Ephésiens 3, 8-21 – Ma conscience est captive de la Parole de Dieu

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 3 novembre 2017

6 mars 1521. Le professeur de théologie Martin Luther est convoqué par l’Empereur Charles Quint devant tous les représentants du Saint Empire Romain Germanique. Cette confrontation, Luther l’espère et l’attend avec impatience. Enfin voilà l’opportunité de s’expliquer et de convaincre ce tout jeune Empereur de 21 ans et avec lui tous les Princes Allemands ! Il veut saisir sa chance.

De son côté, Charles Quint n’a pas du tout l’intention de laisser une tribune libre au petit moine arrogant. N’a-t-il pas provoqué l’ébullition dans tout l’Empire depuis le mois d’octobre 1517, quand il a affiché ses 95 thèses placardées sur la porte de l’Eglise de Wittenberg ? Il réclame la Réformation de la Sainte Eglise contre le commerce des indulgences et les abus du clergé ? Soit ! Tout le monde souhaite cette réforme, même et surtout lui, l’Empereur. Mais il n’est pas question de laisser ce Luther remettre en cause l’autorité de l’Eglise sur le salut des âmes ! Rendez-vous compte de ce qu’il ose écrire : « Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître de toutes choses il n’est assujetti à personne.  L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous. »  Libre ?! Où irions-nous si tout le monde se prenait pour le Pape dès qu’il a une Bible dans les mains ? Pour qui se prend-il celui-là ? Vous l’avez vu brûler en public la Bulle du Très Saint Père, le Pape Léon X qui, dans sa grande miséricorde, lui donnait l’ultime occasion de se rétracter ? Il a déjà eu sa chance. C’est un hérétique ! Il faut qu’il soit excommunié…

Mais Charles Quint n’a pas le choix : les règles de l’Empire exigent que la mise au ban de l’Eglise soit confirmée par les 7 Princes Electeurs. Alors soit ! Convoquez-le ce petit moinillon. Et l’affaire sera entendue… Le calme reviendra et on pourra enfin arrêter ces Turcs mahométans qui menacent la Chrétienté.

Enfin ! écrit Luther : « Jusqu’à présent dans cette affaire, on s’est contenté de jouer, maintenant les choses deviennent sérieuses. Manifestement les choses sont désormais dans la main de Dieu… »

Son arrivée à la Diète de Worms le 16 avril est saluée par la foule enthousiaste qui scande son nom « Luther ! Luther ! ». Porté par l’espoir de tout un peuple de petites gens, protégé par son Prince Frédéric de Saxe, Luther veut en découdre : « Par la Parole seule, le monde a été vaincu, l’Eglise a été conservée ; c’est aussi par la Parole qu’elle sera rendue forte. L’Antéchrist sera écrasé par la Parole sans qu’une seule main ne soit levée. »

Mais Johannes Van der Ecken, l’Official, spécialiste du Droit Canon chargé des procès de l’Eglise, passe à l’attaque sans ménagement :

– Frère Martin, tu as été cité à comparaître devant l’Empire pour recevoir de toi des renseignements à propos des doctrines et des livres qui ont été rendus publics par toi depuis un certain temps. Désignant les livres sur la table, l’air accusateur : Appel à la Noblesse de la nation allemande… Des bonnes œuvres… De la liberté du Chrétien… Prélude sur la Captivité Babylonienne de l’Eglise… Es-tu bien l’auteur de ces ouvrages condamnés par la Sainte Eglise ?

Luther, semble déstabilisé par l’attaque brutale, visiblement impressionné, bafouille. Il hésite, semble perdre ses moyens, parle tout bas, demande un délai pour réfléchir encore… Murmure dans la foule. L’affaire est-elle déjà perdue pour leur champion ?

Il demande un délai ? Soit ! L’empereur lui accorde 24 heures.

