Esaïe 40, 1-11 et Marc 1, 1-8 – A la recherche du péché perdu

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 10 décembre 2017

Dimanche dernier, en sortant du culte spécial Luther, un membre éminent de notre communauté m’interpellait fraternellement en me disant : j’ai beaucoup aimé ce culte mais quand même, vous n’avez pas parlé de la Grâce ! Quelle surprise pour moi qui avais le sentiment et la ferme intention de ne parler que de cela. Visiblement, je n’avais pas été suffisamment explicite. Alors dans sa grande bonté, le Seigneur m’a donné l’occasion rêvée de me rattraper, une seconde chance en quelque sorte en nous donnant de partager autour des tout-premiers mots de l’Evangile de Marc : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu.

Une Bonne Nouvelle… Permettez-moi de vous raconter cette petite histoire d’une mère qui rentre dans la chambre de sa fille qu’elle trouve vide. Sur le lit une lettre, qu’elle ouvre, fébrile, imaginant le pire :

« Maman chérie, Je suis désolée de devoir te dire que j’ai quitté la maison pour aller vivre avec mon copain. Il est l’amour de ma vie. Tu devrais le voir, il est tellement mignon avec tous ses tatouages et son piercing et sa super moto. Mais ce n’est pas tout ma petite maman chérie. Je suis enfin enceinte et Abdoul dit que nous aurons une vie superbe dans sa caravane en plein milieu des bois. Il veut beaucoup d’enfants avec moi, c’est mon rêve aussi. Je me suis enfin rendu compte que la marijuana est bonne pour la santé et soulage les maux. Nous allons en cultiver et en donner à nos copains lorsqu’ils seront à court d’héroïne et de cocaïne pour qu’ils ne souffrent pas. Entre-temps, j’espère que la science trouvera un remède contre le sida pour qu’Abdoul aille mieux. Il le mérite vraiment tu sais. Ne te fais pas de soucis pour moi maman, j’ai déjà 13 ans, je peux faire attention à moi toute seule. Et le peu d’expérience  qui me manque, Abdoul peut le compenser avec ses 44 ans. J’espère pouvoir te rendre visite très bientôt pour que tu puisses faire la connaissance de tes petits enfants. Mais d’abord je vais avec Abdoul chez ses parents pour que nous puissions nous marier. Comme ça ce sera plus facile pour lui pour son permis de séjour. Ta fille qui t’aime.

Post Scriptum : J’ai une bonne nouvelle pour toi, ma petite maman chérie, je te raconte des bêtises, je suis chez les voisins ! Je voulais juste te dire qu’il y a des choses bien pires dans la vie que le bulletin scolaire que tu trouveras sur ta table de nuit. Je t’aime. »

J’ai une bonne nouvelle pour toi, ma petite maman chérie… Je veux bien la croire ! Au fond, qu’est ce que c’est qu’une « Bonne Nouvelle » ? Spontanément, on aurait tendance à dire que c’est une information qui nous fait du bien, comme dans le cas du Post Scriptum de la lettre qui soulage grandement la mère qui le lit. Une bonne nouvelle vient combler un manque, un besoin, une attente, un espoir. Elle vient ouvrir une porte, indiquer une direction nouvelle, créer un chemin par-delà les obstacles qui paraissent parfois insurmontables. Elle procure soulagement, joie et bonheur pour son bénéficiaire. Et bien l’évangile de Marc commence en affirmant que cette histoire qui va être racontée de ce Jésus est une Bonne Nouvelle. Mais en quoi l’existe de Jésus est une bonne nouvelle ? Qui est concerné par cette bonne nouvelle ? C’est une question importante : En quoi Jésus est-il une bonne nouvelle pour nous ?

Posée de manière abrupte, la réponse est loin d’être évidente. Elle demande un temps de réflexion et de préparation. C’est là toute la fonction du messager annoncé par Esaïe : Voici j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin… Malgré le fait qu’on nous présente un prédicateur mal fagoté, vêtu de poil de chameau comme les prophètes, qui parle dans le désert de nos vies, la mission de Jean-Baptiste consiste justement à faire en sorte que la venue de Jésus Christ Fils de Dieu soit une bonne nouvelle.

Que fait-il pour remplir sa mission ? Il offre ce que le Temple de Jérusalem n’est plus en mesure d’offrir ­— et étant donné la récente déclaration du président des Etats Unis d’Amérique, ce n’est pas près de s’arranger ! Remettons-nous dans le contexte de l’époque. Pour Jean-Baptiste et les esséniens chez qui il a suivi sa formation, le Temple de Jérusalem est souillé depuis que le Grand Prêtre n’est plus un descendant d’Aaron mais une marionnette entre les mains des Romains. Les sacrifices ne sont donc plus en mesure d’accomplir leur double fonction de nettoyer le péché et de rétablir la communion avec Dieu. Les esséniens se sont donc retirés dans le désert, créant des communautés coupées du reste du monde, offrant par la prière des sacrifices des lèvres, se plongeant chaque jour dans l’eau pour y être baptisés, purifiés avant d’entrer dans la Salle du Royaume, comme ils l’appellent, et manger à la table du Maître de Justice. Mais Jean-Baptiste ne se satisfait pas de cette attitude sectaire. Il va quitter la communauté pour offrir à tous la possibilité de changer de vie, d’être nettoyé du péché pour que chacun soit en mesure d’entrer en communion avec Dieu. Et Marc nous raconte que Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser dans le Jourdain en confessant leurs péchés. Visiblement ils avaient reçu le message comme une bonne nouvelle… Qu’en est-il de nous ? Sommes-nous sensibles au message de Jean-Baptiste ? Il semble que non. Pour en avoir discuté longuement ce mercredi à la réunion du groupe des jeunes actifs, confesser son péché, se purifier, changer de vie, se convertir… tous ces mots sont devenus, soit totalement incompréhensibles et étrangers à leurs préoccupations, soit même un obstacle, une réticence forte devant ce qu’ils estiment même potentiellement dangereux… Je ne leur jette pas la pierre : je pense sincèrement qu’ils sont parfaitement représentatifs de nos contemporains qui refusent désormais pour la plupart cette notion de péché.

Et c’est là notre problème : pourquoi diable voulez-vous que je puisse avoir besoin de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ si je ne sais pas que je suis pécheur ? A quoi sert d’annoncer la grâce à quelqu’un qui ne se sent pas fautif et qui n’a pas le sentiment d’avoir besoin de Dieu. Pas besoin d’être sauvé si je ne me sens pas perdu ! Sans la conscience du péché, je peux vivre tranquillement ma vie en faisant abstraction de l’hypothèse Dieu. Jésus Christ est sans doute une Bonne Nouvelle mais pas « pour moi », je ne me sens pas concerné…

