Matthieu 28 v16-20 – « Des hommes et des femmes, des disciples, accompagnés, envoyés, pardonnés… »

Dimanche 7 juin 2009 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs en Christ, Chers catéchumènes,

Je m’adresse aujourd’hui à ceux qui ont demandé la confirmation, c’est-à-dire à ceux qui ont osé faire un pas, à ceux qui sont sortis du rang et qui ont répondu lorsque le Seigneur appelait.

Je m’adresse en outre à ceux qui sont baptisés depuis longtemps déjà et qui ont été confirmés et à vous tous qui écoutez : vous avez entendu ces mots de l’Evangile qui sont pour vous ce matin. Ne les oubliez pas. Ils vous sont offerts par le Christ, Parole de Dieu. Et que disent ces mots ? Trois choses essentielles : Vous êtes accompagnés, vous êtes envoyés, vous êtes pardonnés !

1°)-Vous êtes accompagnés dans votre vie, et vous n’êtes pas seuls. Certes, des parents ne sont pas loin, et vous êtes en relation avec vos proches, vous disposez d’un réseau familial et amical sur lequel vous pouvez compter. Mais en vous-mêmes, au plus profond de vous-mêmes, au moment où vous plongez vos regards au plus intime de votre personne, le Christ vient vous rencontrer et vous donner une identité originale, imprenable et unique : celle de fils et de fille d’un même père. Vous êtes accompagnés, c’est-à-dire que vous avez un compagnon de route qui se tient présent tout au long de votre existence, même et y compris lorsque vous vous trouverez dans l’épreuve, même lorsque vous serez dans le malheur ou lorsque vous serez persuadés d’être abandonnés et seuls avec vous-mêmes. Christ vivant, mystérieux compagnon de vos vies se révèlera à vos yeux et redira ces mots qu’il a prononcé devant ses amis, signifiant ceci : je suis avec toi, je suis avec toi et tu es accompagné au long de ta vie par celui qui te sauve de tous les dangers et de toutes les détresses. Vous êtes accompagnés, mais plus que cela, vous êtes envoyés.

2°)-En d’autres termes, vous recevez la vocation de partager cette extraordinaire nouvelle selon laquelle l’homme n’est pas seul, car le Christ se porte auprès de celui qui, précisément, au sein de sa famille, au coeur de son réseau d’amitiés, au plus profond de sa vie personnelle et sociale, connaît secrètement et douloureusement l’abandon, l’isolement, l’incompréhension, l’exclusion, le rejet. Vous recevez la vocation de transmettre ce message de sorte qu’à travers vous, par les mots que vous saurez prononcer à votre tour et les gestes que vous saurez accomplir, celui qui se trouve seul découvre le visage du Christ vivant et le signe d’une humanité solidaire et responsable. Vous avez entendu, au cours de cette année Calvin (Noyon 1509-Genève1564) et tout au long de votre catéchisme, combien la prise au sérieux de cet appel à prendre ses responsabilités dans la vie, constituait une part décisive du message de la Réforme. Prendre ses responsabilité signifie, en effet, au sens propre du terme « responsabilité », la capacité personnelle à « répondre » et le refus de rester inactif, muet, sans opinion : être capable de répondre et de prendre le risque d’une réponse, une réponse qui ne soit pas forcément celle de la majorité, qui ne soit pas non plus celle tellement suggérée du discours dominant, de la doxa ou du « dernier qui a parlé », capable de répondre et d’agir y compris avec la possibilité de se tromper, de ne pas être parfait, d’ouvrir un champ de possibles qui laisse penser que d’autres options soient possibles et permises, mais en tout cas capable de répondre de tout cela. Capable et non pas coupable.

3°)-Car, et ce sera le troisième élément essentiel de ce message, vous êtes déjà pardonnés. Je veux dire qu’en Christ, vous êtes libres. Libres non pas de faire n’importe quoi -il y a la loi et la justice- mais libérés pour agir et mettre en œuvre selon vos décisions, dans le cadre du droit et pour le bien commun, ce que vous avez décidé de réaliser dans la vie. Après vos études, grâce à la qualité de votre formation, à travers votre profession, vos convictions personnelles, politiques et religieuses, c’est dans la liberté que vous exercerez vos responsabilités, sans crainte d’être jugés ni culpabilisés par quiconque.

Accompagnés, envoyés et pardonnés, tels sont les termes de votre identité chrétienne, désormais.

Dans un monde en pleine mutation -mais au fait, est-il déjà arrivé que ce monde ne connaisse pas une période de changement ?…-, dans une Eglise elle-même traversée par bien des évolutions et des transformations de toutes sortes, et dans vos vies personnelles et intimes, au tournant de l’adolescence et de l’âge adulte, le Christ vous touche par sa parole et il vous institue comme disciples : vous voici donc prêts.

Certes, vous êtes jeunes et, comme chacun de nous dans ce temple, emplis de doute, et d’hésitations. Mais là encore le texte de ce jour vous rejoint et rencontre vos vies dans toute leur complexité et dans leur vérité : voici ce verset, en effet, auquel vous devez être attentif et qui présente la dernière description connue des disciples dans l’Evangile de Matthieu : « Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes. » Ils eurent des doutes… !

C’est que le Christ, hier comme aujourd’hui, sait de quoi nous sommes faits. C’est qu’il n’attend donc pas de notre part la foi invincible du héros mais bien la confiance humble et tenace du disciple, la confiance fragile et pétrie de doute, la foi, certes, mais traversée par le doute, la vraie foi, celle qui affronte l’épreuve du doute et la traverse éperdument et victorieusement.

Et comme chaque jour de nos vies, comme chaque dimanche lors de nos cultes, les uns et les autres chantent les louanges de Dieu et prient leur Seigneur en même temps qu’ils le supplient de venir au secours de leur incrédulité, chacun de nous, ici même, croit et doute en même temps, croit et renie, comme Pierre l’a fait jadis, et chacun reçoit le pardon, pour, sans cesse, recommencer sa vie avec le Christ.

De sorte que les membres de l’Eglise et les catéchumènes de tous les pays et de tous les temps comme chacun de vous ici et en ce moment même, soient assurés d’être à la fois accompagnés chaque jour par le Christ, mystérieux visiteur de nos vies, envoyés dans le monde par la force de l’Esprit Saint, et sans cesse pardonnés par la grâce d’un Père bienveillant et miséricordieux,

Amen