Esaïe 40, 1-11 et Marc 1, 1-8 – A la recherche du péché perdu

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 10 décembre 2017

Dimanche dernier, en sortant du culte spécial Luther, un membre éminent de notre communauté m’interpellait fraternellement en me disant : j’ai beaucoup aimé ce culte mais quand même, vous n’avez pas parlé de la Grâce ! Quelle surprise pour moi qui avais le sentiment et la ferme intention de ne parler que de cela. Visiblement, je n’avais pas été suffisamment explicite. Alors dans sa grande bonté, le Seigneur m’a donné l’occasion rêvée de me rattraper, une seconde chance en quelque sorte en nous donnant de partager autour des tout-premiers mots de l’Evangile de Marc : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu.

Une Bonne Nouvelle… Permettez-moi de vous raconter cette petite histoire d’une mère qui rentre dans la chambre de sa fille qu’elle trouve vide. Sur le lit une lettre, qu’elle ouvre, fébrile, imaginant le pire :

« Maman chérie, Je suis désolée de devoir te dire que j’ai quitté la maison pour aller vivre avec mon copain. Il est l’amour de ma vie. Tu devrais le voir, il est tellement mignon avec tous ses tatouages et son piercing et sa super moto. Mais ce n’est pas tout ma petite maman chérie. Je suis enfin enceinte et Abdoul dit que nous aurons une vie superbe dans sa caravane en plein milieu des bois. Il veut beaucoup d’enfants avec moi, c’est mon rêve aussi. Je me suis enfin rendu compte que la marijuana est bonne pour la santé et soulage les maux. Nous allons en cultiver et en donner à nos copains lorsqu’ils seront à court d’héroïne et de cocaïne pour qu’ils ne souffrent pas. Entre-temps, j’espère que la science trouvera un remède contre le sida pour qu’Abdoul aille mieux. Il le mérite vraiment tu sais. Ne te fais pas de soucis pour moi maman, j’ai déjà 13 ans, je peux faire attention à moi toute seule. Et le peu d’expérience  qui me manque, Abdoul peut le compenser avec ses 44 ans. J’espère pouvoir te rendre visite très bientôt pour que tu puisses faire la connaissance de tes petits enfants. Mais d’abord je vais avec Abdoul chez ses parents pour que nous puissions nous marier. Comme ça ce sera plus facile pour lui pour son permis de séjour. Ta fille qui t’aime.

Post Scriptum : J’ai une bonne nouvelle pour toi, ma petite maman chérie, je te raconte des bêtises, je suis chez les voisins ! Je voulais juste te dire qu’il y a des choses bien pires dans la vie que le bulletin scolaire que tu trouveras sur ta table de nuit. Je t’aime. »

J’ai une bonne nouvelle pour toi, ma petite maman chérie… Je veux bien la croire ! Au fond, qu’est ce que c’est qu’une « Bonne Nouvelle » ? Spontanément, on aurait tendance à dire que c’est une information qui nous fait du bien, comme dans le cas du Post Scriptum de la lettre qui soulage grandement la mère qui le lit. Une bonne nouvelle vient combler un manque, un besoin, une attente, un espoir. Elle vient ouvrir une porte, indiquer une direction nouvelle, créer un chemin par-delà les obstacles qui paraissent parfois insurmontables. Elle procure soulagement, joie et bonheur pour son bénéficiaire. Et bien l’évangile de Marc commence en affirmant que cette histoire qui va être racontée de ce Jésus est une Bonne Nouvelle. Mais en quoi l’existe de Jésus est une bonne nouvelle ? Qui est concerné par cette bonne nouvelle ? C’est une question importante : En quoi Jésus est-il une bonne nouvelle pour nous ?

Posée de manière abrupte, la réponse est loin d’être évidente. Elle demande un temps de réflexion et de préparation. C’est là toute la fonction du messager annoncé par Esaïe : Voici j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin… Malgré le fait qu’on nous présente un prédicateur mal fagoté, vêtu de poil de chameau comme les prophètes, qui parle dans le désert de nos vies, la mission de Jean-Baptiste consiste justement à faire en sorte que la venue de Jésus Christ Fils de Dieu soit une bonne nouvelle.

Que fait-il pour remplir sa mission ? Il offre ce que le Temple de Jérusalem n’est plus en mesure d’offrir ­— et étant donné la récente déclaration du président des Etats Unis d’Amérique, ce n’est pas près de s’arranger ! Remettons-nous dans le contexte de l’époque. Pour Jean-Baptiste et les esséniens chez qui il a suivi sa formation, le Temple de Jérusalem est souillé depuis que le Grand Prêtre n’est plus un descendant d’Aaron mais une marionnette entre les mains des Romains. Les sacrifices ne sont donc plus en mesure d’accomplir leur double fonction de nettoyer le péché et de rétablir la communion avec Dieu. Les esséniens se sont donc retirés dans le désert, créant des communautés coupées du reste du monde, offrant par la prière des sacrifices des lèvres, se plongeant chaque jour dans l’eau pour y être baptisés, purifiés avant d’entrer dans la Salle du Royaume, comme ils l’appellent, et manger à la table du Maître de Justice. Mais Jean-Baptiste ne se satisfait pas de cette attitude sectaire. Il va quitter la communauté pour offrir à tous la possibilité de changer de vie, d’être nettoyé du péché pour que chacun soit en mesure d’entrer en communion avec Dieu. Et Marc nous raconte que Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser dans le Jourdain en confessant leurs péchés. Visiblement ils avaient reçu le message comme une bonne nouvelle… Qu’en est-il de nous ? Sommes-nous sensibles au message de Jean-Baptiste ? Il semble que non. Pour en avoir discuté longuement ce mercredi à la réunion du groupe des jeunes actifs, confesser son péché, se purifier, changer de vie, se convertir… tous ces mots sont devenus, soit totalement incompréhensibles et étrangers à leurs préoccupations, soit même un obstacle, une réticence forte devant ce qu’ils estiment même potentiellement dangereux… Je ne leur jette pas la pierre : je pense sincèrement qu’ils sont parfaitement représentatifs de nos contemporains qui refusent désormais pour la plupart cette notion de péché.

Et c’est là notre problème : pourquoi diable voulez-vous que je puisse avoir besoin de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ si je ne sais pas que je suis pécheur ? A quoi sert d’annoncer la grâce à quelqu’un qui ne se sent pas fautif et qui n’a pas le sentiment d’avoir besoin de Dieu. Pas besoin d’être sauvé si je ne me sens pas perdu ! Sans la conscience du péché, je peux vivre tranquillement ma vie en faisant abstraction de l’hypothèse Dieu. Jésus Christ est sans doute une Bonne Nouvelle mais pas « pour moi », je ne me sens pas concerné…

En fait, la situation est sans doute plus subtile que celle que je caricature. A dire vrai, j’entends dans les églises, y compris dans la nôtre, deux manières opposées, presque en miroir, de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.  D’un côté, j’entends un vibrant appel à la liberté, à la tolérance pour tous et à l’accueil inconditionnel, un message humaniste, plein de bons sentiments et d’intelligence, mais dont on peut légitimement se demander ce qu’il a de spécifiquement chrétien. Ne serions-nous pas en train de confondre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ avec ce que tous les hommes de bonne volonté peuvent dire sans avoir nul besoin de la foi chrétienne ? En fin de compte, ne sommes-nous pas en train de rendre le christianisme inutile et superflu par dilution dans le monde ? De l’autre côté, en miroir disais-je, nous entendons parfois une violente dénonciation du monde, qui serait sous la colère de Dieu, une colère contre un monde totalement perdu parce que sous l’emprise du péché et qui nécessiterait de s’en séparer au plus vite. Cette fois, ne sommes-nous pas en train de provoquer une attitude sectaire de l’Eglise ? En fin de compte, ne sommes-nous pas, ici aussi, en train de rendre le christianisme inutile et superflu puisqu’il aurait renoncé à changer le monde ? Faut-il rappeler que Dieu aime le monde et que, si nous suivons le Christ, il n’a pas décidé de sortir du monde mais bien d’y naître pour le transformer et le sauver ? Faut-il rappeler que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (Jean 3,17)

En fait, il faut comprendre que ce que Jean-Baptiste nous propose n’est pas une culpabilisation et encore moins un chantage qui utiliserait la peur pour nous faire changer de vie. Jean-Baptiste ne fait que désigner l’Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde (Jean 1,29) en nous rappelant que c’est précisément à l’endroit où le péché est à l’œuvre pour nous blesser et nous détruire que Dieu décide d’agir et de faire grâce. Autrement dit, la grâce de Dieu est toujours exactement ciblée et adaptée à la forme prise par le péché au cours de l’histoire des hommes. Et toute la vie de Jésus, ses paroles, ses actes, sa mort et sa résurrection, dévoile les différentes modalités de la Grâce. Comme le dit l’apôtre Paul : Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.

  • Si le péché est vécu comme une maladie (mal-être), la grâce de Dieu intervient par Jésus le médecin qui guérit toute maladie et toute infirmité. Les chrétiens d’Orient parlent du salut comme une guérison, une restauration.
  • Si le péché est vécu comme une peur de l’enfer et une culpabilité comme au temps de la Réforme, la grâce de Dieu agit comme un pardon immérité donné aux hommes sur la Croix (Pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font. Luc 23,34) et le salut est reçu comme une justification gratuite (déclaré juste).
  • Si le péché prend la forme d’un conflit, d’une déchirure avec Dieu, avec les autres ou avec nous-mêmes, la grâce de Dieu se dévoile à la croix comme un amour qui nous réconcilie avec Lui (En ceci Dieu prouve son amour pour nous (…) Quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils. Romans 5,10 Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! Jean 13,34) et le salut se vit comme un apaisement : Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. (Jean 14,27).
  • Si le péché est vécu comme une aliénation, un emprisonnement, une possession, la grâce de Dieu est vécue comme une libération (Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi. Galates 3,13 – Cf. les théologies de la libération).
  • Si le péché est vécu une vie marquée par l’absurde et le non-sens, la grâce de Dieu retentit comme un appel à suivre le Christ (Viens, suis-moi ! Mc 10,21) et le salut est vécu comme une vocation, un appel à entrer dans le plan de Dieu.
  • Si le péché est vécu comme une puissance de mort (Cf. Lazare. Jean 11), la grâce de Dieu s’expérimente comme un amour plus fort que la mort (Jean 3,16) et le salut reçu comme une résurrection (Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. Romains 6,5)

Si à chaque forme particulière du péché correspond une forme particulière de grâce, le fait qu’aujourd’hui la grâce soit devenue incompréhensible et inutile n’est que le symptôme que nous sommes devenus aveugles et sourds au péché qui structure le monde d’aujourd’hui. De fait, il semble que nous ne parvenons plus à discerner l’emprise du péché sur le monde et sur notre vie. Moi je crois que l’Eglise est contaminée par un aveuglement, une cécité de l’âme qui la rend incapable de discerner la souffrance du monde et la forme prise par le péché aujourd’hui. Ce constat explique pour partie la perte d’intérêt de nos contemporains et de nos enfants pour les Eglises et leur message. Pourquoi venir au culte si on ne dit rien de pertinent sur la réalité du monde d’aujourd’hui, si ça ne change pas nos vies, si ce n’est pas une véritable Bonne Nouvelle ? Les temples vides ne seraient alors que les symptômes de la vacuité de la prédication qui n’aurait plus rien à dire sur le monde tel qu’il va. Devenus aveugles et incapables de discerner la réalité du péché aujourd’hui, les chrétiens en sont venus, à leur corps défendant, à collaborer avec lui puisque c’est une structure qui façonne d’autant plus le monde qu’il n’y a personne pour dévoiler son emprise. C’est le principe du refoulement et de la dénégation décrit par la psychanalyse : l’inconscient est d’autant plus puissant qu’il est justement inconscient et donc qu’il échappe à toute maîtrise.

Je crois que l’Eglise devrait essayer d’ouvrir les yeux si elle veut retrouver sa pertinence et sa vocation dans le monde. Elle devrait cesser de dispenser une grâce à bon marché dont elle se croit propriétaire pour retrouver sa vocation prophétique de discernement, de dévoilement, de mise en lumière, de décryptage du réel et du monde d’aujourd’hui. Pour cela, les chrétiens doivent commencer à balayer devant leur porte : prendre le temps de l’Avent, du Carême, du jeûne, d’une retraite spirituelle, c’est mettre sa propre vie sous la lumière de Dieu pour y dévoiler l’emprise du péché qui nous éloigne de lui. Commencer par nos propres vies pour être en mesure de regarder le monde avec lucidité et amour comme Jean-Baptiste qui, par amour, est sorti du confort de la communauté retirée pour offrir au monde une Bonne Nouvelle susceptible de changer leur vie. Alors et alors seulement, quand nous aurons retrouvé la clairvoyance sur notre vie et sur le monde, nous redécouvrirons l’impérieuse nécessité de la grâce de Dieu pour aujourd’hui. Alors, le Salut par Grâce ne sera plus une doctrine du passé, creuse et superflue mais une Bonne Nouvelle pour nos vies. Amen !

