Galates 5, 13 – Frères vous avez été appelés à la liberté 

Prédication du dimanche 31 décembre 2017 par le Pasteur Michel Leplay

Une année se termine et l’usage veut qu’on jette un regard sur les mois écoulés et les principaux évènements, avant d’envisager l’année qui commence  demain, avec des pronostics et si possible de l’espérance.

Concernant donc ce que les anciens auraient appelé « l’an de grâce 2017 » nous pouvons en faire mémoire sur deux registres. Soit le personnel, familial et intime, soit le collectif, public et social. Dans le domaine privé chacun a eu ses joies et ses problèmes, les naissances et les deuils, la guérison ou la maladie. A chacun son histoire, à chacun son parcours, aucune synthèse n’est possible, aucune généralité tant nos vies sont particulières et tous les survivants que nous sommes de l’année 2017 peuvent dans le secret de leurs cœur et le silence de leur mémoire recueillir le souvenir des jours heureux et des heures de ténèbres. Et tout remettre à Dieu dans la reconnaissance et dans la confiance.

Quant à un bilan global et social de l’année qui se termine, il est aussi très difficile à établir. Je me garderai bien de concurrencer la grande presse qui ne manque pas de faire la liste des événements importants qui auront marqué cette année.  Vous ferez votre marché ou votre cueillette dans ce grand jardin de l’histoire politique et sociale, française et internationale, religieuse et chrétienne… sauf que je vais m’arrêter dans un premier temps de cette prédication sur les événements qui auront marqué en 2017 notre protestantisme, sa mémoire célébrée et ses projets annoncés. Car nous avons été comblés, permettez-moi de le dire, et je pense que vous êtes d’accord avec moi. Ce fut pour le christianisme protestant, dont nous sommes une part vivante, une véritable « année de grâce ».  Je ne puis tout rappeler tant c’est un peu partout qu’on s’est souvenu du commencement de la Réforme avec l’affichage  par le Moine Martin Luther de thèses concernant la vente des indulgences et par conséquent « le prix de la grâce ». C’était gratuit, « vous avez été appelés à la liberté ». J’y reviendrai. On a donc relu l’épître aux Romains, « le juste par la foi vivra », et organisé fêtes et rencontres, spectacles et conférences, en province autant qu’à Paris. On se souviendra notamment des représentations à Mialet, en plein été, avant le culte dont nous avons eu en tous cas l’écho par la télévision. Le colloque international à l’Hôtel de Ville de Paris fut d’une qualité qui explique son succès et son impact culturel et politique. Quant il nous fut dit par notre premier Magistrat : « S’il vous plait, ne désertez pas le désert », « il est pour la France une source vivante de sa richesse ». Et comme d’autres événements le confirmeront, la fête joyeuse à Strasbourg, la déclaration fraternelle du protestantisme au judaïsme, et ici même, de la disputatio fraternelle d’un soir au banquet convivial d’un midi, rien n’a manqué dans nos réponses multiples et joyeuses à l’affirmation de St Paul redécouverte par Luther : « frères, vous avez été appelés à la liberté… »

 

Deuxième partie, j’entre dans le vif de l’actualité et de l’avenir après le bilan des festivités. Car Paul ajoutait : « seulement que cette liberté ne laisse aucune prise à la chair… »
D’abord, remarque inévitable dans le climat et les polémiques de ces dernières semaines : Paul interpelle des gens en les appelants « frères »… Et je vois se lever les défenseuses,  se mettre en route les manifestantes, se mobiliser les militantes de la cause des femmes. Mon sentiment est que ces excès vont dans le bon sens, même si les médiations nécessaires poussent parfois à la caricature. Il est bien évident que pour les lecteurs du XXIe siècle, frères qui est masculin n’exclut pas les femmes, même s’il n e fait que supposer  implicitement les sœurs. Cela va sans dire mais encore mieux en le disant. Je n’ouvre pas le débat sur l’écriture inclusive, les meilleures d’entre nous n’ont pas peur du ridicule, toujours est-il que c’est un tournant dans notre culture implicite et qu’il était temps de remettre à l’ordre du jour la formule du même apôtre de la liberté chrétienne : « Il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ ». C’est aussi dans l’épitre aux Galates (3 :28). Cette unité profonde des sexes n’exclut pas leur identité particulière, ce qui signifie qu’au-delà des discussions sémantiques, l’égalité n’est pas la similitude, mais la complémentarité des dons respectifs dans la communion des partages. On en reparlera à la sortie. Nous sommes tous et toutes appelés à la liberté. Oui, frères et sœurs, oui nous avons été appelés  « e » muet inclusif, à la liberté, le mot grec eleuthéria qui a autorisé Luther à modifier son nom.

