Luc 19, 28-44 – « disciples, invités, témoins… »

Dimanche des Rameaux 24 mars 2013 – par le pasteur François Clavairoly

 

Après avoir ainsi parlé, Jésus prit les devants et monta vers Jérusalem.

Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, vers le mont appelé mont des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, en disant : Allez au village qui est en face ; quand vous y serez entrés, vous trouverez un ânon attaché, sur lequel aucun homme ne s’est jamais assis ; détachez-le et amenez-le. Si quelqu’un vous demande : Pourquoi le détachez-vous ? vous lui direz : Le Seigneur en a besoin. Ceux qui étaient envoyés s’en allèrent et trouvèrent les choses comme Jésus le leur avait dit. Comme ils détachaient l’ânon, ses maîtres leur dirent : Pourquoi détachez-vous l’ânon ? Ils répondirent : Le Seigneur en a besoin. Et ils amenèrent à Jésus l’ânon, sur lequel ils jetèrent leurs vêtements, et firent monter Jésus. A mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. Il approchait déjà (de Jérusalem) vers la descente du mont des Oliviers, lorsque tous les disciples, en foule, saisis de joie, se mirent à louer Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus. Ils disaient : Béni soit le roi, celui qui vient au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel, Et gloire dans les lieux très hauts.

Quelques Pharisiens, du milieu de la foule, dirent à Jésus : Maître, reprends tes disciples. Il répondit : Je vous le dis, s’ils se taisent, les pierres crieront ! Comme il approchait de la ville, Jésus en la voyant, pleura sur elle et dit : Si tu connaissais, toi aussi, en ce jour, ce qui te donnerait la paix ! Mais maintenant c’est caché à tes yeux. Il viendra sur toi des jours où tes ennemis t’environneront de palissades, t’encercleront et te presseront de toutes parts ; ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi, et ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas connu le temps où tu as été visitée.

Chers amis, frères et sœurs,

Le récit de l’approche de Jésus vers le temple, le récit de ce que l’on appelle « les Rameaux », ou « l’entrée de Jésus à Jérusalem », bien qu’il n’y ait ici ni rameaux ni référence explicite à Jérusalem, ne raconte pas non plus une fête liturgique, ni même une entrée triomphale à la manière des empereurs prenant symboliquement possession de leur ville ou de leur territoire.
Le récit de l’approche de Jésus vers le temple est tout autre que la justification d’un rite d’Eglise bruyant et exubérant, où il faudrait absolument qu’ y participent les paroissiens, brandissant des branches d’arbres bénites ou encore les enfants de l’école biblique qui feraient nombre comme une foule et produiraient des bruits de toutes sortes : ce récit, chez Luc, est celui d’une confiance tranquille et d’une humilité qui dérange presque.
La confiance, tout d’abord, celle des deux disciples qui vont faire ce que Jésus leur demande en allant chercher une petit âne sans d’ailleurs bien comprendre ce que cela signifie, et d’autre part l’humilité même de Jésus qui, juché l’animal, mimera tout au plus un semblant de démarche messianique, certes louée par ses disciples mais vite rabrouée par les témoins, les amis, les pharisiens, un peu gênés, et qui désirent (comme nous ?) évidemment un peu plus de discrétion.

La confiance des deux disciples, peut-être celle-là même qui sera déçue après Golgotha, après la mort de Jésus et l’échec apparent de sa mission, une confiance déçue qui verra justement encore deux disciples, mais ne serait-ce pas précisément les mêmes, partir de Jérusalem pour aller vers Emmaüs [1], vous vous en souvenez, cette confiance est ici pleine et entière : elle est tranquille et assurée. Il s’agit pour eux de préparer l’arrivée du maître.

Je voudrais, en ce jour d’assemblée générale [2], en ce jour où nous allons réfléchir ensemble à l’avenir de notre Eglise, je voudrais vous redire combien le récit de l’évangile insiste sur ce fait, combien il nous rappelle à cette confiance du disciple.

Certes, nous ne comprenons pas tout de ce que le maître nous demande, comme eux, mais comme les deux disciples de l’évangile, nous acceptons de faire ce qu’il nous dit et nous lui obéissons, dans la certitude que c’est pour oeuvrer à la préparation de sa venue, à l’avancée du règne, au témoignage de l’évangile dans nos vies et dans le monde.
Telle est notre vocation de disciple : celle de vivre, donc, dans la confiance. Ce sera mon premier point.