Esaïe 5, 1-7 et Matthieu 21, 33-46 – Des responsables d’Eglise responsables

Prédication du pasteur Samuel Amédro, le dimanche 8 octobre 2017

 

Il est très fréquent d’entendre présenter l’AT en opposition avec le NT, avec un Dieu violent et jaloux défenseur de la loi d’un côté et un Jésus apôtre de l’amour des ennemis et de la grâce universelle de l’autre. Pour une fois, l’histoire qui nous est proposée aujourd’hui va nous donner à voir les choses de manière plus nuancées et plus complexes, en nous écartant un peu du mythe du « petit Jésus » tout sucre et tout miel. Bref, j’ai ce matin deux versions de la même histoire à vous proposer : une bonne et une mauvaise nouvelle, une version douce et agréable à entendre qui nous vient de l’AT et une version beaucoup plus difficile à recevoir parce qu’elle recèle un potentiel de dynamite important. Elle a vraiment de quoi nous bousculer, nous remettre en question, voire nous irriter. Celle-ci nous vient du NT et elle est mise dans la bouche de Jésus lui-même. J’aurais bien aimé en rester à la première mais il ne m’est pas possible de taire tout à faire la seconde…

Commençons donc par la bonne nouvelle. C’est une chanson d’amour que nous chante le prophète Esaïe. Laissez-moi chanter une chanson au nom de mon ami. Elle parle de mon ami et de sa vigne… Tout est fait pour nous faire ressentir de l’intérieur l’amour du propriétaire de la vigne. Par l’attention et les soins constants qu’il lui apporte, nous ressentons l’attente et l’espoir de l’amoureux qui attend la réponse de l’être aimé : Mon ami avait une vigne sur une petite colline au sol fertile. Il a retourné la terre, il a enlevé les pierres, et dans sa vigne, il a mis des plants de bonne qualité. Il a construit une tour pour surveiller la plantation et il a aussi creusé un pressoir. Il attendait de sa vigne du bon raisin… Voyez de quel amour on parle fait d’attention et de soins constants… Mais la chute est inattendue, brutale, soudaine : elle donne du vinaigre. Réaction de dégoût de celui qui s’attendait à boire un vin fin et qui se retrouve avec du vinaigre dans la bouche. On ressent toute la déception, l’amertume, la colère même de l’amoureux éconduit. Alors, dit le prophète Esaïe, vous comprenez maintenant pourquoi le pays d’Israël, la Terre Promise du peuple élu, s’est vu ruiné, piétiné, balayé par les armées du roi de Babylone ? Soyez juge entre moi et ma vigne ?  Rendez-vous compte : Il attendait le droit mais partout c’est l’injustice. Il voulait la justice mais partout ce sont les cris des gens sans défense. Le prophète de l’AT porte un message fort que je veux vous faire entendre à votre tour : notre Dieu se moque des actes religieux (cultes, prières, sacrifices, génuflexions) : ce qu’il veut c’est la justice. Comme le disait Martin Luther King, la justice c’est la correction des problèmes laissés en suspend par l’amour : “Dieu a les deux bras étendus. L’un est assez fort pour nous entourer de justice, l’autre assez doux pour nous entourer de grâce.”[1] Voilà les fruits qu’il attend de son peuple : injustices et cris de détresses sont insupportables pour Dieu. Parce qu’il aime sa vigne, il est indigné, scandalisé, révolté par la souffrance qu’il voit, par les cris qu’il entend. Dès le début de l’Exode, le Dieu de l’AT l’affirme avec force : J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte. Je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs égyptiens. Oui je connais ses souffrances. Je suis donc descendu pour le délivrer… Je veux l’emmener dans un pays beau et grand qui déborde de lait et de miel. (Exode 3,7-8). Amour de Dieu pour sa vigne. Celui qui souffre a du prix aux yeux de notre Dieu. Voilà le message d’amour qui nous vient de l’AT. Voilà aussi l’interpellation qu’il nous lance : notre Eglise porte une responsabilité dans les injustices dont nous sommes témoins tous les jours. Permettez-moi une fois encore de citer Martin Luther King quand il disait : Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui.” Nous sommes mandatés par Dieu pour résister au mal.[2] Un jour ou l’autre, il nous faudra bien porter ces fruits-là aussi… Mais pour le moment, ce que je retiens d’essentiel, c’est l’affirmation forte qui ressort de notre lecture de la Bible que nous sommes, nous ici présents, la vigne du Seigneur. Nous lui appartenons. Nous, nos enfants et nos petits-enfants, nous sommes la vigne du Seigneur. A l’heure de la récolte, le propriétaire réclame son bien. Rien de plus normal, pensons-nous… tant que nous restons dans la parabole. Et pourtant… Dans la vie réelle, il n’est pas simple de se dire qu’on appartient à quelqu’un. L’heure semble à l’autonomie revendiquée et à la liberté assumée : « believing without belonging » disent les sociologues. Nous revendiquons pour nous et nos enfants la possibilité de croire sans appartenir, adhérer sans s’affilier, participer sans s’engager. Pour respecter leur liberté de choisir, nous avons refusé de leur transmettre… Parce que s’engager c’est se lier et porter une responsabilité, c’est-à-dire accepter de répondre à Celui qui revendique notre présence. Et pourtant qui peut croire encore que la foi relève de la génération spontanée ? Même la culture hors-sol nécessite soins et nutriments. Nul n’ignore au fond sa dépendance même si l’on feint le contraire : si vous êtes ici présents aujourd’hui dans ce temple c’est parce que vous l’avez reçu de quelqu’un. Les enfants ont été amenés par les parents voire les grands-parents. A moins que ce ne soit les enfants qui évangélisent leurs parents en les contraignant à venir au culte une fois de temps en temps… Mais il faut bien constater que nos anciens avaient vu grand si j’en crois la notice sur notre temple dans le livre consacré aux temples réformés et luthériens de Paris qui accorde 700 places au temple du St Esprit… 700 places pour accueillir les fruits, ce n’est pas rien ! Mais ici comme dans la parabole de Matthieu la difficulté ne vient pas du fait que les fruits seraient acides ou même qu’ils aient goût de vinaigre comme dans le chant du prophète Esaïe : la situation est bien plus grave puisqu’il n’y a plus de fruit. Impossible de savoir si les fruits sont bons ou mauvais puisqu’ils ont été volés.

C’est ici que le NT se fait beaucoup plus difficile à entendre et à recevoir parce qu’il lance une polémique sans concession. Jésus n’est pas en train de se défendre, il attaque directement les pharisiens et les grands-prêtres. Il suffit de lire le début du chapitre 21. Après une entrée triomphale dans Jérusalem sur un ânon comme un roi, il pénètre dans le Temple pour y renverser les tables et les chaises de marchands de colombes avant de dessécher un figuier qui avait le malheur de ne pas porter de fruits. Comprenez que les responsables des autorités du temple et de la loi juive l’interpellent : De quel droit est-ce que tu fais ces choses ? Qui t’a donné le pouvoir de les faire ? (Matt 21,23). Et c’est là que Jésus les attaque bille en tête : Ecoutez bien cette histoire ! vous qui contestez mon autorité… Et reprenant le chant du prophète Esaïe, ce n’est plus l’amoureux déçu qui parle, c’est le propriétaire en colère : mes fruits, mes serviteurs, ma vigne, ma récolte. Le Royaume des cieux s’est approché ? Et bien nous y sommes maintenant : voici le temps de la récolte, le moment voulu, c’est maintenant. Le Seigneur vient d’entrer à Jérusalem. Il est le propriétaire qui vient réclamer son bien. Et ce n’est plus seulement une polémique, c’est un procès pour meurtre en série avec préméditation. L’Evangile de Matthieu nous raconte. Les serviteurs envoyés pour réclamer la récolte ne sont pas seulement molestés comme dans les récits parallèles des Evangiles de Marc ou de Luc : ils ont été successivement écorchés vifs, assassinés et lapidés, les uns après les autres, envoyés toujours plus nombreux. Il semble que nous soyons revenus dans la vie réelle de la compétition à outrance, de tous contre tous, de la loi de la jungle, « manger ou être manger », struggle for life… Et pourtant, malgré les meurtres répétés pour lui voler sin bien, notre Dieu essaie de faire entendre une autre petite musique, presque imperceptible : Au moins ils respecteront mon fils… Il n’a pas perdu espoir. Au cœur d’un monde bien réel régit par la violence de la compétition, quelqu’un parle pour essayer de négocier une trêve, une autre manière de vivre et de gérer les conflits : « Je vais envoyer mon fils ». Donner ce que j’ai de plus précieux. Tout faire pour essayer de les sortir de l’affrontement perpétuel et du cercle mortifère de la violence. Et pour cela, notre Dieu n’hésite pas à se donner lui-même, à s’exposer : seul celui qui s’offre gagne le respect. En principe cela devrait fonctionner… Mais quand les vignerons voient le fils, ils se disent entre eux : « C’est lui l’héritier. Venez ! Tuons-le et à nous l’héritage ! » Et ils le font sortir de la vigne et ils le tuent. Voilà, dit Jésus, Dieu a des ennemis qui veulent prendre sa place, l’expulser, l’exproprier. Et tous les moyens sont bons. La fin justifie les moyens.

Mais de qui parle-t-il ? Qui doit se sentir concerné ? Qui est responsable ? Accusés levez-vous ! Jésus parle clairement, comme il ne l’a jamais fait jusqu’ici, il ne se contente pas de dénoncer, de désigner, de pointer du doigt. Non, il s’adresse à eux, en face, les yeux dans les yeux : vous, chefs religieux, levez-vous et répondez. Assumez votre responsabilité. Dans la Bible on les appelle scribes, pharisiens, maîtres de la loi, grands-prêtres mais aujourd’hui, il faut les englober dans ce qu’on appelle les « responsables religieux ». Ce sont les gardiens du culte, du dogme, de la loi religieuse : comment prier (dans quelle langue, dans quelle direction, à genoux, yeux fermés, mains jointes), comment réfléchir, comment penser, comment lire les textes sacrés (quels livres sont autorisés ou interdits), comment manger (quels aliments a-t-on le droit de manger, avec qui), comment s’habiller (quelle partie du corps montrer ou cacher : les bras, les jambes, les cheveux, les visages), comment se marier (avec qui, selon quel rite), comment faire l’amour (ou pas)… ils savent tout sur tout, ils donnent des ordres, des consignes, des règles, des interdits. Ils distribuent des bons points et des mauvais points. Ils savent. Ils se comportent comme des propriétaires alors que ce ne sont que des usurpateurs.

Quand hier soir on discutait avec les catéchumènes des causes qu’ils aimeraient défendre, l’une d’entre elles disait qu’elle n’en pouvait plus de ces attentats meurtriers. Je la comprends et je ressens comme elle cette grande lassitude. Mais il ne faut pas se tromper de cible et Jésus voit juste. Il n’attaque pas le peuple, la foule, les disciples : comme lui, je crois qu’il faut arrêter d’accuser, de désigner, de dénoncer les pauvres gens de Syrie, d’Irak, de Lybie, du Maroc ou d’ailleurs : ils sont les premières victimes des manipulations idéologiques. De même, ce n’est pas à vous qui êtes présents qu’il faut reprocher les bancs vides de nos temples. Il faut arrêter aussi d’accuser les religions en soi (l’islam en particulier ou les religions en général) – J’ai lu hier encore dans Le Monde que le Grand-Maître du Grand Orient de France voulait en finir avec les religions et reprendre le combat de la laïcité pour les expulser de l’espace public. De même qu’on ne met pas en cause une femme parce qu’elle a été violée, on ne peut pas mettre en cause une religion qui a été violée. Elle est victime, elle aussi. Il faut également arrêter d’accuser Dieu lui-même de nos turpitudes humaines : j’en ai assez d’entendre cette tarte à la crème qui affirme doctement « Si Dieu existait, il n’y aurait pas tous ces attentats et toutes ces catastrophes naturelles ». Dieu lui-même est victime dans cette histoire : son propre fils a été assassiné. Les responsables religieux se comportent comme des propriétaires de ce qui ne leur appartient pas. Ils se croient propriétaire de Dieu, de la religion, du dogme, de la foi des gens, de la vérité. Ce n’est pas le doute qui rend fou. C’est la certitude. C’est l’absence de doute et la certitude de ceux qui croient savoir. Jésus parle fort et il ne mâche pas ses mots : il les regarde droit dans les yeux et il dévoile leur jeu. Il en mourra. Ils le crucifieront pour avoir mis en lumière ce qu’ils voulaient usurper. On ne peut même pas dire « Père pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. » parce que justement, ils savent ce qu’ils font. C’est une stratégie consciente, délibérée et préméditée.

En commençant, je disais ce message très difficile à recevoir parce qu’en vérité je fais moi-même partie des responsables religieux et je reçois cette accusation me concernant de plein fouet. Je n’oublie pas que j’ai été président de la commission jeunesse de la FPF pendant presque 10 ans, puis président d’une Eglise Evangélique Au Maroc pendant un mandat de 5 ans, et maintenant pasteur d’une belle et grande Eglise parisienne depuis un peu plus d’un mois. Je suis sous le regard du Maître de la vigne et cette parabole met en lumière ma responsabilité personnelle dans la situation de notre Eglise. Alors Jésus demande : « Quand le propriétaire de la vigne viendra, qu’est-ce qu’il va faire à ces vignerons ? » Les chefs religieux répondent à Jésus : « Il va tuer sans pitié ces gens méchants. Il louera la vigne à d’autres vignerons, et au moment de la récolte, les vignerons lui donneront le raisin. » Je ne suis pas surpris de leur réaction : ils se croient aussi propriétaires du jugement dernier… Mais Jésus va-t-il confirmer ce verdict des chefs religieux ? Et bien c’est tout le contraire. Ecoutez bien sa réponse : Vous avez sûrement lu ces phrases dans les Ecritures… (Et là il cite l’AT, le Psaume 118) : La pierre que les maçons ont rejetée est devenue la pierre principale de la maison. C’est le Seigneur qui a fait cela. Quelle chose merveilleuse pour nous !

A sa manière l’apôtre Paul annonce exactement la même Bonne Nouvelle au chapitre 5 de l’épître aux Romains : « 6 Oui, quand nous étions encore sans force, le Christ est mort pour les gens mauvais, au moment décidé par Dieu. 7 Déjà, pour une personne juste, on ne serait guère prêt à mourir. Pour une personne qui fait le bien, on aurait peut-être le courage de mourir. 8 Mais voici comment Dieu a prouvé son amour pour nous : le Christ est mort pour nous, et pourtant, nous étions encore pécheurs. 9 Maintenant, son sacrifice nous a rendus justes. Alors, c’est sûr, le Christ va nous sauver aussi de la colère de Dieu. 10 Oui, quand nous étions les ennemis de Dieu, il nous a réconciliés avec lui par la mort de son Fils. Puisqu’il nous a réconciliés, alors c’est sûr, Dieu va aussi nous sauver par la vie de son Fils.

Nous voilà revenu au même constat que la semaine dernière : il nous faut de toute urgence remettre Christ crucifié au centre de la vie de notre Eglise. Il est la pierre angulaire de notre foi et de notre vie. Amen.

[1] MLK, La force d’aimer, Empreinte Temps Présent, 2013.

[2] MLK, in L. Bennett, L’homme, p. 124.

Esaïe 40, 1- 11 et Ephésiens 4, 17-31 – En cette nouvelle année, soyons Homme Nouveau !

Prédication du Pasteur Béatrice Hollard Beau, pour le dimanche 10 janvier 2015

Amis frères et sœurs, on est au début de l’année et même le 10 janvier on s’adresse encore des vœux. Eh bien moi, je vous souhaite à vous tous d’être « Homme Nouveau ».

Qu’est ce que pourrait représenter l’homme Nouveau ?

J’ai fait un petit test avec un groupe de chrétiens récemment, et plusieurs m’ont dit que cela leur fait penser aux thèses actuelles de l’Homme Nouveau inspirées du penseur Isaac Guetz : une sorte de voix de liberté où il n’y a plus aucune contrainte hiérarchique, dans aucun domaine. La notion de « pouvoir » est complètement abolie et partagé par tous.

L’homme nouveau, est un homme responsable et libre.

Même si cela touche aussi la liberté. Vous imaginez que ce n’est pas tout à fait l’homme nouveau sur lequel j’aimerais méditer avec vous, mais ce n’est pas pour autant une notion moins contemporaine. Après l’Apôtre Paul qui l’a déployé dans plusieurs épitres, L’homme nouveau, réalité nouvelle, le théologien Karl Barth en parlait dans les années 1960 dans un ouvrage « la réalité de l’homme nouveau ». De même Bonhoeffer s’est beaucoup inspiré de cette réalité biblique de l’homme nouveau pour résister et témoigner en prison. Cette réalité lui a permis de se sentir libre et de vivre. Le texte d’Esaïe n’est pas si éloigné de cette vocation.

Paul écrit qu’il faut se débarrasser du vieil homme pour devenir « homme nouveau ».

Le vieil homme, c’est ce que nous étions avant de « naître de nouveau en Christ » par le baptême ou la conversion. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » (2 Cor. 5, 17)

Aujourd’hui l’Homme nouveau apparaît dans l’épitre aux Ephésiens, belle épitre controversée quant à son origine, écrite dans les années 60, qui a une portée universelle et actuelle.