APPELES A LA LIBERTE, mais, et c’est la troisième partie et la plus importante de cette prédication de fin d’année : oui, APPELES A LA LIBERTE, c’est Luther avec Saint Paul, mais il faudra ajouter : RAPPELES A L’ORDRE, et ce sera Calvin encore avec  Saint Paul. « Appelés à la liberté, rappelés à l’ordre », vous m’avez compris…
Autrement dit nous passons du premier commandement, aimer Dieu, au second qui lui est semblable : aimer son prochain. Nous passons de la liberté à l’obéissance, de la libération par l’Evangile après Luther à l’institution d’une religion chrétienne avec Calvin. Sans les opposer, mais au contraire dans leur profonde et complémentaire unité qui nous parle aujourd’hui en France de ce protestantisme comme « communion luthérienne et réformée ». Luthéro-réformée. Ne faisons donc pas de notre liberté « une excuse ou un prétexte pour vivre n’importe comment ». Et Paul précise ce qu’il appelle vivre selon l’Esprit et non selon la chair, ses pulsions et ses désirs : amour, joie, paix, patience, bonté ; bienveillance, douceur, maitrise de soi… (Galates 5, 22-23). Ces vertus chrétiennes comme fruits de l’obéissance en liberté concernent évidemment et au premier chef la communauté chrétienne elle-même. Le meilleur témoignage que les disciples du Christ pouvaient rendre dans l’Eglise des premiers siècles était la constatation des observateurs extérieurs : « Voyez comme ils s’aiment ».

Un dernier point avant de conclure puisque nous vivons certes en Eglise mais aussi en société. Pour les chrétiens, l’ECCLESIA, pour tous les habitants de la terre, la POLIS, la cité terrestre, la nécessaire régulation politique et même la contrainte policière pour que règne parmi nous un minimum de paix protégée, de nécessités secourues, de faiblesses protégées. Magnifique vocation de ceux qui gouvernent. Et Luther avait raison de mentionner dans son petit catéchisme, en commentant la demande de pain quotidien, de demander à Notre Père de nous donner entre autres « des supérieurs pieux et de bonne foi, un bon gouvernement, des saisons favorables, la paix et la santé ». Que souhaiter d’autre ? Calvin en disait autant, à propos du « gouvernement civil » et pour que, selon son admirable formule « l’humanité subsiste entre les humains ». Plus crûment encore, il fustige « ceux qui voudraient que les hommes vivent pêle-mêle comme des rats dans la paille » (I.C. IV.10). Aussi, conclut-il, « le but du régime temporel… est de nous former à toute équité requise à la compagnie des hommes et d’entretenir et conserver la paix et la tranquillité commune ». Prions donc pour les autorités qui nous gouvernent afin qu’elles remplissent bien leur mission de gouvernement. Car avec Paul, dans la même Epitre aux Romains, nous entendons cet appel à la liberté qui sera toujours suivi du rappel à l’ordre. SOYEZ CE QUE VOUS ÊTES. Afin que l’année prochaine on puisse souvent, très souvent entendre ce que disait récemment un journaliste à la radio : « On voit qu’il y a encore des gens humains sur cette terre ». Sic…

 

Je termine avec vœux pour 2018, une prière confiante et un appel à la vigilance. Pour notre paroisse, son conseil et son pasteur, pour toutes les activités dans et autour de ce temple, pour la fidélité et le courage de l’Eglise protestante. J’ai cité trois lieux, la paroisse, le temple et l’Eglise, concentriques et inséparables puisque nous avons le triple honneur et la triple vocation d’être peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’Esprit ». Depuis toujours appelés à la liberté, et chaque jour rappelés à l’ordre.

