Romains 5, 1-11 Matthieu 22, 34-40 – Être rendus juste devant Dieu à cause de notre foi

Prédication de Clotaire d’Engremont, le dimanche 29 octobre 2017, dimanche de la « Réformation »

 

  1. Être rendus juste devant Dieu à cause de notre foi
  2. Avoir accès à la Grâce de Dieu
  3. Espérer participer à la gloire de Dieu
  4. Être en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ.
  5. Croire que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pêcheurs. (je souligne ici le mot encore !)

Ces expressions tirées du chapitre 5 de l’épître de Paul aux Romains qui nous ramènent au début de l’ère chrétienne constituent, grâce à Paul, une sorte de quintessence du Christianisme par leur profondeur et par leur densité, au point que certains commentateurs se sont demandé ce que serait devenue la foi chrétienne si Paul n’avait pas existé.
Nous pouvons penser, en toute sérénité, que le plan de Dieu aurait permis l’intervention d’une autre personne… de la même trempe que Paul… ! Toujours est-il qu’en ce dernier dimanche d’octobre où nous faisons mémoire, dans les églises protestantes, du geste de Martin Luther qui placarda le 31 octobre 1517 ses 95 thèses contre les indulgences et pour la gratuité du salut, il est évidemment symbolique de consacrer un temps de réflexion sur des mots à forte teneur théologique tels que la foi et la grâce.

La foi, tout d’abord, pour le chrétien c’est plus que la croyance, c’est la totale confiance en Dieu et en son fils, Christ Sauveur et Ressuscité. N’attendez-pas de moi une autre explication que celle-ci car la foi n’est pas une fin en soi ; elle est certes mystérieuse mais est surtout primordiale pour comprendre le message que constitue la Grâce.

La Grâce, et c’est là où je voulais en venir plus longuement, est le maître mot qui a permis à Martin Luther de sortir de son désespoir qui l’avait envahi dans sa cellule monacale où il s’adonnait à toutes sortes de mortifications et de pénitences issues du Moyen-âge. Moyen-âge qui voyait les feux de l’enfer brûlant des cohortes de damnés éloignés du Salut.
Lorsque Paul nous parle de la grâce, et c’est ce qu’a saisi et a expliqué Martin Luther, il est patent qu’il se réfère au don surnaturel – donc gratuit – que Dieu veut bien accorder en vue du Salut. La Grâce, c’est la gratuité. Fonder la relation à Dieu sur cette gratuité, sans condition, sans demande de rétribution, peut paraître même encore aujourd’hui difficile à admettre par certains, dans un monde où tout se paie, en monnaie sonnante et trébuchante, au sens propre comme au sens figuré !…
« Dieu est Dieu parce qu’il ne réclame rien pour lui mais ne fait que donner et se donner » rappelle Martin Luther après d’autres penseurs chrétiens qui le disaient avant lui depuis très longtemps, mais qui étaient moins entendus… (Jean Huss, un des derniers, ne disait pas autrement mais fut brûlé 100 ans avant la venue de Martin Luther). Pour reprendre ceci dans une forme encore plus précise et que j’emprunte à Georges Casalis(1)Martin Luther et l’église confessante, éditions du Seuil 1966 un pasteur et théologien du XXe siècle (1917-1987) je cite : « en somme, au Dieu JUGE qui condamne sans rémission, Martin Luther en est arrivé au PÈRE qui communique sa justice à ses enfants : la justice dont parle l’écriture n’est pas celle que Dieu exige de l’homme ni la condamnation que subit le pêcheur, mais celle qu’il donne gratuitement au pêcheur qui vient à lui dans l’humble repentance portée par la Foi »

Il est clair ajoute Georges Casalis que « l’essentiel de l’illumination de Martin Luther reste le cœur de toute authentique spiritualité évangélique, l’essence même du message chrétien : les formules peuvent changer mais deux points constituent les piliers de la foi des Églises issues de la Réforme :

1er point : c’est la primauté de l’amour souverain de Dieu sur toute décision ou attitude de l’Homme.

2ème point : c’est le mystérieux échange en vertu de quoi le CHRIST, en qui DIEU s’est abaissé jusqu’à prendre rang dans l’Humanité, ce qui permet ainsi aux pêcheurs d’appeler DIEU « NOTRE PÈRE » ».

En d’autres termes, la mort du Christ suivie de la résurrection est notre seule et unique justification. C’est grâce à cela que nous sommes pardonnés et appelés à une vie totalement nouvelle. Nous sommes alors portés par la « glorieuse liberté des enfants de Dieu » comme aiment à le répéter les réformateurs depuis le XVIe siècle.

Si nous restons à l’écoute de ce que nous venons de méditer à grands traits grâce aux versets extraits de l’Épitre aux Romains, si nous gardons à l’esprit que la grâce est gratuitement un don de Dieu, nous pouvons mieux comprendre encore le double commandement de Jésus qui figure aux versets 37 à 40 du chapitre 22 de l’évangile de Matthieu que je relis : « Tu aimeras le Seigneur, ton DIEU, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence, c’est là le grand commandement, le premier. » Un second cependant lui est semblable : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». De ces deux commandements dépendent toute la loi et tous les prophètes. Dans ce passage cité, Jésus ne se laisse pas enfermer dans le piège que veulent lui tendre les pharisiens, c’est-à-dire les très légalistes Docteurs de la loi. Comme Dieu aime sans conditions, gratuitement, le fils de Dieu invite l’Humanité à aimer Dieu aussi sans condition non plus, sinon d’avoir un cœur, une âme et de l’intelligence. Il se contente de dire que le double commandement est la seule loi qui compte… Dieu aime en premier, mais Dieu est aussi celui qui est aimé, rappelle Matthieu. Dieu est donc la quintessence de l’Amour c’est-à-dire la plénitude de la vie. C’est pourquoi, nos œuvre terrestres, même si elles sont louables, ne complètent pas à proprement parler, la Grâce de Dieu. Pour citer un ami pasteur à la foi bon théologien et excellent pédagogue, nos œuvres ne sont pas les « infirmières » de la Grâce ; nos œuvres sont en fait elles-mêmes le fruit de la Grâce divine. Amour et Foi sont alors deux piliers d’une même vocation… Autrement dit et je cite encore Georges Casalis : « Si donc le don gratuit de Dieu a pu répondre à l’angoisse du cœur de  Martin Luther, il ne faudra pas moins du don de ce même cœur pour répondre à la paix que Dieu donne ». D’ailleurs dans son petit traité sur « La liberté du chrétien » datant de 1520, trois ans après l’affaire des 95 thèses, Martin Luther développe deux propositions qui peuvent précisément apparaitre comme contradictoires :

  1. Le chrétien est en toutes choses Seigneur et n’est soumis à personne ;
  2. Le chrétien est, en toutes choses, Serviteur, et est soumis à tout le monde.

Mais du fait du don gratuit de la Grâce, aucune œuvre n’est vraiment nécessaire pour mériter le SALUT. Certains disent même que toute volonté intempestive de s’en approcher en éloigne en vérité. Et pourtant la liberté chrétienne lie l’homme à celui qui lui a donné la dite liberté. C’est bien sûr Jésus-Christ. C’est pourquoi les œuvres, de ce point de vue, sont nécessaires non pas pour rendre l’homme meilleur, mais parce que l’homme est destiné à être meilleur grâce à la justice de Dieu.

Chers amis, comment essayer d’être meilleur ? Le chrétien est tenu, me semble-t-il, de s’engager là où il est, pour un monde que l’on voudrait plus juste en paroles comme en actes car sans progression continue pour plus de justice dans ce monde, l’Amour demandé par Jésus devient une notion quelque peu éthérée qui peut même friser l’imposture !!

 

Il est temps de conclure.
Au-delà du dernier repas, dont nous allons faire mémoire dans quelques instants, il y a la croix, quintessence de l’amour de Dieu qui nous demande, dans l’espérance, de rester debout et libéré de nos peurs, afin d’essayer de venir à bout des situations les plus difficiles, en toute lucidité.
La liberté chrétienne, chères sœurs, chers frères, n’a rien à voir avec la recherche forcenée de la richesse, de la puissance ou même de la réussite dite sociale. La vraie liberté c’est de se laisser envahir par une transcendance qui, grâce au Dieu de Jésus-Christ, nous rend à la fois objet et sujet de la dite GRÂCE.
Dans l’ordre, l’Homme est alors, selon le triptyque qui ressort de l’épître aux Romains :

  • justifié,
  • réconcilié,
  • et sauvé

A cet instant, GRÂCE et AMOUR deviennent un seul et même mot.

Amen

Notes   [ + ]

1. Martin Luther et l’église confessante, éditions du Seuil 1966

Jean 13, 31-35 – Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres

Prédication de Clotaire d’Engremont – Dimanche 24 avril 2016

 

Chères sœurs, chers frères,

Comme vous le savez certainement, le quatrième évangile, celui de Jean, s’écarte notablement des trois premiers évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc sur les derniers moments de l’existence terrestre de Jésus. En effet, Jean ne relate pas le récit qui, en gestes et en paroles, constitue l’institution eucharistique. Jean parle simplement d’un dernier repas pris en commun avec ses disciples auxquels Jésus souhaite donner ses dernières recommandations. Ces recommandations sont données après l’épisode du lavement des pieds de ses disciples par Jésus qui, malgré les protestations de Pierre, fait fi de toute préséance. Le récit du lavement des pieds qui lui, en revanche, ne se trouve que dans le quatrième évangile de Jean, revêt ainsi une haute valeur symbolique, en mettant en relief la sublime humilité de Jésus qui sait, comme le rappelle le verset 3 du chapitre 13 : « Que de Dieu il est sorti et que vers Dieu il s’en va ».

