Ephésiens 3, 2-6 « Les non-juifs ont un même héritage, forment un même corps et participent à la même promesse, par la bonne nouvelle dont je suis devenu ministre … »

Dimanche 5 janvier 2014, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

 

Voilà le mystère dont Paul a eu la révélation et qu’il a pour vocation de révéler …
Cela bien sûr ne nous surprend pas, nous qui quelques siècles plus tard savons bien que Paul a été surnommé l’apôtre des païens.
Mais il nous faut bien comprendre ce que cette révélation a de surprenant et ce qu’elle peut signifier. Nous ne devons pas perdre de vue, en effet, que cette révélation et les conséquences que l’apôtre en a tirées ont mené le monde à une crise sans précédent qui a permis l’irruption du christianisme. C’est bien parce que Paul et ses disciples se sont résolument tournés vers les païens de leur temps, que s’est ouverte une ère nouvelle qui cinq siècles plus tard amènerait une fixation progressive du calendrier sur la date présumée de la naissance du Christ. C’est sur la base de cette révélation et dès que les moyens de transports l’ont rendu possible que la mission chrétienne s’est répandue en tous lieux.

Ce qui est surprenant en tout premier lieu c’est que Paul en ait eu la révélation dans la découverte de la grâce de Dieu. Paul a rencontré le Christ et cela l’a amené à tout remettre en question. Il n’était personnellement confronté à aucune crise morale ou spirituelle. Il était attaché à la Loi et s’attachait, o combien !, à la faire respecter. Il rencontre le Christ et tout bascule. La grâce remplace la Loi ! Le Christ lui révèle l’état de crise dans lequel se trouvait le peuple juif, l’incapacité de la Loi à lui assurer le salut. Aucun juif orthodoxe, ce qu’il était, ne pouvait avoir une telle vision de la crise. Seul le Christ ressuscité pouvait lui ouvrir les yeux.
Mais si c’est la grâce qui opère, si c’est le ressuscité qui vient à la rencontre de celui qui doit être sauvé, alors la Loi n’a plus rien à voir avec le salut. Elle qui établit un corps, un peuple, le mettant au bénéfice d’un même héritage, d’une même promesse, si elle n’est plus le vecteur du salut, c’est que ce corps, cet héritage, cette promesse, sont ouverts à d’autres qu’à ceux qui se soumettent à cette Loi.

Voilà, je crois, la révélation dont Paul est porteur et qu’il nous offre de partager comme une bonne nouvelle qui libère. Et nous ouvre de nouveaux horizons.
Et j’aimerais seulement l’entendre pour nous aujourd’hui, en ce début d’année.

Ce qui est assuré c’est qu’elle a été pour Paul à l’origine d’un regard nouveau porté sur ses contemporains. Pour Saul, l’adepte fidèle de la Loi, il y avait un unique cadre de vie possible, celui du peuple juif. Pour Paul, voici que juifs et non-juifs se retrouvent ensemble, unis par le même destin, ou plutôt destinés les uns comme les autres au salut.
C’est le fruit d’une révélation ! C’est dire que ce regard n’était pas son regard mais celui que la grâce dont il était l’objet lui donnait de recevoir comme un nouveau regard, le regard de Dieu sur l’humanité.
C’est ce regard qu’à son tour il nous demande de recevoir en même temps que la grâce de Dieu vient à notre rencontre. Et il nous faut vraiment le recevoir. Car tout nous pousse à nous enfermer dans un autre regard plus restrictif qui sélectionne ceux qui sont « admissibles » et rejette tous les autres. Tout nous engage à une telle sélection ; nous valorisons les bienfaits du christianisme ; nous construisons des ensembles économiques et politiques ; nous nous défendons contre les intrusions étrangères… rien en cela n’est répréhensible. Il nous revient de gérer au mieux les affaires de notre vie, de notre peuple. Mais subrepticement se glissent des notions de supériorité des uns sur les autres, des exclusives, des prérogatives.
Or il nous faut recevoir ce regard renouvelé qui nous amène à voir tout autre comme destiné au salut. J’entends bien que cela n’a rien à voir ni avec l’économie, ni avec la politique. Mais il nous faut nous préserver de tout ce qui pourrait mettre ce regard positif en question.
Bien plus, il nous faut rechercher avec la même ardeur que l’apôtre ce qui nous permet d’être porteurs pour tous de la bonne nouvelle du salut.

