Un point essentiel du Protestantisme

Le dimanche 25 octobre 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

Amis frères et sœurs, nous voici en ce culte de la Réformation avec un texte de l’Evangile de Matthieu, et jamais je ne m’étais aperçue à quel point Jésus était un Réformateur avant l’heure, aussi proche des préoccupations de nos Réformateurs (notamment Luther).

Jésus est à Jérusalem et va entrer dans sa passion, l’atmosphère est tendue pour lui, car il sait qu’il va quitter ses disciples et la relation qu’il vit avec les scribes et les pharisiens se dégrade de jour en jour ; Il n’a plus rien à perdre, alors il va enseigner les foules et les disciples en allant droit au but, à l’essentiel…

Jésus va leur dire les faits qu’il déplore et, ce qui est étonnant, c’est qu’ils correspondent pour certains, étrangement à 3 points essentiels qui ont contribué à la Réforme.

Cela peut nous faire réfléchir au protestantisme et à ce qu’il implique pour nous.

1er point, au début du récit, Jésus va protester contre les scribes et les pharisiens; il s’agit de la classe dirigeante de la synagogue. Jésus se plaint de leurs pratiques de religiosité qui empêchent d’accéder à Dieu parce qu’elles accablent les fidèles. Jésus dit: Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les hommes, alors qu’eux-mêmes se refusent de les porter.

Cela fait penser au moment de la Réforme à la pénitence et à la confession des péchés, qui représentaient pour les fidèles de véritables fardeaux : en effet selon la doctrine catholique en vigueur, le péché était effacé par le sacrement du pardon (la confession).

Mais aucun sacrement n’effaçait la peine temporelle due au péché (qui se traduit par un passage par le purgatoire), si elle n’était pas d’abord purgée sur terre par des actes de foi et de charité (appelé l’acte de réparation). Cette peine temporelle pouvait être atténuée voire effacée par l’indulgence partielle ou plénière. Cette réparation, était souvent accablante et un véritable fardeau pour le fidèle ; Luther proclama la mort des indulgences car la mort de Jésus rachète le péché des hommes. Il écrit :

« Je ne blâme pas tant les grandes clameurs des prédicateurs de l’indulgence, mais le faux sens adopté par le pauvre, simple et grossier peuple, Cela me fait mal et me rend malade. Ils croient que les âmes seront tirées du purgatoire dès qu’ils auront mis l’argent dans les coffres. À tout chrétien repentant, la rémission plénière de la pénitence et même du péché est DUE (Christ) sans lettre d’indulgence. Il faut l’enseigner aux chrétiens, que celui-là s’attire non les indulgences du pape, mais l’indignation de Dieu. » Pas d’IDOLE d’indulgence : tous sont pardonnés en Christ par sa Grâce. Point essentiel de la réforme.

2e point : alors en dehors de ce fardeau de la pénitence, il y a un 2ème refus cité par Jésus : il concerne l’attitude des pharisiens : ils aiment occuper les première places dans les diners et les synagogues, être salués sur les places publique et à s’entendre appeler maitre par les hommes.

Là aussi : on peut avoir à l’esprit ces reproches de Luther qui déplorait ‘les abus de l’Eglise’. Mais cela va plus loin que cela : ce n’est pas seulement l’attitude qui pose problème, mais le fait qu’elle opérait une vraie SEPARATION entre le magistère de l’Eglise, et le commun des croyants : par ex. certains avaient droit à la coupe et d’autres pas, la coupe aux laïcs !disait Luther.

L’affirmation du sacerdoce universel, que Luther va développer à partir de la 1ère épitre de Pierre va mettre en égalité tous les croyants et baptisés entre eux.

Pas d’idole du magistère ! Tous ont accès au Christ qui sauve tous. Luther écrit :

« On a inventé que le Pape, les Evêques, les prêtres, seraient appelés état ecclésiastique, et les Princes, les Seigneurs, les artisans et les paysans l’état laïque, ce qui est certes une fine subtilité et une belle hypocrisie. Mais personne ne doit se laisser intimider par cette distinction, pour cette bonne raison que tous les Chrétiens appartiennent vraiment à l’état ecclésiastique, il n’existe entre eux aucune différence, si ce n’est celle de la fonction, comme le montre Paul en disant (I Cor. 12 ss) que nous sommes tous un seul corps, mais que chaque membre a sa fonction propre, par laquelle il sert les autres, ce qui provient de ce que nous avons un même baptême, un même Evangile. Point essentiel de la réforme.

3e point : enfin, il y a un dernier point que relève Jésus, qui englobe le tout, et central aussi pour la Réforme et sur lequel j’aimerais attirer votre attention : n’appelez personne sur la terre « votre Père », car vous n’en avez qu’un seul, le Père céleste. Le seul Père est le Père.

Pas d’IDOLE, seul le Père est le Père : C’est ce recentrage radical sur Dieu, que déclare aussi Jésus qui fait la Réforme. ‘Soli Deo Gloria’, englobe tout ce qu’on vient de voir. Il est étonnant qu’il fût exprimé par Christ aussi.

Alors oui, PAS d’IDOLE, Luther écrit : « Dieu est le seul qu’il faut adorer et prier. Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux, Toute sa vie trouver Dieu qui vous sauve et en Christ.

