Marc 4, 26-34 – « L’arbre aux oiseaux… »

Dimanche 17 juin 2012 par le pasteur François Clavairoly

Il dit encore : Il en est du royaume de Dieu comme d’un homme qui jette de la semence en terre ; qu’il dorme ou qu’il veille, nuit et jour, la semence germe et croît sans qu’il sache comment. La terre produit d’elle-même, premièrement l’herbe, puis l’épi, enfin le blé bien formé dans l’épi ; et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là. Il dit encore : A quoi comparerons-nous le royaume de Dieu, ou par quelle parabole le représenterons-nous ? Il est semblable à un grain de moutarde qui, lorsqu’on le sème en terre, est la plus petite de toutes les semences de la terre ; mais une fois semé, il monte, devient plus grand que toutes les plantes potagères et pousse de grandes branches, en sorte que les oiseaux du ciel peuvent habiter sous son ombre. C’est par beaucoup de paraboles de ce genre qu’il leur annonçait la parole, selon qu’ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur parlait pas sans parabole ; mais en privé, il expliquait tout à ses disciples.

Frères et sœurs, chère Philomène [1] ,

J’aime beaucoup cette image de la graine de moutarde (mais est-ce vraiment la plus petite des graines, je ne le sais…) qui a progressivement grandi et dont la croissance a donné ce bel arbre dont les branches généreuses abritent tous les oiseaux du ciel.

Cette image d’une plante qui pousse sans que nous y soyons pour rien et qui accueille généreusement ceux qui veulent bien venir, offrant ses bienfaits à une multitude, sans aucune distinction ni aucune condition, est une parabole.

L’image, en effet, est ici parabole, c’est-à-dire étymologiquement tout simplement parole. L’image nous parle en désignant l’offre même de la grâce à quiconque veut la recevoir comme un cadeau ou comme un trésor ouvert et disponible à celui qui désire y puiser infiniment.

Jésus s’adresse à ses amis, et leur apprend donc que quelque chose est à l’œuvre dans ce monde, en pleine croissance, dans notre monde, et qu’il nomme royaume : un royaume dont le maître désire que chaque être humain y trouve sa place, y soit accueilli et puisse s’y abriter, se nourrir, se déployer, et y vivre sa vie en plénitude.

Cette parabole nous parle d’un royaume.

Ce royaume, certes, nous pouvons en parler nous-mêmes comme d’une utopie ou comme d’un horizon sans cesse repoussé au loin, et notre imaginaire le situera dès lors dans un futur jamais atteignable. Un royaume inaccessible, en quelque sorte, un royaume à espérer, tout au mieux, mais dont la réalité toujours insaisissable nous frustre, par conséquent, et nous déçoit. Un royaume non pas pour aujourd’hui, un royaume non pas pour notre vie, pour notre temps présent, mais pour après la vie, autant dire un royaume des morts.

Beaucoup de nos contemporains qui portent en eux une telle image du royaume (ou du salut), s’en sont lassé et ont abandonné. Non pas tant par faiblesse ou par manque de foi, mais parce qu’il leur semblait -et je leur donne ici mille fois raison- que le roi d’un tel royaume interdit devait être bien impassible et pervers pour ne pas donner signe de vie ici-bas, et pour en conditionner à ce point l’accès à des actes de piété méritoires dont il ne se satisferait jamais, en vérité.

Pour ma part, je ne lis pas l’évangile ainsi, ni la péricope de ce jour dans le récit de Marc qui nous parle du royaume. Et je ne suis pas le sujet d’un roi impassible ou pervers qui ferait miroiter je ne sais quel bien spirituel en échange de services, fussent-ils religieux ou en échange d’obéissances, fussent-elles de bonne morale.

Ce n’est pas d’un tel royaume dont parle Jésus dans ses paraboles. Et il n’égare pas ses disciples par la narration d’un conte faussement merveilleux où le royaume s’éloigne au fur et à mesure que l’on croit s’en approcher, où son image s’efface alors qu’on croit le toucher, comme un pied d’arc-en-ciel qui s’évanouit alors qu’on pensait l’avoir enfin trouvé.