La mission ou l’évangélisation, peu importe le nom que nous leur donnons, n’ont pas très bonne presse chez nous, protestants classiques. La mission, nous nous demandons si elle a encore lieu d’être vis à vis de pays indépendants et surtout lorsque des Eglises sont déjà plantées dans ces pays. Elle a le plus souvent pris le nom d’aide au développement. Quant à l’évangélisation, qui en fait est la même chose mais ici, auprès de nous, nous nous demandons comment l’exercer. En fait vous sentez bien que les deux questions sont liées et que si nous étions au clair sur l’une nous y verrions clair pour l’autre.
Il y a quelques semaines j’ai reçu le tapuscrit d’un ouvrage qui paraitra au mois de mars ou avril dont l’auteur était en même temps que moi en Centrafrique… au siècle dernier ! Et il raconte comment l’Evangile est venu bouleverser des hommes et des femmes au plus profond de la brousse africaine. Libération de l’alcool, mais aussi de forces occultes, du pouvoir de la sorcellerie. Il en a été le témoin autant que l’acteur. Qui pourrait douter après un tel récit de la grâce de l’Evangile dans la vie des hommes. Mais en le lisant je me demandais s’il n’était pas toujours temps de croire dans la force de libération de l’Evangile dans notre monde occidental ?

Pour l’apôtre cela consiste simplement à témoigner de la grâce qui lui a été faite en Jésus Christ !
Somme-nous prêts à le faire ? Dans notre style ! J’entends par là qu’il ne nous est pas demandé d’aller dans les rues raconter avec force détails notre conversion ! Mais sommes nous disposés à dire ce qui fait que notre vie a un sens, que notre « péché », c’est à dire ce qui nous sépare de Dieu, ce qui est contraire à sa volonté, est déjà pardonné et qu’il nous est donc possible de prendre un autre chemin dès lors que nous reconnaissons notre faute. Nous est-il possible de donner des signes d’une vie qui accepte de se laisser conduire par sa Parole. Je le crois ; et j’en connais qui frappe à la porte de nos Eglises pour y avoir entendu cette parole qui libère et ce témoignage qui en atteste la force.

Mais précisément libérés de quoi ? Quelle est la sorcellerie de notre monde occidental ?
Je m’avance ici dans un domaine ou la parole n’est faite que pour appeler la parole ; ma réponse pour appeler vos réponses….
La sorcellerie, les pouvoirs occultes, ils existent sans nul doute. Des exorcistes sont à l’œuvre qui s’y opposent de toute la force de leur foi et de leurs prières. J’ai tendance à penser que ne sont sujets de ces forces maléfiques que ceux qui y croient, mais les en délivrer ne consiste pas seulement à les nier.
Toutefois, il me semble que ce qui menace le plus notre monde occidental et dont seules peuvent le délivrer la foi et la prière, c’est l’enfermement des hommes dans leur propre personne…
C’est ce qu’on désigne par l’individualisme des occidentaux. Encore faut-il s’entendre sur ce que nous disons. Que chacun soit reconnu dans sa singularité et non plus à travers le clan, le milieu, le lieu dont il est originaire, voilà une grande conquête, probablement une grande libération que l’on doit au christianisme et peut-être bien assez fortement au protestantisme, avec sa conviction que chacun par la Parole de Dieu est placé dans un face à face avec son Seigneur.
Mais précisément le monde contemporain, avec sa foi dans le progrès de l’humanité et dans le dépassement de ses limites humaines, ne nous a-t-il pas ré – enfermé dans la prison de notre propre individualité. Nous voulons être les seuls maitres de notre vie. Nous n’acceptons que très difficilement qu’un autre nous conduise, guide nos choix, ouvre nos horizons.

Et sommes-nous prêts à aller plus loin. Ne pas nous suffire de notre témoignage personnel, mais nous tourner ensemble vers ceux qui nous entourent pour lever des barrières qui souvent nous séparent d’eux et partager avec eux cette parole libératrice ? L’enjeu de la mission… dire ensemble l’Evangile au monde ! Sommes-nous prêts à y réfléchir ensemble, y consacrer du temps, et des forces ?

Si nous le faisons, ce sera en nous laissant porter par l’apôtre Paul et la révélation du mystère qu’il nous donne : les païens ont un même héritage, forment un même corps et participent à la même promesse en Christ Jésus.

Ce regard différent sur nos contemporains, un regard qui n’est pas le nôtre mais nous est offert, c’est ce que je veux nous souhaiter en ce début d’année. Il n’empêche nullement de nous souhaiter les uns aux autres paix et santé, bonheur et nouveauté, mais il consiste à ne pas attendre de nous même d’avoir les moyens de contrôler notre avenir. Il ne s’agit nullement de nous abandonner sans autre à la fatalité. Non ! Notre avenir est entre nos mains – pour une bonne part ! – mais de laisser conduire notre vie par ce regard nouveau que Dieu nous donne. Recevoir sa grâce c’est avoir une boussole pour notre vie, des critères de choix, une espérance sans cesse renouvelée, pour nous et tous ceux qui croiseront notre chemin.