Et voici le deuxième point :
Cette curieuse scène, ce curieux équipage, cet animal, ces vêtements que l’on pose par terre ou qu’on utilise comme une scelle royale, cette petite cohorte d’amis qui acclament leur maître, tout cela ressemble à un geste prophétique à la manière des gestes prophétiques des temps anciens, comme ceux d’Esaïe ou de Jérémie.
Ce geste fait sens pour qui connaît le texte la bible hébraïque, pour qui connaît aussi le prophète Zacharie avec sa référence à l’âne comme étant qualifié de monture messianique, et pour qui connaît en son cœur l’espérance en la venue du messie où chacun aura accès au salut et où chacun, avec les autres, sera dans la proximité de Dieu.
Ce geste, donc, aussi humble et discret soit-il, ne doit pas être brocardé ou condamné. Jésus sait bien l’effet produit par cette petite mise en scène, et il sait aussi que certains de ceux qui assistent à l’événement vont être gênés, comme certains de ses amis et notamment, parmi eux, parmi ses proches, les pharisiens. Mais, sans exagérer, il pose un signe qui fait réfléchir.
Et la réflexion est la suivante : est-ce que oui ou non nous pensons que le règne de Dieu s’est approché ? Et comment cela s’est-il produit ? Comment cette approche s’est- elle réalisée ? Le geste prophétique nous apprend à déchiffrer tout cela.
Ce geste nous dit que l’approche du royaume ou du salut est semblable à une marche commune. Peut-être une marche dans un joyeux désordre, à la manière du désordre de nos Eglises, de toutes nos Eglises, mais une marche commune. Humble mais pas timide, humble et publique ; joyeuse mais pas orgueilleuse, joyeuse mais pas trop tapageuse, elle avance vers le temple de Jérusalem, vers le lieu de la rencontre.
Et rien ne pourra l’empêcher, en quelque sorte. Rien ne l’empêchera même si certains voudraient qu’elle se fasse en silence. Le message, quoiqu’il advienne, passera.
Même si l’on faisait taire les disciples, le messie, alors, trouverait une autre manière de faire connaître son projet et de le réaliser. « Si les disciples se taisent, les pierres crieront. »…
Le deuxième point est donc celui-ci : le projet se réalise, sachez-le, croyez-le, et ce d’autant plus que nous n’en sommes pas les maîtres d’oeuvre. Ce qui nous est demandé, la seule chose qui nous soit demandée, est de savoir si nous y participons, si nous en sommes ou non. Si nous marchons avec Lui. Si nous sommes de ceux qui rabrouent, les râleurs professionnels, les rabat-joie, ou si nous sommes de ceux qui avancent, proposent, préparent, posent des vêtements sur le sol, posent des jalons, ouvrent le chemin, prennent les initiatives qui conviennent pour que la marche commune soit réussie.

Troisième point enfin, après celui de la confiance et le rappel de notre marche commune, la prière et l’enseignement. « Il entra dans le temple en leur disant ma maison sera une maison de prière, il enseignait tous les jours dans le temple. »
C’est qu’arrivé au temple, Jésus rappelle l’essentiel à savoir la rencontre personnelle avec le Seigneur dans la prière et à travers l’enseignement reçu. Une rencontre que nul ne peut vivre à la place de l’autre, et où la prière demeure le secret et le mystère d’une proximité imprenable. Et avec la prière, l’enseignement qui permet de comprendre et d’approfondir cette proximité et ce mystère.

Frères et sœurs, le récit de l’évangile de ce jour est pour vous.
Il vous rappelle premièrement à votre vocation de disciple, en replaçant toute votre vie dans l’esprit de la confiance. Deuxièmement, il raconte avec cette marche prophétique étonnante vers le temple que l’approche du salut pour le monde à laquelle vous êtes invités à participer avec beaucoup d’autres, différents et variés, est inexorable. Et enfin,troisièmement, il renvoie chacun de nous à l’intime et au singulier de la rencontre de la réflexion personnelle : c’est à notre intelligence et à notre discernement qu’il est fait appel ici, par l’injonction à s’exercer à la prière et à se mettre sérieusement à l’écoute d’un enseignement, afin que notre témoignage, éclairé par ce dialogue précieux de la prière et sérieusement informé et formé par l’intelligence et la connaissance, soit aussi crédible, et par conséquent recevable par d’autres que nous.
Ce témoignage, c’est celui de Jésus, mort et ressuscité pour le salut du monde.

Amen.


[1] Cf. Luc 24 et le récit des disciples d’Emmaüs.

[2] La dernière à laquelle je participer avec vous cette année…