Mot d’introduction – liturgie de reconnaissance du ministère Conseil presbytéral

Par le Pasteur Marc de Bonnechose, dimanche 25 Septembre 2016

Conscients de cette grâce que le Seigneur nous donne, et de la foi qu’il met en nous pour la faire vivre en nous et dans la communauté, nous allons maintenant reconnaître le ministère du Conseil Presbytéral de l’Eglise protestante unie du Saint-Esprit.

Si je suis là ce matin, c’est au nom du Conseil régional, pour marquer que l’Eglise n’est pas seulement notre vie quotidienne de foi, mais aussi une communauté, rassemblée autour de son Seigneur, qui s’étend bien au-delà des frontières de ce temple. Et cela me donne l’occasion d’adresser à la communauté que nous formons ce matin deux mots. Le premier, c’est la diversité, et le second, c’est le service.

La diversité, avant tout. Comme le dirait Esaïe, « venez, vous tous qui avez soif, écoutez-moi et vous vivrez ». Nous venons chacun de lieux différents, le 8eme arrondissement et les arrondissements limitrophes qui déterminent le territoire paroissial, bien sûr, Mais aussi bien au-delà de cette géographie. Car ce n’est pas nous qui nous rassemblons, mais notre Seigneur, qui nous a convoqués. C’est d’ailleurs le sens de cette vocation que nous allons reconnaitre : vocation, c’est-à-dire être appelés.

Nous sommes aussi rassemblés pour des raisons extrêmement variées, bonnes ou moins bonnes selon l’appréciation de chacun : ce peut être la louange, l’envie d’un temps de pause, un remord qui cherche la paix, la quête de sens pour son existence, le besoin de se nourrir intellectuellement ou spirituellement, l’habitude ou l’envie de se sentir en groupe pour communiquer, le remerciement, un appel intérieur… si elles nous paraissent diverses, toutes ces raisons sont légitimes, car au final nous sommes là, présents, et c’est à notre présence que Dieu s’adresse dans sa prière aux hommes et aux femmes de ce temps.

 

Variés aussi nous le sommes dans les pratiques de notre foi : que ce soient des gestes quotidiens, des habitudes de prières, des tendances théologiques ou des formes de piété. Mais par-dessus tout, nous sommes un, car Dieu est un. C’est ce qu’évoque l’épître de Jean :  « quiconque croit que Jésus est le Christ est enfant de Dieu ». ou encore l’évangile de Luc, quand il parle des enfants d’Abraham.

Cette diversité de l’Eglise, nous devons la marquer, la vivre et la gérer. C’est un des rôles du Conseil presbytéral, et l’un des engagements qu’il prendra dans quelques minutes.

 

Le second mot important, c’est le service. L’évangile de Marc nous signale que Jean-Baptiste ne se reconnaissait pas digne de dénouer les lanières des sandales du Seigneur, et pourtant, c’est lui qui l’a baptisé, pour qu’il soit envoyé en mission. L’action du chrétien, et du Conseil presbytéral en particulier, c’est le service.

Servir le Seigneur, pour que ceux qui viennent à lui puissent repartir transformés, déplacés, grandis de sa Parole. Rappelons-nous qu’il ne s’agit jamais de notre petite Eglise, mais de l’Eglise de Dieu, que Dieu rassemble lui-même en nous donnant la foi. Que nos décisions ne sont rien si elles ne répondent pas à la prière de Dieu pour nous. Que notre prière elle-même n’est rien, si Dieu ne vient pas s’y glisser pour nous prier au cœur. Et qu’enfin nous ne faisons pas notre volonté de bien faire, mais la sienne avant tout.

 

Si on suit cela à la lettre, le rôle du Conseil presbytéral est donc en théorie impossible à tenir ! Et pourtant, c’est un rôle central, important, fondamental pour la communauté, et le lieu possible d’une grande joie : Tenir ensemble la diversité infinie de l’Eglise de Dieu ; avec comme moteur non pas la volonté mais la foi que Dieu vous donnera ; et comme ciment non pas l’organisation institutionnelle mais le service d’autrui.