C’est l’essentiel de la Réforme : pas d’idole. Se recentrer sur Dieu qui seul sauve et tous .Il est le SEUL maître qui guérit et sauve. N’appelez personne maitre, si ce n’est Dieu. Christ est sa Révélation, révélé en l’Ecriture, en la Parole par l’Esprit.

Alors, en ce jour de fête de la Réformation qui remémore ce 31 octobre 1517, où les 95 thèses sont affichées par Luther (controverse à propos des indulgences), il faut se remémorer l’essentiel : pas d’idole, Dieu le Père est le maître et sauve cet état ecclésiastique que nous formons, dans le sacerdoce universel des baptises, de fidèles, en Christ qui est le seul Saint.

Alors aujourd’hui, on croit qu’être protestant, c’est protester. C’est faux ! Tout le monde proteste.

On croit aussi qu’être protestant, c’est s’engager pour des œuvres. Pourquoi pas ! Il y a bien sûr des œuvres, d’évangélisation, des œuvres caritatives fondées par des protestants, et bien ancrées dans le protestantisme. Mais comme le dit Luther, les œuvres peuvent être aussi une idole. Mais si l’on s’engage comme le dit John Bost, le créateur de la fondation éponyme, « au nom de mon maître », au nom de Dieu qui sauve, au nom d’une égalité où tout homme doit être sauvé et aidé, alors là, on est dans un démarche protestante (principe protestant de P. Tillich), quand Dieu est le premier dans l’engagement.

Le protestantisme est vraiment, et a été au départ ce recentrage sur Dieu où Christ seul est saint et sauve tous. Soli deo gloria. Pas d’IDOLE. Cela conduit bien sûr à un certain rapport à l’homme, une certaine ouverture, un sens du dialogue, de la dialectique, un engagement, une tolérance, car tous sommes égaux et unis, pécheurs, avec un seul maître.

Au nom du maître seul, le protestantisme relativise ainsi tout pouvoir, toute idole, toute idées de homme considérée définitive au-dessus des autres, car elle devient une idole si elle n’est pas débattue et remise en cause, avec l’autorité de l’Esprit. Le protestantisme relativise les doctrines, les institutions (fabriquées par l’homme) au nom de seul Dieu qui crée. Il fait la différence entre ce qui est « de Dieu », et ce qui est fabriqué par l’homme, même les sujets et décisions de synode peuvent être remises à l’ordre du jour quelques années après. Semper reformanda. Pas d’idole !

Le protestantisme est attentif aussi à ne pas se faire d’idole de soi-même non plus. Ne pas rester enfermé avec des idées arrêtées. Jésus le dit aussi après avoir dit Soli deo gloria, « ne vous faites pas appeler ‘docteurs’, et soyez humbles, le plus grand sera votre serviteur.

Le protestantisme met Dieu en premier et demande de se mettre sous le règne de l’obéissance de l’Esprit, sous le règne immédiat de Dieu, écouter et se transformer.

Alors je voudrais terminer en insistant sur le fait que les gens font souvent une erreur. Au nom du protestantisme, ils croient que ce qui fait le protestantisme, c’est une posture : une humilité, service à l’autre, avoir une certaine façon de se comporter, de se vêtir, une certaine sobriété ou une certaine éthique, même une politique, une musique, ne pas être catholique… C’est faux ! Ce qui est protestant, c’est ne pas se faire d’idole : la place de Dieu dans sa vie qui fait faire des choix et qui occasionne un lien aux autres, et à soi-même. Une liberté.

Il devrait se nourrir régulièrement de l’Ecriture et de là, tirer son éthique révisable.

Je serais favorable aussi à ce que les œuvres protestantes affichent des textes bibliques.

Le protestant est enfin quelqu’un qui marche dans confiance en Dieu, qui s’engage dans le monde auprès des hommes dont il fait partie, pas mieux que les autres, qui pense que tous sont dans une sorte d’égalité où seul Christ est à part et saint, et que tous méritent la vie par le Christ en sa grâce.

Dans tous les sujets d’actualité : la réflexion sur le climat, éthique, l’écologie, la question de l’écoute de Dieu doit être première, et doit déclencher une écoute singulière de l’homme. Mais là aussi, attention à l’écologie intégrale (humaine) remise au compte du protestantisme, aussi humaine soit-elle, il ne faut pas mettre l’homme en premier, mais en second après Dieu. PAS d’IDOLE, autrement ce n’est pas un principe « protestant ».

Dès que Dieu est placé en premier, on agit alors dans la confiance, en espérance, et dans la résistance aussi, avec liberté.

Alors, nous qui allons vers les 500 ans de la réforme 2017 : pas d’idole, de la CONFIANCE en Dieu bienveillant, de la confiance en l’autre et en soi, cela nous permettra de viser juste.

Cherchons à protester, c’est à dire à confesser le règne de Dieu en Jésus-Christ vivant, engageons-nous avec liberté pour l’homme au nom de Dieu, notre maître qui le premier s’est engagé et nous donne sa vie par grâce. Soli deo gloria !

