Matthieu 24, 35-44 et Esaïe 2, 1-5 – « Veillez, Tenez-vous prêts… »

Dimanche 1er décembre 2013, par le pasteur Agnès Adeline-Schaeffer, pasteur à Clamart, Issy les Moulineaux et Meudon la Forêt

 

35Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. 36Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. 37Comme aux jours de Noé ainsi en sera-t-il à l’avènement du Fils de l’homme. 38Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; 39et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vienne et les emporte tous ; il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme. 40Alors, de deux hommes qui seront dans un champ, l’un sera pris et l’autre laissé, 41de deux femmes qui moudront à la meule, l’une sera prise et l’autre laissée. 42Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. 43Sachez-le bien, si le maître de la maison savait à quelle veille de la nuit le voleur doit venir, il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. 44C’est pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas.

Amis, frères et sœurs, quel genre de personnes sommes-nous ?
Nous sommes peut-être des personnes occupées, préoccupées, soucieuses, fatiguées, peut-être, ou encore des personnes perplexes, hésitantes.
Nous sommes peut-être des personnes qui savent organiser, planifier, prévoir et peut-être encore, de celles qui n’aiment pas forcément les surprises…
Alors que ces personnes soient rassurées, cette année encore, pas de surprise, Noël aura lieu normalement, à la même date, dans la nuit du 24 au 25 décembre !

Pourtant la parole contenue dans l’Evangile d’aujourd’hui nous dit quelque chose d’autre : « Tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas ».

Et nous voici bousculés, dérangés dans notre façon d’être et de penser. Alors, toute cette savante programmation de la fête de Noël se sert à rien, puisque le fils de l’homme viendra à l’heure où nous n’y penserons même pas !
Et en ce premier dimanche de l’Avent, nous savons que justement, s’ouvre devant nous un temps d’attente dans lequel nous aurons à vivre chaque jour, l’un après l’autre. Comment habiterons-nous ce temps, cette période, mise à part dans notre vie ? Comment vivrons-nous chaque jour qui nous conduira jusqu’à la fête ? Comme une routine, ou vraiment comme un temps qui fait de la place à la nouveauté ?

Dans ce passage, l’évangéliste Matthieu commence par nous signifier que la venue du Fils de l’homme est totalement imprévisible : « Ce jour et cette heure, nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne, si non le Père, et lui seul ».
Dieu seul a donc connaissance de ce jour et aucune créature n’est dans le secret, pas même le Fils de Dieu !
Et c’est le moment de nous souvenir que les chrétiens sont dans une « double attente » : La première, c’est l’attente de Noël, où Dieu vient rejoindre notre histoire, et notre humanité sous la forme de la naissance d’un enfant, symbolisant sa présence au plus près des hommes, de chacun d’entre nous, la seconde, c’est l’attente du retour du Christ parmi nous, promis, et compris par la première Eglise comme une espérance, espérance que nous redisons à chaque Sainte Cène, dans cette prière : « Nous attendons le jour, Seigneur, où ton règne sera établi sur l’univers tout entier ».
« En partageant le pain et le vin, nous proclamons la mort du Seigneur Jésus, nous annonçons sa résurrection dans l’attente de son retour »
, dit encore un autre texte de notre liturgie.
Le temps de l’Avent c’est cette double attente : non seulement, nous tournons nos regards non seulement vers le Noël d’autrefois, avec la naissance de Jésus, à Bethléem, mais aussi vers un « Noël futur », celui de l’établissement du règne d’amour de Dieu parmi tous les hommes, avec le retour espéré, chacun à notre manière, du Ressuscité. Cette « double attente » nous appelle à nous tenir prêts, puisqu’il est nous est dit que le Fils de l’homme viendra à l’heure où n’y penserons même pas ! Nous sommes, en quelque sorte, dans « l’entre-deux ».

Nous tenir prêt ? Ce n’est pas aussi simple ! Et c’est fatigant ! Ces mots résonnent en nous peut-être comme une angoisse. Cette angoisse est suscitée par le texte biblique lui-même, car cette histoire n’est pas du tout légère à entendre, avec le rappel du déluge qui illustre le caractère soudain et violent de la fin d’un monde, ou la description de la vie quotidienne, avec le travail dans les champs ou le grain en train d’être moulu, où une personne est laissée et l’autre prise, présentant encore une irruption inquiétante de l’avènement de Dieu dans le monde, avec sous-entendu, un jugement arbitraire que nous avons peine à recevoir, car nous n’aimerions certainement pas être la personne « laissée sur le carreau », si j’ose dire !

