réforme, et qui fait de moi d’abord un chrétien et, ensuite, un protestant. Le protestant, un homme libre. Libre, mais responsable, selon la célèbre définition de Luther, dans ce petit libre admirable intitulé : « De la liberté du chrétien », qui est un vrai chant de joie, un véritable cri de délivrance : « Un chrétien – dit Luther – est un libre seigneur de toutes choses et il n’est soumis à personne. Un chrétien – ajoute-t-il – est un serviteur corvéable en toutes choses et il est soumis à tout le monde. »

Amen

Exode 2 v. 1-10 et Luc 10, 25-37 : « qui est mon prochain ? »

Dimanche 15 février 2009 – par Giovanni Musi, étudiant en théologie

 

Ce morceau de l’Evangile de Luc sur lequel je vais orienter ma prédication de ce dimanche, se construit autour de 2 grandes questions, à savoir :

-   Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ?
-   Qui est mon prochain ?

Ces deux questions s’inscrivent dans un débat provoqué par un « spécialiste de la Loi » qui interroge Jésus « dans le but de le mettre à l’épreuve », comme nous dit Luc au début de la lecture d’aujourd’hui.

Malgré les intentions du « spécialiste de la loi », ces deux questions ont traversé l’histoire du christianisme, depuis ses origines. Leur actualité demeure intacte, ce qui explique, entre autres, ma prédication d’aujourd’hui.

Mais qui est donc un « spécialiste de la loi » ou un « docteur de la Loi » et à quel titre s’adressait à Jésus pour le mettre à l’épreuve ?

Sans doute, le terme désignait-il l’un des membres (et pas des moindres) du principal courant du judaïsme du premier siècle, celui des Pharisiens.

Les Pharisiens, principalement laïcs, représentaient le courant majoritaire au sein du judaïsme à l’époque de Jésus.

En plus de la Thora, (la Loi, constituée par les 5 livres de ce que nous appelons aujourd’hui le PENTATEUQUE), ils attribuaient égale importance à la Loi Orale, (celle qui aurait été dictée par Dieu à Moise sur le Mont Sinaï au même moment de la loi écrite).

De cette loi orale, dont l’interprétation écrite au fil des siècles a constitué le TALMUD, les Pharisiens en étaient les gardiens jaloux et ils prétendaient en avoir l’exclusivité.

En outre, les Pharisiens étaient des ardents partisans de la souveraineté de Dieu sur l’homme. Ils croyaient à une hiérarchie d’anges et de démons, à la Résurrection des morts et à l’immortalité de l’âme.

Proches du peuple, ils prônaient une pratique assidue et scrupuleuse, mais RAISONNABLE, DE LA LOI DANS LA VIE PRIVEE ET PUBLIQUE DE CHAQUE ISRAELITE.

Ce n’est donc pas par hasard si les Pharisiens, tout au long du chemin entre la Galilée et Jérusalem, ont été les principaux interlocuteurs voire contradicteurs de Jésus.

C’est donc dans son rôle d’interprète crédité de la Loi et gardien de l’orthodoxie que le légiste prend la parole pour poser à Jésus la première question : « Que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? ».

Par cette question le docteur de la Loi voulait tendre un piège à Jésus, nous dit Luc.

Mais Jésus accepte la question qu’on lui pose comme authentique, comme si elle était la véritable expression d’une quête de sens, comme si le docteur de la Loi était de bonne foi. En effet, si Jésus avait répondu en donnant une solution toute faite, il se serait transformé, lui aussi, dans un docteur de la Loi, c’est à dire dans un professionnel d’une Religion bourrée de rites et de dogmes.

Non, Jésus répond au légiste par deux autres questions :

1) Qu’est qu’il y a écrit dans la Loi ?

2) De quelle manière lis-tu la Loi ?

En effet, la première question ne sert qu’à limiter le champ de la discussion. Etant Juifs tous les deux, la seule et unique référence ne pouvait qu’être que la Loi.

