Luc 19, 1-10 – Zachée « …Jésus cherche, appelle et sauve »

Dimanche 3 novembre, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

 

Jésus entra dans Jéricho et traversa la ville. Alors un homme du nom de Zachée qui était chef des péagers et qui était riche cherchait à voir qui était Jésus ; mais il ne le pouvait pas, à cause de la foule, car il était de petite taille. Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit : Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison. Zachée se hâta de descendre et le reçut avec joie. A cette vue, tous murmuraient et disaient : Il est allé loger chez un homme pécheur. Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : Voici, Seigneur : Je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort de quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que celui-ci est aussi un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

L’histoire de Zachée est probablement parmi les textes bibliques les plus connus de tous ; il est la revanche des petits sur les grands ; son histoire est illustrée à loisir par les ouvrages destinés aux enfants et aux écoles bibliques ; c’est un texte bref, vivant, bien écrit, plein de détails très parlant. Je pourrais insister sur le personnage lui-même, collecteur d’impôts donc riche parce que se sucrant au passage, donc un peu voleur, considéré comme un collaborateur de l’occupant romain ; petit, n’arrivant pas à se mêler à la foule, qui de fait le rejette, ne le considère pas comme l’un des siens… au point qu’il doit se débrouiller tout seul pour voir, grimpe sur un sycomore, et malgré la foule est vu, appelé par son nom, invité à accueillir Jésus ; et lui le prétendu ‘pécheur’, lui que la foule ostracise, il peut se tenir ‘debout’ devant Jésus, reconnaître ses fautes , les corriger et s’entendre réintégrer parmi les fils d’Abraham par Jésus venu le chercher et le sauver. Tout un parcours de vie, un parcours modèle, un parcours de ‘sainteté’, parcours de réintégration dans une communauté mais en même temps un modèle pour cette communauté …. Ainsi il me revient que la Communauté de l’Emmanuel, catholique, charismatique, a donné le nom de Zachée à un parcours de vie fondé sur … la doctrine sociale de l’Eglise catholique !!! Zachée à toutes les sauces !

Je souhaite aborder ce texte sous un autre jour. Moins concentré sur le personnage de Zachée. Plus attentif à la personne et à l’enseignement de Jésus. Et je fais cela parce que ce petit texte se trouve à un tournant de l’Evangile de Luc. Après les récits de l’enfance et le cycle de Jean-Baptiste, et après le ministère de Jésus en Galilée, l’Evangile de Luc est construit comme une lente montée vers Jérusalem, ponctuée d’annonces de sa passion. A la fin du chapitre 18, Jésus vient à nouveau de réunir ses disciples pour leur dire :’Nous montons vers Jérusalem’ et il leur annonce une dernière fois qu’il y sera livré aux non-juifs, qu’on le maltraitera,… le mettra à mort, mais que le troisième jour il se relèverait. Et c’est à la fin de notre chapitre qu’il va entrer à Jérusalem. Notre récit de Zachée se trouve juste à la charnière. En un mot, je dirais qu’il est comme un résumé de tout l’Evangile ! J’essaie de vous le montrer.

