Luc 3, 13-18 « Contre l’atroce rumeur du monde, la voix des prophètes et la naissance d’un enfant, notre naissance, notre vie !… »

Dimanche 16 décembre 2012, par le pasteur François Clavairoly

 

Il leur répondit : « Ne faites pas payer plus que ce qui vous a été indiqué. » Des soldats lui demandèrent également : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur dit : « Ne prenez d’argent à personne par la force ou en portant de fausses accusations, mais contentez-vous de votre solde. » Le peuple attendait, plein d’espoir : chacun pensait que Jean était peut-être le Messie. Jean leur dit alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais celui qui vient est plus puissant que moi : je ne suis pas même digne de délier la courroie de ses sandales. Il vous baptisera avec le Saint-Esprit et avec du feu. Il tient en sa main la pelle à vanner pour séparer le grain de la paille. Il amassera le grain dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint jamais. » C’est en leur adressant beaucoup d’autres appels encore que Jean annonçait la Bonne Nouvelle au peuple.

Cher amis, frères et sœurs,

A l’écoute de la rumeur du monde et des mille informations effrayantes qui nous parviennent de si loin ou de si près de chez nous, il est difficile de discerner un message qui ait du sens et d’entendre autre chose que le bruit incessant d’un flot de mauvaises nouvelles. Les mouvements de foule en Egypte, les troubles atroces et violents en Syrie, les tensions vives en Asie du Sud Est, les guerres cruelles en Afrique, au Congo notamment, les drames terrifiants ici et là qui signent la fragilité et la folie des hommes, tout cela obscurcit l’horizon de nos recherches et rend opaque notre compréhension des choses.
Heureusement, des hommes et des femmes analysent et discernent, des hommes quelque peu avisés, des spécialistes en géostratégie et même des philosophes nous aident prendre du champ.
Toutefois, très vite, le commentaire effréné du quotidien submerge la tentative de comprendre les évolutions de fond.
Et au jour le jour, la seule description cathodique des choses remplace le nécessaire effet de recul et de sagesse.
Devant cette réalité contemporaine d’une conscience saturée d’information et d’une intelligence sans cesse sollicitée, certains, malheureusement, décrochent, ferment les yeux, éteignent la télévision, reposent le journal avant même de l’ouvrir, et se calfeutrent dans un « à quoi bon » qui démissionne du présent.
La tentation est grande en effet, de se dire que tout ce bruit ne nous concerne qu’indirectement et que nous pouvons vivre les fenêtres closes.
Mais cette tentation n’est pas la nôtre. Nous restons éveillés et donc informés.
Et nous savons qu’au milieu de cette immense rumeur du monde se fait entendre malgré tout la parole d’espérance qui nous vient de celui qui finalement n’a pas dédaigné, bien au contraire, de se mêler au monde, Jésus de Nazareth.
Elle se fait entendre malgré tout, la parole de celui qui a refusé de se laisser effrayer par les seuls discours de malheur, et par les seuls messages de désespoir pleins de ressentiment, par la chronique du temps qui passe et décourage ses contemporains.
Cette parole étonnante, persévérante, insistante, qui nous rappelle du fond des âges avec le prophète Sophonie (3, v15 et 17) que l’Éternel se tient parmi nous, au milieu de nous, auprès de nous, alors même que la rumeur nous ferait croire tout le contraire à force de nous effrayer et de nous engloutir sous le doute.
Oui, Sophonie, un prophète que vous lisez rarement, que vous n’avez jamais lu, dont vous ne connaissez peut-être même pas le nom ! Un prophète en plein cœur du VIIè siècle avant J.C où rien ne va plus pour son pays dévasté par la guerre, où les responsables politiques rivalisent dans leur attitude de collaboration avec l’occupant et se déconsidèrent aux yeux du peuple, où la souveraineté nationale est mise en cause, où la légitimité du pouvoir est contestée, où la justice est bafouée, Sophonie parle.