En fait, la situation est sans doute plus subtile que celle que je caricature. A dire vrai, j’entends dans les églises, y compris dans la nôtre, deux manières opposées, presque en miroir, de proclamer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.  D’un côté, j’entends un vibrant appel à la liberté, à la tolérance pour tous et à l’accueil inconditionnel, un message humaniste, plein de bons sentiments et d’intelligence, mais dont on peut légitimement se demander ce qu’il a de spécifiquement chrétien. Ne serions-nous pas en train de confondre la Bonne Nouvelle de Jésus Christ avec ce que tous les hommes de bonne volonté peuvent dire sans avoir nul besoin de la foi chrétienne ? En fin de compte, ne sommes-nous pas en train de rendre le christianisme inutile et superflu par dilution dans le monde ? De l’autre côté, en miroir disais-je, nous entendons parfois une violente dénonciation du monde, qui serait sous la colère de Dieu, une colère contre un monde totalement perdu parce que sous l’emprise du péché et qui nécessiterait de s’en séparer au plus vite. Cette fois, ne sommes-nous pas en train de provoquer une attitude sectaire de l’Eglise ? En fin de compte, ne sommes-nous pas, ici aussi, en train de rendre le christianisme inutile et superflu puisqu’il aurait renoncé à changer le monde ? Faut-il rappeler que Dieu aime le monde et que, si nous suivons le Christ, il n’a pas décidé de sortir du monde mais bien d’y naître pour le transformer et le sauver ? Faut-il rappeler que Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (Jean 3,17)

En fait, il faut comprendre que ce que Jean-Baptiste nous propose n’est pas une culpabilisation et encore moins un chantage qui utiliserait la peur pour nous faire changer de vie. Jean-Baptiste ne fait que désigner l’Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde (Jean 1,29) en nous rappelant que c’est précisément à l’endroit où le péché est à l’œuvre pour nous blesser et nous détruire que Dieu décide d’agir et de faire grâce. Autrement dit, la grâce de Dieu est toujours exactement ciblée et adaptée à la forme prise par le péché au cours de l’histoire des hommes. Et toute la vie de Jésus, ses paroles, ses actes, sa mort et sa résurrection, dévoile les différentes modalités de la Grâce. Comme le dit l’apôtre Paul : Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé.

  • Si le péché est vécu comme une maladie (mal-être), la grâce de Dieu intervient par Jésus le médecin qui guérit toute maladie et toute infirmité. Les chrétiens d’Orient parlent du salut comme une guérison, une restauration.
  • Si le péché est vécu comme une peur de l’enfer et une culpabilité comme au temps de la Réforme, la grâce de Dieu agit comme un pardon immérité donné aux hommes sur la Croix (Pardonne-leur ils ne savent pas ce qu’ils font. Luc 23,34) et le salut est reçu comme une justification gratuite (déclaré juste).
  • Si le péché prend la forme d’un conflit, d’une déchirure avec Dieu, avec les autres ou avec nous-mêmes, la grâce de Dieu se dévoile à la croix comme un amour qui nous réconcilie avec Lui (En ceci Dieu prouve son amour pour nous (…) Quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils. Romans 5,10 Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ! Jean 13,34) et le salut se vit comme un apaisement : Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. (Jean 14,27).
  • Si le péché est vécu comme une aliénation, un emprisonnement, une possession, la grâce de Dieu est vécue comme une libération (Christ a payé pour nous libérer de la malédiction de la loi. Galates 3,13 – Cf. les théologies de la libération).
  • Si le péché est vécu une vie marquée par l’absurde et le non-sens, la grâce de Dieu retentit comme un appel à suivre le Christ (Viens, suis-moi ! Mc 10,21) et le salut est vécu comme une vocation, un appel à entrer dans le plan de Dieu.
  • Si le péché est vécu comme une puissance de mort (Cf. Lazare. Jean 11), la grâce de Dieu s’expérimente comme un amour plus fort que la mort (Jean 3,16) et le salut reçu comme une résurrection (Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection. Romains 6,5)

Si à chaque forme particulière du péché correspond une forme particulière de grâce, le fait qu’aujourd’hui la grâce soit devenue incompréhensible et inutile n’est que le symptôme que nous sommes devenus aveugles et sourds au péché qui structure le monde d’aujourd’hui. De fait, il semble que nous ne parvenons plus à discerner l’emprise du péché sur le monde et sur notre vie. Moi je crois que l’Eglise est contaminée par un aveuglement, une cécité de l’âme qui la rend incapable de discerner la souffrance du monde et la forme prise par le péché aujourd’hui. Ce constat explique pour partie la perte d’intérêt de nos contemporains et de nos enfants pour les Eglises et leur message. Pourquoi venir au culte si on ne dit rien de pertinent sur la réalité du monde d’aujourd’hui, si ça ne change pas nos vies, si ce n’est pas une véritable Bonne Nouvelle ? Les temples vides ne seraient alors que les symptômes de la vacuité de la prédication qui n’aurait plus rien à dire sur le monde tel qu’il va. Devenus aveugles et incapables de discerner la réalité du péché aujourd’hui, les chrétiens en sont venus, à leur corps défendant, à collaborer avec lui puisque c’est une structure qui façonne d’autant plus le monde qu’il n’y a personne pour dévoiler son emprise. C’est le principe du refoulement et de la dénégation décrit par la psychanalyse : l’inconscient est d’autant plus puissant qu’il est justement inconscient et donc qu’il échappe à toute maîtrise.

Je crois que l’Eglise devrait essayer d’ouvrir les yeux si elle veut retrouver sa pertinence et sa vocation dans le monde. Elle devrait cesser de dispenser une grâce à bon marché dont elle se croit propriétaire pour retrouver sa vocation prophétique de discernement, de dévoilement, de mise en lumière, de décryptage du réel et du monde d’aujourd’hui. Pour cela, les chrétiens doivent commencer à balayer devant leur porte : prendre le temps de l’Avent, du Carême, du jeûne, d’une retraite spirituelle, c’est mettre sa propre vie sous la lumière de Dieu pour y dévoiler l’emprise du péché qui nous éloigne de lui. Commencer par nos propres vies pour être en mesure de regarder le monde avec lucidité et amour comme Jean-Baptiste qui, par amour, est sorti du confort de la communauté retirée pour offrir au monde une Bonne Nouvelle susceptible de changer leur vie. Alors et alors seulement, quand nous aurons retrouvé la clairvoyance sur notre vie et sur le monde, nous redécouvrirons l’impérieuse nécessité de la grâce de Dieu pour aujourd’hui. Alors, le Salut par Grâce ne sera plus une doctrine du passé, creuse et superflue mais une Bonne Nouvelle pour nos vies. Amen !

Liturgie du culte spécial Martin LUTHER

Le dimanche 3 décembre 2017

Prélude

Proclamation de la Grâce (Luther)

Le docteur Luther raconta une histoire facétieuse : un gentilhomme ayant été interrogé par sa femme sur la vivacité de l’attachement qu’il avait pour elle, lui répondit : « je t’aime autant qu’une bonne décharge de ventre » Elle fut courroucée de cette réponse ; mais le lendemain il la fit monter à cheval et il l’y retint toute la journée sans qu’elle pût satisfaire ses besoins ; alors elle lui dit : « O Seigneur, je sais maintenant à quel point tu m’aimes ; je te conjure de t’en tenir là dans l’attachement que tu me portes. »

Puissions-nous retenir de ce culte LUTHERIEN avec cette phrase en nous :

« O Seigneur, je sais maintenant à quel point tu m’aimes ! »

Prière d’appel à l’Esprit (Luther)

Je ne veux, Seigneur, ni argent ni or.
Donne-moi une foi ferme et inébranlable.
Je ne cherche, Seigneur, ni plaisirs ni joies de ce monde.
Console-moi et affermis-moi par ta sainte Parole.
Je ne Te demande pas honneurs et considération d’ici-bas :
ils ne peuvent en rien me rapprocher de Toi.
Donne-moi ton Saint-Esprit.
Qu’il éclaire mon cœur et me fortifie.
Qu’il me console dans mon angoisse et ma misère.
Garde-moi jusqu’à la mort dans la vraie foi,
dans la ferme confiance en Ta grâce. Amen.

