Marc 13, v 24-32 – Il ne restera pas pierre sur pierre

Dimanche 15 novembre 2015, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

Au tout début du chapitre 13 de l’Evangile de Marc, et servant en quelque sorte de portique aux développements apocalyptiques de ce chapitre, figure un échange entre Jésus et ses disciples. Ils sortent du Temple – j’ai failli dire du Saint-Esprit mais il s’agit de celui de Jérusalem – et l’un des disciples s’émerveille devant une si belle construction, comme nous qui fêtons les 150 ans de celui-ci. Et Jésus lui dit : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici une seule pierre posée sur une autre ; tout sera renversé. » Ainsi le ton est donné pour tout ce chapitre 13, et j’ose dire, pour nos commémorations. Le ton et peut-être le contexte. Il est possible que ces enseignements de Jésus sur la fin des temps aient été rassemblés par celui qu’on appelle l’Evangéliste Marc, sous le coup du choc qu’ont représenté effectivement l’incendie et la destruction du Temple de Jérusalem en août 70. Nous ne sommes donc pas dans un chapitre joyeux. Nous n’allons pas ce matin commémorer l’œuvre du Baron Haussmann et de l’architecte Balu, ni même les riches heures de l’Eglises réformée du Saint-Esprit récemment transformée en Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit. Nous sommes plutôt orientés vers les signes de détresse que nous donne le monde autour de nous.

Ces temps de détresse… Je n’ai pas choisi ce texte. C’est le texte du jour.  Mais il résonne de manière dramatique avec ce que nous venons de vivre à Paris et en Ile de France. Comment ne pas penser à ces dizaines d’hommes et de femmes venues pour écouter de la musique, ou pour assister à un match de foot ou pour boire un verre avec des amis, et qui ont été abattus de sang-froid par des hommes méprisant la vie humaine et cela au soit disant nom de Dieu. Et  comment ne pas penser simultanément à notre monde d’aujourd’hui où des pays entiers sont effectivement dans la détresse. Si des centaines de milliers de réfugiés affluent vers l’Europe en provenance de Syrie, d’Erythrée, de Somalie, de Lybie, c’est bien parce que ces pays, lorsqu’on y lit l’Evangile de Marc, se reconnaissent en celui que notre chapitre (un peu plus haut que dans les versets que nous avons lus) voit à l’œuvre et désigne comme  ‘Celui qu’on appelle l’horreur abominable’. Ainsi, je cite Marc, ‘celui qui sera sur la terrasse de sa maison ne devra pas descendre pour aller prendre quelque chose à l’intérieur ; et celui qui sera dans les champs ne devra pas retourner chez lui pour emporter son manteau. Quel malheur ce sera (c’est), en ces jours-là, pour les femmes enceintes et pour celles qui allaitent’. (Vt. 15-17). J’ai entendu dans ces versets l’écho de ce qu’en Centrafrique depuis bientôt deux ans nos amis nous relatent. J’y entends ce qui menace aujourd’hui le Burundi.  Mais aussi l’Inde ravagée par une vraie guerre de religion… et je vois ces hommes et ces femmes qui, il y a 24 heures étaient réunis pour le plaisir et ont connu l’horreur. Mais j’arrête là pour revenir au texte évangélique.

Or celui-ci nous engage dans deux directions : l’espérance et la vigilance.

L’espérance d’abord.

Le texte nous dit qu’après ces temps de détresse ‘le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme arriver parmi les nuages avec beaucoup de puissance et de gloire’. Ces paroles sont largement inspirées de l’Ancien Testament, de textes prophétiques divers, et bien sûr du livre de Daniel. Elles sont l’expression culturelle de visions apocalyptiques. Je ne vous demande pas de les reprendre littéralement à votre compte. Vos connaissances du soleil, de la lune, des étoiles  peuvent être bien différentes. Mais ce qui importe c’est l’affirmation théologique et spirituelle que le monde et son avenir restent entre les mains de Dieu, qu’il aura une fin dans le retour du Christ.

Alors que ce que nous entendons et voyons de ce monde ressemble à un effondrement, la parole de Jésus nous appelle à garder espérance. Elle peut sembler bien incertaine, bien faible face aux déchainements de violence, bien silencieuse face au crépitement des balles de fusils mitrailleurs, mais l’espérance est de la nature même du Dieu de Jésus-Christ. Il ne nous abandonnera pas, il reste le Dieu de la promesse, le Dieu qui de la mort a fait surgir la vie.