Dès le lendemain, Van der Ecken pense pouvoir achever facilement l’adversaire. Il se fait de plus en plus inquisiteur :

– Est-ce bien toi le responsable de la diffusion de ces doctrines hérétiques ? Avoue donc frère Martin ! Puis s’adressant à la foule, visiblement moqueur : Voilà donc le « grand » professeur de théologie, Martin Luder qui se fait appeler Luther « l’Affranchi » ? Est-ce là tout ce que tu as à dire ?

Luther se redresse, visiblement transformé, porté. Sans morgue, la voix est posée, claire et sans agressivité :

– Monseigneur, veuille pardonner la faiblesse dans ma manière de m’exprimer. Je n’ai pas été élevé dans des cours princières, mais j’ai grandi et j’ai été formé dans des recoins monastiques… Il n’empêche que, à la condition qu’aucun mot n’ait été modifié dans ces livres que voici, j’en suis bien l’auteur.

– A la bonne heure, il avoue ! Vas-tu donc te rétracter maintenant ?

– Je suis prêt à me laisser convaincre par des Ecritures évangéliques et prophétiques et si on devait me réfuter à partir de la Bible, je suis prêt à tout et désireux au plus haut point de rétracter toute erreur, et d’être le premier à vouloir jeter au feu mes livres.

Du côté du légat du Pape, on s’insurge : Réfuter cette doctrine diabolique ? Elle a déjà été condamnée depuis le Concile de Constance et le procès de Jean Hus l’hérétique mort sur le bûcher il y a plus de 100 ans !

Seul face aux Puissants de ce monde, le petit moine se redresse. C’est décidé, il ne baissera les yeux devant personne. Quel qu’en soit le prix… Ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. 

On le presse : – Abandonne ta conscience, frère Martin, car la seule attitude sans danger consiste à se soumettre à l’autorité

La soumission ? Jamais ! – Je m’en tiens là. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide !

Cette histoire vécue il y a 500 ans me donner à penser…

Il paraît qu’il n’est pas possible de se souvenir de sa propre naissance. Moi, je prétends le contraire… C’est même, je pense, une occasion extraordinaire qu’il faut savoir saisir à sa juste valeur. Comme l’instant qui vient. Un jour — et c’est comme une naissance à soi-même ­– j’apprends à dire « JE ».  A parler en mon nom propre, à sortir de la masse informe du « ON » qui ne cherche qu’à me maintenir dans la soumission. Soumission à mon passé, à mon identité, à ma famille, à mon code génétique, à mes pulsions inconscientes, à mon milieu social, à mon ressentiment ou à mes envies… que sais-je encore ? Dire « JE », c’est faire l’expérience d’un arrachement, d’une délivrance, d’une libération. Ce que je suis n’est la propriété de personne. Il s’agit d’habiter sa propre vie.

Il faut apprendre à penser par soi-même. La théologie de Luther a son centre dans l’expérience spirituelle du croyant vécue comme une union mystique avec le Christ, une rencontre qui donne la foi, qui justifie, sauve, qui rend libre et qui fonde un individu qui peut parler en son nom propre. Cette rencontre qui fonde et permet de dire « JE » en sortant du « ON », c’est une nouvelle naissance, cette naissance d’en haut dont parle Jésus à Nicodème dans l’Evangile de Jean. C’est cette rencontre qui « arme de puissance » comme le dit l’apôtre Paul dans l’Epître aux Ephésiens, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi. C’est cela être en Christ. A partir de là, j’ai Christ en moi et moi je suis en Christ.

