Corinthiens I 15, 1-11 et Jean 20, 30-31 – Foi et réalité : la résurrection

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 28 janvier 2018

Christ est mort pour nos péchés – Il est ressuscité le 3ème jour – Il est apparu aux apôtres.

En 3 phrases, l’apôtre Paul expose le cœur de la foi chrétienne : voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous avez cru. Point barre. Il va même beaucoup plus loin et on sent poindre la menace, presque un chantage qui révèle une situation conflictuelle grave : Je vous rappelle, frères, l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu, auquel vous restez attachés, et par lequel vous serez sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement vous auriez cru en vain !  Si vous ne restez pas attachés exactement à cet Evangile que je vous ai annoncé, si vous y changez quoi que ce soit pour ajouter ou pour retrancher, vous ne serez pas sauvés… Rien de moins. C’est la loi du tout ou rien. A prendre ou à laisser. Pas de nuance, pas de discussion. La violence du propos choque nos oreilles peu habituées à recevoir ce genre d’injonctions autoritaires. On se dit à tout le moins que l’apôtre exagère, qu’il outrepasse ses prérogatives. Alors, pour essayer d’expliquer cette tension dramatique dans son discours, on le replacera dans le contexte d’une toute jeune communauté chrétienne de Corinthe où l’autorité du père fondateur était très contestée par les charismatiques arrivés après son départ. Mais ce serait se tromper de cible que de réduire la question à un conflit de personnes ou de pouvoir. C’est justement pour éviter les faux débats que Paul entreprend un travail d’élagage de tout ce qui lui semble superflu dans la proclamation de la foi chrétienne, tout ce qui selon lui pourrait parasiter la proclamation de l’Evangile. La vie de Jésus ? Pas un mot. Ni sur la naissance virginale si sur l’ascension. Le message de Jésus ? Pas un mot. Ni sur la proximité du Royaume des cieux ou ni sur les paraboles. Les actes de Jésus ? Rien sur les miracles, les exorcismes ou les guérisons. J’ai décidé, dit-il dès les premiers mots de sa lettre aux Corinthiens, de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus Christ crucifié. (1 Co 2,2). Christ est mort pour nos péchés – Il est ressuscité le 3ème jour – Il est apparu aux apôtres. Il a enlevé tout le reste pour ne garder que le cœur de la foi chrétienne : la foi en la résurrection de Jésus. Le salut en dépend. C’est à proprement parler une question de vie ou de mort. Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vide et vide aussi votre foi, dira-t-il quelques phrases plus loin (1 Co 15,14). Au fond, on ne perdrait rien à la vérité de la foi chrétienne si on enlevait la virginité de Marie ou le récit de l’Ascension. Cela ne mettrait pas en danger la foi chrétienne que de ne plus raconter telle ou telle parabole, tel ou tel miracle. Rien de tout cela n’est essentiel à la foi chrétienne. Mais si vous touchez à la mort et la résurrection de Jésus le Christ, tout ce qui fonde le christianisme s’évanouit et disparaît. Point barre. Il n’est pas question ici d’un quelconque conflit de personnes. Nous sommes au cœur de la foi chrétienne.

Vous percevez immédiatement la difficulté soulevée par une affirmation aussi massive : comment être certain que c’est bien réel et pas seulement une affirmation incantatoire invérifiable, infalsifiable comme disent les scientifiques depuis Karl Popper ? En quoi ma foi chrétienne est-elle bien réelle et pas seulement une illusion idéologique, une simple émotion ressentie, une humeur pieuse un peu vague ou encore un pur concept englobant dans un système théologique bien élaboré ? Gerhard Ebeling n’hésite pas à le reconnaître clairement : « On ne prend pas la foi au sérieux tant qu’elle demeure quelque chose de séparé du reste de la réalité.[1] » Cette question doit être, je pense, la question centrale des catéchumènes qui préparent leur confirmation. Accepter un divorce entre la foi et la réalité dans une sorte de juxtaposition incohérente nous entraînerait du côté de la schizophrénie, du dédoublement de la personnalité entre d’une côté la vie quotidienne (familiale, professionnelle, affective, économique, politique, éthique…) et de l’autre les représentations religieuses du dimanche (avec son folklore, ses rites et ses mythes, ses traditions et sa culture propre). En escamotant le problème de l’expérience et du rapport à la vie réelle, on fait de la foi une question théorique et non pratique, un concept intellectuel et rationnel et non une expérience personnelle et intime, un choix de la volonté et non un vécu. En faisant de la foi chrétienne un choix personnel et non une réalité éprouvée, on pose l’homme comme le seul maître de la vérité. L’homme ne décide pas de la réalité, elle s’impose à lui. Il ne fait que la constater et la recevoir comme vraie. C’est tout le combat de St Augustin contre Pélage que de refuser que la foi puisse être choisie, dérivée de l’homme comme si le salut pouvait être un acte de la volonté libre, choisi, décidé par l’homme. C’est tout le combat de la Réforme et particulièrement de Jean Calvin que de retirer ce pouvoir d’entre les mains de l’homme pour qu’il reconnaisse l’absolue souveraineté de Dieu qui donne la foi à qui il veut (doctrine de la double prédestination).

Tout le propos de Paul dans ce passage que nous avons lu consiste donc à affronter cette redoutable question de la réalité de la foi chrétienne… Je vous ai transmis en premier lieu ce que j’avais reçu moi-même, dit-il. Christ est mort pour nos péchés, selon les Ecritures. Il a été enseveli, il est ressuscité le 3ème jour, selon les Ecritures.  Première instance de validation du croire, premier lieu d’autorité qui valide, selon l’apôtre Paul, la réalité de ce qu’il a transmis : l’autorité des Ecritures. Ce qui est arrivé était annoncé, prévu dans les Ecritures. Faut-il rappeler ici que, quand Paul parle des Ecritures, il évoque ce que nous appelons de manière très impropre l’Ancien Testament ? A priori, l’argument avancé par l’apôtre peut sembler particulièrement fragile si on l’entend comme une pétition de principe un peu circulaire, du genre : « C’est vrai parce que c’est écrit dans la Bible. » Mais ce n’est pas le fond de l’argument de Paul : la réalité de la mort et de la résurrection se vérifie et s’éprouve, dit-il, dans le fait que ces textes écrits que tous connaissent préexistent à la venue de Jésus, à sa mort et à sa résurrection. On ne peut donc pas soupçonner un arrangement des faits a posteriori, après coup. C’est très exactement ce genre d’arguments qui sont soulevés par les experts du GIEC à propos du réchauffement climatique annoncé et prévu avant même d’en constater les effets dans le réel. On pourrait paraphraser l’apôtre Paul en disant : La montée du niveau des eaux a été constatée comme il avait été annoncé dans le rapport du GIEC de telle année. Le réchauffement de la planète a été de 2°C comme annoncé dans le rapport de la COP21.