Et les ‘anges qui rassemblent ceux qu’il a choisis’ sont ceux-là même qui nous rassemblent ce matin en ce Temple, dont peut-être un jour il ne restera pas pierre sur pierre mais ces anges ne cesseront de nous rassembler des extrémités de la terre dans son Royaume. Et le repas que nous partagerons tout à l’heure sera là pour nous redire cette espérance et cette réalité du rassemblement malgré tout ce qui pourrait advenir.

Dès lors nous devons lire ce texte comme un appel à chacun d’entre nous, et ensemble,  pour que nous soyons témoins de cette espérance. Il ne nous demande pas de nier la réalité, la cruauté de ce monde, sa propension à gâcher tout ce qui lui est donné de bon et de beau ; ni, ce qui serait presque pire de nous fermer les yeux, les oreilles et la bouche devant cette cruauté. Il nous appelle à témoigner par notre capacité à accueillir, à réparer, à pacifier, à exhorter et à prier ; à dire de toutes manières que cette réalité violente n’est pas et ne peut être la réalité ultime de ce monde. Et qu’imperceptiblement peut-être, les forces d’amour et de paix, que la Parole de Dieu instille en chacun de nous, sont chemin, vérité et vie. Comme la flamme d’une bougie au milieu d’une profonde obscurité dit que la lumière est possible.

Notre communauté réunit ce matin, reliée à toutes celles et tous ceux que le Christ a mis en route, porte cette responsabilité d’être lumière dans l’obscurité.

 

La parabole du figuier vient renforcer cette conviction. Elle appelle à la vigilance.

Le figuier a ceci de particulier comme l’amandier – je parle de la Palestine – d’être un arbre qui perd ses feuilles en hiver et qui donc lorsqu’elles repoussent, annonce le printemps, les fleurs, les fruits à venir. Ce qui nous est demandé ‘est précisément d’avoir ce regard prospectif sur le monde qui nous entoure. Non seulement, comme nous l’avons fait tout à l’heure de regarder sa réalité violente, mais aussi de savoir discerner les jeunes feuilles qui poussent et annoncent, je devrais dire attestent d’une autre réalité tout aussi tangible, la venue du règne de Dieu. Notre foi n’est pas aveugle. Elle décrypte la réalité de ce monde et y découvre des perles d’amour et de justice. Et nous avons à en rendre compte, dans une vigilance active qui a le courage de s’exprimer.

Je ne pense pas seulement au Pape François, à sœur Emmanuelle en son temps, ou à d’autres célébrités de l’amour et de la justice comme Martin Luther King ou Nelson Mandela. Je pense aux petits témoignages d’amour et de justice que nous connaissons autour de nous et qui disent le refus d’une fatalité de la violence. Cet homme qui brave les lois pour tenter d’arracher une fillette à la Jungle de Calais ; ces Eglises pauvres comme le reste de la population touchée par la crise centrafricaine et qui accueillent dans leurs voisinages des milliers de déplacés à Bangui ; ces communautés qui vont à la rencontre des marginaux de nos villes… Je pourrais multiplier les exemples. Il faudrait le faire, le dire, le publier. C’est notre rôle de chrétiens vigilants. Le témoignage évangélique auquel nous appelle notre texte ne consiste pas à dire ‘Jésus… Jésus’ ;  mais à tourner les yeux de nos contemporains vers ces petites feuilles qui poussent autour de nous et qui annoncent le printemps du règne de Dieu. Et si cela nous est possible à être de ces feuilles.

Jusqu’à quand ? Seul le Père le sait. Comme l’indique le passage qui conclut le chapitre 13 : Nul ne sait ni le jour ni l’heure où ce témoignage, notre témoignage, n’aura plus lieu d’être parce que le Royaume sera pleinement manifesté. Mais dès maintenant, appuyés sur les paroles du Christ qui ‘ne disparaitront jamais’ nous avons cette grâce qui nous accompagne, nous permet de dépasser nos craintes, nous donnent d’être témoins : ‘Voici, dit Jésus, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde’  et la bonne nouvelle c’est que ce monde aura une fin dans la gloire du Père Eternel.