Matthieu 10, 26-33 – Se reconnaître en Christ devant les homme

Prédication du dimanche 25 juin 2017 par le pasteur Evert Veldhuizen

Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour; et ce qui vous est dit à l’oreille,
proclamez-le sur les toits.
(Matthieu 10 verset 27)


Les derniers mois ont été marqués par des échéances électorales aux résultats surprenants.
Lors des primaires, les pronostics ne prévoyaient pas le paysage politique que nous connaissons
aujourd’hui. Et l’élection de Donald Trump était aussi inattendue que les résultats des
consultations lancées par les premiers ministres David Cameron et Theresa May.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Les analyses et commentaires font bon train. Une des pistes
suggérées pourrait se conjuguer avec le texte de l’Évangile. Il paraît que les réseaux sociaux sur
internet jouent un rôle réel dans la formation de l’opinion publique. Les internautes reçoivent chez
eux des impulsions qui impacterent (sic) leur comportement social. Ce qui est vue et entendu dans
l’intimité d’internet se reflète ensuite dans les urnes. Mais une comparaison serait bancale, car aux
urnes on s’exprime dans la discrétion. Dire en plein jour, c’est s’exprimer ouvertement. Et déclarer
sur les toits, c’est amplifier sa parole audiblement aux oreilles de tous et à la vue de tous. En effet,
Jésus préconise la proclamation pleinement assumée.

De quoi s’agit-il ? Regardons de près le contexte des propos de Jésus. Il vient de désigner les
douze disciples et leur a donnés l’autorité pour chasser les esprits impurs et guérir toute maladie
et toute infirmité. Avant d’envoyer les disciples en mission, Jésus leur donne des instructions, car
ils vont affronter un monde hostile. C’est compréhensible, parce que l’aspect surnaturel de leur
action va rompre avec les coutumes établis. Jésus n’évite pas la confrontation, même celle qui
mettra les siens en difficulté. Il ne recommande pas une approche douce et diplomatique
d’acculturation pour d’atteindre une sorte de consensus politiquement correct. Il prépare ses
envoyés au combat et galvanise leur moral.
Ne craignez pas les gens, leur dit-il. Mais que dit-il
exactement à ce sujet ?

Or, Jésus dit : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent pas tuer l’âme. Le
courage des disciples sera le même qui a galvanisé les âmes des prophètes comme Jérémie et les
martyres chrétiens, de ceux qui se sont battus pour la justice en son Nom de l’Antiquité jusqu’à nos
jours. Distinguant ici le corps et l’âme, Jésus ne raisonne pourtant pas selon la philosophie grecque.
Car il affirme en même temps la valeur intrinsèque de l’intégralité humaine selon le Père céleste.
Même les cheveux de votre tête sont tous comptés, dit-il. Jésus enseigne une anthropologie
holistique. Le contexte est particulier. Jésus va bientôt affronter l’hostilité qui l’amènera à la croix.
Préparant ses disciples à leur mission qui est également particulière, il les associe à la tension qu’il
vit lui-même. Ils puiseront dans l’image que Christ projette sur eux. Ils ont une valeur suprême aux
yeux de leur Père qui n’est autre que Dieu Lui-même.

L’image renvoie au récit de la Genèse selon lequel Dieu créa l’humain en son image.
L’anthropologie judéo-chrétienne est glorieusement valorisante. Dieu le Créateur nous reconnaît
comme semblables à lui, tellement qu’il nous reconnaît en Jésus-Christ son Fils comme ses propres
enfants. De quoi galvaniser les âmes des disciples envoyés en mission dans un monde qui, ne
comprenant pas, a déjà rejeté les prophètes et va rejeter le Christ, puis ses disciples, et tant

d’autres témoins qui ne se sont pas tus. C’est la réaction des gens à leur parole. Jésus les exhorte à
proclamer qu’ils le connaissent.
Quiconque se reconnaîtra en moi devant les gens, je me
reconnaîtrai moi aussi en lui devant mon Père qui est dans les cieux
. La mise en valeur de l’humain
est couronnée par la reconnaissance divine.

