Actes 2 v 1-11 : « Des témoins, et des sentinelles… »

Dimanche 29 mai 2007 – par François Clavairoly

 

Pentecôte est un mot d’origine grecque qui signifie cinquante. Cinquante jours après Pâques. C’est la fête d’inauguration de la création de l’Eglise, qui trouve son premier récit dans le livre des Actes des Apôtres.

Cette fête s’enracine dans un événement qui la précède de plusieurs siècles : la fête juive du don de la Loi, elle aussi célébrée cinquante jour après la Pâques, c’est à dire la fête de libération de l’esclavage en Egypte.

C’est en effet pour fêter le don de la Loi à Moïse au Sinaï que touts les pèlerins se rendent à Jérusalem ce jour-là chaque année, cinquante jours après Pessah, ce qui explique la foule présente au moment des faits.

Et comme lors du don de la Loi à Moïse il est raconté dans le livre de l’Exode qu’il y eut des coups de tonnerre, des éclairs, une épaisse fumée, de même au moment de l’inauguration de l’Eglise, il est écrit qu’il y eut un bruit venu du ciel, comme un vent violent, et des flammes de feu.

La Pentecôte chrétienne qui marque le don de l’Esprit Saint s’origine donc dans la Pentecôte juive appelée Shavouot, qui marque le don de la Loi au peuple d’Israël et le constitue comme tel.

Israël est alors équipé de la Loi en quelque sorte comme l’Eglise du Saint-Esprit.

Cette inauguration de la vie de l’Eglise racontée par l’évangéliste Luc est devenue naturellement l’occasion de célébrer l’entrée de nouveaux membres dans l’Eglise, soit par le baptême soit, plus tard, par la confirmation.

Pentecôte est devenue la date anniversaire de l’Eglise.

Un jour, quelqu’un a dit d’un ton dépité : « Jésus annonçait le royaume, et c’est l’Eglise qui est venue ! » Il disait cela comme si la venue de l’Eglise n’avait pas été une bonne chose. Comme si cette création de l’Eglise par l’Esprit Saint n’était pas à la hauteur de son espérance. Comme s’il aurait été mieux de faire l’économie de l’histoire et d’entrer tout de suite dans le royaume ! Comme si nous n’aurions pas du exister ni connaître le temps et l’histoire, et tout ce que l’humanité a vécu à travers elle.

Je crois pour ma part au contraire que la création de l’Eglise, enracinée dans ce monde, est un événement extraordinaire qui a permis et qui permet encore aujourd’hui à des hommes et des femmes en quête de sens et d’espérance de reconnaître dans le message du Christ l’annonce d’un amour incommensurable et d’une sollicitude infinie au service de l’humanité.

Je crois que devant les peurs, les détresses et les épreuves, devant les échecs et les impasses, l’Eglise, même lorsqu’elle peine à le faire savoir et à le transmettre, porte au monde un message très fort de consolation, de réconciliation et de guérison. Une parole de paix, là où bouillonnent tant de violence et de souffrance.

Reprenons la lecture de notre récit pour y redécouvrir cela :

Pentecôte est un événement. Un événement qui n’est pas de nous mais qu’il nous est donné de vivre. Un événement acoustique étonnant (il y a du bruit, comme un vent violent…) qui nous dépasse et qui signe le fait que c’est d’un autre que vient l’initiative. L’Eglise ne s’est pas autoproclamée, auto instituée mais a été créée a divino.

Pentecôte est deuxièmement une expérience. Une expérience linguistique là encore étonnante. C’est que cet « Autre » se fait entendre dans chacune des langues maternelles des témoins et des présents. Ce « Tout Autre » se tient au plus près de nous, au plus intime de nos existences et nous rencontre par la parole là où nous nous trouvons, dans nos certitudes comme dans nos doutes, dans nos situations de force comme de faiblesse, dans nos convictions et nos fragilités…

Pentecôte est enfin un enseignement. L’enseignement d’une nouvelle étonnante : nous sommes depuis ce jour-là établis comme témoins, sommes habilités à parler à notre tour et à proclamer publiquement ce que Dieu a fait pour nous [1].

L’Eglise de Pentecôte, notre Eglise est donc ainsi faite : elle est événement créé par Dieu, elle est expérience d’une proximité et d’une présence parmi nous, elle est enseignement d’une nouvelle dont nous sommes témoins.

Au moment où tant de questions se posent sur la mission de l’Eglise et sur ses difficultés, notamment sur ce que l’on nomme la panne de transmission dont elle est victime, avec beaucoup d’autres institutions [2], au moment où nous réfléchissons sur les obstacles rencontrés dans la responsabilité qui est la nôtre de transmettre les valeurs, au moment où beaucoup s’interrogent sur les nouvelles donnes religieuses de ce monde et sur ce que les sociologues appellent la recomposition en cours du paysage religieux, nous pouvons tout simplement et avec confiance nous redire les uns aux autres que notre vocation est d’être témoins. Des témoins fidèles. Ni juges de la société, ni donneurs de leçon ni marchands de valeurs, mais témoins. En faisant connaître autour de nous la joie et l’espérance immenses qui nous habitent, la joie d’une présence qui jaillit d’un pardon et d’une réconciliation avec nous-mêmes et avec Dieu, et l’espérance d’un royaume qui vient déjà maintenant, et non à la fin de l’histoire des hommes ou à sa place. Un royaume qui vient déjà maintenant et dont nous recevons les signe prometteurs, chaque fois qu’une réconciliation a lieu, dans la communion, entre des personnes de conditions sociales différentes, d’origines ethniques différentes, de convictions politiques différentes, chaque fois qu’en présence du Christ, des hommes et des femmes se trouvent à équidistance de Dieu, quels que soient leur statut, leur fonction, leur situation.

C’est tout le sens de la cène que l’Eglise célèbre en assemblée : rappelant qui est au centre de nos vies, quel en est l’horizon, et guettant, comme une sentinelle, la venue, enfin, du royaume, Amen

[1] Comme les parents de Pauline, Héloïse, Clara et Alice viennent de le faire ce jour en demandant explicitement le signe du baptême sur leurs enfants.

[2] Le thème de la transmission était au cœur de la rencontre entre notre paroisse et celle de St André de l’Europe.