SPONTANE : Alléluia 31-03 Str. 1 « Viens, ô Sauveur des païens »

Louange (Luther – Ps 46)

C’est une solide forteresse que notre Dieu
Un bon rempart et une bonne arme.
Il nous délivre de toute détresse qui maintenant nous assaille.
(…)

Par nos propres forces rien n’est possible,
Notre perte est imminente.
L’homme véritable lutte pour nous,
Celui que Dieu a lui-même choisi.
« Qui est-ce ? » demandes-tu.
Son nom est Jésus-Christ, le Seigneur Sabaoth,
Il n’y a pas d’autre Dieu que lui.
Il doit rester maître du terrain.

Quand bien même l’univers serait empli de démons
Prêts à nous dévorer,
Nous n’éprouvons guère de crainte,
Car nous réussirons à vaincre.
Si féroce qu’il paraisse,
Le prince de ce monde ne peut rien nous faire,
L’arrêt est rendu contre lui.
Un simple mot suffit à l’abattre.

Ils doivent laisser telle quelle la Parole,
Qu’ils le veuillent ou non.
Il se tient en lice vraiment à nos côtés
Avec son Esprit et ses dons.
Qu’ils nous prennent vie, biens, honneur, enfants et femmes,
Laisse tout cela s’en aller,
Ils n’en tireront aucun profit.
Le Royaume nous restera

CANTIQUE INDIQUE : Alléluia 41-03 « Dieu des louanges, sois béni »

Confession du PECHE (Luther)

Je confesse devant Dieu, moi pauvre pécheur,
que j’ai gravement offensé tous les jours et de différentes manières
ce Dieu très saint ;
non seulement par des  péchés  manifestes en paroles et en actes,
mais encore par des pensées mauvaises et les désirs  coupables de mon cœur,
par incrédulité, impatience, égoïsme, orgueil, convoitise, avarice, jalousie, haine,
et par beaucoup d’autres fautes secrètes dont je m’avoue coupable
et que Dieu connaît mieux que moi-même.
Je regrette tous ces péchés, je m’en repens, j’ai un profond regret de les avoir commis,
je demande de tout mon cœur grâce et pardon à mon Dieu,
au nom de son fils bien aimé, Jésus-Christ.
Je veux y renoncer, et je prie le Seigneur de m’en donner la force par son Saint-Esprit.

Amen.

SPONTANE : Alléluia 63-33 « Christ Agneau de Dieu »

Annonce du PARDON (Luther)

Evite comme une peste très dangereuse et comme un poison infernal de dire : “J’ai commis tel et tel péché, Dieu me hait, je suis l’objet de la colère du juge”.

Dis plutôt : “Je suis pécheur, ainsi je peux être rassuré car ce sont les pécheurs, ceux qui sentent leur péché, que Dieu veut recevoir”. Sans quoi aucun homme ne serait sauvé. “Car Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous” (Rom 11:32).

Si donc tu reconnais vraiment tes péchés, si tu trembles, si tu es troublé et chargé par la crainte du jugement et de l’enfer, aie bon courage, car Dieu veut te témoigner son amour et sa grâce, il veut te sauver. Toutes ses promesses nous assurent qu’il ne veut pas la mort du pécheur, car il est un Dieu de paix et de grâce.

Prends garde de ne pas te laisser aller au découragement. “Espère contre toute espérance” (Rom 4:18). Car Jésus-Christ est le médecin des cœurs brisés. Il veut relever ceux qui sont tombés et ne veut pas éteindre le “lumignon qui fume”.

Si donc tu es une bougie qui fume encore, ne t’éteins pas toi-même par le désespoir et par le découragement. Si tu es un roseau brisé ou cassé, ne te brise pas tout à fait toi-même, mais viens à Jésus qui est le doux ami des âmes.

SPONTANE : Alléluia 32-04 str 1.4 « O Dieu, tout-puissant Créateur »

Volonté de Dieu (Luther)

Il t’est impossible de reconnaître Dieu sans dommage ni par ton imagination et par tes spéculations, sinon en te tenant à sa crèche. Si tu suis le chemin inverse, si tu commences par réfléchir à sa divinité, à la manière dont elle gouverne le monde, à la façon dont elle a détruit Sodome et Gomorrhe, si tu cherches à savoir si elle a prédestiné ou non tel ou tel homme, tu te casseras bientôt le cou et tu tomberas du ciel comme l’esprit malin. Mon cher, n’escalade pas le ciel ! Va d’abord à Bethléem !

SPONTANE : Alléluia 32-09 Str.1 « Devant ta crèche, tu me vois »

Prière avant de lire la Parole (Luther)

Mon Dieu,
Je suis sûr que tu es vrai et que tu ne mens jamais.
Permets que je demeure ferme dans la foi et que je ne cède pas au doute.
Non pas parce que ma prière est bonne, mais parce que toi, tu es la vérité.

Mon Père,
Encourage et fortifie par ta sainte Parole l’homme faible que je suis.
J’ai souvent de la peine à accepter ta volonté pour moi.
Donne-moi la force d’être obéissant pour ne pas succomber à la tristesse.

Enseigne-moi, ô Père,
A ne pas me confiner en moi-même ou en mes belles entreprises,
Mais à tout attendre de ton infatigable bonté.
Que la tristesse de vivre, souvent en désaccord avec ta volonté,
Ne me submerge pas, mais plutôt que ta miséricorde
S’étende à toute ma vie et la fertilise.

Lectures Bibliques : Ephésiens 3, 8-21

CANTIQUE INDIQUE : Alléluia 35-01 str.1.2.3 « Viens Saint Esprit, Dieu créateur »

Prédication

Voir ici.

CANTIQUE INDIQUE : Alléluia 37-01 « C’est un rempart que notre Dieu »

Confession de FOI (Luther)

Je crois que Dieu m’a créé ainsi que toutes les autres créatures. Il m’a donné et me conserve mon corps avec ses membres, mon esprit avec ses facultés. Il me donne chaque jour libéralement la nourriture, le vêtement, la demeure et toutes les choses nécessaires à l’entretien de cette vie. Il me protège dans tous les dangers, me préserve et me délivre de tout mal ; tout cela sans que j’en sois digne, par sa pure bonté et sa miséricorde paternelle. C’est ce que je crois fermement.

Je crois que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est mon Seigneur. Il m’a racheté, moi, perdu et condamné, en me délivrant du péché, de la mort et de la puissance du Malin [non point à prix d’or ou d’argent, mais] par son sang, par ses souffrances et par sa mort innocente, afin que je lui appartienne pour toujours et que je vive d’une vie nouvelle comme lui-même qui, ressuscité des morts, vit et règne éternellement. C’est ce que je crois fermement.

Je crois que le Saint-Esprit m’appelle par l’Evangile, m’éclaire de ses dons et me sanctifie ; qu’il me maintient en l’unité de la vraie foi, dans l’Eglise qu’il assemble de jour en jour. C’est lui aussi qui me remet pleinement mes péchés, ainsi qu’à tous les croyants. C’est lui qui, au dernier jour, me ressuscitera avec tous les morts et me donnera la vie éternelle en Jésus-Christ. C’est ce que je crois fermement. Amen.