Faisons un détour en Amérique latine. Je m’intéresse à la croissance exponentielle du
protestantisme pentecôtiste là-bas. Comme historien j’essaie de tracer les événements. Des
sociologues se sont aussi penchés sur les phénomènes essayant de les expliquer. Selon certains, les
gens seraient attirés par cette façon d’être chrétien parce qu’elle valorise leur personne, qui va à
partir de cela se cultiver et monter l’échelle sociale. Je ferais dialoguer cette analyse avec
l’anthropologie chrétienne. Sinon elle serait d’ordre matérialiste, réducteur. Car l’humain est plus
complexe que l’individualité qui réussit et l’identité qui sécurise. Au fait, Jésus souligne la valeur
qu’est dans l’intégralité de l’être humain qui se reconnaît en lui. Se reconnaître en Christ est plus
qu’une affaire personnelle. Elle trouve son inspiration initiale dans l’intimité, certes. La foi se vit
dans le secret du for intérieur et chuchote dans l’oreille. Mais Jésus va plus loin. Reconnaissez-moi
devant les gens. Dites-le en plein jour, proclamez-le sur les toits.

Comment appliquer l’instruction de Jésus donnée dans des circonstances particulières ?
Devons-nous la prendre comme une information qui nous aiderait à comprendre les origines
chrétiennes ? Comme une histoire d’une époque dont il est un reflet conditionné ? Ou comme
quelque chose qui concerne notre vie d’aujourd’hui dans la France en cette année 2017 ?
L’exhortation de proclamer en public nous interpelle au-delà les libertés de conscience et
d’expression selon les Droits de l’humain. Légalement nous avons le droit de déclarer que nous
nous reconnaissons en Christ.

Si nous avons le droit légal, nous avons cependant deux problèmes d’ordre mental. Le premier est
l’interprétation erronée de la laïcité française. Perverse et qualifiée de « laïcarde », elle se fait
hostile à toute manifestation religieuse sur la place publique. Confrontés à cette opposition
ridicule et dangereuse, nous pouvons peut-être nous faire inspirer par les exhortations de Jésus :
Ne craignez pas, reconnaissez-vous en moi publiquement devant les gens. Le second problème est
l’autocensure. Paradoxalement, l’autocensure qui nous guette est contraire à l’auto-réalisation tant
quêtée. Mais de grâce, ne nous taisons pas ! Parler est engendrer. Le Créateur dit et la réalité vint,
Dieu parle et l’humain reçoit la vie. Comme les disciples, reconnaissons-nous en Christ devant les
gens – en lui qui nous reconnaît devant le Père.

Terminons en paraphrasant une prière : Seigneur Jésus-Christ, reconnais-nous devant le
Père, comme nous te reconnaissons devant les hommes.
Amen !

Jean 20, 19-23 – Pentecôte, souffle de Dieu, souffle du Christ

Prédication du dimanche 4 juin 2017 par le pasteur Evert Veldhuizen

Jean 20 : 19-23 Le soir de ce jour-là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes
de l’endroit où se trouvaient les disciples étaient fermées, par crainte des Juifs, Jésus vint ; debout
au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous ! Quand il eut dit cela, il leur montra ses
mains et son côté. Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. Jésus leur dit à nouveau : Que la
paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après avoir dit cela, il
souffla sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit saint. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci sont
pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils sont retenus.


Pour ce culte de Pentecôte au temple du Saint-Esprit nous est proposé de méditer ce
passage de l’Évangile selon Jean. Restant près du récit, nous ferons chemin faisant des allusions à
l’actualité.

Les disciples se cachent, ils ont peur. Facile de comprendre, car on les cherche pour les
forcer à se taire. Ils avaient déclaré que Jésus est ressuscité, mais les pouvoirs n’en veulent pas
entendre parler. Il n’est hélas pas rare que la liberté d’expression se trouve en péril. Dictateurs et
autres oppresseurs ont mis hors état de nuire des propos qui leur déplaisaient – et certains le font
encore aujourd’hui. Violemment ou subtilement ils musellent les voix ou manipulent les témoins à
l’autocensure. Voyons le cas des disciples. Lorsqu’ils se cachent leur voix n’est plus entendue.
L’Évangile est alors inaudible. Ce peut être une image de la société faite de circonstances injustes
qui finissent par se banaliser. Les maux nous envahissent tant que nous nous y habituons comme si
c’était normal. Eh oui, c’est la vie. Mais c’est a-normal que nos repères comprennent les maux, que
nous nous habituons à un univers trompé qui, avec ses menaces, perversement nous sert comme
l’ensemble de nos repères.

