Matthieu 2, v 1-12 et Matthieu 5, v 27-32 : « Trois vœux adressés aux membres de la paroisse du Saint Esprit, ainsi qu’à beaucoup autres, évidemment… »

Dimanche 6 janvier 2008 – par François Clavairoly

 

Chers amis, chères amies, frères et sœurs en Christ,

Le jour de l’épiphanie est celui qui, rapporté par l’évangile de Matthieu et transmis dans la liturgie de l’Eglise, évoque l’apparition et la présentation de Jésus devant les mages. Il s’agit du jour où, en réalité, c’est bien la sagesse de Dieu qui est révélée au monde par ce petit enfant qui se nomme Jésus et qui porte un message offert à tous les humains, représentés par ces personnages venus de loin. Le choix, pour ce jour de l’épiphanie, des antithèses de Matthieu qui commencent par ces mots fameux : « Il vous a été enseigné…, mais moi je vous dis… », parait cependant bien curieux : les phrases de Jésus qui sont tirées du sermon sur la montagne, semblent en effet tout droit sortir d’une ancienne controverses rabbinique plus que d’un dialogue nous concernant aujourd’hui. Mais ces antithèses au style bien singulier offrent un sens à portée universelle : Elles proposent une nouvelle manière de se positionner par rapport à la Loi de Moïse, certes, mais elles suggèrent surtout une nouvelle façon pour quiconque les entend et les met en pratique, de se situer aujourd’hui même dans le difficile questionnement quotidien, tant au plan juridique que social ou existentiel, et elles invitent chacun à habiter pleinement le réseau complexe de ses nombreuses relations interpersonnelles. Et c’est alors une forme de sagesse pratique fondée sur la grâce et sur la liberté qui est proposée à quiconque veut s’y engager.

De quoi s’agit-il ? Nous dirions aujourd’hui qu’il s’agit de notre capacité à vivre en commun, de notre capacité à élaborer, comme l’écrit Paul Ricoeur, un « vivre ensemble » à deux dans le couple, « un vivre ensemble » à plusieurs dans la famille, et en grand nombre dans la société. Peut-être ici doit-on comprendre, en effet, et accepter que ces antithèses de Matthieu ont, à cet égard, une vocation réellement universelle, et qu’elles s’adressent à tous, y compris à nous aujourd’hui. Et qu’elles ne peuvent pas se laisser réduire à l’expression d’un sentiment particulier de tel individu, en un jour donné, ou à l’avis singulier d’un homme, Jésus, adressé il y a longtemps, à tels interlocuteurs, à tel peuple, ou à telle culture seulement : Les rapports humains, et toutes les question relatives au mariage, au divorce, aux relations entre hommes et femmes, à la vie en société, tout cela est en jeu dans ces quelques phrases du Christ et concernent tout le monde, toutes les cultures, tous les peuples. Le projet de sagesse qui apparaît ainsi dans ces quelques mots du sermon sur la montagne, et qu’il faut savoir relire attentivement, est alors prioritairement de passer au crible de l’intentionnalité de Dieu les lois et les usages de nos sociétés et nos pratiques mêmes : La fameuse expression christique « mais moi je vous dis » inaugure de fait cette entreprise critique, cette sage mise en question, cette mise à distance qui ouvre des perspectives de liberté, de pardon et de réconciliation là où les usages, précisément, les tabous, les lois et la dureté de nos cœurs ferment et bloquent les situations, qu’il s’agisse des relations de couple, des questions intrafamiliales, des relations au sein de notre société, ou des relations entre les cultures.

En ce début d’année, il est bon de se replacer tranquillement devant ces textes tirés du sermon sur la montagne. Il est bon de se rappeler que l’enseignement du Christ pour tous et pour chacun est un enseignement de sagesse universelle. Qu’il est fondé sur une relecture libre et critique de la loi de Moïse, afin de révéler l’intentionnalité divine qui la sous-tend, et afin d’en indiquer à tous le sens véritable. Or quel est-il ce sens véritable qu’il faut sans cesse retrouver parce que sans cesse nous le perdons ou nous le refusons de toute la dureté de notre cœur ? Ce sens pourrait se résumer en trois phrases qui serviront d’ouverture à cette année 2008, et qui vous sont offertes comme trois vœux, puisque tel est le moment de formuler des vœux en ce mois de janvier :

1°) Premier vœu : reconnaître du fond du cœur et particulièrement lorsque cela nous semble difficile à accepter, reconnaître autrui quel qu’il soit comme un sujet libre, non comme un objet, comme une chose ou une marchandise. Reconnaître l’autre comme un autre soi-même.

2°) Deuxième vœu : dans ce rapport de reconnaissance d’autrui comme un autre semblable, vivre des relations libres et responsables : Libres, c’est-à-dire libérées de l’oppression du désir d’argent, de pouvoir ou de sexe, et responsables, c’est-à-dire répondant d’un engagement authentique dans la durée, dans les difficultés et dans les peines, sans jamais se laisser décourager.

3°) Troisième vœu : sourire à l’avenir. Et recevoir ce qui advient comme une grâce, pas forcément comme un coup de grâce. En d’autres termes frayer un chemin à la justice, dans le champ immense de nos rapports humains, frayer un chemin à la justice, et non pas toujours revendiquer son droit. Et vivre juste, vivre une juste relation à l’autre : ni trop lointaine, car alors l’indifférence guette, ni trop proche, car alors le déni de la différence étouffe et tue.

Voici donc ces trois vœux pour un « vivre ensemble » illuminé de sagesse pratique, trois vœux portés vers vous par les rois mages devenus sages après l’épiphanie et leur visite auprès de Jésus :
-  Puissiez-vous reconnaître l’autre comme un autre soi-même.
-  Puissiez-vous établir avec lui des relations libres et responsables.
-  Puissiez-vous retenir comme critère dans vos vies celui de la justice, de la justesse, c’est-à-dire, au nom du Christ, celui de la grâce et de l’amour, car c’est ainsi que l’Eternel est juste avec chacun de nous. Toutes choses, en bien et en bonheur, vous seront données de surcroît,

Amen