Derniers évènements des 150 ans

Ne manquez pas les 3 derniers évènements dy cycle de célébrations des 150 ans du temple :

  • Jeudi 26 Novembre, à 20H00 : « Si lointain et si proche : Martin Luther, hier et aujourd’hui« , une conférence du professeur Marc Lienhard, pasteur, théologien et historien.
  • Samedi 28 Nov, à 14H00 : Journée mémoire de la paroisse, avec la projection du film de témoignages et à 15h30, des commentaires historiques par Sylvie Pey de Turckheim, responsable des archives de la paroisse. Suivi d’un goûter.
  • Dimanche 29 Nov à 10H30: Culte de clôture, célébré par notre pasteur Béatrice Hollard-Beau, avec un envoi par Bertrand de Cazenove

Psaume 139 – Penser l’horreur

Dimanche 22 Novembre 2015, par le pasteur François Clavairoly, Président de la Fédération Protestante de France

Frères et sœurs, chers amis,

Au milieu du jardin d’Eden, c’était un cobra. Un cobra ou un scorpion mais non pas un serpent ordinaire au verbe fleuri, discutant avec ruse et intelligence les questions du bien et du mal comme de questions théoriques. Un assassin, finalement, dont le discours contenait comme un venin mortel produisant par un effet à retardement, les pires exactions à venir et dont nous sommes maintenant les témoins.

Il nous faut donc aujourd’hui penser l’horreur en plus de penser le mal.

Nous avions en effet bien des mots pour parler de la souffrance et du mal, pour parler de la mort auprès de ceux qui se trouvaient en deuil, ou dans la souffrance de la maladie, lors de nos visites familiales, pastorales et amicales, dans nos maisons de retraites, dans les chambres où nos aînés s’éteignent, à l’hôpital, dans les services de soins palliatifs, et le pire, peut-être, dans les services des enfants malades. Nous avions bien réfléchi à toutes sortes de théologies, à cet effet, pour soigner nos propres angoisses et remplir le vide de nos cœurs, à défaut de dire les mots jutes à ceux à qui nous rendions visite. Nous avions la théologie de la rétribution, un peu simpliste, qui promettait des récompenses et même un paradis à ceux qui auraient fait de bonnes œuvres sur la terre avant de mourir. Nous avions la théologie de la grâce, plus radicale, qui acceptait tout péché pourvu qu’il soit reconnu, confessé et absout, afin qu’alors la grâce surabonde. Et même, le fin du fin, nous avions la théologie du silence, théologie apophatique, reconnaissant dans la méditation et par une spiritualité faite d’une humilité presque bouddhiste, une présence indicible mais réelle parmi nous de celui qui nous sauve.

Il nous faut désormais aller plus loin. Il nous faut penser l’horreur et l’effroi d’un monde très dangereux où les hommes eux-mêmes peuvent être des cobras, rapides, violents et imprévisibles.

Il nous faut penser un monde qui a traversé deux millénaires de ces théologies dont il s’est finalement émancipé ; un monde non plus seulement moderne – c’est-à-dire qui croirait encore que le progrès des idées et la raison feraient faire en sorte que demain sera meilleur qu’aujourd’hui – mais un monde post-moderne où rien de ce qui advient n’est mieux qu’hier ni moins bien ;où tout ce qui s’éboule en termes de valeur, de certitudes et de repères, cause du mal et produit de l’horreur auprès de tous.

Comment penser ce qui vient demain dans l’effroi quand on s’est éloigné, quand toute la société s’est éloignée et s’est même passé à ce point, du cadre ou du moule judéo-chrétien, et quand nos forces spirituelles ne sont relayées par rien d’autres que nos pauvres prédications et nos pauvres prières ?

Les prédicateurs, les théologiens, et finalement nous tous vont donc devoir faire face, dans les réflexions et dans les prises de parole, dans les conférences, dans les débats, à cette réalité qu’est le terrorisme. Peut-être même qu’il va falloir se demander comment nos prières, nos liturgies et notre catéchèse adressée aux enfants vont devoir refuser d’être dans le déni de ce qui nous attend. Soudain, nous le réalisons aujourd’hui, alors que nous le savions depuis longtemps, la foi est sans arme. Et elle est exposée. Comme chacun de nos corps, dans la ville, dans la vie de tous les jours, la foi est vulnérable, et la fraternité fragile. Le terrorisme, à l’inverse, est une réalité avec laquelle notre jeunesse et nous-mêmes apprenons d’ores et déjà à vivre et à mourir. Il est le geste violent et glacé d’une foi grimaçante et haineuse, le geste d’un simulacre de fraternité assassine.

