Hébreux 13, v 8 – « Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et toujours … »

Prédication du Pasteur Michel Leplay,  le dimanche 18 octobre 2015

 

Chers amis, frères et sœurs,

PASTORALE

Je me réjouis de cette occasion qui m’est offerte de vous retrouver dans le cadre du 150ème anniversaire de notre communauté, de son temple original et austère. Dans cette chaire où vous m’avez si cordialement et souvent invité, je suis d’autant plus heureux en ce dimanche que je m’inscris modestement dans liste de célèbres prédicateurs et conférenciers. Pour n’en citer que quatre ou cinq, je me souviens avec gratitude de deux grands anciens, du temps de ma jeunesse, Charles Westphal avec un christianisme protestant fortifié par Karl Barth et expert en littérature, ouvert au dialogue judéo-chrétien, et mon aîné au groupe des Dombes, le grand Hébert Roux, théologien conciliaire et pasteur conciliant, qui porta à un haut niveau d’exigence et d’espérance notre vocation œcuménique dans le monde moderne. Il avait fait sienne avant nous cette remarque de Thomas Fallot reprise en compte par le président Marc Boegner : « L’Eglise sera catholique ou ne sera pas, le chrétien sera protestant ou ne sera pas ». Et je viens de découvrir que longtemps avant, en 1748, un autre penseur avait eu la même idée. Je cite : « Je disais : la religion catholique détruira la religion protestante, et ensuite, les catholiques deviendront protestants ». Signé « Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu et de la Brède » … Il détestait les jésuites, sa femme était huguenote !

Une pensée encore pour Eric Barde qui me confia, avec le sourire de sa bonté et au printemps 1968, le cadeau synodal de notre Commission du ministère pastoral. Enfin je n’oublie pas mon collègue Philippe Bertrand, le pasteur protestant comme on n’en fera peut-être plus.

Mais j’ai observé, au cours de mon service de l’Eglise réformée, que presque toujours le Seigneur donne la personne qui convient au ministère prévu, au prix d’adaptations réciproques il est vrai. Le protestantisme n’a pas de clergé. Mais le ministère pastoral a une consistance particulière, cette vocation au rassemblement de tous, dans l’attention à chacun pour entraîner la communauté au témoignage évangélique en parole et en acte. Comme le disait notre Confession de foi de La Rochelle en son article XXIX consacré au gouvernement de l’Eglise : « Quant à la vraie Eglise, nous croyons qu’elle doit être gouvernée selon l’ordre que notre Seigneur Jésus Christ a établi : c’est qu’il y ait des pasteurs, des surveillants et des diacres afin que la pureté de la doctrine ait son cours, que les vices soient corrigés et réprimés, que les pauvres et tous les affligés soient secourus en leur nécessité, et que les assemblées se fasse au nom de Dieu, et que les grands et les petits y soient édifiés ».

Que Dieu garde ainsi vos pasteurs d’aujourd’hui et de demain, comme ceux d’hier et notamment les présidents du Conseil de la Fédération protestante de France. Nous avons grand besoin de leur vigilance évangélique pour le témoignage chrétien.

« JESUS CHRIST EST LE MEME, HIER, AUJOURD’HUI ET POUR TOUJOURS … »

Deux souvenirs encore, avant d’être tout à fait sérieux.

Dans les Cévennes de mon premier ministère, la gardienne d’un temple de montagne disait souvent au prédicateur qui arrivait pour le culte : « Monsieur le pasteur, soyez court mais bref ». Elle voulait dire qu’il ne fallait pas parler trop longtemps et aller à l’essentiel …

Plus tard, à Amiens, nous recevions un ancien pasteur de la paroisse, aiguisé et fragilisé par les années, sa belle voix tremblait autant que ses petites jambes et il avait pris pour texte de méditation : « Dieu seul ne change jamais ». A la sortie le président du conseil presbytéral me souffla : « Il ne croyait pas si bien dire … ».

Assez et trop parlé de nous. « Parle, Seigneur, tes serviteurs écoutent ».

Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui, pour toujours …

Je développerai trois propositions, en essayant d’être « court mais bref », enfin je ne vous promets rien. Nous survolerons successivement concernant le même Jésus Christ :

  • d’abord le témoignage de l’Ecriture sainte
  • ensuite l’histoire de l’Eglise universelle
  • enfin l’actualité de l’Evangile éternel.