Mais c’est la seconde question à être beaucoup plus intrigante. Jésus lui demande : quelle est ta façon à TOI de lire l’Ecriture. Qu’est que t’en penses TOI. Quelle est Ta position personnelle. Jésus n’est pas intéressé à entamer avec quiconque une savante discussion théologique. Il veut savoir qu’est que tu as dans la tête et dans les tripes, TOI PERSONELLEMENT.

Frères et Sœurs, les Evangiles ne sont pas des traités de théologie mais des récits qui racontent le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu et les rencontres qu’il a eues avec les hommes et les femmes de son temps.

Avec Zachée, avec la Samaritaine, avec la femme hémorroïsse, avec Nicodème, avec Barthimée l’aveugle, avec le jeune homme riche, avec Levi, le chef des péagers, et avec toute une série de blessés de la vie : des aveugles, des estropiés, des lépreux, des gens que le moralisme ambiant tenait aux marges de la société, en les jugeant fautifs et impurs à cause de leur handicap ou de leur maladie.

Mais aussi avec des hommes et des femmes parfaitement en phase avec les valeurs de la société dans laquelle ils vivaient, comme le docteur de la Loi de ce dimanche. Il nous ressemble beaucoup, avec sa rigueur morale, son esprit de géométrie et, sans doute, un sens aigu de la justice. Un homme bien, dans l’ensemble.

SUR TOUS CES GENS LA, JESUS A PORTE LE REGARD TENDRE ET COMPATISSANT DE SON PERE. A TOUS CES GENS-LA, BONS ET MECHANTS, INTELLIGENTS ET FAIBLES D’ESPRIT, JESUS A DONNE UNE CHANCE, UNE OPPORTUNITE, EN SE PROPOSANT COMME L’AUJOURD’HUI DE DIEU SUR LA TERRE.

« TU AIMERAS LE SEIGNEUR – LE SEIGNEUR TON DIEU DE TOUTE TON AME, DE TOUTE TA FORCE, ET DE TOUTE TA PENSEE ; ET TON PROCHAIN COMME TOI-MEME » voilà la réponse irréprochable donnée par le légiste aux deux questions que Jésus venait de lui poser. Le légiste vient de citer en premier le précepte de Dt. 6,4, que tout Juif pieux récite, hier comme aujourd’hui, deux fois par jour dans la prière FONDAMENTALE de la foi israélite : le SHEMA ISRAEL, un hymne d’un amour inconditionnel au Dieu unique qui récite au début : « Ecoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu ; le Seigneur est un ! »

Ensuite, il a adjoint le précepte de Lévitique 19,18, concernant l’amour du prochain. En mettant à la suite ces deux versets, notre homme obéit à la tradition juive qui valorise, au même titre, l’amour d’autrui et l’amour de Dieu.

De toute évidence, Jésus est satisfait de sa réponse et il lui dit : « Bravo ! Tu as bien répondu. »

Jusque là, Frères et Sœurs, nous nous trouvons spectateurs d’un débat tout à fait interne à la tradition juive. Soit Jésus, soit le légiste, sont de bons Juifs. Et Jésus a été certainement le meilleur des enfants d’Israël et le fait que des soi disant chrétiens, durant leur histoire deux fois millénaire, aient persécuté les Juifs, a été un crime odieux sur le plan civil.

Sur le plan théologique, il a constitué le refus implicite de l’incarnation du Fils de Dieu dans l’homme.

Mais Jésus ne se contente pas d’un accord purement théorique ou théologique avec son interlocuteur. Il invite le légiste à sortir de ce cadre théorique et à rentrer dans le concret, à mettre en pratique l’enseignement de la loi. « Fais cela et tu vivras », lui dit Jésus.

Mais le légiste ne démorde pas et il lui pose une question apparemment sans importance, mais qui en réalité visait à obliger Jésus à prendre position pour ou contre quelque chose ou quelqu’un, à se situer à l’intérieur d’un cadre politico-religieux bien établi. Il lui demande : « Qui est donc mon prochain ? »

Si Jésus avait donné une définition du PROCHAIN, dont il aurait tracé les caractéristiques auxquelles il aurait dû répondre pour être accepté en tant que tel, il aurait pris position en faveur des uns et contre les autres. Bref, il se serait transformé en un légiste lui aussi.