L’auteur fait comprendre qui est l’homme nouveau, en l’opposant au vieil homme : il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme, qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses.

On pourrait penser que quitter le vieil homme qu’on endosse est une leçon éthique.

Mais pas du tout. L’auteur pour quitter le vieil homme dit ceci : ne vous conduisez plus, littéralement, dans la ‘vanité’ de l’intelligence.

Et un peu plus loin, il ne faut pas agir comme des païens, eux ont été enténébrés, ils ont été étrangers à la vie à cause de ‘l’ignorance’. Ceci a fait qu’ils sont devenus insensibles et durs de cœurs.

C’est leur ‘ignorance’, dit d’auteur, qui les rend vieil homme et étrangers à la vie de Dieu.

Mais qu’est ce que l’ignorance ? On pourrait se dire et c’est terrible que pour devenir « homme nouveau », il faille être savant : Non.

Etre selon le vieil homme, cette ignorance, c’est ne pas connaître Christ, la vie de l’Esprit, c’est rester avec l’Esprit de chair, dans la vanité de l’intelligence, c’est à dire avec des idées préconçues. Rester en soi, fermé, rude, dur de cœur. Dur avec soi-même et avec les autres. C’est rester dans le fabriqué par l’homme, le Pré-fabriqué, s’en tenir à la parole de chair qui se fane, qui devient irritation, colère, mensonge, convoitise, l’enfermement.

Revêtir l’homme nouveau, vivre en Christ, c’est ne pas rester dans l’ignorance, c’est faire entrer en soi l’Esprit Saint. C’est marcher avec la vie en Dieu, respirer, ‘inspirer’ la liberté.

Paul dit dans le texte qu’il faut être transformés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau. Revêtir l’homme nouveau, c’est se laisser traverser, transformer, se laisser convaincre par l’esprit qui est souvent contraire à soi, se laisser créer de Dieu, lâcher les amarres,

C’est adopter une posture d’écoute, de chasseur ; et qui dit écoute, dit d’abord, faire silence en soi. Se taire à soi, relativiser sa parole de chair, écouter cette parole qui subsiste à toujours. Imparable inspirer la Parole. La capter au vol !

Se laisser créer, fabriquer, sachant que ce n’est pas nous qui créons, mais l’Esprit Saint. Elle fait du bon, elle nous fait dire et faire du bon.

Revêtir l’homme nouveau, inspirer, s’inspirer se décide chaque jour, en Eglise, hors Eglise disait Bonhoeffer. Dans nourriture dans l’Evangile ou est le Christ, mais aussi dans la nourriture de l’Evangile ou est l’homme, parce que le Christ est là.

Dans toute les nourritures inspirées, la musique, la peinture, partout dans cette vie de l’Esprit, hors de soi, qui nous renouvelle. Dans la liberté. Le Christ est là, près de soi dans l’écoute.

Mais si la vocation de l’homme nouveau chaque jour, c’est inspirer la parole, c’est aussi après avoir respiré la parole de Dieu, (amour), expirer la Parole, du Saint Esprit que se dégage justice et Sainteté, par ce que cette justice n’est pas la nôtre mais toujours celle de Dieu, de même que la vérité est le moteur de l’Esprit. Elle n’est que là, la justice.

Nous sommes missionnés à la vérité : à dire cette parole de liberté, de vérité de bonté, cette parole de Dieu qui demeure à jamais, c’est celle de Dieu. A l’instar de Jérusalem, qui devait témoigner de la Parole.

Il est donc important d’être homme nouveau et s’inspirer en soi l’Esprit, cette parole, c’est à dire ne pas être mangé par les choses périssables et mortelles, ne pas se manger par soi, aller vers les perspectives de vie.

Quelque fois avoir la force de dire non, mais aussi dire Oui furtivement, après avoir dit non.

Parce que Dieu dit oui en vous, c’est cela revêtir l’homme nouveau, résister à la chair de la mort, pour après expirer la Parole de vie. Témoigner.

Proclamer la parole de Dieu donne la justice de vie. Il n’y a pas d’autres justices que la vie.

Mais pour cela il ne faut pas rester statique, si l’on ne respire pas, on est mort. Si l’on est dans le statique, dans des préjugés, on n’est plus dans réalité de l’homme nouveau.

L’homme furtif dépasse notre raison, nous rend un peu prophète et bons.

Karl Barth écrit, le nouvel homme est créé de Dieu, tend vers Dieu. Il faut se laisser renouveler par son intelligence, dans l’action de Dieu : la vérité éternelle vivante et salutaire n’est pas statique, mais dynamique, l’Esprit qui fait bouger. Il écrit alors, Elle est active, elle opère et elle crée. Il continue, écrivant : Elle est l’acte créateur de Dieu. Je cite encore : l’acte par lequel, il est présent et agissant, par lequel il se révèle comme Sauveur. C’est cette vérité là qui crée l’homme nouveau et qu’il doit proclamer.

Enfin, et je terminerai ainsi, l’homme nouveau, Esaïe l’avait compris, c’est vivre de la Parole créatrice qui donne vie. Dieu nous envoie le Rédempteur, Christ qui grâce à sa Croix et sa Résurrection, nous donne l’Esprit de VIE qui nous nous demande d’aller crier, expirer la parole dans le désert, d’être fort messager de Dieu,

Respirer, expirer c’est alors niveler la steppe, relever le vallon vers le haut, pour laisser parler Dieu. Laisser faire, l’Esprit, en montant, la haute montagne c’est dur parfois, c’est laisser en bas le bas, s’en écarter, et surtout ne pas se trainer ver le bas, C’est se propulser vers le haut dans le futur! Jamais dans passé. Le présent est futur. En hébreu, il y a l’accompli et l’inaccompli. Le présent est toujours inaccompli.

Ainsi en étant homme nouveau, vivant de cette parole, que Paul eut la force et l’inspiration de créer l’Eglise d’Ephèse durant un premier séjour et pendant un deuxième séjour plus tard, vers les années 55. Paul solidifia cette Eglise en enseignant en premier aux Juifs et puis après dans l’école d’un dénommé Tyrannus. Par la proclamation de la parole les païens reçurent la ‘la vérité en Christ’ et Ephèse fut évangélisée et devint un des lieux importants du christianisme pour les païens. Paul est monté sur la montagne, il a proclamé en se tournant vers le haut, vers le désert et l’impossible. Karl Barth a exprimé grandement la création possible de l’homme grâce la réalité de l’homme nouveau, grâce à Dieu. Bonhoeffer grâce à la réalité de l’homme nouveau a résisté à l’Eglise et a témoigné de Dieu avec courage.

Il nous faut être ‘homme nouveau, vivre dans la dynamique de l’Esprit’, et avec courage, ne pas être dans l’ignorance de la parole. Entendre cette voix furtive, la capter.

Attention à ceux qui veulent freiner l’Esprit : N’attristez pas l’esprit dit le texte, utilisez cet esprit. Ne rester pas dans l’ignorance de la Parole qui enténèbre,

Etre nouveau, homme nouveau, c’est monter sur la haute montagne être ouvert au lendemain en Christ. C’est ne pas avoir peur. C’est dire des mots, bons, de grâce, de liberté. C’est inspirer, respirer, expirer le souffle, être envoyé en joyeux messager, qui donne la grâce, ainsi et qui fait grâce, parce qu’il est libre, comme Dieu nous a fait grâce en Jésus-Christ, lui qui nous a apporté la respiration de la vie. Nous devons être homme nouveau, respirer, souffler la vie et en témoigner.

 

Amen

Esaïe 25, v6-9 et Matthieu 22, v1-14 : « L’Indifférence… »

Dimanche 12 Octobre 2014 – par le pasteur Béatrice Hollard-Beau

 

6Le SEIGNEUR (YHWH) des Armées
fera pour tous les peuples, dans cette montagne,
un banquet de mets succulents,
un banquet de vins vieux,
de mets succulents, pleins de moelle,
de vins vieux, clarifiés.

7Dans cette montagne,
il anéantira le voile qui voile tous les peuples,
la couverture qui couvre toutes les nations ;

8il anéantira la mort pour toujours ;
le Seigneur DIEU essuiera
les larmes de tous les visages ;
il fera disparaître de toute la terre
le déshonneur de son peuple
— c’est le SEIGNEUR qui parle.

9En ce jour-là on dira :
C’est lui, notre Dieu !
Nous avons mis notre espérance en lui
et il nous a sauvés.
C’est le SEIGNEUR, en qui nous avons espéré :
soyons dans l’allégresse,
réjouissons-nous de son salut !

1Jésus leur parla encore en paraboles ; il dit : 2Il en va du règne des cieux comme d’un roi qui faisait les noces de son fils. 3Il envoya ses esclaves appeler ceux qui étaient invités aux noces ; mais ils ne voulurent pas venir. 4Il envoya encore d’autres esclaves en leur disant : Allez dire aux invités : « J’ai préparé mon déjeuner, mes bœufs et mes bêtes grasses ont été abattus, tout est prêt ; venez aux noces ! » 5Ils ne s’en soucièrent pas et s’en allèrent, celui-ci à son champ, celui-là à son commerce ; 6les autres se saisirent des esclaves, les outragèrent et les tuèrent. 7Le roi se mit en colère ; il envoya son armée pour faire disparaître ces meurtriers et brûler leur ville. 8Alors il dit à ses esclaves : Les noces sont prêtes, mais les invités n’en étaient pas dignes. 9Allez donc aux carrefours, et invitez aux noces tous ceux que vous trouverez. 10Ces esclaves s’en allèrent par les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons, et la salle des noces fut remplie de convives. 11Le roi entra pour voir les convives, et il aperçut là un homme qui n’avait pas revêtu d’habit de noces. 12Il lui dit : Mon ami, comment as-tu pu entrer ici sans avoir un habit de noces ? L’homme resta muet. 13Alors le roi dit aux serviteurs : Liez-lui les pieds et les mains, et chassez-le dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. 14Car beaucoup sont appelés, mais peu sont choisis.

 

Amis, frères et sœurs, qu’y a-t-il de pire que l’INDIFFERENCE ?

C’est terrible, car elle engendre l’ignorance et même une certaine violence ; et c’est un vrai fléau aujourd’hui.

Entretenue par ces blogs où les gens vivent et écrivent seuls les histoires, sans savoir ni comment elles vont être lues, ni par qui.

Entretenue par ces écrans vides de personnes réelles, sites sans contacts autres qu’une vague adresse internet.

On en arrive à la vraie de vraie indifférence, celle qu’on croise tous parfois, dans la queue de boulangerie, ces personnes téléphonent à haute voix, sans se rendent compte qu’ils partagent un espace public comme leur conversation et qu’accessoirement cela dérange.

 

Alors vous voyez Jésus, dans notre parabole très énigmatique de Matthieu à mon sens, pointe aussi l’indifférence. Et Jésus la pointe avec beaucoup d’impuissance et de tristesse, il la pointe comme si elle était aussi l’avant goût de la violence, et en tout cas comme un obstacle à la vie spirituelle du Royaume.

Ce texte possède une très grande modernité, qu’il faut vraiment l’interroger pour notre vie d’aujourd’hui, et ce sera frères et sœurs le thème de notre méditation.

Rappelons quelques faits de notre parabole :

Le Royaume ressemble à un roi qui invite des personnes unes à unes à un festin de noces. Et le maitre envoie ses serviteurs pour appeler ses invités. Les invités refusent d’y aller. Ces derniers deviennent violents et tuent les serviteurs venus les chercher.

Alors, le maître prépare la noce malgré leur réaction,

Quand elle est prête il continue à inviter, les invités refusent encore de venir. Alors le roi change sa façon de faire : Fini d’inviter sur invitation, il envoie des serviteurs, pour rassembler des personnes bons et mauvais, au grès des chemins. Là ces gens du dehors viennent de partout. La salle se remplit.

Et puis arrive cet évènement énigmatique : un convive prend place dans la salle, et n’avait pas d’habit de noces ; le maitre s’en offusque et le fait sortir comme un mal propre.

Alors il faut savoir que cette parabole rappelait aux juifs de l’époque, qu’en tant qu’élus, ils ne se sentaient pas concernés par le Royaume que le Christ annonçait, là où les gens du dehors, les païens ont accepté l’appel, et s’y sont rendus.

Très bien, mais les choses ne peuvent pas se résumer à cela. Certains points m’ont marquée.

– Il se trouve que les premiers invités juifs élus sont dits dans le texte ‘INDIFFERENTS’. Qu’est ce que l’indifférence : l’indifférence c’est le fait de porter du rien Féro.. En fait ils n’ont porté ni la promesse de Dieu, en Christ , ni la VIE

Cette promesse de VIE, cet l’habit de fête qui est exprimée dans notre 2èmetexte du jour d’Esaïe : Dieu Il a fait disparaître la mort à jamais. Il a essuyé les pleurs, sur tous les visages, on espérait en lui pour nous sauver. Les indifférents n’avaient FOI en la vie nouvelle en Christ ? Indifférents, les 1ers invités ont été violents,

-Alors, les autres invités ? Ce sont les personnes du dehors ne se sont PAS INDIFFERENTS. Ils PORTENT. Ils portent l’habit de fête, c’est-à-dire qu’ils se réjouissent de la vie NOUVELLE en Christ qui dépasse la mort. Ils n’ont pas été violents.

Et puis il y a cette énigme, et heureusement qu’il y a cette énigme : un homme parmi ces gens du dehors, ne porte pas aussi l’habit de fête, lui aussi est indifférent.

Elle évite en tout cas de penser aussi que le Royaume n’est accessible qu’au gens du dehors : hors judaïsme comme on entend souvent….

Alors , pourquoi dans notre parabole, les 1ers invités sont-ils indifférents ?

Elus, ils ne se sont pas sentis invités , je m’explique :

En fait les premiers invités, sont appelés dans le texte en grec : « les ayants été invités » (insinués : par Dieu). Ils ont un statut PRIVILEGIER qui les rend seuls, et peut être ne sont –ils pas capables de recevoir seuls cette promesse, c’est trop lourd. Ils ont eu PEUR. On ne peut voir Dieu face à face et vivre dit l’Exode. le Roi les a qualifiés indignes.

En revanche, les autres ces personnes du dehors, qui ont été APPELES, ont aussi été « RASSEMBLES » dit le texte, appelés ensemble, bons et mauvais, sans aucun critère de sélection. REUNIS, bons et mauvais, dans cette humanité , ils ont accueilli plus facilement, la bonne nouvelle de la VIE en Christ, de la mort vaincue, Ils ont pu accueillir Jésus-Christ Ils ont pu se réjouir de la VIE hors de la RIGIDITE DE LA LOI. Par la présence de chacun. Christ n’est pas au DEHORS de chacun .

Alors L’intrus, qui ne portait pas d’habit de fête : lui était SEUL, parmi les gens du dehors, il n’a pas porté la bonne nouvelle de la VIE, il n’a pas non plus fait corps avec les appelés.. Il devenait indifférent, Jésus l’a sorti avant qu’il devienne peut-être dangereux.

Alors qu’est-ce que cette parabole peut nous dire pour nos vies ? 5 choses.

