Jean 20, v 1-10 – Ces trois personnages qui nous ressemblent étrangement

Dimanche de Pâques – 12 avril 2009 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs,

C’est vraiment une très grande joie de vous retrouver tous réunis ici dans cette Eglise du Saint Esprit pour célébrer le culte de Pâques. Vous particulièrement qui êtes de même venus de loin, d’Asperg et d’Heidelberg, de Lézan et de Lyon, d’Ulm et de Karlsruhe, du 8è ou de la rive gauche et d’ailleurs, pour le baptême de Tom et d’Elsa. Vous les parents, les grands parents, les cousins, et puis évidemment toute la paroisse de Roquépine, tous les amis connus et à connaître en Jésus-Christ ! C’est avec beaucoup de crainte et d’hésitation que je m’exprime devant vous, mais je suis sûr que vous ferez comme si vous comprenez parfaitement ce que je vous dis maintenant, et que vous serez indulgents à mon égard ! Il me faut par conséquent remercier ici et en tout premier lieu Madame Kisselevski pour son travail de traduction et sa grande compréhension.

Le texte biblique qui nous est donné -ce texte de l’Evangile de Jean- est extraordinaire d’actualité : Il nous parle de trois personnages : Marie-Madeleine, Pierre et puis celui que le texte nomme « l’autre disciple » qui pourrait être Jean lui-même, l’auteur de l’Evangile.

Ce que je veux vous dire ce matin, c’est que ces trois personnages nous ressemblent étrangement. Car devant l’événement de la résurrection, ils réagissent comme nous pourrions nous aussi réagir aujourd’hui. Au fond, Marie-Madeleine, Pierre et « l’autre disciple » symbolisent nos propres attitudes devant l’incroyable. Ils sont en réalité les trois figures que peut prendre le témoignage chrétien. Et ils représentent les trois postures possibles et parfois contradictoires, certes différentes mais en tout les cas pardonnées d’avance. Et ces trois figures sont contemporaines, elles sont figures d’aujourd’hui. Nous les rencontrons dans nos paroisses, dans nos propres familles, dans notre société, ici même en ce moment peut-être :

La première figure, représentée par Marie-Madeleine, est celle de la confiance, mais celle de la confiance déçue et qui ne comprend plus ce qui se passe. Elle connaissait Jésus et avait confiance en lui. La voici maintenant triste et déçue de la mort tragique du Maître. Devant le tombeau vide, elle ne comprend pas. Elle suppose qu’on a enlevé le corps. Elle cherche et veut trouver des éléments de rationalité là où il n’y a rien de rationnel. Mais elle en reste à ce niveau-là d’interprétation : « il est mort et son corps n’est plus là. » Dans cette impasse, elle ne peut rien faire d’autre que de constater et déplorer le vide, éprouver le manque. Elle n’annonce que cela aux deux autres disciples à savoir précisément qu’il n’est plus ici !

La deuxième figure est celle de Pierre. C’est la belle figure de la proximité avec le Maître. Une proximité et même une primauté reconnue, semble t’il, par l’auteur du récit, qui l’autorisent à entrer le premier dans le tombeau. Même s’il n’a pas couru aussi vite que « l’autre disciple », ce dernier lui cède le pas et le laisse entrer le premier, et Pierre peut vite se faire une idée. Mais son idée tourne court. Il s’arrête au constat du fait que sont posées là des bandelettes et que du linge est rangé dans la tombe. Il voit mais il ne dit rien. Sa primauté et sa proximité avec le Maître n’en font donc pas pour autant un témoin loquace et perspicace. Pierre est, de fait, pétrifié. Il est figé, fasciné devant la relique. Aucun message intelligible ne sort encore de sa bouche.

La troisième figure est celle que représente « l’autre disciple ». On l’a informé de l’événement et il entre enfin dans la tombe : il voit et il croit. Ce disciple est la figure de la foi à toute épreuve. La foi qui traverse l’épreuve, celle-là même de l’absence et du manque, l’épreuve de l’invisible. La foi qui croit alors qu’il n’y a, en fait, rien à voir mais beaucoup à interpréter et à comprendre.

