Matthieu 23, 1-12 – « agir pour le regard de l’autre… »

Dimanche 2 novembre 2014, par le pasteur Béatrice Hollard-Beau

1Alors Jésus dit aux foules et à ses disciples : 2Les scribes et les pharisiens se sont assis dans la chaire de Moïse. 3Faites et observez donc tout ce qu’ils vous diront, mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas. 4Ils lient des charges lourdes, difficiles à porter, pour les mettre sur les épaules des gens, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. 5Toutes leurs œuvres, ils les font pour être vus des gens. Ainsi, ils élargissent leurs phylactères et ils agrandissent les houppes de leurs vêtements ; 6ils se plaisent à avoir la première place dans les dîners et les premiers sièges dans les synagogues, 7être salués sur les places publiques et être appelés Rabbi par les gens. 8Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre maître, et vous, vous êtes tous frères. 9Et n’appelez personne sur la terre « père », car un seul est votre père, le Père céleste. 10Ne vous faites pas appeler docteurs, car un seul est votre docteur, le Christ. 11Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 12Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé.

Amis frères et sœur nous continuons la lecture suivie de l’Evangile de Matthieu, et nous qui nous penchons cette année sur le thème : De la trace au geste,le geste que va enseigner Jésus à ses disciples, dans notre texte du jour, va vraiment être fondateur :

Ce gesteappelé dans le texte en grec,l‘oeuvre’ne se voit pas directement, il est voilé… Comme toute les choses spirituelles, il se dévoile. (fondation L.Vuitton en forme de voiles ? )

 

Ce geste que Jésus veut enseignerapparaît comme contraire aux gestesque les pharisiens font, le «  pharisianisme », pensée radicaleque Jésus exècre, qui s’attache plus au revers de la loi, qu’à la loi elle-même, et qui traque celui qui n’observe pas la loi.

 

Jésus va donc,non seulement prévenir ses disciples del’attitude fausse des chefs religieux, mais aussi en la critiquant, il va leur révéler de manière voilée legeste spirituel qu’il attend d’eux, et qui apparaîtra mieux après la Croix et la Résurrection.

Ce geste sous la grâcequi vient inverser la routine sous la loiconcerne nos vies d’aujourd’hui. Ce sera Frères et Soeurs le thème de notre méditation.

Alors qu’en est-il ?

 

On le voit apparaître quand on soulève le voiledes reproches fait au pharisianisme :

-Ils « ligotent » des hommes de pesants fardeauxqu’eux –mêmes refusent de porter.

-Ils font des gestes, ou des œuvres, destinées à être regardées par des hommes.

 

-Alors, S’ils ligotent avec de lourds fardeaux, c’est qu’ils font quoi ?

Ils enlèventla liberté aux autres.

-De même S’ils ne sont préoccupés que par leur propre paraître, c’est que leur intérioritéest atrophiée et que eux –mêmes manquent de liberté.

Autrement dit la loi leslie eux-mêmes , ils ne peuvent donc pas délier les autres….

A travers ces reproches, on voit bien que ce que Jésus dénonce a affaire à la liberté .

Il semble leur dire : Ne soyez pas comme eux vivez la liberté, contraire à l’inquiétude du regard des autres. (Entre parenthèse , c’est d’autant plus important, que dans les langues sémitiques commel’arabe ou l’ hébreu,toutn’existe que par le regard des autres : il n’y a pas de verbe être . On ne dit pas « je suis dans le temple », mais je suis vu dans le temple . )

 

Donc Jésus demande aux disciples d’avoir cette liberté qui se passe du regard des autres, et qui seule permet de libérer les autres. Cette disposition à la liberté s’appellela singularité . C’est l’élément essentiel de la vie donnée par Christ.

 

Mais on peut se demander comment recevoir cette liberté personnelle , cette singularité qui se passe de regard de l’autre ?Jésus le dit par 3 recommandations aux disciples.

 

-1/ Jésus dit , je cite : n’appelez personne, ‘mon Père’ sur la Terre, vous n’en avez qu’UN ,

Pour vivre son intériorité, le disciple doit découvrir ( par le Saint Esprit) que Dieu ‘est ‘singulier’,le seul sacré ( dans le sens de à part, ) , et qui donne la vie en Christ.

Entre parenthèse : (c’est curieux que les catholiques appellent le prêtre, mon Père).

C’est Dieu   seul qui doit vous donner votre vie. Et c’est très intéressant car cela veut dire que si quelque chose vous empêche de vivre : une maladie, une souffrance, elle ne doit pas prendre le pas sur vous. C’est un refus de se faire dominer . C’est Dieuseul qui est le maître car c’est le seul qui donne une parole de Résurrection. Le penser donne la liberté.

 

_2/ Le deuxième élément pour avoir sa liberté,et sa singularité : Ne vous faites pas appeler docteur ou maître (curieux d’ailleurs, que les pasteurs aient des robes de docteur !) . Mais si le disciple ne doit pas se dire docteur ,ce n’est pas par morale , c’est beaucoup plus profond.