Mais comme vous avez pu le constater, l’apôtre Paul n’insiste pas. Il ne décrit ni la mort ni la résurrection. Il se contente de réaffirmer ce que tous les Corinthiens savent déjà. C’est alors qu’il donne ce qui constitue à ses yeux le véritable élément décisif qui permet de vérifier la réalité de la foi chrétienne et ainsi de poser celle-ci sur des bases solides éprouvées dans la réalité : ce sont les apparitions dans le réel qui font la solidité de la foi en la résurrection. Et Paul insiste 6 fois de suite sur ce terme de l’apparition.  Il est apparu à Céphas (l’autorité incontestable du chef), puis aux 12 (l’autorité de ceux qui ont vécu avec Jésus). Ensuite il est apparu à plus de 500 frères à la fois (l’autorité du nombre) ; la plupart sont encore vivants (vous pouvez aller leur demander pour vérifier par vous-mêmes) et quelques-uns sont morts. Ensuite il est apparu à Jacques (l’autorité de la famille de Jésus), puis à tous les apôtres. En tout dernier lieu, il m’est apparu à moi l’avorton. Car je suis le plus petit des apôtres, moi qui ne suis pas digne d’être appelé apôtre parce que j’ai persécuté l’Eglise. En dernier lieu, et c’est à ses yeux l’argument décisif ultime incontestable, Paul met en avant le fait que Jésus ressuscité lui soit apparu à lui qui était son ennemi, persécuteur de l’Eglise. Jésus est apparu à Paul AVANT qu’il devienne chrétien et en cela son témoignage est bien plus fort que tous les autres réunis ! On pourrait en effet penser que tous les autres ont voulu croire par une sorte d’autosuggestion pour ne pas perdre leur maître mais il n’est pas possible d’accuser Paul d’autosuggestion ! C’est la rencontre avec le ressuscité qui fonde sa foi dans le réel. Et c’est en cela que son témoignage est décisif parce qu’il ancre la résurrection dans la réalité éprouvée.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là, j’allais dire à mi-chemin. Pour être tout à fait honnête, nous est-il possible à notre tour de vérifier la réalité de la foi chrétienne d’une manière indiscutable, factuelle, réelle et donc également constatable par des non-croyants ? Une réalité qui ne serait visible qu’avec les yeux de la foi serait soupçonnable, entachée d’illégitimité…

Il y a une chose que tout le monde peut constater qu’il soit chrétien ou non. C’est que le surgissement de la foi chrétienne a changé le monde avec « des conséquences significatives et irréversibles pour l’histoire du monde » comme le dit G. Ebeling (p.138), d’un point de vue politique, culturel, artistique, moral, scientifique, philosophique… Il n’y a pas un champ de la réalité humaine qui n’ait été touché par la réalité de la foi chrétienne. Ce n’est pas un jugement moral qui affirmerait que l’humanité serait devenue meilleure grâce au christianisme. Ce n’est pas non plus une manière de le rendre responsable de tous les maux ou de tous les développements catastrophiques de l’histoire. C’est juste une manière de constater l’impact de la foi chrétienne sur le monde. Cette réalité de l’impact constaté permet de « préserver » la réalité de la foi d’une méprise très contemporaine qui ferait de la foi en la résurrection un phénomène spirituel strictement privé parce que purement et uniquement intérieur : comme je le signifiais en début de semaine aux vœux de notre maire, contre les tenants d’une laïcité conflictuelle nous devons continuer d’affirmer l’importance de l’impact de la foi chrétienne dans l’espace public.

Mais en même temps, il est évident qu’il n’est pas possible de constater la réalité de la foi chrétienne dans la résurrection en restant purement objectif et factuel : cela lui ôterait toute signification en détruisant ce qu’il y a d’humain en elle. Malgré ce qu’affirment les chantres du transhumanisme et de l’intelligence artificielle, il n’est pas possible de réduire l’humain au biologique. Si vous lisez les best-sellers de Yuval Noah Harari (historien de Tel Aviv – Homo Sapiens et Homo Deus), vous verrez qu’il définit l’être humain comme un ensemble d’algorithmes biochimiques. L’amour, la joie, le désir… ne sont que des processus biochimiques qui permettent à l’homme de rester en haut de la sélection naturelle théorisée par Darwin. La seule chose qu’il renonce à définir de la sorte parce qu’il ne comprend pas son utilité biochimique, c’est ce qui constitue justement le propre de l’humain : la conscience et le langage symbolique. Et pourtant l’humain n’existe que dans l’échange du sens de la vie, sa signification, sa direction, sa valeur. C’est ce qui lui permet de raconter son histoire. Les animaux n’ont pas d’histoire autre que leur évolution biologique en forme de sélection naturelle. Les minéraux n’ont pas d’histoire autre que d’avoir subi des transformations chimiques et physiques. Les robots n’ont pas d’histoire parce qu’il n’y aura jamais de communauté de cyborg, de langage symbolique, de conscience de soi ni de récit à raconter. Les robots de l’Intelligence Artificielle n’ont ni passé, ni avenir, ils ne vieillissent pas, ils ne meurent pas, ils ne se reproduisent pas. Ils ne seront jamais rien d’autre que des 0 et de 1 dans un gigantesque calcul de probabilité à base de données collectées, d’algorithmes, de calculs de prévision. Seul l’humain a une histoire et un récit et donc un avenir. Voilà la vérité : n’est réel que ce qui a un avenir. Le passé n’est réel que si on le ressuscite en lui donnant un récit et un avenir. Tant qu’il y a un avenir possible, il y a humanité. Voilà le cœur de la foi chrétienne dévoilé dans sa réalité la plus intime et la plus objective à la fois :

  • Le Christ est mort pour nos péchés. Comme le dit notre Déclaration de Foi : « Nous croyons qu’en Jésus, le Christ crucifié et ressuscité, Dieu a pris sur lui le mal. »
  • Il a été enseveli et le 3ème jour il est ressuscité. Comme le dit notre Déclaration de Foi : « Une brèche s’est ouverte avec Jésus. (…) il brise ainsi la puissance de la mort. Il fait toutes choses nouvelles ! » Par la résurrection, Dieu a donc décidé de rouvrir l’avenir et donc de donner un avenir à l’humanité : l’histoire n’est pas terminée. « Il nous relève sans cesse : de la peur à la confiance, de la résignation à la résistance, du désespoir à l’espérance. »
  • Il m’est apparu à moi l’avorton. Pour reprendre les mots de notre Déclaration de Foi : « l’Esprit saint nous rend libres et responsables par la promesse d’une vie plus forte que la mort. » Voilà ma vie touchée de manière visible et concrète, constatable par tous, croyants et incroyants. La résurrection n’est pas un point de doctrine auquel il faudrait adhérer pour obtenir sa carte de membre du club privé des chrétiens, c’est au contraire la seule chose qui me permette d’avoir une existence libre et responsable, déliée de l’emprise de la mort. Voilà pourquoi l’essence de la foi chrétienne ne réside pas dans une foi pensée, réfléchie, rationnelle, mais dans une foi vécue, non pas dans une idée mais dans un événement situé dans le temps et dans l’espace, non pas un arrière-monde ni un au-delà post-mortem mais une réalité vécue dans ce monde, ici et maintenant.