 

Amen

Hébreux 13, v 8 – « Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et toujours … »

Prédication du Pasteur Michel Leplay,  le dimanche 18 octobre 2015

 

Chers amis, frères et sœurs,

PASTORALE

Je me réjouis de cette occasion qui m’est offerte de vous retrouver dans le cadre du 150ème anniversaire de notre communauté, de son temple original et austère. Dans cette chaire où vous m’avez si cordialement et souvent invité, je suis d’autant plus heureux en ce dimanche que je m’inscris modestement dans liste de célèbres prédicateurs et conférenciers. Pour n’en citer que quatre ou cinq, je me souviens avec gratitude de deux grands anciens, du temps de ma jeunesse, Charles Westphal avec un christianisme protestant fortifié par Karl Barth et expert en littérature, ouvert au dialogue judéo-chrétien, et mon aîné au groupe des Dombes, le grand Hébert Roux, théologien conciliaire et pasteur conciliant, qui porta à un haut niveau d’exigence et d’espérance notre vocation œcuménique dans le monde moderne. Il avait fait sienne avant nous cette remarque de Thomas Fallot reprise en compte par le président Marc Boegner : « L’Eglise sera catholique ou ne sera pas, le chrétien sera protestant ou ne sera pas ». Et je viens de découvrir que longtemps avant, en 1748, un autre penseur avait eu la même idée. Je cite : « Je disais : la religion catholique détruira la religion protestante, et ensuite, les catholiques deviendront protestants ». Signé « Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu et de la Brède » … Il détestait les jésuites, sa femme était huguenote !

Une pensée encore pour Eric Barde qui me confia, avec le sourire de sa bonté et au printemps 1968, le cadeau synodal de notre Commission du ministère pastoral. Enfin je n’oublie pas mon collègue Philippe Bertrand, le pasteur protestant comme on n’en fera peut-être plus.

Mais j’ai observé, au cours de mon service de l’Eglise réformée, que presque toujours le Seigneur donne la personne qui convient au ministère prévu, au prix d’adaptations réciproques il est vrai. Le protestantisme n’a pas de clergé. Mais le ministère pastoral a une consistance particulière, cette vocation au rassemblement de tous, dans l’attention à chacun pour entraîner la communauté au témoignage évangélique en parole et en acte. Comme le disait notre Confession de foi de La Rochelle en son article XXIX consacré au gouvernement de l’Eglise : « Quant à la vraie Eglise, nous croyons qu’elle doit être gouvernée selon l’ordre que notre Seigneur Jésus Christ a établi : c’est qu’il y ait des pasteurs, des surveillants et des diacres afin que la pureté de la doctrine ait son cours, que les vices soient corrigés et réprimés, que les pauvres et tous les affligés soient secourus en leur nécessité, et que les assemblées se fasse au nom de Dieu, et que les grands et les petits y soient édifiés ».

Que Dieu garde ainsi vos pasteurs d’aujourd’hui et de demain, comme ceux d’hier et notamment les présidents du Conseil de la Fédération protestante de France. Nous avons grand besoin de leur vigilance évangélique pour le témoignage chrétien.

« JESUS CHRIST EST LE MEME, HIER, AUJOURD’HUI ET POUR TOUJOURS … »

Deux souvenirs encore, avant d’être tout à fait sérieux.

Dans les Cévennes de mon premier ministère, la gardienne d’un temple de montagne disait souvent au prédicateur qui arrivait pour le culte : « Monsieur le pasteur, soyez court mais bref ». Elle voulait dire qu’il ne fallait pas parler trop longtemps et aller à l’essentiel …

Plus tard, à Amiens, nous recevions un ancien pasteur de la paroisse, aiguisé et fragilisé par les années, sa belle voix tremblait autant que ses petites jambes et il avait pris pour texte de méditation : « Dieu seul ne change jamais ». A la sortie le président du conseil presbytéral me souffla : « Il ne croyait pas si bien dire … ».

Assez et trop parlé de nous. « Parle, Seigneur, tes serviteurs écoutent ».

Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui, pour toujours …

Je développerai trois propositions, en essayant d’être « court mais bref », enfin je ne vous promets rien. Nous survolerons successivement concernant le même Jésus Christ :

  • d’abord le témoignage de l’Ecriture sainte
  • ensuite l’histoire de l’Eglise universelle
  • enfin l’actualité de l’Evangile éternel.

 

ALLEGRO VIVACE

Le témoignage des Ecritures – qui demanderait un long inventaire – peut se résumer en quelques points selon des textes bibliques que vous connaissez peut-être. Jésus dit : « Avant qu’Abraham fut, je suis ». Et encore « Au commencement était la Parole et la Parole a été faite chair ». Ou pour nous : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ». Et puis la prière finale : « Viens, Seigneur Jésus. Voici, je viens bientôt ».

Ainsi se termine l’Apocalypse. Jésus Christ le même, hier, aujourd’hui et ensuite, on peut traduire soit par « pour toujours », soit « éternellement ».