Or, c’est dans de telles circonstances que Jésus apparaît. Brisant la fatalité qui retenait les
humains, il fait irruption dans l’Histoire qui semblait figée. Le Christ crée l’Événement et il change
la donne.
Que la paix soit avec vous, dit-il. Jésus n’apparaît pas pour ajouter une peur à celle qui
les hante déjà. Il vient pour les rassurer à son sujet, et par là à leur propre état au sein-même des
circonstances.
Il montre son corps, non, il n’est pas un fantôme. Reconnaissant le Seigneur, les
disciples sont remplis de joie. Voyez, l’auteur emploie ici un verbe-clef pour marquer Pentecôte,
c’est le verbe « remplir ».

Sont-ils remplis d’une joie excitante ? Non, car Jésus répète : Que la paix soit avec vous. La
résurrection de Jésus-Christ est plus qu’ excitante, elle est une source profonde d’où jaillissent joie
et paix. Cette paix éclaire autrement la violence de la Croix. Elle inspire en nous une sérénité qui
nous arme face aux circonstances. Elle est un composant de l’espérance chrétienne qui émane de
la résurrection.
Les disciples n’ont pas le temps pour s’y habituer. L’événement les lance aussitôt
dans une aventure de la foi.
Je vous envoie dit Jésus. Ils vont dans le monde pour témoigner de la
résurrection du Christ. Mais ils n’y vont pas seuls, le Saint-Esprit leur sera donné pour les
accompagner. En effet, Jésus souffle sur eux, à l’image du Créateur insufflant vie en la matière
inanimée. La création est régénérée.

Et Jésus dit : Recevez le Saint-Esprit. Parole étonnante, qui nous invite à une réflexion
théologique priante. Que signifie de recevoir le Saint-Esprit ? La théologie du Saint-Esprit est chère
à mon cœur. A la première Pentecôte, l’Esprit descendit sur les disciples et ils furent dès lors
capables d’annoncer l’Évangile de Jésus-Christ avec puissance dans le monde. L’Esprit donné et
reçu inspire et envoie. Mais le Saint-Esprit ne s’enferme pas dans une définition unique, ni dans un
seul événement. Déjà selon la seconde phrase du récit de la Création, le Saint-Esprit volait audessus la terre encore informe. Où était l’Esprit entre-temps ? Absent jusqu’au Jour de Pentecôte ?

Certainement pas, parce que les Écritures font état de sa présence et de son œuvre parmi les
Israélites, chez leurs rois et prophètes. Que signifie alors cette Pentecôte ? C’est un événement qui
marque un nouveau départ. La venue du Saint-Esprit déclenche l’expansion chrétienne. C’est une
première qui implique de nombreuses suites.

Encore de nos jours des pentecôtes succèdent à l’initiale. Tenant à cœur d’en être témoin,
je me intéresse en Amérique latine, où les églises de type pentecôtistes se multiplient de façon
exponentielle. J’en parle avec émotion ici dans ce temple du Saint-Esprit. Car pour moi l’œuvre de
Dieu n’est pas réduite à la seule forme qui nous soit familière. Il est avec nous, comme il peut être
aussi avec d’autres. Le souffle de Dieu anima la matière qui se mit debout et se lança dans une
aventure de la vie avec Dieu sur terre. Comme le souffle de Jésus sur ses apôtres anime leur foi et
les lance dans le monde. Mais on s’habitue à tout, même à ces phénomènes. C’est le problème des
seconde et troisième générations. Cependant, ce problème peut être salutaire, car il prépare le
terrain au pentecôte suivant…

Que ce culte soit une célébration d’action de grâces et de louanges. Recevons et pratiquons
l’espérance jaillissant de la résurrection de Jésus-Christ notre Seigneur. Et louons Dieu en Esprit et
en Vérité…
Amen !

Jean 9, 1-12 et 35-38 – un aveugle-né reçoit la vue

Prédication du dimanche 26 mars 2017, par le pasteur  Evert Veldhuizen

Jésus passe par l’endroit où l’aveugle-né se tient pour mendier. Il crache par terre et fait de
la boue avec sa salive qu’il applique sur les yeux de l’aveugle. Il l’envoie à se laver. L’aveugle se lave
et il voit clair. Plus tard, Jésus va à sa rencontre. L’homme le voit. Et suite à la parole de Jésus, il voit
en lui le Fils de Dieu. L’homme croit la parole de celui qu’il… voit !