1/Je crois qu’on peut comprendre la vie spirituelle le Royaume au milieu des hommes APPELES et RASSEMBLES (Eglise). C’est au milieu des hommes ‘bon et mauvais’ : par la FRATERNITE qui renvoie à Christ qu’on découvre le Christ. Par le BANQUET qui rend grâce. Je crois que c’est la FRATERNITE qui mène au Christ, et non pas parce qu’on est croyant qu’on est fraternel. Il y a un rapport à l’homme pour découvrir Christ .

2/ Cette parabole dit que chacun qui se dit du DEHORS est sauvé, mais à condition qu’il se sente sauvé. A condition qu’il vive la JOIE de la noce, c’est-à-dire qu’il sache que Christ apporte la vie nouvelle et éternelle. L’Esprit de Résurrection. C’est porter sa grâce.

Ceci CONDUIT à ne pas être INDIFFERENT : Ceci CONDUIT à ne pas porter SEUL l’habit de fête ; ceci Conduit à le PORTER avec les autres et PORTER les autres. Ceci, au nom de la souffrance que nous partageons tous et de la VIE que nous avons tous, en Christ.

3/ Ce texte dit que LA solitude peut être dangereuse, et que L’INDIFFERENCE en tout cas est DANGEREUSE. Dans ce texte c’est frappant, ceux qui sont appelés seuls repartent et s’éloignent indifférents, deviennent violents après. Ils ne portent rien, pas le visage de l’autre, comme dit Levinas,(cet arrêt du (‘tu ne tueras point’, dans ethique et infini). Mais plus encore : Il faut voir à la fin de la parabole, quand Jésus demande à l’intrus pourquoi il est là, il est dit « muselé » , il ne répond, pas, il n’est pas RESPONSABLE = violent . Jésus l’a renvoyé avant qu’il ne devienne peut-être violent.

4/Je crois que ce texte dit qu’aujourd’hui il faut démasquer l’indifférence comme dangereuse : Dangereuse vis-à-vis de soi-même, à force de SOLITUDE , de dureté de vie, on devient indifférent, passif, dépressif. On s’enferme: combien je vois de jeunes dans une vraie de vraie solitude et qui se réjouissent d’internet, car au moins là ,il n’y a pas de pression disent –ils. Mais elle provoque indifférence, et agressivité…. je dirais à l’extrême ces jeunes qui partent de France et qui s’engagent dans les jihad en Syrie, sont peut-être les victimes de l’écran et du virtuel, de la non relation, de l’indifférence et de la violence.

Il faut aussi s’interroger sur les mesures prises quant au développement durable,.Les entreprises essaient d’économiser ce qui est normal pour être compétitives, mais quand on propose des robots très performants pour répondre au téléphone, pour payer en caisse, il faut s’interroger. On meurt de manque de relation, qui empêche la VISION de la VIE qui engendre la violence. Danger.

Parce que celui qui ne PORTE pas, ou plus, l’INDIFFENT devient irresponsable. il a peut être trop supportés de solitude. Quel dégats les indifférents ou des ‘devenus indifférents’ dans les entreprises, ils ne voient plus les autres, les burn out s’accumulent. Sans compter les familles. Je dirai : De la trace de ne plus PORTER ou SUPPORTER au geste de l’indifférence.De la TRACE de l’INDIFFERENCE au geste de la violence.Il faut réfléchir.

Attention aussi à celui qui porte et supporte sans rien dire, qui n’est pas indifférent, qui prend sur lui. On ne s’en aperçoit parfois pas. C’est un geste christique .

5/ Alors oui, je voudrais terminer en disant que je suis convainque que l’Eglise porte par la puissance de l’ESPRIT, elle permet de PORTER SA PROPRE VIE et la VIE des autres, dans un constant questionnement sur le FACE à FACE, de soi, de l’autre, du Christ. Qu’elle porte la VIE, à travers la mort vaincue de Christ et l’Esprit de résurrection.

Elle est lieu de Parole, de confrontation dans la vie de tous les jours, entre hommes et femmes qui ne sont pas seuls et pas indifférents. On porte en prière la vie des autres.

La reconnaissance de la grâce empêche l’indifférence, l’ingratitude mène à l’indifférence.

Oui, chaque jour nous devons nous apercevoir que Dieu, n’est pas indifférent avec nous, et nous accompagne. Il n’est pas indifférent à notre mort. Il a porté notre mort. Il n’est pas indifférent à nos vie, il porte la vie de nos vies. Il faut interroger nos solitudes, et se réjouir dans la reconnaissance.

 

Amen

Esaïe 5, 1 à 7 – Philippiens 4 , 1 à 9 – Matthieu 21, l 33 à 43 – « vous qui êtes ma joie et ma couronne, tenez ferme dans le Seigneur, mes bien-aimés ! »

Dimanche 5 octobre 2014 par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

Esaïe 5, 1à 7

1Laissez-moi, je vous prie, chanter pour mon ami

le chant de mon bien-aimé pour sa vigne.

Mon ami avait une vigne

sur un coteau fertile.

2Il en travailla la terre, ôta les pierres

et y planta un cépage de choix ;

il bâtit une tour au milieu d’elle,

il y creusa aussi une cuve.

Il espérait qu’elle produirait des raisins,

mais elle a produit des fruits puants !

3Maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,

soyez juges, je vous prie, entre moi et ma vigne !

4Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne

que je n’aie pas fait pour elle ?

Pourquoi, quand j’espérais

qu’elle produirait des raisins,

a-t-elle produit des fruits puants ?

5Maintenant laissez-moi, je vous prie, vous faire savoir

ce que je ferai à ma vigne.

J’en arracherai la haie,

pour qu’elle soit dévorée ;

j’ouvrirai des brèches dans sa clôture,

pour qu’elle soit foulée aux pieds.

6Je la réduirai en ruine :

elle ne sera plus taillée, ni sarclée ;

les ronces et les épines y croîtront.

Je donnerai mes ordres aux nuages,

afin qu’ils ne laissent plus tomber de pluie sur elle.

7Or la vigne du SEIGNEUR (YHWH) des Armées,

c’est la maison d’Israël,

et les hommes de Juda,

c’est le plant qu’il chérissait.

Il espérait l’équité,

et voici le crime !

— la justice,

et voici les cris des victimes !

 

Philippiens4 , 1 à 9

1C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, vous pour qui j’ai une vive affection, vous qui êtes ma joie et ma couronne, tenez ferme dans le Seigneur, mes bien-aimés !

Réjouissez-vous dans le Seigneur

2J’encourage Evodie et j’encourage Syntyque à être bien d’accord dans le Seigneur. 3Oui, toi aussi, fidèle collègue, je te demande de les aider, elles qui ont combattu côte à côte avec moi pour la bonne nouvelle, avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont dans le livre de vie. 4Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! 5Que votre attitude conciliante soit connue de tous. Le Seigneur est proche. 6Ne vous inquiétez de rien ; mais, en tout, par la prière et la supplication, avec des actions de grâces, faites connaître à Dieu vos demandes. 7Et la paix de Dieu, qui surpasse toute pensée, gardera votre cœur et votre intelligence en Jésus-Christ. 8Au reste, mes frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est moralement bon et digne de louange soit l’objet de vos pensées ; 9ce que vous avez appris, reçu, entendu et vu en moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 

Matthieu 21, l 33 à 43

33Ecoutez une autre parabole. Il y avait un maître de maison qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y construisit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. 34A l’approche des vendanges, il envoya ses esclaves chez les vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. 35Les vignerons prirent ses esclaves ; l’un, ils le battirent ; un autre, ils le tuèrent ; un autre encore, ils le lapidèrent. 36Il envoya encore d’autres esclaves, en plus grand nombre que les premiers ; les vignerons les traitèrent de la même manière. 37Enfin il leur envoya son fils, en disant : « Ils respecteront mon fils ! » 38Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent : « C’est l’héritier ! Venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. » 39Ils le prirent, le chassèrent hors de la vigne et le tuèrent. 40Lorsque le maître de la vigne viendra, comment traitera-t-il donc ces vignerons ? 41Ils lui répondirent : Ces misérables, il les fera disparaître misérablement, et il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui donneront les fruits en leur temps. 42Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures :

C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée

qui est devenue la principale, celle de l’angle ;

cela est venu du Seigneur,

c’est une chose étonnante à nos yeux.

43C’est pourquoi, je vous le dis, le règne de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits.

 

 

Amis frères et sœurs,il y a des jours, où quand le pasteur DECOUVRE le texte du jour,

il ouvre la Bible, il lit le texte, et il aurait presque envie de le REFERMER !

Vous avez entenduun jour de confirmation cette parabole de Matthieu :

1 lynchage, 1 rosserie !4 assassinats ! Franchement, on espérerait plus poétique….

 

Et puis quelle histoire !Tous ces vignerons à qui le maître a confié en fermage une vigne : vous avez saisi qu’au moment de remettre les fruits ;REFUS TOTAL et au lieu de les rendre, les vignerons tuent les hommes mandatés pour les chercher, y compris le fils du propriétaire. Et ceci pour avoir l’héritage, sans doute parce que les FRUITSétaient bons à manger, ou qu’ils ne se souviennent pas qu’ils cultivent pour le compte du maitre.

 

Vous avez compris aussi l’allégorie : Au peuple d’Israël, Dieu avait confiéune VIGNE qui devait prospérer et donner du fruit pour les peuples de la terre. La TRANSMISSION a échoué. Les hommes rejetés et le Fils tué, non pas parce quele JUDAISME est responsable :non, c’est le peuple de Dieu qui est visé. Ce peuple aurait été Samaritain, Christ aurait été Samaritain, les vignerons aussi. Jésus aurait tués par ses proches,

parce queLa TRANSMISSIONde la Parole de Dieu a du mal à se faire.

 

Alors TRANSMISSION,parlons-en detransmission. Un jour de confirmation, la transmission du christianisme, est au cœur de cet acte de foi. Et je dirai même plus, du protestantisme, car si le baptême est ‘chrétien’, la confirmation, est l’affirmation d’une identité ‘protestante’.Les catéchumènes en ont largementparlé lors de leur préparation!

Alors oui, parlons-en de cetteTRANSMISSION !

 

Dans ce RECIT, en tout cas, on ne peut pas dire qu’elle soit vraiment à l’honneur !

Déjà en ce qui concerne la parabole qui s’appuiesur la prophétie d’Esaïe.Matthieu a mal transmis le texte. Dans le texte d’origine il s’agissait d’une vigne qui avait donné des fruits,infectes. Là Matthieu a parlé de bons fruits…. A croire qu’il a pris ce qui l’arrangeait du texte pour légitimer la source, vis à vis des communautés juives. Il a détourné le texte, et donc la transmission ne s’est pasbien faite. Comme d’ailleurs le contenu de la parabole de Matthieu, où les fruits n’ont pas été transmis.

 

Alors est-ce à dire que TRANSMISSION de la Parole de Dieu, de la foi, du judaïsme oude la vie chrétienne, en tant que CONTENU, aurait quelques LIMITES ?

POSSIBLE. En tout cas, je crois que le texte pose cette question :`

iIsensibilise au fait que la transmissionde la FOI, ou de l’appartenance, ne peut pas se REDUIRE à un contenu, à DES FRUITS tangibles, palpablescomme une LOI qui se transmettrait IMPECCABLEMENT (sans péché).

Ce texte passionnant montre que les fruits sont peut-être à assortir à un GESTE.

 

Oh, ATTENTION au geste aussi !il ne faut surtout pas imaginer, que la foi en Christ s’apparenterait à une sorte de morale comme on entend souvent.surtout pas,

NON Il s’agirait d’un GESTE SPIRITUEL. Alors quel geste ? (de la trace au geste ?)

 

Eh bien, il se trouve, et c’est formidable qu’unecatéchumène, dans un entretien avec moi, m’a évoqué PAR HASARD, que sa grand –mère lui avait transmis ce verset de l’apocalypse : tiens ferme ce que tu as, pour que personne ne te ravisse ta couronne.

Alors ce qui est étonnant, c’est que ce verset tardif (95), est dit inspiré de notre épitre du jour de Philippiens qui comporte un verset est très proche : Ainsi donc frères biens aimés, , vous ma joie et ma couronne, TENEZ FERME dans le Seigneur.

 

Etonnant Domitille :parce que justement, ce geste spirituel qui pourrait être assorti au contenu des affirmations du protestantisme, comme le salut par la grâce,pourrait être cegeste très spirituel de notre épitre du jour : TIENS FERME EN LE SEIGNEUR.

Alors qu’est ce que veut dire ce geste : TIENS ferme EN le Seigneur ?(transmission)

 

Merveilleux , par ce qu’il se trouve, que là aussi, Paul dans la suite du texte de l’épitre donne trois éléments pour TENIR FERME. Et ce qui est FORMIDABLEc’est qu’ils ont un rapport direct avec les versets qu’ont choisi nos 2 catéchumènes Ophélie et Hippolyte.

Alors comment tenir ferme en le Seigneur selon Paul?

 

– Il est dit : Réjouissez vous tout le temps dans le SEIGNEUR, je vous le répète : réjouissez-vous.3 fois en 2 versets Paul dit ce mot : JOIE . Pourquoi c’est tenir ferme?

Parce que la joie est le même mot que la grâce ; (kara en grec). Celui qui a la joie reconnaît les bienfaits de Dieu et la GRACE. ildit merci à la vie, MEME si cela ne VA PAS. Il aune sorte de PUISSANCE en lui. Il tient ferme en le Seigneur.

 

-2 En toute occasion parla prière DEMANDERà Dieu ,C’est de la CONFIANCE EN DIEU . CE CROIRE EN.c’est le DIALOGUE, Cette ECOUTE LA . c’est tenir ferme en le Seigneur Et là je pense Hippolyte : Est-ce que notre coeur ne brulait pas quand il nous parlait des Ecriture, cette ECOUTE de la Parole, C’est ainsi qu’on tient ferme en le

Seigneur, malgré tout ce qui peut arriver.Merci Hippolyte.

 

-Enfin , la Couronne,vous ma joie et ma couronne, stephanos,en grec, A l’époque la

couronne était une tresse qu’on gagnait quand on avait gagné dans des jeux publics,. De manière allégorique c’est une bénédiction.C’est essentiel …

Alors qu’est ce que la Couronne dans notre verset ?Est-ce LA FOI ? NON.

Ecoutezbien  :Ainsi donc frères biens aimés, vous ma joie et ma couronne…. tenez ferme dans le Seigneur. La couronne ce sont les frères qui rappellent Christ.

 

On tient ferme quand on comprendque la couronne est l’ETRE HUMAIN parce que Christ est en chaque être humain, C’est le secret de la vie.

C’est en trouvant Christ en l’autre et même en soi que l’on tient ferme.

Il faut donc trouver la couronne en l’autre, et même en soi-même, même quand on trouve l’autre pas formidable, en soi aussi, même on se trouve coupable.