Je ne peux m’empêcher de relier cet épisode du lavement des pieds, qu’il vous faudra relire dans votre particulier, avec la recommandation concernant l’Amour, cet acte suprême de Jésus pour ses disciples et l’humanité toute entière, avant la crucifixion qui est proche compte-tenu de la trahison de Juda qui vient d’intervenir.
Dans ce contexte pré-pascal intense, tout incite à être particulièrement attentif aux termes employés par Jésus dans ce discours d’adieux et que je me propose de méditer avec vous : « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres » (verset 34).

L’Amour, pour le chrétien, est une vertu primordiale, essentielle, incontournable. On pourrait même dire que c’est la première vertu née de la Foi, puisqu’elle se rapporte à l’essence même de Dieu et à la cause première de l’action des femmes et des hommes …

Évitons d’abord tout malentendu : l’Amour dont il s’agit c’est l’Agapé au sens employé par la langue grecque, c’est-à-dire l’Amour-charité à l’infini et non pas l’Amour-désir au sens de l’Eros… Je n’insiste pas sur ce que vous savez déjà ! Pour autant, l’Amour-charité est-il spécifiquement chrétien ? Non ! Il figure dans les préceptes de l’Ancien Testament. On cite souvent à ce sujet le verset 18 du chapitre 19 du Lévitique : « Tu ne garderas point de rancune… Tu aimeras ton prochain comme toi-même… ». On cite aussi le verset 34 du même chapitre qui prend aujourd’hui une résonnance toute particulière dans le contexte des réfugiés qui cherchent la paix en venant dans nos pays européens : « Vous traiterez l’étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l’aimerez comme vous-mêmes… »
Au-delà même de la loi de Moïse, l’Amour-charité est aussi répandu dans beaucoup de sociétés humaines. Pensons par exemple à la compassion chère aux adeptes de la religion bouddhique. Mais vous savez tout cela, n’insistons pas plus avant. Venons-en à la pointe du texte de ce jour : En quoi donc le commandement de Jésus est nouveau ?

Ce qui est nouveau et pour tout dire radicalement définitif, c’est que l’Amour du Fils de Dieu est à la fois exemple et source, ou si on veut le dire autrement l’Amour du Fils de Dieu est fondement et norme à la fois. Jésus se réfère ainsi au don de sa vie. C’est pourquoi l’Amour, s’il peut entrainer un don total de soi, est d’abord un état, une façon de s’intégrer totalement en esprit au Fils. Cet amour est par ailleurs à considérer comme bien autre chose qu’une exigence fondée sur la simple morale. C’est en fait un don reçu et, pour les croyants qui partagent la même conviction en Christ, c’est la communion avec Dieu dont l’Amour est inouï, mystérieux, incommensurable !
C’est certainement cette approche qui permet de comprendre pourquoi par ailleurs Matthieu est allé plus avant dans sa façon de rapporter un récit apparemment plus exigeant puisqu’il demande d’aimer ses ennemis : Matthieu 5, 44 « Aimez vos ennemis, ceux qui vous maudissent ; faites du bien à ceux qui vous haïssent ».

Mais malgré les apparences, il ne me semble pas qu’il faille opposer trop fortement Matthieu et Jean sur l’Amour comme certains exégètes essaient de le faire …
En effet, Jean dit bien, pour introduire le récit du lavement des pieds au verset 1 du chapitre 13, que Jésus aima ses disciples jusqu’à l’extrême (version TOB), jusqu’à son comble (dans la version Segond). « Aimer jusqu’à l’extrême », dans le contexte du repas d’adieux relaté par Jean, ne fait pas seulement référence à la mort et à l’élévation du fils vers le père, car le don de l’Esprit saint ne devait intervenir qu’ultérieurement au moment de la glorification. En fait les expressions « aimer à l’extrême » au point de laver les pieds des disciples comme le rapporte Jean ou « aimer ses ennemis » selon la demande de Matthieu, procèdent de la même volonté de Jésus de faire partager de la façon la plus intime son union radicale avec le Père.
Toujours est-il que pour les chrétiens – et les Réformateurs ont très justement insisté là-dessus – Dieu est celui qui aime en premier, sans condition, sans marchandage, gratuitement. Dieu est aussi celui qui est aimé. Il est la quintessence de l’Amour, c’est-à-dire la plénitude de la vie, si bien que nos œuvres terrestres, aussi louables soient-elles, ne complètent pas la Grâce de Dieu. Nos œuvres, pour reprendre une expression imagée glanée il y a longtemps chez un ami pasteur, les œuvres ne sont pas les infirmières de la grâce ; elles sont elles-mêmes le fruit de la grâce divine. Amour et Foi sont donc les deux piliers d’une même vocation. Le chrétien est en conséquence tenu de s’engager là où il est, et chaque jour, pour un monde plus juste, en actes comme en paroles ; car, sans développement continu pour plus de justice dans ce monde, l’Amour devient une notion abstraite, une sorte d’imposture.

Bien entendu, au-delà du dernier repas il y a la crucifixion, quintessence de l’Amour de Dieu qui nous demande, dans l’espérance, de rester debout et libéré, afin de venir à bout des situations les plus difficiles en toute lucidité. Pour cela, chères sœurs, chers frères, il ne faut pas chercher d’abord à tout prix le prétendu bonheur dans la consommation quelque peu effrénée de notre aujourd’hui. Sans vouloir porter un doigt trop critique sur notre époque qui a ses beautés mais ou l’Amour est souvent confondu avec la recherche du bonheur terrestre, il convient de ne pas se laisser balloter par les fatalités du temps qui peuplent notre destin ( le fatum romain !…)
Pensons notamment à la consommation à tout prix dont je viens de parler certes mais aussi, aux volontés de puissance, aux routines, aux individualismes forcenés au point de perdre le sens du plus élémentaire civisme. A cela, il faut opposer la grâce donnée par Dieu. La grâce, ce don gratuit de Dieu comme disent les théologiens, est une aurore perpétuelle ; elle permet d’oublier, de surmonter les malentendus, les erreurs, les regrets, les solitudes, ou plus gravement les souffrances, les deuils. La Grâce est là, toujours inattendue mais surgissant, comme l’Esprit, n’importe quand, n’importe où, même quand nos cœurs paraissent assoupis.

Face au destin qui voudrait nous faire croire que la vie se résume à la beauté mortifère des tragédies grecques noyées dans la fatalité, la Grâce nous permet d’affronter, en toute liberté et en toute lucidité, les épreuves liées à la condition humaine.
La Grâce, chères sœurs, chers frères, c’est par exemple la confiance infinie de l’enfant endormi dans les bras de sa mère elle-même assoupie sur un banc du métro, la Grâce c’est aussi la stupéfiante beauté du tableau de Rembrandt qui –au musée de l’Ermitage- relate le retour au père du fils prodigue, la Grâce c’est encore la légèreté de la rosée d’un beau matin de printemps, sur les arbres bordant la Seine.
A ces instants partagés, Grâce et Amour deviennent un seul et même mot.

Amen

Luc 1, 39-56 – Mon âme exalte le Seigneur

Dimanche 20 décembre 2015 (4ème dimanche de l’Avent), par Clotaire d’Engremont

 

« Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur,
parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante » v47-48

 

Chères sœurs, chers frères,

Dans les Eglises issues de la Réforme, il n’est pas facile d’éviter de polémiquer gentiment sur ce qu’il faut bien appeler la « mariologie », chère à nos sœurs et frères de l’Eglise Catholique Romaine. Car, il faut bien reconnaitre, qu’au-delà des controverses théologiques qui se sont accentuées d’ailleurs dès le concile de Trente au XVIIe siècle jusqu’aux années 50 du XXe siècle, les images, au sens figuré comme au sens propre, de la vierge Marie constituent un champ de réflexions interconfessionnelles entre nos Eglises.
Au-delà des articles de foi, il faut bien avoir à l’esprit que le thème de la vierge peuple tout un pan de l’art occidental. Et cela n’est pas à négliger. Citons seulement, les peintres Le Gréco, Raphaël, Rubens ou le sculpteur Le Bernin, sans oublier les vierges de Champagne de l’Ecole de Troyes au milieu du moyen Âge. Chefs d’œuvres saisissants de beauté qui, au-delà des joutes théologiques, sont à l’honneur de l’Humanité. Je pense en vous parlant à l’Assomption de la vierge du Gréco qui au début de la Renaissance nous offre une « mère de Dieu » en gloire, au moment de son Assomption : elle monte au ciel, dans une envolée de bleus chatoyants. C’est sublime ! C’est du grand Art. Mais on cherche en vain le Christ sur le tableau. Il est vrai qu’il y a le symbole du Saint-Esprit dans le haut de l’œuvre… Il n’empêche que ce tableau est resté dans ma mémoire ; vous pouvez l’admirer dans une chapelle à Tolède. Je me souviens encore du choc ressenti devant la beauté de cette œuvre d’art….  Ambivalence de la nature humaine qui nous autorise  à admirer certaines œuvres d’art non conforme à notre pensée profonde !