C’était probablement l’espoir du Parti Pharisien qui était, sans doute, le plus proche de la façon de penser de Jésus : ramener ce meneur de foules à l’intérieur d’une orthodoxie bien définie, de telle manière que cette dernière puisse profiter de ses qualités extraordinaires.

Si Jésus, l’irrégulier, le franc tireur, le prophète itinérant et dérangeant était rentré dans les rangs, tout le monde aurait trouvé son compte. Le parti auquel Jésus aurait adhéré en aurait tiré parti. Et Jésus aussi : il aurait probablement terminé sa carrière au service de telle ou telle autre école théologique ou mouvement politique de son temps. Ainsi, la boucle aurait été bouclée.

Mais Jésus refuse, une fois de plus, le marché qu’on lui propose. Il ne tombe pas dans le piège et, en revanche, il raconte une parabole qui se terminera par une autre contre question.

Et nous voici, Frères et Sœurs, sur cette fameuse route qui descend de Jérusalem à Jéricho.

Hormis les brigands et l’aubergiste qui, sur cette route, sont chez eux, tous les autres personnages de ce récit sont de passage : la victime rouée de coups, le prêtre, le lévite et le Samaritain.

Quant à l’homme blessé, l’homme du voyage, Jésus ne nous dit rien de lui. Ni son nom, ni son âge, ni, surtout, sa nationalité ou son identité sociale, de telle manière que quiconque puisse se reconnaître en lui.

Le Samaritain, quant à lui, est un hérétique qui ne reconnaît que l’autorité de la loi écrite (la Thora) et récuse en bloc la loi orale.

Aux yeux sourcilleux du légiste, le Samaritain constitue l’antitype parfait des honorables serviteurs du Temple. Ceux-ci – les 2 employés du Temple – se tiennent à distance du blessé, réputé mort, sans doute pour ne pas se souiller de son sang. Ils veulent à tout prix respecter les interdits concernant l’impureté liée à la mort.

Le Samaritain, (l’hérétique, le non-conforme) – en revanche – se moque des interdits religieux. Il suit une autre logique, il a une autre morale : celle du cœur, dirions-nous, celle DES TRIPES, si l’on veut rester fidèle au texte grec Etre ému de compassion, dans le texte de Luc, n’est ni plus, ni moins que la traduction du verbe esplagnizomai qui veut dire « être bouleversé viscéralement » touché au plus profond, dirions-nous.

« Il eut pitié » nous lisons dans l’écriture d’aujourd’hui. Il eut pitié comme la fille du Pharaon. Elle-aussi fut émue de compassion pour un petit enfant Juif.

Frères et sœurs, la suite de l’histoire, nous la connaissons : la plus part d’entre nous, dès notre plus jeune âge. A la fin du récit, c’est Jésus qui renverse les rôles. Il met fin à l’interrogatoire posé par le légiste par une question simple, qui renverse toute la problématique du légiste : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? »

Dans l’esprit de Jésus, le prochain est celui qui MANIFESTE DE LA MISERICORDE, NON CELUI QUI EN BENEFICIE. LE PROCHAIN, CE N’EST PLUS L’AUTRE A AIMER, MAIS CELUI QUI S’EST FAIT PROCHE DE LUI.

En posant la question de cette manière, le docteur de la Loi est obligé à désigner le SAMARITAIN, c’est-à-dire l’HERETIQUE, celui qui avait un rapport faussé vis-à-vis de la Loi, COMME CELUI QUI A ACCOMPLI LA LOI, DANS SON ESPRIT ET DANS SA LETTRE.

Jésus n’a plus alors qu’à inviter le légiste à INVENTER – DANS SON QUOTIDIEN – DES PRATIQUES SEMBLABLES. « Va, et toi, fais de même », lui dit-il.

Et nous, Frères et sœurs, réunis en ce dimanche de février, qu’est ce que nous allons retenir de cette lecture de Luc.

Pour ce qui me concerne, moi j’ai retenu 2 éléments, au moins :

1) LES ACTES DE BONTE OU DE PIETE EN GENERAL NE SONT PAS UNE PREROGATIVE DES CHRETIENS.