Je crois en la résurrection. Cela veut dire je crois en l’humanité. Je crois en l’histoire. Je crois en demain. Je crois qu’un futur est possible et qu’on pourra le raconter à nos enfants et petits-enfants. Malgré toutes les prophéties de malheur et de destruction totale, je crois en demain. Amen !

[1] Gerhard Ebeling, L’essence de la foi chrétienne, Paris, Seuil, 1971, p.133.

Voeux du Pasteur aux autorités religieuses du 8e arrondissement

Mme le Mairie, chère Madame, mesdames et messieurs les adjoints et conseillers, messieurs les curés, monsieur le rabbin, messieurs les représentants des communautés religieuses présentes dans notre quartier, mesdames et messieurs, c’est donc une tradition vieille de presque 20 ans que d’honorer le petit dernier arrivé en lui donnant la parole en public. Je n’ose y voir un bizutage et je vous remercie de me compter comme l’un des vôtres.

Confronté à Ponce Pilate représentant les autorités romaines, Jésus réaffirmait que sa royauté n’était pas de ce monde mais qu’il était venu rendre témoignage à la vérité. Ce qui ne manqua pas de laisser le gouverneur romain dans l’expectative : Qu’est-ce que la vérité ? (Jean 18, 33-38)

La présence du religieux dans l’espace public n’est donc pas une question récente ! J’ai longtemps cru qu’il y avait là une « passion française » de jouer ce spectacle sur le monde de la confrontation voire de l’opposition systématique. Certains y verraient une passion triste à la Spinoza qui évoque par là le degré zéro de la puissance d’agir de ceux qui sont aliénés, livrés à la superstition. Personnellement je préfère y voir une certaine jubilation de la dispute et de la controverse : au fond, nous ne pouvons pas nous passer l’un de l’autre.

Fort heureusement, Madame le Maire, vous n’appartenez pas à cette frange de la société des intellectuels, philosophes ou hommes politiques qui fantasment sur une société aseptisée, purifiée d’un religieux accusé d’être porteur de tous les maux et de toutes les obscurités de l’esprit. Selon eux, un espace public neutre serait la seule garantie d’une tranquillité par assignation du religieux dans l’espace privé – privé de quoi ? J’ai appris de René Girard que, pour être efficace, le bouc émissaire devait consentir à porter ce rôle et cette fonction : je dois dire que nous ne sommes pas d’accord pour assumer ce qui relève d’une falsification de l’histoire qui permettrait à certains de fermer les yeux sur leurs propres responsabilités. Nous savons tous que ce qui fonde l’humain en propre ne peut pas se réduire dans le biologique et ne s’enferme pas dans l’intimité d’un individu mais que l’humain ne se trouve que dans le commun partagé, dans le symbolique qui fonde une communauté : l’humanité n’a pu advenir à elle-même que parce qu’elle a pu échanger du sens par le langage symbolique et religieux par lequel elle « prend conscience » au sens propre du terme (quelqu’un dit « je » face un « tu » et ensemble ils disent « nous »). C’est cet échange de sens qui fonde l’humain et il n’existe que dans l’espace public de la confrontation à l’altérité et nulle part ailleurs. Enfermer le religieux dans l’espace privé reviendrait donc à le sortir de l’humanité. Voilà pourquoi l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme affirme (et il faudrait toujours le rappeler aux tenants d’une laïcité conflictuelle) : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

Je pense que cette confrontation est non seulement utile et souhaitable mais qu’elle est de plus en plus nécessaire, indispensable parce que salutaire pour tous. Je le répète, nous ne pouvons pas nous passer l’un de l’autre.

La confrontation à l’espace public sauve le religieux de l’enfermement et du repli sur soi : la parole critique venu du dehors nous libère de l’enfermement dans le dogmatisme et le fondamentalisme, cette pathologie de la certitude qui ne peut mener qu’au fanatisme. La présence de l’autre nous contraint par contestation, par questionnement insistant, à revenir à l’essentiel, à « démythologiser » comme on disait lors de mes études de théologie, c’est-à-dire à l’obligation de réinterpréter toujours à nouveau frais cet événement qui nous fonde pour retrouver la grâce du possible, la grâce du surgissement et de l’inattendu. Par cette question insistante et jamais résolue (Qu’est-ce que la vérité ?), les religions se retrouvent porteuses d’une utopie qui vient briser les déterminismes et les clôtures : en répondant à la question de Pilate, les Eglises ne font que porter la question du sens, de la perspective, de la finalité et des choix fondamentaux : dans quelle société voulons-nous vivre ?

C’est précisément ici qu’à son tour et en même temps (si vous me pardonnez l’expression) le religieux est indispensable et salutaire pour le politique (au sens noble du terme : la gestion de la cité). Il s’agit, pour reprendre les mots du Christ, de « rendre témoignage à la vérité » dans sa fonction critique, c’est à dire par une parole qui interroge et met en perspective. Accompagnant le questionnement interne de démythologisation, le religieux doit être porteur (et c’est sa vocation) d’une parole de démystification qui traque l’illusion et l’idéologie (pour m’inspirer ici des réflexions de Paul Ricoeur). Il ne s’agit pas de prétendre débusquer les mensonges et les erreurs des autres, mais bien de dévoiler, mettre en lumière les motivations cachées derrière

  • le délire de puissance qui se cache dans notre société où la technologie prétend maîtriser l’avenir grâce aux NBIC : Nanotechnologies (qui brouillent la limite humain/machine), Biotechnologies (qui cherchent à maîtriser la mort), Informatique (par l’invasion prédictive des algorithmes et la question du Big Data) et Cognitique (cerveau augmenté et IA)
  • la civilisation du désir sans fin comme destin infernal qui alimente, tel le tonneau des Danaïdes, l’esclavage de la convoitise, de la croissance continue et du culte du bien-être et qui consacre l’absence de projets collectifs sinon la consommation sans fin et la croissance continue pour tous
  • les relations dégradées et médiatisées par des instruments et des écrans : l’absence de contact humain crée une société où l’on ne peut ni haïr ni aimer

Ici il est nécessaire que les religions prennent toute leur place (mais rien que leur place) dans l’espace public, en ayant le courage de porter par la morale de conviction la pression constante de leur requête utopique qui pose un absolu souhaitable sur la morale de responsabilité dont vous avez la charge qui essaie de rendre concret l’optimum réalisable : dévoiler les illusions et les abus et offrir un horizon, une finalité. Au fond la raison d’être du religieux dans l’espace public se joue dans sa capacité à rendre service aux hommes, à être utile à tous…

Alors Madame le Maire, puisque nous ne pouvons pas nous passer l’un de l’autre, vous pouvez compter sur nous : nous n’avons pas fini de vous importuner !

1 Jean 4, 14-16 et Marc 8, 27-33 – Témoins de l’Evangile aujourd’hui – Déclaration de foi EPUDF 2017

Prédication du pasteur Samuel Amédro, le dimanche 14 janvier 2018

Sans doute avez-vous remarqué l’affiche à l’entrée de notre temple ? Pour ceux qui entreraient ici pour la première fois, voici notre souhait, notre vocation, notre prétention : « Etre témoin de l’Evangile aujourd’hui. » Quel défi n’est-ce pas ? Il est possible que cela paraisse quelque peu prétentieux que d’affirmer que, dans notre Eglise, nous revendiquons de témoigner de l’Evangile avec les mots d’aujourd’hui, pour la société contemporaine, avec les outils d’aujourd’hui… Sans doute avons-nous quelques progrès à faire pour être à la hauteur de cette affiche mais nous ne voulons pas renoncer : être témoin de l’Evangile aujourd’hui, c’est là notre raison d’être.

