Actes 2, 1-13 – Pentecôte – « le buisson de noisetier … »

dimanche 19 mai 2013, par le pasteur François Clavairoly – Culte télévisé

 

Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu. Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s’en posa sur chacun d’eux. Ils furent tous remplis d’Esprit saint et se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’énoncer.
Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem. Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. 7Etonnés, stupéfaits, ils disaient : Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d’Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d’Egypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu ! Tous étaient stupéfaits et perplexes ; ils se disaient les uns aux autres : Qu’est-ce que cela veut dire ? Mais d’autres se moquaient en disant : Ils sont pleins de vin doux !

Chers amis,

Bandolo moussango mou bena bigno ! Yooo nopot kiivaanok mindinkinèt ! Yeo leo bun, Anyong haseyo ! Bonjour à tous !

Le récit de l’événement de Pentecôte attire mon attention sur ce point particulier que tous ceux qui se trouvent dans la ville « entendent parler des merveilles de Dieu dans leur langue maternelle ».

Je me suis demandé ce que pouvait bien signifier cette insistance du texte sur le fait que chacun entende parler « dans sa langue ».
Et je me suis réjoui de comprendre que c’était « chacun » des témoins qui était ici pris en compte dans sa « singularité », que chacun était vraiment pris au sérieux par celui qui est à l’origine de l’événement.
Certes, il devait y avoir du monde à Jérusalem, puisque le pèlerinage de Pentecôte réunissait des foules, et l’on cite dans le texte un nombre impressionnant de nationalités (même s’il y manque la coréenne, la française, la hongroise ou la camerounaise).
Mais ici « chacun », quelle que soit sa nationalité, s’est trouvé en quelque sorte « honoré » d’une attention particulière car chacun a reçu personnellement un message, car chacun a entendu parler « dans sa langue », des merveilles de Dieu.

Pentecôte est donc, je crois, cette grâce étonnante d’un événement de langage où chacun est « considéré », au point que c’est au plus intime de soi que résonne une parole.

Pentecôte dit exactement la façon dont l’évangile est adressé et reçu :
Non pas imposé à des masses anonymes, par un langage unique, défiguré ou traduit dans le patois du dogme ou de la morale qui voudrait s’imposer à tous, quelle que soient les situations. Mais reçu par chacun dans la singularité de son parcours humain.
Lorsqu’ à Pentecôte Dieu prend langue avec les personnes réunies dans la ville, il fait appel à leur intelligence, à leur langage, et quiconque peut donc être touché par lui.

Cette prise au sérieux de la diversité des langages est riche d’enseignements : tout d’abord, elle salue la richesse de ce monde qui est fait de relations entre des êtres différents.
Elle rappelle aussi que l’initiative des Réformateurs du XVIè siècle, tellement évidente aujourd’hui mais parfois tellement combattue, et qui consistait précisément à traduire les textes bibliques et leur message dans les langues des différents pays, s’inscrivait bien dans cette compréhension de l’évangile pour tous et pour chacun.

Cette prise en compte de la diversité des langages et des cultures, nous rappelle enfin et surtout que l’Eglise n’est pas tant le résultat d’un processus implacable menant vers « un » seul type institutionnel spécifique et uniforme, même si en occident une partie de l’Eglise s’est construite ainsi, que le fruit d’un événement de l’Esprit.
Un événement inattendu et marqué du double signe de la diversité des langages et de la singularité de chaque croyant.
Un événement assumant à la fois l’universalité d’une promesse adressée à tous et en même temps l’intelligence de chacune des situations humaines.

