Luc 15, 1-3 & 11-32 – La Parabole du Fils Perdu et Retrouvé (ou de l’enfant prodigue)

Culte du Dimanche 6 Mars 2016, par le Dr Jean VITAUX

La parabole est un genre littéraire que Jésus affectionne dans son enseignement : Pierre Larousse définit la figure de style parabole comme « une allégorie servant de voile à une vérité, à une opinion » et donne comme exemple la parabole de l’évangile et cite la parabole de l’enfant prodigue, notre texte de ce jour ! Maurice Carrez, pasteur et théologien, en donne une définition plus théologique : « A l’aide d’un court récit, la parabole veut dire l’indicible, en mêlant le réel et l’extraordinaire de telle sorte que l’auditeur découvre un nouvel univers de sens et se trouve lui-même impliqué dans l’affaire ».

Les paraboles sont étroitement liées à la personne de Jésus et à sa parole : c’est le fondement de son enseignement. Jésus parle en paraboles quel que soit son auditoire : Il s’adresse ainsi aux disciples, aux foules et aux assemblées qui l’écoutent, mais aussi à ses ennemis déclarés, les scribes et les pharisiens. Ainsi dans ces paraboles du chapitre 15 de Luc, il mange avec les pêcheurs, et les collecteurs des taxes (aussi appelés péagers ou publicains), méprisés et impopulaires car ils fixaient le rôle des taxes et les percevaient. Il leur destine spécifiquement ces trois paraboles du chapitre 15, ainsi d’ailleurs qu’aux pharisiens et aux scribes qui maugréaient parce que Jésus fréquentait et mangeait avec les pauvres et les réprouvés.

La thème de la parabole du fils perdu et retrouvé est sûrement apparu scandaleux aux yeux des contemporains de Jésus et peut toujours nous choquer. Le fils perdu prend la part de son héritage, vit dans la débauche, dépense tout son bien, devient employé, quasi esclave, affamé et décide de revenir vers son père qui l’accueille comme un hôte de marque. De quoi choquer le fils qui était resté à travailler chez son père, qui avait travaillé dur, comme un esclave, qui avait toujours obéi aux ordres de son père et n’avait jamais reçu le moindre cadeau ! Ce fils ainé ressent cette situation comme une injustice et refuse de rentrer dans la maison. Jésus part de cette histoire a priori immorale et scandaleuse pour nous enseigner.

Quelle est la nature du pêché du fils cadet ? Dans cette parabole, le fils cadet est le pêcheur, et le père, le Seigneur Dieu. Le pêché du fils cadet est le péché majeur de l’Ancien Testament, vivre sans Dieu, se révolter contre Dieu, être loin de lui. La débauche et la dépense de son bien, puis sa ruine sont la traduction terrestre de cet état d’éloignement de son Seigneur Dieu. Cette parabole est donc une parabole de la perdition, qui stigmatise le pêché- éloignement de Dieu et des autres humains, et la rupture de sa relation privilégiée avec le Seigneur.

Puis le fils cadet se rend compte de son état, et se repend : il compte dire à son père : « Père, j’ai pêché contre le ciel et envers toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Et il lui demande d’être désormais son employé. Ce repentir n’est cependant pas sans arrière-pensées, car il pense alors au moins manger à sa faim au lieu d’observer les caroubes que mangeaient les cochons et qui lui étaient refusées.

Le rôle du père dans ces retrouvailles est le plus riche d’enseignements : Il le reçoit comme un hôte de marque, lui fait mettre sa plus belle robe, une bague au doigt, et chausser de sandales, puis fait abattre le veau gras, préparer un festin et faire la fête. Ce qui est extraordinaire dans ces retrouvailles, c’est que le père court vers son jeune fils et l’embrasse avant même que celui-ci lui ait demandé pardon : c’est le paradigme de l’amour chrétien, la grâce accordée par le Seigneur. Comme le dit aussi l’épitre de Jean (1 Jn 4,10) : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous          a aimés ». Paul nous le dit aussi dans l’épître aux Corinthiens que nous avons lu tout à l’heure : « Ce qui est ancien est passé : il y a là du nouveau. Et tout vient de Dieu, qui nous a réconcilié avec lui par le Christ et qui nous a donné le ministère de la réconciliation ».

Le rôle du fils ainé, bien sous tous rapports, est aussi riche d’enseignements : jaloux de la bienveillance du père vis à vis de son frère égaré, il se met en colère et refuse d’entrer dans la maison. Jésus nous met en garde contre le jugement que nous pourrions porter envers les pêcheurs. Ce qui dans le texte de la parabole s’adressait aux scribes et aux pharisiens qui méprisaient les pêcheurs et les péagers, s’applique bien entendu à nous tous : nul n’est assez vertueux ou dénué de péchés pour pouvoir se permettre de juger son prochain. Cela nous met également en garde contre le salut par les œuvres : les œuvres ne sont pas tout, seule la grâce du Seigneur est indispensable, gratuite et préexistante.

La conclusion de cette parabole est très optimiste et réjouissante, après les paroles pleines d’amertumes du fils ainé : Le père l’exhorte : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi ; mais il fallait bien faire la fête et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il a repris vie ; il était perdu et a été retrouvé ». Cette parole est profondément réjouissante : elle invite à entrer dans la joie de Dieu lorsqu’un pêcheur revient à lui. Les enseignements de cette parabole sont donc essentiels : Nous sommes tous pêcheurs, nous ne devons pas juger nos semblables, la grâce du seigneur est la preuve de son amour, qui précède le nôtre et notre repentir. Réjouissons-nous donc de rester dans la joie de Dieu. Nous conclurons avec l’apôtre Paul : « Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ : c’est Dieu qui encourage par notre entremise ; au nom du Christ, nous supplions : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait pour nous pêché, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu ».