Ps 40, Jean 1 v29-34, Cor I 1, v1-3 – Heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur

Prédication et confession de foi du Pasteur Marc Schaeffer, le dimanche 15 janvier 2017

Trois textes bibliques, ce matin, riches qui disent et témoignent de la foi. La foi du psalmiste qui remet son espérance, sa reconnaissance en ce Seigneur en qui il peut pleinement placer sans risque sa confiance pour se mettre simplement, toujours et encore, à sa suite, même au temps de la faiblesse, de l’épreuve. Le psalmiste nous offre ainsi des paroles pour que nous sachions en toute humilité nous adresser nous aussi à Dieu, pour que nous trouvions les mots afin d’exprimer cette assurance que le Seigneur, en toute circonstance, continue de penser à nous, d’être à nos côtés.

Dieu l’a témoigné en envoyant son fils, Jésus-Christ suivi par ses apôtres et cette longue chaine de témoins qui peuvent comme nous encore aujourd’hui invoquer le Seigneur Jésus-Christ et mettre toujours et encore leur confiance en lui.

Il me semble donc important d’entendre ce matin comme l’auteur de ce psaume et celui de l’Evangile de Jean que : croire au Seigneur ce n’est pas prendre une assurance tout risque mais c’est savoir que dans tous les risques que je prends, que dans les chemins sur lequel nous sommes emmenés de grès ou de force, au final, nous ne sommes pas seul, le Seigneur est avec nous. Et c’est déjà là comme une forte espérance dans nos parcours de vie qui réservent, nous le savons tous, joie et douleurs.

Oui, quelque soit notre chemin, Dieu s’incline toujours vers nous, il écoute nos cris de joies, nos cris de colères et même, il y répond. Mais pour cela, il faut oser se mettre en chemin, en quête, en quête de Dieu, en quête de soi. « L’homme dans sa simple existence, est une expérience. […] l’homme doit aller jusqu’à la limite de ses possibilités, et encore au-delà, pour se trouver lui-même. Espérer ne veut pas dire avoir des espérances, aussi nombreuses soient –elles, mais être ouvert à l’espérance. […] Etre dans l’espérance signifie se trouver dans un état de disponibilité, ne pas être déterminé par un passé ni par des rêves nostalgiques et donner son assentiment à l’expérience que l’on est pour soi-même. En ce sens, l’espérance n’est pas une chose que l’un a et que l’autre n’a pas, mais [bien] une disposition fondamentale, l’élément constitutif le plus important de la vie humaine. Tant qu’il vit, l’homme espère et, inversement, il ne vit, dans l’ordre de vitalité qui lui est propre, qu’aussi longtemps qu’il espère. […] L’espérance est le souffle de la vie. »[1]

Il est ainsi important dans chacune de nos vies de savoir que nous pouvons nous confier au Seigneur. Oui, comme le dit le psalmiste : « heureux cet homme qui a mis sa confiance dans le Seigneur et ne s’est pas tourné vers les hommes de Rahav, ni vers les suppôts du mensonge » (v.5).

Méfions-nous encore aujourd’hui des faux prophètes et menteurs de ce monde qui peuvent prendre diverses formes mais mettons, plaçons notre confiance non en des hommes ou des femmes mais prioritairement en Dieu. Dieu attend de chacun et chacune d’entre nous que nous lui fassions réellement confiance, que nous fassions confiance à son Fils Jésus Christ en écoutant ses paroles et en appliquant ses enseignements. Et lui faire confiance va au-delà de ce qui me semble finalement possible. Lui faire confiance va au-delà de ce qui me paraît clair. Lui faire confiance conduit bien au-delà de tout ça. Lui faire confiance, se fier totalement à lui, c’est bien souvent, changer, changer vraiment, être un homme nouveau, une femme nouvelle.[2]