Après ce résumé nous tentons maintenant d’esquisser un portrait des protagonistes,
commençant avec le non-voyant. Privé de la vue, il n’a rien vu dans sa vie, étant né aveugle. Il n’a
jamais vu les visages de ses parents, de ses frères et sœurs. Il n’a jamais vu les paysages naturels et
urbains. Il n’a jamais vu la lumière, les couleurs, les nuances, la lune, les étoiles. Sans métier et
sans emploi, il mendie au bord de la route. Un abîme le sépare des autres qui voient. Par l’absence
de vision chez lui, bien sûr, mais aussi, et plus encore par l’absence de compréhension chez les
autres. Car les aveugles ne sont pas condamnés à l’exclusion, et cela grâce au développent
supérieur de leurs autres sens, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le goût. Ils peuvent se déplacer, exercer
des métiers, créer des œuvres d’art. Nous nous souvenons de la voix de Ray Charles qui a bercé
notre enfance. Et celle du ténor italien Andrea Bocelli qui éblouit de millions par sa pureté. Ou
encore le chanteur et activiste français Gilbert Montagné – et bien d’autres aveugles remarquables
par leur talents et leur détermination.

Beaucoup dépend des ressources mentales de la personne elle-même, mais aussi de la
compréhension et la solidarité inventive de l’entourage. L’aveugle-né dans ce récit de l’Évangile de
Jean n’est pas seulement privé de la vue, il est aussi démuni mentalement. On ignore pourquoi,
peut-être parce qu’il est incompris, mal-aimé et exclu de la société dite « normale ».

Cette histoire se situe dans un contexte particulier. L’Évangile raconte que Jésus est en train
d’expliquer le sens de sa mission à ses disciples et aux foules. Mais eux ne comprennent pas, ils ne
voient pas de quoi il parle. Jésus utilise des métaphores pour éclairer ses propos : « Je suis la
lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres. La vie est la lumière des
êtres humains, lumière qui brille dans les ténèbres. » Lumière et ténèbres, deux antagonistes mis
en exergue par l’Évangile. Les Réformateurs s’en sont inspirés avec la locution
post tenebras lux,
lumière après les ténèbres. Un usage propice pour qualifier le passage merveilleux des ténèbres de
l’ignorance médiévale à la lumière salutaire des Écritures. L’histoire de l’aveugle-né qui reçoit la
vue est insérée dans une réflexion sur le sens de la mission messianique. Le fait que leurs chemins
se croisent n’est pas du hasard, mais un signe servant à éclairer les propos de Jésus.

Jésus parle, mais son audience ne saisit pas le sens de son discours. Parler c’est décrire.
Mais la description d’une chose n’est pas la chose elle-même. Une description sollicite les
différents imaginaires, de celui qui parle et de ceux qui écoutent. Mais l’imaginaire est subjective
et pas toujours éclairé. L’audience qui ne comprend pas paraît… aveugle… Il s’agit d’un motif clef
dans l’Évangile selon Jean. Jésus voit le sens de sa mission, mais il est le seul qui le voit, les autres
qui ne comprennent pas sont comme aveugles.

L’aveugle-né n’est donc pas le protagoniste principal de cette histoire. Il est une représentation d’autres aveugles. L’Évangile les identifie, il s’agit de toute l’humanité qui, aveugle, demeure dans les ténèbres de l’ignorance. Oui, le protagoniste principal de cette histoire est l’humanité, représentée par l’aveugle-né. Son agnosie visuelle est un image de la cécité spirituelle de l’humanité ignorante. En lui donnant la vue, Jésus montre qu’il est venu dans le monde pour donner de la
vue spirituelle aux humains. Le fait qu’il s’agit d’un aveugle-né nourrit la théologie de l’apôtre Paul,
des Pères de l’Église et des Réformateurs. Comme l’homme était né avec une absence de la vue,
chacun naît avec un besoin de lumière. Force est de constater qu’aucun être humain n’échappe à
l’obscurité du mal. Paul n’y va pas par quatre chemins. Toute l’humanité est perdue, dit-il, point !
Jésus ne le dit pas de façon si brutale, mais l’idée est très présente dans l’Évangile. Or, qui dit
évangile, dit bonne nouvelle. L’histoire de l’aveugle-né à qui la vue est donnée prend tout son
ampleur merveilleux ! La narration met en scène un message qui la transcende. Jésus donnant la
vue physique à un homme est un image du Christ donnant lumière spirituelle à l’humanité.