Nous sommes donc ‘en route vers Jérusalem’, lieu de la passion, de son ‘départ’ est-il dit dès le chapitre 9 (31) au moment de la transfiguration. Et si nous devions résumer le sens de cette marche, nous parlerions de son enseignement et de ses guérisons, des paraboles et des miracles. Ici, dans notre récit trois mots vont résumer la mission du Christ ‘chercher et sauver’. J’en ajoute un qui est présent dans un récit étrangement parallèle de Marc, lorsque Jésus dit à Lévi le collecteur de taxes ‘suis-moi’ et que, prenant son repas chez lui au grand scandale des scribes et pharisiens, il explique : je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs’. Appeler ! Le mot n’est pas employé chez Luc dans le récit de Zachée mais il s’agit bien de cela lorsque Jésus lève les yeux vers le sycomore et lui dit ‘Zachée descends vite. Il faut que je demeure aujourd’hui chez toi !
Jésus est venu chercher, appeler et sauver…mais qui donc ? Ce qui était perdu ! Non des justes mais des pécheurs ! Et Zachée sert ici de figure du pécheur. Non pas principalement parce qu’il a collaboré avec l’occupant romain ; non pas principalement parce qu’il s’est enrichi au dépends de ceux qu’il aurait dû taxer avec justesse ; mais bien parce qu’il est petit – que les petits dans ce temple ne s’émeuvent pas ! – petit signifie ici, de manière symbolique, qu’il ne peut être en relation avec Jésus ? Il est derrière la foule, il ne peut voir, il ne peut s’approcher de lui. Il devra ruser et pour cela monter dans un sycomore. Le péché, ce n’est pas une question de morale, c’est précisément la perte de relation avec Celui qui donne vie et du même coup la perte de relation avec les autres. Le péché c’est ce qui fait que nous ne sommes pas vraiment en vie, car ce qui fait la vie c’est la relation ; et la vie pleine et entière, c’est la relation avec le Christ, notre vie. Et Jésus rend la vie à Zachée en l’appelant. Il le connaît par son nom, comme une personne unique ; c’est chez lui qu’il veut demeurer…. Et tout le reste en découle, la joie de Zachée, la transformation de Zachée qui de riche va devenir moins riche mais qui aura des relations renouvelées avec sa communauté humaine, les fils d’Abraham. Un mot va symboliser cela : il est debout ! Il n’a plus besoin de grimper dans un arbre ; il n’a plus à avoir de crainte d’être exclu en raison de sa petite taille. Il est debout, grand en lui-même parce que le salut est venu pour sa maison.
Jésus est venu chercher, appeler et sauver ce qui était perdu… Voilà pourquoi il monte à Jérusalem.

Mais, chers amis, si nous avons bien là le résumé de l’Evangile, le condensé de la mission de Jésus, nous ne pouvons plus le lire aujourd’hui dans ce sens, de bas en haut ; comme si nous étions les spectateurs d’un film dont nous connaîtrions la fin. Car, précisément ce que Jésus annonçait à ses disciples, a eu lieu. Il est mort et ressuscité. Il a été relevé d’entre les morts pour que sa vie soit plus forte que toutes les forces de mort. Le salut est venu, non plus seulement dans la maison de Zachée, mais dans le monde, pour cette foule qui maugréait parce qu’il entrait chez un pécheur et qui ne pouvait savoir à l’époque que c’est elle qui avait besoin de retrouver la relation avec Dieu.
Aussi les termes de l’histoire sont retournés. Le salut est offert à tous pour que nous sachions appeler et chercher. Nous avons Jérusalem désormais derrière nous. Nous sommes dans le temps de l’Eglise, de l’après Pentecôte. Il nous revient d’être ceux qui appellent au nom du Christ, ou plus précisément qui relaient l’appel venu du Christ.

Bon ! Ne nous prenons pas pour plus que nous ne sommes. Rien ne se fera sans l’aide de l’Esprit, Pentecôte nous le dit, confirmant les promesses de Jésus. C’est lui qui ouvrira les cœurs, et nous donnera d’être témoins de l’Evangile.
Mais quoiqu’il en soit il nous revient d’appeler, d’appeler à la vie. Appeler à dépasser le mépris qui se déverse des justes, de ceux qui se croient justes, vers les pécheurs. A surmonter le mépris de soi-même qui fait penser aux pécheurs qu’ils sont nécessairement coupés de Dieu. Appeler à se connaître et nous même reconnaître que chaque être humain est créature unique que le Christ cherche et pour lequel il a donné sa vie et ouvert le chemin d’une vie nouvelle.
Ce que nous indique l’histoire de Zachée c’est qu’il nous faut peut-être surmonter nos frilosités ; apprendre à dire à ceux que nous côtoyons que Jésus a besoin d’eux, qu’il veut faire chez eux leur demeure.
Et cette parole reste forte et vraie pour chacun de nous… si nous ne nous croyons pas, trop facilement, justes, c’est-à-dire mieux que les autres. Mais dès lors que nous saurons grimper sur les sycomores, chercher la relation avec le Christ, il saura nous appeler par notre nom et nous dire ‘je veux demeurer chez toi’. Alors nous serons debout pour une vie renouvelée au service des autres pour qu’eux aussi soient un jour ‘debout devant le Christ’.