Placer ainsi sa confiance, ce n’est pas entrer dans un temps, dans une vie de sacrifice, d’offrande, de demande, d’holocauste. C’est plutôt ouvrir nos oreilles et notre cœur pour nous mettre à l’écoute de la volonté de Dieu, nous mettre à sa suite en ne nous taisant plus, en agissant dans ce monde. Le verset 11 du psaume que nous avons relu ce matin ne semble pas dire autre chose : « Je n’ai pas caché ta justice au fond de mon cœur, j’ai parlé de ta loyauté et de ton salut, je n’ai pas dissimulé ta fidélité et ta vérité à la grande assemblée. » Il ne nous faut pas retenir personnellement la justice mais il faut savoir rendre public la vérité, ce salut, cette bonté et cette fidélité de Dieu. C’est alors entrer dans le sens des réalités, c’est reconnaître qu’il y a logiquement un sens des possibilités.[3]

Chers amis dire, vivre sa foi, c’est oser dire, c’est oser témoigner en vivant cette parole de vie, en partageant une parole d’amour qui engage, qui bouleverse parce qu’elle construit et non parce qu’elle divise ou oppose. Comme en témoigne la salutation de Paul aux Corinthiens : « à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ ». Cet amour de Dieu inconditionnel, cette grâce première qui est si cher à ce réformateur Luther dont nous nous réclamons en ce 500ième anniversaire de la Réforme, nous nous devons de l’attester. Que serait un amour sans expression vivante, sans parole et sans signe ? Dieu a manifesté son amour en Jésus-Christ, celui qui enlève le péché du monde. C’est sur lui qu’un signe fort s’est manifesté à travers cet Esprit Saint qui telle une colombe est descendu du ciel pour demeurer sur lui. Que serait notre foi si nous n’osions, dans le secret ou avec tout le peuple des croyants partager nos certitudes et affirmer, ouvertement, notre joie ? Vivre et exprimer sa foi au cœur de nos tranquillités et même surtout intranquillités, c’est laisser Dieu travailler notre cœur et accepter d’être emportés par le désir d’aller à la rencontre de Celui qui nous aime de toute éternité[4] quel que soit nos choix.

Il y a déjà quarante ans de cela dans une conférence sur l’espérance, France Quéré rappelait les tâches qui attendent chaque chrétien et qui restent me semble-t-il, si j’ose dire, malheureusement bien d’actualité :

« Rendre corps à des idées qui, dans le langage politique, s’enferment dans l’abstraction et la rhétorique des modes. Ainsi, le mot de justice est une parole en l’air si elle n’est portée par une foi ardente en l’unité de l’humanité. Sans cette conviction nous n’aurons jamais assez d’énergie pour traiter des problèmes mondiaux tels que la faim, l’aide au tiers-monde, l’armement nucléaire. Le chrétien doit dénoncer sans trêve tous les mouvements qui atténueraient cette conscience universelle. Or, ils ne manquent pas : les nationalismes exacerbés de petits peuples, les jeux féroces des grands pour accroître leur aire d’influence. […] Comment vivre avec les autres ? […] Aujourd’hui, mon prochain est devenu insupportablement trop proche et trop nombreux. […] Une réaction naturelle nous porte [même malheureusement] à l’isolement. Nous cherchons à oublier l’autre, dans l’importance accrue de la vie privée, ou à l’évincer dans le jeu d’une concurrence violente. Je vois donc tracé un projet très net à l’espérance : que l’autre redevienne celui qui m’attire et que je sois disposé à connaître et aimer. »[5]

Oui, soyons, continuons donc d’être tous ensemble à la recherche de cette espérance en Dieu qui est une espérance sans déception et qui ne limite pas l’homme dans sa liberté, mais qui ouvre l’homme à son avenir, à des horizons nouveaux. Soyons à la recherche avec chacun des membres de nos communautés, de la grande famille chrétienne ici dans votre arrondissement, dans la ville de Paris, dans la région parisienne mais aussi sur l’ensemble du territoire français, en Europe et dans le monde, soyons à la recherche d’une espérance qui permette d’envisager notre avenir dans la joie, d’avoir le courage d’être libre et de se passionner pour toutes nos possibilités de et du vivre ensemble. Ainsi nous pourrons triompher par cette espérance au cœur parfois de la tristesse et du désenchantement devant l’état présent de la vie et de la société où nous nous trouvons parfois.