 

Luc 16, v19-31 – le riche et Lazare

Prédication du Pasteur Marc de Bonnechose, dimanche 25 Septembre 2016

 

Au temps de Jésus, circulaient notamment dans l’Egypte voisine, des histoires décrivant ce qui se passait dans l’Au-delà. Pour inciter les gens à tenir compte de leurs voisins et bâtir une société plus paisible et plus gouvernable, mais également pour que chacun reste à sa place. De cette manière, la patience a pu être prêchée à ceux qui souffraient, qui sont toujours les plus nombreux dans une société batie par le pouvoir de quelques uns sur la masse des autres. « Votre bonheur dans l’au-delà sera inversement proportionnel à votre bonheur ici-bas. » Message peut-être subversif pour le pouvoir et réconfortant pour les plus faibles, mais sa transmission de siècle en siècle a souvent permis de légitimer l’ordre établi.

Et jusque dans nos Eglises, qui se sont longtemps servies de la parabole pour prêcher la patience aux chrétiens souffrants, et la culpabilité aux plus aisés… Une culpabilité d’ailleurs qui avait des contreparties financières, puisqu’on a été jusqu’à racheter des parts de salut… qui ont par exemple permis de construire Saint-Pierre de Rome. Le prophète Amos va également dans le même sens : malheur à ceux qui fondent leur vie sur leurs avoirs, leurs qualités, leurs certitudes et s’y enferment.

Apparemment, Jésus ne dit pas autre chose quand il transmet cette histoire aux pharisiens. Et Jésus ajoute même la fin de l’histoire concernant Abraham et les 5 frères du riche ; aucune illusion ne peut être attendue sur la gente humaine : il ne sert à rien de prévenir ceux qui vivent sur la terre par des miracles ou des avertissements qui ne seront pas écoutés.

Qu’est-ce qu’un tel récit peut nous apporter aujourd’hui ? Et particulièrement pour la paroisse du Saint-Esprit qui reprend aujourd’hui les activités annuelles par le culte de rentrée, et la reconnaissance de son conseil presbytéral ? Apparemment rien à première lecture, et personne ne se laisse plus prendre par la culpabilisation.

Sauf que.

A / Sauf qu’il existe des lectures plus approfondies de la parabole, que nous allons partager. C’est le rôle d’une paroisse et de sa catéchèse : aider chacun à passer d’une interprétation littérale première des textes, à une autre dimension, capable de mettre en route et de créer une communauté d’espérance.

B / Par ailleurs, la paroisse se construit actuellement autour d’un projet de vie, pour accueillir un pasteur en juillet. Ce projet de vie ne peut pas être uniquement la poursuite de ce qui s’est fait depuis tout temps ou d’un quelconque ordre établi par on ne sait quelle puissance de l’histoire. Un projet de vie est un projet, donc tourné vers demain, et concerne la vie, pas les habitudes.

C / Enfin, dans la paroisse, certains souffrent et certains vivent des temps d’enfermement sur soi. Et la parabole doit pouvoir les relever et les envoyer vers demain. C’est le rôle de chaque texte de l’évangile. Il nous faut donc rechercher ce qui peut nous relever.

Voilà trois raisons pour nous guider dans une compréhension plus approfondie de cette histoire, et je vous invite à me suivre, sous le texte. D’abord, vous le savez, une parabole, est faite pour choquer, pour nous retourner, nous décaler de ce que nous sommes. C’est une histoire ordinaire à double lecture. Et elle implique de ne pas s’arrêter aux mots, à ce qui a l’air d’être la réalité des choses. Ne pas s’arrêter aux mots, c’est d’abord je crois, comprendre cette histoire en s’apercevant qu’elle répond en tout point à la propétie d’Amos. Un homme riche a profité de la vie pour lui tout seul, il ne s’est pas ouvert. Il n’a pas vécu vraiment. Il ne s’est pas donné les moyens de regarder les autres.