Comment voir cette lumière pour soi-même et comment la faire éclairer notre
monde d’aujourd’hui ? Eh bien, ces questions sont abordées en particulier lors du Carême.
Cheminant dans le temps vers Pâques, nous méditons les conditions humaines afin de mesurer
leur état misérable. Nous constatons des errements et des échecs. Nous subissons les conflits dans
les familles, les voisinages, partout. Nous déplorons les guerres, les inégalités, les hostilités, et les
faits divers qui font la une des journaux. La stabilité des institutions semble menacée. L’affluence
de réfugiés divise les citoyens. Beaucoup de contemporains s’inquiètent. L’avenir s’annonce moins
prometteur aux jeunes d’aujourd’hui qu’il parut à notre génération.

Que faire ? Beaucoup de solutions sont proposées en ce temps d’élections, c’est normal.
Mais aucune véritable solution est proposée comme remède au mal en tant que tel. Cela aussi est
normal, parce que ce problème-là dépasse les hommes. Nous sommes comme aveugles dans ce
domaine. Mais le Christ donne la vue. Et ce n’est pas tout. Jésus va à la rencontre de l’homme qui
ne le connaissait pas. Partant se laver, il n’avait pas encore vu le visage de Jésus. L’Évangile relate
une seconde rencontre, la véritable, car c’est alors que l’homme voit et reconnaît en son bienfaiteur le Fils de Dieu. Aveugle, il entendait Jésus parler, désormais il le voit et reconnaît le Christ.

Ceux qui entendaient Jésus parler restaient encore aveugles sur le sens de sa parole. Puis le
Christ leur donne la vue spirituelle dans une rencontre – d’où émane la merveilleuse confession de
foi que Jésus est Seigneur !
Amen.

Luc 19, 1-10 – de la transmission à la transformation

Prédication du dimanche 30 octobre 2016, par le pasteur  Evert Veldhuizen

C’est la Fête de la Réformation. Nous protestants y tenons pour nous rappeler chaque
année les événements de la Réforme du 16
e siècle. Car nous devons beaucoup à ce mouvement de
renouvellement, qui fit naître une manière vraiment moderne d’être chrétien, d’être Eglise.
Cette année précède au cinq-centenaire de la Réforme. L’affichage des 95 thèses de Luther
sur la porte de l’église de Wittenberg en 1517 est considéré comme l’acte déclencheur de ce grand
mouvement qui a reformé la chrétienté et transformée la civilisation européenne. Ce cinq-centenaire suscite plusieurs célébrations, notamment par le programme mis en place par la Fédération Protestante de France. Ces célébrations auront pour thème fédérateur : « La fraternité ». Chaque commémoration s’accompagne d’analyses et de bilans. Comment les protestants ont-ils évolué pendant les cinq siècles ? Que sont-ils devenus, et que reste-t-il aujourd’hui de ce Mouvement qui a profondément marqué des nations entières du Vieux Continent ?

Ces questions m’intriguent car je me sens concerné personnellement. Mes racines
réformées remontent aux années 1580. Le mariage du curé de notre village au centre des Pays-Bas
marqua l’aboutissement d’un processus lent qui avait commencé cinquante ans plus tôt. Mes
racines ne m’ont pas pour autant figé. La Réforme prône le devise
semper reformanda, la
réformation perpétuelle. Or, j’ai accepté d’être réformé au sens dynamique du terme. Comme un
pèlerin, j’ai traversé deux des façons principales concernant la façon de devenir chrétien.
Une façon est inspirée de l’Ancien Testament, selon laquelle la foi se transmet de père en
fils, de mère en fille, de génération à génération. La clef est la fidélité à la Tradition et à la
transmission systématique. L’autre façon est inspirée plutôt du Nouveau Testament, selon laquelle
l’être humain naît de nouveau. Il s’attache à Jésus, révélé à lui comme son Sauveur. Il part à la suite
de Christ qui est désormais son Seigneur.