 

ALLEGRO VIVACE

Le témoignage des Ecritures – qui demanderait un long inventaire – peut se résumer en quelques points selon des textes bibliques que vous connaissez peut-être. Jésus dit : « Avant qu’Abraham fut, je suis ». Et encore « Au commencement était la Parole et la Parole a été faite chair ». Ou pour nous : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ». Et puis la prière finale : « Viens, Seigneur Jésus. Voici, je viens bientôt ».

Ainsi se termine l’Apocalypse. Jésus Christ le même, hier, aujourd’hui et ensuite, on peut traduire soit par « pour toujours », soit « éternellement ».

Un mot encore, sur le texte grec de notre verset : s’agissant de Jésus Christ il n’y a pas de trait d’union entre Jésus et Christ. Il y a comme un blanc, comme une attente, comme un parole non dite ou indicible. Tout le problème, comme la promesse, toutes les discussions sont dans ce silence qui sépare Jésus de Nazareth du Christ ressuscité. L’Ecriture en dit trop et pas assez, et ainsi commence l’histoire de l’Eglise … Et nous touchons les limites de la devise des Réformateurs : Sola Scriptura.

Il faudra la foi des Pères de l’Eglise pour tenter d’exprimer le mystère.

Je vais pour ce deuxième point, Jésus-Christ dans l’histoire de l’Eglise, me permettre des simplifications scolaires, comme si vous étiez des catéchumènes de deuxième année et moi un âne savant …

 

ANDANTE SOSTENUTO

Confessant que Jésus Christ est le Seigneur, les premiers chrétiens, avec Saint Paul notamment, posaient un problème sans le résoudre : cet homme de Nazareth venait de Dieu, il avait même dit « Moi et le Père nous sommes uns », plus encore, humilié sur la croix et mort comme un simple homme, il avait repris vie et pouvoir sur tout et sur tous, « pantocrator », nous promettant assistance et nous demandant obéissance, rassemblant et fortifiant sa communauté par la prédication de l’Evangile et la célébration de la Cène, repas eucharistique pour les baptisés.

Pressés par la polémique des païens comme par l’argumentaire de leurs philosophes, il fallait rendre compte de ce mystère incompréhensible pour la raison grecque et scandaleux pour le monothéisme juif.

Aussi de synodes en conciles, Nicée-Constantinople puis Chalcédoine, le christianisme des premiers siècles, parmi nombre de disputes, osa définir la double nature humaine et divine de Jésus Christ en une seule personne, puis avec son Père et avec le Saint Esprit, les trois de la trinité, mais un seul Dieu, éternellement béni.

 

MODERATO CATABILE

Au terme de ces discussions pas toujours glorieuses mais finalement conclues avec l’aide des empereurs, le christianisme avait trouvé sa stature de religion reconnue, acceptée, imposée, qui commence à trouver son apogée théologique avec Saint Augustin – votre voisin d’arrondissement mais surtout père spirituel de Martin Luther – et ce que je veux dire rapidement c’est que le christianisme assuré comme religion va progressivement se transformer en un pouvoir spirituel et politique pontifical et impérial, avec leurs querelles, de Grégoire VI au 11e siècle au Concile de Constance et le brûlement de Jean Huss. Mais Jésus Christ le même, hier, aujourd’hui et encore, en ces jours-là, veillait avec de petits pauvres qui étaient grands et préparait des renouveaux, par-delà les schismes avec l’Orient et puis en occident. Calvin aura eu raison d’écrire : « Soyons en convaincus, la vie de l’Eglise ne va pas sans résurrection, sans beaucoup de résurrections ». De nos jours, Karl Barth confirme : « L’Eglise est souvent attaquée au dehors, elle est encore plus souvent compromise du dedans ; elle n’en est pas moins animée d’une indestructible volonté de vivre ». Si Jésus Christ  est le même hier et aujourd’hui, voilà une promesse pour nous ici et maintenant.

Je continue à grands pas cette histoire de Jésus Christ de siècle en siècle. A partir de la Réformation qui est renaissance de la chrétienté en occident, nos sociétés, pour ne parler que d’elles, vont s’acheminer vers les idées nouvelles des philosophes, au siècle des Lumières. Ici commence, du moins pour l’occident, la fin de la chrétienté souveraine, de la domination des clercs et de la morale ecclésiastique. Même si les protestants s’en tirent mieux que les catholiques, nous sommes entraînés vers un phénomène de laïcisation qui atteint son apogée, et ses limites, de nos jours. Nous étions sortis de la religion, elle rentre par la petite porte.