La piété dans le monde occidental s’est ainsi épanouie dans une sorte de foisonnement, jusqu’au débordement vers une piété populaire faite certes de pèlerinage marial, mais aussi d’exaltation mystique  reflétée par un art où les composantes esthétiques priment parfois sur la signification religieuse. Marie sublimée, idéalisée comme image de la femme parfaite, a succédée (si vous me permettez ce raccourci historique) à la Déesse mère des croyances antiques. Elle risquait ainsi de détourner de la foi en Christ, fils unique de Dieu et seul sauveur. C’est pourquoi, alors que les premiers réformateurs faisaient encore référence à Marie, de façon non négligeable, dans la liturgie (notamment chez Martin Luther), leurs successeurs y ont font moins référence, face à l’évolution de l’Eglise Catholique Romaine qui ira jusqu’à déclarer article de foi le dogme de l’Assomption en 1950, par la bouche de son chef de l’époque : Pie XII

Selon le dogme catholique de l’Assomption « Marie a été exemptée du pêché originel par son immaculée conception, elle a été exemptée de la corruption du tombeau par l’assomption, privilège qu’elle partage avec Jésus. La fête dite du 15 août célèbre à la fois la résurrection de la vierge Marie et son entrée au paradis » (encyclopédie Larousse).
Dans l’Eglise orthodoxe traditionnelle, on parlera de la dormition, c’est-à-dire de la mort de Marie, entourée des apôtres tandis qu’un Ange recueille son âme pour l’élever à la gloire de Dieu, le corps étant confié à un tombeau.
Pour résumer, citons un passage du groupe des Dombes sur Marie (Marie dans le dessein de Dieu et la communion des Saints, page 65) dont la lecture a inspiré en partie la présente méditation.

En ce qui concerne la Vierge Marie, l’Église évangélique croit tout ce qui est écrit à son sujet dans la Bible, c’est-à-dire que nous ne croyons :
–  ni à son immaculée conception, c’est-à-dire à sa naissance miraculeuse d’une mère légendaire, Anne,
– ni à son assomption, c’est-à-dire à sa montée corporelle au ciel (fêtée le 15 août),
– ni à sa participation à l’œuvre du salut, dont la Bible ne parle pas.

Pour autant, jamais les réformateurs n’ont renié les symboles considérés comme article de foi des premiers siècles, notamment les termes du symbole dit des Apôtres qui comme vous le savez, proclame que Jésus Christ « a été conçu du Saint Esprit et qu’il est né de la vierge Marie »… tout cela selon les Ecritures. Ce qui m’autorise à dire, sans polémique, que Marie n’a pas de talents particuliers qui pourraient être qualifiés de « divin ».

Après ce bref rappel historique qui voudrait expliquer une partie des différences qui existent entre l’Église catholique et les Églises protestantes, venons-en aux textes bibliques et tout d’abord au passage de l’Évangile de Luc qui traite de la naissance de Jésus.

Ce qui me parait d’emblée devoir être noté, c’est l’extrême densité du récit de la rencontre d’Élisabeth, femme âgée qui attend depuis six mois l’enfant Jean-Baptiste, alors qu’à vue humaine il y avait peu d’espoir qu’elle puisse enfanter, et Marie qui vient d’apprendre par l’ange Gabriel qu’elle est enceinte. Cette rencontre entre les deux femmes est faite de joie spontanée. Leurs échanges leur permettent d’essayer de comprendre leur incroyable situation. Leurs grossesses sont acceptées par elles, femmes ordinaires, comme des événements extraordinaires certes, mais placés dans la perspective du Dieu qui vient. Quoi de plus beau que le tressaillement d’un futur nouveau-né dans le ventre d’une mère ! Le tressaillement du futur enfant dans le ventre d’Élisabeth à l’arrivée de Marie est là pour conforter, si besoin était, les deux femmes dans la certitude qu’elles sont dans le dessein de Dieu, la première pour porter le futur Jean-Baptiste, la seconde pour attendre l’arrivée du Sauveur, fils de Dieu.  Mais laissons Élisabeth !

Marie dit oui à l’Ange Gabriel. Et pourtant, Marie vierge mais déjà fiancée à Joseph, n’a jamais eu de relation avec un homme. Devant l’extraordinaire révélation de l’Ange, Marie pose une seule question : comment ? Vous noterez qu’elle ne pose pas la question : pourquoi ? Ce qui signifie qu’elle fait fi des quolibets. Sans doute, comme toute femme d’Israël, elle savait qu’elle pourrait éventuellement porter un jour l’envoyé de Dieu ! Peut-être ! Mais ici elle se contente, si j’ose dire, de retenir que l’Esprit-Saint viendra sur elle d’autant plus que la puissance de Dieu même a fait que sa cousine Élisabeth soit enceinte à un âge très avancé. La spontanéité de la réponse de Marie à l’Ange jaillit comme une immense confiance pour la vie. Rien n’étant impossible à Dieu, Marie dit  à l’Ange (verset 38) : « Je suis la servante du Seigneur que tout se fasse comme tu l’as dit » (version T.O.B.) « Je suis l’esclave du Seigneur qu’il advienne selon ta parole » (version Segond).
Les mots « servante » ou « esclave », relèvent avec pertinence me semble-t-il, certains exégètes (je pense en particulier aux théologiens du groupe des Dombes) ne doivent pas uniquement et nécessairement faire allusion à la seule situation sociale très modeste de la mère du Christ. Marie est servante ou esclave peu importe « du Seigneur ». C’est-à-dire qu’elle nous précède dans la foi au Verbe incarné. Elle est libérée des contraintes liées à sa culture, à son milieu social car elle obéit, uniquement parce que la passion, la grâce, la foi en un mot, se sont emparées d’elle. Elle a cru… un point c’est tout, pourrai-je rajouter. Elle n’appartient qu’au Seigneur. Elle est désormais une femme responsable et libre, déliée des contraintes des personnes qui l’entourent. Marie, mère de Jésus, le voit, le pressent ; c’est déjà la préfiguration de la Bonne Nouvelle que représente la naissance de Jésus dans une humble étable, entourée selon la légende quelque peu métaphorique, par les bergers et les animaux domestiques de la ferme. Oui, elle a le droit d’être bien heureuse lorsqu’elle chante son allégresse. Elle exulte ! Elle chante un chant d’allégresse, ce magnificat souvent entonné grâce à elle, par tous les chrétiens ! Ce chant, composé pourtant, selon les exégètes, de paroles issues des anciens prophètes, est radicalement nouveau car il annonce toutes les promesses d’un Dieu qui nous aime.

Cet hymne de Marie, ce magnificat, exulte de joie, certes, mais plus encore annonce une bonne nouvelle qui sera celle du fils de Dieu. Ecoutons là Luc 1, 51-53 : « Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses, Il a renversé les puissants de leurs trônes, Et il a élevé les humbles, Il a rassasié de biens les affamés, Et il a renvoyé les riches à vide. Il a secouru Israël, son serviteur, et il s’est souvenu de sa miséricorde…»
Cet hymne est en soi une prédication qui porte un regard confiant et joyeux sur ce qui va venir. En cela, Marie, mère du Christ, est la messagère d’une justice, c’est-à-dire de l’espérance d’un salut. Cet hymne de Marie magnifie la confiance que Dieu accorde sans condition ou par grâce, à ceux qui le cherchent comme d’ailleurs à ceux et à celles qui s’estiment éloignés de Lui.

C’est pourquoi, chers frères, chères sœurs, cet hymne à la vie, dit « Magnificat », nous touche autant depuis 2000 ans. Il inscrit Marie dans l’immense nuée des témoins. Il fait d’elle, au pied de la croix lors de la crucifixion, notre sœur en Christ.

Amen

Marc 5, 21-43 – « Ma fille, ta foi t’a sauvée, va en paix »

Dimanche 28 juin 2015, par Clotaire d’Engremont

Il faut d’emblée se l’avouer, le dire le plus simplement possible : les miracles tels qu’ils figurent dans les évangiles sont gênants et même souvent nous ennuient car ils nous placent devant un double et inconfortable écueil, dont il est difficile parfois de sortir, tant il est effectivement compliqué de sortir de l’un tout en évitant de se fracasser sur l’autre.

Le premier écueil singulièrement présent dans le monde de l’ouest européen contemporain, et bien sûr en France, consiste à défendre à tout prix le « raisonnable », car ces récits dits miraculeux se heurtent à notre rationalité. C’est proprement impossible  disent les auteurs « raisonnables » !
Les plus rationalistes ricanent et en dignes successeurs de l’Esprit des Lumières du XVIIIe siècle, repris par Ernest Renan au XIXe siècle, s’ingénient à démontrer l’impossibilité de telle ou telle guérison tout en concevant malgré tout (même Ernest Renan l’a admis !) que le Christ a dû avoir des qualités de thaumaturge.

Le deuxième écueil est, à l’inverse, de considérer que les récits de guérisons dites miraculeuses doivent être regardés comme des preuves intangibles de la toute puissance de Dieu et déclencher chez le croyant ébahi l’émerveillement béat. Dans le sud de la France on parle des « ravis de la crèche »…Cette expression populaire me parait bien appropriée.

Pris entre ces deux écueils, nous risquons soit de croire en Christ malgré les prétendus miracles auxquels on ne peut pas croire, soit au contraire de croire en Christ parce qu’il aurait accompli de nombreux miracles, prouvant en cela qu’il est bien le fils de Dieu tout puissant et dominateur, donc toujours lointain et inaccessible.