En effet le docteur peut être celui qui vit une loi collective, un systématisme .Le geste que Jésus veut, est un geste d’interrogation, de doute, un face à face personnel singulier, régénéré chaque jour dans la confiance.C’est une liberté au singulierdonnée par un « le je suis » de Christ  : Se mettre chaque jour devant Dieu dans le Règne immédiat de Dieu dit Bonhoeffer

 

3/ Enfin la troisième chose Jésus dit : vous êtes tous frères, soyez serviteur.

Le disciple se sent libre quand il sent que le Pèredonne la vie en Christ,et que chacun est fils et frères en Christ . Comme il sert Christ, il est appelé àservir le frère.

Le regard de l’autre n’est plus une inquiétude. Le frère est comme vous, à la fois fort et porteur de Christ, et en même temps vulnérable. Le penser donne une liberté.

Luther dira : Le chrétien est libre de toutes choses ,il n’est soumis à personnes.

Le chrétien est libre de toutes choses, il est le serviteur de tous.

 

Alors qu’est ce que cela peut nous dire dans la vie de chaque jour : 5 choses :

 

– 1/ Je pense que ce texte dit que le Christ est liberté et que geste chrétien est liberté. Ce geste qui n’est pas une morale, mais une éthique de la confiance et de la singularitéet non une loi impersonnelle et bien pensante valable pour tous. C’est un « je » que donne Christ , qui rencontre chacun , souvent dans la souffrance, dans la rupture, dans le paradoxe. et qui donne la viequelque soit sa faute ou sa culpabilité pour celui qui a confiance en Dieu et pour celui qui nese dit pas docteur, sachant tout, c’est à dire qui accepte la rencontre et la transformation de soi.

 

– 2/ Je crois qu’il est important de comprendre ce rapport à la singularité.C’est ce qui a

donné l’éthique protestante. Rien, aucun problème sociétal, d’Eglise, ni de personne ne

se juge qu’à l’aune loi collective, en faisant l’économie du singulier du personnel. Pour les débats sur la fin de vie, pour la bénédiction des couple homosexuels, l’éthique protestante passe toujours par le Bien commun collectif, et considérant « la personne singulière », au dessus de toute valeur y compris le bien.

 

-3/ Le chrétien est appelé à avoir une singularité comme une force qui le met en égalité avec ses frères.   C’est une égalité de l’être. Ce n’est pas une égalité sociale, ou de genre. Cette égalité est reçue. L’égalité est toujours reçue et non un dû comme on entend aujourd’hui. Cette égalité procède du don de la grâce du seul sacré et singulier Christ . Elle engage, Elle nous rend responsable et serviteur.

 

-4/ Le 4ème pointme tient à très cœur. Je crois qu’il faut absolument profiter d’un texte comme celui –ci pour interroger sa liberté , Il y a beaucoup d’esclave des autres, d’instabilité des uns et des autres, dans les familles et dans les entreprises. On ne se sent pas libre tout le temps,

Il faut vouloir cette liberté. La liberté procède d’un appel à l’Esprit et de l’Esprit, c’est un événement qu’il faut solliciter. Kierkegaard en parle très bien,

 

Il dit que seul Christ est singulier et libre par essence. Mais que nous pouvons devenir singulierdans un événement (c’est cela le geste). Nous vivons des appels par l’Esprit pour devenir unique. Seul un appel de la transcendance de Dieu en une rencontre peut nous faire devenir libre, A chaque moment on peut devenir libre.

 

  1. Enfin , je terminerai en disant que nous qui allons baptiser Jules, le baptêmeest

« le sacrement de l’alliance », le sacrement au nom de Christ seul saint. Par l’Esprit Saint , il incorpore spirituellement le baptisé à la mort et à la vie de Jesus, à sa vie à sa liberté. Il en devient homme nouveau, Homme singulier.

Mais ce sera son oeuvre, son geste de revivre toute sa vie son baptême comme le dit Luther, en vivant l’appel de liberté et de vie et en créant.

Le baptême sera ces voiles de liberté qui l’amèneront ainsi à être serviteur des autres.

 

 

 

Amen

 

 

 

 

Epitre à Diognète, une lettre anonyme écrite dans la communauté des premiers chrétiens d’ Alexandrie vers les année 160, qui parle bien la liberté du chrétien qui rend parfois étranger.

 

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage , ni par les vêtements . Ils n’habitent pas les villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier . Ils ne se font pas , comme tant d’autres les champions d‘une doctrine humaine…..

Ils résident chacun singulièrement dans sa propre patrie , mais comme des étrangers domiciliés….. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère.

Ils passent leur vie sur terre , mais sont citoyens du ciel . Ils obéissent aux lois établies ,

et leur manière de vivre l’emporte sur la perfection des lois… ».   Ainsi en est-il de la liberté

qu’ils vivent et qu’ils ont reçue. )