Ainsi soit-il


NOTRE PÈRE
Ton nom est sanctifié quand est faite ta volonté
Et que ton règne arrive car ce Royaume nous donne
Le bon pain quotidien,
Des cœurs réconciliés,
Le don de tes victoires sur nos tentations
Et la libération de nos maux et malheurs
Pour l’honneur de ton nom
Enfin sanctifié, enfin glorifié sans fin
Dans ton Royaume
Et dans la gloire enfin de ce premier matin

Galates 2, 11-21- « la justification par la foi »

Dimanche 5 septembre, par le Dr Jean Vitaux

Mais lorsque Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il était répréhensible. En effet, avant l’arrivée de quelques personnes envoyées par Jacques, il mangeait avec les païens ; et, quand elles furent venues, il s’esquiva et se tint à l’écart, par crainte des circoncis. Avec lui les autres Juifs usèrent aussi de dissimulation, en sorte que Barnabas même fut entraîné par leur hypocrisie. Voyant qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas, en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser ? Nous, nous sommes Juifs de naissance, et non pécheurs d’entre les païens. Néanmoins, sachant que ce n’est pas par les oeuvres de la loi que l’homme est justifié, mais par la foi en Jésus Christ, nous aussi nous avons cru en Jésus Christ, afin d’être justifiés par la foi en Christ et non par les oeuvres de la loi, parce que nulle chair ne sera justifiée par les oeuvres de la loi. Mais, tandis que nous cherchons à être justifié par Christ, si nous étions aussi nous-mêmes trouvés pécheurs, Christ serait-il un ministre du péché ? Loin de là ! Car, si je rebâtis les choses que j’ai détruites, je me constitue moi-même un transgresseur, car c’est par la loi que je suis mort à la loi, afin de vivre pour Dieu. J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi. Je ne rejette pas la grâce de Dieu ; car si la justice s’obtient par la loi, Christ est donc mort en vain.

Paul, qui se présente sous le titre d’ « apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par Jésus Christ et Dieu le Père qui l’a ressuscité des morts » (Galates, 1,1), s’adresse aux communautés chrétiennes de Galatie. La Galatie était une province d’Asie Mineure, actuelle Turquie, près d’Ankara, qui devait son nom à des envahisseurs celtes et gaulois qui s’y étaient installés vers 340 avant notre ère et qui s’étaient rapidement hellénisés. L’apôtre Paul s’adresse donc à des chrétiens d’origine païenne qu’il avait précédemment évangélisés et qui se trouvaient en butte à une nouvelle vague d’évangélisateurs qui étaient probablement des judéo-chrétiens, c’est à dire des chrétiens issus du monde juif, qui respectaient à la fois la loi mosaïque et le Christ, sans doute proches de Jacques, frère de Jésus, premier évêque de Jérusalem.

L’apôtre Paul entre dans une colère qui marque toute l’épître aux Galates. L’objet initial de la colère est l’opposition entre Paul et les judéo-chrétiens, sur le respect de la loi et en partie sur les interdits alimentaires et la nécessité de la circoncision. Il est tout à fait possible que l’apôtre Paul, évangélisant les Galates, car il était immobilisé par la maladie, n’ait pas beaucoup insisté sur la loi, les interdits alimentaires et la circoncision, qui n’avaient qu’un intérêt limité dans sa vision de la foi en Christ, et car il évangélisait des paiëns. La colère de Paul est justifiée par le fait que les Galates ne se sont pas intéressé à la promesse de la Nouvelle Alliance des Evangiles, mais ont été troublés par la loi de l’Ancien testament.

Paul évoque alors la controverse d’Antioche (Actes 15), où il s’oppose à Pierre (Céphas), reprochant à Pierre de ménager la chèvre et le chou entre les païens et les judéo-chrétiens. Alors que Pierre mangeait avec les païens, donc sans respecter les interdits alimentaires de la loi, il s’éloigne des païens quand les judéo-chrétiens de Jacques arrivent à Antioche et jette le trouble chez les autres apôtres comme Barnabas (Barnabé). Paul lui reproche de jouer un double jeu et de « ne pas marcher selon la vérité de l’Evangile ». Il lui reproche de « contraindre les païens à se comporter en juifs » et il lui assène sa vérité théologique : « Nous savons cependant que l’homme n’est pas justifié par les oeuvres de la loi, mais seulement par la foi de Jésus Christ ».

La négation de la loi et la prééminence de la foi en Jésus Christ, témoin objectif de la grâce de Notre Seigneur, a eu des conséquences historiques majeures : Marcion, au II° siècle, s’en servit pour ne réunir dans son corpus théologique que l’Evangile de Luc et les Epîtres de Paul, éliminant l’Ancien testament, qu’il considérait comme l’oeuvre d’un dieu inférieur (démiurge). Paul aurait certainement banni cette interprétation : il considérait que la loi avait été accomplie par la venue du Christ, la croix et sa résurrection, et que désormais seule la foi en Christ était d’importance. Surtout ce texte des Galates fut considéré comme fondamental par les réformateurs et Martin Luther en particulier. Luther appelait l’Epître aux Galates son « épître favorite » car il trouvait dans le rejet de la justification par les oeuvres de la Loi un soutien pour son rejet du salut par les bonnes oeuvres. Comme le rappelle Daniel Marguerat, les confrontations de Luther avec les émissaires pontificaux furent même considérées (à l’époque) comme une reconstitution de la condamnation publique de Pierre par Paul au nom de la vérité de l’Evangile.