SPONTANE : Alléluia 31-03 str. 6 « Gloire à Dieu, Père éternel »

SAINTE CENE

Salutation

Le Seigneur soit avec vous.
L’assemblée : Et avec ton esprit.

Élevons notre cœur.
L’assemblée : Nous le tournons vers le Seigneur.

Rendons grâce au Seigneur notre Dieu.
L’assemblée : Cela est juste et bon.

Préface (Luther – le chant de Jean Hus amélioré)

Tu glorifieras Dieu le Père
De te vouloir si bien nourrir
Et d’avoir livré son Fils à la mort
Pour tes iniquités.
Tu dois croire et ne pas douter
Que cela est une nourriture pour les malades
Qui ont le cœur lourd de péchés
Et que la peur afflige. (…)
Lui-même dit : « Venez à moi, vous les pauvres,
Laissez s’étendre sur vous ma miséricorde ;
Si tu avais pu par toi-même acquérir quelque chose,
Pourquoi aurais-je eu donc besoin de mourir pour toi ?
Aussi cette table ne te concerne pas
Si tu veux toi-même te venir en aide.
Mais si tu crois à tout cela du fond du cœur
Et le confesses à voix haute,
Tu es vraiment prêt
Pour la nourriture qui vivifie ton âme !

Institution

Le Seigneur Jésus,
la nuit où il fut livré,
célébra la Pâque avec ses disciples.
Il prit du pain,
et après avoir rendu grâce
le rompit et le donna à ses disciples en disant:
« Prenez et mangez,
ceci est mon corps donné pour vous.
Vous ferez cela en mémoire de moi. »
De même,
il prit une coupe,
et après avoir rendu grâce,
la donna à ses disciples en disant:
« Buvez-en tous,
car ceci est la coupe de mon sang,
le sang de l’alliance nouvelle et éternelle,
versé pour vous et pour la multitude
en rémission des péchés.
Vous ferez cela en mémoire de moi.
Je vous le déclare,
je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne
jusqu’au jour où je le boirai, nouveau,
avec vous dans le Royaume de mon Père.

L’assemblée :
Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus,
nous célébrons ta résurrection
et nous attendons ta venue, dans la gloire.

Epiclèse (Martin Luther – Nous prions le St Esprit)

Prions maintenant le Saint Esprit
De nous donner surtout la vraie foi,
Qu’il nous protège au jour de notre fin (…)
Précieuse lumière, donne-nous ton éclat,
Apprends-nous à connaître Jésus-Christ seul ;
Que nous demeurions attachés à lui, le Sauveur fidèle,
Qui nous a menés à la vraie patrie.
Doux amour, accorde-nous ta faveur,
Fais-nous éprouver l’ardeur de l’amour,
Que nous nous aimions de tout cœur les uns les autres
Et que nous demeurions en paix dans l’unité d’esprit.

SPONTANE : Alléluia 47-08 str.2 « O toi Jésus notre Seigneur »

Invitation

Comme Jésus a rassemblé ses disciples pour le repas pascal,
Il nous invite maintenant à sa table qui préfigure le banquet du Royaume.
Heureux les invités au Repas du Seigneur !
Voyez et goûtez combien le Seigneur est bon !

Fraction/ Élévation

en rompant le pain
Le pain que nous rompons,
est la communion au corps du Christ.

en élevant la coupe
La coupe de bénédiction pour laquelle nous rendons grâce,
est la communion au sang du Christ.

L’assemblée :
Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir,
mais dis seulement une parole et je serai guéri!

Communion

en donnant le pain
La communion au corps du Christ donné pour toi !

en donnant la coupe
La communion au sang du Christ donné pour toi !

Prière d’action de grâce (Luther)

Loué et béni soit Dieu,
Qui nous a lui-même nourris
De sa chair et de son sang ;
Laisse-nous, Seigneur Dieu, en tirer profit.
Loué sois-tu Seigneur
Par ton corps sacré, Seigneur,
Dont accoucha ta mère Marie,
Et ton sang sacré,
Délivre-nous, Seigneur de toute détresse.
Loué sois-tu Seigneur
Le corps sacré a été livré pour nous à la mort,
Afin que nous vivions.
Il ne pouvait pas nous faire cadeau plus grand,
Par lequel nous conservons sa mémoire.
Loué sois-tu Seigneur
Que Dieu nous donne à tous la bénédiction de sa grâce
Afin que nous marchons dans ses voies
Dans l’amour vrai et la fidélité fraternelle,
Pour ne point pâtir de ce repas.
Loué sois-tu Seigneur

Prière d’Intercession (Luther) et Notre Père (nouvelle version)

Toi qui es un Dieu de paix, d’amour et d’unité,
nous te prions, Père,
et nous te supplions de rassembler,
par ton Esprit Saint, tout ce qui est divisé.
Veuille aussi nous accorder de nous convertir à ton unité,
de rechercher ton unique et éternelle vérité,
et de nous abstenir de toute dissension.
Ainsi nous n’aurons plus qu’un seul cœur,
une seule volonté, une seule science,
un seul esprit, une seule raison.
Et, tournés tout entiers vers Jésus Christ, notre Seigneur,
nous pourrons, Père, te louer d’une seule voix par la prière que tu nous a enseignée :

Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles. Amen !

Annonces et Offrande et Orgue

Exhortation – Bénédiction (Luther)

« Ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Je m’en tiens là. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide. Amen ! »

Dans la paix et dans la joie
Je m’en vais selon la volonté de Dieu.
Mon cœur et mon esprit sont consolés,
Calmes et tranquilles ;
Comme Dieu me l’a promis,
Voici ce que fait Christ, vrai Fils de Dieu,
Le Sauveur fidèle,
Que tu m’as laissé voir, Seigneur,
Et fait connaître,
Afin qu’il soit ma vie
Et mon salut dans la détresse et la mort.
(…)

Il est pour les païens
La lumière vive et sainte
Qui doit éclairer ceux qui ne te connaissent pas
Et les mener au pâturage.
Il est de ton peuple Israël,
La gloire, l’honneur, la joie et l’allégresse

Dans sa clémence, le Seigneur nous accorde la paix.
Il n’y a vraiment personne d’autre
Qui puisse combattre pour nous,
Si ce n’est Lui seul, notre Dieu.

Amen !

SPONTANE : Alléluia 36-02 Str.1.3 « Que ton Eglise fasse honneur »

Postlude

 

[1] Augustin, Du Maitre, 11, 38

Ephésiens 3, 8-21 – Ma conscience est captive de la Parole de Dieu

Prédication du pasteur Samuel Amédro le dimanche 3 novembre 2017

6 mars 1521. Le professeur de théologie Martin Luther est convoqué par l’Empereur Charles Quint devant tous les représentants du Saint Empire Romain Germanique. Cette confrontation, Luther l’espère et l’attend avec impatience. Enfin voilà l’opportunité de s’expliquer et de convaincre ce tout jeune Empereur de 21 ans et avec lui tous les Princes Allemands ! Il veut saisir sa chance.