Nous l’avons pu constater dans les deux lectures de ce jour : ni le Samaritain et ni, à plus forte raison, la fille du Pharaon étaient religieusement conformes, des modèles à suivre en matière d’orthodoxie religieuse. Quant à la fille du Pharaon, elle était carrément païenne. Cependant, elle n’a pas hésité un instant : lorsqu’ elle voit l’enfant, elle en a eu d’abord PITIE’. Ensuite, elle comprend que le nouveau né est Juif. Elle décide donc de l’épargner. Son acte miséricordieux devient un acte politique, ou, pour mieux dire, il revêt une valeur politique.

Cet acte de sauvetage nous enseigne que, même dans les pires moments de l’histoire, une autre option que celle de se soumettre à la politique criminelle du pouvoir est toujours possible. Autrement dit : de même que l’acte salvateur de la fille du Pharaon, tout acte salvateur recèle un potentiel d’une portée historique incalculable. Chaque enfant sauvé est un Moïse en puissance.

Dans notre histoire récente, par exemple, héberger les Juifs pendant l’Occupation, n’a pas été une tâche dont les chrétiens ont eu le monopole. Bien au contraire, ils l’ont partagée avec des non-croyants, des gens de tous les milieux sociaux et culturels. Cependant, l’accomplissement de cette tâche, en cette sombre période de notre histoire, relevait du pure Evangile. C’était une façon concrète, reconnaissable et incontournable d’accueillir le Christ souffrant.

2) COMMENT DEVONS NOUS ENTENDRE L’INVITATION DE JESUS : « Va, et toi fais de même » ?

Frères et sœurs, en un siècle l’espérance de vie en France a augmenté à peu près de 30 ans. Elle était de 48 ans en 1900 elle est maintenant de 78 ans ou presque. Ce qui veut dire que dans l’espace d’un siècle nous avons gagné une génération. Ce n’est pas mal, voyez-vous. Depuis 1945, l’Europe dans son ensemble et la France avec elle, ont connu une période de croissance économique, de développement social et culturel sans pareil. Certes, notre pays, comme tout autre, a connu des difficultés, des moments de crise, comme celle que nous vivons actuellement. Mais, somme toute, rien de comparable aux difficultés auxquelles les générations qui nous ont précédés ont été confrontées. La démocratie, ainsi que les droits personnels, sont respectés : Il n’y a pas ni de petit Moïse à sauver ni de Juifs avec l’étoile jaune à cacher. Mais ça n’empêche que cette invitation, ce commandement impérieux : « Va, et toi fais de même » nous est adressée, à nous aussi, aujourd’hui encore.

Jésus nous invite à partir, A L’EXTERIEUR, LOIN DE L’ENCLOS DE NOTRE EGOISME OU CA SENT L’ENFERMEMENT ET LE MOISI.

IL NOUS INVITE A QUITTER NOS TEMPLES INTERIEURS, BOURRES DE NOS PREJUGES, DE NOS ORTHODOXIES THEOLOGIQUES, SI SOUVENT MARQUEES PAR UN MORALISME ET UN LEGALISME SI PEU EVANGELIQUES VIS A VIS DES AUTRES.

RECEVONS CETTE INVITATION DE JESUS « Va, et toi fais de même » comme un appel à nous engager dans la liberté qui nous est donnée comme enfants de Dieu.

LIBRES de NOUS engager dans une œuvre diaconale, ou en politique.

LIBRES de contribuer au bonheur de la cité dans laquelle nous vivons.

LIBRE de nous moquer de nos limites et de nos insuffisances, qui ne nous sont plus comptés comme péché.

LIBRE de continuer notre vie telle quelle, mais avec un autre regard sur nos frères et nos sœurs,

IL NOUS INVITE A SORTIR DE NOS EGOISMES, A NOUS METTRE SUR LE CHEMIN, ENTRE JERUSALEM ET JERICHO, VERS LE GRAND LARGE DE NOTRE EXISTENCE,

AVEC LES AUTRES, TOUS LES AUTRES, MEME LES EXCLUS, LES DIFFERENTS, LES NON CONFORMES.