C’est que le royaume est événement. Il est même avènement, autrement dit surgissement et naissance d’une réalité au cœur même de nos vies présentes, où s’expérimente en toute confiance la présence mystérieuse et bien réelle de ce roi parmi nous, de ce roi au milieu de nous, je veux dire de celui qui, aimant et bienveillant, se rend proche, disponible, ouvrant ses bras comme l’arbre ses branches, avec majesté et avec autorité, accueillant nos vies errantes et fatiguées afin qu’elles se posent et se reposent en lui.

Peut-être y a-t-il des forts parmi nous qui n’ont pas besoin d’un tel repos, peut-être y a-t-il ici des aigles qui disposent déjà quelque part de leur aire pour se poser et pour repartir et qui méprisent notre arbre de là-haut, de leur propre repaire. Toujours est-il que le royaume dont parle Jésus est tout proche, ses portes sont ouvertes à quiconque, et il est disposé à notre portée, peut-être invisible à celui qui chercherait un château fort, des chevaux et des armes, un pouvoir, mais bien visible aux yeux de celui qui se tient dans la confiance et qui attend d’être aimé et reçu, reconnu et relevé, accueilli et béni par son roi.

Le royaume dont parle Jésus en parabole n’est donc pas un mirage qui tromperait les esprits et nous ferait marcher sans fin, mais il est un état de fait, un état de la foi, un événement à saisir très personnellement dans l’existence. Il est exactement ce moment où notre compréhension toute intime de la relation à Dieu se trouve changée et transformée, où sa royauté, par exemple, n’est plus celle de la force menaçante de la toute-puissance ou du chantage à la bonne conduite, mais celle de l’accueil et du partage, et où l’accès à son territoire n’est plus barré par des exigences jamais accomplies de l’observance religieuse ou de la conformité au dogme, mais ouvert à quiconque cherche un refuge, un asile, un repos, et peut-être par-dessus tout, un pardon [2].

Ce royaume sans frontière est marqué, dans l’évangile, du signe de la justice et de l’amour. Une justice qui discerne, qui juge et qui pardonne, au fond, au lieu d’humilier, et un amour qui comprend et qui fait grandir, au lieu d’oublier ou de dénier. Et les habitants de ce royaume, même s’ils ne sont pas toujours aimables ou justes, même s’ils sont loin d’être parfaits, sont des hommes et des femmes libres et confiants dans cette justice et dans cet amour. Tous les récits bibliques ne racontent-ils pas, en effet, l’histoire de ces hommes et de ces femmes libres et confiants qui ont été rencontrés par ce roi de justice et d’amour et qui ont vu soudain leur vie prendre une nouvelle orientation : Noé et sa famille Abraham et Sara, Isaac et Jacob, Moïse, Séphora, ou Myriam, Déborah et Ruth ou David, Esther, Jérémie, Marthe, la samaritaine dont personne ne se souvient du nom, Pierre et Paul et Lydie et tant d’autres encore.

Est-ce à dire, cependant, que nous sommes déjà dans le royaume ? Est-ce à dire que nous serions établis, par la foi, dans un lieu miraculeux et préservé de la méchanceté des hommes ? Est-ce à dire que l’Eglise –horresco referens– serait elle-même ce royaume ? Bien évidemment non, puisque ce royaume n’est pas de ce monde. Ce royaume n’est pas de ce monde, mais il est dans le monde, nous fera comprendre Jésus. Il est au milieu de nous, il advient déjà, il surgit, il fait événement si nous savons ouvrir les yeux de la confiance et en discerner les signes. Et même son roi, au lieu d’être associé à l’éternelle menace que peut constituer la parole d’un méchant juge, au lieu qu’il reste caché dans le ciel, redoutable, il se laisse reconnaitre ici-même par des gestes simples, rendus familiers et reconnaissables entre tous : le geste bienveillant d’un pain rompu et d’une coupe partagée, le geste d’une eau versée sur le front d’un enfant, comme celui de Philomène qui reçoit ce jour le signe de cette aimante et mystérieuse présence, comme une signature ineffaçable sur son existence d’un amour et d’une justice toujours renouvelés.

