Luc 24, 36-53 – « Etre témoins »

Dimanche 24 janvier 2010 – par le Père Benoît Bourgoin, curé de la paroisse catholique de Saint-André de l’Europe, à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens

 

Le premier jour de la semaine, de grand matin, elles vinrent à la tombe en portant les aromates qu’elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée de devant le tombeau. Etant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Or, comme elles en étaient déconcertées, voici que deux hommes se présentèrent à elles en vêtements éblouissants. Saisies de crainte, elles baissaient le visage vers la terre quand ils leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? Il n’est pas ici, mais il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée ; il disait :  » Il faut que le Fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu’il soit crucifie et que le troisième jour il ressuscite » ». Alors, elles se rappelèrent ses paroles ; elles revinrent du tombeau et rapportèrent tout cela aux Onze et à tous les autres. C’étaient Marie de Magdala et Jeanne et Marie de Jacques ; leurs autres compagnes le disaient aussi aux apôtres. Aux yeux de ceux-ci ces paroles semblèrent un délire et ils ne croyaient pas ces femmes. Pierre cependant partit et courut au tombeau ; en se penchant, il ne vit que les bandelettes, et il s’en alla de son côté en s’étonnant de ce qui était arrivé. Et voici que, ce même jour, deux d’entre eux se rendaient à un village du non d’Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem. Ils parlaient entre eux de tous ces événements. Or, comme ils parlaient et discutaient ensemble, Jésus lui-même les rejoignit et fit route avec eux ; mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : « Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? » Alors ils s’arrêtèrent, l’air sombre. L’un d’eux nomme Cléopas, lui répondit : « Tu es bien le seul à séjourner à Jérusalem qui n’ait pas appris ce qui s’y est passé ces jours-ci ! – Quoi donc ? » leur dit-il. Ils lui répondirent : « Ce qui concerne Jésus de Nazareth, qui fut un prophète puissant en action et en parole devant Dieu et devant tout le peuple : Comment nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné a mort et l’ont crucifié ; et nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël. Mais, en plus de tout cela, voici le troisième jour que ces faits se sont passés. Toutefois, quelques femmes qui sont des nôtres nous ont bouleversés : s’étant rendues de grand matin au tombeau et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire qu’elles ont même eu la vision d’anges qui le déclarent vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau et ce qu’ils ont trouvé était conforme a ce que les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu ». Et lui leur dit : « Esprits sans intelligence, cœurs lents a croire tout ce qu’ont déclaré les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Ecritures ce qui le concernait. Ils approchèrent du village où ils se rendaient, et lui fit mine d’aller plus loin. Ils le pressèrent en disant : « Reste avec nous car le soir vient et la journée déjà est avancée ». Et il entra pour rester avec eux. Or, quand il se fut mis à table avec eux, il prit le pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, puis il leur devint invisible. Et ils se dirent l’un a l’autre : « Notre cœur ne brûlait-il pas en nous tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Ecritures » ? A l’instant même, ils partirent et retournèrent à Jérusalem ; ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon ». Et eux, racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain. Comme ils parlaient ainsi, Jésus fut présent au milieu d’eux et il leur dit : « La paix soit avec vous ». Effrayés et remplis de crainte, ils pensaient voir un esprit. Et il leur dit : « Quel est ce trouble et pourquoi ces objections s’élèvent-elles dans vos cœurs ? Regardez mes mains et mes pieds : C’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai ». A ces mots, il leur montra ses mains et ses pieds. Comme, sous l’effet de la joie, ils restaient encore incrédules et comme ils s’étonnaient, il leur dit : « Avez-vous ici de quoi manger » ? Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé ; il le prit et mangea sous leurs yeux. Puis il leur dit : « Voici les paroles que je vous ai adressées quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes ». Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Ecritures, et il leur dit : « C’est comme il a été écrit : le Christ souffrira et ressuscitera des morts le troisième jour, et on prêchera en son nom la conversion et le pardon des péchés à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. C’est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Pour vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez, d’en haut, revêtus de puissance ». Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel. Eux, après s’être prosternés devant lui, retournèrent a Jérusalem pleins de joie, et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Traduction œcuménique de la Bible (TOB)

Chers amis, ce matin, je vous invite à suivre ces femmes qui partent de bon matin visiter le tombeau du Christ, à suivre Pierre et les autres disciples. Pour renouveler notre rencontre avec le Ressuscité, pour puiser la grâce de la résurrection. Le Christ a quelque chose à nous dire, le Christ est là.

