Luc 19, 1-10 – de la transmission à la transformation

Prédication du dimanche 30 octobre 2016, par le pasteur  Evert Veldhuizen

C’est la Fête de la Réformation. Nous protestants y tenons pour nous rappeler chaque
année les événements de la Réforme du 16
e siècle. Car nous devons beaucoup à ce mouvement de
renouvellement, qui fit naître une manière vraiment moderne d’être chrétien, d’être Eglise.
Cette année précède au cinq-centenaire de la Réforme. L’affichage des 95 thèses de Luther
sur la porte de l’église de Wittenberg en 1517 est considéré comme l’acte déclencheur de ce grand
mouvement qui a reformé la chrétienté et transformée la civilisation européenne. Ce cinq-centenaire suscite plusieurs célébrations, notamment par le programme mis en place par la Fédération Protestante de France. Ces célébrations auront pour thème fédérateur : « La fraternité ». Chaque commémoration s’accompagne d’analyses et de bilans. Comment les protestants ont-ils évolué pendant les cinq siècles ? Que sont-ils devenus, et que reste-t-il aujourd’hui de ce Mouvement qui a profondément marqué des nations entières du Vieux Continent ?

Ces questions m’intriguent car je me sens concerné personnellement. Mes racines
réformées remontent aux années 1580. Le mariage du curé de notre village au centre des Pays-Bas
marqua l’aboutissement d’un processus lent qui avait commencé cinquante ans plus tôt. Mes
racines ne m’ont pas pour autant figé. La Réforme prône le devise
semper reformanda, la
réformation perpétuelle. Or, j’ai accepté d’être réformé au sens dynamique du terme. Comme un
pèlerin, j’ai traversé deux des façons principales concernant la façon de devenir chrétien.
Une façon est inspirée de l’Ancien Testament, selon laquelle la foi se transmet de père en
fils, de mère en fille, de génération à génération. La clef est la fidélité à la Tradition et à la
transmission systématique. L’autre façon est inspirée plutôt du Nouveau Testament, selon laquelle
l’être humain naît de nouveau. Il s’attache à Jésus, révélé à lui comme son Sauveur. Il part à la suite
de Christ qui est désormais son Seigneur.

Et cela nous amène à Zachée. Voilà un homme qui cherche une réponse à sa quête existentielle. Car Zachée ne se considère pas accompli quant à sa vie spirituelle, sa piété, et ses rapports à
Dieu. Cet homme est à la recherche, et son histoire comporte pour nous un immense espoir. Parce
que nous réformés – et aussi nos frères et sœurs luthériens – constatons depuis environ deux
générations maintenant que la transmission de génération à génération ne fonctionne plus.
Les uns se culpabilisent. Les autres s’estiment victimes d’une rupture de la civilisation. Car
la génération des baby-boomers a en effet tourné le dos aux traditions religieuses. Les huguenots
contemporains partagent ce même sort avec d’autres communautés protestantes. Il est humainement compréhensible que l’on regrette la disparition des formes de piété et de vie religieuse dont
nous avons reçu les bienfaits. Mais ce n’est pas la fin du monde ! Au fait, il existe une alternative.

C’est qu’illustre Zachée qui cherche quelque chose, quelqu’un. Il sait qu’il doit y avoir une
réponse à sa quête existentielle. Il entend parler de Jésus. Il se demande si ce Jésus peut l’aider à
trouver les réponses. Mais Zachée ne sait pas précisément quelles sont ses questions. Il cherche
sans savoir quoi ou qui. C’est embarrassant. Est-ce la raison pourquoi il se cache dans un arbre,
jouant un peu le rôle de voyeur ? Peu importe les apparences, l’essentiel est dans la quête-même
de l’homme. Et il est aussi merveilleux que mystérieux que Zachée reçoit une réponse à sa quête.
Jésus l’aperçoit, lui parle et s’invite chez lui !

Mon émerveillement bute ici sur une question douloureuse qui me hante et pour laquelle
je n’ai jamais trouvé de réponse satisfaisante. Zachée cherche. Et il trouve, ils se trouve lui-même.
La réponse à sa quête existentielle est en quelqu’un, Jésus le Christ. Zachée trouve, mais pas tous
les humains qui ont cherché attestent avoir trouvé. Les uns acceptent cela comme une façon de
vivre leur foi par une tension entre espoir et doute. D’autres témoignent d’une expérience qui a
changé leur existence. Mais pourquoi les uns et pas les autres ? Je l’ignore et dois m’incliner
devant la souveraineté de Dieu et ma manque de connaissance dans l’intimité profonde d’autrui.
Revenons sur l’état des lieux de nos chères communautés protestantes. La plupart d’entre
nous sommes issus nous-mêmes de la vieille tradition qui est celle de la transmission fidèle de
génération à génération. Force est de constater qu’elle s’essouffle. Il nous reste heureusement
l’autre dynamique, celle qui génère de la recherche dans le secret du cœur, et suscite des
rencontres existentielles qui transforment la vie…

L’histoire de Zachée porte un message d’espoir, qui peut être reçu comme un souffle
d’espérance pour l’avenir. L’espoir et l’espérance que la tradition protestante n’est point
condamnée à disparaître. Au contraire, elle a un avenir radiaux , parce qu’elle est appelée à vivre
toujours réellement le
semper reformanda, en acceptant de passer de la tradition de transmission
à celle de la transformation.

Jésus-Christ nous regarde, il nous invite à quitter nos cachettes et de le faire entrer chez
nous. Chers amis, cela change tout ! Et les prochains cinq siècles verront des protestants chercher,
et trouver, et s’épanouir, et porter un formidable témoignage chrétien aux générations futures !
Sola scriptura, sola gratia, sola fide, et surtout : Soli Deo Gloria !

Amen !