Qui aurait imaginé il y a quelques années que nos pensées seraient à ce point marquées par cette réalité ?

Nous nous obsédions, en effet, dans des querelles de toutes sortes, enflammés, pour certains d’entre nous au feu d’une agressivité ridicule, par des questions sociétales qui occupaient tant nos esprits que nous ne voyions même pas le serpent au milieu du jardin, le méchant, l’ennemi comme dit le psalmiste des temps anciens, comme l’écrit précisément le psaume 139 qui résonne étonnement ce matin. Et je veux ici citer ce psaume que j’avais choisi pour faire écho au concert de Per Cantum de demain, mais sans jamais m’imaginer qu’une actualité aussi cruelle allait en révéler la force. Ce sont les versets 20 à 22 :

« Dieu, si tu voulais tuer le méchant ! Hommes sanguinaires, éloignez-vous de moi. Seigneur, tes adversaires disent ton nom pour tromper, ils le prononcent pour nuire. Seigneur comment ne pas haïr ceux qui te haïssent, ne pas être écœuré par ceux qui te combattent ? Je les hais comme haine parfaite, ils sont devenus mes propres ennemis. »

Ce psaume 139 est sans doute l’un des plus beaux du psautier : il n’est ni une plainte ni une complainte. Il ne se veut pas non plus un chant de triomphe, il n’appelle pas au secours ni ne confesse des péchés. Il redit avec foi, seulement, avec foi, combien le Seigneur est présent dans notre vie et combien cette présence suffit. Et il se termine par ce souhait que chacune de nos prières pourrait reprendre à son compte : « Conduis-moi sur le chemin de la plénitude ». Ce psaume est le psaume de la plénitude et de la présence de Dieu, de la shékina, de la providence, de la permanence de la miséricorde. Ecoutez à nouveau ces quelques phrases qui disent cette présence bienveillante :

« Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, tu pénètres de loin ma pensée ;
tu sais quand je marche et quand je me couche, et tu pénètres toutes mes voies.
…La parole n’est pas sur ma langue, que déjà, ô Éternel ! tu la connais entièrement.

Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche au séjour des morts, t’y voilà ;
Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter à l’extrémité de la mer,
Là aussi ta main me conduira, et ta droite me saisira.
Même les ténèbres ne sont pas obscures pour toi, la nuit brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière. »

Peut-être alors y-a-t-il là une piste pour nous, au temps de la terreur et du bonheur, au temps de l’abondance et de la détresse de tant d’êtres humains : C’est qu’en relisant le psaume, en méditant ces mots, nous y trouvions enfin, et vraiment, la paix, et voici pourquoi :

Il ne s’agit pas ici d’un enseignement théorique et spéculatif sur la présence de Dieu dans nos vies et dans le monde, ni sur son omniscience ou son omnipotence comme au temps des théologies du moyen âge qui voulaient parfaitement rendre compte de Dieu par la raison. Le psalmiste, sans doute un calviniste avant l’heure, c’est-à-dire un humaniste en même temps qu’un croyant, veut tout simplement partager sa confiance, sa profonde confiance, et l’humilité exceptionnelle de tous ceux qui reconnaissent, (même si nous ne le savons pas, et nous ne pourrons jamais le savoir), que tout par avance a été préparé comme le redira l’apôtre Paul bien plus tard, dans son épître aux Ephésiens, de sorte que rien ni personne ne peut séparer quiconque de l’amour de Dieu. Le psaume 139 nous assure du compagnonnage de Dieu et sa sollicitude en toute circonstance, et sans condition.

Il ne faut donc pas s’étonner que dans un si beau psaume, nourri d’une telle confiance, un passage tourmenté apparaisse, avec la présence de la figure tragique de l’ennemi. Il nous faut comprendre que la question s’impose au psalmiste, comme elle s’impose à nous aujourd’hui, et notamment après les attentats : Comment se fait-il, en effet, que ce Dieu qui sait tout et qui voit tout, qui va partout, et qui a fait de si grandes choses, tolère l’existence de faux témoins, de méchants et d’horribles meurtriers ? A cette question, le psalmiste répond d’abord d’un souffle mais sans y croire : Ce serait si simple, si tu tuais tous les méchants … Ce serait si simple, si tu étais ce Dieu ou le prince d’un monde merveilleux, qui ferait cesser le mal et la souffrance des hommes. Ce serait si simple, comme nous le pensons secrètement, au soir de nos doutes et de nos questions sans réponses, comme pour nous rassurer.