Je vous invite à suivre ces témoins pour ensuite aller visiter nos propres tombeaux, revisiter nos lieux de mort, d’échec, d’épreuve, de deuil. Devant la mort, nous sommes saisis par la douleur, la tristesse, l’angoisse, la solitude et devant l’annonce de la résurrection comme ces femmes et les disciples nous sommes déconcertés, saisis de crainte, bouleversés. Certains choisissent l’ironie devant l’annonce de la résurrection, et en tout cas, force est de constater que nous manquons à comprendre.

Ce n’est pas nouveau, Jésus le dit lui-même. « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire ». C’est alors qu’il leur parle et « il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre. »

Il y a de l’inouï, de l’incompréhensible dans cette expérience de la résurrection ! En se rendant au tombeau, ils ne sont pas témoins d’un moment, ils ne sont pas témoins d’un comment, mais d’un état, ils sont témoins d’une réalité. Il n’est plus là, il est vivant.

Cette réalité se propose, disons peut-être même s’impose mais ne se prouve pas. Nous ne sommes pas témoins d’un comment, mais d’une réalité annoncée, proposée à notre liberté. Christ est Vivant, comme il l’a promis !

Il n’est pas ici, dans ce lieu de mort, mais il est Ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée.

Ces femmes, les disciples ne voient qu’un tombeau ouvert, un tombeau est vide, les bandelettes sont rangées. Tout est incompréhensible et tout est signe. Le lieu de la mort est bouleversé pour être rendu à la vie. Et nous ne comprenons pas !

Dans nos vies si marquée par les conflits, par les drames nous risquons de ne voir que les nouvelles de malheur. De nous enfermer, de nous ficeler, de nous nouer. Il me semble qu’à la vue de ce tombeau, nous devons apprendre à comprendre nos vies avec une mémoire marquée par les promesses de Dieu maintenant réalisées. Voir la puissance de la résurrection dans cette pierre rendant le tombeau ouvert à la vie. Voir la puissance de la résurrection, à travers ces bandelettes dénouées et rangées. Voir la puissance de la résurrection, à travers toutes les libérations, les réconciliations, les pardons, les guérisons… La promesse est réalisée pour l’homme et pour le rendre à la vie

Il reste que notre cœur est lent à croire. Il nous faut sur le chemin de nos désillusions, de nos échecs, réentendre celui que nous connaissons encore si mal, celui que nous avons tant de mal à reconnaître sur le chemin de nos existences.

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis là comme sur le chemin d’Emmaüs. Apprenons à nous édifier les uns les autres pour entrer dans l’intelligence de la Parole de notre Seigneur. Apprenons à goûter cette intimité avec le Ressuscité dans notre prière. Apprenons à le reconnaître, lui qui est présent.

Le fruit de la Résurrection est évident, c’est la joie, la joie des femmes qui reviennent vers les apôtres leur annonçant qu’il est vivant, la joie des disciples à se retrouver réunis dans la Paix de leur Seigneur, la joie de l’avoir découvert dans le partage du pain, la joie d’avoir éprouvé cette intimité à l’écouter, la joie de le dire, de le chanter, de le crier !

Ne cherchons pas d’autre critère, la rencontre avec le Seigneur, avec le Vivant illumine le cœur de l’homme en lui déposant la grâce de la Joie. Une Joie qui nous associe au chœur des anges qui chantent la Gloire de Dieu ; Une Joie qui nous associe aux innombrables témoins du Ressuscité.