Je ne pense pas que le texte d’aujourd’hui nous présente ces trois figures de la foi pour nous en dire la progression, ou bien pour nous suggérer qu’il a ici une gradation spirituelle, une sorte de progrès de la foi qui partirait des suppositions naïves de Marie-Madeleine pour aller jusqu’au pieux et sobre constat muet de Pierre, puis aboutirait enfin à la vraie foi de « l’autre disciple ».

Je crois au contraire que ces trois figures de la foi s’entremêlent dans nos propres vies, et selon les circonstances qu’il nous est donné de connaître. Et je crois vraiment que nous sommes tour à tour, devant cette question de la résurrection, comme Marie de Magdala, dans l’incompréhension et sceptiques, comme Pierre, intrigués mais sans voix, ou comme cet « autre disciple » qui pourrait s’appeler Jean, prompt à discerner et aptes à confesser sa foi. C’est que devant le tombeau vide, c’est-à-dire devant l’absence de corps, devant l’absence de preuve, il est normal que le témoin, quel qu’il soit, soit perturbé et perplexe. Mais s’il veut comprendre, il ne peut en rester pas là. Il ose alors entrer peu à peu dans un chemin d’interprétation et de discernement. Il tente de faire preuve d’intelligence : l’intelligence de la foi.

Or c’est exactement ce qui se passe en ce moment même dans mille Eglises de ce monde où des milliers de fidèles célèbrent la Pâques, en Europe, en Asie, en Afrique et en Océanie : le Maître est radicalement absent, apparemment, car personne ne le voit, en aucun lieu de ce monde. Mais le Maître est cependant présent, mystérieusement, car chacun qui le célèbre entend secrètement sa voix et répond exactement comme vous l’avez fait ce matin en venant à son invitation.

Le Maître est absent, comme le corps est absent pour Marie-Madeleine qui peine à interpréter le tombeau vide comme un signe. Et il fait encore nuit pour elle, comme dit le récit, en ce matin de Pâques.

Pour Pierre, cependant, le tombeau semble bien être un signe possible, non pas seulement un fait brut, car il constate qu’il n’y pas eu de vol ou d’effraction : les bandelettes sont trop bien rangées pour cela. Mais il ne sait pas encore quelle est la clef de ce signe. Et son regard s’arrête encore aux objets. L’interrogation est là, naissante à l’aube de jour.

« L’autre disciple », lui, comprend que le signe du tombeau vide, car c’est bien un signe, il le sait maintenant, est la signature même du Christ vivant : c’est que tout ce qu’il disait auparavant prend soudain sens. Comme si le tombeau vide -c’est à dire l’absence- voulait dire et exprimer la réalité de la vie autrement : Le maître n’est plus prisonnier de la mort, or il l’avait dit, les textes en portent témoignage, et voici qu’ il le signe le jour de Pâques : il vit donc à jamais.

Frères et sœurs, chers amis, vous les Marie-Madeleine pour qui tout cela est une histoire peut-être bien tordue, et vous aussi les Pierre pour qui l’événement mérite qu’on s’y arrête, qu’on y réfléchisse ensemble, et puis vous les « autres disciples » pour qui tout cela est d’évidence la signature du Christ vivant, et surtout vous deux, Tom et Elsa, qui découvrez déjà avec vos yeux d’enfants que l’essentiel n’est pas toujours ce qui est visible, recevez cette bonne nouvelle :

Depuis ce jour-là, depuis Pâques, vos vies en Christ ont comme horizon la vie et non plus la mort, le pardon et non plus le jugement, la joie et non plus la crainte devant la mort et l’absence.

Passez le message à d’autres que vous ! Ce message dont les témoins ont gardé trace écrite, un message qui se trouve, grâce à eux, inscrit dans la bible qu’il faut sans cesse relire à cause de nos mémoires fragiles et de nos fois qui vacillent. Passez le message : un message vécu, raconté et maintenant réalisé et enfin signé par le Christ vivant, vivant parmi nous, mystérieux visiteur et sauveur de nos vies. Un message vivant, toujours transmis entre mémoire et promesse, la mémoire d’un Dieu qui inlassablement nous parle en Jésus-Christ, et la promesse que, dans son amour et son pardon, toujours il nous attend.

Que le Seigneur vous bénisse,

Amen