Les deux récits que nous venons de lire au chapitre 5 de l’évangile de Marc participent aussi à cette gêne lancinante dont je viens de parler. Pensez-donc ! Une jeune femme qui arrête brusquement de perdre son sang, ou une jeune fille apparemment morte qui sort de son coma profond après un simple geste.
Commençons par cette jeune femme dont le récit, comme enchâssé dans le récit de la fille de Jaïrus, nous est raconté de façon très alerte et dynamique. La jeune femme est forcément impure puisqu’elle perd son sang depuis douze ans. Elle s’enhardit devant l’échec des médecins, à toucher les vêtements de Jésus, brusquement, par derrière, car elle avait entendu parler de ce Rabbi et était dans la certitude que simplement toucher ses vêtements pourrait la guérir ! Je cite le verset 28 «  si je touche, ne serait-ce que ses vêtements, je serai sauvée !  » Cette jeune femme qui est impure et qui le sait, arrive par l’arrière, presque à l’improviste. Elle est habitée par une telle foi qu’elle ose le tout pour le tout ; et avec courage elle transgresse les tabous qui à cette époque faisaient croire à toutes les sortes de contaminations par simple toucher. Cette femme s’inscrit dans une démarche de confiance absolue ; c’est elle qui a fait le premier pas… Le récit donne l’impression que Jésus accepte tout de suite la démarche, et quand il se retourne, il sait déjà à qui il pose la question « Qui a touché mes vêtements » (verset 31). Le sang ne coule plus et Jésus sut « qu’une force était sortie de lui » (verset 29). Nous sommes clairement tenus de constater que la guérison de cette femme a engendré chez Jésus une déperdition de puissance ! Nous sommes loin, à ce moment de notre méditation, des thèses apologétiques de certains exégètes fondamentalistes. Ce qui est là remarquable et même en définitive proprement sidérant, c’est la découverte de deux évènements simultanés : la guérison de la femme et la perte de puissance de Jésus mises en parallèle, sur le même plan. Entre Jésus et la femme qui ne perd plus son sang, c’est une vraie rencontre… En se jetant à ses pieds et en clamant la vérité malgré sa peur, la femme enfin guérie retrouve sa dignité d’être humain. Elle est réintégrée dans la communauté humaine et le Christ peut dire alors cette phrase conclusive « Va ma fille, ta foi t’a sauvée ».

Le récit de la femme qui touche les vêtements de Jésus est comme enchâssé dans le récit de la fille de Jaïrus… En effet, avant même de rencontrer cette femme, Jésus est apostrophé par Jaïrus, un des chefs de la synagogue, qui lui demande de se rendre d’urgence au chevet de sa fille mourante… Jaïrus qui souhaite voir grandir sa fille – cela apparait comme un désir compréhensible – a appris qu’un certain Jésus « imposait les mains » sur la tête des malades… Et pourtant Jésus, malgré l’urgence apparente et l’insistance de Jaïrus, trouvera le temps avant de se rendre au domicile de celui-ci, de rendre à la normale la femme ensanglantée… Avant de répondre à la demande d’un notable, chef de la synagogue, Jésus s’est occupé d’un être plus petit, ici une femme. Cela a , me semble t-il, une signification toujours essentielle dans la vie de Jésus. Pensons à la samaritaine, la femme adultère ou le soldat romain. Jésus s’intéresse aussi et souvent d’abord aux plus petits. Mais là, il est question d’espérance et de foi. Jésus ne cherche pas à expliquer son retard à suivre le chef de la synagogue. Il ne cherche pas à remettre en cause en chemin la parole de ceux qui annoncent que la mort a fait son œuvre et qu’il est trop tard… Avant même d’arriver au domicile du notable affligé, il lui dit, en écartant au passage les importuns : « N’aie pas peur, crois seulement ». Puis ensuite devant la mère et le père stupéfaits, il fait en sorte que la jeune fille se réveille ! Par sa démarche pressante au début de la première partie du récit, et en ne désespérant pas jusqu’au bout, le chef de la synagogue a démontré à Jésus qu’il avait confiance en sa parole et qu’en définitive la Foi peut, là encore « soulever des montagnes » et même faire sortir de la léthargie un être apparemment en sommeil profond. Certains exégètes ont rapproché ce sommeil de celui dans lequel est tombé Jésus avant d’être réveillé par les disciples pour apaiser la tempête sur le lac. Nous ne chercherons pas ce qu’il en était avec certitude. Certains croyaient la jeune fille morte ! Jésus fait en sorte qu’elle se réveille ; cela signifie que le chef de la synagogue a fait confiance à Jésus et réciproquement. C’est là l’essentiel de la Foi : une affaire de confiance ! Et cela doit nous suffire, chères sœurs, chers frères !

 

En quoi le récit de ces deux miracles doit encore nous intéresser, nous, femmes et hommes du XXIe siècle ? La portée de ces deux récits réside dans l’imbrication de la rencontre et de la réponse apportée. Ces miracles sont signes de la présence de Dieu et, en actes, permettent à Jésus de nous transporter, en une sorte de métaphore, vers la libération, le pardon et l’amour. « Va ta foi t’a sauvée » dit-il à la femme qui a recouvré sa dignité ! Nous sommes loin d’une pensée que les esprits forts contemporains voudraient seulement magique et digne des temps anciens révolus. Comme si devenus obsolètes, nous n’aurions rien à apprendre des temps anciens ! Comme si l’évangile de Marc était devenu obsolète ! Ces deux récits ne vont pas évidemment jusqu’à la Résurrection, mais par la confiance inébranlable de deux êtres envers Jésus, ils racontent l’accès à une vie nouvelle sur le chemin de la foi qui sauve et qui dépasse les frontières.
En outre, depuis lors, vous et moi, nous savons depuis la crucifixion que Jésus Christ est le Sauveur et qu’il nous a donné gratuitement sa grâce en ressuscitant d’entre les morts ; ou, en des termes plus poétiques, que j’emprunte à Charles Peguy : nous savons que « la Foi, c’est l’espérance d’un amour possible »

Amen

 

Actes 1, 1-13 et Matthieu 28, 16-20 « le Christ, à la foi pleinement homme : c’est celui qui nous comprend, et pleinement Dieu : c’est celui qui n’abandonne jamais personne »

Culte de l’Ascension – Jeudi 29 mai 2014, par Clotaire d’Engremont

 

Dans notre credo, c’est-à-dire « le symbole des Apôtres », il est dit : « Il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ». Voilà comment en une seule phrase il est rendu compte de l’Ascension. C’est la fin des apparitions terrestres.

Les deux phrases précédentes, aussi lapidaires, nous apprennent que : « Il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts ». L’Ascension tient bien sa place dans le temps liturgique de Pâques qui commence le vendredi Saint pour se terminer dans 10 jours avec la Pentecôte. Malgré cela, la fête de l’Ascension est souvent oubliée aujourd’hui, dans notre Eglise d’Europe occidentale tout au moins. Il est vrai que l’évènement tient moins de place dans la bible que la crucifixion et la résurrection. Pourtant il n’est pas inutile de s’interroger sur cette élévation après les errances du Fils de Dieu pendant 40 jours sur terre. Que peut bien signifier le fait d’être « élevé au ciel » ? Il ne peut pas s’agir pour nos esprits prétendument rationnels d’un voyage d’agrément dans le ciel bleu ! L’Ascension : réalité ou mythe ? Peu importe à la limite, bien que je sois enclin à privilégier, comme vous peut-être, une lecture métaphorique qui convient bien pour ces faits rapportés. Car aux yeux de la foi, c’est l’amour et l’espérance qui vous sont proposés par cet évènement. Le Christ s’absente, mais il nous laisse sa bénédiction jusqu’à la fin du monde : dernier verset (v 20) du dernier chapitre (28) de l’évangile de Matthieu.

Le Christ enlevé au ciel n’est jamais aussi présent que placé à la droite du Père, car précisément c’est par lui que nous pourrons accéder au Père désormais. Cette tension entre l’absence et la présence du Christ intercesseur nous plonge aux tréfonds du mystère chrétien. Dieu est, certes, hors de notre vue mais il n’est jamais aussi fortement présent qu’à travers le visage souffrant de Jésus son Fils. Nous le savons depuis Pâques, l’Ascension nous le redit. Dieu n’est plus le Dieu de l’Ancien testament qu’on n’osait même pas réellement désigner, par crainte. Le Dieu tout puissant des Evangiles porte une puissance d’amour, potentielle et bienveillante. C’est Dieu le Père… pour ses enfants, que nous sommes avec nos imperfections, nos douleurs, nos angoisses mais aussi avec nos joies et nos rires, nos rêves.

Vous aurez compris, chers frères, chères sœurs, que la fête de l’Ascension n’est pas un moment étrange du temps de Pâques, sous prétexte de la montée au ciel du Fils de Dieu ! Cette élévation est en fait non pas une espèce de localisation divine mais le signe métaphorique de l’autorité souveraine de Dieu pour tous les êtres humains liés à la condition terrestre.

Mais il est grand temps, chères sœurs, chers frères, que nous quittions le ciel ; il est grand temps que nous ne restions pas figés et béats devant la beauté d’un ciel étoilé. Souvenez-vous de ce qui arriva aux disciples qui restaient immobiles les yeux rivés vers le ciel : « deux hommes vêtus de blanc leur apparurent et leur dirent : « hommes galiléens pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? » (Actes 1, 10). Il est grand temps d’affronter le temps terrestre qui passe ! Car, rajoute l’auteur des Actes (Actes 1, 7) « ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ». C’est le temps de l’Eglise. C’est toujours une question de temps : il n’est plus temps de se poser des questions sur les fins dernières. Il y a urgence du moment. Car le chrétien est, nous le savons, à la fois « dans le monde et hors du monde ». Il est dans le monde, il lui est en effet donné, il lui est même enjoint, d’être le témoin en Christ pour partager un trésor dont personne sur cette terre n’est propriétaire, car personne ne peut enfermer Dieu dans une cassette comme le faisait Harpagon avec son or. Pour que nous ne soyons plus « des enfants flottants et emportés à tout vent », selon les paroles pauliennes, il est de l’honneur chrétien de donner un sens au temps qui passe qui n’est pas la recherche du ciel sans la terre mais qui est plutôt l’espérance dans le temps nouveau qui vient. Car sur notre terre, pour chacun de nous, « la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ », comme le rappelle fort théologiquement Paul dans sa lettre aux Ephésiens.