La foi vécue comme une rencontre personnelle avec Dieu et où Christ vient habiter en moi en fondant ma conscience, ce que Paul appelle mon « homme intérieur » échappe totalement à l’emprise de l’institution et permet à l’individu d’émerger face au groupe, face à la communauté, face à l’institution, face à l’Eglise. C’est là la grande nouveauté face au catholicisme. C’est cette expérience personnelle qui offre à Luther la liberté intérieure totale face aux autorités et aux pouvoirs ressentis comme illégitimes, face aux déterminismes et au Destin. Sûr de lui, le petit moine augustin refuse alors de se soumettre et s’oppose fièrement aux deux souverains les plus puissants de son époque : le pape Léon X et l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint.  Il peut bien être excommunié, expulsé de la communion, il s’en moque. Ni le pouvoir politique, ni le pouvoir religieux n’ont plus aucune prise sur lui. Je ne peux pas et je ne veux pas faire autrement, dit-il, parce qu’il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Cette prise de conscience nous apporte une certitude intérieure que désormais il n’est plus question de se mettre à genoux devant qui que ce soit, ni d’accepter qu’un seul être humain se mette à genoux.  Personne n’est au-dessus. Personne n’est en-dessous. Contestation radicale de toutes les hiérarchies… Je ne sais pas si vous mesurez le potentiel révolutionnaire d’une telle affirmation.

Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître de toutes choses il n’est assujetti à personne.  L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous.”  (Traité de la liberté chrétienne – 1520). Cette liberté intérieure lui permet d’ébranler complètement et de redéfinir de fond en comble le système de conviction sur lequel reposent les autorités et les pouvoirs de l’époque en retrouvant la Bible comme seule norme et seule autorité (Sola Scriptura), le salut par la foi seule sans collaboration ni œuvre possible (Sola Fide), une nouvelle définition de l’Eglise comme communauté de baptisés (et non comme institution dispensatrice du salut) fondée sur le sacerdoce de tous les chrétiens (posant les bases d’un fonctionnement non hiérarchique de l’Eglise) et la seule autorité de la Parole de Dieu prêchée.

Ma conscience est captive de la Parole de Dieu, dit Luther. Si sa conscience est captive ? Comment peut-il parler de liberté ? Vient-il de quitter une prison pour tomber dans une autre ? En fait, Luther comprend qu’il ne s’est pas construit pas tout seul. Il sait qu’il ne s’est pas délivré lui-même : personne ne s’échappe des sables mouvants en se tirant lui-même par les cheveux… Il sait que sa conscience lui vient d’une Parole qu’il a entendue, à laquelle il a fait confiance et qui l’a libéré de l’emprise du groupe. La question se pose de savoir à qui je fais confiance pour forger mon intime conviction. A quel système d’autorité j’accorde du crédit : ma famille ? mes amis ? la Science ? le Pape ? les réseaux sociaux ? moi-même ? C’est une question que je dois aussi me poser. Mais il ne faut pas se tromper : Luther ne pose pas un individu flottant auto-fondé mais bien un individu qui reçoit sa vérité d’une rencontre existentielle et personnelle avec Dieu et qui trouve sa vérité dans la parole de l’Autre qui se reçoit dans la lecture de la Bible… La conscience n’est donc pas, comme on a tendance à le penser d’une manière un peu facile, cette petite voix intérieure qui fonde un sujet totalement autonome mais bien le lieu où Dieu vient me parler. C’est ce que Saint Augustin (Luther est un moine augustin) appelle « le Maître Intérieur » : il y a une présence de Dieu à l’intérieur de chaque âme (qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi) de sorte que se tourner vers Dieu, c’est revenir en soi et contempler cette lumière intérieure : « or celui que nous consultons est celui qui enseigne, le Christ, dont il est dit qu’il habite dans l’homme intérieur »[1].

Je m’en tiens là, dit Luther. Sa conscience, née de l’expérience d’une liberté reçue comme un cadeau, lui permet de savoir où il se situe, quelle est sa place dans ce monde et pourquoi il vit… Heureux celui qui, comme Luther, peut dire « Je m’en tiens là » : il ne courbera jamais l’échine devant les puissants de ce monde. Heureux celui qui sait qui il est et où il va : il n’aura pas besoin d’écraser les pieds des autres pour se poser et faire sa place au soleil. Heureux celui qui connaît sa place dans ce monde : il aura un sens à sa vie, une vocation dans ce monde déboussolé, il saura où diriger ses pas sans être une girouette. Voilà pourquoi Saint Augustin conclue son livre Du Maître, en citant Matthieu 23 : Pour vous, ne vous faîtes pas appeler « Maître », car vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères. N’appelez personne sur la terre votre « Père », car vous n’en avez qu’un seul, votre Père céleste. Ne vous faîtes pas non plus appeler « Docteur », car vous n’avez qu’un seul docteur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Parole de Dieu. Amen !