A JESUS QUI FAIT ROUTE AVEC NOUS ET AU PERE DE TOUTES LES MISERICORDES, HONNEUR ET GLOIRE.

AMEN.

Genèse 18, 20-3, Colossiens 2, 11-14 et Luc 11, 1-13 : « Pourquoi prier ? »

Dimanche 11 janvier 2009 – par Giovanni Musi, Etudiant en théologie

 

Les textes que nous venons de lire ce dimanche ont tous comme objet la prière, et c’est bien sur la prière que je vais orienter ma prédication.

Mais, d’abord, une question se pose : POURQUOI PRIER ? Pourquoi en effet, nous adresser au Père tout puissant qui sait déjà ce dont nous avons besoin, avant même que nous le lui demandions ? Même si Dieu connaît nos demandes, nos besoins, nos appels, nos souffrances, nos faiblesses et notre péché, il attend que nous nous tournions vers Lui, que nous Lui parlions et l’écoutions.

En effet, la prière est centrale dans notre vie de foi ; elle est un moyen privilégié de rencontre et de dialogue avec le Dieu trinitaire : le Père, Le Fils et l’Esprit Saint.

Car Dieu nous appelle, il nous parle, il nous écoute, IL ATTEND NOTRE PRIERE.

Il y a dans la prière quelque chose du mystère de la communion des saints, au travers de la grande montée de toutes les prières qui relient les hommes à Dieu et, à travers Dieu, relient les hommes entre eux. La prière est présence de Dieu à nous et de nous à Dieu : elle EST COMMUNICATION ET RENCONTRE AVEC DIEU. La prière est omniprésente chez le peuple Juif, le peuple de l’Alliance, à commencer par les psaumes qui sont prière d’intercession, de louange et de supplication à la fois.

Jésus lui-même exhortait ses disciples à prier et à veiller, comme nous pouvons lire au chapitre 26 de l’évangile de Matthieu.

Frères et sœurs PRIER EST AUSSI VEILLER, c’est-à-dire tenir éveillé l’esprit de Dieu, rester attentif aux signes des temps, ne pas succomber à la tentation d’une vie qui ne serait rien d’autre qu’une fuite dans le domaine du possible, de ce que nous pouvons faire nous-mêmes (travailler, nous marier, gagner ou ne pas gagner de l’argent) une vie que suffit à elle-même, avec ses succès, ses déconfitures, ses échecs. Une vie à notre mesure, qui n’a pas besoin de Dieu. Veiller signifie aussi TENIR UNE LAMPE ALLUMEE dans l’attente de Celui qui est, qui était et qui VIENT.

Frères et Sœurs,

C’est Dieu qui s’est rapproché de nous, et non pas l’inverse. Dieu reste Dieu. Mais il a donné à l’homme une possibilité : celle de Le connaître à travers son FILS – Jésus, qui n’a pas hésité à prendre sur soi la condition de l’Homme jusqu’au sacrifice de la Croix.

Jésus lui-même a appris à ses disciples comment prier, comment s’adresser à Dieu, faisant recours à des concepts simples, compréhensibles, qui étaient à la portée de ses disciples qui lui ont demandé :

« Seigneur, enseigne-nous à prier ! » Et Jésus leur apprit une prière toute simple, mais néanmoins riche et profonde sur le plan théologique. Jésus leur répondit : « Quand vous priez, dites : PERE ! »Voilà, Frères et Sœurs, PRIER C’EST SI SIMPLE QUE CA. CA COMMENCE PAR L’ACCEPTATION D’UN RAPPORT DE FILIATION, ENTRE DIEU ET NOUS MEMES.

LA PRIERE EST PEUT ETRE D’ABORD CET ELAN, CET ACTE PAR LEQUEL NOUS NOUS FAISONS PETITS DEVANT DIEU POUR QU’IL GRANDISSE EN NOUS , COMME IL LE PROCLAMAIT JESUS LUI-MEME LORSQU’IL PRONONCA CES PAROLES :

« JE TE LOUE, SEIGNEUR DU CIEL ET DE LA TERRE, DE CE QUE TU AS CACHE CES CHOSES AUX SAGES ET AUX INTELLIGENTS, ET DE CE QUE TU LES A REVELEES AUX ENFANTS » comme nous pouvons lire en Luc, 10,21.