Un mot encore, sur le texte grec de notre verset : s’agissant de Jésus Christ il n’y a pas de trait d’union entre Jésus et Christ. Il y a comme un blanc, comme une attente, comme un parole non dite ou indicible. Tout le problème, comme la promesse, toutes les discussions sont dans ce silence qui sépare Jésus de Nazareth du Christ ressuscité. L’Ecriture en dit trop et pas assez, et ainsi commence l’histoire de l’Eglise … Et nous touchons les limites de la devise des Réformateurs : Sola Scriptura.

Il faudra la foi des Pères de l’Eglise pour tenter d’exprimer le mystère.

Je vais pour ce deuxième point, Jésus-Christ dans l’histoire de l’Eglise, me permettre des simplifications scolaires, comme si vous étiez des catéchumènes de deuxième année et moi un âne savant …

 

ANDANTE SOSTENUTO

Confessant que Jésus Christ est le Seigneur, les premiers chrétiens, avec Saint Paul notamment, posaient un problème sans le résoudre : cet homme de Nazareth venait de Dieu, il avait même dit « Moi et le Père nous sommes uns », plus encore, humilié sur la croix et mort comme un simple homme, il avait repris vie et pouvoir sur tout et sur tous, « pantocrator », nous promettant assistance et nous demandant obéissance, rassemblant et fortifiant sa communauté par la prédication de l’Evangile et la célébration de la Cène, repas eucharistique pour les baptisés.

Pressés par la polémique des païens comme par l’argumentaire de leurs philosophes, il fallait rendre compte de ce mystère incompréhensible pour la raison grecque et scandaleux pour le monothéisme juif.

Aussi de synodes en conciles, Nicée-Constantinople puis Chalcédoine, le christianisme des premiers siècles, parmi nombre de disputes, osa définir la double nature humaine et divine de Jésus Christ en une seule personne, puis avec son Père et avec le Saint Esprit, les trois de la trinité, mais un seul Dieu, éternellement béni.

 

MODERATO CATABILE

Au terme de ces discussions pas toujours glorieuses mais finalement conclues avec l’aide des empereurs, le christianisme avait trouvé sa stature de religion reconnue, acceptée, imposée, qui commence à trouver son apogée théologique avec Saint Augustin – votre voisin d’arrondissement mais surtout père spirituel de Martin Luther – et ce que je veux dire rapidement c’est que le christianisme assuré comme religion va progressivement se transformer en un pouvoir spirituel et politique pontifical et impérial, avec leurs querelles, de Grégoire VI au 11e siècle au Concile de Constance et le brûlement de Jean Huss. Mais Jésus Christ le même, hier, aujourd’hui et encore, en ces jours-là, veillait avec de petits pauvres qui étaient grands et préparait des renouveaux, par-delà les schismes avec l’Orient et puis en occident. Calvin aura eu raison d’écrire : « Soyons en convaincus, la vie de l’Eglise ne va pas sans résurrection, sans beaucoup de résurrections ». De nos jours, Karl Barth confirme : « L’Eglise est souvent attaquée au dehors, elle est encore plus souvent compromise du dedans ; elle n’en est pas moins animée d’une indestructible volonté de vivre ». Si Jésus Christ  est le même hier et aujourd’hui, voilà une promesse pour nous ici et maintenant.

Je continue à grands pas cette histoire de Jésus Christ de siècle en siècle. A partir de la Réformation qui est renaissance de la chrétienté en occident, nos sociétés, pour ne parler que d’elles, vont s’acheminer vers les idées nouvelles des philosophes, au siècle des Lumières. Ici commence, du moins pour l’occident, la fin de la chrétienté souveraine, de la domination des clercs et de la morale ecclésiastique. Même si les protestants s’en tirent mieux que les catholiques, nous sommes entraînés vers un phénomène de laïcisation qui atteint son apogée, et ses limites, de nos jours. Nous étions sortis de la religion, elle rentre par la petite porte.

 

FINALE I

Il reste à conclure ce survol en même temps trop long et trop rapide …En ces temps où de nouveaux philosophes témoignant d’une sorte d’islamophobie amplifiée par les médias, nous invitent parfois à une sorte de croisade défensive, je pense que la meilleure défense et illustration de notre bonne vieille religion chrétienne est toute entière dans la simple devise JOIE, SIMPLICITE, MISERICORDE.

« Oui, Jésus Christ est le même hier, aujourd’hui et demain », ce qui ne veut pas dire immobilisé sur la croix, tenu dans les bras de sa mère ou retenu par les liens de la mort, non, il est vivant. Ni peinture, ni sculpture, ni la croix et nos cantiques ne l’immobilisent. Qu’il soit le même hier et aujourd’hui, lui-même Jésus, mais aussi comme un autre, le Christ, enfin pour le dire de façon ramassée : « L’homme de Dieu pour les autres ». Il est avec nous, Il est en nous, et nous en Lui, et dans le Père. Il est le même lui-même, présent et fidèle, alors que nous sommes hésitants et versatiles. Sa tendresse prend soin de notre détresse et sa miséricorde vient au secours de notre misère. Pascal le dit bien avec son Christ au centre de tout : « La connaissance de Dieu sans celle de (notre) misère fait l’orgueil. La connaissance de (notre) misère sans Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus Christ  fait le milieu parce que nous y trouvons et Dieu, et notre misère ». En somme, « non pas le Dieu des philosophes et des savants », ni même le Dieu des théologiens et des ecclésiastiques, mais le Dieu de nos frères, des plus petits d’entre eux, « ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Et comme pour nous dire encore qu’Il est le même hier et aujourd’hui, il ajoutait « Vous aurez toujours les pauvres avec vous, vous ne m’aurez pas toujours ».