Encore faut-il nous entendre sur ce que cela signifie ? Quelle sens mettons-nous derrière ces mots ? Sommes-nous vraiment d’accord sur le contenu de ce témoignage ? Et vous, qui dîtes-vous que je suis ? demande Jésus à ses disciples. Notre Eglise a décidé de prendre la parole à son tour pour dire, à sa manière, qui est ce Jésus dont nous prétendons être les disciples, donner un contenu à ce témoignage rendu à l’Evangile aujourd’hui, oser une parole publique qui dise notre compréhension de l’essence de la foi chrétienne… Des théologiens ont été nommés pour organiser et nourrir cette réflexion. Les conseils presbytéraux de toutes les paroisses ont été consultés. Les Synodes des 8 régions de notre Eglise se sont exprimés. Et au bout d’un processus qui a duré deux ans, les délégués au Synode National ont ensemble élaboré, débattu et voté ce qui est désormais, depuis l’Ascension 2017, la Déclaration de Foi de l’Eglise Protestante Unie de France.

Laissez-moi vous lire quelques mots de la lettre d’accompagnement rédigée par la toute nouvelle présidente du Conseil National de notre Eglise, la pasteure Emmanuelle SEYBOLDT :

« C’est un défi de faire parler cent personnes d’une seule voix, non parce qu’on aurait étouffé les oppositions, mais parce que chacun aurait été entendu. Ce défi a été relevé lors du Synode national de Lille.

C’est un défi de dire la foi de l’Eglise en sortant des formulations dogmatiques héritées des temps anciens, non par contestation mais pour rejoindre nos contemporains. Ce défi a été relevé lors du Synode de Lille.

C’est un défi de faire de la théologie en grande assemblée et avec bienveillance. Ce défi a été relevé également lors du Synode de Lille.

Vous comprendrez donc que j’éprouve une grande joie à vous faire parvenir cette Déclaration de foi, élaborée avec sérieux, précision et confiance par les délégués au synode.

Cette Déclaration de foi ne remplace pas le Symbole des Apôtres, ni la Déclaration de foi de 1938 (fondatrice de l’ERF), ni la Confession d’Augsbourg (fondatrice de l’EELF)… ! Chaque époque a besoin de dire avec ses mots la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, mort et ressuscité. Aujourd’hui notre jeune Eglise, héritière d’une longue tradition, porteuse d’un Evangile ancien et pourtant toujours neuf, entre à son tour dans la conversation que les croyants de tous temps ont mené avec les hommes et les femmes de leur époque. »

Mais ce sera un texte de plus qui viendra s’entasser sur la pile des textes inutiles si le peuple de l’Eglise ne se l’approprie pas, ne le reçoit pas, ne le réfléchit pas, ne s’y reconnaît pas. C’est pourquoi, à travers la Déclaration de Foi de notre Eglise, je vous invite ce matin à nous poser la question de l’essence de la foi chrétienne.

Cela implique de notre part, disait dans les années 70 le grand théologien allemand Gerhardt Ebeling, un certain type de participation, c’est à dire avoir un « intérêt » au sens étymologique du terme inter-esse (se trouver parmi, être concerné par, prendre part à). Au fond, je vois 4 manières différentes pour nous de nous « inter-esser » à cette question : 1- par pure curiosité intellectuelle (tiens voilà une occasion qui nous est offerte de nous coucher moins bête) 2- pour nous informer du catéchisme orthodoxe (quelles sont les cases à cocher dans le catalogue de ce qu’il vous faut croire pour pouvoir prétendre être un bon protestant) 3- par passion de la connaissance (pour ceux qui veulent tout savoir de toutes les religions avant de prendre position et d’adhérer au contrat d’assurance-vie éternelle de leur choix) 4- parce que nous percevons qu’il y a dans cette question un enjeu existentiel fort parce qu’il est question ici de choses essentielles, au plus intime, qui concernent le sens de notre vie, notre mort, l’amour… Moi je prétends qu’il y a des questions qu’on ne comprend pas vraiment tant qu’on leur reste extérieur et qu’on refuse ainsi tout engagement personnel, tant qu’on ne prend pas conscience qu’on appartient soi-même au domaine sur lequel portent ces questions. Y réfléchir et en parler c’est au fond réfléchir sur soi, parler de soi, une sorte de « diction de soi-même ». : il est impossible de ne pas prendre parti. C’est la parole qui est attendue des catéchumènes au moment de leur confirmation, qu’ils prennent la parole en public pour répondre à leur tour et en leur nom propre à la question de Jésus : Et vous, qui dîtes-vous que je suis ? En conscience pouvoir prononcer à son tour ces mots de Martin Luther à la Diète de Worms : « Hier stehe ich und kann nicht anders ! »

Tout de suite, il faut préciser qu’il n’y a jamais de réponse définitive parce que ces questions existentielles ne sont jamais résolues définitivement. Tant que je vivrai, tant que je serai impliqué, tant que je continuerai à évoluer alors la réponse ne sera pas définitive, le dernier mot ne sera pas dit. De la même manière, cette Déclaration de Foi n’a pas de prétention à la catholicité, au sens de parole ultime et universelle. Elle se sait partielle et partiale, situé dans le temps et dans l’espace. Ici en France, pour l’Eglise Protestante Unie de France, qui souhaite être témoin de l’Evangile aujourd’hui en 2018. Il y a une certaine humilité à oser prendre la parole en sachant que nous n’avons pas la prétention de parler pour l’ensemble du christianisme. Mais en même temps, dire : « voilà ce que nous croyons », c’est au fond remettre en cause un statuquo, rouvrir une question qui semblait résolue pour tout le monde, remettre en chantier ce qui semblait acquis. Et si on se reposait la question avec d’autres mots, d’autres idées ? Voilà qui est tout sauf facile ou évident : cela demande d’accepter un déplacement, un voyage spirituel qui bouscule. On prend le risque de se dire : « Ah bon ? Je croyais que… » Etes-vous prêts au voyage chers amis ? Il s’agit d’accepter, d’oser abandonner des forteresses inexpugnables, oser partir vers de l’inattendu et de l’inespéré tant il est vrai que Dieu est souverain et qu’il est impossible de l’enclore, comme le disait Jean Calvin.