On est exactement dans le même cadre que la parabole des Talents : que faisons-nous de ce qui est donné. Non pas les choses matérielles, mais la vie et la foi. Un Talent, c’est une vie de salaire. C’est Dieu qui donne à l’homme sa vie et lui dit : ‘va la vivre, et la vivre vraiment’. Comme dans l’épitre à Timothée, où Paul dit : combat le bon combat de la foi. Vis pleinement la foi qui t’est donnée, cela sera source de justice, piété, charité, patience,douceur, etc. Nous ne sommes pas dans notre parabole sur des questions financières. Nous sommes sur des questions de foi et d’identité.

Vous avez sans doute remarqué que le riche n’est pas nommé. Il n’a pas d’identité. C’est UN riche. Il n’est pas nommé pour lui-même, mais par le fait d’être riche. Ce qu’il a reçu ou conquis, fait le centre de sa vie au point de le qualifier. Comme si un breton ne trouvait sa raison d’être que dans le fait d’être breton, qu’un cévenol ou un protestant étaient cévenol ou protestant avant d’être chrétien, qu’on était membre du Saint-Esprit avant d’être membre de la communauté des frères rassemblés ici ce matin, ou que notre éducation nous enfermait dans des attitudes où l’on se retrouvait incapable d’aller voir des personnes autres et différentes, ou que notre lecture de la bible était forcément la seule ou la meilleure…

Nous avons de nombreux exemples possibles, où l’homme riche de la parabole est finalement plein d’actualité, nous qui vivons notre vie indépendamment de celle du voisin, qui ne considérons souvent que nos propres demandes, nos propres envies, sans faire attention à la souffrance ou la différence qui se manifeste autour de nous. C’est peut-être cela, la fausse richesse. Etre tellement sûr de son bon droit et de ses atouts, qu’on ne voit même pas l’autre, qu’on ne s’ouvre pas, qu’on ne se décale pas de son quotidien. Peut-être que le riche aurait donné quelque chose à Lazare, s’il l’avait seulement vu.

C’est en cela que Jésus tord l’histoire que tout le monde connait, pour en faire une parabole évangélique. Quand une parole, quand un témoignage pourrait donner sens à notre vie, on ne peut pas les voir, on ne voit que notre parole à nous. Et pourtant elle est là cette parole de libération ; il est là, ce témoignage de vie. A notre porche comme Lazare ; dans la rencontre que nous accepterons peut-être de faire un jour, au risque de perdre une partie de nos certitudes.

Lazare, lui, est nommé, il existe bien pour chacun de nous. ‘Lazare’, ça veut dire : ‘Dieu aide’. Cette aide de Dieu, cette Parole, nous ne la voyons même pas mais elle existe pour nous ; nous ne voyons que le fait qu’il y ait un ‘mendiant-Lazare’, sans voir au dessous des mots. Et pourtant elle est bien là, la ‘Lazare’, l’aide de Dieu. Comme une promesse, comme un appel, pour chacun de nous.

C’est peut-être le premier message de la parabole : ne restons pas ainsi, enfermés sur nous-mêmes, ouvrons-nous à la Parole, laissons-nous déplacer par la rencontre qui vient nous fortifier et nous aider à vivre.

Mais il faut aller plus loin que ce simple appel de Jésus à la vigilance et à la conversion. Car cette parabole est avant tout une espérance. Sinon, elle n’aurait rien à faire dans l’évangile. Et il suffit pour cela de comprendre que les chiens, dans l’Evangile de Luc, sont souvent l’image des païens, mais aussi et surtout ici, où les pharisiens sont cités, l’image d’un judaïsme très fermé. Il nous faut comprendre que ce qui vient lécher les plaies de Lazare, ce qui vient ronger ses souffrances, c’est le légalisme des pharisiens et des scribes. Comme nous nous rongeons nous-mêmes de culpabilité devant cette parabole, lorsque nous faisons appel à notre seul jugement moral. Nous le savons, aucune loi ne pourra venir nous délivrer de ce sentiment d’impuissance devant le malheur des autres. Aucune règle éthique ne pourra nous ouvrir, si nous n’acceptons pas de lâcher ce à quoi nous tenons. Et au contraire, plus on nous culpabilise et plus on se renferme sur nous-mêmes.

