Matthieu 3, v. 1-12 : « Jean le baptiseur »

Dimanche 9 décembre 2007 – par Serge Gligoric

 

Chers amis,

En ce temps de l’Avent, qui précède et prépare la naissance de notre Seigneur Jésus le Christ, le texte porte sur le message de Jean le Baptiseur et le changement radical. Comment comprendre ce changement ? La parole de Jean est adressée à tous et à toutes, mais elle n’est pas pour tout le monde. Il faut d’abord produire un fruit digne et surtout ne pas se reposer sur la piété ou ses générations précédentes pour être accepté. Nous pouvons imaginer cet homme qui a refusé, selon Luc, de suivre le chemin de son père, de répondre, au contraire, à un autre appel difficile d’un prophète qui délivre un message inédit sur la présence de Dieu dans le monde. Harcelé par ses opposants, vêtu d’un vêtement en poil de chameau, ne mangeant que des criquets et du miel sauvage, il était une voix criante dans le désert. Ce n’est pas surprenant que Jean ait condamné ceux et celles qui voulaient se reposer sur les acquis de leurs générations, de leur famille et de leur réseau. Souvent, aujourd’hui comme hier, nous oublions que tout cela ne vaut rien devant Dieu. Ni la richesse, ni la gloire, ni la famille illustre. Nous ne pouvons avoir aucun mérite devant Dieu. Ni lui faire du chantage. Quand nous nous transformons intimement, personne ne peut nous aider ou prendre notre place. C’est là où, comme nous l’avons entendu, Paul raconte qu’à travers la persévérance et l’encouragement des Ecritures, nous trouvons l’espérance. La foi alors reste avec nous, cette foi dans la promesse de Dieu qu’il va nous pardonner et nous délivrer à travers sa grâce. Le changement radical est, dans ce cas, accueillant, bienveillant, ouvert, mais il impose une vigilance constante.

Le commentaire sur les saducéens et les pharisiens est direct et sans ambiguïté, un témoignage sur les conflits entre la communauté chrétienne naissante et les diverses écoles juives. Ces deux groupes, rencontrés plus ou moins souvent, n’ont pas été choisis par hasard, probablement parce que l’un représentait l’autorité religieuse de l’époque et l’autre incarnait la loi, avec sa sagesse, mais aussi avec ses pratiques scrupuleuses. Pour ceux et celles qui n’écoutent pas, l’image du feu est évoquée, surtout où brûle la paille, où le châtiment divin se prononce. En France, tout le monde se souvient encore de la canicule de 2003 et la souffrance qu’elle a entraînée. Dans ce coin du désert, ce genre de chaleur, surtout la brûlure du soleil, est fréquent. Tout devient alors exacerbé plus facilement, on est étouffé par la pollution, brûlé par les flammes solaires, irrité, fâché, la journée peut paraître sans fin. Ce n’est pas par hasard que le feu, dans ce cas, est utilisé comme un symbole pour évoquer des tourments. Cependant, le feu était aussi invoqué comme un moyen possible du baptême, insinuant que du bien comme du mal proviennent du même élément. Peut-être, l’influence zoroastrienne, qui trouve le feu sacré, a ici trouvé un écho modifié.

Pour éteindre ce feu et nous ouvrir à la grâce divine, Jean-Baptiste utilisait l’eau, devenue ensuite un symbole du baptême et de l’initiation dans la communauté chrétienne. L’eau est la source de vie. Quand les scientifiques veulent savoir s’il y a une vie sur une planète inconnue, ils se demandent si l’eau y est présente dans le sol. L’eau est le seul élément qui peut être dur comme un iceberg et fluide comme un liquide. De plus, l’eau, comme vapeur, est proche de l’un de ses constituants et une autre source de vie, l’oxygène. Pour être en bonne santé, il faut se laver, pour se laver, il faut de l’eau. Nous somme nous-mêmes constitué à 70% d’eau et en avons besoin pour survivre beaucoup plus que la nourriture. Ce n’est pas par hasard que l’eau est devenue un symbole de l’initiation mais également de la création.

En acceptant cette initiation, les disciples de Jean le Baptiseur acceptaient aussi ce qu’il appelait le règne des cieux, le royaume de Dieu. Cette espérance tant convoitée par les juifs comme par les chrétiens quand la justice, l’amour et la paix se manifesteraient parmi nous. Pour de nombreux juifs, surtout les zélotes, cela voudrait dire la libération du joug romain. Pour Jean, il s’agissait de se transformer de l’intérieur et poursuivre sa vie d’une nouvelle façon inattendue. Ces exemples sont exprimés dans un langage apocalyptique qui rend certes le changement radical exigeant et difficile, mais pas impossible.

Enfin, rendre droits les sentiers du Seigneur suggère une éthique pleine de justice, mais aussi de compassion. C’est dans Luc que cette éthique est plus détaillée. Les collecteurs des taxes ne doivent rien exiger au-delà de ce qui est ordonné et les soldats ne doivent pas se montrer violents, ne doivent pas accuser à tort et doivent être satisfaits de leur solde. Tout le monde doit partager ce qu’il a, y compris les vêtements et la nourriture. Un paradoxe réside, par contre, dans l’exemple du soldat qui ne commet pas d’actes de violence. Même si la violence gratuite et exagérée est tout à fait condamnable, quoi dire de la violence elle-même, surtout pour un soldat pendant l’époque romaine ? Il vaut mieux qu’il change de métier ! Autrement dit, nous entendons une manière originale de communiquer. Tout en restant dans la continuité de la tradition juive, ces paroles veulent bouleverser les croyances des auditeurs et changer la façon dont ils peuvent concevoir leurs convictions. Ce langage anticipe celui de Jésus. Le changement radical devient alors une éthique pour transformer le monde où, comme Esaïe l’a décrit, le loup peut séjourner avec le mouton et la paix peut enfin régner sur terre.

Pour résumer, le changement radical prêché par Jean le Baptiseur est accueillant et ouvert, mais exigeant et difficile. Il impose la vigilance constante d’une éthique pour transformer le monde. Il anticipe, comme l’Avent anticipe le Noël, celui qui baptise dans le Saint-Esprit.

Amen.