De son côté, Charles Quint n’a pas du tout l’intention de laisser une tribune libre au petit moine arrogant. N’a-t-il pas provoqué l’ébullition dans tout l’Empire depuis le mois d’octobre 1517, quand il a affiché ses 95 thèses placardées sur la porte de l’Eglise de Wittenberg ? Il réclame la Réformation de la Sainte Eglise contre le commerce des indulgences et les abus du clergé ? Soit ! Tout le monde souhaite cette réforme, même et surtout lui, l’Empereur. Mais il n’est pas question de laisser ce Luther remettre en cause l’autorité de l’Eglise sur le salut des âmes ! Rendez-vous compte de ce qu’il ose écrire : « Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître de toutes choses il n’est assujetti à personne.  L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous. »  Libre ?! Où irions-nous si tout le monde se prenait pour le Pape dès qu’il a une Bible dans les mains ? Pour qui se prend-il celui-là ? Vous l’avez vu brûler en public la Bulle du Très Saint Père, le Pape Léon X qui, dans sa grande miséricorde, lui donnait l’ultime occasion de se rétracter ? Il a déjà eu sa chance. C’est un hérétique ! Il faut qu’il soit excommunié…

Mais Charles Quint n’a pas le choix : les règles de l’Empire exigent que la mise au ban de l’Eglise soit confirmée par les 7 Princes Electeurs. Alors soit ! Convoquez-le ce petit moinillon. Et l’affaire sera entendue… Le calme reviendra et on pourra enfin arrêter ces Turcs mahométans qui menacent la Chrétienté.

Enfin ! écrit Luther : « Jusqu’à présent dans cette affaire, on s’est contenté de jouer, maintenant les choses deviennent sérieuses. Manifestement les choses sont désormais dans la main de Dieu… »

Son arrivée à la Diète de Worms le 16 avril est saluée par la foule enthousiaste qui scande son nom « Luther ! Luther ! ». Porté par l’espoir de tout un peuple de petites gens, protégé par son Prince Frédéric de Saxe, Luther veut en découdre : « Par la Parole seule, le monde a été vaincu, l’Eglise a été conservée ; c’est aussi par la Parole qu’elle sera rendue forte. L’Antéchrist sera écrasé par la Parole sans qu’une seule main ne soit levée. »

Mais Johannes Van der Ecken, l’Official, spécialiste du Droit Canon chargé des procès de l’Eglise, passe à l’attaque sans ménagement :

– Frère Martin, tu as été cité à comparaître devant l’Empire pour recevoir de toi des renseignements à propos des doctrines et des livres qui ont été rendus publics par toi depuis un certain temps. Désignant les livres sur la table, l’air accusateur : Appel à la Noblesse de la nation allemande… Des bonnes œuvres… De la liberté du Chrétien… Prélude sur la Captivité Babylonienne de l’Eglise… Es-tu bien l’auteur de ces ouvrages condamnés par la Sainte Eglise ?

Luther, semble déstabilisé par l’attaque brutale, visiblement impressionné, bafouille. Il hésite, semble perdre ses moyens, parle tout bas, demande un délai pour réfléchir encore… Murmure dans la foule. L’affaire est-elle déjà perdue pour leur champion ?

Il demande un délai ? Soit ! L’empereur lui accorde 24 heures.

Dès le lendemain, Van der Ecken pense pouvoir achever facilement l’adversaire. Il se fait de plus en plus inquisiteur :

– Est-ce bien toi le responsable de la diffusion de ces doctrines hérétiques ? Avoue donc frère Martin ! Puis s’adressant à la foule, visiblement moqueur : Voilà donc le « grand » professeur de théologie, Martin Luder qui se fait appeler Luther « l’Affranchi » ? Est-ce là tout ce que tu as à dire ?

Luther se redresse, visiblement transformé, porté. Sans morgue, la voix est posée, claire et sans agressivité :

– Monseigneur, veuille pardonner la faiblesse dans ma manière de m’exprimer. Je n’ai pas été élevé dans des cours princières, mais j’ai grandi et j’ai été formé dans des recoins monastiques… Il n’empêche que, à la condition qu’aucun mot n’ait été modifié dans ces livres que voici, j’en suis bien l’auteur.

– A la bonne heure, il avoue ! Vas-tu donc te rétracter maintenant ?

– Je suis prêt à me laisser convaincre par des Ecritures évangéliques et prophétiques et si on devait me réfuter à partir de la Bible, je suis prêt à tout et désireux au plus haut point de rétracter toute erreur, et d’être le premier à vouloir jeter au feu mes livres.

Du côté du légat du Pape, on s’insurge : Réfuter cette doctrine diabolique ? Elle a déjà été condamnée depuis le Concile de Constance et le procès de Jean Hus l’hérétique mort sur le bûcher il y a plus de 100 ans !

Seul face aux Puissants de ce monde, le petit moine se redresse. C’est décidé, il ne baissera les yeux devant personne. Quel qu’en soit le prix… Ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n’est ni sûr, ni honnête d’agir contre sa propre conscience. 

On le presse : – Abandonne ta conscience, frère Martin, car la seule attitude sans danger consiste à se soumettre à l’autorité

La soumission ? Jamais ! – Je m’en tiens là. Je ne puis faire autrement. Que Dieu me soit en aide !

Cette histoire vécue il y a 500 ans me donner à penser…

Il paraît qu’il n’est pas possible de se souvenir de sa propre naissance. Moi, je prétends le contraire… C’est même, je pense, une occasion extraordinaire qu’il faut savoir saisir à sa juste valeur. Comme l’instant qui vient. Un jour — et c’est comme une naissance à soi-même ­– j’apprends à dire « JE ».  A parler en mon nom propre, à sortir de la masse informe du « ON » qui ne cherche qu’à me maintenir dans la soumission. Soumission à mon passé, à mon identité, à ma famille, à mon code génétique, à mes pulsions inconscientes, à mon milieu social, à mon ressentiment ou à mes envies… que sais-je encore ? Dire « JE », c’est faire l’expérience d’un arrachement, d’une délivrance, d’une libération. Ce que je suis n’est la propriété de personne. Il s’agit d’habiter sa propre vie.

Il faut apprendre à penser par soi-même. La théologie de Luther a son centre dans l’expérience spirituelle du croyant vécue comme une union mystique avec le Christ, une rencontre qui donne la foi, qui justifie, sauve, qui rend libre et qui fonde un individu qui peut parler en son nom propre. Cette rencontre qui fonde et permet de dire « JE » en sortant du « ON », c’est une nouvelle naissance, cette naissance d’en haut dont parle Jésus à Nicodème dans l’Evangile de Jean. C’est cette rencontre qui « arme de puissance » comme le dit l’apôtre Paul dans l’Epître aux Ephésiens, par son Esprit, pour que se fortifie en vous l’homme intérieur, qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi. C’est cela être en Christ. A partir de là, j’ai Christ en moi et moi je suis en Christ.