Notre action, à vous comme à moi, n’est que seconde, secondaire par rapport à ce qui est capital, primordial et qui est l’amour de Dieu pour nous et pour tous les hommes que justement nos actions, nos vies ne doivent cesser d’essayer de refléter.[6] Et cela nous rappelle qu’effectivement toute notre vie n’est pas toujours une partie de plaisir, elle a ses petites et ses grandes épreuves. Mais le Psalmiste nous l’a dit et redit ce matin : « Toi Seigneur, tu ne retiendras pas loin de moi ta miséricorde, ta fidélité et ta vérité me préserveront toujours. » (v.12)

Alors en ce début d’année nouvelle où il est d’usage, de tradition dans notre société de nous souhaiter de bons vœux, souhaitons-nous simplement de savoir ainsi mettre notre espérance en l’Eternel, de savoir placer notre confiance et de pouvoir vivre un jour cette merveilleuse « passion pour le possible »[7].

Ayons tous le courage d’espérer, cette espérance qui est finalement une affirmation de la vie, même face aux épreuves, face à la mort. Et « les Eglises en tant que communautés de résurrection doivent devenir des sanctuaires de vie pour [toute] la communauté humaine. »[8] Pour cela, chacun doit y trouver sa place quel qu’en soit le lieu ou la fréquence des rendez-vous, de son âge, de ses origines ecclésiales, ethniques ou sociales.

Oui, Seigneur que tous ceux qui te cherchent soient dans l’allégresse et se réjouissent en toi. Nous sommes tous pauvres et humiliés nous dit notre psaume ce matin mais le Seigneur pense toujours et encore à nous. Il est notre aide, notre libérateur, il croit en nous comme personne. (v.18) Le Seigneur est peut-être finalement le meilleur des coachs pour chacun et chacune d’entre nous mais faudrait-il encore que nous sachions nous mettre même modestement à son écoute.

 

Amen


 

Confession de foi

D’après des affirmations partagées par des jeunes de 15 à 20 ans lors d’un rassemblement régional[9] :

 

La foi, ma foi c’est savoir lire entre les lignes, savoir pardonner.

La foi, c’est un chemin de vie qui nous accompagne et qui nous soutient, c’est un trésor fragile et précieux dont la valeur est inestimable.

Dieu est toujours là pour toi, pour moi, pour nous.

Si les hommes s’arrêtent aux apparences, Dieu, lui voit jusqu’au fond des cœurs.

Il est amour et avec son fils Jésus-Christ, nous pouvons à notre tour être lumière du monde, invité à être en paix, patient et bienveillant, témoin renouvelé de son amour.

Jésus est pour nous « le chemin, la vérité et la vie » que nous nous devons de crier, de partager au monde.

A travers son Esprit, Dieu nous accompagne dans chacun des pas du chemin de notre vie pour nous montrer la liberté.

En ouvrant les yeux, en regardant le monde tel qu’il est et en imaginant tel qu’il pourrait être, la communauté chrétienne, l’Eglise, aime, répand la joie autour d’elle et peux faire la différence pour ce monde.

Voilà, en quoi nous croyons.

 

Amen

 


 

[1] Jürgen Moltmann,  la religion de l’espérance, article paru dans ETR ?, p.389s.

[2] d’après Pierre Haag, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.302.

[3] D’après une expression de Jurgen Moltmann.

[4] D’après Christine Reinbolt, Mille textes. Autrement. Les presses d’Ile de France, 1997, p.67.

[5] France Quéré, article paru dans ETR, Aujourd’hui l’espérance, conférence donnée au centre de rencontre et de recherche de Pau, en décembre 1974, p. 12 et 13.

[6] D’après Isabelle Grellier, Action sociale et reconnaissance, Oberlin, 2003, p.26.

[7] D’après Kierkegaard.