Quel programme pour l’Eglise et pour la communauté des fidèles que le Père appelle à témoigner ! Il faut pour les chrétiens affronter avec courage tous les temps, au sens propre ou figuré, les bourrasques dans les terres froides comme le soleil brûlant des zones désertiques. Certes devant les tempêtes nous avons parfois du mal à rester debout ! Nous avons parfois aussi du mal à nous extraire des platitudes journalières dans nos pays tempérés. Combien de temps perdu quand nous sommes englués dans nos solitudes, dans nos angoisses de toutes sortes. Combien de révoltes qui naissent de la violence des hommes et non pas de la volonté de Dieu le Père ! Combien aussi d’Eglises dont le témoignage flotte quelque peu ! Et pourtant dès les premières communautés chrétiennes tout est dit : tout doit avoir un sens. Depuis 2 000 ans les chrétiens sont exhortés à œuvrer la où ils sont à la venue d’un monde meilleur, dès maintenant, dès aujourd’hui. Pour le dire autrement, le mystère pascal, approfondi par l’Ascension et conforté par la Pentecôte que nous fêterons dans 10 jours, nous rapproche du Père et nous fait mieux comprendre l’Amour que le Père a pour sa création, pour un ici-bas toujours renouvelé.

En effet, si le Christ « monte vers son Père », ce n’est pas pour fuir le monde ! Le Christ n’abandonne pas les hommes et les femmes, ne dédaigne pas les réalités terrestres qui seraient définitivement prisonnières du Mal pour rejoindre une sorte de « nirvana » perdu dans je ne sais quel ciel étoilé. Non ! La foi chrétienne est une foi incarnée dans le Christ, à la foi pleinement homme : c’est celui qui nous comprend, et pleinement Dieu : c’est celui qui n’abandonne jamais personne. Notre finitude humaine doit être assumée sans qu’il y ait besoin de chercher une purification prétendue parfaite. Dieu le Père, à la lumière des Evangiles, s’intéresse à tous et à toutes, à chacun en personne puisque Jésus est retourné vers LUI. Nous ne sommes plus des petits enfants ballottés par les vents, ni de beaux papillons qui butent contre la vitre. Le chrétien, au-delà du ciel et de la terre, doit rester debout en rendant gloire au Père, ici et maintenant, tout en sachant qu’un jour, à la fin des temps, viendra le retour glorieux.

Amen !

Marc 8, 27-35 – « Et pour vous, qui suis-je ? »

Dimanche 16 septembre 2012, par Clotaire d’Engremont

 

Jésus s’en alla, avec ses disciples dans les villages de Césarée de Philippe, et en chemin, il leur posa cette question : Les gens, qui disent-ils que je suis ? Ils dirent : Jean-Baptiste ; d’autres, Élie ; d’autres, l’un des prophètes. Mais vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répondit : Tu es le Christ. Jésus leur recommanda sévèrement de ne dire à personne ce qui le concernait.

Il commença alors à leur apprendre qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite trois jours après. Il disait ces paroles ouvertement. Et Pierre le prit à part et se mit à lui faire des reproches. Mais Jésus se retourna, regarda ses disciples, fit des reproches à Pierre et lui dit : Arrière de moi, Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. Puis il appela la foule avec ses disciples et leur dit : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

Chères sœurs, chers frères,

Les enquêtes d’opinion ont envahi notre monde d’aujourd’hui ! Grâce à des outils statistiques très sophistiqués, nous sommes en effet submergés par des questions d’enquêteurs qui cherchent à savoir de quelle façon nous consommons telle machine à laver, tel produit de lessive mais aussi telle opinion politique ou telle pensée religieuse. Car pour les dirigeants des groupes publicitaires, nous ne sommes que des consommateurs qu’il faut consulter par catégories, ciblées selon l’âge, le sexe, l’ethnie, l’appartenance religieuse où même encore selon le comportement sexuel.

En demandant à ses disciples, pour en revenir à notre texte : « Au dire des gens qui suis-je ? » Jésus, bien sûr, est intéressé lui aussi par l’opinion d’autrui. Mais il n’a rien à voir avec les maîtres des instituts de sondage d’aujourd’hui. Il ne cherche pas à mieux cibler un éventuel consommateur de la chose religieuse. Car il connaissait déjà tout ce qui était dit à son sujet par ses contemporains qui furent tous frappés, les évangiles sont là pour l’attester, par son message et par ses actes. Il serait selon les uns un nouveau Jean-Baptiste, selon un autre Elie ou encore un prophète s’inscrivant dans une longue lignée…

Vous aurez remarqué avec moi que Jésus ne s’intéresse guère à la réponse à cette première question.

Il ne s’y attarde pas car ce qui le préoccupe à ce moment de sa vie terrestre c’est la réponse à cette deuxième question posée à ses disciples : « Et pour vous, qui suis-je ? »

Car c’est bien la question fondamentale de Jésus à ses disciples et à travers eux, chères sœurs et chers frères, à nous, à vous et à moi, vingt siècles plus tard !

Comment répondre à cette question apparemment simple, directe et sans ambages superflus : « Et pour vous, qui suis-je ? ». Malgré les difficultés infinies qu’il y a à trouver une réponse, il faut convenir que chacun, et même l’incroyant qui prend position sur Dieu par le biais de la dénégation a dans le fond toujours une petite idée sur Dieu. Mais dans notre texte du jour, Jésus ne souhaite pas que ses disciples aient une toute petite idée sur Dieu. Il n’a que faire d’une simple opinion qui nous renvoie aux sondeurs dont je parlais au début de notre méditation.

La deuxième question pose le problème essentiel du témoignage, de l’engagement au sens le plus fort du terme. Jésus n’a que faire d’une simple bienveillance, aussi sympathique qu’elle puisse être. D’où l’immense intérêt de la réponse de Pierre : « Tu es le Christ » nous rapporte l’évangéliste Marc dans notre texte du jour.

Nous sommes ici au cœur du ministère de Jésus-Christ qui n’est pas un simple propagandiste qui travaillerait l’opinion. Il découragera même ses disciples d’en parler car il craint à ce moment là d’être incompris et donc empêché d’aller jusqu’au bout de sa mission qui l’entraînera dans la souffrance et la montée sur la croix. Certes il ressuscitera le troisième jour dit-il… Mais que peuvent bien comprendre ses disciples !

Toujours est-il que la réponse de Pierre permet très logiquement au Christ de dire que bien loin de chercher à dominer le monde ici bas il suffit pour venir à lui de renoncer à soi-même car « quiconque voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera » (v.35).

Ce verset, très connu et souvent cité, nous fait comprendre par son style quelque peu hyperbolique, que Jésus-Christ est là pour des hommes neufs dans un monde nouveau qui viendra comme il le dit explicitement par sa propre mort ; il sait qu’il sera crucifié pour être la semence nécessaire au grand renouveau qui suivra sa Résurrection.

Nous sommes là loin d’une théologie savante ; nous sommes chères sœurs et chers frères dans le registre de l’expérience de la Foi. Pour Jésus-Christ il est nécessaire de renoncer à soi même afin d’entrer dès maintenant, (j’allais dire de notre vivant), dans un monde où la haine et l’injustice serait bannies. Les sceptiques ricaneront et parleront d’utopie…

Mais «  mourir à soi-même  » permet précisément d’être avec le Christ, avec le Crucifié, en marche vers la libération de l’être humain. Car par la Croix il y a bien une rupture radicale entre un avant et un après. Car pour le chrétien Dieu est une personne et l’humanité vit de la mort du Christ. « Mourir à soi-même  », vous l’aurez compris, ne s’applique pas tant à la mort physique des femmes et des hommes.

«  Mourir à soi-même  » c’est surtout pour nous se vider le plus possible de tout ce qui nous empêche d’être disponible aux autres. Car être disponible aux autres, c’est se décharger de toute idée de supériorité quelque peu arrogante, c’est se déposséder de ma bonne conscience qui fait souvent que nous sommes persuadés d’être les seuls propriétaires de la Vérité qu’il faudrait garder jalousement, comme l’avare garde sa cassette !

«  Mourir à soi-même  », c’est aussi accepter avec humilité le profond mystère de Dieu, qu’il est vain, et même inepte, de vouloir l’expliquer car vouloir prouver l’existence de Dieu en fait un simple objet de consommation.

«  Mourir à soi-même  », c’est ne pas chercher à tout prix à maîtriser en solitaire et de manière orgueilleuse et absolue sa propre existence.

«  Mourir à soi-même  », chères sœurs et chers frères, c’est se laisser prendre par la grâce divine, qui, certes parfois, nous effraie car elle est sans limites.

«  Mourir à soi-même  » c’est encore et enfin ne pas avoir peur de la toute puissance de Dieu et de savoir que son Amour est toujours mystérieux et incommensurable car porté par la Grâce.

La grâce Divine, chères sœurs et chers frères, ne peut pas être questionnée. Il faut l’attendre et la recevoir quand elle arrive, même subrepticement, avec une reconnaissance immense, car elle est sans conditions. Il est vain de la nier ; il est même vain de parier dessus, n’en déplaise à Blaise Pascal.

Elle est toujours là ; elle était là hier, elle est là aujourd’hui, elle sera là demain.