La foi vécue comme une rencontre personnelle avec Dieu et où Christ vient habiter en moi en fondant ma conscience, ce que Paul appelle mon « homme intérieur » échappe totalement à l’emprise de l’institution et permet à l’individu d’émerger face au groupe, face à la communauté, face à l’institution, face à l’Eglise. C’est là la grande nouveauté face au catholicisme. C’est cette expérience personnelle qui offre à Luther la liberté intérieure totale face aux autorités et aux pouvoirs ressentis comme illégitimes, face aux déterminismes et au Destin. Sûr de lui, le petit moine augustin refuse alors de se soumettre et s’oppose fièrement aux deux souverains les plus puissants de son époque : le pape Léon X et l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint.  Il peut bien être excommunié, expulsé de la communion, il s’en moque. Ni le pouvoir politique, ni le pouvoir religieux n’ont plus aucune prise sur lui. Je ne peux pas et je ne veux pas faire autrement, dit-il, parce qu’il n’est ni sûr ni honnête d’agir contre sa propre conscience. Cette prise de conscience nous apporte une certitude intérieure que désormais il n’est plus question de se mettre à genoux devant qui que ce soit, ni d’accepter qu’un seul être humain se mette à genoux.  Personne n’est au-dessus. Personne n’est en-dessous. Contestation radicale de toutes les hiérarchies… Je ne sais pas si vous mesurez le potentiel révolutionnaire d’une telle affirmation.

Le chrétien est l’homme le plus libre ; maître de toutes choses il n’est assujetti à personne.  L’homme chrétien est en toutes choses le plus serviable des serviteurs ; il est assujetti à tous.”  (Traité de la liberté chrétienne – 1520). Cette liberté intérieure lui permet d’ébranler complètement et de redéfinir de fond en comble le système de conviction sur lequel reposent les autorités et les pouvoirs de l’époque en retrouvant la Bible comme seule norme et seule autorité (Sola Scriptura), le salut par la foi seule sans collaboration ni œuvre possible (Sola Fide), une nouvelle définition de l’Eglise comme communauté de baptisés (et non comme institution dispensatrice du salut) fondée sur le sacerdoce de tous les chrétiens (posant les bases d’un fonctionnement non hiérarchique de l’Eglise) et la seule autorité de la Parole de Dieu prêchée.

Ma conscience est captive de la Parole de Dieu, dit Luther. Si sa conscience est captive ? Comment peut-il parler de liberté ? Vient-il de quitter une prison pour tomber dans une autre ? En fait, Luther comprend qu’il ne s’est pas construit pas tout seul. Il sait qu’il ne s’est pas délivré lui-même : personne ne s’échappe des sables mouvants en se tirant lui-même par les cheveux… Il sait que sa conscience lui vient d’une Parole qu’il a entendue, à laquelle il a fait confiance et qui l’a libéré de l’emprise du groupe. La question se pose de savoir à qui je fais confiance pour forger mon intime conviction. A quel système d’autorité j’accorde du crédit : ma famille ? mes amis ? la Science ? le Pape ? les réseaux sociaux ? moi-même ? C’est une question que je dois aussi me poser. Mais il ne faut pas se tromper : Luther ne pose pas un individu flottant auto-fondé mais bien un individu qui reçoit sa vérité d’une rencontre existentielle et personnelle avec Dieu et qui trouve sa vérité dans la parole de l’Autre qui se reçoit dans la lecture de la Bible… La conscience n’est donc pas, comme on a tendance à le penser d’une manière un peu facile, cette petite voix intérieure qui fonde un sujet totalement autonome mais bien le lieu où Dieu vient me parler. C’est ce que Saint Augustin (Luther est un moine augustin) appelle « le Maître Intérieur » : il y a une présence de Dieu à l’intérieur de chaque âme (qu’il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi) de sorte que se tourner vers Dieu, c’est revenir en soi et contempler cette lumière intérieure : « or celui que nous consultons est celui qui enseigne, le Christ, dont il est dit qu’il habite dans l’homme intérieur »[1].

Je m’en tiens là, dit Luther. Sa conscience, née de l’expérience d’une liberté reçue comme un cadeau, lui permet de savoir où il se situe, quelle est sa place dans ce monde et pourquoi il vit… Heureux celui qui, comme Luther, peut dire « Je m’en tiens là » : il ne courbera jamais l’échine devant les puissants de ce monde. Heureux celui qui sait qui il est et où il va : il n’aura pas besoin d’écraser les pieds des autres pour se poser et faire sa place au soleil. Heureux celui qui connaît sa place dans ce monde : il aura un sens à sa vie, une vocation dans ce monde déboussolé, il saura où diriger ses pas sans être une girouette. Voilà pourquoi Saint Augustin conclue son livre Du Maître, en citant Matthieu 23 : Pour vous, ne vous faîtes pas appeler « Maître », car vous n’avez qu’un seul maître et vous êtes tous frères. N’appelez personne sur la terre votre « Père », car vous n’en avez qu’un seul, votre Père céleste. Ne vous faîtes pas non plus appeler « Docteur », car vous n’avez qu’un seul docteur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Parole de Dieu. Amen !

[1] Augustin, Du Maitre, 11, 38

Textes du banquet autour des propos de table de Luther

Par le Dr Jean Vitaux, le samedi 2 décembre 2017, à l’occasion de la fête des 500 ans du Protestantisme

 

PRESENTATION DU BANQUET

Nous avons voulu reproduire un banquet de la fin du moyen-âge et du début de la Renaissance, âge charnière de la Réforme. Le passage du style gothique au style renaissance est daté en France, en Champagne dans le jubé de l’Eglise de Villemaur-sur-Vanne de 1516-1517 :

La table en U est typique des banquets médiévaux. Comme aujourd’hui ici dans ce temple, les tables étaient volantes, posées sur des tréteaux, et les convives assis sur des bancs, sauf le seigneur du lieu (sur une cathèdre).

Le service commençait par le Seigneur du lieu (la table pastorale), et chacun mangeait dès qu’il était servi (point important ce jour pour le service, sauf pendant les morceaux de luth).

Les boissons correspondent à l’époque en Allemagne : bière (stabilisée par l’adjonction du houblon depuis le XV° siècle, et vin blanc.

Les plats sont contemporains de Martin Luther, bien qu’il n’y ait pas de livre de cuisine de l’époque en allemand :

  • Jambon persillé (Jambon des Amoignes, XIV° siècle)
  • Fricassée de volailles (Platine en françois, 1500 – Platina était un médecin des papes, humaniste et auteur du premier livre de cuisine imprimé, traduit et augmenté en français)
  • Blanc manger aux amandes (Viandier de Taillevent & Ménagier de Paris, 1395).

S’y ajouteront des « entremets », ou représentations scéniques ou musicales s’intercalant entre les services, représentés pour la circonstance par les morceaux de Théorbe, joués et chantés par le pasteur Louis Pernot.

PRESENTATION DES  PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER

          Martin Luther et sa femme tenaient une sorte de maison d’hôte, où il dinait avec ses collègues comme Philippe Mélanchton et ses étudiants. Ce sont eux qui ont  recueilli les Propos de table de Martin Luther : c’est un recueil de propos vivants de théologie pratique.