[8] Konrad Raiser, avant-propos in Samuel Kobia, Le courage de l’espérance, Cerf, 2006, p.9.

[9] Rassemblement Car Aimant KIFF de la région Centre Alpes Rhône, 29 – 31 octobre 2016.

Matthieu 2 v1-12 – Les bergers et les mages

Prédication du dimanche 8 janvier 2014, par Sylvie Franchet d’Espèrey, suivie de la confession de foi

Il y a les bergers et les mages ; les bergers chez Luc, les mages chez Matthieu. Ils sont les premiers témoins de Noël, ceux qui ont vu l’enfant.

  • Les bergers : Des hommes simples, sous le coup d’une vision impressionnante, des anges dans le ciel : « Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » Ils ont cru, ils ont couru et ils ont vu. La foi qui ne pose pas de question, la foi comme confiance et comme élan.
  • Les mages : des savants, qui étudient, qui interprètent, qui veulent comprendre. Des hommes aussi qui se mettent en marche, car ils ont fait une découverte importante : le roi des Juifs vient de naître et il a une vocation qui concerne le monde entier. Il faut voir. La foi comme recherche, comme confiance, là aussi, et comme désir.

Les uns viennent de tout près, des champs du voisinage ; les autres viennent de fort loin, d’Orient, sans doute de l’empire babylonien. On peut donc interpréter la présence des mages en termes d’espace. Oui, Jésus est venu sur terre pour tous, proches et lointains, il est le sauveur du monde. C’est là-dessus que les auteurs de la liste des textes dominicaux ont choisi de mettre l’accent.

Mais pour saisir le sens du moment que nous célébrons aujourd’hui, la fête de l’épiphanie, la manifestation de Dieu à travers l’enfant nouveau né, je voudrais faire intervenir une autre dimension : le temps.

 

Avec l’épiphanie, c’est comme si Noël se prolongeait du 24 décembre au 6 janvier. D’ailleurs, n’est-ce pas après l’épiphanie qu’on range la crèche et qu’on enlève le sapin à moins qu’il n’ait perdu ses aiguilles bien avant ? Entre Noël et l’épiphanie y a à la fois un écart et une durée, une continuité. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Premier point : il y a plusieurs temps, vous le savez bien.

  • Il y a le temps historique, qui situe les événements dans la réalité : « Après la naissance de Jésus, à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode » : on a un lieu, une période historiquement située, et un événement qui s’y inscrit ; c’est le temps de l’histoire, Jésus est inscrit dans l’histoire. Et c’est important.
  • Et puis il y a le temps du récit, qui façonne le déroulé d’une histoire racontée. Pour nous présenter Jésus, Matthieu a choisi de raconter l’histoire des mages. C’est eux que nous suivons et nous voyons le Christ à travers leurs yeux : « Ils entrèrent dans la maison, virent l’enfant avec Marie, sa mère et tombèrent à ses pieds pour se prosterner devant lui ». C’est la seule image de l’enfant Jésus dans l’évangile de Matthieu : Noël, dans le temps du récit, est vu et vécu à travers le regard des mages. Il y a comme un télescopage : un seul instant pour Noël et l’épiphanie.
  • Mais voilà qu’il y a un troisième temps, le temps liturgique, un temps à la fois biblique, symbolique et spirituel. Il s’inscrit d’abord dans la fidélité à l’Écriture : « Après la naissance de Jésus», dit l’évangile de Matthieu, sans autre précision ; probablement quelques jours. Eh bien, ces quelques jours l’Église primitive s’en est emparée pour les inscrire dans le temps liturgique. Ce temps tient compte de ce que nous sommes, nous les humains, et des besoins de notre âme. L’épiphanie, c’est peut-être alors une sorte de piqûre de rappel, un Noël bis, Noël, épisode 2. Dès le 26 décembre Noël est passé, et nous, nous sommes passés à autre chose. Or Noël continue, pour que des hommes et des femmes  viennent à Jésus, après, dans le prolongement de Noël, et peu importe combien de temps. Ce sont les mages, mais ce sont aussi tous ceux qui se mettent en marche, parce qu’ils ont vu leur étoile personnelle.