[1] Augustin, Du Maitre, 11, 38

Esaïe 40, 1- 11 et Ephésiens 4, 17-31 – En cette nouvelle année, soyons Homme Nouveau !

Prédication du Pasteur Béatrice Hollard Beau, pour le dimanche 10 janvier 2015

Amis frères et sœurs, on est au début de l’année et même le 10 janvier on s’adresse encore des vœux. Eh bien moi, je vous souhaite à vous tous d’être « Homme Nouveau ».

Qu’est ce que pourrait représenter l’homme Nouveau ?

J’ai fait un petit test avec un groupe de chrétiens récemment, et plusieurs m’ont dit que cela leur fait penser aux thèses actuelles de l’Homme Nouveau inspirées du penseur Isaac Guetz : une sorte de voix de liberté où il n’y a plus aucune contrainte hiérarchique, dans aucun domaine. La notion de « pouvoir » est complètement abolie et partagé par tous.

L’homme nouveau, est un homme responsable et libre.

Même si cela touche aussi la liberté. Vous imaginez que ce n’est pas tout à fait l’homme nouveau sur lequel j’aimerais méditer avec vous, mais ce n’est pas pour autant une notion moins contemporaine. Après l’Apôtre Paul qui l’a déployé dans plusieurs épitres, L’homme nouveau, réalité nouvelle, le théologien Karl Barth en parlait dans les années 1960 dans un ouvrage « la réalité de l’homme nouveau ». De même Bonhoeffer s’est beaucoup inspiré de cette réalité biblique de l’homme nouveau pour résister et témoigner en prison. Cette réalité lui a permis de se sentir libre et de vivre. Le texte d’Esaïe n’est pas si éloigné de cette vocation.

Paul écrit qu’il faut se débarrasser du vieil homme pour devenir « homme nouveau ».

Le vieil homme, c’est ce que nous étions avant de « naître de nouveau en Christ » par le baptême ou la conversion. « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées ; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » (2 Cor. 5, 17)

Aujourd’hui l’Homme nouveau apparaît dans l’épitre aux Ephésiens, belle épitre controversée quant à son origine, écrite dans les années 60, qui a une portée universelle et actuelle.

L’auteur fait comprendre qui est l’homme nouveau, en l’opposant au vieil homme : il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme, qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses.

On pourrait penser que quitter le vieil homme qu’on endosse est une leçon éthique.

Mais pas du tout. L’auteur pour quitter le vieil homme dit ceci : ne vous conduisez plus, littéralement, dans la ‘vanité’ de l’intelligence.

Et un peu plus loin, il ne faut pas agir comme des païens, eux ont été enténébrés, ils ont été étrangers à la vie à cause de ‘l’ignorance’. Ceci a fait qu’ils sont devenus insensibles et durs de cœurs.

C’est leur ‘ignorance’, dit d’auteur, qui les rend vieil homme et étrangers à la vie de Dieu.

Mais qu’est ce que l’ignorance ? On pourrait se dire et c’est terrible que pour devenir « homme nouveau », il faille être savant : Non.

Etre selon le vieil homme, cette ignorance, c’est ne pas connaître Christ, la vie de l’Esprit, c’est rester avec l’Esprit de chair, dans la vanité de l’intelligence, c’est à dire avec des idées préconçues. Rester en soi, fermé, rude, dur de cœur. Dur avec soi-même et avec les autres. C’est rester dans le fabriqué par l’homme, le Pré-fabriqué, s’en tenir à la parole de chair qui se fane, qui devient irritation, colère, mensonge, convoitise, l’enfermement.