 

FINALE I

Il reste à conclure ce survol en même temps trop long et trop rapide …En ces temps où de nouveaux philosophes témoignant d’une sorte d’islamophobie amplifiée par les médias, nous invitent parfois à une sorte de croisade défensive, je pense que la meilleure défense et illustration de notre bonne vieille religion chrétienne est toute entière dans la simple devise JOIE, SIMPLICITE, MISERICORDE.

« Oui, Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui et demain », ce qui ne veut pas dire immobilisé sur la croix, tenu dans les bras de sa mère ou retenu par les liens de la mort, non, il est vivant. Ni peinture, ni sculpture, ni la croix et nos cantiques ne l’immobilisent. Qu’il soit le même hier et aujourd’hui, lui-même Jésus, mais aussi comme un autre, le Christ, enfin pour le dire de façon ramassée : « L’homme de Dieu pour les autres ». Il est avec nous, Il est en nous, et nous en Lui, et dans le Père. Il est le même lui-même, présent et fidèle, alors que nous sommes hésitants et versatiles. Sa tendresse prend soin de notre détresse et sa miséricorde vient au secours de notre misère. Pascal le dit bien avec son Christ au centre de tout : « La connaissance de Dieu sans celle de (notre) misère fait l’orgueil. La connaissance de (notre) misère sans Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus Christ  fait le milieu parce que nous y trouvons et Dieu, et notre misère ». En somme, « non pas le Dieu des philosophes et des savants », ni même le Dieu des théologiens et des ecclésiastiques, mais le Dieu de nos frères, des plus petits d’entre eux, « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Et comme pour nous dire encore qu’Il est le même hier et aujourd’hui, il ajoutait « Vous aurez toujours les pauvres avec vous, vous ne m’aurez pas toujours ».

 

FINALE II

Encore trois mots, si vous m’en donnez le temps.Allez comprendre quelque chose à son incarnation actuelle chez les pauvres !  « Nostrae domini pauperes » : ils sont nos seigneurs et nos maîtres …

Que Jésus Christ soit le même hier, aujourd’hui et toujours inscrit sa fidélité dans notre temps et dans les siècles qui se suivent et ne se ressemblent pas. On pourrait distinguer successivement trois âges de notre histoire avec Jésus Christ. J’ai distingué le témoignage de l’Ecriture, et dans le temps de l’Eglise pour ainsi dire trois phases ou trois temps : on cherche mieux à comprendre et définir qui est ce Jésus Christ, Fils de Dieu, fils de l’homme, homme et Dieu. C’est le temps du christianisme. Suivra avec l’établissement et la suprématie de l’Eglise une sorte d’âge de pierre, celui de la chrétienté, après l’âge de chair du christianisme. Nous savons ce que la chrétienté a fait du christianisme, et comment la première a pu s’éteindre pour laisser place à un renouveau du christianisme de Jésus Christ. « Feu la chrétienté », aura diagnostiqué Emmanuel Mounier. Mais « le christianisme, on n’a pas encore vraiment essayé » ajoutera Séphane Hessel, après d’autres commet Théodore Monod …

 

CHORAL

Chacun de nous, chacun d’entre nous, sommes-nous prêts, es-tu un homme, une femme de foi en Jésus Christ seul, le même venu  habiter chez nous, le même hier et aujourd’hui, fidèle quand nous sommes infidèles, donne-lui ta confiance, aligne ton obéissance sur les Béatitudes et ta prière sur l’Oraison dominicale. Et au-delà de la parole et des phrases, faisons silence autour de la Table, il nous invite à communier avec Lui et les uns avec les autres, et nous sommes tous et toutes ses invités. Comme le disait une des grandes théologiennes de la littérature française :Nous sommes peut-être dans ce renouvellement du temps chrétien qu’un théologien catholique marqué par le bouddhisme nomme la CHRISTIANIE. Il entend par là, je le cite, « un retour à l’essentiel de l’Evangile, le Sermon sur la montagne, les Béatitudes et le Notre Père » et une spiritualité dont chez nous témoignent les communautés de Taizé, de Pomeyrol, des Diaconnesses ; JOIE, SIMPLICITE, MISERICORDE …

 

« Madame Gervaise parle :

Il est là

Il est là comme au premier jour

Il est là parmi nous comme au jour de sa mort

Eternellement il est là parmi nous autant qu’au premier jour

Eternellement tous les jours

Il est là parmi nous dans tous les jours de son éternité »

 

 

Amen