Cette compréhension qui naît de Pentecôte oriente alors mes pensées vers une image de l’Eglise qui ne serait plus du tout celle, même si elle est bien connue, d’un bel arbre, vous savez.
Un arbre dont le tronc, celui du chêne, (ne lésinons pas !), représenterait l’Eglise unique ; l’Eglise sur laquelle, comme par accident, même si cela lui est naturel, pousseraient malgré tout, des branches apparaissant au fur et à mesure de l’histoire :
Des branches coptes ou arméniennes, et puis plus tard orthodoxes, et encore plus tard des branches luthériennes ou réformées qui d’ailleurs s’entremêlent en ce moment, des baptistes, et puis des évangéliques et enfin, tout en haut, en un feuillage touffu, des jeunes pousses charismatiques, pentecôtistes et même néo-pentecôtistes, ici et là, toutes dépendantes du même tronc…

Mais cette image du bel arbre au tronc unique n’est-elle pas remise en question par cet événement qu’est la Pentecôte ? Un événement qui nous fait comprendre que dès l’origine, une « multiplicité » de témoignages de « plusieurs » chrétiens, dont on ne sait s’ils sont douze, ou bien plus encore, représentent la diversité programmatique des premiers christianismes, et vont disséminer le message et le culte dans les cultures environnantes ?
Et ne faudrait-il pas alors plutôt substituer à cette image d’un seul tronc, celle d’un « buissonnement », celle d’un buissonnement d’arbres, comme un buisson -non pas un buisson ardent, n’exagérons rien- mais un buisson de noisetiers par exemple, dont chaque tige, chaque tronc plonge dans le riche terreau de la Parole de Dieu, pour porter mille fruits différents ?
Ainsi pourrait-on faire droit à cette pluralité chrétienne, non pas en la constatant comme à contre coeur au long de l’histoire ni même en la regrettant, mais en la revendiquant comme étant bel et bien d’origine.

Ainsi pourrait-on comprendre enfin que la spiritualité pentecôtiste, par exemple, ne date pas du XXème siècle ni n’est américaine mais se trouve déjà présente aux premiers temps de l’Eglise.
Ainsi pourrait-on affirmer, comme je le crois profondément, que la Réforme n’est pas un accident de l’histoire mais une réalité enracinée dans la Parole depuis toujours, longtemps enfouie, inconnue ou cachée comme il en est de ces rivières souterraines qui jaillissent un jour alors qu’on les savaient présentes et vives.
Ainsi pourrait-on comprendre l’Eglise comme un buisson, un bosquet, un bouquet d’arbres, dont il faut se demander sérieusement comment il se fait que leurs branches, leurs fleurs et leurs fruits ne se rencontrent pas encore en pleine communion pour offrir au monde toute leur beauté.
Faudra-t-il en effet combien de siècles encore, après un demi-millénaire de protestantisme pour que la reconnaissance de nos Eglises séparées soit enfin réciproque, en un buissonnement oecuménique et heureux qui témoignerait des merveilles de Dieu dans une diversité assumée et réconciliée ? Combien de siècles encore faudra-t-il attendre ?

Mais je voudrais poursuivre sur l’évocation de cette diversité de nos langues maternelles pour rappeler ici que les merveilles de Dieu qu’elles proclament sont de des réalités qui touchent aussi nos cœurs au plus profond de nous-mêmes.
Et ces merveilles sont l’amour, la joie, la liberté de conscience, la persévérance et l’espérance, fruits de l’Esprit.
Car le message dont parle l’évangile est celui-ci :
« Il vient parmi nous », il est présent comme un feu, auprès de nos vies blessées et fragiles, auprès de nos corps fatigués, vieillis et infirmes, il vient sécher nos larmes intérieures et consoler nos blessures secrètes et connues de nous seuls, il vient même vers nos Eglises imparfaites et infidèles, il se tient encore, mystérieux visiteur, près de nos responsables, de nos élus, de nos magistrats, nos enseignants, nos chercheurs, nos entrepreneurs, et nos politiques qui agissent et prennent de la peine, il vient auprès des plus petits et de ceux qu’on ne voit même plus, ici et au loin :

« Il vient. » Et Il nous donne du souffle. Il fait vivre en nous « et pour d’autres que nous » le bonheur d’être chrétien. Oui, Il vient, et chacun quel qu’il soit, peut l’entendre dans sa langue maternelle, s’il prête l’oreille, et c’est l’Esprit de notre Seigneur Jésus-Christ qui souffle et murmure sur chacune et chacun de vous une grâce et un pardon, écoutez-le, et accueillez-le,

Amen