Lui dont le nom signifie « Dieu protège », parle. Et que dit-il ?
Que l’Éternel n’a pas déserté, qu’il n’a pas abandonné son peuple et qu’il se tien présent devant qui sait le reconnaître dans la foi.
La parole de Sophonie est la nôtre, aujourd’hui même. L ’Éternel est présent, contre toute attente, contre les apparences, il est celui qui tient nos vies et nous relève.
Voici pour première réponse à la rumeur déprimante du monde la confession de foi de chacun de nous.
Et s’il fallait encore avancer dans la réponse et une deuxième chose, nous pourrions suivre maintenant l’histoire de Jean-Baptiste, cet autre prophète malmené, porteur d’une autre voix fragile mais claire disant elle aussi du milieu des troubles de l’époque, avant que le roi Hérode ne la fasse taire définitivement, qu’une présence imprenable se tiendra près de vous, celle du Christ qui baptise d’Esprit saint, Esprit dont la métaphore, vous le savez peut-être, renvoie au feu qui ne s’éteint jamais, ce feu dont parlera le livre des Actes des Apôtres au moment du récit de la pentecôte.
Une présence irréfragable qui fera en sorte, comme c’est le cas pour Clémence et Alexa qui reçoivent ce jour le baptême, que chaque croyant est citoyen à part entière d’un royaume de paix et de justice pour toujours.
La deuxième réponse à cette atroce rumeur du monde qui décrit une terre défigurée, souffrante et allant à sa perte, peut être celle de chaque croyant ayant acquis, en plus de sa citoyenneté particulière, la citoyenneté d’un royaume qui dès ici bas et en ce moment même, se déploie secrètement, mystérieusement, sacramentellement pourrait-on dire, et qui désigne l’espérance et le salut.
Où voyez-vous cela, demanderez-vous ? A quel signe vous fierez-vous pour affirmer une telle chose ?
En premier lieu, au signe le plus humble et le plus commun des signes, celui d’une naissance, la naissance d’un petit d’homme, d’un enfant sur qui l’autorité de Dieu reposera et dans la vie duquel nous discernerons avec confiance le projet de ce royaume et les promesses de salut qu’il réalise.
Le premier signe est l’Emmanuel qui veut dire cette présence en plein cœur de notre monde, de nos vies blessées et souffrantes, de nos existences troublées par tant de malheurs et d’injustices.
Ce signe de la présence de l’Eternel parmi nous, autrement dit celle de Jésus-Christ, nous le proposons à la vue de tous dimanche après dimanche, par le baptême ou par la cène, par le sacrement qui atteste de cette présence, sans que nous ayons les mots tout à fait adéquats pour la dire.
Une présence que nous expérimentons dans la foi-confiance et qui nous unit les uns aux autres, alors même que nous sommes si différents par l’âge, l’origine familiale, l’opinion, les choix de vie, où même la confession chrétienne…
Devant la rumeur du monde, donc, et des informations effrayantes qui nous parviennent, nous voici promis à l’unité pour nous tenir dans une même écoute, non pas de la rumeur mais de l’éclatante nouvelle d’un bonheur offert, celui qui nous relie les uns autres autres et qui nous rappelle que chacune de nos vies singulières, chacune de nos identités, chacune de nos existences particulières a un prix immense aux yeux de Dieu.
Et que chacune et chacun est appelé par son nom, honoré, relevé, aimé.
De sorte que dans cette immense et anonyme chronique de la vie du monde, personne, jamais, comme le proclame prophète Sophonie ou comme le redit le prophète Jean-Baptiste, ne se sente plus seul.
Le signe de la naissance du Christ nous redit ainsi à sa façon que chaque naissance, la nôtre y compris, chaque vie, la nôtre y compris, participe, contre toute les furieuses rumeurs du monde, de la promesse d’un royaume dont il est le maître et le roi.
La naissance du Christ signe l’attention définitive que ce roi porte désormais à chacune de nos naissances,

Amen.