Il faut également préciser qu’il n’y a pas de réponse simple en 140 caractères qui pourraient tenir dans un tweet ou un sms. Certains trouveront sans doute cette Déclaration trop longue, trop complexe, trop élaborée mais c’est là la contrepartie inévitable d’une pensée complexe assumée parce qu’elle n’a pas d’autre choix que de prendre le temps du détour par la complexité narrative qui donne à penser tout en connaissant l’approximation des mots qu’il faut choisir autant que l’épaisseur de l’âme humaine, de l’inconscient et de l’inavoué. Et pourtant si on a fait le choix de parler aujourd’hui, il fallait faire l’effort de traduire et donc de trahir. Chasser autant que possible ce qu’on a appelé « le patois de Canaan » pour parler de ce langage codé, interne, accessible aux seuls initiés, aux membres du club : péché, salut, conversion, eschatologie, parousie, etc. tous ces gros mots affectionnés par les prétendus spécialistes, de la même manière que mon garagiste adore employer des mots techniques pour me faire avaler la lourdeur de sa facture. Il est vrai que dire l’essence de la foi chrétienne pour nous peut aussi prendre la force d’une phrase choc, d’un verset qui nous a marqué par sa précision et son effet percutant : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant, répond Pierre à la question de Jésus. Dieu a tellement aimé le monde (Jean 3,16) Maintenant 3 choses demeurent, la foi, l’espérance et l’amour (1 Corinthiens 13,13) Ma grâce te suffit car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (2 Corinthiens 12,19) L’Eternel est mon berger (Psaume 23). Chacun trouvera le sien et le gardera sans doute toute sa vie. Mais nous n’avons là qu’un témoignage personnel et non une confession de foi et encore moins une déclaration de foi qui engage toute l’Eglise

Parce qu’il faut aussi garder à l’esprit que, même si nous sommes appelés à prendre la parole et nous impliquer personnellement, il n’y a pas non plus que des réponses isolées et solitaires à cette question. Dire l’essence de la foi chrétienne, c’est toujours quelque part une parole qui dit « nous », une parole qui tisse plusieurs histoires, plusieurs générations, plusieurs fidélités, une parole collective qui vient faire corps, qui fonde une communauté avec une certaine fierté d’y prendre part (nous sommes protestants et fiers de l’être), une parole qui fonde une famille à la fois dans la filiation et la transmission par la verticalité du témoignage reçu par ceux qui nous ont précédés mais aussi dans la fratrie et la confrontation par l’horizontalité de la parole partagée et de la construction commune dans le débat et la discussion par forcément consensuelle. Notre Déclaration de Foi se trouve donc être un texte de compromis entre les mots reçus de nos anciens et les mots nouveaux attendus par nos contemporains qui pourra nous décevoir parce qu’on ne s’y reconnaît pas pleinement tout en comprenant qu’il tente de parler de nous. C’est un texte de compromis qui retrace des débats parfois vifs mais où chacun a choisi de faire un pas vers l’autre : entre ceux qui se reconnaissent dans le courant libéral et rationnel cherchant des mots intelligibles pour dire leur foi, ceux qui attestent faire partie du courant confessant de notre Eglise insistant sur la relation personnelle du croyant avec son Seigneur et Sauveur et ceux qui se sentent convoqués par le monde à mettre en œuvre leur foi chrétienne dans un engagement social, diaconal et politique. Alors, en rédigeant cette Déclaration de Foi qui nous permet de témoigner de notre foi à plusieurs voix, notre Eglise a fait le choix de se situer à contre-courant de l’idéologie humaniste dominante qui, elle, idéalise et sacralise l’individu et son ressenti en posant comme norme ultime le désir du client-roi, le beau dans l’œil du spectateur et la vérité ultime cachée en chacun. En faisant nôtre cette Déclaration de Foi, nous osons affirmer que l’individu ne décide pas de tout et n’a pas en lui-même le critère ultime de la vérité.

Certains d’entre nous regretteront certainement qu’une parole qui pose les fondements de la maison commune puisse paraître aussi fragile, aussi vulnérable qu’un « nous croyons » balbutié à plusieurs. Ne faudrait-il pas oser affirmer un peu plus franchement et laisser un peu moins de place aux points d’interrogation ? Ne faudra-t-il pas poser le pied sur la terre ferme, construire ailleurs que sur le sable ? Ainsi, dit l’apôtre Paul dans l’Epître aux Ephésiens, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine, joués par les hommes et leur astuce à fourvoyer dans l’erreur. Mais, confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, le Christ. (Ephésiens 4,14s). N’y a-t-il pas là un enjeu essentiel pour la transmission et la catéchèse de nos enfants ? Il semble bien que nous soyons appelés à sortir d’un relativisme paresseux et lâche (tout le monde a raison, tout le monde a gagné). Il y a une forme de courage nécessaire à poser une parole qui dit certes humblement mais non moins sereinement et clairement : voilà ce que nous croyons.

Je vais donc vous inviter tout à l’heure à recevoir cette Déclaration de Foi de notre Eglise comme confession de foi. Je la lirai sans commentaire, vous invitant à la recevoir simplement à la lumière de tout ce que nous venons de partager : une parole de foi qui nous implique parce qu’elle parle de questions existentielles essentielles pour notre vie, une parole de foi qui nous invite à un voyage spirituel sans nous fixer sur ce qui nous semblerait aller de soi, une parole de foi qui nous donne à croire et à penser pour aujourd’hui en évitant le langage ésotérique réservé aux seuls initiés, une parole de foi à plusieurs voix qui tisse nos différences au sein du protestantisme luthéro-réformé qui est notre famille spirituelle, une parole de foi qui assume d’affirmer clairement à la face du monde ce que nous croyons dans notre Eglise.

Pour le moment, je tiens à terminer mon message à rendant grâce ; dire ma reconnaissance à celui qui est amour au-delà de tout ce que nous pouvons exprimer et imaginer. Comme le dit le Psaume 118 qui termine notre nouvelle Déclaration de Foi, « Célébrez Dieu, car il est bon et sa fidélité dure pour toujours. » Amen !

Esaïe 60, 1-5 et Matthieu 2, 1-12 – Je désire, donc je suis

Prédication du Pasteur Samuel Amédro le dimanche 7 janvier 2018

Où est le roi des juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé et tout Jérusalem avec lui.

Je dois dire que je comprends leur trouble. Qui sont ces gens qui voient apparaître une étoile dans le ciel et qui se mettent en route pour la suivre ? Ils ne connaissent rien du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Rien de Moïse et de la sortie d’Egypte. Rien de l’Exil à Babylone. Rien de l’attente du Messie. Et pourtant, il y a en eux un moteur intérieur, une curiosité, une envie, un désir d’aller voir… D’abord, il faut bien préciser que ce ne sont pas des rois mais des savants, donc, par définition, des gens curieux, des gens qui veulent comprendre, des gens qui cherchent parce qu’ils savent qu’ils ne savent pas. Ils ont connaissance de leur ignorance. Il y a là quelque chose d’essentiel et de précieux qui se dit.

Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière. La Gloire du Seigneur sur toi s’est levée. Voilà sans doute le vœu à formuler pour chacun en ce début d’année. Parce que celui qui se met debout pour suivre son étoile devient à son tour lumière pour les autres.