Revêtir l’homme nouveau, vivre en Christ, c’est ne pas rester dans l’ignorance, c’est faire entrer en soi l’Esprit Saint. C’est marcher avec la vie en Dieu, respirer, ‘inspirer’ la liberté.

Paul dit dans le texte qu’il faut être transformés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau. Revêtir l’homme nouveau, c’est se laisser traverser, transformer, se laisser convaincre par l’esprit qui est souvent contraire à soi, se laisser créer de Dieu, lâcher les amarres,

C’est adopter une posture d’écoute, de chasseur ; et qui dit écoute, dit d’abord, faire silence en soi. Se taire à soi, relativiser sa parole de chair, écouter cette parole qui subsiste à toujours. Imparable inspirer la Parole. La capter au vol !

Se laisser créer, fabriquer, sachant que ce n’est pas nous qui créons, mais l’Esprit Saint. Elle fait du bon, elle nous fait dire et faire du bon.

Revêtir l’homme nouveau, inspirer, s’inspirer se décide chaque jour, en Eglise, hors Eglise disait Bonhoeffer. Dans nourriture dans l’Evangile ou est le Christ, mais aussi dans la nourriture de l’Evangile ou est l’homme, parce que le Christ est là.

Dans toute les nourritures inspirées, la musique, la peinture, partout dans cette vie de l’Esprit, hors de soi, qui nous renouvelle. Dans la liberté. Le Christ est là, près de soi dans l’écoute.

Mais si la vocation de l’homme nouveau chaque jour, c’est inspirer la parole, c’est aussi après avoir respiré la parole de Dieu, (amour), expirer la Parole, du Saint Esprit que se dégage justice et Sainteté, par ce que cette justice n’est pas la nôtre mais toujours celle de Dieu, de même que la vérité est le moteur de l’Esprit. Elle n’est que là, la justice.

Nous sommes missionnés à la vérité : à dire cette parole de liberté, de vérité de bonté, cette parole de Dieu qui demeure à jamais, c’est celle de Dieu. A l’instar de Jérusalem, qui devait témoigner de la Parole.

Il est donc important d’être homme nouveau et s’inspirer en soi l’Esprit, cette parole, c’est à dire ne pas être mangé par les choses périssables et mortelles, ne pas se manger par soi, aller vers les perspectives de vie.

Quelque fois avoir la force de dire non, mais aussi dire Oui furtivement, après avoir dit non.

Parce que Dieu dit oui en vous, c’est cela revêtir l’homme nouveau, résister à la chair de la mort, pour après expirer la Parole de vie. Témoigner.

Proclamer la parole de Dieu donne la justice de vie. Il n’y a pas d’autres justices que la vie.

Mais pour cela il ne faut pas rester statique, si l’on ne respire pas, on est mort. Si l’on est dans le statique, dans des préjugés, on n’est plus dans réalité de l’homme nouveau.

L’homme furtif dépasse notre raison, nous rend un peu prophète et bons.

Karl Barth écrit, le nouvel homme est créé de Dieu, tend vers Dieu. Il faut se laisser renouveler par son intelligence, dans l’action de Dieu : la vérité éternelle vivante et salutaire n’est pas statique, mais dynamique, l’Esprit qui fait bouger. Il écrit alors, Elle est active, elle opère et elle crée. Il continue, écrivant : Elle est l’acte créateur de Dieu. Je cite encore : l’acte par lequel, il est présent et agissant, par lequel il se révèle comme Sauveur. C’est cette vérité là qui crée l’homme nouveau et qu’il doit proclamer.

