Luc 19, v. 1-10 : « Rencontre de Jésus avec Zachée »

Dimanche 4 novembre 2007 – par Simone Bernard

 

Dans ce texte, l’évangéliste Luc nous fait assister à une rencontre : celle de Jésus et de Zachée. Il ne s’agit pas ici d’une parabole, mais d’un récit.

Nous sommes à Jéricho, en route pour Jérusalem. Jésus est entouré de ses disciples ; sans doute y a-t-il aussi quelques femmes, des badauds, et les inévitables pharisiens toujours prêts à prendre Jésus en défaut par rapport à la Loi.

Mais le personnage important, c’est Zachée. Nous savons qu’il est petit, qu’il est chef des collecteurs d’impôts et qu’il est riche. Cela ne le rend pas très sympathique. En effet, aux yeux des juifs, le collecteur d’impôts collabore avec l’occupant romain en prélevant les taxes et se servant au passage. C’est probablement ainsi que Zachée s’est enrichi, lui, le chef des collecteurs.

Toutefois, le petit homme tient à voir Jésus, ce rabbi dont il a entendu parler, qui enseigne, guérit les malades, sait tenir tête aux chefs religieux. Oui, Zachée veut voir Jésus et ne trouve pas d’autre solution que de grimper sur un arbre, un sycomore est-il précisé. De son perchoir, il pourra voir le rabbi sans se montrer lui-même. Zachée est juif, il est attiré par Jésus, mais veut rester à l’écart, anonyme en quelque sorte. Rejeté à cause de sa profession, il préfère ne pas se mêler à la foule.

Et c’est Jésus qui va le dénicher, l’appelant par son nom. Comment le sait-il ? Peut-être par Matthieu reconnaissant un collègue. Nous nous rappelons que Matthieu, identifié dans les Évangiles sous le nom de Lévi, était lui aussi un péager, un collecteur d’impôts. Appelé par Jésus à le suivre, il a répondu sans aucune hésitation, offrant même un festin en l’honneur du Maître.

En tout cas, Zachée est distingué par Jésus et il ne proteste pas. Attitude étonnante. On pourrait s’attendre à ce qu’il oppose une fin de non-recevoir : « Je ne puis… Je ne suis pas digne… » Il connaît sa situation et les réactions négatives qu’elle suscite, et il l’accepte.

Un entretien s’instaure alors que Jésus est dans la maison de Zachée, présence qui entraîne un mécontentement général. Jésus honore de sa présence la demeure d’un homme à la moralité douteuse. L’on peut, à ce moment du récit, hésiter sur le sens à donner au verset 8 : « Voici, je donne la moitié de mes biens aux pauvres et si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Ainsi s’exprime Zachée. Veut-il dire que, touché par la grâce, il va dorénavant suivre cette ligne de conduite ? La rencontre avec Jésus opère en lui un changement radical. Le salut est véritablement entré dans cette maison. Fidèle à sa mission, le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Toutefois, le présent permet aussi d’exprimer une action qui vient d’être décidée et dont l’exécution va avoir lieu aussitôt. Zachée s’engage à agir désormais ainsi. Cette détermination est la preuve que Jésus n’est pas venu en vain chez lui. Il est devenu un véritable Fils d’Abraham, un vrai croyant qui subordonne tout à la volonté de Dieu et qui vit désormais dans l’obéissance de la foi.

On remarquera que Jésus n’a pas demandé à Zachée de changer de métier – une profession bien suspecte pourtant – ni de renoncer à ses biens et de se faire pauvre pour le suivre. C’est ce que le Maître, par ailleurs, demande à ceux qu’il appelle. À ses disciples de la première heure : Pierre, André, Jean et les autres. « Viens, suis-moi » , leur a-t-il dit. Avec Zachée, tout semble simple. Il n’abandonne rien, ni sa maison, ni ses biens, ni son métier, mais quand Jésus quitte sa demeure, Dieu n’a peut-être pas dit son dernier mot à cet homme ; Zachée devra apprendre à vivre chaque jour de la grâce qu’il a reçue. Mais l’essentiel est acquis : le Sauveur a ramené le fils prodigue dans la maison du Père.

Et l’on n’a pas d’autre trace de Zachée que sa rencontre avec Jésus. Cependant, il est nommé, contrairement à d’autres personnages des récits bibliques : un homme, une femme, la foule…

La légende fait de Zachée un disciple, le mari de Sainte Véronique et le conduit jusqu’à la falaise de Rocamadour, dans le Lot. Mais c’est la légende… Luc ne force-t-il pas les traits en agençant la scène avec tant de soin ? Nous pouvons suivre chaque mouvement de Jésus, de Zachée, des autres personnes présentes. Mais c’est la fin du récit qui est la plus importante : Jésus dit à son propos : « Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Je me demande si l’on ne peut pas faire une lecture un peu différente de ce récit, tout au moins de sa deuxième partie : la déclaration de Zachée : « Eh bien, Seigneur, je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens et, si j’ai fait tort à quelqu’un, je lui rends le quadruple. »

Ne peut-on penser qu’avant sa rencontre avec Jésus et l’appel de celui-ci, Zachée avait déjà un comportement solidaire, en dépit de sa situation ? Il essayait de trouver un équilibre entre ses obligations religieuses et ses impératifs professionnels. N’en est-il pas souvent ainsi dans le monde ?

Quoi qu’il en soit, Zachée accueille avec joie le salut que lui annonce Jésus. Il ne se pose pas de question. Il ouvre son cœur comme il a ouvert sa maison, sans réticence, sans marchandage. Il n’est pas comme le riche notable dont Luc parle au chapitre 18, qui s’attriste devant le commandement de Jésus de laisser ses biens pour le suivre.

Nous aussi, sachons jour après jour vivre de la grâce que le Seigneur nous offre, accueillant avec enthousiasme, comme Zachée, le salut qui nous est donné.

Amen.