Christ est la pierre angulaire qui avait été REJETEE. Il ne se trouve pas forcément dans la beauté.    Quand on comprend que L’HOMME EST la couronne qu’il faut le trouver et aider ,ON TIENT FERME. Merci Ophélie a choisi le verset de l’amour du prochain comme soi-même.C’est la couronne

 

Alors vous voyez, c’est ce que n’avaient pas compris les vignerons : ils gardaient les fruits, la LOI , la doctrine ; ils se trompaient. La Transmission, n’a pas fonctionné, car ils n’ont pas compris que les fruits ne suffisaient pas. En ne comprenant pas que l’être humain est au cœur que le Christ est au cœur de la relation. ils ont aussi tué le fils et le contenu de la foi.

 

Alors voilà, avant de terminer, je voudrais vous dire ceci :

Nous ne pouvons QUE rendre grâce pour la transmission de la FOI, d’une identité, qui se transmet de génération, ou par l’Esprit ,ou comme cela.

Mais,elle prend toute son ampleur quand elle est assortie au geste de CONFIANCE que nous donne l’Esprit de tenir ferme EN le Seigneur.

 

-On tient ferme en le SEIGNEUR- quand onouvre les yeux se réjouit des bienfaits de Dieu , de la grâce,malgré tout ce qui est difficile . C’est un remerciement, action de grâce.

-quand on a confiance en Christ près de soi (proche), dans la prière, malgré sa peine.`

-Quand on ATTEND de la relation à l’autre, Christ en l’homme, qu’on l’aide et qu’on reçoitde lui.

C’est un CHOIX QUOTIDIEN. Cela amène à une posture de vie. Ricoeur dit qu’ainsi le hasard se transforme en destin.

 

Car quand tient ferme en le Seigneur, qu’est ce qu’on RECOIT ?

Le DON du Christ : sa VIE malgré toute SOUFFRANCE. La puissance de la TRANSFORMATION de nos êtres par la grâce, la CREATION illimitée par l’Esprit.Christ nous RENCONTRE dans le plus petit et nous donne sa grâce .On le DECOUVRE au milieu des hommes,et de soi-même, lacouronne, on peut le partager.

 

Alors Christ a voulu qu’on communie àcette puissance de la Résurrection, par l’Esprit avec lui, dans la Sainte Cène, DON de son Corps et de son sang dans le signe du pain et vin, fruit de la Vigne.

Communier en Christpar l’Esprit Saint est la grande TRANSMISSION, l’HERITAGEde vie en Christ, REUNIS par l’Esprit en COMMUNION en Christ en un seul corps.

sa couronne d’épine fut transfigurée en vie, pour NOUS SA COURONNE sa vigne.

La communion en couronne,nous rappelle entre prochain,que Seigneur estprocheet qu’il est notre couronne.

 

Amen.

 

Esaïe 5, 1 à 7 – Philippiens 4 , 1 à 9 – Matthieu 21, l 33 à 43 – « vous qui êtes ma joie et ma couronne, tenez ferme dans le Seigneur, mes bien-aimés ! »

Dimanche 5 octobre 2014 par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

Esaïe 5, 1à 7

1Laissez-moi, je vous prie, chanter pour mon ami

le chant de mon bien-aimé pour sa vigne.

Mon ami avait une vigne

sur un coteau fertile.

2Il en travailla la terre, ôta les pierres

et y planta un cépage de choix ;

il bâtit une tour au milieu d’elle,

il y creusa aussi une cuve.

Il espérait qu’elle produirait des raisins,

mais elle a produit des fruits puants !

3Maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda,

soyez juges, je vous prie, entre moi et ma vigne !

4Qu’y avait-il encore à faire à ma vigne

que je n’aie pas fait pour elle ?

Pourquoi, quand j’espérais

qu’elle produirait des raisins,

a-t-elle produit des fruits puants ?

5Maintenant laissez-moi, je vous prie, vous faire savoir

ce que je ferai à ma vigne.

J’en arracherai la haie,

pour qu’elle soit dévorée ;

j’ouvrirai des brèches dans sa clôture,

pour qu’elle soit foulée aux pieds.

6Je la réduirai en ruine :

elle ne sera plus taillée, ni sarclée ;

les ronces et les épines y croîtront.

Je donnerai mes ordres aux nuages,

afin qu’ils ne laissent plus tomber de pluie sur elle.

7Or la vigne du SEIGNEUR (YHWH) des Armées,

c’est la maison d’Israël,

et les hommes de Juda,

c’est le plant qu’il chérissait.

Il espérait l’équité,

et voici le crime !

— la justice,

et voici les cris des victimes !

 

Philippiens4 , 1 à 9

1C’est pourquoi, mes frères bien-aimés, vous pour qui j’ai une vive affection, vous qui êtes ma joie et ma couronne, tenez ferme dans le Seigneur, mes bien-aimés !

Réjouissez-vous dans le Seigneur

2J’encourage Evodie et j’encourage Syntyque à être bien d’accord dans le Seigneur. 3Oui, toi aussi, fidèle collègue, je te demande de les aider, elles qui ont combattu côte à côte avec moi pour la bonne nouvelle, avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont dans le livre de vie. 4Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous ! 5Que votre attitude conciliante soit connue de tous. Le Seigneur est proche. 6Ne vous inquiétez de rien ; mais, en tout, par la prière et la supplication, avec des actions de grâces, faites connaître à Dieu vos demandes. 7Et la paix de Dieu, qui surpasse toute pensée, gardera votre cœur et votre intelligence en Jésus-Christ. 8Au reste, mes frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est digne, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est moralement bon et digne de louange soit l’objet de vos pensées ; 9ce que vous avez appris, reçu, entendu et vu en moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 

Matthieu 21, l 33 à 43

33Ecoutez une autre parabole. Il y avait un maître de maison qui planta une vigne. Il l’entoura d’une haie, y creusa un pressoir et y construisit une tour, puis il la loua à des vignerons et partit en voyage. 34A l’approche des vendanges, il envoya ses esclaves chez les vignerons, pour recevoir les fruits de la vigne. 35Les vignerons prirent ses esclaves ; l’un, ils le battirent ; un autre, ils le tuèrent ; un autre encore, ils le lapidèrent. 36Il envoya encore d’autres esclaves, en plus grand nombre que les premiers ; les vignerons les traitèrent de la même manière. 37Enfin il leur envoya son fils, en disant : « Ils respecteront mon fils ! » 38Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent : « C’est l’héritier ! Venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. » 39Ils le prirent, le chassèrent hors de la vigne et le tuèrent. 40Lorsque le maître de la vigne viendra, comment traitera-t-il donc ces vignerons ? 41Ils lui répondirent : Ces misérables, il les fera disparaître misérablement, et il louera la vigne à d’autres vignerons qui lui donneront les fruits en leur temps. 42Jésus leur dit : N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures :

C’est la pierre que les constructeurs ont rejetée

qui est devenue la principale, celle de l’angle ;

cela est venu du Seigneur,

c’est une chose étonnante à nos yeux.

43C’est pourquoi, je vous le dis, le règne de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en produira les fruits.

 

 

Amis frères et sœurs,il y a des jours, où quand le pasteur DECOUVRE le texte du jour,

il ouvre la Bible, il lit le texte, et il aurait presque envie de le REFERMER !

Vous avez entenduun jour de confirmation cette parabole de Matthieu :

1 lynchage, 1 rosserie !4 assassinats ! Franchement, on espérerait plus poétique….

 

Et puis quelle histoire !Tous ces vignerons à qui le maître a confié en fermage une vigne : vous avez saisi qu’au moment de remettre les fruits ;REFUS TOTAL et au lieu de les rendre, les vignerons tuent les hommes mandatés pour les chercher, y compris le fils du propriétaire. Et ceci pour avoir l’héritage, sans doute parce que les FRUITSétaient bons à manger, ou qu’ils ne se souviennent pas qu’ils cultivent pour le compte du maitre.

 

Vous avez compris aussi l’allégorie : Au peuple d’Israël, Dieu avait confiéune VIGNE qui devait prospérer et donner du fruit pour les peuples de la terre. La TRANSMISSION a échoué. Les hommes rejetés et le Fils tué, non pas parce quele JUDAISME est responsable :non, c’est le peuple de Dieu qui est visé. Ce peuple aurait été Samaritain, Christ aurait été Samaritain, les vignerons aussi. Jésus aurait tués par ses proches,

parce queLa TRANSMISSIONde la Parole de Dieu a du mal à se faire.

 

Alors TRANSMISSION,parlons-en detransmission. Un jour de confirmation, la transmission du christianisme, est au cœur de cet acte de foi. Et je dirai même plus, du protestantisme, car si le baptême est ‘chrétien’, la confirmation, est l’affirmation d’une identité ‘protestante’.Les catéchumènes en ont largementparlé lors de leur préparation!

Alors oui, parlons-en de cetteTRANSMISSION !

 

Dans ce RECIT, en tout cas, on ne peut pas dire qu’elle soit vraiment à l’honneur !

Déjà en ce qui concerne la parabole qui s’appuiesur la prophétie d’Esaïe.Matthieu a mal transmis le texte. Dans le texte d’origine il s’agissait d’une vigne qui avait donné des fruits,infectes. Là Matthieu a parlé de bons fruits…. A croire qu’il a pris ce qui l’arrangeait du texte pour légitimer la source, vis à vis des communautés juives. Il a détourné le texte, et donc la transmission ne s’est pasbien faite. Comme d’ailleurs le contenu de la parabole de Matthieu, où les fruits n’ont pas été transmis.

 

Alors est-ce à dire que TRANSMISSION de la Parole de Dieu, de la foi, du judaïsme oude la vie chrétienne, en tant que CONTENU, aurait quelques LIMITES ?

POSSIBLE. En tout cas, je crois que le texte pose cette question :`

iIsensibilise au fait que la transmissionde la FOI, ou de l’appartenance, ne peut pas se REDUIRE à un contenu, à DES FRUITS tangibles, palpablescomme une LOI qui se transmettrait IMPECCABLEMENT (sans péché).

Ce texte passionnant montre que les fruits sont peut-être à assortir à un GESTE.

 

Oh, ATTENTION au geste aussi !il ne faut surtout pas imaginer, que la foi en Christ s’apparenterait à une sorte de morale comme on entend souvent.surtout pas,

NON Il s’agirait d’un GESTE SPIRITUEL. Alors quel geste ? (de la trace au geste ?)

 

Eh bien, il se trouve, et c’est formidable qu’unecatéchumène, dans un entretien avec moi, m’a évoqué PAR HASARD, que sa grand –mère lui avait transmis ce verset de l’apocalypse : tiens ferme ce que tu as, pour que personne ne te ravisse ta couronne.

Alors ce qui est étonnant, c’est que ce verset tardif (95), est dit inspiré de notre épitre du jour de Philippiens qui comporte un verset est très proche : Ainsi donc frères biens aimés, , vous ma joie et ma couronne, TENEZ FERME dans le Seigneur.

 

Etonnant Domitille :parce que justement, ce geste spirituel qui pourrait être assorti au contenu des affirmations du protestantisme, comme le salut par la grâce,pourrait être cegeste très spirituel de notre épitre du jour : TIENS FERME EN LE SEIGNEUR.

Alors qu’est ce que veut dire ce geste : TIENS ferme EN le Seigneur ?(transmission)

 

Merveilleux , par ce qu’il se trouve, que là aussi, Paul dans la suite du texte de l’épitre donne trois éléments pour TENIR FERME. Et ce qui est FORMIDABLEc’est qu’ils ont un rapport direct avec les versets qu’ont choisi nos 2 catéchumènes Ophélie et Hippolyte.

Alors comment tenir ferme en le Seigneur selon Paul?

 

– Il est dit : Réjouissez vous tout le temps dans le SEIGNEUR, je vous le répète : réjouissez-vous.3 fois en 2 versets Paul dit ce mot : JOIE . Pourquoi c’est tenir ferme?

Parce que la joie est le même mot que la grâce ; (kara en grec). Celui qui a la joie reconnaît les bienfaits de Dieu et la GRACE. ildit merci à la vie, MEME si cela ne VA PAS. Il aune sorte de PUISSANCE en lui. Il tient ferme en le Seigneur.

 

-2 En toute occasion parla prière DEMANDERà Dieu ,C’est de la CONFIANCE EN DIEU . CE CROIRE EN.c’est le DIALOGUE, Cette ECOUTE LA . c’est tenir ferme en le Seigneur Et là je pense Hippolyte : Est-ce que notre coeur ne brulait pas quand il nous parlait des Ecriture, cette ECOUTE de la Parole, C’est ainsi qu’on tient ferme en le

Seigneur, malgré tout ce qui peut arriver.Merci Hippolyte.

 

-Enfin , la Couronne,vous ma joie et ma couronne, stephanos,en grec, A l’époque la

couronne était une tresse qu’on gagnait quand on avait gagné dans des jeux publics,. De manière allégorique c’est une bénédiction.C’est essentiel …

Alors qu’est ce que la Couronne dans notre verset ?Est-ce LA FOI ? NON.

Ecoutezbien  :Ainsi donc frères biens aimés, vous ma joie et ma couronne…. tenez ferme dans le Seigneur. La couronne ce sont les frères qui rappellent Christ.

 

On tient ferme quand on comprendque la couronne est l’ETRE HUMAIN parce que Christ est en chaque être humain, C’est le secret de la vie.

C’est en trouvant Christ en l’autre et même en soi que l’on tient ferme.

Il faut donc trouver la couronne en l’autre, et même en soi-même, même quand on trouve l’autre pas formidable, en soi aussi, même on se trouve coupable.

Christ est la pierre angulaire qui avait été REJETEE. Il ne se trouve pas forcément dans la beauté.    Quand on comprend que L’HOMME EST la couronne qu’il faut le trouver et aider ,ON TIENT FERME. Merci Ophélie a choisi le verset de l’amour du prochain comme soi-même.C’est la couronne

 

Alors vous voyez, c’est ce que n’avaient pas compris les vignerons : ils gardaient les fruits, la LOI , la doctrine ; ils se trompaient. La Transmission, n’a pas fonctionné, car ils n’ont pas compris que les fruits ne suffisaient pas. En ne comprenant pas que l’être humain est au cœur que le Christ est au cœur de la relation. ils ont aussi tué le fils et le contenu de la foi.

 

Alors voilà, avant de terminer, je voudrais vous dire ceci :

Nous ne pouvons QUE rendre grâce pour la transmission de la FOI, d’une identité, qui se transmet de génération, ou par l’Esprit ,ou comme cela.

Mais,elle prend toute son ampleur quand elle est assortie au geste de CONFIANCE que nous donne l’Esprit de tenir ferme EN le Seigneur.

 

-On tient ferme en le SEIGNEUR- quand onouvre les yeux se réjouit des bienfaits de Dieu , de la grâce,malgré tout ce qui est difficile . C’est un remerciement, action de grâce.

-quand on a confiance en Christ près de soi (proche), dans la prière, malgré sa peine.`

-Quand on ATTEND de la relation à l’autre, Christ en l’homme, qu’on l’aide et qu’on reçoitde lui.

C’est un CHOIX QUOTIDIEN. Cela amène à une posture de vie. Ricoeur dit qu’ainsi le hasard se transforme en destin.

 

Car quand tient ferme en le Seigneur, qu’est ce qu’on RECOIT ?