Enfin, et je terminerai ainsi, l’homme nouveau, Esaïe l’avait compris, c’est vivre de la Parole créatrice qui donne vie. Dieu nous envoie le Rédempteur, Christ qui grâce à sa Croix et sa Résurrection, nous donne l’Esprit de VIE qui nous nous demande d’aller crier, expirer la parole dans le désert, d’être fort messager de Dieu,

Respirer, expirer c’est alors niveler la steppe, relever le vallon vers le haut, pour laisser parler Dieu. Laisser faire, l’Esprit, en montant, la haute montagne c’est dur parfois, c’est laisser en bas le bas, s’en écarter, et surtout ne pas se trainer ver le bas, C’est se propulser vers le haut dans le futur! Jamais dans passé. Le présent est futur. En hébreu, il y a l’accompli et l’inaccompli. Le présent est toujours inaccompli.

Ainsi en étant homme nouveau, vivant de cette parole, que Paul eut la force et l’inspiration de créer l’Eglise d’Ephèse durant un premier séjour et pendant un deuxième séjour plus tard, vers les années 55. Paul solidifia cette Eglise en enseignant en premier aux Juifs et puis après dans l’école d’un dénommé Tyrannus. Par la proclamation de la parole les païens reçurent la ‘la vérité en Christ’ et Ephèse fut évangélisée et devint un des lieux importants du christianisme pour les païens. Paul est monté sur la montagne, il a proclamé en se tournant vers le haut, vers le désert et l’impossible. Karl Barth a exprimé grandement la création possible de l’homme grâce la réalité de l’homme nouveau, grâce à Dieu. Bonhoeffer grâce à la réalité de l’homme nouveau a résisté à l’Eglise et a témoigné de Dieu avec courage.

Il nous faut être ‘homme nouveau, vivre dans la dynamique de l’Esprit’, et avec courage, ne pas être dans l’ignorance de la parole. Entendre cette voix furtive, la capter.

Attention à ceux qui veulent freiner l’Esprit : N’attristez pas l’esprit dit le texte, utilisez cet esprit. Ne rester pas dans l’ignorance de la Parole qui enténèbre,

Etre nouveau, homme nouveau, c’est monter sur la haute montagne être ouvert au lendemain en Christ. C’est ne pas avoir peur. C’est dire des mots, bons, de grâce, de liberté. C’est inspirer, respirer, expirer le souffle, être envoyé en joyeux messager, qui donne la grâce, ainsi et qui fait grâce, parce qu’il est libre, comme Dieu nous a fait grâce en Jésus-Christ, lui qui nous a apporté la respiration de la vie. Nous devons être homme nouveau, respirer, souffler la vie et en témoigner.

 

Amen

Ephésiens 3, 2-6 « Les non-juifs ont un même héritage, forment un même corps et participent à la même promesse, par la bonne nouvelle dont je suis devenu ministre … »

Dimanche 5 janvier 2014, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

 

Voilà le mystère dont Paul a eu la révélation et qu’il a pour vocation de révéler …
Cela bien sûr ne nous surprend pas, nous qui quelques siècles plus tard savons bien que Paul a été surnommé l’apôtre des païens.
Mais il nous faut bien comprendre ce que cette révélation a de surprenant et ce qu’elle peut signifier. Nous ne devons pas perdre de vue, en effet, que cette révélation et les conséquences que l’apôtre en a tirées ont mené le monde à une crise sans précédent qui a permis l’irruption du christianisme. C’est bien parce que Paul et ses disciples se sont résolument tournés vers les païens de leur temps, que s’est ouverte une ère nouvelle qui cinq siècles plus tard amènerait une fixation progressive du calendrier sur la date présumée de la naissance du Christ. C’est sur la base de cette révélation et dès que les moyens de transports l’ont rendu possible que la mission chrétienne s’est répandue en tous lieux.