La joie n’a pas besoin d’artifice, elle rayonne. Et elle porte du fruit par l’unité, le dynamisme de la mission et le don de soi.

Soyons simples, sincères et vrais.

Entre chrétien, nous ne sommes pas en pleine communion. Notre division peut s’expliquer par l’histoire, la théologie, nos appartenances familiales, culturelles, mais elle révèle plus que cela la division de nos cœurs. Ne cherchons pas des coupables, ne nous jugeons pas, mais attachons-nous à la personne du Christ et travaillons par une amitié vraie à l’unité entre chrétiens.

Dans cette prière œcuménique prions pour porter le désir d’unité, en nous évangélisant réciproquement, en nous édifiant réciproquement. Notre recherche œcuménique nous enrichit par la diversité de nos traditions, de nos expériences et de nos recherches. Notre prière et notre réflexion nous entraînent alors sur un chemin de purification, peut-être de simplification de notre Foi, sans doute pas par un relativisme, mais par un enrichissement pour approfondir notre relation à la Personne du Christ.

Être témoin, c’est être engagé fondamentalement dans une relation personnelle avec la personne du Christ mort et ressuscité et à la suite des Saintes femmes et des apôtres c’est ouvrir notre intelligence pour vivre dans l’Alliance et l’annoncer.

Avez-vous remarqué dans l’évangile que tout va dans tous les sens. Les femmes, Pierre et les disciples, le voyage à Emmaüs. Chacun à sa manière, chacun en son temps et chacun en son lieu. Chacun a eu une expérience unique du Ressuscité. C’est lui qui fait l’unité de tous ces événements parce que c’est Lui qui rassemble et donne un sens.

Frères et sœurs cette rencontre avec le Ressuscité, c’est elle qui nous pousse à aller vers nos frères, et être confirmés dans cette joie pascale. « Ils trouvèrent réunis les Onze et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est bien vrai ! Le Seigneur est ressuscité, et il est apparu à Simon ». Et eux racontèrent ce qui s’était passé sur la route et comment ils l’avaient reconnu à la fraction du pain. »

L’élan œcuménique nous engage dans une relation d’amitié et de fraternité. L’élan missionnaire nous engage à rejoindre tous les hommes pour vivre de cette amitié et de cette fraternité. Il est difficile de vivre en famille, et plus reposant de rester chacun chez soi ! Mais le ressuscité nous oblige à voir notre frère. Nous avons besoin des uns et des autres dans le respect de nos identités.

J’ai besoin de toi mon frère, toi qui connais ou ne connais pas le Christ. J’ai besoin de toi mon frère, parce qu’en priant « Mon Père », c’est « Notre Père » qui m’appelle à t’aimer et te dire combien tu es son enfant bien aimé.

J’ai besoin de toi pour goûter la joie parfaite de l’unité, de la communion avec Notre Père.

Cela réinterroge nos communautés aussi chaleureuses accueillantes, ouvertes soient-elles, sans le désir de l’unité et de la mission, je crains qu’elles ne deviennent ni vivantes, ni fécondes.

Je voudrais confier au Seigneur tous les couples appartenant à deux traditions, deux églises, ou communions chrétiennes.

Vous êtes l’anticipation d’une réconciliation, d’une communion parfaite. Vous êtes une alliance prophétique. Ne vous étonnez pas de souffrir, Ne vous étonnez pas de mal comprendre, Ne vous étonnez pas d’être mal compris, vous éprouvez les souffrances de l’enfantement de la communion de l’église eschatologique, du jour de la Parousie.

À travers vous, ce que vous vivez, comme alliance d’amour, de manière positive, par un amour fidèle heureux et fécond, vous nous dites la joie des noces avec le Ressuscité, vous nous faites comprendre la joie de l’unité et de la communion dans cette alliance divine avec le Vivant.

Seigneur ne cesse pas de nous parler sur le chemin de nos existences, ouvre notre intelligence pour comprendre et vivre de tes promesses.