Matthieu 8, v. 1-17

Dimanche 13 janvier 2008 – par Serge Gligoric

 

Chers amis,

Le soleil est chaud dans le ciel bleu qui couvre les personnages en bas. Ils descendent, Jésus à la tête de cette foule. Les petites et grandes pierres ne facilitent guère le passage et la descente est rude : il s’agit d’une montagne. Ils semblent avoir tous et toutes la foi et, bien sûr, ils discutent, s’énervent parfois, crient, rient, posent des questions et surtout sollicitent l’attention du Maître, du Rabbin, de ce que nous appelons le Christ. Soudain, un lépreux, couvert par les signes de sa maladie, survient et se prosterne devant lui. La foule s’arrête. Qui est cet homme ? Comment ose-t-il se présenter dans cet état devant notre Rabbin ? Tous et toutes se tournent naturellement vers Jésus. Même s’il pouvait être étonné, on constate qu’il reste calme. Il attend. « Seigneur, si tu le veux, tu peux me rendre pur. » Les autres réagissent fortement. Certains reculent, d’autres sont animés soit par le mépris, soit par la compassion. Etre lépreux est le signe du mécontentement de Dieu. Ces personnes sont intouchables, impures. L’odeur de l’air frais s’est déjà mélangée avec la sueur et la mauvaise haleine des nombreux hommes et femmes qui se pressent pour voir la scène. Avec le lépreux, qui ne s’est pas lavé depuis un moment, comme certaines personnes dans la foule, l’air devient de plus en plus nauséabond. Puis, la main de Jésus se tend vers l’homme lépreux et le touche. « Je le veux, sois pur. » Aussitôt il fut pur de sa lèpre.

Bon nombre de personnes n’ont pas été pour autant bouleversées. « Je ne vois rien de spécial ! », l’un d’entre eux crie. « Quelle guérison ? Il a toujours sa maladie. On peut le voir sur sa peau ! », répond un autre. Puis, une troisième voix se lève, « Mais non, vous avez tort. Il l’a guéri. Vous ne le voyez pas ? Cet homme a été traité d’une façon misérable sous notre loi juive. Il n’avait aucun mérite. Mais, aujourd’hui, il était rendu pur par la grâce de Dieu. Sa foi, son courage lui ont été reconnus par Dieu, notre Seigneur. » En entendant ces mots, la foule s’agitait violemment. « De quoi tu parles, femme ! ». « Tu ne connais rien de nos lois ! » Pendant ce temps, Jésus, écoutant ce qui était dit et regardant les réactions autour de lui, se tourne vers l’homme lépreux et dit : « Garde-toi d’en parler à personne, mais va te montrer au prêtre et présente l’offrande que Moïse a prescrite ; ce sera pour eux un témoignage. »

Pendant que certains continuaient de s’agiter, les autres, plus proches de Jésus et pouvant entendre sa parole, se taisaient. Puis, les réactions commencent à se faire entendre : « Il va se présenter dans cet état devant les prêtres ? » « Qu’a-t-il dit ? Quel est son témoignage ? Je ne pense pas qu’il puisse entrer et présenter l’offrande. Il va être tué ! » « Vous êtes vraiment obstinés ! Vous n’avez rien compris ! Sa foi lui a rendu sa pureté. Dieu l’accepte comme il est ! Il a pardonné ses péchés et sa maladie. Malgré la loi, il est jugé acceptable par Dieu. » « Comment pourrait-il être acceptable dans cet état ? Tu ne vois pas son nez ni ses mains ? Il est en train de perdre ce que Dieu lui a donné ! Il faut une raison à tout cela. Dieu ne réagit pas pour rien. » Pendant ce temps, ils entrent à Capharnaüm.