Jésus nous donne peut-être là un premier message d’espérance : d’abord vis-à-vis de nos souffrances, comme pour Lazare. Si un jour nos plaies ouvertes par la culpabilité finissent par détruire toutes nos résistances, quand nous abandonnerons la partie, quand nous serons suffisamment abattus pour accepter d’être aidés, ou soutenus et accompagnés par nos frères par nos rencontres, alors Jésus nous promet que nous serons en mesure de vivre autre chose, de vivre autrement et pleinement.

Entre là où se situe le riche et là où se situe Lazare, il y a un abîme, comme le dit Abraham. C’est une vie radicalement différente. Ceux qui en vivent déjà peuvent en témoigner.

Mais il y a un second message de Jésus, cette fois pour l’homme riche que nous sommes aussi souvent ; un autre message d’espérance. Le riche est empêtré dans son enfermement, sans savoir quoi faire. Alors comme nous, il va essayer toutes les possibilités pour s’en sortir.

A / D’abord de faire valoir son droit au salut, puisqu’il est fils d’Abraham. Comme nous le faisons nous-mêmes en disant que nous sommes enfants de Dieu, et qu’il ne peut pas ne pas nous aimer. C’est un argument légaliste, un chantage qui tente d’entraîner Dieu dans notre destin. Et cela ne marche pas.

B / Ensuite, l’homme riche va faire appel à la pitié : « Fais en sorte que Lazare vienne me rafraîchir avec de l’eau. » Nous pourrions presque dire aujourdhui : « Fais en sorte que ta Parole vienne nous vivifier. » C’est se poser en consommateur de la parole, rester passif devant la promesse de Dieu. C’est la mentalité de l’assisté qui attend la pitié divine. Et dans la parabole, cela ne marche pas non plus.

C / Enfin, le riche va faire une dernière tentative : « Fais en sorte que mes 5 frères puissent voir des signes de ta Parole, et croire. » Pour ceux d’entre vous qui connaissent la symbolique biblique, le chiffre 5 représente souvent les 5 premiers livres de la loi, le Pentateuque. On retrouve par exemple cette allusion dans l’histoire de la Samaritaine, lorsque Jésus lui dit : tu as eu 5 maris et tu n’en a pas vécu ; autrement dit, la loi, ce que Dieu donne à l’homme pour vivre, ne t’a pas suffi et tu n’as pas réussi à en vivre.

Ici, le riche demande la même chose. Il dit en filigranne que la parole de Dieu ne lui a pas suffi, et qu’en plus de la parole, il faut que les 5 frères reçoivent des preuves de la présence de Dieu. C’est comme si nous demandions à Dieu de nous démontrer la foi !

Or la foi, c’est bien d’après Paul, ‘la ferme espérance des choses que l’on ne voit pas’. Là où Dieu est démontré, la foi n’est plus. Mais c’est bien la foi qui nous fait vivre : l’espérance. Et non pas le savoir. Le savoir, c’est le symbole du riche. L’espérance, c’est le symbole de Lazare, qui attend à la porte.

Trois tentatives donc pour enfermer Dieu ; trois refus de la part d’Abraham. C’est certainement un échec pour ce riche, aveuglé par lui-même au point que, même dans la souffrance, il ne peut plus penser et raisonner que par rapport à lui-même en essayant d’enfermer les autres dans sa propre logique.

Mais c’est en même temps une grande espérance pour nous. Parce que cet échec nous montre que nous pouvons sans crainte passer de l’autre côté de l’abîme, abandonner notre carapace, lâcher prise devant Dieu. Nous pouvons être assurés que nous vivrons alors son salut, une libération, parce que nous serons devenus des enfants de la confiance, des fils véritables de cet Abraham qui avait lâché les ‘impossibles’ pour suivre Dieu dans l’aventure de la vie.