Dans la vie spirituelle, Noël peut se prolonger, Noël doit se prolonger : d’abord jusqu’à ce que j’arrive à Jésus, à la manière des mages, jusqu’à ce qu’il se manifeste à moi ; ensuite tant que je vivrai, parce que la rencontre n’est jamais achevée : elle le sera lorsque je le verrai face à face. J’ai dit « la rencontre ». De fait, il me semble que dans notre vocabulaire contemporain « épiphanie » pourrait se traduire – ou plutôt se transposer – non pas par « manifestation », qui ne nous parle guère, mais par « rencontre », un mot de notre temps, un mot qui a du poids.

Oui, ce temps entre Noël et l’épiphanie, c’est un temps béni, qui me laisse m’approcher de Jésus à mon rythme pour le contempler, le rencontrer.

 

Alors, voyons comment les Mages ont rencontré Jésus et avançons avec eux.

D’abord, il y a l’étoile. Certes, c’était leur métier, aux mages, de scruter le ciel pour y trouver des signes ; ce n’est pas le nôtre. Mais prenons les choses de manière symbolique : pour voir une étoile, il faut lever la tête et regarder le ciel. Nous ne trouverons pas le Christ en ayant le regard tourné vers le sol, ni surtout tourné vers nous-mêmes, le nez dans nos affaires et nos préoccupations. On aime à dire, surtout dans le protestantisme, que tout est donné, que la grâce, que la foi elle même sont un don de Dieu. Et c’est vrai, profondément vrai ; dans les évangiles, c’est comme cela que Marie et les bergers vivent les choses. Mais la démarche des mages, plus volontaire, mérite qu’on s’y arrête : elle nous invite à lever les yeux, à chercher autre chose, ailleurs. Et c’est alors que tout peut arriver, qu’un espace se creuse en nous pour accueillir la grâce.

Ensuite, il faut suivre l’étoile, c’est-à-dire qu’il faut de la persévérance. Quelle que soit la manière dont la foi nous est venue, pour la vivre, il faut de la persévérance : ne pas renoncer en chemin, par découragement ou par lassitude ; suivre l’étoile à travers les déserts, les fleuves et les montagnes. La rencontre est au bout : cela vaut la peine.

Et puis il y a les obstacles : Hérode ! Les mages croyaient obtenir une réponse à leur simple question : « Où est le roi des Juifs, qui vient de naître ? » Ils trouvent la manipulation. Hérode a senti le danger, lui, qui est appelé « roi des Juifs » par autorisation de l’empereur Auguste. Il va profiter de leur naïveté, c’est-à-dire de leur simplicité de cœur, pour éliminer toute concurrence – et ce sera le terrible massacre des innocents. Mais il n’aura pas Jésus, car les mages, avertis en songe, ne repasseront pas par Jérusalem ; ils emprunteront mystérieusement « un autre chemin ».

Je m’arrête un instant sur un autre personnage collectif, le groupe des grands prêtres et des scribes. Spécialistes des écritures, ils les scrutent, comme les mages scrutent le ciel ; et ils donnent à Hérode la réponse à sa question : le Christ, le Messie – donc celui qui menace sa propre royauté – doit naître « à Bethléem de Judée ». Et c’est tout. Or ils sont au courant de ce qui se joue, puisque, dit l’évangile, « tout Jérusalem fut troublé » par la question des mages. On a l’impression que les grands prêtres et les scribes ne veulent pas en savoir plus. Ils font leur travail, ce que le roi fera de leur réponse, ce n’est pas leur problème. Quoi qu’il arrive, ils ne seront pas responsables. À la différence des mages, ils n’ont pas le désir de comprendre, d’aller voir l’enfant, encore moins de l’adorer. Peut-être que ce serait trop dangereux : le verbe grec traduit par « se prosterner » implique de reconnaître la royauté de celui devant qui on se prosterne. Avec Hérode, reconnaître un autre roi que lui, cela ne pardonnerait pas. Frères et sœurs, ne reconnaissons-nous pas là une attitude de prudence teintée de lâcheté, qui nous est familière : « Ce n’est pas mon problème », entendons-nous souvent. Peut-être même nous est-il arrivé de le dire. Eh bien, sachons-le : pour rencontrer Jésus, il faut ressembler aux mages et non pas aux scribes.