Le DON du Christ : sa VIE malgré toute SOUFFRANCE. La puissance de la TRANSFORMATION de nos êtres par la grâce, la CREATION illimitée par l’Esprit.Christ nous RENCONTRE dans le plus petit et nous donne sa grâce .On le DECOUVRE au milieu des hommes,et de soi-même, lacouronne, on peut le partager.

 

Alors Christ a voulu qu’on communie àcette puissance de la Résurrection, par l’Esprit avec lui, dans la Sainte Cène, DON de son Corps et de son sang dans le signe du pain et vin, fruit de la Vigne.

Communier en Christpar l’Esprit Saint est la grande TRANSMISSION, l’HERITAGEde vie en Christ, REUNIS par l’Esprit en COMMUNION en Christ en un seul corps.

sa couronne d’épine fut transfigurée en vie, pour NOUS SA COURONNE sa vigne.

La communion en couronne,nous rappelle entre prochain,que Seigneur estprocheet qu’il est notre couronne.

 

Amen.

Deutéronome 30, 15-20, Esaïe 40, 1-5 et Jean 4, 23-24 « Adorons en esprit et en vérité, c’est-à-dire en liberté et en responsabilité… »

dimanche 2 juin 2013 – Culte de départ du pasteur François Clavairoly, par le pasteur François Clavairoly

 

Deutéronome 30, 15-20 :

Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te commande aujourd’hui d’aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies et d’observer ses commandements, ses prescriptions et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays où tu vas entrer pour en prendre possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’obéis pas et si tu es poussé à te prosterner devant d’autres dieux et à leur rendre un culte, je vous annonce aujourd’hui que vous périrez, que vous ne prolongerez pas vos jours dans le territoire où tu vas entrer pour en prendre possession, après avoir passé le Jourdain. J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix et pour t’attacher à lui : c’est lui qui est ta vie et qui prolongera tes jours, pour que tu habites le territoire que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.

Esaïe 40, 1-5 :

Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui Que son combat est terminé, Qu’elle est graciée de sa faute, Qu’elle a reçu de la main de l’Éternel Au double de tous ses péchés. Une voix crie dans le désert : Ouvrez le chemin de l’Éternel, Nivelez dans la steppe Une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit élevée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les reliefs se changent en terrain plat Et les escarpements en vallon ! Alors la gloire de l’Éternel sera révélée, Et toute chair à la fois (la) verra ; Car la bouche de l’Éternel a parlé.

Jean 4, 23-24 :

Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.

Chers amis, frères et sœurs,

Le cri du prophète est celui du pardon. Le cri du prophète est celui de la grâce et de la joie. Et le cri de l’Eglise dans ce monde déchiré, est aussi doit rester à n’en pas douter, comme en écho à l’ancienne prophétie d’Esaïe, ce même message d’une grâce et d’un pardon, là où les hommes se haïssent et se déchirent pour leur rappeler l’espérance de la réconciliation.
Inlassablement, la parole de l’Eglise, en effet, se doit de résonner dans le cœur des hommes désespérés comme auprès de ceux qui sont abandonnés, au sein des couples en difficulté, au cœur des conflits et des violences, auprès de l’enfant maltraité ou de l’homme qui est humilié.
Hier, donc, Esaïe le prophète, annonçait au peuple déporté à Babylone la fin d’une longue et douloureuse histoire.
« Nehamou nehamou hami », disait il, « consolez consolez mon peuple », et plus que cela même, plus qu’un message de consolation, il s’agissait en même temps d’une annonce de réhabilitation, selon l’étymologie même du mot hébreu, « restaurez, réhabilitez mon peuple » dans son droit et dans sa dignité, car voici venu le temps de la liberté et de la joie retrouvée. « Nehamou nehamou hami »…
Vous entendez peut être dans ce cri le mot « neham » et la racine où se crée le nom même de Noé, un nom prédestiné pour la promesse d’un recommencement, pour une nouvelle donne, pour un pardon, pour une nouvelle alliance, pour un nouveau départ. Pour un monde nouveau à construire ensemble afin de permettre l’habitation en paix de toute l’humanité.
Un nom qui anticipe déjà la promesse de la vie et de la résurrection : Dieu a donc choisi. Il a choisi non pas la malédiction de sa création ou de son peuple, mais la bénédiction et la vie. La bénédiction de nos vies (Deutéronome 32).
Israël rentrera d’exil, alors, comme le rapportera le prophète, en une longue marche pleine d’allégresse, et son récit exaltera à ce point les conditions glorieuses de son retour vers Jérusalem qu’il l’écrira tel un magnifique exode, un exode à l’envers, comme pour défaire l’empreinte douloureuse du premier, au sortir de l’Egypte, une sorte de marche victorieuse dont les nations qui en sont témoins se réjouissent et s’étonnent lorsque passe le peuple, une marche où l’on voit que le chemin est plat et large, les vallées rehaussées, les montagnes rabaissées, la steppe nivelée et qu’il n’y a plus d’escarpement.
Il aura exagéré sans doute. Il en aura rajouté comme on dit aujourd’hui. Car nulle trace n’existe dans l’histoire d’un tel retour triomphal ni d’une marche aussi facile ni même de l’ouverture d’une telle voie royale dans le désert. Mais le sens de la prophétie demeure vif et présent à tous les esprits, et ce sens est le suivant : celui qui guide son peuple dans les déserts et les sombres vallées de l’ombre de la mort ne l’a jamais abandonné, celui qui l’a accompagné dans toute son histoire, y compris dans les moments les plus difficiles et les plus humiliants, ne l’a jamais renié ni même oublié.
Et il proclame aujourd’hui par la voix du prophète qu’un recommencement est en vue, pour une liberté retrouvée et pour un service renouvelé.
Il proclame la naissance d’un peuple libre, sa pâque et sa pentecôte tout à la fois.
Voici donc les faits, voici le sens de cette prophétie antique qui proclame un pardon et qui ouvre une nouvelle perspective au peuple d’Israël.
Je pourrais alors vous dire, à cet instant, et pour proposer une première interprétation actualisée de ce récit, qu’après mon départ de la paroisse, un recommencement vous sera possible, à vous aussi, qu’une nouvelle donne vous sera proposée, que l’Eglise se trouvera placée dans une situation de liberté et de service renouvelé. Je pourrais vous dire qu’après toutes ces années d’exil ou de servitude à Babylone avec moi, le temps vient où vous pourrez redémarrer sur de nouvelles bases, et disant cela, je ne trahirais pas totalement l’esprit de ce texte.
Car après tout, vous m’avez supporté comme on supporte un joug, à mainte occasion, et l’allégorie de la libération pourrait bien avoir quelque vérité à déployer ici :
Vous allez goûter à la liberté dans les mois qui viennent !

Mais je ne veux pas trop insister sur cet aspect des choses, et ne pas laisser vos esprits vagabonder à travers des pensées nostalgiques ou critiques, ni vous agacer encore plus en cherchant à vous faire comprendre un peu lourdement que désormais vous devrez vous débrouiller tout seul.
Je sais trop, en effet, combien la vie de paroisse est à la fois précieuse et fragile pour ne pas voir combien vous devrez être proches les uns des autres dans les temps qui viennent, proches de votre conseil presbytéral et de son président, proches des plus petits parmi vous, et pas seulement les plus petits en âge, pour vous tenir ensemble dans la communion de l’Eglise afin de témoigner fermement de l’évangile que vous avez reçu. Oui, vous devrez vous tenir proches et fraternels. Vous découvrirez même combien vous êtes frères et sœurs bien plus que vous ne le pensiez jusqu’ici et vous découvrirez dans l’émerveillement et la reconnaissance d’autres fraternités encore qui élargiront votre famille.

Je vous propose donc une autre piste d’interprétation que celle, toute paroissiale, d’un moment nouveau, d’une nouvelle étape de votre histoire à vivre ensemble. Parce qu’au fond, cela, vous le savez déjà. Et même, plus que cela, vous l’avez déjà vécu, lorsque Philippe Bertrand puis Jean-Arnold de Clermont ont quitté leur fonction. Et vous avez su assumer alors dans la fidélité et non sans une certaine élégance cette période difficile de liberté et de grâce que constitue le temps de l’absence pastorale. Vous y êtes d’ailleurs déjà prêts, en quelque sorte, puisque les choses sont pratiquement en place dès avant l’été pour la rentrée prochaine grâce au travail du conseil presbytéral.
Ce que je retiens donc de ce texte d’Esaïe, plus que l’appel à vivre la difficile liberté de l’Eglise, c’est l’appel à vivre votre liberté et votre responsabilité toute personnelle. Aussi, je ne veux pas tant ce matin prêcher à la paroisse dans une globalité qu’à chacun de vous en particulier ; je ne veux pas tant m’adresser à une communauté en tant que telle qu’à chacun de ses membres qui la fait vivre. Et pour ce faire je vous propose de relier entre eux ces deux textes d’Esaïe et de Jean.
Le premier, comme je viens de vous le dire, pour rappeler que votre vie, votre vie personnelle, votre vie toute entière, est placée sous le signe ineffaçable de la grâce et du pardon, quoique vous ayez fait et pensé, et qui que vous soyez : vous êtes pardonnés et graciés. Vous êtes justifiés comme le disait l’apôtre des gentils. Vous êtes en Christ des créatures nouvelles dont les déterminants ne sont plus ni votre origine, ni votre rang, ni votre sang, ni votre fortune, ni votre intelligence, ni votre compétence, ni votre ancienneté, ni votre droiture morale ou religieuse, ni quoi que ce soit d’autre, mais votre appartenance à Christ, à équidistance duquel nous nous trouvons tous les uns et les autres, grands et petits, riches et pauvres, droite et gauche, méchants ou gentils, nouveaux venus ou vieux de la vieille, pêcheurs honnêtes ou pêcheurs malhonnêtes.
Et le second texte est celui tiré de l’évangile de Jean, dont la phrase essentielle est précisément gravée et dorée dans ce temple : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. »

Oui, placés sous le signe d’une grâce et d’un pardon, nous adorons. Nous adorons… -ah ! Les protestants n’aiment pas vraiment ce mot, car il leur fait penser immédiatement au veau d’or, ou aux adorateurs des idoles, ou encore aux adorateurs de l’hostie et du Saint Sacrement pour les plus remontés d’entre eux- oui, frères et sœurs, chers amis, nous adorons, nous aussi, c’est à dire que nous plaçons toute notre existence, tout ce qui fait notre vie personnelle et intime, tout ce qui fait ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes, sous l’autorité, sous la seule autorité de celui qui nous conduit- le mot même d’adoration signifie agenouillement ou prosternation- et par conséquent nous reconnaissons qu’au dessus de nous se tient l’autorité souveraine de Dieu devant qui nous nous prosternons en nous mêmes (à défaut de nous agenouiller par terre…).
Nous adorons en esprit, donc – c’est à dire précisément dans la liberté, librement, car là où est l’esprit là est la liberté- et nous adorons en vérité -c’est à dire précisément dans la responsabilité, car la vérité éclaire et engage notre discernement…
Nous adorons en esprit et en vérité, autrement dit dans la liberté et dans la responsabilité que Christ nous confie ; nous agissons et nous témoignons, mais en ne perdant pas de vue que ce n’est pas nous qui sommes au centre de l’affaire mais le Christ qui rayonne en nous et nous illumine.
Nous adorons en esprit -en liberté par conséquent- et nous ne nous attachons pas autre chose qu’à l’essentiel qui est l’écoute de la parole.
Jésus visait dans cette phrase quelques uns de ses contradicteurs. Il visait notamment ceux qui pensaient que pour adorer Dieu, il fallait absolument faire quelque chose, et notamment respecter des lois et des coutumes, accomplir des gestes prescrits de puis toujours et des usages immuables, et qu’il fallait aller à Jérusalem, dans son temple compris comme le seul lieu légitime. Et ceux qui pensaient ainsi pouvaient se permettre de juger les Samaritains, par exemple, qui agissaient autrement qu’eux, qui adoraient à Samarie, dans autre lieu, un autre temple, un lieu considéré comme impur ou en tout cas comme moins légitime.

Adorer en esprit, c’est donc pour Jésus reconnaître pleinement aux Samaritains la légitimité d’une adoration qui ne soit liée ni à des obligations ni à des coutumes exclusives ni même à un type unique de lieu.
Et pour nous-mêmes, c’est par conséquent être acceptés dans notre manière de croire et de célébrer avec la possibilité d’inventer à nouveau d’autres formes de fidélités, d’autres façons de vivre le culte, d’autres façons de gérer notre relation à Dieu, dans la liberté, c’est à dire sans ressentir la menace d’un quelconque jugement ou le sentiment d’enfreindre des usages qui seraient devenus des idoles à force d’être considérés comme intouchables et porteurs de condamnation.
Et après cet appel à la liberté, à la liberté de culte, voici l’appel à la responsabilité.
C’est à dire à l’appel à vivre sa relation à Dieu et aux hommes dans la vérité.
Mais alors, de quelle vérité s’agit-il ? De quelle vérité parle Jésus ?
Celle de la doctrine ? Mais laquelle ? Celle du dogme, mais lequel, celle de l’Eglise, mais quelle Eglise ?
La vérité, vous vous en souvenez, c’est Jésus lui-même, quand il dit « je suis la vérité ».
La vérité de ses gestes et de ses paroles, la vérité de tout ce qui a fait sa brève et intense vie, la vérité c’est Jésus lui même quand il prend la responsabilité personnelle de s’approcher du plus petit, qu’il le réhabilite et lui rend sa dignité ( souvenez-vous : « nehanmou nehamou hami » disait déjà Esaïe, proclamant que Dieu réhabilite et console chacune de ses créatures), la vérité quand Jésus parle avec l’étranger, quand il franchit les frontières, quand il touche la main de l’impur, quand il aborde celui qu’on ne veut pas à sa table et qu’il mange avec lui, quand il sert au lieu de se faire servir comme tout à l’heure, au repas de la cène, il nous servira le salut, la grâce et le pardon ; la vérité encore, quand il donne au lieu de calculer promptement ce qui lui reste. Jésus est la vérité quand il se dispute avec les tradis de son camp sur les questions de société, quand il prend la responsabilité d’accepte de dialoguer avec un officier romain de l’armée d’occupation et qu’il soigne sa fille, quand il refuse de condamner la femme adultère et qu’il révèle la violence atroce des hommes qui veulent la lapider, ou encore quand il refuse de voir dans le handicap et la maladie une malédiction, quand il pleure son ami Lazare et qu’il le ressuscite pour damer le pion à la mort une première fois comme pour l’avertir qu’à la seconde, le jour de Pâques, ce sera définitif et qu’elle n’aura plus le dernier mot ; la vérité quand il apprécie de vivre pleinement des moments de grâce comme celui de l’onction à Béthanie où plutôt que de rester dans une perspective comptable et pleine de reproche, déplorant par exemple l’inutile dépense de la femme qui le parfume si chèrement, il annonce sa mort et sa résurrection et considère ce parfum comme un embaumement anticipé de celui qui ne pourra pas avoir lieu au tombeau vide, la vérité quand il accomplit des gestes symboliques signifiant qu’il se tient au service des hommes, la vérité encore, celle d’un pardon indépassable quand il sait que Pierre le renie et qu’il ne le tue pas sur le champ mais qu’il en fait son principal porte-parole, lorsqu’il laisse Judas faire ce qu’il a à faire, librement, et nous permet de comprendre ainsi que nous sommes libres nous aussi de le trahir ou de le suivre, la vérité quand il crie sur la croix son effroi et sa douleur, comme chacun de nous crie ses détresses intérieures et pleure la mort, en une longue plainte, de son ami ou de son conjoint tant aimé.
La vérité en Christ, ici, est cette responsabilité que prend Jésus de vivre sa foi pleinement dans le monde : elle est celle à laquelle nous sommes invités.
La responsabilité de vivre une vie d’homme, dans notre monde, simplement, pleinement, dans la confiance éperdue en celui qui de tous temps nous aime, nous accompagne et nous attend.
Je veux conclure maintenant cette méditation en vous redisant combien j’ai voulu lire et relire l’évangile avec vous, depuis toutes ces années, non pas comme un catéchisme à répéter sans cesse ou comme une loi immuable et froide, mais, selon le mot de Jean Calvin que je ne peux pas omettre de citer ce jour, comme une « doctrine de vie ». Qui engage non pas seulement nos existences du bout de la spiritualité ou de l’intelligence mais entièrement, en plénitude, corps et âme, dans la liberté et la responsabilité, de sorte que c’est toute notre vie qui rend gloire à Dieu, y compris dans ses tristesses et ses fragilités, dans ses détresses et dans ses vanités.