Le problème du chrétien n’est pas tant de demander tout cela dans de belles prières, que de s’y lancer vraiment, d’oser regarder les autres, pour vivre enfin avec les autres dans une communauté d’espérance. C’est dans le regard de nos frères, que nous pouvons reconnaitre Lazare, ‘Dieu vient en aide’.

Alors cela peut faire peur, surtout lorsqu’ Abraham nous dit qu’un abîme a été creusé, qui nous sépare de lui. Mais c’est sans doute aussi notre chance. Parce qu’en plongeant dans l’abîme, on se perd soi-même, on se perd à soi-même ; et l’on peut alors s’ouvrir à l’Autre. Ce n’est que dans la chute, que dans l’abandon, que nous pourrons voir vraiment que Dieu nous accompagne, et que nous sommes peut-être nous aussi des Lazare, pour d’autres, des ‘Dieu aide’.

Il existe un cantique qui dit cela très bien, et que nous avons chanté tout à l’heure : « J’abandonne ma vie, sans regret ni frayeur, à ta grâce infinie, O mon libérateur… »

 

Amen.

 


 

Textes du jour

Amos 6:1-7Louis Segond (LSG)

Malheur à ceux qui vivent tranquilles dans Sion, Et en sécurité sur la montagne de Samarie, A ces grands de la première des nations, Auprès desquels va la maison d’Israël!…

Passez à Calné et voyez, Allez de là jusqu’à Hamath la grande, Et descendez à Gath chez les Philistins: Ces villes sont-elles plus prospères que vos deux royaumes, Et leur territoire est-il plus étendu que le vôtre?…

Vous croyez éloigner le jour du malheur, Et vous faites approcher le règne de la violence.

Ils reposent sur des lits d’ivoire, Ils sont mollement étendus sur leurs couches; Ils mangent les agneaux du troupeau, Les veaux mis à l’engrais.

Ils extravaguent au son du luth, Ils se croient habiles comme David sur les instruments de musique.

Ils boivent le vin dans de larges coupes, Ils s’oignent avec la meilleure huile, Et ils ne s’attristent pas sur la ruine de Joseph!

C’est pourquoi ils seront emmenés à la tête des captifs; Et les cris de joie de ces voluptueux cesseront.

 

1 Timothée 6, 11-16

Pour toi, homme de Dieu, fuis ces choses, et recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur.

Combats le bon combat de la foi, saisis la vie éternelle, à laquelle tu as été appelé, et pour laquelle tu as fait une belle confession en présence d’un grand nombre de témoins.

Je te recommande, devant Dieu qui donne la vie à toutes choses, et devant Jésus Christ, qui fit une belle confession devant Ponce Pilate, de garder le commandement,

et de vivre sans tache, sans reproche, jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Jésus Christ,

que manifestera en son temps le bienheureux et seul souverain, le roi des rois, et le Seigneur des seigneurs,

qui seul possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n’a vu ni ne peut voir, à qui appartiennent l’honneur et la puissance éternelle. Amen!

 

Luc 16, 19-31

Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie.

Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d’ulcères,

et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères.

Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli.

Dans le séjour des morts, il leva les yeux; et, tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein.

Il s’écria: Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse la langue; car je souffre cruellement dans cette flamme.

Abraham répondit: Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne; maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres.

D’ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ou de là vers nous, ne puissent le faire.

Le riche dit: Je te prie donc, père Abraham, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père; car j’ai cinq frères.

C’est pour qu’il leur atteste ces choses, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments.

Abraham répondit: Ils ont Moïse et les prophètes; qu’ils les écoutent.

Et il dit: Non, père Abraham, mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront.

Et Abraham lui dit: S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, quand même quelqu’un des morts ressusciterait.

Apocalypse 1, 10-19 – La Bible dans une main, le Journal dans l’autre 

Dimanche 18 septembre 2016, par le Pasteur Michel Leplay

Comme l’écrivait le voyant, l’Apocalypse – qui veut dire Révélation et non pas catastrophe, puissions-nous être, ce matin, « saisis par l’esprit au jour du Seigneur ». Je suis, pour ma part, saisi de joie en vous retrouvant et saisi de crainte devant la tâche de la prédication. Que l’Esprit nous permette de demeurer dans la joie qui demeure et d’annoncer sans crainte la Parole de Dieu.

