Luc 18, 9-14 – du gâchis et du gain

Prédication du dimanche 23 octobre 2016 par le pasteur Evert Veldhuizen

La parabole du pharisien et du collecteur d’impôts est parfois prise comme une leçon de
morale. L’autosatisfaction orgueilleuse est condamnée et l’humilité approuvée. Ce serait la morale
de l’histoire. Je pense que la parabole va plus loin que ça. Et je voudrais retenir notre attention sur
la confession du collecteur d’impôts :
Je suis un pécheur.

Le péché, voilà un thème important dans les Écritures. Thème délicat mais incontournable,
car il est au cœur des récit des Origines, de l’Alliance de Dieu avec le peuple élu, de l’Évangile de
Jésus-Christ… Mais l’a-t-on compris ? Non. Pour nos contemporains, parler du péché est faire de la
morale d’une façon que l’on rejette aujourd’hui. Au fait, on réprouve l’approche moraliste héritée
du catholicisme tridentin. Ce moralisme a été gravé dans les mentalités. Difficile de s’en défaire.
Dans ce contexte conditionné, le terme péché sonne mal dans les oreilles des contemporains.
Comme dans nos oreilles de protestants !

Or, je plaide pour une autre approche. Nous avons relevé des éléments historico-religieux
français. Pourquoi ne pas avoir recours à d’autres cultures pour approcher le thème par un
angle différent… ? Comme mon accent ne cache pas, je suis d’origine néerlandaise. Né aux PaysBas, ma langue maternelle est le néerlandais. Mon parcours me permet donc de vous proposer un autre regard sur ce texte biblique.
En néerlandais, le mot péché se dit
zonde. Dans un contexte
religieux, ce mot a le même sens péjoratif qu’en français. Là les deux langues se ressemblent. Mais
l’étymologie du mot
zonde en néerlandais a encore un autre sens, qui est totalement distinct du
sens religieux et moraliste. Lorsqu’un néerlandais dit :
Wat zonde ! ça fait en français : Quel gâchis !
Je manque un rendez-vous important, quel gâchis ! J’investis dans un projet qui échoue, quel
gâchis ! Chacun connaît le sentiment pénible de déception et de frustration quand quelque chose
s’avère du gâchis. J’aimerais profiter de l’étymologie néerlandaise pour définir autrement la notion
de péché. Prenez Adam et Eve qui mangent de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal. Ils se
trouvent dénudés, expulsés du Jardin d’Éden, éloignés de Dieu. C’est du gâchis, n’est-ce pas ?

Le pharisien s’estime moralement méritoire, mais en réalité il passe à côté du véritable sens
de la Parole de Dieu, de la grâce, du pardon, de l’humilité voulue par Jésus… Ignorant, il se trompe.
Oui, quel gâchis ! Nos contemporains sont habités des valeurs humanistes, voltairiennes et laïques.
On tient à la liberté d’expression, l’égalité, la fraternité. Mais que sait-on de Dieu, de son amour, sa
grâce, sa bonté ? Rien ou peu ? L’ignorance du public en matière de l’Évangile est du gâchis ! L’idée
que la vie spirituelle est une affaire privée fait l’économie de la dimension sociale de la foi qui relie.
Quel gâchis ! L’éjection de la religion hors de l’espace public est comme l’amputation d’un organe
vital. Quel gâchis ! Cependant, le gâchis sous-entend son opposé, qui peut se définir par le terme
gain. Grâce aux Écritures, je connais le Dieu Créateur, quel gain ! Nous bénéficions de l’Alliance que
Dieu conclut avec nous, quel gain !

L’Esprit de Dieu nous sort de l’ignorance, il nous éclaire et nous attire vers Jésus, quel gain !
Et Christ lui-même nous conduit dans une relation avec Dieu qui est amour, bonté, justice, paix…
Ô, quel gain ! Recevoir la foi et la vivre, c’est gagner en grâce, celle qui élimine le gâchis, le péché.
Mais attention à l’usage du terme gain hors de ce contexte. Car dans un autre contexte, le terme
gain peut tromper.

Après vous avoir amenés aux Pays-Bas, faisons maintenant un tour au Brésil. Or, les
Brésiliens ont connu l’élan de la théologie de la libération. À présent certains sont attirés vers la
théologie de prospérité. C’est une perversion de la notion évangélique du gain. Selon les
défenseurs de la théologie de prospérité, la foi est comme un mécanisme profitable. Par la foi on
peut se procurer une bonne santé et des richesses matérielles. Ce n’est certainement pas ce que
l’apôtre Paul envisageait lorsqu’il confessait aux Philippiens :
Christ est ma vie et mourir représente
un gain
. Le gain évangélique est synonyme à mourir à soi, c’est à dire se remettre à Dieu en Christ
et renoncer à compter sur sa propre justice.

Ce fut l’état d’esprit de notre frère dans la foi, le collecteur d’impôts. Il mourut, pas littéralement
comme des extrémistes kamikazes, non, il mourut consciemment à lui-même afin de vivre
et de construire. Le texte ne précise pas ce qu’il devint, mais la teneur de l’Évangile fait le deviner.
Le pécheur, ayant pris conscience du gâchis de sa vie s’est tourné vers Dieu dans un esprit de
repentance. Se repentir, c’est se détourner du gâchis pour s’orienter vers le gain qu’est Jésus-Christ.

Frères et sœurs, Jésus nous adresse par cette parabole une invitation. Et il nous exhorte à
renoncer à tout ce qui relève finalement du gâchis – pour chercher le gain suprême et unique :
Jésus-Christ le Seigneur ! Amen !