Deutéronome 26 v 5-11 : « La confession de foi n‘est pas seulement une affaire de mots… »

Dimanche 1er octobre 2006 – par François Clavairoly

 

Chers amis, frères et sœurs,

Nous sommes devant l’un des plus anciens credo de l’Ancien Testament, l’une des confessions de foi les plus authentiques et les plus primitives de l’histoire de Israël. Cette confession de foi se présente non pas comme une prière, comme un psaume ni même comme une affirmation d’ordre doctrinal, mais comme une mise en récit de l’acte de Dieu en faveur de son peuple. Un credo comme une narration, donc, et comme une histoire que l’on se raconte les uns aux autres ! Nous pourrions d’ailleurs dès ici nous inspirer de cette page de la bible pour y puiser nous-mêmes le sens d’une véritable « audace narrative » lorsque nous devons témoigner de notre propre foi…les mots que nous choisirions alors ne résonneraient pas comme un dogme que nous imposerions dans la discussion à notre interlocuteur, ou comme un « symbole » que nous réciterions en litanie, de façon mécanique et sans trop prêter attention à ce nos propos signifient, mais véritablement comme une histoire, comme notre propre histoire disant : « Dieu a libéré les miens, et il m’a libéré à mon tour de toute servitude, aussi je veux raconter tout cela à mes enfants et à mes proches, avec les mots relatant les péripéties de mon parcours personnel… » La confession de foi sera par conséquent comprise comme étant traversée, ici, par la vérité d’un témoignage personnel, celui de tout un peuple et celui de chacun de ses membres, celui de chacun de nous, comme celui de vous deux, chers amis, qui amenez votre enfant aujourd’hui pour qu’il reçoive le baptême [1]. Mais la confession de foi est plus que cela. Elle est plus que narration et témoignage personnel entremêlés : elle est, entre mémoire et promesse, un appel à la célébration et à la joie. Entre la mémoire vive de ce qu’il ne nous faut pas oublier, à savoir qu’avant nous déjà quelqu’un était à l’œuvre pour le salut, et la promesse qu’elle porte, à savoir qu’après nous quelque chose se réalisera grâce à Dieu, dans ce temps qui est le nôtre, donc, entre mémoire des faits anciens et promesse du temps qui vient, réside pour nous la responsabilité de confesser la foi comme une célébration Dieu pour tous ses bienfaits. Et c’est ce qui nous revient. Comme l’écrit un commentateur : « Dans ce credo (Dt 26), il manque comme dans le symbole des Apôtres, toute allusion à des révélations, à des enseignements, et même à toute espèce de réflexion sur la manière dont Israël s’est comporté en présence de cette histoire divine. » Mais c’est bien à la célébration qu’elle aboutit, à la louange et à la glorification de Dieu, et à l’adoration. Narration et témoignage, d’une part, célébration de Dieu et adoration, d’autre part, voici l’horizon de ce credo de l’ancien Israël. Et puis le texte continue : Et l’enracinement de la confession de foi dans la vie de ce peuple comme l’enracinement de toute confession de foi dans nos vies, prend sens et nous interpelle au cœur de notre actualité : « Ensuite, est-il écrit, avec les lévites et les étrangers qui habitent votre pays, vous vous réjouirez de tous les bienfaits que le Seigneur votre Dieu vous a accordés, à vous et à vos familles. » Avec les lévites, c’est-à-dire avec tous ceux qui, hier en Israël et aujourd’hui dans l’Eglise, ont pris ou prennent encore une part à la célébration de Dieu, à la vie religieuse, c’est-à-dire avec chacun de vous, et avec les immigrés, vous serez dans la joie ! Peut-être alors faut-il ici se rappeler et se redire quelle est la principale perspective de cette confession de foi, comme la perspective de toute confession de foi : non pas la mise en œuvre se voulant définitive d’une affirmation doctrinale qui va clouer le bec au déviant, à l’hérétique ou à « l’autre » ennemi, non pas la leçon d’université à la façon de Benoît XVI voulant cartographier une fois pour toutes les contours de la pensée bonne et vraie, non pas la présentation d’une sorte de carte d’identité confessionnelle qui fera que les chrétiens ne sont pas « sans papiers » puisqu’ils sont en règle au plan de la doctrine qui serait comprise alors comme une sorte de laisser passer, mais vraiment comme une histoire extraordinaire à partager, à raconter, dans un témoignage auprès d’un grand nombre, et comme une fête à vivre avec d’autres, en célébration et en adoration, et surtout, surtout, comme une joie à recevoir et à partager avec l’étranger, avec l’autre soi-même, avec le prochain, avec celui que le Seigneur place sur notre route. Une route jamais finie, pour une histoire déjà commencée et pas encore terminée : « Mon père était un araméen errant (nomade)… » Et voici, nous marchons après lui depuis des siècles sur les traces de son Dieu. Voici donc la perspective de toute confession de foi : une histoire personnelle qui se trouve rencontrée et bouleversée par la parole de Dieu, et que l’on veut raconter avec ses propres mots, une célébration et une louange qui en témoignent, et une joie que l’on partage avec l’autre, avec ceux de la communauté, ceux de la famille, ceux de l’Eglise, mais aussi avec l’autre étranger, avec l’immigré qui habite chez nous. La confession de foi se traduit donc en acte, et devient acte de foi. Il y a quelque chose qui ressortit à l’évangélisation en elle. Elle est exigeante, et nous amène à aller vers les autres. Elle est parole en acte, sinon elle devient parole vaine,

Amen