Ainsi, par cet abandon au Père, nous lui remettons tout. Nous déposons notre fardeau et nous nous présentons à Lui tel que nous sommes vraiment : pauvres et humbles de cœur.

S’adresser à Dieu en l’appelant par la parole que Jésus nous a apprise – PERE – est une chose simple, à la portée de tout le monde, ne s’agissant que d’un nom de quatre lettres.

Il s’agit d’un nom que tout le monde connaît. Il évoque le souvenir, l’image même, du père que nous avons perdu et que nous regrettons, ou que nous n’avons jamais eu, ou, encore, celle du père que nous aurions aimé avoir.

Mais, si l’invocation du père ne nous demande pas un effort particulier sur le plan de la compréhension verbale, elle s’avère beaucoup plus difficile sur le plan théologique.

Oui, frères et sœurs, la COMPREHENSION DE DIEU EN TANT QUE PERE NOUS DEMANDE UN EFFORT PARTICULIER. Nous sommes encore habitués à concevoir Dieu comme un juge, prêt à nous châtier quand nous faisons le mal et à nous récompenser quand nous faisons OU QUAND NOUS PENSONS FAIRE LE BIEN.

Ou encore, cessons d’être les juges de nous-mêmes. Nos accusateurs, ceux qui plaident coupable à tous les coups, ceux qui se sentent indignes, pécheurs impénitents, et, par conséquent, incapables de mériter le pardon et la miséricorde de Dieu.

Frères et sœurs, VIVRE ET PECHER, VONT DE PAIR. L’homme ne peut pas échapper à ses insuffisances, à ses manquements, à ses égarements

Mais il y a aussi du bon en nous. Comme il y a aussi des justes dans le monde. Une minorité, sans doute, mais il y en a.

C’est pour cela qu’Abraham, défini le père des croyants, se fait l’avocat de l’humanité entière, comme nous l’avons entendu tout à l’heure, lors de la première lecture, celle du livre de la Genèse, où Abraham intercède en faveur de la ville de Sodome.

Les péchés de cette ville étaient montés jusqu’à Dieu et Dieu envisage d’envoyer ses messagers sur la terre pour qu’ils vérifient le bien-fondé des accusations infamantes portées contre elle, LA SURVIE OU LA DESTRUCTION DE LA VILLE ELLE MEME ET DE SES HABITANTS EN AURAIENT DEPENDU.

Et voici alors Abraham qui intercède en faveur de Sodome et de ses habitants (qui n’étaient pas Juifs) au nom des quelques justes qui y habitaient. Frères et Sœurs, le premier trait que nous dévoile cette prière, c’est la ferme croyance d’Abraham en la justice de Dieu.

« Celui qui juge toute la terre n’exercera-t-il pas la justice ? », Nous lisons au verset 25. Si le Dieu d’Abraham est juste, il est aussi universel, sa justice s’étend sur toute la terre, et cela ressort du verset que nous venons de citer.

Mais, en poursuivant ce commentaire, voyons quel était l’état d’âme du patriarche d’après cette même prière.

Abraham pressent l’existence d’une LOI DE SOLIDARITE’ et c’est ainsi qu’il s’adresse à Dieu : « ……Ne pardonneras-tu pas à la ville à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle ? » Nous lisons au verset 24. Abraham pense que l’existence d’un nombre, fût-ce limité et minoritaire, de justes est en mesure de racheter la faute collective et faire en sorte que l’ensemble des habitants de Sodome échappent à la mort.

Ainsi, dans son humilité, conscient de la distance abyssale qui le sépare de Dieu, il persévère dans la prière et il marchande avec Dieu le salut de la ville jusqu’à s’arrêter au nombre de 10 justes. Pourquoi 10 ? Le nombre de 10 constitue chez les Juifs, hier comme aujourd’hui, le MINIAN, c’est à dire le NOMBRE LEGAL MINIMUM pour que l’on puisse parler d’une communauté humaine établie en tant que telle et pour que l’on puisse célébrer un culte à la synagogue. La suite de l’histoire nous la connaissons. Les 10 justes ne seront pas trouvés. Sodome, ainsi que Gomorrhe, seront détruites avec leurs habitants : tous, sauf un, Lot et sa famille.