Et cela nous amène à Zachée. Voilà un homme qui cherche une réponse à sa quête existentielle. Car Zachée ne se considère pas accompli quant à sa vie spirituelle, sa piété, et ses rapports à
Dieu. Cet homme est à la recherche, et son histoire comporte pour nous un immense espoir. Parce
que nous réformés – et aussi nos frères et sœurs luthériens – constatons depuis environ deux
générations maintenant que la transmission de génération à génération ne fonctionne plus.
Les uns se culpabilisent. Les autres s’estiment victimes d’une rupture de la civilisation. Car
la génération des baby-boomers a en effet tourné le dos aux traditions religieuses. Les huguenots
contemporains partagent ce même sort avec d’autres communautés protestantes. Il est humainement compréhensible que l’on regrette la disparition des formes de piété et de vie religieuse dont
nous avons reçu les bienfaits. Mais ce n’est pas la fin du monde ! Au fait, il existe une alternative.

C’est qu’illustre Zachée qui cherche quelque chose, quelqu’un. Il sait qu’il doit y avoir une
réponse à sa quête existentielle. Il entend parler de Jésus. Il se demande si ce Jésus peut l’aider à
trouver les réponses. Mais Zachée ne sait pas précisément quelles sont ses questions. Il cherche
sans savoir quoi ou qui. C’est embarrassant. Est-ce la raison pourquoi il se cache dans un arbre,
jouant un peu le rôle de voyeur ? Peu importe les apparences, l’essentiel est dans la quête-même
de l’homme. Et il est aussi merveilleux que mystérieux que Zachée reçoit une réponse à sa quête.
Jésus l’aperçoit, lui parle et s’invite chez lui !

Mon émerveillement bute ici sur une question douloureuse qui me hante et pour laquelle
je n’ai jamais trouvé de réponse satisfaisante. Zachée cherche. Et il trouve, ils se trouve lui-même.
La réponse à sa quête existentielle est en quelqu’un, Jésus le Christ. Zachée trouve, mais pas tous
les humains qui ont cherché attestent avoir trouvé. Les uns acceptent cela comme une façon de
vivre leur foi par une tension entre espoir et doute. D’autres témoignent d’une expérience qui a
changé leur existence. Mais pourquoi les uns et pas les autres ? Je l’ignore et dois m’incliner
devant la souveraineté de Dieu et ma manque de connaissance dans l’intimité profonde d’autrui.
Revenons sur l’état des lieux de nos chères communautés protestantes. La plupart d’entre
nous sommes issus nous-mêmes de la vieille tradition qui est celle de la transmission fidèle de
génération à génération. Force est de constater qu’elle s’essouffle. Il nous reste heureusement
l’autre dynamique, celle qui génère de la recherche dans le secret du cœur, et suscite des
rencontres existentielles qui transforment la vie…

L’histoire de Zachée porte un message d’espoir, qui peut être reçu comme un souffle
d’espérance pour l’avenir. L’espoir et l’espérance que la tradition protestante n’est point
condamnée à disparaître. Au contraire, elle a un avenir radiaux , parce qu’elle est appelée à vivre
toujours réellement le
semper reformanda, en acceptant de passer de la tradition de transmission
à celle de la transformation.

Jésus-Christ nous regarde, il nous invite à quitter nos cachettes et de le faire entrer chez
nous. Chers amis, cela change tout ! Et les prochains cinq siècles verront des protestants chercher,
et trouver, et s’épanouir, et porter un formidable témoignage chrétien aux générations futures !
Sola scriptura, sola gratia, sola fide, et surtout : Soli Deo Gloria !

Amen !

Luc 18, 9-14 – du gâchis et du gain

Prédication du dimanche 23 octobre 2016 par le pasteur Evert Veldhuizen

La parabole du pharisien et du collecteur d’impôts est parfois prise comme une leçon de
morale. L’autosatisfaction orgueilleuse est condamnée et l’humilité approuvée. Ce serait la morale
de l’histoire. Je pense que la parabole va plus loin que ça. Et je voudrais retenir notre attention sur
la confession du collecteur d’impôts :
Je suis un pécheur.

Le péché, voilà un thème important dans les Écritures. Thème délicat mais incontournable,
car il est au cœur des récit des Origines, de l’Alliance de Dieu avec le peuple élu, de l’Évangile de
Jésus-Christ… Mais l’a-t-on compris ? Non. Pour nos contemporains, parler du péché est faire de la
morale d’une façon que l’on rejette aujourd’hui. Au fait, on réprouve l’approche moraliste héritée
du catholicisme tridentin. Ce moralisme a été gravé dans les mentalités. Difficile de s’en défaire.
Dans ce contexte conditionné, le terme péché sonne mal dans les oreilles des contemporains.
Comme dans nos oreilles de protestants !