PROPOS DE TABLE DE LA PRESENTATION

          Martin Luther accordait une grande importance à la table :

  • «  Qu’il est à plaindre l’homme disgracié, dont la femme ou la servante n’entend rien à la cuisine ! cette infortune de ménage est la source de bien des maux. »
  • «  Quelle satisfaction de posséder un corps sain et vigoureux qui nous permette de manger, de boire, de dormir et de pisser. »

PRESENTATION DE LA MUSIQUE  par Martin LUTHER

  • «  Cet art, la musique, est un don qui nous vient de Dieu, et qui touche de près à la théologie. Il me semble que je perdrais beaucoup, s’il me manquait le peu que je sais de musique »

Et cet autre propos de table, qui s’adresse tout particulièrement  à Louis Pernot  :

  • « ,Nous ferions bien de ne point admettre à la dignité de prédicateur les jeunes gens qui n’auraient pas une bonne connaissance et une pratique de la musique. »

Après le 1° plat,  PROPOS DE TABLE : LUTHER REFORMATEUR CONTRE LES ABUS DE L’EGLISE ET DE LA PAPAUTE

Pourquoi nous fêtons le 500° anniversaire de l’affichage des propositions de Martin Luther sur la porte de l’église de Wittenberg :

CONTRE LES INDULGENCES :

  • « Jean Tetzel s’aventura si loin qu’il devint nécessaire de le combattre : ses écrits et sa prédication avançaient que Dieu et les hommes étaient réconciliés par les effets des indulgences papales. Il assurait que l’indulgence gardait toute sa force et sa vertu, même si le pêcheur n’éprouvait ni remords et s’abstenait de faire pénitence. Il affirmait que le pape avait le pouvoir de pardonner d’avance les pêchés que l’on se proposait de commettre. »

Une anecdote de l’époque illustre ces propos : le dominicain Tetzel vendait les indulgences papales sur un marché de Basse-Saxe. Il haranguait les passants en leur disant : « Quand je vends une indulgence, et que je mets les pièces d’or dans mn tonneau, j’entends les âmes du Purgatoire monter aux ciel ! » Trois reîtres (mercenaires) l’interpellent : « Les indulgences sont-elles valables pour les pêchés passés, présents et à venir ? » Tetzel répondit oui pour les pêchés passés (sans risque), oui pour les pêchés présents (peu de risque au milieu du marché), et imprudemment oui pour les pêchés à venir ! Le lendemain , dans la forêt, les trois reîtres, à visage découvert, tendent une embuscade à Tetzel, mettent en fuite son escorte, et lui confisquent tout : chariot, chevaux, argent et même son froc de moine. Le dominicain se plaint au bailli de la ville voisine, qui convoque les trois reîtres, qui lui expliquent qu’ils n’ont pas pêché, car ils avaient acheté des indulgences pour leurs pêchés à venir. La loi de Dieu prévalant sur celle des hommes, le bailli dut les laisser partir libres !

CONTRE LES RELIQUES :

Tout comme Jean Calvin, Luther s’insurgea contre le commerce et l’adoration des reliques :

  • « Avant que la lumière de l’évangile n’eût apparu, nous adorions, malgré leur énormité, les erreurs et les mensonges du pape et maintenant nous en rougissons. Parmi les reliques, il se trouvait des pantalons de saint-Joseph et des caleçons de Saint-François, que l’on a exhibés ici même à Wittenberg. L’évêque de Mayence prétendait posséder un peu de la flamme du buisson ardent que vit Moïse. On montre à Compostelle l’étendard de la victoire remportée par le Christ, ainsi que la couronne d’épines, la croix et les clous. »

Ailleurs, il parle d’un moine qui montre les charbons qui ont servis à brûler Saint-Laurent sur le gril. Luther souligne la crédulité de ceux qui croient à des reliques  aussi sujettes à caution. Le pantalon de Saint-Joseph est une histoire qui traverse les âges : au début du XX° siècle, Louis Pergaud, dans La guerre des boutons, que le chef des Vellerands, les gamins « rouges », n’a pas fait sa communion solennelle pour avoir mis une culotte à saint-Joseph sur le porche de l’église !.

CONTRE LES SAINTS :

Luther s’emporte sur le culte des saints et contre les légendes hagiographiques qu’on leur prête : ils nous rappelle les vraies valeurs du chrétien :

  • « Les saints ont souvent pêché, souvent erré. Quelle fureur de nous donner toujours leurs actes et leurs paroles pour des règles infaillibles : qu’ils sachent ces sophistes insensés, ces pontifes ignares, ces prêtres impies, ces moines sacrilèges, et le pape avec toute sa séquelle… que nous n’avons pas été baptisés au nom d’Augustin, de Bernard, de Grégoire, au nom de Pierre et de Paul, mais au seul nom de Jésus-Christ note maître. »

LUTHER ET LES MIRACLES :

Martin Luther ne nie pas les signes (miracles du Christ), mais il pense que le le temps des miracles est révolu, rendus inutiles par la Baptême et la Cène :

  • « Pendant que trônaient ceux que les païens tenaient pour des dieux, Jésus-Christ et les apôtres se virent dans l’obligation d’user de miracles et de signes visibles pour gagner les hommes à la vraie foi et mettre fin au culte des idoles. Le baptême et l‘eucharistie ont été institués pour assurer la permanence de ces signes jusqu’au jour où l’enseignement du Christ deviendrait assez fort et assez solide. »

CONTRE LE PAPE :

Les invectives de Luther contre la papauté sont célèbres. Sans choquer nos frères catholiques, il avait quelques bonnes raisons de le faire, car les papes de la renaissance sont plutôt célèbres par leurs excès que par leurs vertus, et car il avait failli être brûlé comme Jean Hus, lors de la diète de Worms :

  • « Mais nous proclamons que son indépendance à l’égard de l’Ecriture, à laquelle il devrait obéir, finira par causer sa perte. »
  • «  Un papiste et un âne, c’est la même chose ! »
  • «  Du moment qu’il est l’Antéchrist, le pape est à mon sens le diable fait chair et travesti, de même que Jésus-Christ est vraiment homme et Dieu. »
  • « Si Jésus-Christ se trouvait en personne sur cette terre et se mêlait de prêcher, le pape le recrucifierait. »;
  • « Le pape est un coucou qui, aux œufs de l’Eglise, substitue des cardinaux rapaces. »

CONTRE LES MOINES :

Martin Luther avait été moine augustinien, mais  il jugeait que la condition de moine ne répondait pas aux enseignements de l’Ecriture :

  • « Les moines étaient les meilleurs oiseleurs du pape ».
  • « Dieu ayant fait le prêtre, le Diable voulut l’imiter, mais il fit la tonsure trop grande, de là les moines. »

CONTRE LE CELIBAT :

Luther après avoir été moine, aima d’un amour sincère sa femme, et il nous dit que rien dans les Ecritures n’impose le célibat :

  • « Le célibat, auquel les papistes chantent des louanges si hyperboliques, n’est qu’une profonde hypocrisie et une grande calamité. »
  • « Que le célibat soit un fait intolérable, l’exemple des pères de l’Eglise est là pour le démontrer. Mais Dieu met à notre portée le remède, c’est-à-dire le mariage, nous devons donc nous en servir. Des meilleurs que nous ont embrassé cet état ; Puisque Pierre avait un gendre, c’est donc qu’il était marié ; de même jacques, frère du Seigneur, et tous les apôtres, sauf Jean étaient des hommes mariés. Paul parle de lui-même comme d’un veuf… »

Après le 2° plat, PROPOS DE TABLE : LUTHER THEOLOGIEN :

Martin Luther, comme quelques années plus tard Jean Calvin, fonda sa théologie sur cette sentence latine, qui résume le protestantisme : SOLO FIDE, SOLO SCRIPTURA : une seule foi, une seule écriture :

  • « La foi d’Abraham fut si profonde que, ressuscitant au dernier jour, il nous reprochera notre incrédulité. »

N’hésitons pas à invectiver le Seigneur :