Le royaume est comparable à une graine de moutarde, racontait Jésus. Autant dire à rien du tout. Et voici que ce « rien du tout » planté en terre, en plein cœur de notre histoire et de notre monde, cette graine minuscule produit un bel arbre accueillant comme le signe majestueux d’un salut offert à tous. Cette parabole, cette parole elle-même produit en nous du fruit, à son tour, et nous donne à penser :

Elle nous donne à penser qu’au moment où se ressentent tant de troubles et où se développent tant de crises, un projet se réalise, une initiative se déploie, toutes choses qu’il nous est demandé de discerner, de sorte que le monde n’est pas laissé à l’abandon, sans orient ni avenir, mais au contraire porté par une bénédiction.

En effet, cet arbre accueillant, où les oiseaux viennent se poser et se reposer, autrement dit ce royaume où chacune de nos prières peut être entendue et exaucée, où chacune de nos existences peut être rassasiée, n’est-il pas comme l’image pleinement réussie d’un autre arbre malheureux, celui-là, l’arbre de la Genèse, sous lequel la confiance attendue avait fait place au soupçon, où le rassasiement promis s’était transformé en envie, où le repos s’était inquiété en travaux et en esclavages de toutes sortes, et où la volonté bénissante de Dieu n’avait finalement pas été comprise ?

Cet arbre de la parabole de l’évangile de Marc, cet arbre aux oiseaux, ne serait-il pas une image que propose Jésus pour nous dire qu’avec lui, dès maintenant, un recommencement, comme une nouvelle Genèse, un nouveau royaume est toujours possible, un nouveau repos, un pardon, un rassasiement, enfin, une bénédiction.

Je vous laisse maintenant méditer cette image, je laisse envoler votre imagination comme les oiseaux de la parabole.

Mais je sais désormais que chacun de vous, avec Philomène, la dernière arrivée, peut entrer dans ce royaume et s’y reposer, s’y ressourcer, y vivre la vie en plénitude et trouver sens à l’existence, un sens selon l’amour et la justice de celui qui règne à jamais, qui pardonne et qui chaque jour recommence la vie avec nous,

Amen.

Psaume 151

1. Seigneur, tu es source de joie, tu illumines notre vie, tu donnes la force et tu nous réconfortes, merci pour chaque jour !

2. Donne-nous ton amour et révèle ta présence, offre-nous ton pardon, priez-le, vous tous qui croyez, et dites « alléluia vive le Seigneur ! »

3. Remerciez le Seigneur, priez-le, il nous met à l’épreuve, il pardonne nos erreurs, il nous répond, alléluia, gloire au Seigneur !

4. Que le monde te respecte et que les hommes se respectent entre eux, donne-nous la sagesse et apprends-nous à être à l’écoute. Amen !

5. Seigneur écoute-moi, je suis fidèle, je te loue et t’admire, accorde-moi ton pardon, aide moi, aide mes amis et mes ennemis, tous réunis en une grande famille. A ceux qui n’en ont pas, donne un métier, à ceux qui ne croient pas, donne la foi, merci Seigneur et gloire à toi !

6. Pardonne l’homme dans ses mépris et dans ses désobéissances, dans ses remords et dans ses secrets, pardonne le méchant car il est triste, merci Seigneur pour ton pardon !

7. Tu nous bénis, nous si petits, tu nous crées pour n’être pas seul et pour ton plaisir et le destin s’est accompli. 8. Aujourd’hui chantons le psaume, que ta création est grande et belle, je veux te dire merci, je te louerai sans cesse, je le jure, le Seigneur nous bénit !

Amen !

Victoire, Tom, Elmire, Léopold, Sixtine, Déodat, Elisa, Félicité.

[1] Cette enfant a été baptisée ce jour.

[2] Le psaume ci-dessous (151) rédigé par les enfants de l’école biblique évoquent avec sagesse l’attente du pardon.