Se mettre en route. Partir pour atteindre son objectif. C’est essentiel dans la vie de savoir où l’on va. Heureux celui qui n’est pas en errance mais un voyageur qui a une direction, un désir et la volonté qui va avec, le moteur intérieur qui pousse en avant et donne sens à une vie. Celui qui a la chance un jour de côtoyer de près des migrants et des sans-papiers prend conscience que ces gens, qui souvent n’ont rien, sont mus par une force intérieure d’une puissance incroyable qui leur donne la capacité de traverser des situations de dénuement et de détresse terribles sans perdre des yeux l’inaccessible étoile chantée par Jacques Brel : traverser l’Afrique à pied, être vendus comme esclaves, violées, volés, battus, trompés, humiliés, rejetés de tous, ils ne peuvent ni rentrer chez eux, ni passer en Europe, ni rester dans des camps… Et pourtant ils gardent une puissance de vie incroyable qui me trouble comme Hérode a été troublé et tout Jérusalem avec lui en découvrant ces savants venus de l’autre côté du monde pour suivre cette lumière. Ils ont un but dans la vie et c’est bien souvent leur seule richesse. Nul n’a le droit d’essayer de le leur interdire, de voler leur rêve ni même de le dénigrer.

Porte tes regards sur les alentours et vois : tous ils se rassemblent, ils viennent vers toi…

Et toi, mon frère, ma sœur ? Quelle est l’étoile que ton cœur désire et qui te met en route ? Où te poussent tes rêves ? Vraiment il est malheureux celui qui ne connaît rien de cette puissance de vie qui se donne dans la poursuite de l’étoile du matin. Malheureux celui qui n’a ni désir ni projet ni direction. Malheureux celui qui réfléchit à sa vie et constate qu’il tourne en rond comme une mouche sous un verre… J’aime ce verset du Siracide 14,14 qui affirme : Ne te refuse pas le bonheur présent, ne laisse rien échapper d’un désir légitime. Voilà la vérité : dans ton désir intérieur se cache le secret de ton bonheur. C’est ce que nous allons découvrir ensemble aujourd’hui.

Tout le monde sait que « désirer » signifie « manquer de » ou plus précisément « regretter l’absence de ». Souvent on pense d’abord à ce qui nous manque matériellement. Désirer, la plupart du temps, est compris comme « avoir envie de » certains objets qui nous manquent ou dont nous pensons avoir besoin. Sortant à peine d’une période de surconsommation avec les fêtes pour entrer dans celle des soldes, nous mettons ce mot dans le registre de l’avoir, de la possession et donc de l’économie.  Mais il faut se rendre compte que le désir ne concerne pas seulement, ni même principalement, le domaine des objets et de l’avoir. La plupart du temps, derrière la quête de possession se cache une quête intérieure beaucoup plus profonde, beaucoup plus importante, beaucoup plus vitale que d’accumuler des objets : il s’agit en fait d’un vide d’être. Le plus grand moteur intérieur, au fond, ce n’est pas l’envie d’objets ou de marchandise mais bien plus profondément une question d’être, d’exister et d’être reconnu, apprécié aux yeux des autres, d’aimer et d’être aimé. Derrière la quête éperdue les uns pour le pouvoir, les autres pour le savoir, la richesse, la reconnaissance, etc. se cache un rêve d’amour, un besoin d’amour, en désir d’amour… Je veux compter pour quelqu’un et être reconnu à ma juste valeur. Et ça c’est un moteur intérieur formidablement puissant…

On voit tout de suite combien ce désir légitime est proche de l’espérance. Désirer, c’est espérer que quelque chose va arriver, que quelqu’un va venir. Désirer, c’est un mot non religieux, non chrétien pour parler de l’espérance.

On voit aussi combien ce mot est proche aussi de la prière. Si prier, c’est vouloir et espérer que les choses changent, demander de l’aide pour changer le monde, changer ma vie, changer la vie des autres, prier, c’est aussi vouloir et espérer la présence de quelqu’un qui m’aime, qui est bienveillant pour moi, c’est attendre et appeler une présence, être devant lui, avec lui, proche de lui… Prier, c’est espérer en quelqu’un d’autre que soi-même.

Le désir est donc un mot non religieux, non chrétien pour parler de l’espérance et de la prière. Je ne sais pas si vous discernez comme moi dans ce mot « désir » un formidable outil de témoignage : à quelqu’un qui ne connaît rien du Christ et de la foi, ne parlez pas forcément d’espérance et de prière (ce sont des mots qu’il ne comprend pas forcément et derrière lesquels il ne met pas forcément la même signification) mais parlez-leur de leur désir… Dis-moi ce que ton cœur désire, et moi je dévoilerai pour toi ton espérance et je pourrai ouvrir devant tes pas un chemin vers la prière.

Oui, c’est vrai, le désir est vraiment une belle chose : cela signifie que j’ai en moi de l’espérance et que je cherche la présence et l’amour d’un autre. C’est un formidable moteur intérieur avec une énergie incroyable. Et quiconque ouvre la Bible découvre que le désir de l’homme est en vérité un CADEAU de Dieu.

Posez-vous la question une seconde : Pourquoi j’existe ? Pourquoi je suis là dans le monde ? Tout simplement parce que Dieu l’a voulu, Dieu en a eu envie, Dieu m’a désiré. Le monde existe parce que Dieu l’a désiré. La création et la vie sont le résultat du désir de Dieu. Il y aurait très bien pu ne rien avoir. Dieu aurait pu rester seul avec lui-même face au néant. S’il a décidé de créer le monde, la nature et tout ce qu’elle contient, c’est parce qu’il en a eu envie. Mon frère, ma sœur, il me semble important de prendre conscience que nous sommes toutes et tous le fruit du désir de Dieu. Chacun d’entre nous a été attendu, espéré, désiré par Dieu.

Et ce désir, il nous l’a insufflé. C’est peut-être son plus grand cadeau d’ailleurs. Le Seigneur Dieu modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie, et l’homme devint un être vivant. Dès le début, dès ses 1ers instants, l’homme porte en lui ce souffle de désir et de vie. Et c’est comme un chemin, un appel, une vocation, un projet, une étoile intérieure qu’il faut suivre… Pensons au récit de l’appel d’Abraham (Genèse 12) : Va vers toi, va pour toi, quitte ton pays, ta famille, la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir.  Et Abraham partit. Pour lui. Et cet appel reste valable toute la vie, jusqu’au seuil de la mort. Prenez par exemple cette histoire du bon et du mauvais larron qui entourent Jésus à la Croix. Qu’est-ce qui fait que l’un est dit bon et l’autre mauvais ? Moi je crois que la seule différence entre les deux, c’est que l’un veut être sauvé alors que l’autre n’attend rien. L’un a une espérance, l’autre n’a rien. L’un sera sauvé, l’autre sera perdu.

Oui, vraiment, le désir intérieur est vraiment un cadeau de Dieu. C’est là que réside le sens de notre vie, c’est là que nous pouvons puiser toute la force dont nous avons besoin pour traverser les difficultés qui se présentent sur notre route.

Mais en même temps, il faut dire que ce cadeau merveilleux qui nous vient de Dieu a été abîmé, comme défiguré et cassé par le péché. Dieu nous a fait un cadeau extraordinaire et nous l’avons souillé. Tous autant que nous sommes.

