Matthieu 24, 37-44 : « Heureuse apocalypse… »

Dimanche 2 décembre 2007 – par François Clavairoly

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Veiller, être vigilant, se trouver comme une sentinelle, et guetter les signes de la venue du royaume parmi nous, telle est notre vocation que rappelle ce texte de l’évangile.

-  Veiller, c’est-à-dire se préparer à agir.
-  Etre vigilant, c’est-à-dire discerner et interpréter avec intelligence le monde et sa propre vie à la lumière de l’évangile.
-  Se trouver comme une sentinelle, c’est à dire scruter l’horizon de nos vies pour y déceler l’advenue [1] du royaume. Le temps de l’Avent, période liturgique qui s’ouvre aujourd’hui, nous positionne donc ainsi : dans une attitude de confiance en la venue du Christ et du royaume au cœur mêmes de nos vies. Certes, le récit de l’évangile a bien des accents d’apocalypse, mais précisément, ici, l’apocalypse est heureuse, car nous sommes maintenant largement informés, nous sommes avertis de ce que ce projet est un projet de salut et non de jugement, projet annoncé à tous, promis à tous, offert à l’humanité toute entière. Et il nous revient de le proclamer à notre tour, sentinelles joyeuses, et de le transmettre comme une bonne nouvelle.

« Veillez », rappelle l’évangile. Parfois, l’Eglise s’endort, et nous avec elle. Parfois elle se laisse bercer et même endormir et alors elle ne veille plus. Et il faut alors que le Seigneur la réveille, la ressuscite, la remette debout, en ordre de marche. Mais aujourd’hui nous sommes éveillés et notre mission est claire :
-  annoncer une espérance en chaque lieu où le monde qui désespère.
-  annoncer que dans notre présent, même le plus douloureux ou le plus opaque, le Christ ouvre un chemin, et, par sa parole de paix, vient toucher nos cœurs fermés et endoloris. Telle est la veille chrétienne, telle est notre position de veille active et confiante. Une veille enracinée dans le présent et tendue vers demain, non pas engluée dans l’épaisseur des jours ou en fuite dans des rêves d’au-delà plus ou moins inquiétants, mais solidement arrimée à ce monde et à l’œuvre aujourd’hui, au nom du royaume qui vient. La liturgie de l’Avent qui annonce l’arrivée d’une naissance, illustre à sa façon cette réalité d’une veille qui voit grandir peu à peu l’espérance : elle est marquée depuis quelques décennies, lors de nos cultes, par un signe très simple, celui de la couronne de sapin portant la lumière d’une bougie, puis de deux bougies, puis de trois puis de quatre, pour dire la joie grandissante de Dieu qui vient partager, illuminer et sauver nos vies en Jésus-Christ. Pour évoquer cette « veille » active de l’Eglise et la croissance de son espérance à l’aide de quelques exemples bien réels, je veux nommer maintenant l’ « éveil » biblique des tout-petits qui s’émerveillent dimanche après dimanche de ce qu’ils découvrent dans les récits de la bible ; je pense aussi aux « veilles » tardives des adultes qui cherchent avec intelligence et qui scrutent l’évangile lors des dîners bibliques ou des rencontres de la formation théologique ; je veux citer encore la « vigilance » de l’entraide de notre paroisse [2], faible comme la flamme de la couronne de l’avent mais créant des liens avec d’autres [3] et oeuvrant pour les plus petits d’entre nous ; je pense enfin à la solidarité que notre paroisse assume au sein de la région, par ses prières régulières, « vigiles » hebdomadaires, et par son offrande généreuse [4] qui en est une traduction concrète. Tous ces signes disent humblement notre engagement dans un présent qui est le nôtre, en même temps que l’espérance qui soulève nos cœurs et nous motive. « Personne ce connaît le jour ni l’heure », écrit notre texte de l’évangile de Matthieu. C’est précisément pour cela que nous agissons : parce que sans savoir, nous croyons, et parce que sans connaître, nous espérons. M. Luther, à ce sujet, avait une jolie formule, lorsqu’il disait un jour : « même si je savais que la fin du monde était pour demain, j’irai dans le jardin et je planterai un arbre ».

Veiller et agir au cœur de l’hiver, au plus sombre de nos vies, au moment où apparemment rien ne pousse, c’est par conséquent croire fermement et témoigner vaillamment que germe l’espérance et que vient le royaume.

Retenons cela pour aujourd’hui.
-  Nous sommes les sentinelles d’une aurore qui n’est pas de nous, mais qui se lève pour le monde entier.
-  Nous sommes les veilleurs d’un avènement qui n’est pas de notre fait, mais qui inaugure la grande fête du royaume.
-  Et notre vigilance est appelée à être celle de l’interprète intelligent qui ne se laisse pas tromper par les fausses promesses du monde présent. Le Seigneur vous donne la vigilance de la sentinelle, du veilleur et de l’interprète dont la vocation est de passer à d’autres que vous le message de paix, de réconciliation et de pardon qu’en Jésus Christ il nous a offert,

Amen


[1] L’Avent- ou advenue du Christ- ne se trouve pas à la fin de l’histoire ni en son commencement, comme en des temps improbables ou inaccessibles, mais se donne à vivre aujourd’hui même. C’est tout le sens de la liturgie de l’avent qui désigne dans le temps présent de l’Eglise la présence du royaume « au milieu de nous ».

[2] L’entraide est une association appelée « DIESE », acronyme de « DIaconat de l’Eglise du Saint Esprit ».

[3] Avec la paroisse d’ Aubervilliers, avec le Casp, avec la paroisse de St Augustin, etc.

[4] L’offrande des membres de la paroisse est en effet recueillie, en bonne partie, pour le bénéfice d’autres paroisses.