Amen

Ezechiel 34, v. 11-17 et Matthieu 25, v. 31-46 : « Toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites »

Dimanche 23 novembre 2008 – par Clotaire d’Engremont

 

Chères sœurs, Chers frères, Chers Amis,

De prime abord, la lecture du texte du jour peut laisser perplexe ; au point que j’ai un moment pensé m’écarter de la liste des lectures communes proposées chaque jour aux catholiques et aux protestants de notre pays. Mais il m’a semblé préférable de ne pas sortir impunément des règles qui font que nos églises méditent en même temps sur le texte du jour. Comme nous le constaterons, le symbole d’unité en ce qui concerne le texte d’aujourd’hui est particulièrement significatif.

Néanmoins, sa lecture laisse planer un certain malaise. Il s’agit du jugement dernier que l’évangéliste Matthieu place juste après l’ensemble des paraboles et juste avant le récit du complot contre Jésus qui le mènera à la crucifixion. Même si ce texte utilise quelques images, ce n’est plus une parabole ; c’est à peine une allégorie car il précise avec une totale clarté qu’un jour le christ reviendra pour juger les hommes et les femmes en triant les bons, c’est-à-dire les brebis qui passent par la porte de droite, et les méchants, c’est-à-dire les boucs qui sont orientés vers la porte de gauche. Et le triage, mot de sinistre mémoire qui évoque pour notre génération les camps de concentration de la seconde guerre mondiale, s’exercerait, précise Matthieu, de façon systématique pour déterminer ceux qui devront aller au châtiment éternel et ceux qui iront à la vie éternelle. Le malaise ne peut pas être dissipé en cherchant une analogie dans les deux autres évangiles synoptiques, car seul Matthieu nous donne ce récit du jugement dernier à la suite des paraboles.

Où est alors la miséricorde pour les hommes et les femmes de notre temps qui souvent ne croient plus à l’enfer, au purgatoire ou au paradis ? Où est donc le Seigneur dont l’amour est incommensurable ?

Pourtant, malgré les apparences, ce texte donne encore un sens à la vie des hommes et des femmes de notre temps en insistant sur l’urgence de l’amour du prochain ; il reprend d’ailleurs, sous d’autres formes, l’enseignement de Jésus qui lors du sermon sur la montagne rappelait que la foi chrétienne se mesurait également à l’amour porté au prochain, plus qu’aux simples paroles aussi belles soient-elles ; à ce propos, nous pouvons nous référer utilement au verset 21 du chapitre 7 de l’évangile de Matthieu d’où il ressort qu’il « ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur, pour entrer dans le Royaume des cieux. »

C’est pourquoi, avant d’en venir au jugement dernier, dans une troisième partie de conclusion, je vous convie à lire le texte du jour autour de deux idées principales et essentielles à mes yeux, à savoir l’universalisme du message chrétien d’une part et l’urgence qu’il y a à s’engager au service d’autrui d’autre part.

Premièrement donc, l’Évangile, c’est-à-dire la « bonne nouvelle », s’adresse à la terre entière, car il est dit au verset 32 « Toutes les nations seront rassemblées devant lui. » Il faut toujours et toujours insister sur l’universalité du message chrétien. Les références à l’ancienne alliance sont certes fréquentes chez Matthieu car il s’adresse souvent à des « judéo-chrétiens » encore attachés à un certain légalisme ; mais pour autant le Dieu de la nouvelle alliance est bien pour toutes et tous, c’est-à-dire pour les juifs et les non juifs, les hommes libres et les esclaves, les romains et les barbares, les petits et les grands, et j’oserai dire pour les croyants et les incroyants et pour les demi croyants que nous sommes parfois… Encore une fois, le Fils de l’homme qui viendra dans sa gloire exercera son jugement même sur les païens et pas seulement sur le seul peuple élu comme il était précisé dans le passage d’Ézéchiel, lu tout à l’heure. L’universalisme du message chrétien a pour conséquence immédiate que chaque être humain est unique, égal aux autres, digne de l’amour de Dieu, sans condition. Chacun peut alors agir, même modestement. Il ne convient pas non plus de se retrancher derrière sa propre modestie… Pensons par exemple chers amis, au petit geste de la pauvre veuve qui, devant les notables religieux, mit deux toutes petites piécettes, faisant un quart de sou, dans le tronc de la quête ; nul doute que, pour Matthieu, elle fait partie, sans le savoir, des brebis destinées à la vie éternelle. Le message chrétien est bien le même pour toutes et tous depuis deux mille ans. Et, il est réconfortant de savoir que pour nous il est possible de s’inscrire dans la nuée des témoins, à notre mesure.

Ma deuxième approche, concerne le message lui-même contenu dans le double dialogue qui, en parallèle, oppose les « brebis » et les « boucs ». L’énumération des actes charitables que les « brebis », c’est-à-dire les « justes » sont sensés avoir commis est très précise et très concrète ; elle concerne la faim, la soif, la vêture, l’accueil des étrangers. Vous remarquerez que la charité ainsi conçue est de style profane ; rien n’évoque le sens du sacré ou le rite.

Il est intéressant de noter que certains commentateurs insistent sur le fait que la liste des actes de charité est déjà présente dans certains passages de l’Ancien Testament. Je vous citerai par exemple le verset 7 du chapitre 58 du prophète Ésaïe « Partage ton pain avec celui qui a faim, et fait entrer dans ta maison les malheureux sans asile ; si tu vois un homme nu, couvre-le, et ne te détourne pas de ton semblable. » Cette citation nous rappelle opportunément que Matthieu s’enracine dans les meilleures sources de l’Ancienne Alliance. Notons en outre que Matthieu fait référence aux visites en prison qui constituent un impératif supplémentaire se rapportant certainement aux premiers chrétiens emprisonnés lors des persécutions.

Toujours est-il que ces règles de charité – profanes répétons-le – sont reprises selon le même schéma dans le dialogue avec ceux qui sont maudits parce qu’ils sont restés inactifs. Ce parallélisme entre les deux dialogues souligne le souci pédagogique de Matthieu ; à ses yeux, il est urgent d’agir sans attendre la fin des temps, maintenant, là où nous sommes. S’abstenir de faire est de la plus grande gravité et peut mener à la peine éternelle. Aucun texte du Nouveau testament n’insiste autant sur le fait que ne rien faire est impardonnable. Mais en vérité, le jugement dernier n’est pas cité ici pour lui-même ; il semble être cité pour donner un sens à nos vies, pour que nous prenions au sérieux le message évangélique qui met en évidence la nécessité absolue d’être attentif à autrui. Il est vain de penser que l’on peut être chrétien tout seul !

Forts de notre conviction sur l’universalité dans le temps et dans l’espace du message chrétien et portés par l’urgence de traduire en actes l’amour du prochain, il nous est possible d’aborder l’idée de jugement sans en être terrifié, car, dans sa vision eschatologique, Matthieu nous révèle que les « justes » ignorent qu’ils ont servi Dieu en aidant les plus petits et que les « réprouvés » ignorent tout autant qu’ils se sont éloignés de Dieu en ne faisant rien.

Il n’est pas question pour Matthieu de se servir du plus petit à qui l’on rendrait service pour gagner son salut. Il n’y a donc pas de rétribution à attendre ; les œuvres accomplies n’ont pas de signification méritoire. Nous sommes pleinement dans le registre de la liberté, dans le registre de la gratuité et, en conséquence, dans le registre de la responsabilité des hommes.

Cette responsabilité implique que le chrétien reste debout, car à côté de l’amour du prochain il y a de la place pour la foi dans le Christ Sauveur. Pourquoi donc, chères Sœurs et chers Frères aurions-nous peur du jugement puisque le Christ lui-même a subi le jugement des hommes qui n’ont pas hésité à le conduire au supplice de la croix. Les chrétiens, dont vous et moi, doivent donc attendre en confiance le « verdict du souverain Juge » pour reprendre une expression chère aux Réformateurs.

D’ici-là, soyons fidèles à Dieu et attentifs à autrui. Car comme nous le dit Matthieu : à quoi pourrait bien servir une foi qui ne se traduirait pas en actes dans l’obéissance au commandement de l’Amour ? D’autant plus que, chères sœurs et chers frères, et ce n’est pas contradictoire avec l’enseignement de Matthieu, il n’est pas interdit, par surcroît, de se laisser prendre, de se laisser porter par la grâce divine qui, elle, ne se questionne pas.

Amen

Esaïe 55, v 10 à 11 – Matthieu 13, v. 1 à 9 : « Un semeur sortit pour semer »

Dimanche 13 juillet 2008 – par Clotaire d’Engremont

 

Chères sœurs, Chers frères, Chers Amis,

Il faut toujours approcher les paraboles avec précaution, car elles semblent nous parler d’évidence, sans grand besoin d’explication, par images, par allégories comme si leurs démonstrations étaient destinées aux enfants, aux esprits simples ou aux poètes. La parabole du semeur n’échappe pas à la règle. « Un semeur sortit pour semer ». Telle est la première phrase de la parabole qui fait l’objet de notre méditation. Cette première phrase est toute simple ; elle est d’ailleurs placée, de façon très semblable, en tête des deux autres évangiles synoptiques. Chez Marc, c’est aussi « Un semeur sortit pour semer ». Chez Luc, il est dit « un semeur sortit pour semer la semence ».

Cette phrase nous paraît donc limpide. Et pourtant, c’est cette première phrase qui fera l’objet de notre première approche, qui en comptera trois, de notre méditation. Il faut en effet attacher une très grande attention à cette première phrase quelque peu banale. Elle nous est adressée de manière abrupte, directe, presque brutale ; l’image est très forte ; il n’y a pas à tergiverser ! Dieu, le Seigneur, comme le semeur, – car vous avez reconnu le Seigneur -, est là, d’emblée, avant toute chose. De façon qui ne souffre aucune contradiction, il est là de manière infinie, de toute éternité, dans le temps comme dans l’espace. Toute autre explication paraît superflue ; il est là pleinement présent et bien sûr tout puissant.

