Matthieu 1,18-25. – « Joseph, figure de la foi »

Dimanche 19 décembre 2010 – par Rodolphe Kowal, étudiant à l’Institut protestant de théologie

 

1 18 Voici dans quelles circonstances Jésus-Christ est né. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph ; mais avant qu’ils aient vécu ensemble, elle se trouva enceinte par l’action du Saint-Esprit. 19 Joseph, son fiancé, était un homme droit et ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de rompre secrètement ses fiançailles. 20 Comme il y pensait, un ange du Seigneur lui apparut dans un rêve et lui dit : « Joseph, descendant de David, ne crains pas d’épouser Marie, car c’est par l’action du Saint-Esprit qu’elle attend un enfant. 21 Elle mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. »

22 Tout cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète : 23 « La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel. » 24 Quand Joseph se réveilla, il agit comme l’ange du Seigneur le lui avait ordonné et prit Marie comme épouse. 25 Mais il n’eut pas de relations avec elle jusqu’à ce qu’elle ait mis au monde son fils, que Joseph appela Jésus.

Frères et sœurs,

Nous avons lu le récit de la naissance de Jésus dans l’Évangile de Matthieu. Nous sommes en effet entrés dans une nouvelle année liturgique. Nous avons laissé Luc pour être avec Matthieu. Nous pouvons saisir cette occasion pour renouveler complétement notre représentations des personnages bibliques. Dans cette méditation, je souhaiterais vous proposer un renouvellement de notre représentation de Joseph.

Pour cela, nous devons épurer notre imagination d’un tas de représentations qui proviennent, soit des autres Évangiles, soit des traditions ou du folklore. Oublions donc un instant tous les éléments qui nous renseignent sur l’histoire de la nativité et qui proviennent de l’Évangile de Luc, comme le fait que Jésus naisse dans une crèche et qu’il soit immédiatement entouré de bergers. Tous cela est absent de l’Évangile de Matthieu. Oublions aussi le bœuf et l’âne gris, qu’on ne trouve que dans des écrits apocryphes. Oublions le vieillard des vitraux. Oublions le Joseph charpentier, il n’en est pas question dans l’Évangile de Matthieu.

Repartons seulement du texte de Matthieu. Nous renouvellerons notre représentation de Joseph à partir de cette seule source. Si nous le faisons, nous découvrirons en Joseph une merveilleuse figure de la foi. Une figure de tout premier plan. Une figure comparable aux grands témoins du Nouveau Testament, tels que Pierre, Paul, Marie-Madeleine, Jacques, Marie ou Jean, pour n’en citer que quelques uns.

Joseph est bien le personnage central du récit de la naissance de Jésus au premier chapitre de l’Évangile de Matthieu.

Reprenons ensemble les éléments du récit de la naissance de Jésus :

-  Au début du récit, Joseph a pris Marie pour fiancée.
-  Il apprend qu’elle est enceinte, sans savoir que c’est le fait de l’Esprit saint.
-  Il décide de la répudier en secret.
-  Il est averti en songe par un ange du Seigneur de la prendre quand même chez lui. Ce songe est au cœur de notre récit, car c’est ici que Marie échappe à un sort malheureux.

Le narrateur nous rappelle que ce qui s’accomplit là, c’est une prophétie annoncée par Ésaïe. Nous sommes informés que l’enfant est conçu de l’Esprit saint, qu’il doit s’appeler Jésus, ce qui signifie qu’il sauvera le peuple, il aura aussi la qualité d’être Emmanuel, c’est à dire la présence de Dieu avec son peuple.

Le dénouement de l’histoire se produit donc lorsque Joseph accomplit tout ce que l’ange du Seigneur lui a demandé : prendre Marie chez lui et nommer son fils Jésus.

L’Évangile de Matthieu présente Joseph comme un homme juste. Dans l’idée du rédacteur, le mot juste signifie bien plus qu’une qualité. La plupart du temps dans le Nouveau Testament, le mot juste signifie qu’une personne possède l’ensemble des vertus. Joseph n’est pas simplement juste dans une situation, par exemple, les transactions au sein de son village ou de sa communauté. Être juste, dans la mentalité antique, cela signifie aussi être courageux, être bon, être prudent.

Joseph est courageux lorsqu’il répond par son action à l’ange du Seigneur qui lui a dit « N’aie pas peur ».

Joseph est prudent lorsque exerce son jugement sur la situation que lui présente Marie. Son jugement dépasse une interprétation simple des faits, qui ne devraient conduire qu’à la condamnation de Marie.

Joseph est bon comme Juif religieux, soucieux de l’application de la loi. Dans cette bonté, il est d’ailleurs une très belle figure de la continuité de la foi juive et de la foi chrétienne.

Un manque de discernement de la part de Joseph aurait conduit à une application cruelle de la loi.

La décision qu’il prend dans un premier temps – celle de se séparer de Marie – est en effet une bonne décision. Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Il aurait pu dénoncer Marie, ce qui, au pire, aurait conduit à la lapidation de Marie. Il aurait pu la prendre pour épouse dans le déshonneur et vivre ensuite toute sa vie conjugale avec une conscience tourmentée. Se séparer discrètement de Marie, c’était la plus sage décision.

Mais encore, Joseph est remarquable pour la conformité de sa volonté avec les enseignements en provenance du ciel. Joseph écoute l’ange du Seigneur et lui obéit. Il ne vise pas son intérêt personnel.

La suite du récit évangélique ne dément pas, bien au contraire, cette représentation d’un Joseph juste, courageux et, de plus, énergique, surtout lorsqu’il doit quitter la Judée pour se réfugier en Égypte et sauver sa famille. Il écoutera toujours et mettra toujours en pratique ce que l’ange du Seigneur lui demande.

Au centre de notre récit de la naissance de Jésus, nous trouvons aussi la notion d’accueil, dans laquelle Joseph tient un rôle crucial : Marie accueille Jésus en son sein et Joseph accueille Marie dans sa maison. C’est dans le foyer de Joseph que Jésus va venir au monde.

Chacun de nous peut reprendre pour sa foi cette configuration de l’accueil de l’enfant Jésus dans notre maison, chez nous, dans notre foyer.

Frères et soeurs,

Nous avons lu ce récit de la naissance de Jésus dans l’Evangile de Matthieu avec l’idée de renouveller notre représentation de Joseph. En faisant cet effort d’épuration de nos imaginations et en regardant le texte évangélique de près, nous découvrons un homme juste, courageux, prudent, énergique, un précieux témoin de la foi, à la charnière du judaïsme et du christianisme, bien placé pour illustrer la continuité qui existe entre la foi d’Israël et celle de Jésus-Christ, un homme qui voit l’accomplissement d’une prophétie, une figure de la foi qu’il nous faut mettre au premier plan.

Frères et sœurs,

Comme Joseph qui a pris Marie pour épouse et accueilli Jésus dans son foyer, mettons-nous dans cette disposition de courage, de justice et d’énergie qui nous rend apte à accueillir Jésus-Christ chez nous.

Amen