Toute la vie pour la gloire de Dieu en Jésus Christ et dans la communion du Saint-Esprit !

Amen

Esaïe 53v 10-12 : « La souffrance du Serviteur, comme toutes les souffrances, ne plait pas à Dieu »

Dimanche 22 octobre 2006 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs,

Une des plus belles pages de la bible se trouve dans le livre du prophète Esaïe. Ecrite au VI ème siècle avant J.C, elle offre un message d’espérance et de joie puisqu’il s’agit d’une prophétie annonçant au peuple d’Israël la fin de l’exil et la promesse d’un retour triomphal à Sion. Plusieurs passages de cette prophétie ont été nommés dans la tradition par l’expression « Chants du Serviteur ». Le chapitre 53 d’Esaïe est le 4ème chant du Serviteur. Qui est ce Serviteur, et que dit précisément le texte à son sujet ? Arrêtons-nous quelques instants sur ces questions : Il est question dans le récit de souffrances subies, d’épreuves endurées, et aussi d’injustice. Et nous pensons immédiatement à l’Israël de l’exil, déporté à Babylone, déraciné et aucun doute devenu le sujet de multiples difficultés, de persécutions et de toutes sortes de malheurs. Le Serviteur serait à comprendre alors comme une personnalité collective représentant tout le peuple. Il personnifierait Israël, et tout ce qui est dit sur son compte correspondrait à l’ensemble de ceux qui ont été victimes de la défaite et de la déportation. Mais il se trouve que le Serviteur est cependant présenté dans le texte comme une personne humaine, comme un individu. Et il est fait référence explicitement, qui plus est, à la réalité toute particulière du sacrifice d’expiation. Le Serviteur est en effet présenté comme « victime expiatoire ». C’est d’ailleurs la seule et unique fois que le récit biblique évoque ce fait en parlant d’une personne humaine (il n’est qu’à relire le texte de la Genèse en son chapitre 22 pour se souvenir de l’interdit désormais posé définitivement dans la tradition religieuse d’Israël concernant tout sacrifice humain). Cette référence à l’expiation, par le fait d’un homme, a bien évidemment encouragé dans la lecture de la première Eglise, une compréhension christique où la victime s’est trouvée identifiée à Jésus-Christ, en vue de la transmission du salut au monde entier. La première lecture qui s’est imposée très vite en christianisme a donc été christologique (Cf. par exemple : Mt 8 v17, 26 v28 et v 63, 27 v12-13 et Jn 19 v19). La deuxième lecture, en christianisme, peut néanmoins voir dans le Serviteur le peuple d’Israël. Cette compréhension du serviteur comme figure collective et nationale de tout un peuple n’est en rien contradictoire et peut se situer comme en préalable à la lecture christologique. Le message, dans les deux cas, porte une affirmation fondamentale et engage une même définition du salut : c’est que la souffrance des hommes ne plait pas à Dieu, et que devant elle il ne reste pas indifférent. Bien que broyé, bien que supplicié et torturé, le souffrant n’est pas abandonné par Dieu. Le souffrant préoccupe le Seigneur. Celui qui est victime du mal, de la maladie ou de quelque souffrance que ce soit est regardé par Dieu comme étant malgré tout porté par un avenir. Et plus que cela, malgré la souffrance et la mort, par delà la maladie et la mort et au travers même de la mort, l’espérance trouve un chemin : « il verra une descendance, il prolongera ses jours, et la volonté du Seigneur se réalisera par lui… ». Cette vision des choses est décisive : Si l’Eglise, en effet, a porté un certain regard sur la souffrance des hommes, si elle a su la faire entrer très vite dans le champ de sa réflexion, si elle ne l’a pas fuie -en prônant un message de préservation du monde et de retrait- ni ne l’a déniée -en lui concédant inconsciemment un sens positif-, c’est parce qu’elle l’a comprise comme un obstacle à la volonté créatrice de Dieu, et comme un élément d’opposition à son projet de vie et de bonheur pour les hommes. C’est qu’elle a appris à la débusquer, à l’identifier et à la combattre (à travers la diaconie, le service, la visite aux malades, la création d’hospices, l’encouragement de la médecine, la mise en place d’œuvres, de mission, etc.). Ici s’ouvre donc une piste pour nous : Le Serviteur souffrant de la prophétie d’Esaïe, figure toujours mystérieuse s’il en est, porte sur lui la souffrance de tous, comme pour nous signifier une fois pour toutes que sa violence n’aura pas le dernier mot et qu’en Dieu elle est abolie. Qu’il s’agisse de celle du peuple d’Israël en exil ou qu’il s’agisse de celle du Christ, la souffrance est à comprendre comme empêchement, comme obstacle, c’est-à-dire comme un adversaire dans la mesure même où cet adversaire est destiné à être vaincu par la miséricorde et l’acte salutaire de Dieu. Et l’idée d’expiation telle qu’elle est présentée ici dans son exceptionnalité dit bien ce qu’elle veut dire : Une fois pour toutes, « Oracle du Seigneur », « Parole de prophète », cet acte de salut a remporté la victoire, prolepse du royaume d’où la violence et le mal seront effacés. Le message du prophète pourrait donc se dire de la façon suivante : La souffrance de l’exil ne durera pas toujours. Mais bien plus que cela, et au-delà de cette contingence terrible que représentent l’exil et son cortège de souffrances infligés à un peuple, le projet qui se déploie désormais pour Israël comme pour l’humanité toute entière, pour la multitude et pour chacun de nous, est un projet de vie et d’espérance, au cœur même de toutes nos souffrances, qu’elles se nomment persécution, maladie grave, cancer, angoisse, tribulation, divorce, oppressions de toutes sortes. Car la souffrance, depuis que s’est exprimée la promesse d’Esaïe par le biais de la figure du Serviteur, ne laissera désormais plus jamais Dieu indifférent. Et dans la traversée de ces épreuves, il se rendra présent auprès des hommes et ne les lâchera pas. Comme il a traversé l’exil « avec son peuple », il traversera l’exil de nos existences « auprès de nous, avec nous, en nous ». Telle est la justice de Dieu que le Serviteur nous apprend à reconnaître : non pas une justice de rétribution où la souffrance serait (horreur !) le prix à payer pour notre salut, mais une justice de grâce et de miséricorde où Dieu décide une fois pour toutes de lutter avec nous, se faisant proche de nous, contre le mal et la souffrance. Et le baptême que nous venons de célébrer [1], à sa manière, se veut comme le signe définitif de cette présence de Dieu qui en Christ accompagne à jamais chacune de nos vies fragiles, souffrantes et cependant promises à la joie et au salut,

Amen

Esaïe 5, v. 1-7 Le Chant de la vigne. « Le Seigneur espérait l’équité… »

Dimanche 5 octobre 2008 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs en Christ,

Lorsque le prophète Esaïe se lève et prononce ses sentences, lorsqu’il reprend à son compte, le Chant de la vigne, inspiré d’une chanson de vendangeurs de son temps, et qu’il énonce le jugement sur le peuple et son roi, il est dans son rôle de sentinelle : il alerte. Et nous pourrions, certes, nous arrêter sur les raisons historiques de cette alerte, décrypter les motifs politiques et militaires qui président à son intervention : il faudrait alors évoquer la guerre syro-éphraïmite dont le roi de Juda, Achaz, va bientôt être l’un des enjeux et la cible, ou bien encore analyser les termes de l’ambition de l’Assyrie, menaçante au nord, mais ce serait au détriment du message lui-même qui reste d’une étonnante actualité. C’est que la vigne, ici Israël, le peuple que le Seigneur conduit, se trouve dans une situation économique plutôt favorable et assez prospère – les grands propriétaires terriens développent leurs domaines et leur production agricole, ils exproprient les plus petits, et étendent leur influence sur toute l’économie du petit royaume de Juda.

Or l’une des conséquences de cette évolution que l’on qualifierait aujourd’hui de positive au plan de la croissance, génère cependant, et de façon insupportable, de l’injustice et de la pauvreté. Cette distorsion entre richesse et pauvreté au sein d’une même société se trouve dénoncée par le prophète, ainsi que le processus d’enrichissement et de production aux fruits amers pour un grand nombre. Nous sommes au VIIIè siècle avant Jésus-Christ, dans les années 730, et nul ne se soucie dans le monde, en réalité, de ces événements somme toute peu importants : aucune trace dans les chroniques royales des grandes puissances d’alors, aucune trace ni d’Achaz ni du royaume de Juda, si ce n’est ce texte d’Esaïe préservé par ce petit peuple qui est lui-même visé par cette parole acérée et critique. Et cet indice est décisif : Israël a effectivement fait le choix de garder le Chant de la vigne, il a conservé la prophétie parce qu’il y avait là une parole considérée par lui comme toujours contemporaine de chaque lecteur, quelle que soir sa situation, dans la mesure où cette parole établissait la justice comme impératif auquel quiconque entend ces mots se doit d’être attentif, et le cris des victimes comme alerte à recevoir pour agir sans tarder au secours de ceux qui souffrent.

Ainsi la prophétie traversera les siècles jusqu’aujourd’hui. Ainsi l’exigence de justice -exigence que Jésus portant le même nom qu’Esaïe dont la racine signifie « Dieu sauve » transmettra plus tard à son tour – traversera aussi les temps et se trouvera portée par les mêmes voix des mêmes courageux.

Alors comment ignorer que les pages de la bible, ancien et nouveau testament, charrient ce message et prennent le monde à témoin, comment ignorer que chaque fidèle d’Israël ou de l’Eglise soit nourri à cette parole. Comment ne pas voir que le thème de la justice s’enracine profondément et pour toujours dans la conscience juive et chrétienne comme thème majeur, comme clef prophétique, au point de fonder la compréhension de la relation entre les être comme étant celle d’une relation faite d’équité, de reconnaissance et de respect de l’autre, dans le partage et le souci réel du plus petit de du plus pauvre ? Dans la grande réflexion que mènent nos Eglises depuis si longtemps sur leur rôle et leur mission, sur la pérennité légitime de leur engagement et de leur action dans le monde, ce Chant de la vigne trace des lignes ineffaçables : notre société, notre monde, la création toute entière, sont comme le « coteau fertile » de notre récit. Et la question vive est de savoir reconnaître avec lucidité ce que nous en avons fait, au nord et au sud, à l’est et à l’ouest.

« Maintenant, dit le Chant de la vigne, habitants de Jérusalem et hommes de Juda, soyez juges, je vous prie, entre moi et la vigne ! dit le Seigneur. Pourquoi, quand j’espérais qu’elle produise des raisins a-t-elle produits des fruits amers et puants ? Le Seigneur espérait l’équité, et voici le crime ; la justice, et voici le cri des victimes ! »

Il y a dans ce chant, je crois, l’expression d’une véritable détresse et d’une profonde tristesse. Et comme l’aveu d’une tragique impuissance à imposer à l’homme d’accomplir sa vocation d’habiter le monde, enfin, dans la paix.

Mais il y a plus encore, et c’est là l’essentiel. Il y a quelque chose d’un psaume. C’est-à-dire un chant porté par une voix plus grande que la voix de celui qui le chante. Et ici, l’appel retentissant à la justice et à l’écoute des victimes, mis en rime dans la langue hébraïque comme s’il s’agissait précisément de se le redire sans cesse, veut inscrire pour toujours dans nos mémoires, dans la mémoire de tous les auditeurs et de tous les lecteurs du récit, l’irrépressible imploration de Dieu lui-même à notre égard pour que nous ne perdions jamais de vue cette exigence.

L’exigence et la recherche de la justice dont la voix prophétique se fait l’écho n’ira jamais d’ailleurs, sans l’annonce de sa promesse de pardon, toujours offert, toujours renouvelé, et toujours vrai, pour celui qui écoute.

Cette exigence de justice à la quelle nous avons tant de mal à répondre, et ce pardon dont nous avons tant besoin pour vivre, cohabitent donc en nos esprits. Même si cela n’est pas facile.

Je pense alors à l’engagement des membres de nos Eglises, ici et au loin, dans nos villes et dans le monde entier, je pense au dévouement et à la persévérance de tous ceux qui tentent de vivre cette tension au quotidien, dans la discrétion et parfois l’anonymat. Je pense encore à la Cimade qui a du tenir hier une assemblée générale extraordinaire pour faire face aux obstacles placés devant elle, tendant à l’empêcher d’accomplir sa mission et d’inventer un avenir. Je pense enfin à tous ceux qui, au nom de l’Evangile et dans la ligne d’Esaïe-Jésus, parole du Sauveur, nous redisent inlassablement que Dieu est notre « ami » comme l’écrit le Chant d’Esaïe 5, le Chant de la vigne, et que cet ami aime sa vigne, notre monde, et n’a qu’un seul désir pour elle, à savoir qu’elle soit le lieu d’une paix, d’une justice et d’une joie que les prophètes ont attendues, espérées et même chantées, et auxquelles sous sommes tous appelés.

Que dans vos cœurs résonne aujourd’hui le Chant de la vigne. Qu’il résonne comme le cri déchirant de la sentinelle qui alerte devant tant d’injustice, et comme le chant joyeux du guetteur qui voit poindre le jour du pardon,

Amen

Deutéronome 30, 15-20, Esaïe 40, 1-5 et Jean 4, 23-24 « Adorons en esprit et en vérité, c’est-à-dire en liberté et en responsabilité… »

Dimanche 2 juin 2013 – Culte de départ du pasteur François Clavairoly, par le pasteur François Clavairoly

 

Deutéronome 30, 15-20 :

Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te commande aujourd’hui d’aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies et d’observer ses commandements, ses prescriptions et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays où tu vas entrer pour en prendre possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’obéis pas et si tu es poussé à te prosterner devant d’autres dieux et à leur rendre un culte, je vous annonce aujourd’hui que vous périrez, que vous ne prolongerez pas vos jours dans le territoire où tu vas entrer pour en prendre possession, après avoir passé le Jourdain. J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix et pour t’attacher à lui : c’est lui qui est ta vie et qui prolongera tes jours, pour que tu habites le territoire que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.