Je pense ici au récit de la Genèse quand Eve mange le fruit, cédant à un désir intérieur qui la pousse vers le fruit défendu. Comment se fait-il que ce magnifique cadeau que Dieu nous fait puisse être utilisé contre Dieu et sa volonté ? Voilà la réalité de l’homme mis à nu devant Dieu pour sa plus grande honte : notre désir nous pousse toujours à confondre le désir d’être reconnu et aimé avec le désir d’avoir, de conquérir et de posséder. Tous les hommes utilisent leur désir pour essayer de prouver qu’ils existent en étalant ce qu’ils ont (la voiture, la maison, les femmes, le statut social, le pouvoir, la réussite). Ils transforment l’être en avoir et ils font des autres des instruments de leur réussite personnelle. Ils ont soif de posséder, de conquérir, d’avoir. Ils deviennent boulimiques et avides. Greed ! L’avidité salit l’argent, le sexe, le pouvoir.

Je pense aussi à cet autre récit de la Genèse quand Caïn compare son offrande avec celle d’Abel, son frère. Voilà 2 frères qui ont un même désir d’offrir à Dieu ce qu’ils ont de meilleur. Qui pourrait y trouver à redire ? Et pourtant tout dérape, tout déraille. Pour la simple raison que le désir de l’homme se calque sur celui de son voisin ou de son frère. Comme des enfants qui jouent et qui se disputent parce qu’ils veulent tous les deux le même jouet au même moment. Tous les hommes font cela. On appelle cela le désir mimétique : je veux la même chose que mon voisin. Ainsi naît dans le cœur de l’homme l’esprit de comparaison, le ressentiment, la jalousie, l’envie de vol, le désir de meurtre. Comme Caïn qui a tué son frère Abel par simple jalousie, le roi Hérode essaie de savoir où se cache l’enfant qui vient de naître pour l’éliminer comme un concurrent. Le fabuleux cadeau de Dieu devient la source du meurtre et de la violence.

Alors, faisons le point pour conclure notre parcours. Nous nous sommes mis à la suite des Mages partis d’Orient pour suivre l’étoile nouvelle. Bienheureux celui qui sait ce qu’il veut faire de sa vie. Le désir est un outil offert par Dieu pour mettre dans le cœur de l’homme l’espérance et la prière. Mais dans le même temps, nous en avons perçu tous les dangers. Les religions se sont beaucoup méfiées du désir et nous, dans le protestantisme, nous avons toujours été très forts pour museler le désir, par la morale, les règles et la surveillance réciproque des uns et des autres. Je connais une caricature qui résume la prédication de beaucoup de pasteurs par la phrase : « Chez nous, tout est permis… pourvu que cela ne fasse pas plaisir ! » Mais le protestantisme n’a pas été le seul à vouloir contenir la formidable énergie qui se dévoile dans le désir de l’homme. Le judaïsme a mis en place 613 commandements avec 365 commandements négatifs (tu ne feras pas) – 1 par jour !!! – et 218 commandements positifs (tu feras) dans tous les secteurs de la vie (allumer la lumière, cuisiner, voyager, etc.) De son côté l’islam a développé la même chose avec la Charia. Puisque c’est là la source de sa plus grande souffrance, le bouddhisme, lui, se donne comme objectif de donner le moyen d’éteindre tout désir dans le cœur des hommes par la méditation pour atteindre le nirvana, l’extinction du désir. Finalement le cheminement est simple à comprendre :

  1. Dieu a fait un grand cadeau d’une énergie vitale incroyable : le désir
  2. L’homme a perverti ce cadeau en le détournant de son objectif, il a fait du désir un danger pour l’homme
  3. Les religions ont cherché à retirer ce cadeau de Dieu fait aux hommes (à la cadrer, le museler, le freiner, l’enfermer)
  4. Comme dans la parabole du fils prodigue, les fils aînés ont obéis et sont restés bien sagement à la maison, tandis que les fils cadetsont quitté la maison paternelle et ont fui la religion et les églises pour rester libres.
  5. Les uns ont perdu le désir, les autres ont perdu Dieu… Bienheureux celui qui pourra retrouver les deux en même temps !!!

Où est le problème ? Est-ce le désir lui-même qui est trop dangereux pour l’homme ? Le problème n’est pas le cadeau fait par Dieu mais bien la manière dont nous nous en servons. Le péché a obscurci le désir et l’a détourné de son objet. C’est ce que j’apprends dans notre récit des Mages et du roi Hérode. Les deux cherchent la même chose mais ils ne suivent pas la même étoile, pas le même objectif, pas le même projet. Ils ne veulent pas la même chose.  Les uns suivent l’étoile pour se mettre à genoux devant un bébé, lui faire des cadeaux et l’adorer. L’autre veut trouver le bébé pour éliminer un concurrent potentiel et il fait d’un nouveau-né un adversaire. Voilà, me semble-t-il, la clé pour discerner : le désir, c’est le moteur, l’envie, la volonté qui nous pousse en avant mais il peut être orienté dans une mauvaise direction s’il est outil au service de notre profit. Le début d’année nous offre l’occasion de faire le bilan de notre projet de vie, de notre désir, de notre objectif pour cette année dans tous les domaines (famille, argent, amour, église) Est-ce pour adorer et offrir ou est-ce pour prendre et garder pour soi ? Dans les deux cas, c’est le même désir mais l’objectif est différent. Je forme le vœu que votre désir soit un outil au service de Dieu et de votre prochain. Amen !

Galates 5, 13 – Frères vous avez été appelés à la liberté 

Prédication du dimanche 31 décembre 2017 par le Pasteur Michel Leplay

Une année se termine et l’usage veut qu’on jette un regard sur les mois écoulés et les principaux évènements, avant d’envisager l’année qui commence  demain, avec des pronostics et si possible de l’espérance.

Concernant donc ce que les anciens auraient appelé « l’an de grâce 2017 » nous pouvons en faire mémoire sur deux registres. Soit le personnel, familial et intime, soit le collectif, public et social. Dans le domaine privé chacun a eu ses joies et ses problèmes, les naissances et les deuils, la guérison ou la maladie. A chacun son histoire, à chacun son parcours, aucune synthèse n’est possible, aucune généralité tant nos vies sont particulières et tous les survivants que nous sommes de l’année 2017 peuvent dans le secret de leurs cœur et le silence de leur mémoire recueillir le souvenir des jours heureux et des heures de ténèbres. Et tout remettre à Dieu dans la reconnaissance et dans la confiance.