Aussi, la prière d’Abraham ne fut-elle pas inutile.

Frères et Sœurs, La prière d’Abraham et la prière que Jésus nous a apprise s’adressent au même Dieu : celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

Mais quelle différence entre les deux !

Le souci principal d’Abraham est que son Dieu SOIT JUSTE, QU’IL SOIT UN JUGE EQUITABLE. ET C’EST EN TANT QUE JUGE QU’IL S’ADRESSE A LUI. Souvenez-vous du verset 25, Abraham interpelle Dieu en lui disant : « Celui qui juge toute la terre….. ». Et il ajoute : « FAIRE MOURIR LE JUSTE AVEC LE MECHANT, LOIN DE TOI CETTE MANIERE D’AGIR, LOIN DE TOI. »

Voilà, Frères et Sœurs, nous voici au cœur du problème : Abraham n’arrive pas à concevoir l’idée que le juste et l’impie soient logés à la même enseigne, c’est à dire qu’ils soient châtiés de la même manière. Pour Abraham les justes doivent être récompensés, et les méchants punis en proportion de la faute commise. Et ceci vaut pour Sodome comme pour toute autre situation.

Celle d’Abraham, constitue, pour son époque, une idée révolutionnaire, car elle introduit une notion jusque là inconnue : celle de la responsabilité individuelle et personnelle. Dans le contexte d’Abraham, celui d’une société tribale, fondée sur l’alliance de diverses et différentes familles ou clans familiaux, la faute individuelle entraînait inévitablement la responsabilité collective du clan d’appartenance, qui était solidaire de chacun de ses membres, dans le bon comme dans le mauvais sort. Pour Abraham, en revanche, les rapports avec Dieu doivent répondre à une notion de JUSTICE ET EQUITE’ : (Tsadequé et Mitzphat en Hébreu).

Frères et Sœurs : justice et équité constituent les 2 mots clefs de l’ensemble des livres de la Première Alliance. Ils traduisent le souci du peuple Juif d’être en perpétuelle adéquation avec la Loi de Moïse, d’être quitte vis-à-vis de Dieu. D’où (entre autre) les dégénérations légalistes que Jésus reprochait aux Pharisiens qui étaient, pourtant, par leur zèle et leur piété était le plus proche à sa sensibilité. Mais, avec Jésus, le discours change radicalement. Nous nous trouvons face à une autre compréhension de Dieu. Dieu n’est plus le JUGE mais le PERE. Un Dieu qui ne se limite plus à envoyer sur terre ses rapporteurs, mais qui en revanche a envoyé sur terre, son propre FILS, pour qu’il se charge des péchés collectifs comme des péchés individuels.

Un Fils, Jésus, NOTRE SAUVEUR, qui a envoyé à la retraite le DIEU JUGE.

Un Fils, comme il nous le rappelle la LETTRE AUX COLOSSIENS QUE NOUS AVONS ENTENDU CE MATIN :

« A VOUS QUI ETIEZ MORTS PAR VOS OFFENSES…. IL VOUS A RENDUS A LA VIE AVEC LUI, EN NOUS FAISANT GRACE POUR TOUTES NOS OFFENSES ».

Et encore : « Il a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et IL L’A ELIMINE EN LE CLOUANT A LA CROIX ; »

De cette manière, la croix, dans la lettre aux Colossiens, n’est plus un instrument de mort, mais elle se transforme dans le symbole de l’amour parfait, celui de Jésus. Oui, frères et sœurs, nous avons été rachetés par le sacrifice d’un AUTRE : par le sacrifice de Jésus, nous avons été innocentés.

Il n’y a plus de juges, ni de tribunaux, MAIS IL Y A UN PERE, NOTRE PERE.

Invoquons-le, prions-le, et tout le reste nous sera donné en plus.

AMEN !