Esaïe 40, 1-5 :

Consolez, consolez mon peuple, Dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et criez-lui Que son combat est terminé, Qu’elle est graciée de sa faute, Qu’elle a reçu de la main de l’Éternel Au double de tous ses péchés. Une voix crie dans le désert : Ouvrez le chemin de l’Éternel, Nivelez dans la steppe Une route pour notre Dieu. Que toute vallée soit élevée, Que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que les reliefs se changent en terrain plat Et les escarpements en vallon ! Alors la gloire de l’Éternel sera révélée, Et toute chair à la fois (la) verra ; Car la bouche de l’Éternel a parlé.

Jean 4, 23-24 :

Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité.

Chers amis, frères et sœurs,

Le cri du prophète est celui du pardon. Le cri du prophète est celui de la grâce et de la joie. Et le cri de l’Eglise dans ce monde déchiré, est aussi doit rester à n’en pas douter, comme en écho à l’ancienne prophétie d’Esaïe, ce même message d’une grâce et d’un pardon, là où les hommes se haïssent et se déchirent pour leur rappeler l’espérance de la réconciliation.
Inlassablement, la parole de l’Eglise, en effet, se doit de résonner dans le cœur des hommes désespérés comme auprès de ceux qui sont abandonnés, au sein des couples en difficulté, au cœur des conflits et des violences, auprès de l’enfant maltraité ou de l’homme qui est humilié.
Hier, donc, Esaïe le prophète, annonçait au peuple déporté à Babylone la fin d’une longue et douloureuse histoire.
« Nehamou nehamou hami », disait il, « consolez consolez mon peuple », et plus que cela même, plus qu’un message de consolation, il s’agissait en même temps d’une annonce de réhabilitation, selon l’étymologie même du mot hébreu, « restaurez, réhabilitez mon peuple » dans son droit et dans sa dignité, car voici venu le temps de la liberté et de la joie retrouvée. « Nehamou nehamou hami »…
Vous entendez peut être dans ce cri le mot « neham » et la racine où se crée le nom même de Noé, un nom prédestiné pour la promesse d’un recommencement, pour une nouvelle donne, pour un pardon, pour une nouvelle alliance, pour un nouveau départ. Pour un monde nouveau à construire ensemble afin de permettre l’habitation en paix de toute l’humanité.
Un nom qui anticipe déjà la promesse de la vie et de la résurrection : Dieu a donc choisi. Il a choisi non pas la malédiction de sa création ou de son peuple, mais la bénédiction et la vie. La bénédiction de nos vies (Deutéronome 32).
Israël rentrera d’exil, alors, comme le rapportera le prophète, en une longue marche pleine d’allégresse, et son récit exaltera à ce point les conditions glorieuses de son retour vers Jérusalem qu’il l’écrira tel un magnifique exode, un exode à l’envers, comme pour défaire l’empreinte douloureuse du premier, au sortir de l’Egypte, une sorte de marche victorieuse dont les nations qui en sont témoins se réjouissent et s’étonnent lorsque passe le peuple, une marche où l’on voit que le chemin est plat et large, les vallées rehaussées, les montagnes rabaissées, la steppe nivelée et qu’il n’y a plus d’escarpement.
Il aura exagéré sans doute. Il en aura rajouté comme on dit aujourd’hui. Car nulle trace n’existe dans l’histoire d’un tel retour triomphal ni d’une marche aussi facile ni même de l’ouverture d’une telle voie royale dans le désert. Mais le sens de la prophétie demeure vif et présent à tous les esprits, et ce sens est le suivant : celui qui guide son peuple dans les déserts et les sombres vallées de l’ombre de la mort ne l’a jamais abandonné, celui qui l’a accompagné dans toute son histoire, y compris dans les moments les plus difficiles et les plus humiliants, ne l’a jamais renié ni même oublié.
Et il proclame aujourd’hui par la voix du prophète qu’un recommencement est en vue, pour une liberté retrouvée et pour un service renouvelé.
Il proclame la naissance d’un peuple libre, sa pâque et sa pentecôte tout à la fois.
Voici donc les faits, voici le sens de cette prophétie antique qui proclame un pardon et qui ouvre une nouvelle perspective au peuple d’Israël.
Je pourrais alors vous dire, à cet instant, et pour proposer une première interprétation actualisée de ce récit, qu’après mon départ de la paroisse, un recommencement vous sera possible, à vous aussi, qu’une nouvelle donne vous sera proposée, que l’Eglise se trouvera placée dans une situation de liberté et de service renouvelé. Je pourrais vous dire qu’après toutes ces années d’exil ou de servitude à Babylone avec moi, le temps vient où vous pourrez redémarrer sur de nouvelles bases, et disant cela, je ne trahirais pas totalement l’esprit de ce texte.
Car après tout, vous m’avez supporté comme on supporte un joug, à mainte occasion, et l’allégorie de la libération pourrait bien avoir quelque vérité à déployer ici :
Vous allez goûter à la liberté dans les mois qui viennent !

Mais je ne veux pas trop insister sur cet aspect des choses, et ne pas laisser vos esprits vagabonder à travers des pensées nostalgiques ou critiques, ni vous agacer encore plus en cherchant à vous faire comprendre un peu lourdement que désormais vous devrez vous débrouiller tout seul.
Je sais trop, en effet, combien la vie de paroisse est à la fois précieuse et fragile pour ne pas voir combien vous devrez être proches les uns des autres dans les temps qui viennent, proches de votre conseil presbytéral et de son président, proches des plus petits parmi vous, et pas seulement les plus petits en âge, pour vous tenir ensemble dans la communion de l’Eglise afin de témoigner fermement de l’évangile que vous avez reçu. Oui, vous devrez vous tenir proches et fraternels. Vous découvrirez même combien vous êtes frères et sœurs bien plus que vous ne le pensiez jusqu’ici et vous découvrirez dans l’émerveillement et la reconnaissance d’autres fraternités encore qui élargiront votre famille.

Je vous propose donc une autre piste d’interprétation que celle, toute paroissiale, d’un moment nouveau, d’une nouvelle étape de votre histoire à vivre ensemble. Parce qu’au fond, cela, vous le savez déjà. Et même, plus que cela, vous l’avez déjà vécu, lorsque Philippe Bertrand puis Jean-Arnold de Clermont ont quitté leur fonction. Et vous avez su assumer alors dans la fidélité et non sans une certaine élégance cette période difficile de liberté et de grâce que constitue le temps de l’absence pastorale. Vous y êtes d’ailleurs déjà prêts, en quelque sorte, puisque les choses sont pratiquement en place dès avant l’été pour la rentrée prochaine grâce au travail du conseil presbytéral.
Ce que je retiens donc de ce texte d’Esaïe, plus que l’appel à vivre la difficile liberté de l’Eglise, c’est l’appel à vivre votre liberté et votre responsabilité toute personnelle. Aussi, je ne veux pas tant ce matin prêcher à la paroisse dans une globalité qu’à chacun de vous en particulier ; je ne veux pas tant m’adresser à une communauté en tant que telle qu’à chacun de ses membres qui la fait vivre. Et pour ce faire je vous propose de relier entre eux ces deux textes d’Esaïe et de Jean.
Le premier, comme je viens de vous le dire, pour rappeler que votre vie, votre vie personnelle, votre vie toute entière, est placée sous le signe ineffaçable de la grâce et du pardon, quoique vous ayez fait et pensé, et qui que vous soyez : vous êtes pardonnés et graciés. Vous êtes justifiés comme le disait l’apôtre des gentils. Vous êtes en Christ des créatures nouvelles dont les déterminants ne sont plus ni votre origine, ni votre rang, ni votre sang, ni votre fortune, ni votre intelligence, ni votre compétence, ni votre ancienneté, ni votre droiture morale ou religieuse, ni quoi que ce soit d’autre, mais votre appartenance à Christ, à équidistance duquel nous nous trouvons tous les uns et les autres, grands et petits, riches et pauvres, droite et gauche, méchants ou gentils, nouveaux venus ou vieux de la vieille, pêcheurs honnêtes ou pêcheurs malhonnêtes.
Et le second texte est celui tiré de l’évangile de Jean, dont la phrase essentielle est précisément gravée et dorée dans ce temple : « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité. »

Oui, placés sous le signe d’une grâce et d’un pardon, nous adorons. Nous adorons… -ah ! Les protestants n’aiment pas vraiment ce mot, car il leur fait penser immédiatement au veau d’or, ou aux adorateurs des idoles, ou encore aux adorateurs de l’hostie et du Saint Sacrement pour les plus remontés d’entre eux- oui, frères et sœurs, chers amis, nous adorons, nous aussi, c’est à dire que nous plaçons toute notre existence, tout ce qui fait notre vie personnelle et intime, tout ce qui fait ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes, sous l’autorité, sous la seule autorité de celui qui nous conduit- le mot même d’adoration signifie agenouillement ou prosternation- et par conséquent nous reconnaissons qu’au dessus de nous se tient l’autorité souveraine de Dieu devant qui nous nous prosternons en nous mêmes (à défaut de nous agenouiller par terre…).
Nous adorons en esprit, donc – c’est à dire précisément dans la liberté, librement, car là où est l’esprit là est la liberté- et nous adorons en vérité -c’est à dire précisément dans la responsabilité, car la vérité éclaire et engage notre discernement…
Nous adorons en esprit et en vérité, autrement dit dans la liberté et dans la responsabilité que Christ nous confie ; nous agissons et nous témoignons, mais en ne perdant pas de vue que ce n’est pas nous qui sommes au centre de l’affaire mais le Christ qui rayonne en nous et nous illumine.
Nous adorons en esprit -en liberté par conséquent- et nous ne nous attachons pas autre chose qu’à l’essentiel qui est l’écoute de la parole.
Jésus visait dans cette phrase quelques uns de ses contradicteurs. Il visait notamment ceux qui pensaient que pour adorer Dieu, il fallait absolument faire quelque chose, et notamment respecter des lois et des coutumes, accomplir des gestes prescrits de puis toujours et des usages immuables, et qu’il fallait aller à Jérusalem, dans son temple compris comme le seul lieu légitime. Et ceux qui pensaient ainsi pouvaient se permettre de juger les Samaritains, par exemple, qui agissaient autrement qu’eux, qui adoraient à Samarie, dans autre lieu, un autre temple, un lieu considéré comme impur ou en tout cas comme moins légitime.

Adorer en esprit, c’est donc pour Jésus reconnaître pleinement aux Samaritains la légitimité d’une adoration qui ne soit liée ni à des obligations ni à des coutumes exclusives ni même à un type unique de lieu.
Et pour nous-mêmes, c’est par conséquent être acceptés dans notre manière de croire et de célébrer avec la possibilité d’inventer à nouveau d’autres formes de fidélités, d’autres façons de vivre le culte, d’autres façons de gérer notre relation à Dieu, dans la liberté, c’est à dire sans ressentir la menace d’un quelconque jugement ou le sentiment d’enfreindre des usages qui seraient devenus des idoles à force d’être considérés comme intouchables et porteurs de condamnation.
Et après cet appel à la liberté, à la liberté de culte, voici l’appel à la responsabilité.
C’est à dire à l’appel à vivre sa relation à Dieu et aux hommes dans la vérité.
Mais alors, de quelle vérité s’agit-il ? De quelle vérité parle Jésus ?
Celle de la doctrine ? Mais laquelle ? Celle du dogme, mais lequel, celle de l’Eglise, mais quelle Eglise ?
La vérité, vous vous en souvenez, c’est Jésus lui-même, quand il dit « je suis la vérité ».
La vérité de ses gestes et de ses paroles, la vérité de tout ce qui a fait sa brève et intense vie, la vérité c’est Jésus lui même quand il prend la responsabilité personnelle de s’approcher du plus petit, qu’il le réhabilite et lui rend sa dignité ( souvenez-vous : « nehanmou nehamou hami » disait déjà Esaïe, proclamant que Dieu réhabilite et console chacune de ses créatures), la vérité quand Jésus parle avec l’étranger, quand il franchit les frontières, quand il touche la main de l’impur, quand il aborde celui qu’on ne veut pas à sa table et qu’il mange avec lui, quand il sert au lieu de se faire servir comme tout à l’heure, au repas de la cène, il nous servira le salut, la grâce et le pardon ; la vérité encore, quand il donne au lieu de calculer promptement ce qui lui reste. Jésus est la vérité quand il se dispute avec les tradis de son camp sur les questions de société, quand il prend la responsabilité d’accepte de dialoguer avec un officier romain de l’armée d’occupation et qu’il soigne sa fille, quand il refuse de condamner la femme adultère et qu’il révèle la violence atroce des hommes qui veulent la lapider, ou encore quand il refuse de voir dans le handicap et la maladie une malédiction, quand il pleure son ami Lazare et qu’il le ressuscite pour damer le pion à la mort une première fois comme pour l’avertir qu’à la seconde, le jour de Pâques, ce sera définitif et qu’elle n’aura plus le dernier mot ; la vérité quand il apprécie de vivre pleinement des moments de grâce comme celui de l’onction à Béthanie où plutôt que de rester dans une perspective comptable et pleine de reproche, déplorant par exemple l’inutile dépense de la femme qui le parfume si chèrement, il annonce sa mort et sa résurrection et considère ce parfum comme un embaumement anticipé de celui qui ne pourra pas avoir lieu au tombeau vide, la vérité quand il accomplit des gestes symboliques signifiant qu’il se tient au service des hommes, la vérité encore, celle d’un pardon indépassable quand il sait que Pierre le renie et qu’il ne le tue pas sur le champ mais qu’il en fait son principal porte-parole, lorsqu’il laisse Judas faire ce qu’il a à faire, librement, et nous permet de comprendre ainsi que nous sommes libres nous aussi de le trahir ou de le suivre, la vérité quand il crie sur la croix son effroi et sa douleur, comme chacun de nous crie ses détresses intérieures et pleure la mort, en une longue plainte, de son ami ou de son conjoint tant aimé.
La vérité en Christ, ici, est cette responsabilité que prend Jésus de vivre sa foi pleinement dans le monde : elle est celle à laquelle nous sommes invités.
La responsabilité de vivre une vie d’homme, dans notre monde, simplement, pleinement, dans la confiance éperdue en celui qui de tous temps nous aime, nous accompagne et nous attend.
Je veux conclure maintenant cette méditation en vous redisant combien j’ai voulu lire et relire l’évangile avec vous, depuis toutes ces années, non pas comme un catéchisme à répéter sans cesse ou comme une loi immuable et froide, mais, selon le mot de Jean Calvin que je ne peux pas omettre de citer ce jour, comme une « doctrine de vie ». Qui engage non pas seulement nos existences du bout de la spiritualité ou de l’intelligence mais entièrement, en plénitude, corps et âme, dans la liberté et la responsabilité, de sorte que c’est toute notre vie qui rend gloire à Dieu, y compris dans ses tristesses et ses fragilités, dans ses détresses et dans ses vanités.

Toute la vie pour la gloire de Dieu en Jésus Christ et dans la communion du Saint-Esprit !

Amen