J’aime à penser que la première phrase de la première parabole nous rappelle que Dieu « était, est et sera de toute éternité » comme nous l’a appris l’Ancien Testament. Il est présent, même quand nous l’ignorons.

De nos jours, nous n’osons pas toujours dire que Dieu est tout puissant. Nous essayons trop souvent de marchander avec Dieu beaucoup de nos vanités, – (je vous en épargne la liste bien connue !) – , sans toujours admettre nos faiblesses.

Toujours est-il, chères sœurs et chers frères, que reconnaître, de prime abord, la souveraineté absolue de Dieu avant toute chose, nous autorise à accepter toute grâce, par définition gratuite et imméritée. Pour reprendre les mots des Réformateurs, qui d’ailleurs, – ne soyons pas trop orgueilleux ! – ont repris les mots qui appartenaient à la foi des premiers chrétiens, il faut dire : « les humains sont de simples créatures entre les mains de Dieu ».

Placer Dieu tout puissant en premier, affirmer comme le disait, Karl Barth, près de deux mille ans après les premiers chrétiens, « Dieu est Dieu, un point c’est tout », – comme vous le savez, il a écrit des milliers de pages sur le sujet – nous permet de nous libérer des soucis et des idoles, et, de nous éloigner des vaines justifications morales ou même théologiques.

Dieu, parce qu’il est tout puissant, donne sa grâce à qui il veut, par libre choix, sans condition. Il n’y a pas à chercher à connaître si nous sommes damnés ou élus. Au stade de notre raisonnement, il faut bien parler de la Prédestination ; mais il n’est nul besoin de citer St Augustin, Pelage, Calvin ou même Arminius pour en parler. Il suffit de rappeler que la Prédestination est l’affaire de Dieu et non celle des hommes qui restent eux dans l’ignorance du Plan de Dieu. Il faut donc, chers Amis, remercier Dieu de nous laisser dans le mystère des fins dernières, car l’ignorance qui est la nôtre nous permet de revendiquer l’entière responsabilité de nos actes. Grandeur de l’être humain ! C’est certes paradoxal, mais l’expérience nous apprend que grâce à la toute puissance de Dieu l’homme est plus libre.

C’était la première réflexion que m’inspirait le premier verset de notre parabole « Un semeur sortit pour semer ».

Après la toute puissance de Dieu, j’en viens tout naturellement à articuler la suite de notre réflexion sur la générosité sans frein du Semeur dans une deuxième approche. Le Semeur, notre Seigneur de la Parabole, déborde de générosité, puisque contre toute raison, il sème à tout vent, partout, au bord du chemin, dans les coins pierreux, au milieu des ronces et tout de même dans la bonne terre. Il ne compte pas ! Il ne se préoccupe pas de savoir s’il fait bien ou mal ; il englobe le monde entier sans jugement sans condition. Qui plus est, il sème en gaspillant ! Il faut aimer, chers Amis, ce Seigneur gaspilleur sans retenue, donc semeur dans tous les recoins du monde ! On le devine préoccupé de ne rien oublier. Il ne connaît pas les frontières. Pour lui tout est possible. Il ne veut rien négliger, pas même la plus petite parcelle de terrain. Car, même au bord du chemin, un grain pourrait être sauvé malgré l’appétit des oiseaux qui symbolisent peut être les gens superficiels et mondains ; car, même les pierres, c’est à dire peut être les cœurs les plus endurcis, peuvent laisser un grain germer ; car, encore, les ronces, c’est à dire, les gens peureux, paralysés par la peur de mal faire, peuvent parfois donner des fruits.

Je n’ai pas lu devant vous les versets 18 à 23 de notre Parabole et je vous laisse le soin de les découvrir après notre méditation ; ils représentent une tentative d’explication que je viens à l’instant de brosser à grands traits, mais qui ne doit pas masquer la force du semeur qui sort pour semer, sans condition et gratuitement. Je préfère retenir la force que dégage les seuls premiers versets de la Parabole sans chercher à expliquer l’apparente déraison de Dieu, le Semeur. Il me suffit de constater que loin de négliger les gens superficiels, les gens paralysés par la peur ou les gens à la nuque trop raide, Dieu n’hésite pas à s’engager dans la surabondance, ce qui doit alors nous persuader de son incommensurable amour dès la première Parabole.

Car encore une fois, et j’en terminerai là pour ma seconde proposition, pourquoi semer à tout vent si ce n’est dans l’espoir d’atteindre, même les terrains les plus inattendus, même les terrains les plus apparemment stériles. Il faut croire au sursaut toujours possible et pourquoi pas, de temps en temps, au Miracle.

Ma troisième et dernière approche au sujet de notre Parabole nous entraîne, vers le drame qui a mené le Messie, fils de Dieu, sur la croix, de façon inexorable. Nous le savons, les contemporains de Jésus attendaient un Roi, un Chef et non un simple Semeur. Je dis bien un simple semeur. Même s’il est mu par une mystérieuse force irrépressible, le semeur décrit par les Évangiles est plein de modestie.

Au risque d’être en contradiction – dialectique – avec mon rappel de la souveraineté absolue de Dieu dans ma première approche, le semeur, reste inquiet sur le devenir du grain ; car, en fait, il agit seulement sur les semences. Nous n’en sommes pas encore aux moissons qui, après tout, pourraient représenter une sorte d’apogée. Mais, puisque la semence n’est pas réservée à la seule bonne terre, le semeur n’est jamais certain de voir des moissons fructueuses. Le Semeur, le Seigneur de la Parabole de l’Évangile, accepte en semant à tout vent, de prendre des risques. Prendre des risques, c’est accepter à la fois la fragilité et la puissance de cette semence. C’est plonger dans le mystère insondable d’un Dieu qui s’est fait homme dans son fils unique. Car Dieu, pour les chrétiens, est une personne incarnée… Et la mission du Porteur de la Parole de Dieu est inscrite dans notre première parabole ; c’est celle du fils de Dieu qui ira jusqu’au bout de son destin, jusqu’au Golgotha alors que ses contemporains attendaient un Messie de gloire débordant d’une autorité royale et militaire.

Par la mise à mort sur la croix de Jésus-Christ, son fils unique, Dieu est à la fois faible et puissant. En acceptant l’ultime sacrifice, Dieu n’est jamais aussi grand. Il nous faut, chères sœurs et chers frères, accepter l’existence d’un Dieu modeste bien que puissant.

Permettez-moi de citer une image, glanée chez Paul Ricœur, Philosophe chrétien récemment décédé : « Dieu a créé l’homme comme l’océan a créé ses continents, en se retirant parfois ».

Mais, la faiblesse volontaire de Dieu qui transparaît déjà dans la première Parabole du Semeur ne signifie nullement que nous sommes abandonnés ; nous sommes, aux yeux de Dieu tout puissant, remplis de liberté et de responsabilité. Dieu mérite notre louange.

Alors, chères sœurs, chers frères, marchons dans l’Espérance du royaume en louant Dieu puisque comme hier, nous sommes aimés aujourd’hui par LUI. Et bien sûr nous serons aussi aimés par LUI demain et toujours.

Amen

Marc 12, v. 38-44 : « Il vint aussi une pauvre veuve, et elle y mit deux petites pièces, faisant un quart de sou … »

Dimanche 12 août 2007 – par Clotaire d’Engremont

 

Chères Sœurs, Chers Frères,

Quelques versets avant ceux que je viens de vous lire au chapitre XII de l’Evangile de Marc, Jésus répondait à un scribe qui l’interrogeait sur ce que serait le plus grand commandement de la manière suivante :

a) « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Voici le premier commandement.

b) Et voici le second qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là ».

Bien sûr vous connaissez par cœur ce passage. Et l’histoire de la veuve qui met deux pièces dans le tronc du Temple constitue une réponse possible, une mise en pratique du double commandement que je viens de rappeler.

A mon sens, Jésus Christ pose ainsi la question de ce qui est authentiquement évangélique ; il s’attache à différencier radicalement la réalité de l’apparence. Ainsi, les scribes, parfois, feraient semblant de prier, dit-il. Ils aimeraient plutôt jouer les importants dans leur longue robe et souhaiteraient être les mieux placés au Temple et à la table du festin.

La description est d’autant plus sévère que Jésus Christ les oppose, ces religieux imbus de leur personne, à la veuve qui, bien que placée au dernier rang de l’échelle sociale, donnera quelques piécettes qui, pour elle, constituent le nécessaire et non le superflu. Le contraste est saisissant. Malgré la sévérité de la description, ce passage de l’Evangile n’est pas, à proprement parler, une simple diatribe contre les puissants, n’est pas non plus une simple défense des petits contre les grands, encore moins une façon de dresser une classe sociale contre une autre. Après tout, heureusement, il existe des « scribes » respectés et respectables et des « veuves » pauvres et insupportables.

Dans ce passage, il s’agit bien pour Jésus de démontrer qu’il y a un lien indéfectible entre l’amour pour le prochain et l’amour pour Dieu ou l’inverse. En effet, nous ne pouvons pas nous « lancer » dans de longues prières et prétendre ainsi aimer Dieu, si l’on méprise les autres, et notamment les plus faibles. C’est l’amour pour son prochain qui donne un sens à l’amour pour Dieu. Notre amour pour Dieu passe nécessairement par une manière d’être avec autrui ; notre amour pour Dieu doit engager notre existence, de manière intime, même si ce n’est pas d’une manière aussi radicale que celle de la veuve qui, elle, se sépare du nécessaire.

