Matthieu 1, v. 18 à 25

Dimanche 23 décembre 2007 – par Serge Gligoric

 

Chers amis,

C’est la dernière semaine de l’Avent avant Noël. La naissance de notre Seigneur Jésus le Christ vient comme la lumière dans ce monde, pleine de vie et d’espérance. Matthieu raconte que Marie était déjà enceinte de Jésus par le Saint-Esprit avant même que Joseph l’ait touchée. Il nous dit aussi que Joseph était juste avant sa naissance. On peut légitiment demander pourquoi ? Qu’a-t-il fait pour mériter ce titre, surtout avant de rencontrer Marie ? Beaucoup de choses ont été écrites sur elle, mais beaucoup moins sur lui. Il était peut-être charpentier, nul ne peut le confirmer. Marie, de son côté, était pauvre. Justement, selon Luc, quand Jésus se présentait dans le temple, uniquement une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes étaient sacrifiées. Elle était fiancée à Joseph. Le terme employé dans Matthieu suggère que, selon les coutumes de l’époque, ils étaient déjà considérés comme légalement mariés mais ne vivaient pas encore sous le même toit. Selon la tradition catholique, Jésus n’avait pas de frère et de sœur biologiques. Une tradition que les protestants contestent. En effet, Jacques, qui est bien connu, est devenu ensuite l’un des grands chefs de l’Eglise chrétienne à Jérusalem. Quand Marie a-t-elle eu tous ses enfants ? Dans quelles circonstances ? Jésus, en tout cas, a considéré ses disciples davantage comme sa famille et Jacques était étrangement absent des récits évangéliques.

Joseph ne voulait pas dénoncer Marie publiquement, mais décida de la répudier en secret, une raison pour laquelle il était appelé juste. C’est là où l’ange du Seigneur intervient. Mais, restons sur la répudiation. C’était quelque chose de grave à l’époque. Et inhabituel. Que s’est-il passé ? L’histoire peut sortir de l’imaginaire, c’est vrai, mais il y a toujours des éléments factuels pour inspirer la structure ou la progression de ce qui est présenté. Il y a même un livre, Jésus et les Manuscrits de la Mer Morte, qui a argumenté que Jésus était le fils illégitime d’un officier romain. Comme ce début ne convenait pas aux disciples, ils ont parlé de Dieu. Sans tomber dans l’absurdité, la question sur la paternité de Jésus est pourtant posée. La réponse de l’évangéliste est claire : Dieu à travers le Saint-Esprit. Pourtant, il est difficile pour le public d’aujourd’hui d’élucider ce que cela veut dire exactement. Nous sommes plus enclins à croire, car c’est plus compréhensible, que Matthieu a voulu présenter à tout prix l’origine divine du fondateur de l’Eglise chrétienne, surtout dans un contexte où elle a lutté pour survivre. Cela donne une autre raison : la légitimité de Jésus devant les juifs.

Esaïe est cité, en particulier dans le chapitre 7, verset 14 : la vierge sera enceinte…C’est la traduction grecque de la Bible hébraïque car dans la version originale on trouve la « jeune fille » au lieu de la « vierge ». Cela change tout. C’est incroyable comment un mot peut bousculer toute une tradition. Marie ne doit pas être une vierge. Elle peut être n’importe quelle jeune femme, vierge ou non. Autrement dit, parce que Matthieu a utilisé la version grecque, il a fait de Marie une vierge. Il semble que tout était mis en scène. Joseph veut répudier Marie, mais l’ange l’arrête au dernier moment, comme, d’ailleurs, il a arrêté Abraham avant de sacrifier Isaac. Joseph apprend ensuite que Jésus n’a pas seulement été conçu par le Saint-Esprit (cela aurait suffit à être extraordinaire !), mais qu’il sauvera son peuple de ses péchés afin que la parole de Dieu s’accomplisse. On peut imaginer la tête de Joseph. Il aurait pu perdre connaissance ! Pourtant, dans les autres versets, il continue à suivre les instructions de l’ange comme si de rien n’était. Après tout, quant on a un Fils de Dieu dans son foyer, on prend l’habitude de ses anges !

Le fait que Matthieu cite la Bible hébraïque, surtout Esaïe, et parle d’un accomplissement divin, montre à quel point il a voulu légitimer les croyances chrétiennes aux communautés juives. Cette légitimité aurait incorporé le christianisme dans le judaïsme et créé une nouvelle religion syncrétique. C’était le souhait des juifs chrétiens qui ont désiré suivre les lois juives tout en croyant que Jésus était le Christ. Cependant, ce groupe ne pouvait pas résister aux deux autres développements : le judaïsme a refusé d’incorporer ou de croire aux valeurs chrétiennes et l’ouverture de l’évangélisation par Paul aux peuples non juifs. D’ailleurs, cette ouverture a exacerbé les relations judéo-chrétiennes et a mit fin au rêve d’une éventuelle alliance entre les deux communautés.

Tout cela pour vous dire que la naissance de Jésus a vraiment changé le monde. Il est difficile de comprendre aujourd’hui comment il aurait évolué sans cet événement. La venue d’un bébé, en soi, est un miracle. Quel miracle cela fut lorsque notre Seigneur est venu ! Issu de la descendance de David selon la chair, institué Fils de Dieu avec puissance, c’est par lui que nous avons reçu la grâce et l’apostolat afin de susciter, pour son nom, l’obéissance de la foi dans toutes les nations.

La fête de Noël, dans ce cas-là, s’enracine doublement dans l’histoire des humains. Premièrement l’histoire indique qu’il existait une fête de la lumière, dans le monde romain au solstice d’hiver, le 25 décembre. Jésus étant la lumière du monde, les chrétiens décidèrent de célébrer sa venue ce jour-là. La fête devint alors Noël. Deuxièmement, selon la Bible, l’envoyé de Dieu est attendu dès l’Ancien Testament. Les premiers chrétiens ne se considérèrent pas comme une toute nouvelle communauté religieuse, mais comme les continuateurs d’une foi qui les avait précédés.

Le succès de Noël repose, entre autre, sur cette double profondeur : historique et théologique. Reprendre chaque année les rites ancestraux, c’est admettre que nous sommes membres d’une chaîne humaine. Soyons modestes : nous ne sommes que des héritiers. Et soyons fiers : nous deviendrons également des légataires.

Amen.