Ce qui est surprenant en tout premier lieu c’est que Paul en ait eu la révélation dans la découverte de la grâce de Dieu. Paul a rencontré le Christ et cela l’a amené à tout remettre en question. Il n’était personnellement confronté à aucune crise morale ou spirituelle. Il était attaché à la Loi et s’attachait, o combien !, à la faire respecter. Il rencontre le Christ et tout bascule. La grâce remplace la Loi ! Le Christ lui révèle l’état de crise dans lequel se trouvait le peuple juif, l’incapacité de la Loi à lui assurer le salut. Aucun juif orthodoxe, ce qu’il était, ne pouvait avoir une telle vision de la crise. Seul le Christ ressuscité pouvait lui ouvrir les yeux.
Mais si c’est la grâce qui opère, si c’est le ressuscité qui vient à la rencontre de celui qui doit être sauvé, alors la Loi n’a plus rien à voir avec le salut. Elle qui établit un corps, un peuple, le mettant au bénéfice d’un même héritage, d’une même promesse, si elle n’est plus le vecteur du salut, c’est que ce corps, cet héritage, cette promesse, sont ouverts à d’autres qu’à ceux qui se soumettent à cette Loi.

Voilà, je crois, la révélation dont Paul est porteur et qu’il nous offre de partager comme une bonne nouvelle qui libère. Et nous ouvre de nouveaux horizons.
Et j’aimerais seulement l’entendre pour nous aujourd’hui, en ce début d’année.

Ce qui est assuré c’est qu’elle a été pour Paul à l’origine d’un regard nouveau porté sur ses contemporains. Pour Saul, l’adepte fidèle de la Loi, il y avait un unique cadre de vie possible, celui du peuple juif. Pour Paul, voici que juifs et non-juifs se retrouvent ensemble, unis par le même destin, ou plutôt destinés les uns comme les autres au salut.
C’est le fruit d’une révélation ! C’est dire que ce regard n’était pas son regard mais celui que la grâce dont il était l’objet lui donnait de recevoir comme un nouveau regard, le regard de Dieu sur l’humanité.
C’est ce regard qu’à son tour il nous demande de recevoir en même temps que la grâce de Dieu vient à notre rencontre. Et il nous faut vraiment le recevoir. Car tout nous pousse à nous enfermer dans un autre regard plus restrictif qui sélectionne ceux qui sont « admissibles » et rejette tous les autres. Tout nous engage à une telle sélection ; nous valorisons les bienfaits du christianisme ; nous construisons des ensembles économiques et politiques ; nous nous défendons contre les intrusions étrangères… rien en cela n’est répréhensible. Il nous revient de gérer au mieux les affaires de notre vie, de notre peuple. Mais subrepticement se glissent des notions de supériorité des uns sur les autres, des exclusives, des prérogatives.
Or il nous faut recevoir ce regard renouvelé qui nous amène à voir tout autre comme destiné au salut. J’entends bien que cela n’a rien à voir ni avec l’économie, ni avec la politique. Mais il nous faut nous préserver de tout ce qui pourrait mettre ce regard positif en question.
Bien plus, il nous faut rechercher avec la même ardeur que l’apôtre ce qui nous permet d’être porteurs pour tous de la bonne nouvelle du salut.

La mission ou l’évangélisation, peu importe le nom que nous leur donnons, n’ont pas très bonne presse chez nous, protestants classiques. La mission, nous nous demandons si elle a encore lieu d’être vis à vis de pays indépendants et surtout lorsque des Eglises sont déjà plantées dans ces pays. Elle a le plus souvent pris le nom d’aide au développement. Quant à l’évangélisation, qui en fait est la même chose mais ici, auprès de nous, nous nous demandons comment l’exercer. En fait vous sentez bien que les deux questions sont liées et que si nous étions au clair sur l’une nous y verrions clair pour l’autre.
Il y a quelques semaines j’ai reçu le tapuscrit d’un ouvrage qui paraitra au mois de mars ou avril dont l’auteur était en même temps que moi en Centrafrique… au siècle dernier ! Et il raconte comment l’Evangile est venu bouleverser des hommes et des femmes au plus profond de la brousse africaine. Libération de l’alcool, mais aussi de forces occultes, du pouvoir de la sorcellerie. Il en a été le témoin autant que l’acteur. Qui pourrait douter après un tel récit de la grâce de l’Evangile dans la vie des hommes. Mais en le lisant je me demandais s’il n’était pas toujours temps de croire dans la force de libération de l’Evangile dans notre monde occidental ?