Et plus le texte insiste sur la nécessité de veiller, plus nous sentons notre inquiétude grandir. A l’intérieur de nous, ce n’est que désordre en tous genres, liés à nos différentes solitudes, nos désirs non reconnus, nos plaintes qui ne sont pas entendues jusqu’au bout. Qui prendra le soin de nous écouter, de nous accueillir, de nous accompagner ?

Avec notre probable propension à nous inquiéter, qui est une manière de reconnaître notre propre fatigue, nous n’arrivons plus à faire de la place pour l’inattendu de Dieu, souvent bien plus grand que ce que nous pourrions imaginer ! Et nous passons à côté de la question profonde de notre texte, posée et reposée à chacun de nous : veux-tu de nouveau, veiller avec moi ? C’est ça qui compte ! Et avec cette question, recevoir cette parole de la Bible, comme une parole jamais encore entendue ! L’insistance de l’Evangéliste Matthieu qui répète la même chose, devient alors même une parole libératrice : le jour et l’heure ? Personne ne le sait, alors, ce n’est pas la peine de se plonger dans des calculs infaisables, mais le plus simple, maintenant, c’est tout de reprendre à zéro, et de recommencer à veiller, surtout là où l’on s’est découvert totalement impuissants de le faire.
Veux-tu recommencer à veiller avec moi, dans ce monde, demande le Seigneur. Tel est l’inattendu de Dieu.
Si nous prenons conscience que nous sommes d’une certaine manière, des veilleurs « en panne », nous sommes invités à nous concentrer à nouveau sur ce qui se passe dans notre vie, ici et maintenant.
« Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur va venir », j’aurais envie de rajouter : « dans votre vie » ! Et c’est peut-être cela que nous sommes invités à comprendre. Veiller ? Serait-ce plus facile alors ?
Etre en veille, c’est être comme une petite lumière dans la nuit. C’est retrouver le chemin de la confiance. C’est attendre, non pas en étant soumis à cette attente, mais plutôt en restant dans une attitude attentionnée.
Veiller, c’est aussi faire le choix de recevoir dans notre vie, une Parole qui s’est incarnée dans un quotidien banal, mais qui nous rejoint dans les moindres recoins de notre humanité, une Parole dont il nous est rappelé qu’elle ne passera pas, quoiqu’il arrive.
Et cette promesse nous tient dans un éveil à la fois actif et confiant. C’est une façon d’être là, bien vivant, ici et maintenant.
Veiller, c’est retrouver le sens de notre mission, en prenant le temps de discerner autour de nous qui a besoin d’être porté, qui a besoin d’être encouragé. C’est encore et toujours, faire attention à la façon dont mon/notre prochain a besoin d’être aimé.
Et si d’aventure, nous n’arrivions à surmonter notre fatigue, rappelons-nous que nous ne sommes pas seuls, et que le relais est en place, à notre insu, parfois. Au hasard du chemin, nous découvrons qu’il y a quelqu’un qui veille pour nous, quand nous, nous ne pouvons, ou nous ne le voulons plus. Un peu comme sur un bateau, chacun prend son quart de veille.

Et contre toute attente, indépendamment de nos plans savants, et malgré les obstacles considérables qui peuvent se dresser sur la route, Dieu demeure accessible et visible, à la manière d’une maison, déjà annoncée dans le livre d’Esaïe : « Une maison établie aux sommets des montagnes, qui dominera sur toutes les collines ». (Esaïe 2/ 1 à 5).

Amis, frères et sœurs,
Que cette promesse accentue l’acuité de notre regard sur nous et autour de nous.
Que cette promesse tienne notre cœur en éveil et nous permette de débusquer les adversités quant à la venue du Dieu de Jésus-Christ dans le monde, et dans notre vie : indifférence, haine, violence sous toutes ses formes, mépris, et toute forme d’exclusion. Puissions-nous découvrir, dans notre quotidien, la présence du Christ, « autrement ».
Le Christ Jésus, qui est déjà venu, qui n’est pas encore là, mais qui continue de frapper à la porte de notre cœur et de notre vie, est cette lumière fidèle, qui nous empêchera de nous décourager, si nous croyons qu’il peut encore, aujourd’hui, malgré tout, remettre debout nos cœurs et nos corps fatigués.
Alors, mon ami, mon frère, ma sœur, veux-tu recommencer à veiller, avec moi, et avec nous tous, aujourd’hui, dans ce monde ?

Amen.