A l’inverse, sans aller aussi loin que dans l’Evangile de la veuve, Dieu même si l’on ne parle pas de LUI explicitement se retrouvera aussi dans chaque geste posé sincèrement, même le plus petit, même le plus humble. Par exemple, on peut estimer qu’une visite ou qu’un appel téléphonique à une personne souffrante valent plus aux yeux de Dieu que certaines prières directement prononcées… On peut encore estimer qu’il plaît à Dieu que l’on soit simplement poli avec le passant qui demande sa route, au lieu de passer rapidement, après une réponse distraite, car nous sommes toujours pressés, n’est ce pas ? Nous pouvons encore estimer qu’il est important d’inviter à sa table familiale « quelqu’un » que nous sentons en peine. J’ai bien dit « quelqu’un », c’est-à-dire un quidam, c’est-à-dire selon les circonstances vous ou moi. Loin de moi de dire que la prière est inutile ! Mais pour le dire autrement, l’amour pour Dieu est véritablement authentifié par l’amour pour autrui. En effet, je n’imagine pas que l’on puisse être chrétien tout seul. Être chrétien, c’est vivre avec les autres, c’est-à-dire, à sa mesure, entendre et écouter autrui.

Loin de moi aussi de tomber dans, ce qu’il est d’usage d’appeler ces derniers temps, le « relativisme ». Le mot est lâché : le « relativisme » serait ce que l’eau tiède, sans saveur mais douce, car tiède précisément, serait à la tolérance forcément « molle ». Etre attentif aux autres, sans questionnement, sans explication, serait selon certains tomber dans un laxisme presque coupable. Il faudrait pour eux afficher des convictions fortes, dures, et bien entendu pures, cela va de soi ! Je ne suis pas sûr que l’intransigeance absolue soit une vertu évangélique ! Le soldat romain, épris de compassion devant la Croix, le bon samaritain qui aida un quidam malmené par les brigands et aujourd’hui la veuve qui met des petites pièces dans le tronc en se privant du nécessaire, ont ainsi posé un geste qui les dépasse, qui les relie à Dieu le Père, sans qu’il y ait besoin de prière sacerdotale prononcée par les grands prêtres en robe longue.

Aux yeux du Seigneur, les gestes du soldat romain, du bon samaritain et aujourd’hui de la veuve, sont ainsi magnifiés. En apparence rien de bien extraordinaire et pourtant la manière d’être de ces trois anonymes – en effet, leur nom n’est jamais cité, ce sont le « soldat », le « samaritain », la « veuve », sortes d’archétype – les fait accéder à la dignité d’individu unique et irremplaçable aimé de Dieu car aimant Dieu. Nous sommes passés du « paraître » à « l’être ».

Alors, chères sœurs et chers frères, il n’y a plus de rupture entre le monde sacré et le monde profane, entre le monde religieux et le monde laïque ; il y a le monde tout entier, aimé par Dieu, hier, aujourd’hui et demain.

Amen.

 

Luc 9 v. 18-27 : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera… »

Dimanche 10 juin 2007 – par Clotaire d’Engremont

 

Chères Sœurs, chers Frères,

Notre époque est saturée d’enquêtes de tout genre. Ce sont des enquêtes économiques ou sociologiques ou encore des études de marchés. Tout devient sujet à enquête d’opinion, grâce à des appareils statistiques devenus très sophistiqués. L’enquête d’opinion peut porter sur l’automobile idéale, sur la meilleure machine à laver, comme sur la religion ou sur la politique, ou sur les comportements les plus intimes, les plus inconscients de nos personnes.. Un questionnaire récent qui se voulait ludique était ainsi rédigé : « dites-moi ce que vous mangez, je vous dirai pour qui vous votez » ! L’opinion publique, relayée par de mystérieux minotaures que sont les « mass média » est consultée par ce qu’on appelle aujourd’hui des « décideurs » qui tronçonnent en coupes réglées les différents groupes humains en catégories prédéfinies selon l’âge, le sexe, l’ethnie, l’appartenance socio-économique et même désormais le comportement sexuel…

Pour en venir à notre texte, Jésus s’intéresse lui aussi à l’opinion des autres. Mais il n’est pas un lointain aïeul des sondeurs d’aujourd’hui. La première question de sa part est directe, sans ambages : « qui dit-on que je suis ? » !. Il n’a pas besoin des appareils statistiques de la modernité pour interroger ses disciples. Il faut dire que lui n’a pas pour objectif de faire vendre un journal, de commercialiser une automobile ou de se faire élire par un corps électoral bien ciblé.

Il connaissait bien sûr ce qui était dit à son sujet. Les Evangiles sont là pour prouver que sa prédication et ses actes ont frappé l’ensemble de ses contemporains. Il ne perd d’ailleurs pas son temps à commenter ce que pense l’opinion publique, en l’occurrence ici ses propres disciples. Il serait un nouveau Jean-Baptiste, un autre Elie ou un ancien Prophète revenu sur terre. En fait, vous remarquerez que Jésus ne s’intéresse guère à la réponse à sa première question. Ce que Jésus souhaite à cet instant, c’est la réponse de son entourage le plus proche à la deuxième question, fondamentale plus encore, posée à chaque individu en tant que tel, c’est-à-dire à chaque être humain, irréductible, à vous même et à moi « qui dites-vous que je suis ? » ! .

Il ne demande pas une simple opinion. Sa question demande en fait un témoignage, un engagement, et, chères sœurs, chers frères, à ce stade, la parole d’engagement est essentielle. C’est le dire qui importe. Cette question essentielle posée aux disciples, est la même que nous devons -vous et moi – nous poser vingt siècles après.

Pensons, chères sœurs, chers frères, à nos propres difficultés pour répondre à cette fameuse question « qui dites-vous que je suis ? ». En effet, chacun, et même beaucoup d’incroyants ou de demi-croyants, ont dans le fond une petite idée de Dieu. Mais dans notre texte d’aujourd’hui, Jésus ne souhaite pas que ses disciples aient une simple petite opinion, une toute petite idée de Dieu. D’où l’immense intérêt de la réponse de Pierre « Tu es le Christ de Dieu ». C’est là une des pointes du texte. Et pourtant, Jésus-Christ qui n’est ni un chef de clan, ni un chef de parti politique, ni un président de société anonyme, interdit que l’évidence relevée par Pierre soit révélée.

Cela veut dire, qu’au-delà du témoignage personnel, Jésus-Christ n’est pas un propagandiste qui chercherait à « travailler l’opinion » pour employer un langage moderne et profane. Il décourage même son entourage du moment, puisqu’il se présente comme un vaincu rejeté par les anciens et promis aux souffrances, puis à la mort. Certes, Jésus-Christ dit déjà qu’il ressuscitera au troisième jour, mais que peuvent bien comprendre ses fidèles d’alors par ces termes ! Mais, d’ailleurs, Jésus-Christ va encore plus loin, car vous l’avez bien compris, il ne se situe pas par rapport à l’accession à un trône terrestre sur lequel il essayerait de monter. Il suffit pour venir à lui, tout simplement, de renoncer à soi-même, car « celui qui sauvera sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la sauvera ».

Jésus-Christ est là pour des hommes nouveaux dans un monde nouveau. Les temps nouveaux viendront, par sa propre mort, de la semence et cette semence, c’est lui-même le Christ de Dieu, comme l’a nommé Pierre. Il sait qu’il sera crucifié pour être la semence nécessaire au grand renouveau qui suivra sa Résurrection. Foin donc d’une opinion reconstruite sur des idées pré-conçues, foin donc même des constructions théologiques ultérieures pour être plus près de Lui ! Il est nécessaire de renoncer à soi-même afin d’entrer, dès maintenant, dans un monde où l’injustice, où la haine, où même la misère seraient bannies. Utopie diront certains… Mais « mourir à soi-même » permet, précisément, d’être avec le Christ en marche vers la libération des hommes et de femmes.

La crucifixion est bien autre chose qu’un symbole de progrès de l’Humanité qui ne serait compréhensible que par la simple bonne volonté. Au moins dans ce domaine, ne tombons dans une sorte de relativisme. Par la croix, il y a bien une rupture radicale entre un avant et un après. Pour le chrétien, Dieu est une personne et le monde vit de la mort du Christ. Mais dans ce texte, il ne s’agit pas tant de la mort physique des hommes et des femmes. « Mourir à soi-même », c’est plutôt, pour nous, se délester de tout ce qui nous empêche d’être disponible aux autres. Être disponible aux autres, c’est se déposséder de l’assurance de notre supériorité, du confort mental ou matériel pétri d’habitudes ou de la bonne conscience de ceux qui se disent uniques propriétaires de la Vérité.

Bref, plutôt que de chercher absolument à maîtriser son existence, il vaut mieux pour « mourir à soi-même », se laisser prendre par la grâce divine. La grâce divine, le mot est prononcé ! Nous avons peur souvent devant elle, car nous avons des difficultés à croire qu’elle est sans limites. Se laisser prendre, chers amis, c’est ne pas avoir peur quand on choisit une voie, de l’avoir mal choisie. C’est ne pas avoir peur de la toute puissance de Dieu.

La grâce divine ne se questionne pas. Il faut l’attendre et la recevoir quand elle arrive avec une immense reconnaissance, car elle est sans conditions. Il est vain de la refuser. Il est même vain de parier dessus. Elle est toujours là, hier, aujourd’hui, demain…

Amen.