  • « Au docteur Jonas qui s’inquiétait de savoir si les pensées et les propos de Jérémie, maudissant le jour de sa naissance, étaient dignes d’un bon chrétien, le docteur Luther fit cette réponse : de temps en temps, nous devons par de pareils discours presser le Seigneur. »

Le livre de Job s’adresse à nous tous :

  • « Le livre de Job est admirable : il n’y est point seulement question de l’auteur, mais de tous ceux qui sont dans l’affliction ou qui doivent tenir tête aux assauts du diable. »

Ses interprétations théologiques sont pénétrantes :

  • A quelqu’un qui rappelait que Jésus-Christ avait pris nourriture après la résurrection, le docteur Luther répliqua : « Non par besoin, ou parce qu’il avait faim, mais il entendait par là une preuve éclatante de sa résurrection. »

LA FOI ET LA GRACE  (SOLO  FIDE):

  • « La foi réside dans l’intelligence, et l’espérance dans la volonté. Ces deux vertus sont inséparables. »
  • « La foi est la dialectique car elle est au fond le bon sens et la sagesse. L’espérance est la rhétorique, car elle n’est en somme qu’une élévation de l’esprit. »
  • « L’empire du Christ est celui de la grâce, de la miséricorde et du souverain réconfort. »

LA PREEMINENCE DE L’ECRITURE (SOLO  SCRIPTURA) :

  • « Quelle belle et heureuse chose d’avoir la parole de Dieu devant soi ! Il est permis dès lors de s’abandonner sans cesse à la joie et à la sécurité, car la consolation ne saurait faire défaut. »

Et son contraire :

  • « Qui perd la parole de Dieu, sombre dans le désespoir, car le réconfort de la voix céleste vient à manquer, et il n’écoute plus que les appétits désordonnés de son cœur et l’orgueil, qui le conduisent à sa perdition ; »

Luther a été le premier à traduire la Bible en allemand : tout comme Jean Calvin avec son Institution Chrétienne, c’est un des premiers prosateurs en langue vernaculaire :

  • « De tout temps, les ennemis de la vraie foi ont mis obstacle à la propagation de la Bible et à sa traduction en langue vulgaire, et nous devons une vive reconnaissance à Dieu qui nous a permis d’en donner ici même à Wittenberg, une version en allemand. »

Martin Luther avait les meilleurs imprimeurs et le lendemain du jour où il avait prononcé un sermon, il était imprimé en latin et en allemand, ce qui consternait tout aussi bien Erasme que les prédicateurs catholiques. :

  • « L’imprimerie est le dernier et suprême don par lequel Dieu avance les choses de l’Evangile. »

Mais Martin Luther reconnait que parfois l’interprétation de l’Ecriture est difficile :

  • «  Sa femme se plaignant de ne rien entendre à certains psaumes qu’elle lisait, le docteur Luther entreprit de lui expliquer ce qui la mettait en peine et lui dit « le sens de tels passages nous reste aussi impénétrable qu’à des oies. »

PRESENTATION DE LA MUSIQUE par Martin LUTHER :

  • « Esprit chagrin, le diable se plait à contrister les humains, et ne peut tolérer que ceux-ci se livrent à la joie. Pour cette raison, il détale au plus vite dès qu’il entend de la musique et ne s’attarde jamais si l’on chante de préférence des cantiques religieux. Ainsi David, au moyen de sa harpe, libéra Saül, objets des assauts de Satan. »

PROPOS DE LUTHER SUR L’AUMONE (avant  la collecte) :

  • « Un jour que le docteur Luther se promenait avec le docteur Jonas et quelques autres amis, il fit l’aumône à des pauvres qui passaient. Jonas l’imita en disant : « Qui sait si Dieu nous le rendra. – Vous parlez, lui dit le le docteur Luther, comme si Dieu ne vous l’avait pas déjà donné. Il faut faire l’aumône avec largesse et bon cœur. »

Pendant le 3° service, PROPOS DE TABLE SUR LA SOCIETE :

LUTHER ET LE MARIAGE :

Pour Luther aussi, « la femme est l’avenir de l’homme », lui qui aimait tendrement son épouse et ses enfants.

  • « Je suis plus riche que tous les papistes de l’univers car Dieu m’a donné une femme et cinq enfants ».
  • « La femme doit ou tout au moins devrait être une compagne aimante, gaie et soumise pour toute la vie. C’est pourquoi l’Ecriture lui donne le titre de Parure de la maison du SaintEsprit indiquant par là qu’elle doit être l’agrément, l’ornement et l’honneur du foyer. »

Luther se révèle pénétrant sur la réalité du coupe, notamment quand il a des enfants :

  • « Les mots : le tien, le mien doivent être rayés du vocabulaire des époux. Il faut qu’entre eux tout soit commun, au point de ne pouvoir distinguer ce qui est à l’un et ce qui appartient à l’autre.; »

LUTHER ET LA NATURE :

Luther se réjouit de la nature, témoin et symbole de la création. Son respect de de la nature le rend proche à nos contemporains :

  • « Les arbres, issus pourtant d’une graine minuscule, sont d’une grande utilité. Un arbre est exposé à subir non moins d’épreuves qu’un bon chrétien, orage, foudre, grêle, insectes de diverses espèces. L’arbre poursuit néanmoins sa croissance et produit son fruit.
  • Considérant un jour des animaux qui paissaient dans un pré, le docteur Luther dit : « Je tiens ces animaux pour des prédicateurs ayant mission de nous recommander la confiance en Dieu qui assure notre subsistance et nous traite comme ses enfants : ne nous donnent-ils pas le lait, le beurre, la laine et le fromage. »

LUTHER POLEMISTE :

Mais il reste toujours polémiste (nous ne citerons pas ses attaques contre les juifs) :

CONTRE LES JURISTES :

  • « La lutte entre les juristes et les théologiens n’a pas de fin : c’est la même rivalité qu’entre la loi et la grâce »

CONTRE LES MEDECINS :

Je ne peux que citer ce propos de table, étant médecin !

  • « L’impudence des médecins et leur privilège exorbitant que de pouvoir, contre rémunération, mettre les hommes à mort par des médicaments déraisonnables. »

CONTRE ERASME :

S’opposant à Erasme, humaniste critiquant les excès de l’Eglise, mais voulant rester dans son giron, Luther nous montre son talent de polémiste :

  • « En composant son ouvrage sur la Folie, Erasme a procuré une fille à son image. Son but est la plaisanterie, le sarcasme et la moquerie, mais il bouffonne et extravague, et le livre de ce fou est de la folie toute pure. »

MARTIN LUHTER, LE VIN, LA BIERE ET L’IVRESSE

Mais à l’issue  de ce banquet, rassurez-vous, Luther n’a jamais condamné le vin ni la bière, mais seulement les excès de l’ivresse :

  • « Demandons à Dieu notre pain quotidien. L’olivier, qui dure et fleurit deux cents ans est le symbole de l’Eglise, l’huile est celui de la douceur de l’Evangile, et le vin, celui de l’enseignement de la loi divine. »
  • « Je me souviens de la réponse faite par les paroissiens d’un certain curé du nom d’Ambroise. Comme il les invitait à venir ouïr le parole de Dieu, ils lui répliquèrent : « Oui-da, notre bon curé, si vous apportez et mettez en perce un fut de bière dans votre église, et si vous nous invitez à y goûter, nous ne demandons pas mieux que d’aller vous écouter. »