Un centurion, voyant la foule et Jésus à sa tête, s’engage dans sa direction. Certaines personnes réagissaient en voyant le centurion, une ou deux veulent fuir, d’autres demeurent sur place, mais craignent sa réaction. Une fois devant lui, il le supplie : « Seigneur, mon serviteur est couché à la maison, paralysé et violemment tourmenté. » Jésus lui répond : « Moi, je viendrai le guérir. » Ce à quoi, le centurion répond : « Seigneur, ce serait trop d’honneur pour moi que tu entres sous mon toit ; dit seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ! Car je suis moi-même sous l’autorité de mes supérieurs et j’ai des soldats sous mes ordres ; je dis à l’un : ‘Va !’ et il va, à l’autre ‘Viens !’ et il vient, et à mon esclave : ‘Fais ceci !’ et il le fait. »

Tout le monde est étonné. D’abord, c’est un centurion qui parle, non pas un juif, non pas un samaritain quelconque, mais un officier romain, un païen, qui est venu supplier Jésus. Il n’y avait peu de réactions car la situation était inédite. Jamais personne n’avait vu un tel spectacle. Jésus, lui-même étonné, se tourne vers la foule et dit : « Amen, je vous le dis, chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi. Je vous le dis, beaucoup viendront de l’est et de l’ouest pour s’installer à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le royaume des cieux. Mais les fils du Royaume seront chassés dans les ténèbres du dehors ; c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Cela était plus qu’assez pour bon nombre de ceux et celles qui suivaient Jésus. D’abord, ce fut l’incompréhension. Tout le monde n’a pas bien entendu ni bien compris de quoi il s’agissait. Pourtant, d’une personne à l’autre, le message était passé. Puis, plus cette compréhension s’est installée dans les esprits de la foule, plus sa réaction fut violente.

« Il osent nous parler de cette manière à nous ! » Puis, un autre, « Il se prend pour qui, celui-là ! » Une troisième voix se lève : « C’est comme ça qu’il traite un romain, un païen, l’envahisseur de notre pays, le destructeur de nos terres et de nos synagogues !? » Puis une quatrième : « Ce n’est pas possible ! J’en ai assez ! J’arrête de suivre ce démagogue, ce faux prophète. J’ai rien vu qui m’ait convaincu de la véracité de ses paroles et de ses actes. » « Pauvre fou ! Tu ne vois pas qu’il est en train de nous enseigner l’amour envers nos ennemies. As-tu oublié le sermon sur la montagne ? Aime tes ennemies. » « Oui, j’ai bien entendu, mais j’ai pensé que c’était une blague. Si j’aime mes ennemies, ils vont alors devenir mes amis ! » « Justement, c’est ce qui est en train de se passer ici. Ce centurion a montré sa foi en Dieu et sa reconnaissance envers notre Rabbin. Peu importe qu’il soit romain. Les romains ne peuvent pas être sauvés ? » « Bien sûr que non. Je suis un juif, il est un apostate, un païen, un envahisseur. Comment peut-il être sauvé ? Seul les juifs ont été choisis comme le peuple de Dieu. » « Cette croyance ne peut-elle pas intégrer plus d’un peuple ? Moi aussi, je suis un juif et moi je crois que le peuple de Dieu est justement le monde entier, peu importe sa nationalité. » « Arrête ! Tu blasphèmes ! Je ne veux rien à voir avec toi. » Pendant ce temps, Jésus s’est déjà tourné vers le centurion et s’adresse à lui : « Va, qu’il t’advienne selon ta foi. »

Jésus a déjà quitté la foule. Ou, plutôt, il s’est évadé. Il se rendit chez Pierre, l’un des douze disciples. Sur le chemin, Jésus pense : « S’il ne comprend pas mes paraboles mieux que le public, au moins il a sa foi en Dieu et dans ma parole. De plus, je peux trouver un peu de paix chez lui, malgré cette odeur de poisson omniprésente. » En entrant, il vit la belle-mère de Pierre couchée avec la fièvre. Il toucha sa main, lui donna une caresse rassurante, posant un regard apaisant sur elle. Il constata que la fièvre n’était pas trop sérieuse et qu’elle était en train de guérir. Peu après, elle se leva et se mit à le servir. Pierre, bouleversé, demanda : « Qu’as-tu donc fait ? » et Jésus répondit : « Rien. Elle va déjà mieux. Elle a sa foi. »

Amen.