Pour l’apôtre cela consiste simplement à témoigner de la grâce qui lui a été faite en Jésus Christ !
Somme-nous prêts à le faire ? Dans notre style ! J’entends par là qu’il ne nous est pas demandé d’aller dans les rues raconter avec force détails notre conversion ! Mais sommes nous disposés à dire ce qui fait que notre vie a un sens, que notre « péché », c’est à dire ce qui nous sépare de Dieu, ce qui est contraire à sa volonté, est déjà pardonné et qu’il nous est donc possible de prendre un autre chemin dès lors que nous reconnaissons notre faute. Nous est-il possible de donner des signes d’une vie qui accepte de se laisser conduire par sa Parole. Je le crois ; et j’en connais qui frappe à la porte de nos Eglises pour y avoir entendu cette parole qui libère et ce témoignage qui en atteste la force.

Mais précisément libérés de quoi ? Quelle est la sorcellerie de notre monde occidental ?
Je m’avance ici dans un domaine ou la parole n’est faite que pour appeler la parole ; ma réponse pour appeler vos réponses….
La sorcellerie, les pouvoirs occultes, ils existent sans nul doute. Des exorcistes sont à l’œuvre qui s’y opposent de toute la force de leur foi et de leurs prières. J’ai tendance à penser que ne sont sujets de ces forces maléfiques que ceux qui y croient, mais les en délivrer ne consiste pas seulement à les nier.
Toutefois, il me semble que ce qui menace le plus notre monde occidental et dont seules peuvent le délivrer la foi et la prière, c’est l’enfermement des hommes dans leur propre personne…
C’est ce qu’on désigne par l’individualisme des occidentaux. Encore faut-il s’entendre sur ce que nous disons. Que chacun soit reconnu dans sa singularité et non plus à travers le clan, le milieu, le lieu dont il est originaire, voilà une grande conquête, probablement une grande libération que l’on doit au christianisme et peut-être bien assez fortement au protestantisme, avec sa conviction que chacun par la Parole de Dieu est placé dans un face à face avec son Seigneur.
Mais précisément le monde contemporain, avec sa foi dans le progrès de l’humanité et dans le dépassement de ses limites humaines, ne nous a-t-il pas ré – enfermé dans la prison de notre propre individualité. Nous voulons être les seuls maitres de notre vie. Nous n’acceptons que très difficilement qu’un autre nous conduise, guide nos choix, ouvre nos horizons.

Et sommes-nous prêts à aller plus loin. Ne pas nous suffire de notre témoignage personnel, mais nous tourner ensemble vers ceux qui nous entourent pour lever des barrières qui souvent nous séparent d’eux et partager avec eux cette parole libératrice ? L’enjeu de la mission… dire ensemble l’Evangile au monde ! Sommes-nous prêts à y réfléchir ensemble, y consacrer du temps, et des forces ?

Si nous le faisons, ce sera en nous laissant porter par l’apôtre Paul et la révélation du mystère qu’il nous donne : les païens ont un même héritage, forment un même corps et participent à la même promesse en Christ Jésus.

Ce regard différent sur nos contemporains, un regard qui n’est pas le nôtre mais nous est offert, c’est ce que je veux nous souhaiter en ce début d’année. Il n’empêche nullement de nous souhaiter les uns aux autres paix et santé, bonheur et nouveauté, mais il consiste à ne pas attendre de nous même d’avoir les moyens de contrôler notre avenir. Il ne s’agit nullement de nous abandonner sans autre à la fatalité. Non ! Notre avenir est entre nos mains – pour une bonne part ! – mais de laisser conduire notre vie par ce regard nouveau que Dieu nous donne. Recevoir sa grâce c’est avoir une boussole pour notre vie, des critères de choix, une espérance sans cesse renouvelée, pour nous et tous ceux qui croiseront notre chemin.