Marc 1, v17-31 – Pêcheur d’hommes

Le dimanche 11 october 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

 

Amis frères et sœurs, qu’est-ce qu’être « Pêcheurs d’hommes » ?
C’est l’une des plus belles expressions de la Bible. Elle est attribuée à Jésus, dans un passage de l’Evangile de Marc. Il trace aux disciples la voie de sa suivance.
Jésus cheminait le long de la mer de Galilée et quand il vit ses disciples pêcheurs, Simon et André, Jacques et Jean fils de Zébédée, en train de jeter leur filets dans la mer.
Il les invita à laisser leurs filets, à le suivre, et à devenir pécheur d’hommes.

Alors, qu’est-ce qu’un pêcheur d’homme ?
Certains exégètes disent qu’il faut se référer aux deux premières pêches miraculeuses pour comprendre cette métaphore évoquée par Jésus.
Une action miraculeuse que le disciple serait susceptible faire aussi.

Un Pape, en s’adressant aux évêques, précise que le terme « pêcheur d’hommes » désigne le fait que les disciples doivent jeter les filets de l’Évangile afin que les humains puissent ensemble adhérer au Christ,

Un autre Pape quelques siècles plus tôt, précise qu’après la conversion, après avoir été pris soi-même dans des filets, il ne faut pas revenir aux péchés, et Être pêcheur d’hommes consisterait alors produire une vie meilleure, à son prochain.

Il y a beaucoup d’explications qui jaillissent de cette métaphore. En tout cas toutes évoquent le lien à l’Evangile, et des filets pour attraper les chrétiens. Cela vaut la peine de s’y plonger, y compris sur le texte qui suit, qui est un récit de guérison qui l’éclaire. En effet ‘pêcheur d’hommes’ semble une vocation importante à revisiter aujourd’hui.

Alors il me semble comme le dit ce dernier Pape que dans cette expression pêcheurs d’hommes, une insistance particulière est portée sur le mot HOMME. Je crois, que les pêcheurs auraient été cultivateurs, Jésus les auraient appelés peut être cultivateurs d’hommes, architectes d’hommes. Pour suivre Jésus, ne faut-il pas une conversion radicale à l’Evangile, mais ayant comme but ultime l’homme ?

En tout cas, ‘pêcheur d’hommes’, c’est ‘LE’ ministère vécu à l’extrême par Jésus, venu pour sauver l’homme ; il est venu affirmer que l’homme est au-dessus de toute valeur, y compris la loi, et même le bien (c’est pour cela qu’il mange avec les péagers et les prostituées…)

Mais qu’est-ce que concrètement inviter des disciples à devenir pêcheur d’hommes ?
Un renoncement à soi ? Le suivre, laisser son filet et renoncer à la vie pour l’homme?
Non, si Jésus est l’archétype du pêcheur d’hommes, et vit sa Passion, c’est pour la VIE.

Alors qu’est-ce que pêcheur d’hommes ? Si ce n’est pas vivre la PASSION, est-ce vivre la COMPASSION ? C’est vrai que la compassion est un sentiment très souvent vécu par Jésus auprès de personne qu’il rencontre : il est ‘ému aux entrailles’. Mais justement, ce verbe n’existe dans la Bible que pour Jésus, et c’est peut-être n’est pas pour rien…

Est-ce que l’homme dont l’amour est limité, arrive à la vraie compassion ?

J.J. Rousseau (protestant) justement dit que non. Il a remis en cause les capacités de l’homme à être compatissant. Il récuse le côté altruiste de sa compassion. Le souci de l’autre serait en fait une partie prenante du souci de soi. ‘C’est pour ne pas souffrir moi-même que je ne veux pas que l’autre souffre. Je m’intéresse à lui, par amour de moi.’

Il voit dans la compassion plutôt assez souvent une passion égoïste, et s’interroge même sur le sentiment d’humanité naturel qui nous fait reconnaître l’autre comme semblable. La pitié, la compassion serait une sorte de disposition naturelle, qui fonderait la règle d’or qui existe dans toutes les religions, y compris dans le confucianisme : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l’étends pas aux autres. »

Annah Harendt va encore plus loin en ce qui concerne la compassion. Elle écrit que pour des êtres dans la vraie souffrance, même la compassion n’enlève pas la perte du monde. La compassion l’aggrave parfois, car elle renvoie encore plus à une fausse égalité.