 

FINALE II

Encore trois mots, si vous m’en donnez le temps.Allez comprendre quelque chose à son incarnation actuelle chez les pauvres !  « Nostrae domini pauperes » : ils sont nos seigneurs et nos maîtres …

Que Jésus Christ soit le même hier, aujourd’hui et toujours inscrit sa fidélité dans notre temps et dans les siècles qui se suivent et ne se ressemblent pas. On pourrait distinguer successivement trois âges de notre histoire avec Jésus Christ. J’ai distingué le témoignage de l’Ecriture, et dans le temps de l’Eglise pour ainsi dire trois phases ou trois temps : on cherche mieux à comprendre et définir qui est ce Jésus Christ, Fils de Dieu, fils de l’homme, homme et Dieu. C’est le temps du christianisme. Suivra avec l’établissement et la suprématie de l’Eglise une sorte d’âge de pierre, celui de la chrétienté, après l’âge de chair du christianisme. Nous savons ce que la chrétienté a fait du christianisme, et comment la première a pu s’éteindre pour laisser place à un renouveau du christianisme de Jésus Christ. « Feu la chrétienté », aura diagnostiqué Emmanuel Mounier. Mais « le christianisme, on n’a pas encore vraiment essayé » ajoutera Séphane Hessel, après d’autres commet Théodore Monod …

 

CHORAL

Chacun de nous, chacun d’entre nous, sommes-nous prêts, es-tu un homme, une femme de foi en Jésus Christ seul, le même venu  habiter chez nous, le même hier et aujourd’hui, fidèle quand nous sommes infidèles, donne-lui ta confiance, aligne ton obéissance sur les Béatitudes et ta prière sur l’Oraison dominicale. Et au-delà de la parole et des phrases, faisons silence autour de la Table, il nous invite à communier avec Lui et les uns avec les autres, et nous sommes tous et toutes ses invités. Comme le disait une des grandes théologiennes de la littérature française :Nous sommes peut-être dans ce renouvellement du temps chrétien qu’un théologien catholique marqué par le bouddhisme nomme la CHRISTIANIE. Il entend par là, je le cite, « un retour à l’essentiel de l’Evangile, le Sermon sur la montagne, les Béatitudes et le Notre Père » et une spiritualité dont chez nous témoignent les communautés de Taizé, de Pomeyrol, des Diaconnesses ; JOIE, SIMPLICITE, MISERICORDE …

 

« Madame Gervaise parle :

Il est là

Il est là comme au premier jour

Il est là parmi nous comme au jour de sa mort

Eternellement il est là parmi nous autant qu’au premier jour

Eternellement tous les jours

Il est là parmi nous dans tous les jours de son éternité »

 

 

Amen

Marc 1, v17-31 – Pêcheur d’hommes

Le dimanche 11 october 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau

 

Amis frères et sœurs, qu’est-ce qu’être « Pêcheurs d’hommes » ?
C’est l’une des plus belles expressions de la Bible. Elle est attribuée à Jésus, dans un passage de l’Evangile de Marc. Il trace aux disciples la voie de sa suivance.
Jésus cheminait le long de la mer de Galilée et quand il vit ses disciples pêcheurs, Simon et André, Jacques et Jean fils de Zébédée, en train de jeter leur filets dans la mer.
Il les invita à laisser leurs filets, à le suivre, et à devenir pécheur d’hommes.

Alors, qu’est-ce qu’un pêcheur d’homme ?
Certains exégètes disent qu’il faut se référer aux deux premières pêches miraculeuses pour comprendre cette métaphore évoquée par Jésus.
Une action miraculeuse que le disciple serait susceptible faire aussi.

Un Pape, en s’adressant aux évêques, précise que le terme « pêcheur d’hommes » désigne le fait que les disciples doivent jeter les filets de l’Évangile afin que les humains puissent ensemble adhérer au Christ,

Un autre Pape quelques siècles plus tôt, précise qu’après la conversion, après avoir été pris soi-même dans des filets, il ne faut pas revenir aux péchés, et Être pêcheur d’hommes consisterait alors produire une vie meilleure, à son prochain.

Il y a beaucoup d’explications qui jaillissent de cette métaphore. En tout cas toutes évoquent le lien à l’Evangile, et des filets pour attraper les chrétiens. Cela vaut la peine de s’y plonger, y compris sur le texte qui suit, qui est un récit de guérison qui l’éclaire. En effet ‘pêcheur d’hommes’ semble une vocation importante à revisiter aujourd’hui.

Alors il me semble comme le dit ce dernier Pape que dans cette expression pêcheurs d’hommes, une insistance particulière est portée sur le mot HOMME. Je crois, que les pêcheurs auraient été cultivateurs, Jésus les auraient appelés peut être cultivateurs d’hommes, architectes d’hommes. Pour suivre Jésus, ne faut-il pas une conversion radicale à l’Evangile, mais ayant comme but ultime l’homme ?