Quant à un bilan global et social de l’année qui se termine, il est aussi très difficile à établir. Je me garderai bien de concurrencer la grande presse qui ne manque pas de faire la liste des événements importants qui auront marqué cette année.  Vous ferez votre marché ou votre cueillette dans ce grand jardin de l’histoire politique et sociale, française et internationale, religieuse et chrétienne… sauf que je vais m’arrêter dans un premier temps de cette prédication sur les événements qui auront marqué en 2017 notre protestantisme, sa mémoire célébrée et ses projets annoncés. Car nous avons été comblés, permettez-moi de le dire, et je pense que vous êtes d’accord avec moi. Ce fut pour le christianisme protestant, dont nous sommes une part vivante, une véritable « année de grâce ».  Je ne puis tout rappeler tant c’est un peu partout qu’on s’est souvenu du commencement de la Réforme avec l’affichage  par le Moine Martin Luther de thèses concernant la vente des indulgences et par conséquent « le prix de la grâce ». C’était gratuit, « vous avez été appelés à la liberté ». J’y reviendrai. On a donc relu l’épître aux Romains, « le juste par la foi vivra », et organisé fêtes et rencontres, spectacles et conférences, en province autant qu’à Paris. On se souviendra notamment des représentations à Mialet, en plein été, avant le culte dont nous avons eu en tous cas l’écho par la télévision. Le colloque international à l’Hôtel de Ville de Paris fut d’une qualité qui explique son succès et son impact culturel et politique. Quant il nous fut dit par notre premier Magistrat : « S’il vous plait, ne désertez pas le désert », « il est pour la France une source vivante de sa richesse ». Et comme d’autres événements le confirmeront, la fête joyeuse à Strasbourg, la déclaration fraternelle du protestantisme au judaïsme, et ici même, de la disputatio fraternelle d’un soir au banquet convivial d’un midi, rien n’a manqué dans nos réponses multiples et joyeuses à l’affirmation de St Paul redécouverte par Luther : « frères, vous avez été appelés à la liberté… »

 

Deuxième partie, j’entre dans le vif de l’actualité et de l’avenir après le bilan des festivités. Car Paul ajoutait : « seulement que cette liberté ne laisse aucune prise à la chair… »
D’abord, remarque inévitable dans le climat et les polémiques de ces dernières semaines : Paul interpelle des gens en les appelants « frères »… Et je vois se lever les défenseuses,  se mettre en route les manifestantes, se mobiliser les militantes de la cause des femmes. Mon sentiment est que ces excès vont dans le bon sens, même si les médiations nécessaires poussent parfois à la caricature. Il est bien évident que pour les lecteurs du XXIe siècle, frères qui est masculin n’exclut pas les femmes, même s’il n e fait que supposer  implicitement les sœurs. Cela va sans dire mais encore mieux en le disant. Je n’ouvre pas le débat sur l’écriture inclusive, les meilleures d’entre nous n’ont pas peur du ridicule, toujours est-il que c’est un tournant dans notre culture implicite et qu’il était temps de remettre à l’ordre du jour la formule du même apôtre de la liberté chrétienne : « Il n’y a plus l’homme et la femme, car tous vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ ». C’est aussi dans l’épitre aux Galates (3 :28). Cette unité profonde des sexes n’exclut pas leur identité particulière, ce qui signifie qu’au-delà des discussions sémantiques, l’égalité n’est pas la similitude, mais la complémentarité des dons respectifs dans la communion des partages. On en reparlera à la sortie. Nous sommes tous et toutes appelés à la liberté. Oui, frères et sœurs, oui nous avons été appelés  « e » muet inclusif, à la liberté, le mot grec eleuthéria qui a autorisé Luther à modifier son nom.

APPELES A LA LIBERTE, mais, et c’est la troisième partie et la plus importante de cette prédication de fin d’année : oui, APPELES A LA LIBERTE, c’est Luther avec Saint Paul, mais il faudra ajouter : RAPPELES A L’ORDRE, et ce sera Calvin encore avec  Saint Paul. « Appelés à la liberté, rappelés à l’ordre », vous m’avez compris…
Autrement dit nous passons du premier commandement, aimer Dieu, au second qui lui est semblable : aimer son prochain. Nous passons de la liberté à l’obéissance, de la libération par l’Evangile après Luther à l’institution d’une religion chrétienne avec Calvin. Sans les opposer, mais au contraire dans leur profonde et complémentaire unité qui nous parle aujourd’hui en France de ce protestantisme comme « communion luthérienne et réformée ». Luthéro-réformée. Ne faisons donc pas de notre liberté « une excuse ou un prétexte pour vivre n’importe comment ». Et Paul précise ce qu’il appelle vivre selon l’Esprit et non selon la chair, ses pulsions et ses désirs : amour, joie, paix, patience, bonté ; bienveillance, douceur, maitrise de soi… (Galates 5, 22-23). Ces vertus chrétiennes comme fruits de l’obéissance en liberté concernent évidemment et au premier chef la communauté chrétienne elle-même. Le meilleur témoignage que les disciples du Christ pouvaient rendre dans l’Eglise des premiers siècles était la constatation des observateurs extérieurs : « Voyez comme ils s’aiment ».

Un dernier point avant de conclure puisque nous vivons certes en Eglise mais aussi en société. Pour les chrétiens, l’ECCLESIA, pour tous les habitants de la terre, la POLIS, la cité terrestre, la nécessaire régulation politique et même la contrainte policière pour que règne parmi nous un minimum de paix protégée, de nécessités secourues, de faiblesses protégées. Magnifique vocation de ceux qui gouvernent. Et Luther avait raison de mentionner dans son petit catéchisme, en commentant la demande de pain quotidien, de demander à Notre Père de nous donner entre autres « des supérieurs pieux et de bonne foi, un bon gouvernement, des saisons favorables, la paix et la santé ». Que souhaiter d’autre ? Calvin en disait autant, à propos du « gouvernement civil » et pour que, selon son admirable formule « l’humanité subsiste entre les humains ». Plus crûment encore, il fustige « ceux qui voudraient que les hommes vivent pêle-mêle comme des rats dans la paille » (I.C. IV.10). Aussi, conclut-il, « le but du régime temporel… est de nous former à toute équité requise à la compagnie des hommes et d’entretenir et conserver la paix et la tranquillité commune ». Prions donc pour les autorités qui nous gouvernent afin qu’elles remplissent bien leur mission de gouvernement. Car avec Paul, dans la même Epitre aux Romains, nous entendons cet appel à la liberté qui sera toujours suivi du rappel à l’ordre. SOYEZ CE QUE VOUS ÊTES. Afin que l’année prochaine on puisse souvent, très souvent entendre ce que disait récemment un journaliste à la radio : « On voit qu’il y a encore des gens humains sur cette terre ». Sic…

 

Je termine avec vœux pour 2018, une prière confiante et un appel à la vigilance. Pour notre paroisse, son conseil et son pasteur, pour toutes les activités dans et autour de ce temple, pour la fidélité et le courage de l’Eglise protestante. J’ai cité trois lieux, la paroisse, le temple et l’Eglise, concentriques et inséparables puisque nous avons le triple honneur et la triple vocation d’être peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’Esprit ». Depuis toujours appelés à la liberté, et chaque jour rappelés à l’ordre.

Ainsi soit-il


NOTRE PÈRE
Ton nom est sanctifié quand est faite ta volonté
Et que ton règne arrive car ce Royaume nous donne
Le bon pain quotidien,
Des cœurs réconciliés,
Le don de tes victoires sur nos tentations
Et la libération de nos maux et malheurs
Pour l’honneur de ton nom
Enfin sanctifié, enfin glorifié sans fin
Dans ton Royaume
Et dans la gloire enfin de ce premier matin