Penser l’horreur et l’effroi, ce n’est toutefois pas s’arrêter à des pensées magiques ou à des soupirs dans la nuit en attendant le miracle ou la fin des temps. C’est au contraire affronter le mal en le nommant et rester dans le présent en espérant.

Ce n’est pas se rassurer à bon compte mais se lever, se relever, se tenir debout en soi-même, c’est être ressuscité et se tenir debout, puisqu’en grec, dans l’évangile, le mot choisi est le même, malgré la peine et malgré la brûlure de tant de larmes intérieures, malgré les cicatrices encore ouvertes et malgré les désirs de vengeance. Malgré tout.

C’est se tenir humblement debout en soi-même et recevoir le message de ce psaume comme on reçoit l’évangile. Ce psaume est l’évangile, en effet : la bonne nouvelle selon laquelle, écrit le dernier verset, quelqu’un nous conduit sur nos chemins.

Penser l’horreur et l’effroi, c’est dire que le mal est à l’œuvre dans ce monde mais c’est espérer qu’il n’aura pas le dernier mot.

Alors, avec cette espérance et cette bonne nouvelle, fortifié par cette espérance qui donne du souffle, il revient à chacun d’ouvrir les yeux et de regarder autour de soi, de voir les frères et les sœurs, de voir les humains, et de comprendre qu’une promesse encore inaccomplie est en train d’être tenue, la promesse d’une fraternité réconciliée, celle que le Christ désigne en choisissant ses disciples et en vous choisissant, frères et sœurs en Christ, pour en être les témoins. Une fraternité aux frontières débordant la famille, la ville, la nation et la religion, une fraternité à bâtir chaque jour, avec celles et ceux qui vous sont confiés.

Dans un monde qui oublie peu à peu la tradition du psalmiste, dans une société qui s’éloigne de la tradition chrétienne et qui est menacé par toutes sortes de périls, la foi si fragile, demeure, et la fraternité, toujours à naitre et à renaitre aura raison du serpent. Tel est l’horizon, telle est la destinée, tel est le chemin, telle est la promesse.

C’est donc une théologie de la promesse que je vous offre ce matin, une promesse fondée sur une espérance imprenable.

Et je vous invite à méditer pour finir ces derniers mots du psaume 139 que j’aurai lu pour vous comme un texte d’évangile qu’il est depuis toujours : Vois donc, Seigneur, si je prends le chemin de l’épreuve, et conduis- moi sur le chemin de plénitude. » Ce mot de plénitude que je prends la liberté de traduire ainsi évoque en hébreu l’éternité ou l’infini et se rend parfois par le mot de « toujours » (mle). Ce toujours résonne pour moi, désormais, et pour vous je l’espère, comme l’annonce d’une promesse, celle de la vie en plénitude offerte par celui qui n’abandonne jamais aucune de ses créatures,

Amen

Message du pasteur et voeu voté au cours du Synode

Chers paroissiens,

Le Synode régional de l’Eglise protestante unie de France en Région parisienne, s’est réuni à Dourdan les 13, 14 et 15 novembre dernier.

Au cœur de la violence extrême des attaques qui ont eues lieu vendredi 13 soir à Paris, qui ont tué, blessé beaucoup de personnes et principalement des jeunes, nous avons été tous agressés et gravement meurtris.

Je tenais à vous dire que tout au long de ce synode, nous avons été en totale communion avec vous tous dans la prière. Nous avons changé l’ordre du jour du synode afin de pouvoir organiser des groupes de prière et des temps de paroles partagés. Ma prière était profondément en partage avec vous tous.

Certains membres du synode ont vécu de très près ce drame, ayant des proches sur place et sans nouvelles. J’espère que cela n’a pas été le cas pour vous.

Samedi après-midi, un vœu porté par le pasteur Denis Heller a été proposé aux Synodaux. Je souhaitais vous le transmettre. Le secrétariat vous a fait également parvenir la déclaration de Laurent Schlumberger, président du conseil national de l’EPUdF.

Que Christ ressuscité qui est « le chemin, la vérité et la vie », et qui ne veut que la vie pour tous, nous apporte sa paix et sa bénédiction, dans son amour indéfectible.