En tout cas, ‘pêcheur d’hommes’, c’est ‘LE’ ministère vécu à l’extrême par Jésus, venu pour sauver l’homme ; il est venu affirmer que l’homme est au-dessus de toute valeur, y compris la loi, et même le bien (c’est pour cela qu’il mange avec les péagers et les prostituées…)

Mais qu’est-ce que concrètement inviter des disciples à devenir pêcheur d’hommes ?
Un renoncement à soi ? Le suivre, laisser son filet et renoncer à la vie pour l’homme?
Non, si Jésus est l’archétype du pêcheur d’hommes, et vit sa Passion, c’est pour la VIE.

Alors qu’est-ce que pêcheur d’hommes ? Si ce n’est pas vivre la PASSION, est-ce vivre la COMPASSION ? C’est vrai que la compassion est un sentiment très souvent vécu par Jésus auprès de personne qu’il rencontre : il est ‘ému aux entrailles’. Mais justement, ce verbe n’existe dans la Bible que pour Jésus, et c’est peut-être n’est pas pour rien…

Est-ce que l’homme dont l’amour est limité, arrive à la vraie compassion ?

J.J. Rousseau (protestant) justement dit que non. Il a remis en cause les capacités de l’homme à être compatissant. Il récuse le côté altruiste de sa compassion. Le souci de l’autre serait en fait une partie prenante du souci de soi. ‘C’est pour ne pas souffrir moi-même que je ne veux pas que l’autre souffre. Je m’intéresse à lui, par amour de moi.’

Il voit dans la compassion plutôt assez souvent une passion égoïste, et s’interroge même sur le sentiment d’humanité naturel qui nous fait reconnaître l’autre comme semblable. La pitié, la compassion serait une sorte de disposition naturelle, qui fonderait la règle d’or qui existe dans toutes les religions, y compris dans le confucianisme : « Ce que tu ne souhaites pas pour toi, ne l’étends pas aux autres. »

Annah Harendt va encore plus loin en ce qui concerne la compassion. Elle écrit que pour des êtres dans la vraie souffrance, même la compassion n’enlève pas la perte du monde. La compassion l’aggrave parfois, car elle renvoie encore plus à une fausse égalité.

Alors qu’est-ce que pêcheur d’hommes ? Sur quelle voie de suivance le disciple doit aller ?

Le 2ème récit qui suit pourrait donner une piste.

Jésus, archétype du pécheur d’homme va pêcher l’homme et le guérir.

Dans ce récit de guérison, Jésus enseigne dans une synagogue et là il y a un homme possédé d’un esprit impur qui va parler. L’esprit impur dans ce texte est manifesté par cette phrase qu’il dit : Jésus de Nazareth tu es venu pour nous PERDRE.

L’esprit impur est l’esprit de mort. Et Jésus, va guérir en faisant taire l’esprit de mort, en museler cette parole, la faire périr, et va faire sortir cet esprit négatif

S’il est bien entendu que c’est Dieu qui guérit, qui transforme et apporte la bonne nouvelle de la vie de la grâce, on peut se demander si être pêcheur d’hommes, ce n’est pas pour le disciple, par l’évangile de Dieu, et l’espérance, être missionné pour combattre l’esprit de mort, en toute personne qui ne voit pas la vie ? A dévoiler la grâce.

C’est vrai que l’esprit de mort n’est pas un quelque chose ‘loin des disciples’, ni loin de nous.

Il y en a beaucoup de ses ces paroles de ces pensées qui bloquent, paroles de mort sans espérance, paroles qui dénigrent qui mènent nulle part, en tout cas pas vers le haut… qui ne voient pas de solutions de vie.

Beaucoup de paroles y compris en soi-même sont des paroles qui contrent.

Très souvent lorsqu’on dit quelque chose de positif, immédiatement, son esprit met en place une parole qui contre. Tout homme fait cela. C’est l’impur (le revers de l’Esprit)

Alors comment fait Jésus pour contrer l’esprit de mort ? Il s’adresse à l’autre, il fait taire et musèle la parole de mort, l’impur. Et la parole sort.

Elle est pleine d’autorité dit le texte. L’autorité est ce qui va vers le haut vers la vie. Les gens s’en étonnent.

Etre pêcheur d’hommes ne serait-ce pas, nourri soi-même de la force spirituelle de cette Parole, de vie en Christ : la déployer vers le haut. En redonner sa force, comme dit l’Epitre aux Hébreux, comme un glaive à double tranchant.

Une parole dégagée de soi, libre qui ne sert jamais ses intérêts, elle est au service.
Ce n’est d’ailleurs que comme cela qu’elle est missionnaire.
Une parole pleine de l’Esprit Saint, de vie et de courage : qui risque.
Seule, celle-ci qui fasse avancer le monde, la vie.

Alors je voudrais terminer en disant que être Pêcheur d’hommes est une vocation, solide qui peut nous nous être donnée parce qu’on a été repêché soi-même par la grâce.

