Luc 3 v1-6 – « Jean Baptiste, du plus lointain de notre histoire, désigne l’horizon du salut. Saurons-nous écouter ensemble ce prophète ? »

Dimanche 6 décembre 2009 – par François Clavairoly – Culte commun avec l’Eglise Sonann de Paris

 

[1] La quinzième année du règne de Tibère César,-lorsque Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de la Galilée, son frère Philippe tétrarque de l’Iturée et du territoire de la Trachonite, Lysanias tétrarque de l’Abilène, [2] et du temps des souverains sacrificateurs Anne et Caïphe,-la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. [3] Et il alla dans tout le pays des environs du Jourdain, prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés, [4] selon ce qui est écrit dans le livre des paroles d’Esaïe, le prophète : C’est la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, Aplanissez ses sentiers. [5] Toute vallée sera comblée , Toute montagne et toute colline seront abaissées ; Ce qui est tortueux sera redressé, Et les chemins raboteux seront aplanis. [6] Et toute chair verra le salut de Dieu.

Chers amis, frères et sœurs,

Le précurseur, celui qui désigne le Christ et lui laisse le passage, le héraut qui annonce la venue du messie, Jean Baptiste, est la figure prophétique charnière par excellence entre le premier et le second testament, entre Israël et l’Eglise l’une et l’autre liées et articulées définitivement par son message.

Et l’inscription du personnage de Jean Baptiste dans la chronologie ancienne, sous l’empereur Tibère, le deuxième après César Auguste, le situe précisément dans les années trente de notre ère. Elle témoigne du fait que le Seigneur Dieu « joue la carte » de l’incarnation, et e même temps, cependant, celle du salut de la création.

Jean Baptiste est véritablement au tournant de l’histoire, et il le sait.

Porteur de la prophétie qui annonce le messie, il cite des paroles contenues dans les textes anciens que la tradition n’a jamais oubliés : les paroles du prophète Esaïe. Il s’identifie peut-être à lui, en tout cas il fait comprendre à ses auditeurs que pour parler du Christ il faut aussi faire entendre la voix d’Esaïe [1]

Tout entier tendu vers celui dont il attend la venue, il est arrimé au passé qu’il ne renie pas, et il donne deux mots d’ordre, désigne deux orientations, deux horizons pour la foi :

Conversion et bâpteme. Changement de comportement et immersion dans le Jourdain.

Metanoia et musthrion. Conversion et baptême, confession de foi et geste symbolique. Parole et sacrement. Déjà les choses essentielles sont ici révélées devant tous. L’événement qui arrive ne laissera donc personne indifférent et il mobilisera les esprits et les corps, les intelligences et les existences. Parole et sacrement ; le message préfigure celui du Christ et convoque la réflexion spirituelle aussi bien que l’engagement de l’être tout entier.

Le christianisme qui vient ne sera donc pas une « idée » seulement mais il touchera corps et âme. Il prendra au sérieux la personne humaine dans son entièreté et dans sa plénitude, dans sa globalité et son environnement relationnel et social. Le Seigneur Christ revendiquera tout de nous, annonce le prophète, non seulement les idées mais les gestes, non seulement le privé mais le public…Non seulement ici mais partout sur la terre, en Galilée et en Judée en Europe et en Asie, dans le 8è arrondissement et jusqu’à Séoul…

Convertissez-vous, dit Jean Baptiste, et offrez vos vies au Seigneur par le baptême et son plongeon symbolique dans une eau signifiant la mort en Christ du chrétien et sa résurrection anticipée, au moment où il en ressort. Il n’y pas ici de demi mesure, et l’exigence est totale ! Au service des hommes comme au service de Dieu, sans attente en retour, sans mérite ni gratification : l’engagement demandé est celui de l’amour-agapè, amour don de soi, sans réserve et en toute confiance. La période de l’avent nous rappelle alors cette exigence du Christ, à travers le récit de l’évangile de Luc. Elle nous dit de façon quelque peu rustique et peut-être insupportable à nos yeux l’arrachement nécessaire pour qui veut suivre le Christ, et en même temps l’enracinement de nos vies dans l’histoire de ce monde.

L’arrachement, car nous voici à notre tour tendus vers demain, comme tournés vers le salut.

Et l’enracinement, car nous voici impliqués, compromis et engagés par notre foi et les paroles qui la disent. Et entre arrachement et enracinement, entre espérance du salut et incarnation de la foi dans ce monde, nous sommes appelés à vivre cahin-caha nos fidélités de Christ et nos infidélités, nos enthousiasmes et nos trahisons.

L’avent ressemble bien alors à une aventure qui arrache de cette terre si violente tous ceux qui s’y enlisent et s’y complaisent ou ceux qui s’y perdent : tous ceux qui pensent qu’il n’y a « que la terre » et que le ciel est vide, se tenant sans espérance, tous ceux pour qui l’horizon n’est qu’à la hauteur des yeux des hommes, raz de terre finalement, tragiquement laïc en quelque sorte… Mais l’avent nous tire vers le haut et nous fait percevoir la lumière !

Et en même temps il enracine tous ceux qui voudraient s’élever tout de suite, qui voudraient s’évader de ce monde, tous ceux qui pensent trop vite pouvoir faire cyniquement l’impasse dans leur cœur sur la souffrance des hommes et ne pas en tenir compte.

L’avent se trouve à la charnière d’aujourd’hui et de demain, à la charnière de notre histoire, comme premier temps liturgique de l’année, et Jean Baptiste en est le symbole.

Il nous arrache au désespoir avec ses paroles si dures mais pleines d’une promesse encore inaccomplie, une promesse de salut.

Et il nous enracine dans ce monde en nous rappelant le baptême par lequel nous exprimons et expérimentons notre fraternité d’hommes et de femmes souffrants et mortels en même temps qu’appelés à la vie.

Jean Baptiste est prophète de l’avent : parole et sacrement. Sa parole est celle de l’espérance et du salut qui vient.

Son baptême est celui de la communion avec tous les humains -comme la communion entre nous tous dans ce temple du Saint Esprit, chrétiens de Corée et d’ici- les uns et les autres marchant vers la mort mais élus pour la vie éternelle.

Jean Baptiste, parole et sacrement par ses mots et les actes fraternels auxquels il nous appelle, met le monde en tension au début de notre ère, sous l’empereur Tibère. Le monde, depuis sa prophétie, est mis sous tension ! Prêt à recevoir le Christ ou à le rejeter.

Ecoutons le prophète !

Et accueillons le Christ dans nos vies.

Que la lumière de Dieu éclaire vos chemins, vos paroles et vos engagements. Qu’elle illumine toute votre vie,

Amen


[1] Esaïe 40..