Enfin, l’étoile se fixe, désignant ainsi le lieu recherché, et les mages « entrent dans la maison ». Chez Matthieu ce n’est pas une étable, ou peut-être, ce n’est plus une étable, car de toute façon, on est plusieurs jours après. Vous me direz qu’ils ont eu de la chance, les mages, d’avoir ce signe : ce n’est pas à nous que cela arriverait ! À vrai dire, des signes, nous en recevons bien rarement et généralement nous les comprenons après coup. Oui, mais justement la Bible est là, ce texte de l’évangile de Matthieu est là pour être pour nous un signe. Tout le monde ne reçoit pas de révélation personnelle ; mais chaque chrétien a la Bible pour connaître et reconnaître Dieu.

Revenons aux mages, à ce moment de l’adoration, si souvent représenté dans la peinture occidentale. Deux mots dominent ce passage: le verbe voir et le nom joie. Nous sommes là au cœur de l’épiphanie.

  • Les mages voient l’étoile s’arrêter, puis ils voient l’enfant avec Marie, sa mère. La voilà la manifestation, la rencontre. Voir de ses yeux, comme des témoins de la grâce de Dieu ; mais aussi voir avec les yeux de l’âme, comme des sujets qui reçoivent la grâce de Dieu.
  • Il y a une deuxième face à la rencontre, c’est la joie produite par la vue : « à la vue de l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie ». C’est la joie d’être arrivés, au terme de leur marche, devant l’enfant désiré et enfin trouvé. On perçoit là une forme de reconnaissance, qui fait partie de l’épiphanie : oui, c’est bien lui, le roi des Juifs. Ils peuvent alors se prosterner et lui offrir les cadeaux royaux qu’ils avaient préparés.

Mais il y a plus. En cet instant de l’évangile de Matthieu, placés avec les mages devant l’enfant Jésus, nous comprenons ce qu’est la joie de Noël : une joie profonde, qui monte du dedans de l’être, une joie donnée comme un cadeau, comme une grâce. De Noël à l’épiphanie, on a le temps de la saisir, de s’y arrêter, de la goûter. Elle rayonne et nous enveloppe, le temps d’un culte, le temps d’un chant, d’une contemplation, et tout le temps de Noël à l’épiphanie. Elle fait naître en nous la paix, elle dénoue ce qui nous lie ; parfois, elle fait pleurer. Mais elle ouvre aussi un avenir, qui se vivra dans la foi.

 

Oui, pour les mages comme pour nous, l’épiphanie c’est encore Noël : c’est l’aboutissement d’une quête ou d’une attente ; c’est une reconnaissance et une rencontre ; c’est la joie donnée et reçue ; et c’est un commencement, celui de la vie avec Jésus, aujourd’hui, demain, et tous les jours de ma vie. Amen !

 


 

Confession de foi du Canton de Vaud

 

Je crois en un Dieu Père,
Dont la Parole soutient la vie des hommes
Et oriente leur histoire.
Il est leur vie.

Je crois en son fils, Jésus Christ,
Né parmi les pauvres,
Lumière dans notre nuit,
Premier-né d’entre les morts.
Il est vivant.

Je crois en l’Esprit saint,
Qui nous fait naître à la vie de Dieu,
Qui anime le combat pour la justice,
Qui nous conduit dans l’espérance.
Il est la force qui fait vivre.

Je crois la sainte Église universelle,
Messagère de la Bonne nouvelle,
Qui rend libre.
Elle nous enfante à la vraie vie.

Je crois à la résurrection
Dans l’imminence d’un monde nouveau
Où Jésus Christ, notre Seigneur,
Sera tout en tous.

 

Amen !