Pêcheur d’hommes est bien au-delà de tout le langage compassionnel, qu’on entend d’aujourd’hui, ne sert pas à grand-chose, car souvent il est statique.
Là où un pêcheur d’hommes se situe par sa Parole ou son action, dans un ENGAGEMENT, poussé par une force motrice : l’Esprit.
Si elle s’expose, elle ne met pas en danger, parce que Christ est devant, un appui un abri et qu’il faut le suivre.

Pêcheur d’hommes invite soi-même à se taire et à faire TAIRE, à prendre des risques peut-être à y laisser des plumes, en communion, avec celui qui a été et est le Pêcheur d’hommes, Jésus-Christ.

Les défis familiaux qui existent aujourd’hui compliqués, y compris tous ceux qui existent aujourd’hui dans le monde, l’imposent ; je ne parle pas des migrants sur la mer, du climat, des personnes qui sombrent dans un océan de grisaille ‘où il faut les tirer, hors des eaux salées de la mort et de l’obscurité dans laquelle la lumière du ciel ne pénètre pas’.

Oui, ces défis imposent d’être pêcheur d’hommes : une Parole, une action qui permet la vie. A toute échelle il est possible et indispensable de le vivre. En tout cas, c’est une question que chacun que peut se poser chaque jour (même à toute petite échelle).

C’est cela se convertir à l’Evangile, sans filet, dans la confiance en Dieu comme le demande Jésus. Alors ce qu’il y a de magnifique c’est qu’en pêchant on est repêché soi-même, l’Esprit de Dieu nous apporte alors la grâce. Pêcher, repêcher sans cesse….

 

Allons voir ce qui est sous l’eau ! Il y a toujours quelqu’un à repêcher …

 

Amen

Genèse 2, 18-20 et Hébreux 2, 9-13 – quelle fraternité ?

Dimanche 4 Octobre 2015, par le Pasteur Béatrice Hollard-Beau, à l’occasion du baptème de Castille Pelon.

 

Amis frères et sœurs, qu’est-ce que la fraternité ?

Nous en parlons beaucoup aujourd’hui, autour de quantité de questions d’actualité où la responsabilité et la solidarité entre personnes et peuples est en jeu.

La fraternité, vous le savez, est un mot très présent dans la culture française. Il apparaît pour la première fois en 1848 dans le préambule de la constitution française : « la République française a pour principe : la liberté, l’égalité et la fraternité. » La fraternité fonde aussi le droit social dans la même constitution : « la République doit, par une assistance fraternelle, assurer l’existence des citoyens nécessiteux ».

Mais surtout, la notion de fraternité est citée dans le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme (article 1er) : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Alors, nous voyons que la fraternité est au centre de l’esprit français, et cependant on peut se demander, si cette fraternité vécue dans la vie courante est considérée par nous avec suffisamment de profondeur, comme l’insinuait l’historienne Valentine Zuber dans son intervention du cycle des 150 ans. Elle déplorait que, tant la fraternité que la liberté n’étaient pas suffisamment – pour nous chrétiens – interrogée selon son fondement dans la vie chrétienne.

Alors aujourd’hui, notre texte issu de l’épitre aux hébreux parle justement de fraternité en son fondement. Un des versets évoque « ces êtres humains pour lesquels Jésus est mort, qu’il n’a pas honte d’ appeler ‘frères’ ». N’est-ce pas alors le moment de voir ce fondement de fraternité en Christ, que Jésus fonde en se donnant sur la Croix et en ressuscitant pour la vie de tous. Ce sera un 1er axe de notre méditation.

Et puis nous verrons comment le baptême en Christ atteste de cette fraternité. Et puis, fort de ces fondements, trois points sur lesquels il faut être vigilant dans la vie de chaque jour.

 

Alors d’abord, quel fondement de la fraternité Jésus fonde-t-il en mourant sur la Croix et en ressuscitant pour tous ? (selon notre texte de l’épitre aux Hébreux.)

Nous avons entendu ces mots : « Nous voyons maintenant Christ couronné de gloire et d’honneur, à cause de la mort qu’il a soufferte. En effet, il convenait que Dieu élève Jésus à la perfection au travers de la souffrance… »

Ces versets pourraient nous laisser croire que l’honneur et la « perfection » du Christ se situe dans la mort et dans la souffrance, pour le salut de tous.

Si le fondement de la foi n’était que cela, je ne serais pas pasteur.

Autre est de penser que ces mêmes versets définissent la FRATERNITE du Christ :

Christ en faveur de tous les humains a voulu prendre la condition extrême de l’homme, jusqu’à souffrir sa mort, les souffrances, les insultes pour notre SALUT.

La perfection est la PERFECTION de FRATERNITE pour notre salut : avoir voulu souffrir la CROIX, la mort en frère, pour souffrir la même vie que l’homme jusqu’au bout, pour tous, afin d’être le frère accompli pour tous, frère de mort et de vie.

On ne peut comprendre la fraternité qu’en pensant en premier que Christ est notre frère, dans la CROIX.

Mais aussi, on ne peut la comprendre cette fraternité que si l’on voit comment elle s’accomplit dans sa RESURRECTION pour notre salut.

De sa mort transfigurée en vie, sa fraternité va jusqu’à nous donner chaque jour sa

GRACE DIVINE, perles divines transfigurées sur nos souffrances, alors qu’on est pécheur.

