Actes 1, 1-13 et Matthieu 28, 16-20 « le Christ, à la foi pleinement homme : c’est celui qui nous comprend, et pleinement Dieu : c’est celui qui n’abandonne jamais personne »

Culte de l’Ascension – Jeudi 29 mai 2014, par Clotaire d’Engremont

 

Dans notre credo, c’est-à-dire « le symbole des Apôtres », il est dit : « Il est monté au ciel, il s’est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ». Voilà comment en une seule phrase il est rendu compte de l’Ascension. C’est la fin des apparitions terrestres.

Les deux phrases précédentes, aussi lapidaires, nous apprennent que : « Il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts ». L’Ascension tient bien sa place dans le temps liturgique de Pâques qui commence le vendredi Saint pour se terminer dans 10 jours avec la Pentecôte. Malgré cela, la fête de l’Ascension est souvent oubliée aujourd’hui, dans notre Eglise d’Europe occidentale tout au moins. Il est vrai que l’évènement tient moins de place dans la bible que la crucifixion et la résurrection. Pourtant il n’est pas inutile de s’interroger sur cette élévation après les errances du Fils de Dieu pendant 40 jours sur terre. Que peut bien signifier le fait d’être « élevé au ciel » ? Il ne peut pas s’agir pour nos esprits prétendument rationnels d’un voyage d’agrément dans le ciel bleu ! L’Ascension : réalité ou mythe ? Peu importe à la limite, bien que je sois enclin à privilégier, comme vous peut-être, une lecture métaphorique qui convient bien pour ces faits rapportés. Car aux yeux de la foi, c’est l’amour et l’espérance qui vous sont proposés par cet évènement. Le Christ s’absente, mais il nous laisse sa bénédiction jusqu’à la fin du monde : dernier verset (v 20) du dernier chapitre (28) de l’évangile de Matthieu.

Le Christ enlevé au ciel n’est jamais aussi présent que placé à la droite du Père, car précisément c’est par lui que nous pourrons accéder au Père désormais. Cette tension entre l’absence et la présence du Christ intercesseur nous plonge aux tréfonds du mystère chrétien. Dieu est, certes, hors de notre vue mais il n’est jamais aussi fortement présent qu’à travers le visage souffrant de Jésus son Fils. Nous le savons depuis Pâques, l’Ascension nous le redit. Dieu n’est plus le Dieu de l’Ancien testament qu’on n’osait même pas réellement désigner, par crainte. Le Dieu tout puissant des Evangiles porte une puissance d’amour, potentielle et bienveillante. C’est Dieu le Père… pour ses enfants, que nous sommes avec nos imperfections, nos douleurs, nos angoisses mais aussi avec nos joies et nos rires, nos rêves.

Vous aurez compris, chers frères, chères sœurs, que la fête de l’Ascension n’est pas un moment étrange du temps de Pâques, sous prétexte de la montée au ciel du Fils de Dieu ! Cette élévation est en fait non pas une espèce de localisation divine mais le signe métaphorique de l’autorité souveraine de Dieu pour tous les êtres humains liés à la condition terrestre.

Mais il est grand temps, chères sœurs, chers frères, que nous quittions le ciel ; il est grand temps que nous ne restions pas figés et béats devant la beauté d’un ciel étoilé. Souvenez-vous de ce qui arriva aux disciples qui restaient immobiles les yeux rivés vers le ciel : « deux hommes vêtus de blanc leur apparurent et leur dirent : « hommes galiléens pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel ? » (Actes 1, 10). Il est grand temps d’affronter le temps terrestre qui passe ! Car, rajoute l’auteur des Actes (Actes 1, 7) « ce n’est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité ». C’est le temps de l’Eglise. C’est toujours une question de temps : il n’est plus temps de se poser des questions sur les fins dernières. Il y a urgence du moment. Car le chrétien est, nous le savons, à la fois « dans le monde et hors du monde ». Il est dans le monde, il lui est en effet donné, il lui est même enjoint, d’être le témoin en Christ pour partager un trésor dont personne sur cette terre n’est propriétaire, car personne ne peut enfermer Dieu dans une cassette comme le faisait Harpagon avec son or. Pour que nous ne soyons plus « des enfants flottants et emportés à tout vent », selon les paroles pauliennes, il est de l’honneur chrétien de donner un sens au temps qui passe qui n’est pas la recherche du ciel sans la terre mais qui est plutôt l’espérance dans le temps nouveau qui vient. Car sur notre terre, pour chacun de nous, « la grâce a été donnée selon la mesure du don de Christ », comme le rappelle fort théologiquement Paul dans sa lettre aux Ephésiens.

Quel programme pour l’Eglise et pour la communauté des fidèles que le Père appelle à témoigner ! Il faut pour les chrétiens affronter avec courage tous les temps, au sens propre ou figuré, les bourrasques dans les terres froides comme le soleil brûlant des zones désertiques. Certes devant les tempêtes nous avons parfois du mal à rester debout ! Nous avons parfois aussi du mal à nous extraire des platitudes journalières dans nos pays tempérés. Combien de temps perdu quand nous sommes englués dans nos solitudes, dans nos angoisses de toutes sortes. Combien de révoltes qui naissent de la violence des hommes et non pas de la volonté de Dieu le Père ! Combien aussi d’Eglises dont le témoignage flotte quelque peu ! Et pourtant dès les premières communautés chrétiennes tout est dit : tout doit avoir un sens. Depuis 2 000 ans les chrétiens sont exhortés à œuvrer la où ils sont à la venue d’un monde meilleur, dès maintenant, dès aujourd’hui. Pour le dire autrement, le mystère pascal, approfondi par l’Ascension et conforté par la Pentecôte que nous fêterons dans 10 jours, nous rapproche du Père et nous fait mieux comprendre l’Amour que le Père a pour sa création, pour un ici-bas toujours renouvelé.

En effet, si le Christ « monte vers son Père », ce n’est pas pour fuir le monde ! Le Christ n’abandonne pas les hommes et les femmes, ne dédaigne pas les réalités terrestres qui seraient définitivement prisonnières du Mal pour rejoindre une sorte de « nirvana » perdu dans je ne sais quel ciel étoilé. Non ! La foi chrétienne est une foi incarnée dans le Christ, à la foi pleinement homme : c’est celui qui nous comprend, et pleinement Dieu : c’est celui qui n’abandonne jamais personne. Notre finitude humaine doit être assumée sans qu’il y ait besoin de chercher une purification prétendue parfaite. Dieu le Père, à la lumière des Evangiles, s’intéresse à tous et à toutes, à chacun en personne puisque Jésus est retourné vers LUI. Nous ne sommes plus des petits enfants ballottés par les vents, ni de beaux papillons qui butent contre la vitre. Le chrétien, au-delà du ciel et de la terre, doit rester debout en rendant gloire au Père, ici et maintenant, tout en sachant qu’un jour, à la fin des temps, viendra le retour glorieux.

Amen !