Pasteur Béatrice Hollard-Beau

Message du pasteur Laurent Schlumberger

pdf icon Message-EPUdF-14.11.2015.pdf

Le pasteur Laurent Schlumberger, président du Conseil national de l’Eglise protestante unie de France, a transmis ce message à la suite des fusillades la nuit du 13 au 14 novembre en Ile-de-France.
Il a été lu lors du culte, dimanche 15 novembre, pour marquer notre solidarité et notre fraternité 

 

Marc 13, v 24-32 – Il ne restera pas pierre sur pierre

Dimanche 15 novembre 2015, par le pasteur Jean-Arnold de Clermont

Au tout début du chapitre 13 de l’Evangile de Marc, et servant en quelque sorte de portique aux développements apocalyptiques de ce chapitre, figure un échange entre Jésus et ses disciples. Ils sortent du Temple – j’ai failli dire du Saint-Esprit mais il s’agit de celui de Jérusalem – et l’un des disciples s’émerveille devant une si belle construction, comme nous qui fêtons les 150 ans de celui-ci. Et Jésus lui dit : « Tu vois ces grandes constructions ? Il ne restera pas ici une seule pierre posée sur une autre ; tout sera renversé. » Ainsi le ton est donné pour tout ce chapitre 13, et j’ose dire, pour nos commémorations. Le ton et peut-être le contexte. Il est possible que ces enseignements de Jésus sur la fin des temps aient été rassemblés par celui qu’on appelle l’Evangéliste Marc, sous le coup du choc qu’ont représenté effectivement l’incendie et la destruction du Temple de Jérusalem en août 70. Nous ne sommes donc pas dans un chapitre joyeux. Nous n’allons pas ce matin commémorer l’œuvre du Baron Haussmann et de l’architecte Balu, ni même les riches heures de l’Eglises réformée du Saint-Esprit récemment transformée en Eglise Protestante Unie du Saint-Esprit. Nous sommes plutôt orientés vers les signes de détresse que nous donne le monde autour de nous.

Ces temps de détresse… Je n’ai pas choisi ce texte. C’est le texte du jour.  Mais il résonne de manière dramatique avec ce que nous venons de vivre à Paris et en Ile de France. Comment ne pas penser à ces dizaines d’hommes et de femmes venues pour écouter de la musique, ou pour assister à un match de foot ou pour boire un verre avec des amis, et qui ont été abattus de sang-froid par des hommes méprisant la vie humaine et cela au soit disant nom de Dieu. Et  comment ne pas penser simultanément à notre monde d’aujourd’hui où des pays entiers sont effectivement dans la détresse. Si des centaines de milliers de réfugiés affluent vers l’Europe en provenance de Syrie, d’Erythrée, de Somalie, de Lybie, c’est bien parce que ces pays, lorsqu’on y lit l’Evangile de Marc, se reconnaissent en celui que notre chapitre (un peu plus haut que dans les versets que nous avons lus) voit à l’œuvre et désigne comme  ‘Celui qu’on appelle l’horreur abominable’. Ainsi, je cite Marc, ‘celui qui sera sur la terrasse de sa maison ne devra pas descendre pour aller prendre quelque chose à l’intérieur ; et celui qui sera dans les champs ne devra pas retourner chez lui pour emporter son manteau. Quel malheur ce sera (c’est), en ces jours-là, pour les femmes enceintes et pour celles qui allaitent’. (Vt. 15-17). J’ai entendu dans ces versets l’écho de ce qu’en Centrafrique depuis bientôt deux ans nos amis nous relatent. J’y entends ce qui menace aujourd’hui le Burundi.  Mais aussi l’Inde ravagée par une vraie guerre de religion… et je vois ces hommes et ces femmes qui, il y a 24 heures étaient réunis pour le plaisir et ont connu l’horreur. Mais j’arrête là pour revenir au texte évangélique.

Or celui-ci nous engage dans deux directions : l’espérance et la vigilance.

L’espérance d’abord.

Le texte nous dit qu’après ces temps de détresse ‘le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées. Alors on verra le Fils de l’homme arriver parmi les nuages avec beaucoup de puissance et de gloire’. Ces paroles sont largement inspirées de l’Ancien Testament, de textes prophétiques divers, et bien sûr du livre de Daniel. Elles sont l’expression culturelle de visions apocalyptiques. Je ne vous demande pas de les reprendre littéralement à votre compte. Vos connaissances du soleil, de la lune, des étoiles  peuvent être bien différentes. Mais ce qui importe c’est l’affirmation théologique et spirituelle que le monde et son avenir restent entre les mains de Dieu, qu’il aura une fin dans le retour du Christ.

Alors que ce que nous entendons et voyons de ce monde ressemble à un effondrement, la parole de Jésus nous appelle à garder espérance. Elle peut sembler bien incertaine, bien faible face aux déchainements de violence, bien silencieuse face au crépitement des balles de fusils mitrailleurs, mais l’espérance est de la nature même du Dieu de Jésus-Christ. Il ne nous abandonnera pas, il reste le Dieu de la promesse, le Dieu qui de la mort a fait surgir la vie.