St Jean, qui est pour nous le premier et le grand paroissien du Saint-Esprit, raconte qu’il « entendit derrière lui une puissante voix ». Celle-ci, à mon avis, ne peut être que la voix qui est avant nous, la parole qui nous précède, la voix de Moïse sur la montagne nous apportant les dix paroles commandées du Décalogue, la voix de Jésus dans la plaine nous recommandant les sept demandes du Notre Père. La voix d’avant, la voix d’hier, la voix première, parole initiale, « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », et la basse continue du Seigneur quand « la Parole a été faite chair et a habité parmi nous ». Ainsi, les deux testaments témoignent de « cette puissante voix que nous entendons derrière nous », depuis que « au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » de la Genèse, jusqu’au prologue de l’évangile de Jean « Au commencement était la parole, et la parole était Dieu », en passant par le Psaume « Avant que tu fus tissé dans le sein de ta mère, je te connaissais »…

Alors, il est dit au voyant par cette voix d’avant « Ce que tu vois, écris-le dans un livre » en grec BIBLOS. Vous avez bien entendu : BIBLOS, un livre, le livre, la Bible, une bibliothèque dont nous avons ce matin lu des extraits de trois livres. Et du dernier d’entre eux qui ferme la marche des témoins qui nous précèdent.

La BIBLE est ainsi en quelque sorte, en ce jour du Seigneur, notre « journal du dimanche »…

Notre génération maintenant vieillissante, s’était souvenu d’un aphorisme prêté à Karl Barth et qui nous tenait lieu de viatique pour notre ministère : « Le chrétien doit avoir la Bible dans une main et le journal dans l’autre ». Le professeur bâlois de théologie avait répondu au cours d’une interview en 1963.

« Les jeunes ne peuvent pas seulement étudier la théologie et regarder les nuages du ciel, il faut regarder la vie telle qu’elle est : oui, la lire dans le journal. Donc, ici la Bible, là le journal – les deux vont nécessairement ensemble. S’il ne s’agit pas de lire le journal sans la Bible, il ne s’agit pas non plus de lire la Bible sans le journal ». Et déjà, dans une interview du 11 novembre 1918, le jeune pasteur suisse avait conseillé : « prenez votre Bible et prenez votre journal. Mais interprétez le journal à la lumière de la Bible » ! Paul Ricœur reprenant Max Weber, mettra en tension la morale personnelle de conviction religieuse et la morale sociale de responsabilité politique.

Arrêtons-nous un instant sur la Bible, ce livre de papier, qui garde les traces d’une parole éternelle, le papier du journal et son éphémère écriture du jour.

Par commodité pour cet inventaire et paresse culturelle, je m’en tiendrai aux journaux papier, quotidiens ou hebdomadaires, en kiosque ou par abonnement. Voyez plutôt une diversité aussi vaste que celle de la Bible elle-même, Je les cite en désordre, avec des points d’humour qui ne vous étonneront pas. Car le journal dans une main signifie concrètement pour les uns le FIGARO, quotidien des familles bien-pensantes et parfois divisées, ou le MONDE, ce quotidien du soir qui se veut être la lumière du matin, ou encore pour citer les plus grands titres de la presse, l’HUMANITE qui porte si mal le programme de son titre, LIBERATION qui en toute liberté nous entraine parfois à trop de liberté, et parmi le autres, je n’en retiens que trois, MATCH- avec ses concours de mots et de photos, les ECHOS pour les économes de la sagesse financière, l’EQUIPE qui annonce le meilleur esprit communautaire et pour clore cette liste incomplète, le quotidien la CROIX bien souvent plus chrétien que catholique si l’on peut dire, et notre hebdomadaire REFORME, le plus ancien de la presse française, qui est protestant sans animosité, actuel sans servilité, plus biblique qu’ecclésiastique, l’hebdo qu’il vous faut pour conjuguer au mieux le journal et la Bible.