Paul aborde dans ce chapitre de l’Epître aux Galates un point fondamental de la théologie chrétienne : la justification par la foi. Il commence dans le premier chapitre de l’Epître aux Galates par relater son expérience personnelle. La rencontre de Dieu sur le chemin de Damas a transformé sa vie : Juif pieux et persécuteur des chrétiens, Dieu « qui m’a appelé par sa grâce, a jugé bon de révéler en moi son Fils afin que je l’annonce parmi les païens ». Il précise au chapitre deux : « Car moi, c’est par la loi que je suis mort à la loi afin de vivre pour Dieu. Avec le Christ, je suis un crucifié ». Cette affirmation de la justification de la foi explique la colère de Paul dans l’épître aux Galates : quand il respectait la loi, il avait perdu Dieu. Et revenir à la loi, c’est nier l’Evangile et nier la Croix du Christ.

Paul effectue un parallèle entre loi et chair d’une part et foi et esprit d’autre part. Le respect de la loi est attaché au monde, donc à la chair de l’homme, alors que la foi en Christ, la grâce de Dieu se rattachent à l’esprit. Paul l’exprime clairement « Avec le Christ, je suis un crucifié ; je vis, mais ce n’est plus moi, c’est Christ qui vit en moi ». La foi en Christ, unique témoin de la Grâce de Dieu, transforme le croyant, en véritable fils, en héritier, comme un fils d’Abraham (Galates, 4). La croix est l’image centrale de cette justification par la foi : chaque chrétien est crucifié et est fils en esprit. Et il conclut en excluant la loi de la foi : « car si, par la loi, on atteint la justice, c’est donc pour rien que le Christ est mort ». Les croyants ne sont donc plus sous la Loi, détruite par la Croix du Christ, mais dans l’Esprit, et ils sont donc appelés à se laisser conduire par l’Esprit et à en porter les fruits.

Paul nous livre aussi un message d’universalité : c’est Paul qui ouvre au monde entier l’universalité du message du Christ et de la foi. Il s’adresse à tous : l’accès à la justification par la foi est le même pour tous : Juifs, Grecs ou païens, esclave ou homme libre, homme ou femme, et donc ni la circoncision ni l’observance tatillonne de la loi mosaïque n’ont plus d’intérêt. La Grâce de Dieu est offerte à tous et c’est donc à nous de la recevoir et de l’accepter. Paul est le premier à avoir compris que la diversité d’origine des membres de la communauté des baptisés renforce leur unité dans l’Eglise.

L’apôtre Paul enfin oppose la servitude de la loi à la liberté, la vraie liberté qui est de vivre non plus pour soi mais que Christ vive en nous. Ce qui nous permet de vivre pleinement le grand commandement de Dieu : « aime ton prochain comme toi-même ». Dans cette phrase, on oublie souvent le deuxième terme : il faut certes aimer son prochain, mais aussi s’amer soi-même, ce qui va aussi à l’encontre de la loi tatillonne et restrictive. L’Ecriture apparaît le moyen pour le croyant de recevoir la Parole de Dieu et de vivre selon ses préceptes pour réaliser la promesse de la Nouvelle Alliance. C’est la liberté nouvelle opposée à la servitude du respect jusqu’à l’absurde de la loi. Nous ne pouvons que souscrire aux conclusions de l’apôtre Paul : « même en cherchant à être justifiés en Christ, nous avons été trouvés pêcheurs nous aussi ». L’homme reste imparfait, et nous sommes tous pêcheurs. La vraie liberté c’est de faire confiance en Christ, et d’essayer de vivre en aimant son prochain comme soi-même. Comme le dit Marcel Manoël : « Le vrai pêcheur, celui qui rate vraiment sa vie, c’est celui qui ne fait pas confiance au Christ et qui place son espérance et son salut ailleurs qu’au pied de sa croix. Ma liberté, c’est Christ en moi ». Grâce soit rendue au Seigneur pour qu’il nous justifie par la foi.

Amen.