Alors qu’est-ce que pêcheur d’hommes ? Sur quelle voie de suivance le disciple doit aller ?

Le 2ème récit qui suit pourrait donner une piste.

Jésus, archétype du pécheur d’homme va pêcher l’homme et le guérir.

Dans ce récit de guérison, Jésus enseigne dans une synagogue et là il y a un homme possédé d’un esprit impur qui va parler. L’esprit impur dans ce texte est manifesté par cette phrase qu’il dit : Jésus de Nazareth tu es venu pour nous PERDRE.

L’esprit impur est l’esprit de mort. Et Jésus, va guérir en faisant taire l’esprit de mort, en museler cette parole, la faire périr, et va faire sortir cet esprit négatif

S’il est bien entendu que c’est Dieu qui guérit, qui transforme et apporte la bonne nouvelle de la vie de la grâce, on peut se demander si être pêcheur d’hommes, ce n’est pas pour le disciple, par l’évangile de Dieu, et l’espérance, être missionné pour combattre l’esprit de mort, en toute personne qui ne voit pas la vie ? A dévoiler la grâce.

C’est vrai que l’esprit de mort n’est pas un quelque chose ‘loin des disciples’, ni loin de nous.

Il y en a beaucoup de ses ces paroles de ces pensées qui bloquent, paroles de mort sans espérance, paroles qui dénigrent qui mènent nulle part, en tout cas pas vers le haut… qui ne voient pas de solutions de vie.

Beaucoup de paroles y compris en soi-même sont des paroles qui contrent.

Très souvent lorsqu’on dit quelque chose de positif, immédiatement, son esprit met en place une parole qui contre. Tout homme fait cela. C’est l’impur (le revers de l’Esprit)

Alors comment fait Jésus pour contrer l’esprit de mort ? Il s’adresse à l’autre, il fait taire et musèle la parole de mort, l’impur. Et la parole sort.

Elle est pleine d’autorité dit le texte. L’autorité est ce qui va vers le haut vers la vie. Les gens s’en étonnent.

Etre pêcheur d’hommes ne serait-ce pas, nourri soi-même de la force spirituelle de cette Parole, de vie en Christ : la déployer vers le haut. En redonner sa force, comme dit l’Epitre aux Hébreux, comme un glaive à double tranchant.

Une parole dégagée de soi, libre qui ne sert jamais ses intérêts, elle est au service.
Ce n’est d’ailleurs que comme cela qu’elle est missionnaire.
Une parole pleine de l’Esprit Saint, de vie et de courage : qui risque.
Seule, celle-ci qui fasse avancer le monde, la vie.

Alors je voudrais terminer en disant que être Pêcheur d’hommes est une vocation, solide qui peut nous nous être donnée parce qu’on a été repêché soi-même par la grâce.

Pêcheur d’hommes est bien au-delà de tout le langage compassionnel, qu’on entend d’aujourd’hui, ne sert pas à grand-chose, car souvent il est statique.
Là où un pêcheur d’hommes se situe par sa Parole ou son action, dans un ENGAGEMENT, poussé par une force motrice : l’Esprit.
Si elle s’expose, elle ne met pas en danger, parce que Christ est devant, un appui un abri et qu’il faut le suivre.

Pêcheur d’hommes invite soi-même à se taire et à faire TAIRE, à prendre des risques peut-être à y laisser des plumes, en communion, avec celui qui a été et est le Pêcheur d’hommes, Jésus-Christ.

Les défis familiaux qui existent aujourd’hui compliqués, y compris tous ceux qui existent aujourd’hui dans le monde, l’imposent ; je ne parle pas des migrants sur la mer, du climat, des personnes qui sombrent dans un océan de grisaille ‘où il faut les tirer, hors des eaux salées de la mort et de l’obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas’.

Oui, ces défis imposent d’être pêcheur d’hommes : une Parole, une action qui permet la vie. A toute échelle il est possible et indispensable de le vivre. En tout cas, c’est une question que chacun que peut se poser chaque jour (même à toute petite échelle).

C’est cela se convertir à l’Evangile, sans filet, dans la confiance en Dieu comme le demande Jésus. Alors ce qu’il y a de magnifique c’est qu’en pêchant on est repêché soi-même, l’Esprit de Dieu nous apporte alors la grâce. Pêcher, repêcher sans cesse….

 

Allons voir ce qui est sous l’eau ! Il y a toujours quelqu’un à repêcher …

 

Amen