Je signale en passant que ce matin, à cette heure même, l’émission de Présence protestant à la TV est consacrée à un reportage sur le journal REFORME.

Après cette embardée sur le journal qui est, disons dans notre main gauche, j’en viens à la Bible, autorité ancienne, actuelle et décisive pour les Eglises de la Reforme comme pour toute chrétienté normale. Après ses premières paroles que nous avons méditées sur l’écriture d’un livre au jour du Seigneur, l’apôtre Jean ajoute : « Je me retournai pour voir une voix qui me parlait…»

Se retourner, c’est faire un demi-tour, tourner le dos, changer d’horizon, ce qui impliquerait que l’écrivain et le lecteur du livre se détournent du papier et des lettes pour « regarder la voix qui parle ». Alors, la Bible n’est plus seulement du papier blanc de lettres noires, mais une sorte de « journal parlé’’, comme le « porte-parole » d’un Dieu dont la voix se donne à entendre et à voir. Mais quelle histoire, surréaliste, du papier fragile avec son encre noire et une parole certaine dans la lumière ! Il voit sept chanceliers d’or, les sept églises d’Asie mineure, à l’époque, comme les communautés chrétiennes du 8° arrondissement de Paris ! Alors, écoutons à notre tour ce que « l’Esprit dit aux Eglises ». Aux Eglises sur la terre des hommes et leur histoire quotidienne.

Et là j’en reviens, pour conclure, au journal, au quotidien, papier, écran, ou voix qui nous parle de notre solitude et des béatitudes, de l’actualité temporelle des hommes et de l’éternité éternellement présente de Dieu lui-même.

Le paradoxe, pour conclure cette chevauchée un peu désordonnée, est que le papier, pour en rester à la galaxie Gutenberg, le papier qui porte les mots des nouvelles et de la Parole, papier journal ou papier-bible, ce papier fait écran, il nous protège du choc impitoyable de la réalité, soit celle de l’actualité humaine vécue, soit celle de la sainteté divine entrevue. Deux exemples.

Pour le JOURNAL, dans une main, il y a une distance qualitative entre ce qu’il me raconte et ce que je vois dans mon quartier : des centaines de migrants échoués à Paris. C’est proprement ingérable et tant les aides particulières, que les solutions politiques sont momentanément insuffisantes. On mesure ainsi la distance entre savoir par le journal et voir dans la rue.

Quant au papier-bible, aussi respecté et noble que le papier journal est de tous usages populaires, il est aussi écran. Les vieux sages juifs du hassidisme disaient que le nom imprononçable de Dieu les protégeait de la vue insupportable de sa gloire ; « Nul ne peut voir ma face et vivre »… et l’écriture même de la Thora nous protège de la parole tellement lumineuse qu’elle nous brûlerait sans cet écran.

Ainsi le papier, de la Bible ou du journal est-il ce qui garde le témoignage et qui en même temps nous garde de l’incandescence. « L’Eternel, béni soit-Il, a dû restreindre l’intensité de sa lumière infinie pour créer les mondes afin qu’ils puissent recevoir cette lumière sans être aussitôt anéantis » (Le Maggid de Mezeritch, C. Chalier, p.159).

Toutes proportions gardées, quand nous célébrons la Sainte-Gène, il est juste et bon que le corps et le sang du Seigneur soient représentés par du pain et du vin et les paroles liturgiques conservées sur le papier.

Alors, en mémoire de lui, dans l’aujourd’hui de Dieu, le journal dans une main et la bible dans l’autre, nous sommes en communion avec et en lui les uns avec les autres.

Mais pour conclure, avec quelque audace, et puisque nous allons célébrer la Sainte-Cène, voici dans une main notre pain quotidien, fruit de la peine des hommes et du soleil de Dieu, et dans l’autre, à droite, la coupe du Royaume et le vin du sacrifice de Jésus-Christ et de la joie du Royaume de Dieu.

Amen