Il divinise chaque jour notre pauvre état d’humain, il nous sanctifie par SA GRACE. Là nous étions morts : il nous rend frères de Dieu en étant fils de Dieu.

Chaque jour nous devons trouver comment nous sommes vivants.

Cette DOUBLE FRATERNITE de Christ envers nous, dans la Croix et la Résurrection nous est attestée dans un geste qui scelle et sacralise ce don fraternel pour notre SALUT : c’est le baptême (comme celui de Castille aujourd’hui !)

Par le baptême (de baptizein : plonger) le baptisé est plongé dans l’eau de la CROIX, de la mort et ressort revêtu de la vie de RESURRECTION de Christ.

LA VIE DE Christ s’INCORPORE à nous (dit Calvin) et nous donner la vie éternelle. Nous en sortons hommes nouveaux, frères libres, délivrés du péché de nous sentir loin de Dieu, et alors rapprochés de Dieu. C’est le signe de sa fraternité.

Mais aussi, de même que Jésus Christ, comme un serviteur, est descendu dans le Jourdain et a été baptisé en solidarité avec les pécheurs afin d’accomplir toute justice, le baptême, SIGNE de la fraternité, scelle aussi la fraternité entre les hommes.

Un Seul est saint Christ, tous les autres nous sommes des pêcheurs, qui nous purifions, les sanctifiés ont le même Père Dieu, dit le texte. La voilà, la fraternité en Christ ! Cette égalité dans l’humilité… Cette communion…

De même qu’il y a un seul baptême qui nous unit au Christ dans la foi, lieu fondamental d’unité et de fraternité (grand signe d’œcuménisme) : Nous sommes un seul peuple de frères en Christ et nous sommes appelés à servir un seul Seigneur.

 

Alors, qu’est-ce que cette fraternité en Christ nous amène dans la vie concrète ? Trois choses.

1 – D’abord plutôt que de nous demander en premier de qui nous sommes frères, ou nous ne sommes pas frères, il me semble que nous devons toujours être rappelés à l’idée de qui est notre frère. Qui nous prend en fraternité, nous rend libres et proches de Dieu pour notre salut, alors que nous sommes pécheurs.

Alors, oui, nous devons à ce moment-là être rappelés à la solidarité d’existence, dans cette unité devant la Croix que nous formons. Seul Christ est d’un côté, ensemble nous sommes de l’autre et il y a une solidarité à avoir, mais aussi, nous devons être solidaires de l’état de pécheurs que nous partageons avec des autres.

Lorsqu’à nos yeux, quelqu’un ne se comporte pas selon ce qu’on qualifie comme bien, on devrait se dire : il est pécheur comme moi, pauvre humanité. Seigneur aide-nous.

Nous ne sommes ni au-dessus des autres, ni au-dessous des autres. Ceci devrait éliminer beaucoup de culpabilité et de manque de confiance en soi (le baptême le dit).

2 – Et puis, puisque le fraternel se situe aussi dans l’Eternel de la Résurrection quand on parle de fraternité, il y a alors une fraternité PROPHETIQUE à trouver : le Christ en l’autre. La fraternité est toujours au-delà du réel difficile. Même si la relation n’est pas bonne, il faut tendre vers le bon, revenir à la charge. La fraternité est plus que la fraternité. Elle est toujours le fruit de la grâce reçue. On peut même croire en la fraternité plus qu’en un frère. Elle est donnée par le frère Christ (grâce).

Par ailleurs il faudrait être frère avec soi-même aussi : c’est le courage d’être.

3 – Enfin, il y a encore une dernière chose : vous pouvez vous demander comment trouver cette fraternité prophétique ? Il me semble que c’est comme la foi, comme et la justice : il faut la demander à Dieu, lui demander dans la prière. Et la meilleure façon de la demander, c’est toujours en demandant PARDON à Dieu, pour notre manque de fraternité. C’est comme cela qu’on la reçoit. De même que la meilleure prière est celle qui demande pardon à Dieu, c’est là qu’on est Coram Deo. Qu’on est Créature de Dieu, dit Luther. Demander pardon est AUSSI la meilleure façon de revivre son baptême chaque jour, dit Luther. Un chrétien est à la fois juste et pécheur. Il doit être chaque jour pénitent.

Le Pape le dit aussi dans Laudate Si : la création comme les créatures se découvrent en fraternité en demandant pardon. (C’est la base de l’écologie intégrale). On pourrait dire que c’est le développement durable de la fraternité en Christ. L’autre est alors de nouveau notre frère. Renait la fraternité.

Je voudrais terminer en vous disant que je crois que la vraie FRATERNITE est une fraternité qui RENAIT (comme la Croix et la Résurrection). Quand la fraternité ne va pas bien, et qu’elle renait, elle est très solide (comme pour l’amour).

Le Nouveau Testament affirme que lorsque les pécheurs se tournent en Christ, dans cette conversion ; ils sont à l’instant même justifiés et sanctifiés. « Sa justice leur est imputée » (Rom. 4) (la vie).

Ainsi Jésus n’a pas honte de nous appeler frères, car comme le disent les versets finaux de l’Ancien Testament : tous annoncent alors le Père,

Amen