Or, je plaide pour une autre approche. Nous avons relevé des éléments historico-religieux
français. Pourquoi ne pas avoir recours à d’autres cultures pour approcher le thème par un
angle différent… ? Comme mon accent ne cache pas, je suis d’origine néerlandaise. Né aux PaysBas, ma langue maternelle est le néerlandais. Mon parcours me permet donc de vous proposer un autre regard sur ce texte biblique.
En néerlandais, le mot péché se dit
zonde. Dans un contexte
religieux, ce mot a le même sens péjoratif qu’en français. Là les deux langues se ressemblent. Mais
l’étymologie du mot
zonde en néerlandais a encore un autre sens, qui est totalement distinct du
sens religieux et moraliste. Lorsqu’un néerlandais dit :
Wat zonde ! ça fait en français : Quel gâchis !
Je manque un rendez-vous important, quel gâchis ! J’investis dans un projet qui échoue, quel
gâchis ! Chacun connaît le sentiment pénible de déception et de frustration quand quelque chose
s’avère du gâchis. J’aimerais profiter de l’étymologie néerlandaise pour définir autrement la notion
de péché. Prenez Adam et Eve qui mangent de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils se
trouvent dénudés, expulsés du Jardin d’Éden, éloignés de Dieu. C’est du gâchis, n’est-ce pas ?

Le pharisien s’estime moralement méritoire, mais en réalité il passe à côté du véritable sens
de la Parole de Dieu, de la grâce, du pardon, de l’humilité voulue par Jésus… Ignorant, il se trompe.
Oui, quel gâchis ! Nos contemporains sont habités des valeurs humanistes, voltairiennes et laïques.
On tient à la liberté d’expression, l’égalité, la fraternité. Mais que sait-on de Dieu, de son amour, sa
grâce, sa bonté ? Rien ou peu ? L’ignorance du public en matière de l’Évangile est du gâchis ! L’idée
que la vie spirituelle est une affaire privée fait l’économie de la dimension sociale de la foi qui relie.
Quel gâchis ! L’éjection de la religion hors de l’espace public est comme l’amputation d’un organe
vital. Quel gâchis ! Cependant, le gâchis sous-entend son opposé, qui peut se définir par le terme
gain. Grâce aux Écritures, je connais le Dieu Créateur, quel gain ! Nous bénéficions de l’Alliance que
Dieu conclut avec nous, quel gain !

L’Esprit de Dieu nous sort de l’ignorance, il nous éclaire et nous attire vers Jésus, quel gain !
Et Christ lui-même nous conduit dans une relation avec Dieu qui est amour, bonté, justice, paix…
Ô, quel gain ! Recevoir la foi et la vivre, c’est gagner en grâce, celle qui élimine le gâchis, le péché.
Mais attention à l’usage du terme gain hors de ce contexte. Car dans un autre contexte, le terme
gain peut tromper.

Après vous avoir amenés aux Pays-Bas, faisons maintenant un tour au Brésil. Or, les
Brésiliens ont connu l’élan de la théologie de la libération. À présent certains sont attirés vers la
théologie de prospérité. C’est une perversion de la notion évangélique du gain. Selon les
défenseurs de la théologie de prospérité, la foi est comme un mécanisme profitable. Par la foi on
peut se procurer une bonne santé et des richesses matérielles. Ce n’est certainement pas ce que
l’apôtre Paul envisageait lorsqu’il confessait aux Philippiens :
Christ est ma vie et mourir représente
un gain
. Le gain évangélique est synonyme à mourir à soi, c’est à dire se remettre à Dieu en Christ
et renoncer à compter sur sa propre justice.

Ce fut l’état d’esprit de notre frère dans la foi, le collecteur d’impôts. Il mourut, pas littéralement
comme des extrémistes kamikazes, non, il mourut consciemment à lui-même afin de vivre
et de construire. Le texte ne précise pas ce qu’il devint, mais la teneur de l’Évangile fait le deviner.
Le pécheur, ayant pris conscience du gâchis de sa vie s’est tourné vers Dieu dans un esprit de
repentance. Se repentir, c’est se détourner du gâchis pour s’orienter vers le gain qu’est Jésus-Christ.

Frères et sœurs, Jésus nous adresse par cette parabole une invitation. Et il nous exhorte à
renoncer à tout ce qui relève finalement du gâchis – pour chercher le gain suprême et unique :
Jésus-Christ le Seigneur ! Amen !