Et les ‘anges qui rassemblent ceux qu’il a choisis’ sont ceux-là même qui nous rassemblent ce matin en ce Temple, dont peut-être un jour il ne restera pas pierre sur pierre mais ces anges ne cesseront de nous rassembler des extrémités de la terre dans son Royaume. Et le repas que nous partagerons tout à l’heure sera là pour nous redire cette espérance et cette réalité du rassemblement malgré tout ce qui pourrait advenir.

Dès lors nous devons lire ce texte comme un appel à chacun d’entre nous, et ensemble,  pour que nous soyons témoins de cette espérance. Il ne nous demande pas de nier la réalité, la cruauté de ce monde, sa propension à gâcher tout ce qui lui est donné de bon et de beau ; ni, ce qui serait presque pire de nous fermer les yeux, les oreilles et la bouche devant cette cruauté. Il nous appelle à témoigner par notre capacité à accueillir, à réparer, à pacifier, à exhorter et à prier ; à dire de toutes manières que cette réalité violente n’est pas et ne peut être la réalité ultime de ce monde. Et qu’imperceptiblement peut-être, les forces d’amour et de paix, que la Parole de Dieu instille en chacun de nous, sont chemin, vérité et vie. Comme la flamme d’une bougie au milieu d’une profonde obscurité dit que la lumière est possible.

Notre communauté réunit ce matin, reliée à toutes celles et tous ceux que le Christ a mis en route, porte cette responsabilité d’être lumière dans l’obscurité.

 

La parabole du figuier vient renforcer cette conviction. Elle appelle à la vigilance.

Le figuier a ceci de particulier comme l’amandier – je parle de la Palestine – d’être un arbre qui perd ses feuilles en hiver et qui donc lorsqu’elles repoussent, annonce le printemps, les fleurs, les fruits à venir. Ce qui nous est demandé ‘est précisément d’avoir ce regard prospectif sur le monde qui nous entoure. Non seulement, comme nous l’avons fait tout à l’heure de regarder sa réalité violente, mais aussi de savoir discerner les jeunes feuilles qui poussent et annoncent, je devrais dire attestent d’une autre réalité tout aussi tangible, la venue du règne de Dieu. Notre foi n’est pas aveugle. Elle décrypte la réalité de ce monde et y découvre des perles d’amour et de justice. Et nous avons à en rendre compte, dans une vigilance active qui a le courage de s’exprimer.

Je ne pense pas seulement au Pape François, à sœur Emmanuelle en son temps, ou à d’autres célébrités de l’amour et de la justice comme Martin Luther King ou Nelson Mandela. Je pense aux petits témoignages d’amour et de justice que nous connaissons autour de nous et qui disent le refus d’une fatalité de la violence. Cet homme qui brave les lois pour tenter d’arracher une fillette à la Jungle de Calais ; ces Eglises pauvres comme le reste de la population touchée par la crise centrafricaine et qui accueillent dans leurs voisinages des milliers de déplacés à Bangui ; ces communautés qui vont à la rencontre des marginaux de nos villes… Je pourrais multiplier les exemples. Il faudrait le faire, le dire, le publier. C’est notre rôle de chrétiens vigilants. Le témoignage évangélique auquel nous appelle notre texte ne consiste pas à dire ‘Jésus… Jésus’ ;  mais à tourner les yeux de nos contemporains vers ces petites feuilles qui poussent autour de nous et qui annoncent le printemps du règne de Dieu. Et si cela nous est possible à être de ces feuilles.

Jusqu’à quand ? Seul le Père le sait. Comme l’indique le passage qui conclut le chapitre 13 : Nul ne sait ni le jour ni l’heure où ce témoignage, notre témoignage, n’aura plus lieu d’être parce que le Royaume sera pleinement manifesté. Mais dès maintenant, appuyés sur les paroles du Christ qui ‘ne disparaitront jamais’ nous avons cette grâce qui nous accompagne, nous permet de dépasser nos craintes, nous donnent d’être témoins : ‘Voici, dit Jésus, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde’  et la bonne nouvelle c’est que ce monde aura une fin dans la gloire du Père Eternel.

Passage à l’acte

Ambroise MONOD (Récup’art)
et
Béatrice HOLLARD-BEAU (Ex-Trace art)

Deux pasteurs plasticiens dialoguent devant leurs œuvres

Mardi 10 Novembre à 20 heures.passage_a_lacte_annonce