Matthieu 10, 26-33 – Se reconnaître en Christ devant les homme

Prédication du dimanche 25 juin 2017 par le pasteur Evert Veldhuizen

Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour; et ce qui vous est dit à l’oreille,
proclamez-le sur les toits.
(Matthieu 10 verset 27)


Les derniers mois ont été marqués par des échéances électorales aux résultats surprenants.
Lors des primaires, les pronostics ne prévoyaient pas le paysage politique que nous connaissons
aujourd’hui. Et l’élection de Donald Trump était aussi inattendue que les résultats des
consultations lancées par les premiers ministres David Cameron et Theresa May.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Les analyses et commentaires font bon train. Une des pistes
suggérées pourrait se conjuguer avec le texte de l’Évangile. Il paraît que les réseaux sociaux sur
internet jouent un rôle réel dans la formation de l’opinion publique. Les internautes reçoivent chez
eux des impulsions qui impacterent (sic) leur comportement social. Ce qui est vue et entendu dans
l’intimité d’internet se reflète ensuite dans les urnes. Mais une comparaison serait bancale, car aux
urnes on s’exprime dans la discrétion. Dire en plein jour, c’est s’exprimer ouvertement. Et déclarer
sur les toits, c’est amplifier sa parole audiblement aux oreilles de tous et à la vue de tous. En effet,
Jésus préconise la proclamation pleinement assumée.

De quoi s’agit-il ? Regardons de près le contexte des propos de Jésus. Il vient de désigner les
douze disciples et leur a donnés l’autorité pour chasser les esprits impurs et guérir toute maladie
et toute infirmité. Avant d’envoyer les disciples en mission, Jésus leur donne des instructions, car
ils vont affronter un monde hostile. C’est compréhensible, parce que l’aspect surnaturel de leur
action va rompre avec les coutumes établis. Jésus n’évite pas la confrontation, même celle qui
mettra les siens en difficulté. Il ne recommande pas une approche douce et diplomatique
d’acculturation pour d’atteindre une sorte de consensus politiquement correct. Il prépare ses
envoyés au combat et galvanise leur moral.
Ne craignez pas les gens, leur dit-il. Mais que dit-il
exactement à ce sujet ?

Or, Jésus dit : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent pas tuer l’âme. Le
courage des disciples sera le même qui a galvanisé les âmes des prophètes comme Jérémie et les
martyres chrétiens, de ceux qui se sont battus pour la justice en son Nom de l’Antiquité jusqu’à nos
jours. Distinguant ici le corps et l’âme, Jésus ne raisonne pourtant pas selon la philosophie grecque.
Car il affirme en même temps la valeur intrinsèque de l’intégralité humaine selon le Père céleste.
Même les cheveux de votre tête sont tous comptés, dit-il. Jésus enseigne une anthropologie
holistique. Le contexte est particulier. Jésus va bientôt affronter l’hostilité qui l’amènera à la croix.
Préparant ses disciples à leur mission qui est également particulière, il les associe à la tension qu’il
vit lui-même. Ils puiseront dans l’image que Christ projette sur eux. Ils ont une valeur suprême aux
yeux de leur Père qui n’est autre que Dieu Lui-même.

L’image renvoie au récit de la Genèse selon lequel Dieu créa l’humain en son image.
L’anthropologie judéo-chrétienne est glorieusement valorisante. Dieu le Créateur nous reconnaît
comme semblables à lui, tellement qu’il nous reconnaît en Jésus-Christ son Fils comme ses propres
enfants. De quoi galvaniser les âmes des disciples envoyés en mission dans un monde qui, ne
comprenant pas, a déjà rejeté les prophètes et va rejeter le Christ, puis ses disciples, et tant

d’autres témoins qui ne se sont pas tus. C’est la réaction des gens à leur parole. Jésus les exhorte à
proclamer qu’ils le connaissent.
Quiconque se reconnaîtra en moi devant les gens, je me
reconnaîtrai moi aussi en lui devant mon Père qui est dans les cieux
. La mise en valeur de l’humain
est couronnée par la reconnaissance divine.

Faisons un détour en Amérique latine. Je m’intéresse à la croissance exponentielle du
protestantisme pentecôtiste là-bas. Comme historien j’essaie de tracer les événements. Des
sociologues se sont aussi penchés sur les phénomènes essayant de les expliquer. Selon certains, les
gens seraient attirés par cette façon d’être chrétien parce qu’elle valorise leur personne, qui va à
partir de cela se cultiver et monter l’échelle sociale. Je ferais dialoguer cette analyse avec
l’anthropologie chrétienne. Sinon elle serait d’ordre matérialiste, réducteur. Car l’humain est plus
complexe que l’individualité qui réussit et l’identité qui sécurise. Au fait, Jésus souligne la valeur
qu’est dans l’intégralité de l’être humain qui se reconnaît en lui. Se reconnaître en Christ est plus
qu’une affaire personnelle. Elle trouve son inspiration initiale dans l’intimité, certes. La foi se vit
dans le secret du for intérieur et chuchote dans l’oreille. Mais Jésus va plus loin. Reconnaissez-moi
devant les gens. Dites-le en plein jour, proclamez-le sur les toits.

Comment appliquer l’instruction de Jésus donnée dans des circonstances particulières ?
Devons-nous la prendre comme une information qui nous aiderait à comprendre les origines
chrétiennes ? Comme une histoire d’une époque dont il est un reflet conditionné ? Ou comme
quelque chose qui concerne notre vie d’aujourd’hui dans la France en cette année 2017 ?
L’exhortation de proclamer en public nous interpelle au-delà les libertés de conscience et
d’expression selon les Droits de l’humain. Légalement nous avons le droit de déclarer que nous
nous reconnaissons en Christ.

Si nous avons le droit légal, nous avons cependant deux problèmes d’ordre mental. Le premier est
l’interprétation erronée de la laïcité française. Perverse et qualifiée de « laïcarde », elle se fait
hostile à toute manifestation religieuse sur la place publique. Confrontés à cette opposition
ridicule et dangereuse, nous pouvons peut-être nous faire inspirer par les exhortations de Jésus :
Ne craignez pas, reconnaissez-vous en moi publiquement devant les gens. Le second problème est
l’autocensure. Paradoxalement, l’autocensure qui nous guette est contraire à l’auto-réalisation tant
quêtée. Mais de grâce, ne nous taisons pas ! Parler est engendrer. Le Créateur dit et la réalité vint,
Dieu parle et l’humain reçoit la vie. Comme les disciples, reconnaissons-nous en Christ devant les
gens – en lui qui nous reconnaît devant le Père.

Terminons en paraphrasant une prière : Seigneur Jésus-Christ, reconnais-nous devant le
Père, comme nous te reconnaissons devant les hommes.
Amen !